3 avril 2019

[Abbé Aulagnier - La Revue Item] Plaidoyer pour la messe dite de saint Pie V

SOURCE - Abbé Aulagnier - La Revue Item - 3 avril 2019

Je suis heureux et fier de vous donner cette plaidoirie en l’honneur de la Messe tridentine, en cette date anniversaire de la publication du Novus Ordo Missae de Paul VI, le 3 avril 1969, voilà 50 ans et qui instaura la division dans l’Eglise et pour longtemps encore.

Je le fais en mémoire de notre fondateur, Mgr Marcel Lefebvre dont je reste toujours le fidèle serviteur – quoi qu’en ait pu dire Mgr Fellay qui me chassa de la FSSPX, malgré mon long combat auprès de notre fondateur. Pour autant, je ne lui en garde aucune rancune. Au contraire j’ai toujours le ferme désir de rétablir de bonnes relations entre la Fraternité sacerdotale saint Pie x (FSSPX) et l’Institut du Bon Pasteur (IBP), comme Rome le voudrait faire avec la FSSPX.

Ce texte qui est le premier acte du collectif des Pèlerins de Lisieux fut lu le 14 octobre 2000 à l’issue de la messe clôturant le pèlerinage. J’en avais adressé le texte à la Nonciature. Voici la lettre qui l’accompagnait
Lettre au Nonce de Paris
A Mgr F. Baldelli
Nonciature Apostolique
10, av. du Président Wilson
75116 Paris 
Excellence, 
Les pèlerins de la Tradition catholique se sont retrouvés, cette année encore, à la basilique de Lisieux, le 14 octobre 2000. Ils étaient plus nombreux que les années précédentes et la Basilique était totalement occupée par eux, soit plus de 3200 pèlerins. Ils sont venus pour gagner l’indulgence plénière de cette année jubilaire et dire aussi et tout autant, leur désir fondé et leur préférence pastorale de la messe tridentine. Ils se sont organisés à cet effet, en collectif, le Collectif de Lisieux. 
A l’issue de la saint Messe célébrée sur l’esplanade avec le consentement de Mgr Pican et de Monsieur le recteur de la Basilique, ils ont communiqué cette déclaration qu’ils ont l’honneur de vous adresser sous ce pli. Ils résument en quatre propositions, leurs réclamations que vous trouverez également sous ce pli. Et ils souhaitent être reçu à la Nonciature pour, si besoin est, justifier le bien fondé de leurs résolutions.
Ils vous assurent, Excellence, de leur profond respect. 
Le Collectif. Octobre 2000
 Déclaration des pèlerins de Lisieux du 14 octobre 2000
Le 14 octobre 2000. Nous voilà enfin tous à Lisieux. 
Pour rien au monde, nous n’aurions manqué ce rendez-vous de la Tradition Catholique. 
Nous sommes à Lisieux pour la défense de la Messe tridentine et obtenir sa libre célébration, sans condition aucune dans toutes les églises de France et de Navarre et du monde entier. 
Nous confions cette action à notre sainte nationale : sainte Thérèse. 
Nous sommes à Lisieux dans la basilique, le cœur en joie, en fils aimants de l’Eglise pour dire à l’autorité ecclésiastique, fermement et gentiment, notre résolution de ne pas nous laisser dépouiller de ce bien. Le temps n’y fera rien. 
Les récentes paroles du cardinal Stickler sur ce sujet, nous y encouragent. Il concluait une conférence par ces mots : « pour résumer nos réflexions, nous pouvons dire que les bienfaits théologiques de la messe tridentine correspondent aux déficiences théologiques de la messe issue de Vatican II. Pour cette raison, « les fidèles du Christ » de la Tradition théologique doivent continuer à faire part, dans un esprit d’obéissance aux supérieurs légitimes de leur désir fondé et de leur préférence pastorale pour la Messe tridentine » (Témoignage d’un expert au Concile. p. 22) CIEL. Paroles prononcées à Fort Lee, le 20 mai 1995, aux membres de l’Association Christi fideles sur les bienfaits de la messe tridentine). 
Nous sommes à Lisieux pour dire cela. 
Et le faire savoir au Pape par l’intermédiaire de la Nonciature à qui nous envoyons cette déclaration. 
Nous reconnaissons ne pas bien comprendre la raison de cette guerre liturgique, de cet acharnement contre la messe « tridentine », contre cette coutume liturgique immémoriale qui a sanctifié tant et tant de générations. Mais nous constatons, par contre, très bien cette guerre et nous voyons très bien l’acharnement de certains membres de la hiérarchie actuelle contre cette messe. (Voir en conclusion) L’histoire récente de la Fraternité Saint Pierre est là, toute fraiche, pour nous le confirmer. Dix ans de luttes, de ruses pour leur imposer, en fin de compte, la Nouvelle Messe. (Voir mon livre l’enjeu de l’Eglise : la messe) 
Nous sommes à Lisieux pour dire de nouveau notre désir fondé de la messe tridentine. Et nous reviendrons là, chaque année, à la mi-octobre, de plus en plus nombreux pour exprimer le même désir jusqu’à la victoire. 
Nous savons – l’histoire nous l’enseigne – qu’au XVI siècle, un Luther, un Calvin ont eu la volonté –déjà- de détruire cette messe, de la voir disparaître, de la faire disparaître, de la corrompre même. Nous savons que là – en cette volonté- se trouve l’hérésie anti-liturgique dont parle Dom Guéranger dans ses Institutions liturgiques. Nous voyons, aujourd’hui, même acharnement, même volonté, même démangeaison de tout changer. 
C’est pourquoi nous sommes à Lisieux pour dire notre non possumus. 
La liturgie romaine – la vraie – est dans l’Eglise, chose trop excellente pour ne pas être joyeusement défendue par le fidèle lorsqu’elle est si âprement attaquée par l’«hérétique». 
Hier, protestants, anglicans manifestaient une véritable haine de la Tradition dans la formule du culte divin. Ils substituaient livres nouveaux, formules nouvelles aux livres et formules anciennes. C’est ainsi qu’ils procédaient. 
Aujourd’hui – en cette affaire liturgique – c’est le même spectacle. Et nous voilà avec un Novus Ordo Misae qui veut pratiquement sinon juridiquement, abolir les livres anciens, le Canon Romain, les formules anciennes. 
Hier, la haine de la Tradition étant présente, on vit l’hérésiarque « fabriquer » des formules liturgiques nouvelles à la place du Canon romain, du missel romain immémorial. 
Aujourd’hui le cardinal Ratzinger lui-même, se plaint de cette liturgie nouvelle qu’il dit être « fabriquée » de toutes pièces : « A la place de la liturgie, fruit d’un développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti d’un processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication. On n’a pas voulu continuer le devenir et la maturation organique du vivant à travers les siècles et on les a remplacés – à la manière de la production technique (ndlr : il aurait pu écrire : protestante) – par une fabrication, produit banal de l’instant » (préface au livre de Mgr Gamber : La réforme liturgique en question, p. 8) 
Hier, protestants et anglicans justifiaient ces fabrications liturgiques – ce Novus Ordo – par une revendication de droits de l’antiquité. Ils voulaient –disaient-ils – dégager le christianisme de tout ce que l’erreur et les passions humaines avaient pu mêler de faux et d’indigne de Dieu. Ils ne voulaient rien, rien que du primitif et prétendaient reprendre, au berceau, l’institution chrétienne. 
Aujourd’hui, nous constatons le même esprit. Nous avons vu l’acharnement que certains mirent à imposer à la conscience sacerdotale ce canon nouveau – le Canon 2 – qui se dit aujourd’hui partout – le Canon dit de saint Hippolyte – pour cette unique raison qu’il était très antique. 
Hier, les protestants, les anglicans retranchaient du culte, toutes les cérémonies, toutes les formules qui exprimaient le mystère. Tout cela était superstition, idolâtrie. Ainsi plus de sacrements – hors le baptême – plus de sacramentaux, plus de bénédictions, plus d’images, plus de reliques de saints. Mais nous voyons aujourd’hui souvent dans les églises paroissiales la froideur du temple. Ce qui fait dire au Cardinal Stickler : « la réforme qui a suivi Vatican II a détruit ou changé la richesse de nombreux symboles liturgiques. Le Concile de Trente avait pourtant souligné l’importance de ce symbolisme. Même un célèbre psychanalyste athée a déploré ce fait, en nommant le second Concile du Vatican : le concile des comptables »(témoignage d’un expert au Concile CIEL ;p. 20)
Hier déjà, il n’y avait plus d’autel mais seulement une table, déjà plus de sacrifice mais seulement une Cène ; plus d’église mais seulement un temple ; déjà plus d’architecture religieuse puisqu’il n’y avait plus de mystère ; plus de peinture chrétienne puisqu’il n’y avait plus de religion sensible ; plus de poésie dans le culte puisqu’il n’y était plus fécondé ni par l’Amour ni par la Foi. Et c’est avec tristesse que nous voyons nos nouvelles églises : la cathédrale d’Evry, la nouvelle basilique de Lourdes. La nudité ! La nullité ! Tout sauf une église, sauf un lieu où se célèbre « le mystère de la piété » (Saint Paul). 
Nous n’entendons plus parler de sacrifice, de messe. Ce vocabulaire n’est plus de mode. Mais en revanche, nous entendons parler – comme aux temps protestants – de Cène, d’Eucharistie, d’assemblées dominicales, de repas du Seigneur. Les mots ont leur importance. Ils véhiculent une doctrine. 
Hier, on constatait, en milieu protestant, l’extinction total de cet esprit de prière qu’on appelait onction dans le catholicisme. Aujourd’hui, où est-elle cette onction ? Où est-il ce charme liturgique qui faisait la joie du peuple, du pauvre ? Mgr Gamber – un maître en matière liturgique – observe lui-même, la perte de cet esprit et constate le retour à l’austérité protestante. « L’élément cultuel (dans la liturgie) s’appauvrit de plus en plus chez nous. De même il manque maintenant, dans une large mesure cette solennité qui fait partie de toute action liturgique…En lieu et place, on voit souvent régner une austérité calviniste » (Mgr Gamber. La réforme liturgique en question. Edit sainte Madeleine. Le Barroux. p. 13) 
Hier, ce fut la revendication systématique de l’usage et de la langue « vernaculaire » dans le service divin. Ce point était capital. Le culte n’étant plus la chose secrète, mystérieuse, il fallait que le peuple entende ce qu’il chantait. Oui, la haine de la langue latine est innée au cœur de tous les ennemis de Rome. Aujourd’hui, que voyons nous en cette affaire ? La disparition du latin est totale, même dans la Ville éternelle et les basiliques romaines. Et pourtant le Concile Vatican II ne le voulait pas ainsi. 
Hier, la liturgie devait être célébrée à haute et intelligible voix. Le silence était banni…le recueillement aussi. Et c’est aujourd’hui le cardinal Ratzinger, lui-même, qui plaide en faveur du silence dans la liturgie : « Au grand dam de bien des liturgistes, j’ai déclaré, en 1978, que le Canon ne devait, en aucun cas, être récité dans sa totalité à haute voix. Après mure réflexion, je voudrais le répéter, ici, expressément en espérant que vingt ans plus tard, cette affirmation se verra accorder une plus grande compréhension…Il est maintenant manifeste qu’il ne sert à rien de multiplier les paroles…Il est absolument faux de prétendre que la lecture complète et ininterrompue, à haute voix, du Canon est la condition de la participation de tous à cet acte central de la célébration eucharistique…Celui qui sait, par expérience, ce qu’est une communauté unie dans un Canon récité à voix basse sait véritablement ce qu’est un silence véritablement comblé qui est, en même temps, un appel prenant et fort adressé à Dieu, une prière authentiquement spirituelle » (Dans son livre : Deir geist der liturgie, p. 184) 
Nous bénéficions parfaitement de ce silence dans la célébration de la Messe tridentine. Aussi, sommes-nous heureux de nous unir au Cardinal dans cette défense du silence liturgique. 
Hier, ce fut aussi dans le temple protestant, la célébration face au peuple. 
Aujourd’hui, cette pratique est universelle dans l’Eglise catholique. Et notre Cardinal s’en plaint amèrement et veut réagir là contre. Dans son récent livre l’Esprit liturgique, il écrit : « dans l’antiquité chrétienne, l’idée ne serait jamais venu à personne de placer le président d’un repas face au peuple. Au contraire, le caractère communautaire d’un repas était souligné par l’ordonnancement des convives qui étaient tous installés du même côté de la table. A cette analyse de la « forme de repas » il convient, par ailleurs d’ajouter qu’il est totalement inadmissible de qualifier l’Eucharistie des chrétiens de simple « repas ». Sans doute le Seigneur a-t-il fondé la nouveauté du culte chrétien dans le cadre d’un repas juif (celui de la Pâques) mais c’est cette « nouveauté » qu’il a commandé à ses disciples de renouveler et non le repas en tant que tel ». 
Nous catholiques – pèlerins de Lisieux – nous nous réjouissons de lire cela. Le rite romain que nous aimons nous protège – ô combien – de ces erreurs protestantes. Nous voulons le garder. 
Hier, ce fut aussi l’abolition du sacerdoce, sa suppression. La Réforme de Luther, de Calvin ne connaîtra plus que des ministères, des ministres de Dieu ou des hommes, comme vous voudrez. Et le ministre n’est qu’un laïc revêtu de fonctions accidentelles. Au nom du peuple réuni, il préside le service. Mais c’est la définition même du sacerdoce dans le fameux article 7 de la réforme liturgique, issue du Concile Vatican II. « La cène dominicale est la synaxe sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu se réunissant sous la présidence du prêtre pour célébrer le mémorial du Seigneur… » La messe n’est plus l’acte spécifique du prêtre, la raison de son sacerdoce. La messe est davantage l’œuvre du peuple. Elle est le rassemblement du peuple de Dieu. La messe, selon l’article 7, appartient au prêtre seulement par ce qu’il fait partie de la multitude. Il n’assure qu’une présidence, qu’une fonction accidentelle. Les faits aujourd’hui prouvent la vérité de cette analyse. Et l’on nous parle, aujourd’hui, de célébration liturgique sans prêtres, comme d’absolutions sans prêtre…sans rire ! (Cf Catholica, n° 68, p. 98, Assemblée Pénitentielles en l’absence de prêtres) 
Nous ne sommes pas de cette religion-là. Nous la refusons et ne voulons en rien la cautionner. Nous sommes à Lisieux pour le dire. 
Oui, vraiment nous déclarons être à Lisieux, devant la Basilique pour défendre la messe de « toujours », la messe romaine. Elle protège notre foi. Elle garde notre foi. Elle exprime la doctrine –lex orandi, lex credendi – celle que le Concile de Trente a précisée pour toujours face au protestantisme, la doctrine du sacrifice de la Croix. Elle nous exprime la doctrine de la Présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ par la transsubstantiation de pain en son Corps, du vin en son sang par les paroles de la consécration prononcées par le prêtre seul, accomplissant, au nom du Christ – in persona Christi –nullement un récit –narratio institutionis – mais bien l’acte même du Christ s’offrant en son Corps, en son sang, en hostie sainte tout à la gloire et à l’honneur de son Père et à l’avantages des fidèles vivants et morts pour la rémission des péchés. Ah ! Quelle belle action ! Quelle action juste ! 
C’est à cet acte que nous aimons nous unir tous les dimanches et plus souvent encore. 
Oui ! Nous sommes à Lisieux pour défendre cette messe-là, cette messe dite de saint Pie V, cette messe tridentine. Nous voulons celle-là. Nous voulons cette messe romaine, sans exclure pour autant les autres rites connus dans l’Eglise, pourvu qu’ils soient franchement catholiques : comme le rite lyonnais, comme le rite dominicain, cartusien…Sous ce rapport, nous sommes bi-ritualistes, pluri-ritualistes. La diversité est richesse. Le rite liturgique est multiple. La réalité exprimée est une : le Sacrifice de la Croix renouvelé. 
Mais nous refusons ce nouvel Ordo Missae qui se dit romain sans l’être vraiment parce qu’il n’est pas en tout point conforme à la théologie de la messe établie de façon définitive par le Concile de Trente, l’Eglise romaine. 
Et nous nous réjouissons d’être confortés dans cette résolution et par le Cardinal Ratzinger et par le cardinal Stickler. Ce dernier, tout récemment encore adressait de fortes critiques à la réforme liturgique de la Messe. Il reconnait entre autres que le nouvel offertoire de la messe constitue une « révolution » (Témoignage d’un expert au Concile, p. 40) 
Il reconnait qu’on a fait table rase des « signes hautement loués par le Concile de Trente et exigés par le Concile Vatican II tels que les nombreux signes de croix qui renvoient à la Très Sainte Trinité, les baisers à l’autel et les génuflexions » (même ouvrage, p. 42)
Nous ne voulons pas participer à ce mouvement-là. Qui pourrait nous le reprocher ! Nous pouvons nous recommander du Cardinal Stickler, cardinal romain. 
Il reconnaît que « le centre essentiel de la Messe qui était précisément l’action sacrificielle elle-même, a été nettement déplacé au profit de la communion dans la mesure où tout le sacrifice de la messe a été transformé en un repas eucharistique : ce faisant, si l’on considère les termes utilisées, la communion est devenue dans la conscience des fidèles, la seule partie de la Messe ayant un effet intégrateur en lieu et place de la partie essentielle qui est l’action sacrificielle de transsubstantiation…Or il est faux de faire de l’Eucharistie un repas, ce qui se produit presque toujours dans la nouvelle liturgie ». Parole de cardinal qui dénonce le plus grave danger qui menace la pureté de la foi de l’Eglise. 
Nous ne voulons pas participer – par notre présence, le moins du monde – à cette subversion de la foi. Et nous y sommes encouragés par le Cardinal, Cardinal de l’Eglise romaine. Qu’on se le dise ! 
Le Cardinal regrette vivement « la très grave atteinte à la formule de la Consécration du vin en le Sang du Christ : les mots « mysterium fidei en ont été supprimés pour être ajoutés à l’appel du peuple à la prière » (p. 44). « Il regrette cette modification car les mots « mysterium fidei » (dans la formule de la consécration du vin) viennent de la sainte Tradition qui est l’interprète et la gardienne de la vérité catholique » (p. 46). Il s’en plaint. 
Nous recevons cet enseignement et nous disons notre action de grâces pour ces paroles prononcées. 
Le Cardinal constate également que la participation des fidèles à l’action sacrificielle du prêtre – bonne en soi et qu’il faut entretenir – dégénère souvent en un « enchainement ininterrompu de paroles et d’actions, « que l’on en arrive (souvent) à un activisme qui relève plutôt d’un rassemblement humain purement externe…. » et cela « juste avant le moment le plus sacré pour les participants : dans la rencontre individuelle de chaque fidèle avec le Dieu-Homme eucharistique…Tout cela ne peut que mourir : alors l’humain tue le divin et emplit le cœur de vide et de désolation ». 
« Ce moment (la communion) appartient au silence qui est expressément prévu et qui n’a gardé –difficilement- sa place qu’après l’action que constitue la distribution de la communion, comme une petite feuille de vigne sur un grand corps nu. C’est ainsi que, reflétant la tendance actuelle de la conscience du monde à se limiter aux apparences, on voit se développer dans l’Eglise, un agir cultuel de conception humain et projeté vers l’extérieur ». 
Nous ne voulons participer en rien à ce processus de « démystification » de l’action liturgique, ni – en sens contraire – à son « anthropomorphisation », termes du Cardinal.
Aussi voulons nous toujours et partout, en tous lieux et librement pouvoir assister à la Messe catholique romaine qui nous garde de tous ces maux nouvellement dénoncés et nous refusons ce nouveau rite –fabriqué- qui finira par causer un grave danger pour la pureté de la foi. 
Oui, nous voulons cette Messe catholique et romaine et refusons ce Nouvel Ordo Missae malgré son acceptation quasi universelle par la hiérarchie de l’Eglise romaine. 
Nous voulons toutefois, sur ce sujet, rappeler les réactions merveilleuses et courageuses du Cardinal Ottaviani, du Cardinal Bacci, de son excellence Mgr Lefebvre, de Mgr de Castro Mayer, de nombreux théologiens de renom : le RP Calmel, M l’abbé Dulac, Dom Guillou, la magnifique réaction d’hommes de lettres et de sciences réunis autour de la revue Itinéraires et son directeur, Monsieur Madiran. Nous n’oublions pas non plus les importantes prises de positions actuelles du cardinal Ratzinger, du Cardinal Stickler, du Cardinal Dannels, de Mgr Gamber ,liturgiste de réputation internationale. 
Mais nous nous souvenons que lors de l’hérésie d’Arius, quelques évêques seulement résistèrent ; un Athanase, un Hilaire. Ils sont aujourd’hui sur les autels et honorés comme Docteurs, confesseurs de la foi. Le courage n’est pas toujours le lot du plus grand nombre, même dans le monde ecclésiastique. 
Nous nous souvenons aussi d’un Fischer, d’un More. Ils furent, l’un et l’autre, d’abord aimés, puis expulsés, répudiés enfin sacrifiés, exécutés. Les autres, tous les autres, leurs pères –leurs confrères –furent honorés, la peur du puissant les ayant atterrés. Mais c’est Jean Fischer qui est sur l’autel ainsi que Thomas More. Ils eurent raison. Ils sont nos modèles…bien qu’Anglais ! 
Voilà l’objet essentiel de notre démarche qui se veut ecclésiale 
Voilà ce que nous exprimons au terme de notre pèlerinage et que nous voulons rendre publique :
  • que l’Ordo traditionnel de la liturgie romaine soit formellement reconnu comme faisant partie intégralement de la Tradition vivante de l’Eglise,
  • que cet Ordo soit reconnu « comme égal en droit et en dignité » (article 4 de la constitution liturgique) parmi tous les autres rites traditionnels de l’Eglise légitiment reconnus,
  • et qu’il soit comme l’Eglise s’y est engagée au Concile Vatican II « conservé à l’avenir et même favorisé de toutes manières et nullement combattu »
  • qu’enfin, soit affirmé que les prêtres et les fidèles attachés à ce rite antique jouissent de toutes les libertés et de toutes les facilités pour le célébrer et y participer .
Nous confions cette action des pèlerins de Lisieux au patronage de sainte Thérèse.
Le collectif des Pèlerins de Lisieux.
En conclusion, vous me direz : mais le pape Benoît XVI a donné satisfaction à vos légitimes demandes en cette affaire liturgique. Il a reconnu enfin la légitimité de la Messe de la Tradition ; Il a reconnu même qu’elle ne fut jamais interdite – en principe…Mais dans les fait quel combat et qui n’est pas terminé.

En effet, si le droit de la Messe « antique » a été reconnu par le Pape Benoît XVI dans son Motu Proprio Summorum Pontificum, il est loin d’être accepté concrètement par tous les évêques. J’en veux pour preuve le fait d’avoir été interdit, tout dernièrement encore, de m’installer à Verosvres – cité natale de saint Marguerite Marie – parce que je célébrais la messe tridentine risquant ainsi de créer une église « parallèle ».

Le combat liturgique est loin d’être terminé.

Je reviendrai tout prochainement sur cette douloureuse et triste affaire… ( à suivre).