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8 juillet 2014

[Abbé de Tanoüarn, ibp - Anne Le Pape - Présent] Pour passer des vacances spirituellement riches

SOURCE - Abbé de Tanoüarn, ibp - Anne Le Pape - Présent - 8 juillet 2014

L’abbé de Tanoüarn, bien connu des lecteurs de Présent, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur et créateur du Centre Saint-Paul, fournit à ceux que l’on a pu appeler « les estivants » (mot passé de mode) un indispensable petit ouvrage à glisser dans le sac de plage ou de randonnée pour passer des vacances spirituellement riches.
— Tout d’abord votre titre, Monsieur l’abbé : Bronzer jusqu’à l’âme. Rien à voir avec le mot dans l’expression de Balzac, qui avance qu’il y a « des situations où le cœur se brise ou se bronze » ?
— Balzac nous parle des « grandes crises » que nous traversons et au cours desquelles – brise ou bronze – ça passe ou ça casse, comme on dit dans le langage courant. Je pense que ces crises sont voulues par Dieu, que nous ne les traversons pas au hasard, que chacun a, de par Dieu, sa ligne de vie, avec les accidents de parcours qui vont avec. Développer sa vie spirituelle, ce n’est pas dériver dans toutes sortes de mythologies chrétiennes, c’est, avant tout, à la lumière de Dieu, en présence de Dieu, renforcer en nous le discernement, l’intelligence des crises. Il s’agit d’un exercice pratique ! Je me permets de recommander aux lecteurs de Présent le premier roman d’Ingrid Betancourt, La ligne bleue, qui vient de sortir chez Gallimard. Elle exprime bien que, volens nolens, chacun d’entre nous nous côtoyons le surnaturel, même si nous ne savons pas, même si nous ne voulons pas le reconnaître.
Les exercices de méditation quotidienne que Bronzer jusqu’à l’âme vous propose pour l’été ? C’est avant tout pour nous apprendre à discerner ce que nous signifient nos blessures. Nous n’avons pas de blessure ? On peut jouer au dur pendant quelques années et se cantonner dans le rôle du fier à bras de son propre destin : « Moi j’assume ! Moi, “ça” ne me fait pas peur ! Moi la vie, “comme ça !” Moi les minettes, “comme ça !” Moi le boulot, “comme ça !” ». On peut jouer les bronzés au grand jeu de la vie. On peut jouer « au blond », comme dirait Gad Elmaleh. Mais il ne faudrait surtout pas oublier que nous sommes alors dans un jeu de rôle.
On ne bronze jamais longtemps si l’on ne bronze pas jusqu’à l’âme et il faut parfois que le cœur se brise pour que nous mettions bas le masque, pour que le personnage que nous jouions se fissure et que la vérité se fasse. La lumière de Dieu passe souvent à travers nos fêlures. J’aime beaucoup le mot qui marque la conversion de Thierry Bizot, dans son témoignage Catholique anonyme : « Nous sommes tous des bras cassés. » Je le répète constamment. Il ne faut pas avoir peur de laisser voir notre cœur qui se brise, si à travers cette brisure la vérité se fait, si cela nous permet de voir notre vie telle qu’elle est et non pas seulement notre image superficiellement bronzée après des vacances aux Maldives.
— Vous semblez en accord avec Benoît XVI, pour qui les vacances doivent être « une façon nouvelle de vivre nos relations avec nos proches, avec Dieu, en prenant du temps pour cela… »
— Le mot « vacances » devrait nous faire peur parce qu’il contient le mot vide : vacuus. Il y a des gens pour qui les vacances (très loin de préférence), c’est juste un signe extérieur de réussite sociale. Pour d’autres, on va dans la famille parce qu’il faut bien le « lui » montrer : je suis capable d’affronter ma belle-mère (mais pas trop longtemps quand même). A moins qu’on préfère partir très loin, justement pour ne pas la retrouver sur le chemin. Benoît XVI parle « d’une façon nouvelle » de vivre les relations familiales. Cette nouveauté suppose des forces nouvelles, un élan nouveau, une nouvelle acceptation de soi-même.
C’est dans la prière que l’on découvre des ressources inexploitées dans nos vies. Révérence gardée à notre pape Benoît XVI, j’aurais mis Dieu d’abord, Dieu avant « les proches ». C’est parce que notre relation avec Dieu prend un nouveau tour que nous pouvons changer nos relations avec les autres ou tout simplement avec nous-mêmes. Dieu dans sa paternité nous fait découvrir la paix, la sérénité. Le Fils de Dieu nous fait découvrir, à travers son sacrifice, qu’il y a toujours plus de joie à donner, à offrir qu’à recevoir. Quant au Saint-Esprit, il est l’arme secrète à notre disposition : « Nul ne sait ni d’où il vient, ni où il va. » Il nous rend invincible et comme invulnérable.
— Vous proposez pour chaque jour une notice-méditation sur le saint qui est fêté – en vous appuyant souvent, précisez-vous, sur le choix fait par Le Barroux dans la récente édition de son missel – puis une intention et une résolution. A quel moment de la journée conseillez-vous de se livrer à cette lecture ? A quelle longueur évaluez-vous le temps nécessaire pour en retirer du fruit ?
— Vous parlez du Barroux : je voudrais redire ce que j’ai eu l’occasion d’écrire dans Monde et Vie : leur dernier missel, préfacé post mortem non plus par le cardinal Ratzinger mais par Dom Gérard, est un petit bijou qu’il faut vous procurer ou offrir. Vous y trouverez la richesse des commentaires et la clarté des traductions (enfin !). Quant à moi, pour ce petit livre Bronzer jusqu’à l’âme, j’ai particulièrement utilisé les enrichissements du sanctoral. Les moines nous proposent les messes Pro aliquibus locis ou les canonisations récentes, qui diversifient un peu le missel en lui faisant donner toutes ses richesses. Comment se servir de Bronzer jusqu’à l’âme ? J’avoue que j’ai conçu ce petit livre… pour la plage ou à l’heure du farniente, si plage il n’y a pas. Je crois qu’il ne faut pas hésiter à passer sur ce qui ne vous y concernerait pas (il y a 62 notices différentes) et à insister sur ce qui vous émeut. Ce petit livre se lit à l’émotion, quitte à souligner dans le texte ce qui vous a le plus touché. Avancer dans la vie spirituelle, c’est aussi trouver les mots qui nous serviront toute l’année de points d’ancrage dans toutes sortes de situations imprévues.
— Où peut-on trouver votre petit livre ? Le diffusez-vous à la Procure, ou par un biais ou un autre dans le diocèse ?
— Ce petit livre est produit par le Centre Saint-Paul, qui en est le principal diffuseur. On le trouve aussi à la librairie Duquesne. Si vous n’êtes pas parisien, vous pouvez le commander sur le site du Centre Saint-Paul (rubrique boutique) vous serez vite servis.
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Propos recueillis par Anne Le Pape

Centre Saint-Paul, 12 rue Saint-Joseph 75 002 Paris.
Tél. : 09 52 21 77 89 ou 06 15 10 75 82.

Article paru dans "Présent", n° 8141 du 8 juillet 2014