7 septembre 2010

[Paix Liturgique] En complément de notre lettre électronique 245 bis du 31 août «Agen: une illustration emblématique d'une opposition épiscopale francaise au Motu Proprio».

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 246 bis - 7 septembre 2010

Nous publions deux lettres choisies parmi une vingtaine d'autres, reçues de paroissiens d’Agen et un intéressant article de GOLIAS.
1/ Lettre 1 reçue d’un fidèle d’Agen

Chers Amis de Paix Liturgique,
Père de famille de cinq enfants, fréquentant la messe selon la forme extraordinaire à Agen, je vous remercie pour votre lettre électronique consacrée au départ contraint de l’Institut du Christ Roi.
Je tiens en outre à y ajouter quelques précisions qui me semblent bien nécessaires.
Vous évoquez dans votre lettre l’interdiction faite par Monseigneur Herbreteau au Chanoine Téqui de délivrer des cours de catéchisme.
Sachez qu’il s’agit là d’une mesure autoritaire et vexatoire de l’évêque puisque ce catéchisme interdit subitement par notre évêque n'était en rien clandestin. Depuis leur arrivée ici, les chanoines de l’Institut l'assuraient en parfait accord avec l’évêché. Certes, la condition fixée par le diocèse était qu'il n'y ait aucune publicité… C'est étrange mais c'est ainsi... On faisait avec... Tous les ans, des enfants de la Communauté traditionnelle étaient présentés à la première communion et à la communion solennelle et il va sans dire qu'ils étaient catéchisés. Lors de la visite de Mgr Descubes, l'évêque précédent, nous avions eu l'occasion de lui dire notre joie de bénéficier de ce service. Un bon catéchisme est une denrée rare. Progressivement, nous avons senti que nos conditions d'existence devenaient de plus en plus difficiles, le nouveau curé de la cathédrale étant très attaché à ses prérogatives. Le chanoine Téqui passait beaucoup de temps à faire tampon. Nous étions de moins en moins acceptés et on nous faisait bien sentir que nous gênions. Je ne parle même pas ici de la chapelle particulièrement laide et inadaptée à la célébration traditionnelle dans laquelle le diocèse nous avait relégués. Ca devait craquer un jour ou l'autre ! Les familles étaient de plus en plus soumises à toutes sortes de pressions, avec par exemple des interrogatoires serrés pour celles qui demandaient communion ou baptême dans la forme extraordinaire du rite romain pour leurs enfants. A l'école, nos enfants étaient aussi interrogés avec suspicion par les responsables de la catéchèse. Pourtant, nous avons toujours tenu à ce qu'ils participent aussi à ce qui se fait de chrétien à l'école. Notre évêque a certainement subi beaucoup de pressions et le champ d'apostolat du chanoine Téqui en fut de plus en plus limité. Aujourd'hui, l'ICRSP est parti, nous en souffrons tous mais il faut saluer le courage de cet institut Ecclesia Dei qui a eu le courage de dire non à une application aussi lamentable du Motu Proprio quitte à perdre un apostolat.

M. AD

2/ Lettre 2 reçue d’un fidèle d’Agen

Au sujet de l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum Cura à Agen, il faut savoir:
- que nous avons été parqués dans une prétendue "église" (Saint Pierre de Gaillard paroisse Sainte Foy) servant jusqu' alors de chapelle à la nécropole d' Agen au nord de la ville, que cette chapelle (une sorte de hangar pour matériel agricole datant des années 1970 dont l' intérieur a été repeint avec des couleurs semblables à celles des boîtes de nuit les plus glauques) n' a été conçue que pour ce qu' il est convenu aujourd' hui d' appeler la forme ordinaire de l' unique rite romain dans sa version ultramoderniste et donc même pas conforme au missel de 1970...
- cette "église" n’est donc pas adaptée à la forme extraordinaire de l’unique rite romain (autel: table à repasser repoussée contre le mur, absence de croix pour le Christ fixé à ce mur... Saint Sacrement remisé dans une armoire d’angle, deux petits réduits servent l’un de sacristie et l’autre pour les confessions en l’absence de véritable confessionnal digne de ce nom...)
- enfin la capacité de ce bâtiment est nettement insuffisante dès lors que les fidèles sont plus de 70... ce qui est de plus en plus fréquent...
- de plus en plus fréquent sauf le premier Dimanche du mois que s' est réservé le curé diocésain de la paroisse Sainte Foy d' Agen-Colayrac-Saint Cricq où il n' abuse plus personne tant il ne respecte aucune tenue vestimentaire sacerdotale digne de ce nom et ne célèbre point en la forme extraordinaire mais en forme ordinaire en latin et encore très modernisée... est-il besoin de dire qu' il a découragé et le servant d' autel et les enfants de Chœur ???
- Sans doute est-ce pour cela que la messe dans cette église est dite célébrée en latin et non pas par l' ICRSP ?
- malgré ces difficultés et des fidèles venant d' Agen mais aussi des 4 coins de ce vaste diocèse (l' un des plus étendus de France), nos chanoines de l' ICRSP et en particulier le Chanoine Marc TEQUI sont parvenus à créer une véritable vie de paroisse avec une vie intense: en sus de la célébration dominicale à 11h, une messe hebdomadaire le samedi matin, le catéchisme réunissant plus de 30 enfants pour la plus grande satisfaction de ces derniers et le réconfort des parents, une conférence spirituelle mensuelle en soirée pour les adultes, les sacrements, plusieurs apéritifs d' après messe dominicale chaque année, et bien sûr toutes les activités proposées par l' ICRSP (Pèlerinage de la Saint Louis à Notre Dame de Rocamadour, pèlerinage à Lourdes, etc).
Autant dire que le Chanoine TEQUI nous aime, nous écoute, est toujours disponible comme les autres Chanoines qui l’avaient précédé; de même que les enfants de chœur sont toujours prêts à répondre à son appel, tous les fidèles l’apprécient donc tout autant.
Hélas, le succès incontestable de cette célébration fait certainement désordre à Agen où les églises vides voire fermées ne se comptent plus et où celles encore ouvertes brillent par le faible nombre de fidèles... la remarquable Cathédrale Saint Caprais n' échappe pas davantage hélas à la désaffection croissante des fidèles... mais est-ce étonnant quand Mgr Herbreteau, évêque d' Agen, accorde la salle diocésaine du Martrou (ancienne église paroissiale de la Cathédrale et à proximité immédiate sous laquelle reposent Saint Caprais et Sainte Foy dans une crypte souterraine) à l' iman salafiste Tareq Obrou de la mosquée de Bordeaux proche des fondamentalistes frères musulmans et de Tariq Ramadan qu' on ne présente plus? Devant les protestations véhémentes des fidèles au printemps dernier (avril), la conférence a été reportée pour cause de travaux (alors que cette salle refaite à neuf il y a peu nous avait accueillis fin mars et courant mai!) puis fixée en juin dans une salle en banlieue d'Agen avec néanmoins une importante communication publicitaire dans les feuilles paroissiales du diocèse d’Agen.
Gageons aussi que la quête dominicale extraordinaire l’était aussi par son montant entièrement versé à l’Evêché!
Dernier point, il est à craindre que le curé diocésain de la paroisse essaie de nous orienter dans l'impasse de la paroisse personnelle du Motu Proprio Ecclesia Dei de 1988 ce qui figerait la situation dans tout le diocèse où existent pourtant d’autres groupes stables de demandeurs de la forme extraordinaire... dans le cadre du Motu Proprio Summorum Pontificum.
Aussi les fidèles de la forme extraordinaire d' Agen ont-ils l' intention d' établir un rapport sur l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum à l' intention de notre Saint Père Benoît XVI : le concours de Paix liturgique leur serait d' un grand secours! D’avance un grand merci pour ce que vous pourrez faire.

M. FR

3/ Article de GOLIAS

Parution : 2 septembre 2010

LE DIOCESE D’AGEN A L’EPREUVE DU MOTU PROPRIO : Le bras de fer entre l’évêque, Mgr Herbreteau, et les Traditionalistes

Par Romano Libero http://www.golias.fr/spip.php?auteur634

Mgr Jean-Charles Descubes, alors évêque d’Agen, accueillit dans son diocèse un groupe de moines bénédictins, essaimage de l’Abbaye du Barroux dans le Vaucluse. Tradis, mais en règle avec le Vatican et jadis choyés par le cardinal Ratzinger. L’actuel évêque du Lot-et-Garonne, Mgr Hubert Herbreteau, en a aujourd’hui hérité. Il semble se complaire à présider des offices liturgiques revêtu d’une splendide chape.
Le mouvement traditionaliste « la Paix liturgique » n’est pourtant pas satisfaite de la situation. Selon elle, « il apparaît clairement que l’application du Motu Proprio faite jusque là dans nos diocèses est très loin de satisfaire la demande réelle des fidèles ». De plus, le cas d’Agen serait « intéressant en ce qu’il met en lumière de manière éclatante le peu de charité avec lequel sont encore bien souvent traités les fidèles et les prêtres attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise ». Ajoutant : « la pastorale montre ici son vrai visage de rejet et d’exclusion ».
Mal accueilli, l’Institut du Christ Roi de Gricigliano se retire du diocèse d’Agen. Le chanoine Benoît Jayr, provincial de France de cet Institut très baroque, vient d’annoncer ce retrait, justifié selon lui par l’accueil déplorable et le climat de suspicion.
A l’origine de cette tension et de ce conflit, la décision de l’évêque d’Agen, Mgr Herbreteau qui a interdit avec la fermeté qui caractérise cet homme souvent cassant au chanoine Téqui de célébrer la forme extraordinaire de la messe ainsi que les cours de catéchisme. Cet autoritarisme épiscopal a été la goutte qui a fait déborder le vase.

De fait, nos évêques semblent osciller entre la complaisance à l’égard des tradis - en raison de la pression de Rome mais aussi du fait que ces courants sont souvent plus jeunes tandis que le clergé conciliaire est vieillissant - et un reste d’autoritarisme souvent maladroit. Naviguant à vue, ils se persuadent eux-même de leur autorité en donnant des coups de crosse. Sans vrai programme alternatif d’ouverture. A cet égard, l’évêque Herbreteau est à l’instar de Mgr Nourrichard d’Evreux un cas d’école.

[Les Nouvelles Calédoniennes] La messe en latin déplaît à l’archevêché

SOURCE - Les Nouvelles Calédoniennes - 7 septembre 2010

La messe en latin résonne à Katiramona. La petite communauté de catholiques traditionalistes que comptent la Calédonie et la fraternité Saint-Pie X y dispose désormais d’un pied-à-terre. Et cette installation pérenne d’une mouvance toujours très contestée est loin de plaire à l’église locale.

La croix sur les portes ne laisse aucun doute. Un nouveau lieu de culte a poussé à Katiramona, versant Païta, sous la forme d’une maisonnette allongée. Construit par les fidèles et pas tout à fait terminé, le bâtiment abritait dimanche matin une trentaine de personnes.
Quelques jeunes, plusieurs enfants et une majorité de croyants à cheveux blancs représentant la diversité du pays. Une mantille noire ou blanche recouvrait la chevelure de plusieurs femmes d’un voile de dentelle. Quant au prêtre, l’abbé Laisney, arrivé de Nouvelle-Zélande pour quelques jours, il officiait tourné vers l’autel pendant que, derrière lui, les fidèles entonnaient en chant grégorien Asperges-me, Credo, Gloria ou Mea culpa.
Ces paroles d’antan sont à l’image de la messe entière, dite en latin selon ce qu’on appelle le rite tridentin. Cette façon de célébrer la liturgie a disparu il y a longtemps des églises calédoniennes. Mais depuis près de trente ans, un noyau de catholiques refuse les changements induits par le célèbre concile Vatican II du début des années 60. « La nouvelle messe, ce n’est plus le saint sacrement du Christ », tranche l’un d’eux avec énergie. Et tous persistent à défendre l’« ancienne messe » dans la mouvance religieuse de Marcel Lefebvre.  Liés à la fraternité Saint-Pie X, ils se présentent plutôt comme des traditionalistes quand leurs détracteurs les taxent d’intégrisme. C’est d’ailleurs le titre de la mise en garde publiée par l’église locale dans les bulletins paroissiaux de septembre. Interrogé à ce sujet, l’archevêché répond dans un communiqué : « Lors de la réunion du conseil pastoral diocésain du mois d’août 2010, l’archevêque de Nouméa a fait état d’informations sur l’ouverture de cette chapelle, développe le texte. Les chrétiens sont invités à ne pas se laisser abuser par ce groupe qui n’a aucun lien avec l’[église] locale en communion avec Rome ».

« Le pape est pour, mais l’évêque est contre », résume François Laisney en faisant référence à la position de Benoît XVI, plus conservateur que son prédécesseur et plus souple sur la question de la messe.  A l’échelle calédonienne, l’ouverture de cette chapelle représente en tout cas une mise en lumière du mouvement. Jusque-là, les prêtres dépêchés d’Australie ou de Nouvelle-Zélande célébraient les messes ancienne version dans la discrétion d’oratoires aménagés chez des particuliers. Ou dans la chapelle créée à Gouaraoui, tribu de Houaïlou, dont le petit chef Clovis fut à l’origine du lien avec les traditionalistes.
« En 2002, j’avais fait le compte, on touchait près de 200 fidèles et à mon avis, il y en a plus que ça qui seraient intéressés par la messe en latin, précise l’abbé. A partir de là, nous avons commencé à chercher un terrain. » « Le problème, c’est qu’il y a une persécution contre cette messe », n’hésite-t-il pas à ajouter, en évoquant « des bâtons dans les roues depuis 1982 ». Par la hiérarchie catholique « classique », mais aussi d’une façon générale sous-entend-il en évoquant des difficultés rencontrées avec les permis de construire. La fraternité a d’ailleurs renoncé à son projet initial d’un prieuré sur le même terrain. A la mairie, on confirme qu’une demande d’accès sur la RT1 a bien été refusée par la DITTT, mais parce qu’il débouchait dans un virage et s’avérait dangereux.

6 septembre 2010

[Cristina Siccardi - archiviostorico.info] "Mgr Marcel Lefebvre: au nom de la vérité"

SOURCE - interview de Cristina Siccardi - Francesco Algisi - archiviostorico.info - version française sur le leforumcatholique.org - 6 septembre 2010

Cristina Siccardi, née à Turin en 1966, est spécialiste en biographies et a écrit pour « La stampa », «La Gazzetta del Piemonte», «Il Nostro Tempo » et collabore à diverses revues culturelles et religieuses comme «il Timone». Elle est membre des académies «Paestum», «Costantiniana», «Ferdinandea», «Archeologica italiana». Elle a publié une quarantaine d'ouvrages [...]

"Docteur Siccardi, dans quelques mois sortira en librairie votre ouvrage sur Mgr. Marcel Lefebvre. AU NOM DE LA VERITE (Sugarco edizioni). Pourquoi avoir décidé d'écrire cette biographie ?

Parce que, au travers de mes études sur Paul VI, je n'ai pas pu ignorer l'importance historique et religieuse de ce saint Athanase des temps modernes.J 'ai compris combien la Vérité et les vérités de toujours expliquent le présent et la crise.Quand la Fraternité m'a demandé d'écrire cette biographie, m'assurant d'avoir déjà trouvé un éditeur catholique, (Sugarco)j'ai accepté avec un sentiment mêlé, d'orgueil et d'humilité , typique d'une situation de quelqu'un qui s'apprête à un travail supérieur aux forces dont il présume disposer...

Quelles réactions cette réalisation a suscité parmi les membres du clergé ?

Quand j'ai accepté d'écrire la biographie du "pestiféré" Lefebvre, je présumais avoir à perdre l'estime et la considération de l'immense majorité des prêtres que je connaissais. Il n'en fût pas ainsi : je peux même affirmer que de très nombreux prêtres m'ont remercié pour ce livre. Beaucoup en le lisant ont "réveillé" une partie de la joie de leur vocation, depuis des décennies étouffée par le sociologisme moderniste.
J'évoque avec plaisir un prêtre qui m'est cher, que je savais entrainé par devers lui à des positions plus progressistes que son penchant naturel, qui m'a téléphoné pour me complimenter et surtout, m'a confié d'avoir personnellement connu Monseigneur, un secret jalousement gardé, comme une faute inexcusable: cette biographie a été un instrument de libération spirituelle , je crois , pour de nombreux prêtres [...]

De quelle façon le Motu proprio Summorum Pontificum a-t-il contribué à la réhabilitation (réévaluation ?) de la figure de Mgr Lefebvre?

Le Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007 n'est qu'une étape du pontificat actuel [...] Il est évident dans ce grandiose dessein qu'il est essentiel de réintégrer, même formellement, ceux de la Tradition dans la pleine juridiction de l'Église , les dépositaires de l'immuable "depositum Fidei", qui en ont fait leur raison de vivre. Benoit XVI a reçu Mons. Fellay, alors encore excommunié, quatre mois après son élection.
Certainement le Motu Proprio, qui libéralise le Missel qui ne fût jamais juridiquement abrogé , et donc qui a toujours été licite, comme l'exprime le Pape dans s sa lettre aux évêques marque-t-il une étape fondamentale, surtout pour ceux qui voyaient le Vetus Ordo comme une pièce d'antiquité et rend claires à tous les attentes du Pape en matière de liturgie ...

De votre livre semble émerger une image positive de Paul VI ?

Sa grande figure ne peut être lue, à mon avis, sous un unique point de vue: c'est une personnalité complexe , un homme très sensible, enclin au monachisme et au mysticisme, peu doté de capacités de gouvernement, influençable , plus prompt à endosser des responsabilités et des fautes qu'à les imputer aux autres.Sa très profonde sensibilité spirituelle n'était pas sous-tendue par une suffisante préparation théologique et philosophique [...]
Malgré celà, le Pape Montini pose, objectivement, plusieurs limites à la marée montante du modernisme, comme la proclamation de la Madonne, comme Mère de l'Eglise, à l'encontre du philoprotestantisme de certains pères du concile. Mais il a surtout deux mérites: un sur le plan doctrinal et un sur le plan éthique. Son Credo qui réaffirme toutes les vérités catholiques,e l'encyclique Humanae vitae qui signe la plus importante victoire de la résistance au modernisme en s'attirant l'insurrection d'un nombre impressionnant d'épiscopats, mais qui a réaffirmé la position de l'Eglise avec plus de force que ses prédécesseurs, et a renforcé a posteriori , les positions sur lesquelles allaient pouvoir se tenir ses successeurs [...]

Je n'affirme pas que sa figure soit tout court positive, mais elle n'est pas non plus négative. Il y a chez lui des lumières et des ombres, ces dernières découlant plus de faiblesses que de desseins novateurs.
Plus d'ombre que de lumière caractériserait plutôt le pontificat de Jean XXIII…Paul VI a subi le concile mais ne l'a pas convoqué, alors que son prédécesseur poursuivait clairement un processus de modernisation [...]
On peut dire que tout ce qu'a concédé Paul VI par faiblesse avait été prévu et voulu par le dessein de Jean XXIII.

Dans votre livre que dîtes vous de l'influence du père Guérard des Lauriers…

Le rapport entre Monseigneur Lefebvre et le Père Guérard des Lauriers fût momentané et fugace, dans un moment particulier du dominicain, existentiel et théologique, et n'a pas influé sur la vie ni sur la pensée du fondateur d'Écône. Ce rapport marginal aurait demandé un approfondissement doctrinal, l'analyse théologique de la théorie du «Cassiciacum» aurait trop alourdi ma biographie.

Vous écrivez (pag.185) que Mons. Lefebvre niât avoir Dignitatis humanae et Gaudium et spes. Puis vous ajoutez qu'en réalité il les a signés. Pouvez-vous préciser ?

Je ne rajoute rien à ce que j'ai écrit. Comme en témoigne Mgr Tissier de Mallerais, Mgr Lefebvre a signé les documents conciliaires comme une obligation et non comme une adhésion à leur contenu : cet acte formel n'enlève rien au reste et aux votes contraires qu'il a exprimés . J eprésume que ses deux négations d'avoir signé ces documents résultent d'une confusion avec les votes auxquels il n'a jamais effectivement adhéré et les signatures, actes purement formels de présence à la promulgation.

Qui définit Mons. Lefebvre comme schismatique commet un faux historique et juridique, écrivez-vous pag.269. [...]

Definir Mons. Lefebvre et la Fraternité sacerdotale Saint Pie X comme schismatiques est un faux car pour faire un schisme il faut se détacher de l'Eglise de Rome et nier son autorité, en premier de la légitimité du Pape. Les contestations, même très dures , les désobéissances de Mgr et de ses fils ne se sont jamais traduites par un manque de reconnaissance de la légitimité du pontife pro tempore régnant. Fûrent contestés des actes, des déclarations , interprétations ...Le maintien du Missel avec l’Una cum, dénote cette absolue déférence . Le refus de Mgr face au sédévacantisme ou au sédéprivationisme fût toujours inflexible. Il y voyait lucidement une nature protestante. [...] Il n'y a schisme ni de jure ni de facto.

Certains soutiennent que l'excommunication de Monseigneur lui aurait remise par le nonce apostolique en Suisse juste avant sa mort...

A ce que l'on m'a dit, le nonce serait venu prier sur sa dépouille . La rumeur de rémission de l'excommunication in extremis continue de persister, mais je n'ai pas eu de documentation suffisante sur ce point.

La levée d'excommunication des quatre évêques est-elle un désaveu de l'acte de Jean-Paul II?

C'est au moins un fort changement de direction, sans condamnation explicite de l'acte précédent [...]

5 septembre 2010

[summorum-pontificum.fr] Chémeré-Le-Roi était à la fête ce W.E.

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 5 septembre 2010

Ordonné hier prêtre pour l’éternité, le Père Ambroise-Marie Pellaumail de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier (Chémeré-Le-Roi, Mayenne) a célébré ce dimanche une première messe au Couvent Saint-Thomas d’Aquin. Le sermon a été prononcé par l’abbé Hubert Bizard, vice-recteur du séminaire de la Fraternité Saint-Pierre à Wigratzbad, en Bavière. L’orgue était tenu par un prémontré anglais et une foule nombreuse était présente, selon les informations qui viennent de me parvenir.

Le Père Ambroise-Marie Pellaumail a été ordonné samedi par son excellence Mgr Nicolas Browet, évêque auxilaire de Nanterre, en présence de plus de 500 personnes, en l’abbatiale de La Roë (Mayenne). L’abbé Charles Gauthey, de la Fraternité Saint-Pierre assurait le rôle de premier cérémoniaire et de nombreux séminaristes de la même Fraternité étaient présents. On notait également la présence de séminaristes diocésains (j’éviterai de dire de quel diocèse pour ne pas les trahir), de membres de l’Institut du Bon Pasteur (IBP), de chanoines de la Côtellerie, d’un prémontré anglais et de prêtres diocésains.

[Raoul - le Forum Catholique] (L'IBP Rome ferme-t-il ?) Non

SOURCE - Raoul - le Forum Catholique - 5 septembre 2010

D'après mes informations (elles datent de début février), l'IBP Rome ne ferme pas.

En revanche ne pourront aller à Rome que les prêtres souhaitant entamer un troisième cycle.

Il parait logique de n'envoyer la bas que des séminaristes déjà formés en "interne".

Le monde moderniste n'est pas le monde des bisounours et si tout n'est pas pourris dans les séminaire de Rome, il vaut mieux n'envoyer que des abbés capable de faire la part des choses...

[Geffroy Christophe - La Nef] Motu proprio : réflexions pour un débat

SOURCE - Geffroy Christophe - La Nef n°218 de septembre 2010
Le motu proprio Summorum Pontificum est entré en vigueur il y a trois ans. Plutôt qu’un bilan, nous proposons une réflexion sur sa réception difficile dans l’Église de France.

Le 14 septembre marque le troisième anniversaire de l’entrée en vigueur du motu proprio Summorum Pontificum. Benoît XVI a souhaité qu’un bilan soit tiré après cette période et, les évêques ayant dû adresser leur propre bilan à Rome, peut-être le pape en dégagera-t-il des conclusions dans un prochain document officiel ; on évoque depuis longtemps aussi un texte interprétatif de la Commission Ecclesia Dei qui pourrait être publié à l’automne. Rien n’étant encore venu de Rome, est-il opportun d’aborder un sujet aussi sensible, où il est bien difficile de susciter l’unanimité ? Je pense qu’il est non seulement possible mais même souhaitable de le faire. Pourquoi ?

Parce que – il faut le dire très clairement –, règne sur ces sujets une exemplaire « langue de buis », qui finit par occulter l’appréhension de la réalité : il faut donc avoir le courage d’appeler un chat un chat, et d’essayer de voir les choses telles qu’elles sont, non dans un but polémique mais dans un esprit de service, service de la vérité qui est inséparable du service de l’Église. Ce faisant, j’ai conscience de pénétrer sur un terrain miné et de m’y engager avec mes propres analyses, dont je ne prétends nullement qu’elles soient celles de Rome, même si mon dessein est d’être aussi fidèle que possible à la lettre et à l’esprit des papes Jean-Paul II et Benoît XVI sur ces questions ; je conçois cependant fort bien que l’on puisse contester mes positions et j’invite instamment mes lecteurs à l’indulgence et, surtout, à comprendre que nous réfléchissons sur des thèmes où des analyses différentes sont possibles ; c’est bien la raison pour laquelle un débat serein est nécessaire : mais un débat ne porte des fruits que s’il se déroule dans le respect des opinions et, entre chrétiens, dans la charité (1).

Quel bilan tirer de ces trois premières années d’application du motu proprio Summorum Pontificum ? Notre objet ici n’est pas de présenter des chiffres sur l’évolution du nombre de messes célébrées dans la forme extraordinaire, mais plutôt de nous interroger sur les raisons de ce qui nous semble être une « non-réception » de ce document pontifical. Je ne nie pas les fruits positifs de ce motu proprio, et notamment le fait qu’il donne un statut officiel à la forme extraordinaire dans l’Église, et qu’il a permis à nombre de jeunes prêtres de découvrir celle-ci. Pourquoi alors une « non-réception » ?

D’un côté, force est de constater que les évêques persistent globalement à se méfier d’une mouvance traditionnelle qu’ils ne parviennent pas à considérer comme une chance pour l’Église, mais plutôt comme un boulet à gérer, un phénomène à encadrer pour, surtout, l’empêcher de se développer – alors même que l’on trouve, en proportion, plus de vocations là qu’ailleurs… en nos temps de disette, cela devrait quand même faire réfléchir ! Le trait le plus frappant est le refus très net du motu proprio sur son point central le plus original : laisser la liberté aux curés de paroisse de juger de l’opportunité de répondre aux demandes d’une messe dans la forme extraordinaire par un groupe de fidèles. Je crois que l’on peut dire que ce point-là, sauf quelques rares exceptions, n’a été appliqué dans aucun diocèse de France – cela ne signifie pas que des évêques n’aient pas, par ailleurs, répondu généreusement à la demande de leurs ouailles.

Un raidissement

Du côté de la mouvance traditionnelle, il est difficile d’évoquer une réaction uniforme, car elle est éclatée en sensibilités diverses aux analyses substantiellement divergentes sur ce sujet – sans doute cela touche-t-il davantage les prêtres que les fidèles, qui sont bien obligés, par la force des choses et de longue date, de passer pour la plupart assez souvent d’une forme à l’autre. Certes, tous se sont réjouis du motu proprio, mais sans doute certains ont-ils été déçus de voir que la volonté du pape semblait peu suivie et que les choses bougeaient trop lentement, en se heurtant toujours à l’incompréhension d’une autorité peu prompte à satisfaire des demandes dont elle ne perçoit pas le bien-fondé. Cela a sans doute contribué à durcir une minorité, encouragée par certains groupes de pression dont les méthodes très modernes relèvent davantage de l’activisme révolutionnaire que du témoignage évangélique. Ces attitudes ne sont pas de nature à atténuer la méfiance des évêques évoquée plus haut.

Elles nuisent également à ceux qui, sans bruit le plus souvent et sans grand écho médiatique, suivent l’esprit du motu proprio en travaillant à remettre la forme extraordinaire en usage dans les paroisses, pour qu’elle puisse être offerte à tous : ces derniers sont ballottés entre l’autorité, qui, le plus souvent, ne les soutient pas, et une partie des « traditionalistes » qui ne recherche pas spécialement la rencontre entre prêtres et fidèles des deux formes, et préfère des lieux de culte exclusivement dédiés à la forme extraordinaire – ce qui n’a rien d’illégitime en soi (le motu proprio évoque bien les « paroisses personnelles ») à condition que de tels lieux ne soient pas des « réduits » isolés sans lien avec le diocèse et son clergé. Dans ces conditions, non seulement les paroisses personnelles sont légitimes, mais il est aussi nécessaire que des églises, quel qu’en soit le statut, soient confiées à des Instituts Ecclesia Dei, dont la vocation est de les desservir selon leur charisme propre. Cela n’empêche pas qu’il demeure souhaitable de « désenclaver » la forme extraordinaire du seul milieu traditionaliste : non parce qu’il serait « mauvais », mais parce que cette liturgie doit pouvoir être offerte à tous et qu’il n’est pas bon d’identifier un patrimoine universel de l’Église avec une seule mouvance, qui a ses qualités mais aussi ses limites comme tout groupe particulier.

Le motu proprio, cependant, aurait dû logiquement conduire à une détente liturgique, notamment du côté des « traditionalistes », puisqu’il garantit à ces derniers la légitimité et la pérennité de leurs aspirations. Or, l’évolution chez certains d’une crispation rituelle conduisant à un rubricisme pointilleux – qui n’existait pas du temps de Mgr Lefebvre – n’a pas été arrêtée : là où prévalait auparavant une certaine « liberté », domine maintenant une intransigeance plus fidèle à la lettre qu’à l’esprit de la liturgie traditionnelle ; faire chanter ou non le Pater par l’assemblée est devenu une question capitale et ne pas suivre telle rubrique presque l’égal d’une hérésie, comme s’il existait une forme liturgique « idéale » qui devrait être figée une fois pour toutes ! Le cardinal Ratzinger a abondamment montré que l’essence de la liturgie était d’être un corps organique fruit d’un développement continu : au prétexte qu’elle ne doit pas être une fabrication artificielle à la manière d’une production technique, il ne faut pas verser dans l’excès inverse et refuser le processus vivant de croissance hors duquel le rite se sclérose pour devenir un bel objet de musée (2).

Malgré le motu proprio, on se retrouve donc dans une logique de peur et de méfiance, générant des situations absurdes où, d’un côté, un évêque refuse par idéologie de confier un ministère à un prêtre d’un Institut Ecclesia Dei dans un diocèse où les églises n’ont plus de pasteur, et où, de l’autre, un tel Institut préfère refuser un ministère parce que l’évêque demande la concélébration de la messe chrismale…

Rupture ?

Cette opposition en deux camps bien distincts conforte également l’idée de rupture dans la liturgie, à savoir que les deux missels romains sont étrangers l’un à l’autre dans leur pratique, ce qui empêche de voir la continuité fondamentale dans leur structure, et donc la possibilité d’« enrichissements mutuels » suggérés par Benoît XVI dans sa lettre aux évêques accompagnant le motu proprio. Le cardinal Canizarès, préfet de la Congrégation pour le Culte divin, est revenu lui aussi sur cet aspect fondamental : « Favoriser l’accès à la forme liturgique officielle du Rite romain jusqu’à la réforme souhaitée par le Concile Vatican II, n’est pas une concession à la nostalgie ou à l’intégrisme, c’est plutôt un pas pour favoriser la Communion ecclésiale et une aide pour orienter et mieux comprendre l’actuelle “forme ordinaire” de la Liturgie romaine selon une “herméneutique de la continuité” » (3). En dehors d’une poignée de fidèles convaincus de la justesse des analyses du pape sur cette question, on a l’impression que personne ne souhaite aller dans ce sens, celui d’une « herméneutique de la continuité » y compris en matière liturgique, les uns voulant conserver leur « liberté » de célébrer l’Ordo de Paul VI à leur façon – qui n’est pas celle de Benoît XVI –, les autres s’appliquant avant tout à garder la forme extraordinaire inchangée dans une expression arrêtée en 1962, sans rechercher la cohabitation avec quiconque pourrait avoir une pratique liturgique différente de la leur.

Pour mesurer combien cette idée de rupture est enracinée dans les esprits et les habitudes, il n’est que de constater qu’il est pratiquement impossible aujourd’hui de voir célébrer une messe de la forme ordinaire d’une façon orientée, en latin et en grégorien ! Une telle manière de célébrer la messe dite de Paul VI – qui montrerait la continuité évidente entre les deux missels – est parfaitement compatible avec le texte même de la réforme : pourquoi donc n’existe-t-elle quasiment pas (excepté dans quelques rares lieux ou abbayes), sinon parce que la mise en œuvre pratique de la réforme a été délibérément celle de la rupture avec le passé ?

Cette brutale rupture a eu un effet dévastateur en faisant perdre le sens de la liturgie, c’est-à-dire la signification de toute la symbolique qui l’accompagne, la gestion de l’espace sacré, l’importance des signes, de tout ce que l’œil, l’ouïe et l’odorat perçoivent. J’étais récemment dans un haut lieu de pèlerinage où l’on devine un souci évident de resacraliser la liturgie, avec notamment la remise à l’honneur du kyriale latin : tout cela était très sympathique, mais la perte du sens de la liturgie était là palpable, en raison, par exemple, de l’incongruité à situer la chorale au milieu du chœur devant le maître-autel (évidemment inutilisé) et les célébrants devant la chorale face au peuple alors que tout était prévu pour gérer l’espace autrement avec le maître-autel et la croix à la convergence de tous les regards ! Dans cette situation de grande misère liturgique, il faut reconnaître que les « traditionalistes » ont contribué à maintenir vivant le sens de la liturgie hérité des siècles passés : Benoît XVI en est conscient, lui qui évoquait l’ancien missel comme un point de référence stable pour toute réforme ultérieure. Et que l’on ne nous dise pas que la forme extraordinaire est devenue « inaccessible » à nos contemporains, quand nous constatons l’attirance de nombreux jeunes pour cette messe ou quand on voit dans un pays comme la Russie une nette reprise de la pratique religieuse dans une magnifique liturgique byzantine tout aussi « inaccessible » (et sans doute plus) que ne l’est une célébration de la messe tridentine.

Établir des ponts

Il est donc essentiel de revenir sur la pratique de la rupture liturgique et de créer des ponts entre prêtres et fidèles des deux formes du rite romain. Cela est notamment nécessaire pour disposer peu à peu les esprits à la « réforme de la réforme » évoquée par Benoît XVI. S’il est évident qu’elle n’est pas envisageable à court terme, il est néanmoins possible, indispensable même, de préparer le terrain. Peut-être devrait-on commencer par apprendre à célébrer la forme extraordinaire dans tous les séminaires « ordinaires » et la forme ordinaire dans tous les séminaires « extraordinaires », de façon à faire aimer les deux formes comme deux façons données par l’Église de célébrer la même messe selon le même rite romain.

Qu’il nous soit permis de conclure en suggérant quelques grands axes d’une possible « réforme de la réforme », qui pourrait s’inspirer de l’esprit de la proposition de l’abbé Bryan Houghton (4), à savoir globalement de reprendre la liturgie de la Parole de la forme ordinaire et la liturgie eucharistique de la forme extraordinaire avec les précisions suivantes (non exhaustives) :

– La liturgie serait progressivement à nouveau « orientée » à l’Est partout où cela est possible, la concélébration serait réglementée et la communion distribuée à genoux et sur la langue.

– Le calendrier liturgique et le lectionnaire (sur 3 ans) seraient ceux du nouveau missel ; certaines simplifications du nouveau calendrier pourraient être revues (on pourrait notamment réintroduire la septuagésime, l’octave de Pentecôte…).
n Il conviendrait de supprimer toutes les « options » laissées aux prêtres, notamment pour le choix de la prière eucharistique : si la « réforme de la réforme » en maintenait plusieurs (en nombre très limité), il faudrait une norme objective réglementant leur utilisation avec préférence donnée au Canon romain pour les dimanches et grandes fêtes.

– Enfin, et ce point est capital, s’il n’y avait plus qu’une forme liturgique unique (mêmes textes, même calendrier), il pourrait y avoir deux façons légitimes de la célébrer : soit à la façon « traditionnelle », tout en latin et en grégorien (Canon en silence), soit à la façon « Paul VI », en français (dont le Canon à voix haute) mais avec au moins le commun (Kyriale) en latin-grégorien pour laisser à la liturgie sa dimension universelle.

Ces propositions sont bien évidemment à discuter, à affiner, je souhaite seulement qu’elles puissent contribuer à un débat serein en sortant de toute dialectique « politique » ou idéologique opposant forcément un « vainqueur » et un « vaincu ». Et j’invite chacun à réfléchir sur le fait que nombre de catholiques qui se déchirent parfois violemment sur ces questions liturgiques sont par ailleurs très proches dans leur vision de l’Église et du monde. À notre époque de sécularisation forcée où l’Église est le dernier rempart contre les folies de la modernité, il serait peut-être bon de s’en souvenir, et d’apprendre à débattre dans la charité, il y va de notre crédibilité : « Aimez-vous les uns les autres, à ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Jn 13, 34-35)…

Christophe Geffroy

(1) Pour l’attitude des prêtres et fidèles attachés à la forme extraordinaire, je renvoie à un mémorandum de Mgr Rifan, évêque de l’administration apostolique de Campos (Brésil), intitulé « Pour l’union des traditionalistes » et que nous publions intégralement en français sur notre site ; il pourrait servir de charte au monde traditionaliste.
(2) N’oublions pas que Mgr Lefebvre lui-même était conscient de certaines faiblesses du Missel de 1962 et qu’il accueillit avec joie les réformes de 1965 (cf. Itinéraires n°95 de juillet-août 1965, p. 78-79).
(3) Message du 20 avril 2010 au colloque sur le motu proprio de l’Institut du Christ Roi à Madrid le 24 avril 2010.
(4) Bryan Houghton, La paix de Mgr Forester, DMM, 1982.

[Perepiscopus] Mgr Vingt-Trois entrouvre la porte du diocèse à la Fraternité Saint-Pierre

SOURCE - Perepiscopus - 4 septembre 2010
Petit à petit, l'oiseau fait son nid... L'abbé Guilhem Lecoq, membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre et aumônier général de l'association Notre-Dame de Chrétienté s'installe peu à peu dans la capitale. Certes, l'archevêque de Paris et président de la Conférence épiscopale ne lui a pas (encore) confié de paroisse, mais il lui a donné quelques responsabilités. L'abbé Le Coq peut ainsi confesser à la paroisse St Louis-d'Antin. L'année dernière, il célébrait une messe selon la forme extraordinaire, destinée notamment aux étudiants, une fois par mois le mercredi soir à la paroisse St François-Xavier. Cette année, ces messes auront lieu chaque semaine, à partir du 15 septembre, à 19h45.

Par ailleurs, l'abbé Le Coq a également reçu l'autorisation de célébrer une messe dominicale par mois dans cette même paroisse, aux alentours de 18h.

La venue du Cardinal au pèlerinage de Chrétienté n'aura pas été vaine.

D'autant plus que, dans ce même diocèse, l'abbé Marc Guelfucci, exclu en 2006 de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X pour avoir demandé l’application des procédures canoniques -dont il est spécialiste- lors des renvois de ses confrères les abbés Philippe Laguérie, Christophe Héry et Guillaume de Tanouärn, et devenu vicaire à St Pierre de Chaillot, a été nommé vicaire épiscopal, responsable adjoint du bureau des mariages le 1er septembre.

[Max Barret - Le Courrier de Tychique] « Les Franciscains de l’Immaculée » - Mais alors : inquiétude légitime ?... - Mgr Fellay répond à Mgr Wiliamson.

SOURCE - Max Barret - Le Courrier de Tychique - 5 septembre 2010

« Les Franciscains de l’Immaculée »

Ils connaissent un essor remarquable ! Le site « Summorum Pontificum » reprend un article de « Paix Liturgique » pour évoquer leur succès. Je cite :

« Les Franciscains de l’Immaculée forment un institut particulièrement intéressant De même que les carmélites ont depuis longtemps une branche qui s’est constituée pour refuser un aggiornamento dévastateur (les carmélites de la Mère Maravillas de Jésus), les franciscains ont désormais une branche qui s’oppose à la dérive sans fin de l’ordre de saint François : les Franciscains de l’Immaculée, fondés en 1970 par le P. Stefano Manelli (leur supérieur) et le P. Gabriele Pelletieri. Ils ont, bien entendu, beaucoup de vocations. Ils ont été reconnus de droit pontifical en 1998 et rassemblent dans le monde entier plus de 300 frères, dont une centaine de prêtres et comptent près de 400 religieuses, en Australie, aux Etats-Unis, au Bénin où ils disposent d’une chaîne de télévision, en Italie, aux Philippines, au Brésil, en France dans le diocèse de Toulon (P. Antoine Santoro). Ils suivent la règle franciscaine, en se distinguant par leur fidélité traditionnelle à cette règle, par leur consécration personnelle à l’Immaculée et désormais… par leur attachement à la forme extraordinaire du rite. Le P. Manelli a embrassé avec promptitude, et avec l’appui chaleureux de ses religieux, le Motu Proprio Summorum Pontificum, faisant toujours plus de la forme extraordinaire la forme privilégiée de sa communauté. La cinquantaine de séminaristes de cet institut est dorénavant formée à l’une et l’autre formes du rite, comme cela devrait l’être dans tous les séminaires. Ils célèbrent en outre toujours « vers le Seigneur ».

On comprend mieux !... Leur Supérieur a « embrassé avec promptitude, et avec l’appui chaleureux de ses religieux, le Motu Proprio Summorum Pontificum. ». Ce sont donc d’excellents conciliaires, qui privilégient tout de même la « forme extraordinaire » de la messe, c’est-à-dire la seule qui soit véritablement catholique… quand elle est célébrée par un prêtre validement ordonné (comment, par qui, dans quel rite les 100 prêtres revendiqués l’ont-ils été ?) Ce qui revient à dire qu’ils célèbrent tout de même la nouvelle messe, de temps à autre, la « messe adultère » ainsi que la qualifiait Mgr Lefebvre, et M. l’abbé Laffargue, lequel fut le Directeur de l’oeuvre des Retraites de la FSSP X et qui se disait « préférer mourir que d’accepter un rite équivoque qui corrompt la Foi et qui détruit l’Eglise »… avant d’oublier cette déclaration héroïque, de l’accepter et de le célébrer, lui aussi, face au peuple et communion dans la main !... Voilà où mène la cohabitation !

Or, on ne rappellera jamais assez cet adage « Lex orandi, lex credendi » attribué à St Célestin 1ier (Vème siècle) et repris depuis par de nombreux autres papes : Benoît XIV, Léon XIII, Pie XI et Pie XII ! « La loi de la prière détermine la loi de la croyance. » Altérer la « loi de la prière » c’est dénaturer la « loi de la croyance » ! C’est en modifiant la liturgie de la messe que de grands hérétiques comme Luther et Cranmer ont entraîné dans le protestantisme des populations entières… qui se croyaient encore catholiques ! Or, vous avez bien lu, dans le texte ci-dessus il n’est question que de liturgie : « attachement à la forme extraordinaire du rite », accueil chaleureux du Motu proprio ! Et puis, on s’interroge sur la « cinquantaine de séminaristes » qui vont être « formés à l’une et l’autre forme du rite » ! Même « tournées vers le Seigneur » ils célèbreront tantôt la bonne messe, tantôt celle qui fait perdre la Foi ! Et là est bien le redoutable danger ! Les fidèles traditionalistes, dans leur grande majorité ne se préoccupent que de la liturgie : belle cérémonie, dans une belle église, grandes orgues à l’appui et majestueuse ordonnance… Ils ne veulent rien de plus ! Ils ne se préoccupent ni de la doctrine qu’on leur enseigne, ni de la validité du prêtre qui célèbre ! Est-il prêtre ? Peu leur chaut ! En somme ils ne veulent que : « La Paix Liturgique » !

Mais alors : inquiétude légitime ?...

Selon la même source, citant le blog « missainlatino » : « L’abbé Emmanuel du Chalard, de la Fraternité Saint-Pie X, a annoncé qu’une rencontre entre le supérieur et fondateur des Franciscains de l’Immaculée, le Père Manneli, et Mgr Bernard Fellay, était prévue dans les prochains mois. Si elle a bien lieu, cette rencontre sera certainement le fruit du long travail de l’abbé du Chalard, lequel est soutenu à Paris par son ami l’abbé Lorans. C’est grâce à l’abbé du Chalard, notamment, que le livre sur le Concile de Mgr Ghérardini, édité par les Franciscains de l’Immaculée a été diffusé en France. Bien introduit à Rome, l’abbé du Chalard est particulièrement bien informé de la vie de l’Eglise et appartient à ceux qui, au sein de la Fraternité Saint-Pie X, estiment que le combat a changé de forme, et qu’il n’est plus le même que dans les années soixante-dix. Sans rien abandonner des positions de la Fraternité Saint-Pie X, ses rencontres avec de jeunes prêtres ou avec les Franciscains de l’Immaculée lui ont montré que des alliés objectifs existaient dans la place et qu’il fallait tisser des liens avec eux. Sa pensée est-elle exactement celle de la Fraternité Saint-Pie X ? Difficile à dire, d’autant que celle-ci est traversée de courants qui entendent parvenir aux mêmes buts par des chemins parfois opposés. Missainlatino estime que l’abbé du Chalard exprime l’avis actuel de la Fraternité St Pie X »

Est-il permis, toléré, de s’inquiéter de ces propos sans être taxé d’ennemi de la Fraternité ? Est-il permis d’essayer de comprendre l’évolution d’une situation qui semble s’écarter de l’enseignement de Mgr Lefebvre ? Si ces propos ont bien été tenus comment peut-on admettre que « le combat a changé de forme et qu’il n’est plus le même que dans les années soixantedix ? » Car c’est en 1988 que, la situation de l’Eglise s’étant aggravée, Mgr Lefebvre s’est résolu à procéder aux sacres. S’il avait « changé de forme », ce combat était devenu plus frontal, ce qui est bien loin d’être le cas aujourd’hui ! Et en novembre 2007, la conférence de Mgr Tissier de Mallerais, prononcée à Paris dans le cadre du Symposium sur l’encyclique « Pascendi » de St Pie X ne semblait guère présager une rencontre avec une Communauté embrassant avec promptitude et chaleur un « motu propio » reléguant au second plan la messe catholique, déclarée scandaleusement « extraordinaire » !

Que des « alliés objectifs existent dans la place et qu’il faille tisser des liens avec eux » est un objectif tout à fait souhaitable !
Bien que pauvre et misérable laïc, je l’approuve totalement. Mais l’entrisme est une stratégie délicate qui nécessite de la discrétion, du tact, une certaine concertation avec d’autres membres, capables d’infléchir la communauté ou l’organisation visée. Il n’est pas besoin à la Fraternité d’aller chercher un exemple ailleurs ! Elle en a été victime, hélas ! (cf. l’étude de M. Paul Chaussée : « L’abbé Grégoire Célier : un agent d’influence ») Car « la place » est déjà sous contrôle !... Nos ennemis veillent ! A Rome les « alliés objectifs » sont loin d’être les plus nombreux : Mgr Fellay, lui-même, avait révélé l’existence de plusieurs loges maçonniques au Vatican ! Il reste que, et c’est la raison de mon soutien à cette tactique, lorsqu’un mouvement, une organisation ou une communauté se sent trop faible, ou estime manquer d’influence pour atteindre son objectif, ce peut constituer un moyen d’y parvenir, surtout quand, ce qui est malheureusement le cas aujourd’hui, l’apathie de la masse des fidèles est telle que l’on ne peut absolument pas compter sur son engagement !

Mgr Fellay répond à Mgr Wiliamson.

Après la publication du message de Mgr Williamson dans mon « Courrier » n° 342 je demandais si ses trois confrères partageaient la même inquiétude. Mgr Fellay y a répondu le 24 août dans une interview publiée le 25 par Brian Mershon, journaliste au « Remnant ». C’est une nouvelle forme de dialogue, qui nous change de l’ordinaire, et que je salue ! Voici sa réponse :

« Le Supérieur Général de la FSSP X, Mgr Bernard Fellay, un des quatre évêques dont l’excommunication a été levée par le pape Benoît XVI en janvier 2009, nie aujourd’hui catégoriquement avoir connaissance d’un prétendu Motu Proprio spécialement prévu par le Saint Siège pour la FSSP X, tel que l’a dit récemment Mgr Richard Williamson. Ce soi-disant Motu Proprio n’exigerait de la FSSP X aucune sorte de reconnaissance à propos de Vatican II et de la nouvelle messe. « Je suis très ennuyé par toute cette affaire » dit Mgr Fellay : « La déclaration de Mgr Williamson a été faite sans autorisation et lui est personnelle, elle ne vient pas de la Fraternité. Cela n’a jamais été la politique de la Fraternité de baser son action ou sa politique sur des ragots. Je n’ai absolument connaissance d’aucun Motu Proprio. » La semaine dernière Mgr Williamson – qui est prétendument tenu de ne faire aucune déclaration publique en dehors de la Foi et de la Morale par le Supérieur de la FSSP X – a écrit une lettre qui a été publiée d’abord sur son site, puis reprise par le site traditionaliste Rorate Caeli blog. Dans cette lettre Mgr Williamson met en garde les catholiques contre le « danger » d’un soi disant Motu Proprio destiné à attirer les fidèles de la Fraternité vers l’union avec Rome et dit : « il n’y a aucun moyen que l’enseignement néo-moderniste de Vatican II puisse être réconcilié avec la doctrine catholique de la véritable Eglise » Mgr Williamson a dit également que, selon des sources provenant à la fois du Saint-Siège et de la Fraternité, les discussions doctrinales devraient logiquement « foncer droit dans le mur. » Pourtant, dans l’entretien d’aujourd’hui, Mgr Fellay nie catégoriquement cette affirmation. Il dit que les discussions doctrinales entre les représentants de la FSSP X et les théologiens du Saint Siège vont continuer et suivre leur cours comme prévu avec la prochaine rencontre programmée en septembre. « Il n’y a rien de changé – dit Mgr Fellay – Tout ceci n’est que ragots et rumeurs et je ne veux rien avoir à faire avec les rumeurs et les ragots. Tout ceci est vain – sans aucune valeur. Pour l’heure présente, tout va bien ; les choses avancent en douceur conformément à ce qui est planifié » dit-il. »

Il semblerait que la rupture soit consommée. Hélas… trois fois hélas ! « Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; et nulle ville, nulle maison, divisée contre elle-même ne saurait se maintenir. » (Matt. XII – 25)

4 septembre 2010

[summorum-pontificum.fr] Comment la messe dans le diocèse de Pontoise a été obtenue ? Un cas exemplaire d’application du Motu Proprio

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 4 septembre 2010

J’ai évoqué récemment l’information donnée par Maximilien Bernard sur son blog de la messe qui sera célébrée demain 5 septembre à 10h00, à Butry dans le diocèse de Pontoise par l’abbé Cayla.

S’il faut saluer la décision de l’évêque, Mgr Riocreux, et la venue de l’abbé Cayla, il serait bien également de ne pas oublier le travail patient des laïcs qui ont obtenu cette messe. Voici comment il raconte cette histoire sur leur site :
« Au mois de novembre 2009, nous sommes allés rencontrer le curé de la cathédrale de Pontoise, Monsieur l’archiprêtre MACHENAUD, à qui nous avons exposé notre projet. L’entretien s’est déroulé de façon très cordiale, ce qui nous était demandé étant juste de constituer un groupe d’une trentaine de foyers, pour que la demande ait du poids.

Ce faisant, le groupe s’étoffant (jusqu’à plus d’une centaine de personnes à l’heure actuelle), diverses rencontres et diverses étapes nous ont mené à organiser, le 8 mai dernier, une réunion rassemblant plus de soixante personnes demandeuses d’une telle liturgie sur notre secteur (cf notre Lettre n° 7), en présence de Monsieur l’archiprêtre MACHENAUD, chargé par l’évêque de s’occuper de notre demande.

Un mois avant cette rencontre, nous avions par courrier présenté à notre ambassadeur les aspirations suivantes, que nous espérons satisfaites au plus tard pour la rentrée de septembre 2010 :
– La célébration chaque dimanche de la « forme extraordinaire de l’unique rite romain » 
     (et non pas un dimanche sur deux, ou trois sur quatre…)
– à un horaire familial, c’est-à-dire dans l’idéal vers 10h30-11h
– dans une église en bon état et située dans un lieu vivant de la Vallée de Montmorency, plus précisément vers le centre de l’axe Bessancourt-Enghien, qui rassemble la majorité des demandeurs (cf notre carte)
– avec tous les autres sacrements et la vie paroissiale qui les accompagne
– avec un pasteur qui aime cette liturgie et est capable et désireux de s’occuper avec amour et zèle du soin des âmes qui lui seront confiées

Le Père MACHENAUD, après avoir écouté la présentation de chacun des demandeurs présents qu’il a sollicitée, nous a déclaré qu’il avait conscience de ce que la proposition qu’il allait faire ne correspondait pas exactement à notre demande. Il nous a expliqué que chaque curé était maître dans sa paroisse et que l’évêque ne pouvait le contraindre à rien, et qu’il n’y avait, pour l’instant, dans notre secteur, pas de curé souhaitant proposer la liturgie dans sa forme extraordinaire. Il nous a proposé, en accord avec Monseigneur RIOCREUX qui apporte son soutien à cette proposition :

– La création d’une paroisse attachée à la « forme extraordinaire de l’unique rite romain », pour le mois de septembre 2010, dans le groupement de paroisses de Pontoise, dont il est le curé
– avec tous les sacrements et la vie paroissiale qui les accompagne
– avec des horaires familiaux
– avec un pasteur qui aime cette liturgie et est capable et désireux de s’occuper avec Amour et zèle du soin des âmes qui lui seront confiées. »
Ce récit, au regard de son résultat, me paraît particulièrement intéressant car il entre pleinement dans les conditions définies par le Motu Proprio Summorum Pontificum. Il existe ainsi un groupe stable qui demande la messe. Visiblement aucun curé de paroisse n’accepte cette demande. Or c’est au niveau du curé que la demande doit être faite et c’est à lui que sont donnés les pouvoirs de décider dans un sens ou dans un autre. S’il refuse de célébrer ou de faire célébrer la messe traditionnelle, le principe de subsidiarité entre action. Les laïcs doivent alors en référer à l’autorité supérieure, à savoir l’évêque. Il revient alors à celui-ci de trouver une solution pour répondre au désir du groupe stable. C’est seulement s’il n’y parvient pas qu’il doit en référer à l’autorité supérieure, à savoir la commission Ecclesia Dei.

Dans le cas présent, ce ne fut pas nécessaire. Dans le diocèse de Pontoise, la solution adoptée est celle d’une paroisse entièrement consacrée à la célébration du rite romain traditionnel, avec « les sacrements et la vie paroissiale qui les accompagne ». Une solution également préconisée par le Motu Proprio. On ne peut que féliciter les acteurs, évêque, prêtres et laïcs de cette mise en application du motu proprio.

La messe de ce dimanche est donc à Butry à 10h00. Les inscriptions pour le catéchisme auront lieu sur place. Une vraie vie de paroisse commence. Le desservant, sous l’autorité du curé de la cathédrale de Pontoise, est l’abbé Augustin Cayla (90 av Marcel Perrin ,95540 Méry-sur-Oise, tél. : 06 08 48 93 49).

3 septembre 2010

[Paix Liturgique] Nouveau sondage exclusif Outre Manche: la Grande-Bretagne, avenir de la liturgie catholique?

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 246 - 3 septembre 2010

Du 16 au 19 septembre, le Saint-Père se rendra en visite apostolique en Écosse et en Angleterre pour la béatification du cardinal Newman, prêtre et théologien anglican converti au catholicisme.
À l'occasion de ce voyage très attendu Outre-manche, et à l’instar de ce que Paix liturgique a déjà réalisé lors du récent déplacement du Saint-Père au Portugal, un nouveau sondage sur la réception du Motu Proprio Summorum Pontificum par les catholiques britanniques a été commandité pour le compte de notre mouvement.

I – UN CONTEXTE PARTICULIER

Depuis le schisme anglican au XVIème siècle, la religion catholique occupe en Grande-Bretagne une place singulière. Jusqu'au XIXème siècle, l'Église y était institutionnellement opprimée, le catholicisme étant notamment considéré, par le pouvoir comme par le peuple, comme antinational.

À la suite du Catholic Relief Act de 1829, le catholicisme put de nouveau s'organiser librement, surtout après le bref pontifical de 1850 rétablissant la hiérarchie catholique dans le pays. Depuis cette époque, qui est celle du cardinal Newman, le catholicisme britannique a exercé une influence remarquable sur les milieux intellectuels et culturels insulaires, produisant des figures aussi singulières que Chesterton et Tolkien notamment, mais sans engendrer de retour massif des fidèles anglicans vers Rome.

En 1971, c'est d'Angleterre qu'est venue la première action d'envergure en défense de la liturgie traditionnelle, à travers la pétition signée par des dizaines de personnalités dont la romancière Agatha Christie (bien que non catholique). Une action récompensée par l'octroi immédiat d'un indult, appelé familièrement « Indult Agatha Christi », dont nous publions, en fin de lettre, le texte intégral.
Cet Indult – sur le mode classique d’une « réponse » adressé en l’espèce par la Congrégation pour le Culte divin au cardinal Président de la Conférence des Evêques d’Angleterre et Pays de Galles – prévoyait la possibilité pour « certains groupes de fidèles à des occasions particulières » de célébrer "selon le missel de 1965".
Malgré l’importance de ce texte dans l’histoire de la défense de la liturgie traditionnelle de l’Église (il établissait un « précédent », ce qui est très important dans le mode d’agir de la Curie romaine : il sera constamment cité dans la vue du Motu Proprio de 1988), le « peu d’empressement » de la hiérarchie épiscopale britannique à l’appliquer (déjà en 1971…) l’a privé d’effets et a fait que la situation des fidèles anglais, gallois et écossais attachés à la liturgie traditionnelle a fini par ressembler de plus en plus à celle connue sur le continent : dédain et marginalisation.

Une situation que le Motu Proprio de 2007 n'a pas encore renversée, en dépit des ouvertures faites par certains nouveaux prélats britanniques et de l'activité des mouvements de laïcs, au premier rang desquels la Latin Mass Society qui multiplie les séminaires de formation des prêtres à la forme extraordinaire.
On observe néanmoins un certain bouillonnement à la veille de la visite pontificale, entretenu par la constitution apostolique Anglicanorum Cœtibus établissant des Ordinariats personnels pour les anglicans entrant en pleine communion avec l'Église. Ce texte, nouveau fruit de la générosité de Benoît XVI, offre en effet une espérance aux fidèles anglicans ne se reconnaissant plus dans l'évolution récente de la Communion anglicane, qui n'en finit pas de céder aux pressions qui lui sont faites sur l'ordination des femmes, l’admission aux « ordres » d’homosexuels actifs, alors qu’elle paraissait jusque-là plus près de Rome que les autres communautés protestantes. C'est dans ce contexte singulier, et alors que le Souverain Pontife est la cible régulière des nombreux groupes de pression ayant accès aux médias anglais, et qui n’hésitent pas devant les provocations les plus éhontés (on parle de rien moins que de mettre le Pape en prison !), que Paix liturgique a souhaité mesurer la connaissance que les catholiques de Grande-Bretagne ont du Motu Proprio Summorum Pontificum et l'appréciation qu'ils en font.

II – LES RÉSULTATS

Voici les résultats de ce sondage, réalisé en ligne du 21 au 28 juin 2010 par Harris Interactive auprès de 800 catholiques britanniques issus d'un échantillon de 6153 personnes âgées de 18 ans et plus.

Question n°1 : Assistez-vous à la messe ?
Chaque semaine : 24,3%
Tous les mois : 7,8%
Pour les grandes fêtes : 10,1%
Occasionnellement (mariages…) : 45,6%
Jamais : 12,3%

Question n°2 : Le pape Benoît XVI a rappelé en juillet 2007 que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » - en anglais, le prêtre faisant face aux fidèles, la communion étant reçue debout – et sous sa forme traditionnelle dite « extraordinaire » ou « de Jean XXIII » - en latin et grégorien, le prêtre tourné face à l’autel, la communion reçue à genoux. Le saviez-vous ?

Oui : 39,4%
Non : 60,6%

Question n° 3 : Considéreriez-vous comme normal ou pas normal si les 2 formes liturgiques devaient être célébrées régulièrement dans VOTRE paroisse ?
Normal : 44,9%
Pas normal : 21%
Ne se prononcent pas : 34,1%

Question n°4 : Si la messe était célébrée en latin et grégorien sous sa forme extraordinaire plutôt que dans celle dite ordinaire en anglais, y assisteriez vous ?

Réponses de l'ensemble des catholiques :
- 15,6% y assisteraient chaque semaine
- 10,8% une fois par mois
- 11,1% lors des grandes fêtes
- 46,1% occasionnellement
- 16,4% jamais

Réponses des pratiquants réguliers (hebdomadaires et mensuels)
- 43% y assisteraient chaque semaine
- 23,4% une fois par mois
- 7,8% lors des grandes fêtes
- 17,6% occasionnellement
- 8,2% jamais


III - LES COMMENTAIRES DE PAIX LITURGIQUE


1/ Le premier enseignement de ce sondage est une nouvelle confirmation de tous les précédents sondages réalisés par des organismes professionnels et indépendants sur la question de la liturgie traditionnelle de l’Eglise (voir site de Paix Liturgique). En Grande-Bretagne aussi, comme partout ailleurs, une partie substantielle des catholiques assisterait volontiers à la célébration de la forme extraordinaire du rite romain si elle avait lieu au sein même de LEUR paroisse.

Ce sondage est un élément nouveau qui confirme en effet toutes les études menées sur cette question… Celui qui a des yeux, qu’il voie… Celui qui a des oreilles, qu’il entende…

Sauf qu’on dépasse la réponse centrale habituelle des sondages précédents, qui apprend qu’environ un tiers des pratiquants réguliers assisteraient volontiers toutes les semaines à la messe traditionnelle célébrée dans leur paroisse. En Angleterre, c’est 43% des pratiquants réguliers qui assisteraient à la messe traditionnelle tous les dimanches, si elle était célébrée dans leur paroisse (l’Angleterre dépasse l’Italie, où l’on avait pour l’instant la proportion record de 40 % des pratiquants réguliers répondant qu’ils assisteraient à la messe traditionnelle toutes les semaines si elle leur était offerte).
Et même, parmi les pratiquants britanniques (hebdomadaires et mensuels cumulés), ce ne sont pas loin de 66,4 % (2 pratiquants sur 3) – en Italie, ils sont 63% – qui aimeraient bénéficier des bienfaits du Motu Proprio.

Quand on s’aperçoit (question 2) que 60 % des catholiques ne sont pas au courant de l’existence du Motu Proprio, on imagine aisément que les 66,4 % de pratiquants ci-dessus verraient leur proportion augmenter encore…


2/ Le deuxième enseignement de cette étude est la confirmation de ce qu’en Grande-Bretagne aussi, l’écrasante majorité des fidèles trouvent absolument normale la coexistence pacifique des deux formes du rite romain dans le cadre paroissial.

Ce qui n’est qu’à demi surprenant : les catholiques anglais, longtemps persécutés comme « papistes », le sont effectivement de manière particulière. Et en Grande Bretagne comme ailleurs, le souhait des fidèles de voir appliqué le Motu Proprio semble proportionnel à l’opposition que ce texte du Pape suscite chez la plupart des évêques. Il est notable en effet de relever à travers cette étude le manque de prise de la hiérarchie avec les réalités qui l’entourent.

Seuls 21 % des fidèles ne trouvent pas normal la coexistence pacifique des deux formes du rite romain. Ce chiffre pourrait d’ailleurs diminuer si plus de fidèles (que les 39,4 % actuels) connaissaient les dispositions du Motu Proprio de Benoît XVI. On peut en effet légitimement penser que parmi ces 21 %, certains croient ce qu’on leur a si longtemps répété, à savoir que cette liturgie serait plus ou moins « interdite »…

En Grande Bretagne comme ailleurs, l’argument tiré de l'absence d'intérêt des fidèles à l’application du Motu Proprio est déloyal car lorsqu’on demande leur avis aux fidèles dans une enquête d’opinion, les résultats sont bien différents de ceux que l’on obtient quand on se contente de parler en leur nom… en se gardant bien de les consulter.

3/ Seules cinq messes dominicales hebdomadaires (FSSPX incluse) sont célébrées selon la forme extraordinaire du rite romain en Écosse (voir notre lettre n°227). Du coup, les résultats de ce sondage comparés à la situation des fidèles sont accablants pour l’épiscopat écossais.
Quid de l’écoute attentive des signes des temps ? Messeigneurs, avez-vous lu le Concile ?

4/ Un clin d'œil à propos de « l'indult Agatha Christie » ; celui-ci a permis dès 1971, la célébration du missel de 1965 avec ses modifications de 1967 (et non de 1962 comme c’est le cas dans Summorum Pontificum et préalablement dans Ecclesia Dei). On aurait pu penser que cette forme édulcorée, modernisée du missel du Bienheureux Jean XXIII de 1962 aurait été plus facilement acceptée par les évêques britanniques et par la suite, aurait pu favoriser un certain rayonnement d’une liturgie plus classique dans un contexte postconciliaire…Or, il n’en fut rien, les évêques britanniques ne voyant guère de différence substantielle entre la liturgie de 65 et celle de 62. Point besoin d’insister lourdement auprès de ceux qui estiment naïvement que célébrer selon 1965 plutôt que selon 1962 serait plus facilement accepté dans les diocèses. Sans parler de la naïveté, abyssale cette fois, de cette poignée de militants de la célébration de la liturgie
de Paul VI en latin (http://proliturgia.pagesperso-orange.fr/).


5/ Mais par-dessus tout, ce nouveau sondage souligne l’étonnante incapacité du point de vue de la communication – dans la meilleure des interprétations – de l’épiscopat, en l’espèce britannique : trois ans après la publication du Motu Proprio du 7 juillet 2007, 40 % seulement des pratiquants en sont informés. Mais il faut appeler les choses par leur nom, surtout dans un domaine si grave, celui de la vie liturgique et sacramentelle : en Angleterre comme ailleurs, c’est bien d’aveuglement pastoral devant les attentes des fidèles, un aveuglement épiscopal, ici encore, scientifiquement chiffré et mesuré.

On finit par se demander si les évêques n’auraient pas besoin d’un autre concile, réellement pastoral celui-là, dédié à l'écoute des "Silencieux de l'Église"...


6/ Une remarque finale : en raison du faible taux de catholiques dans le pays (13%), ce sondage a nécessité de consulter d’avantage de monde que d’habitude (6153 personnes) pour s'appuyer sur un nombre représentatif de personnes se reconnaissant "catholiques". Ce sondage est donc le plus onéreux de ceux que nous avons commandités. Il a coûté la somme de 10 000 € TTC. Si vous souhaitez participer à son financement et nous permettre de continuer notre travail d’information, vous pouvez adresser votre don à Paix liturgique, 1 allée du Bois Gougenot, 78290 CROISSY-SUR-SEINE en libellant votre chèque à l'ordre de Paix liturgique ou par virement : IBAN : FR76 3000 3021 9700 0500 0158 593 - BIC : SOGEFRPP.

ANNEXE A PROPOS DE L'INDULT "AGATHA CHRISTIE"

Nous reproduisons ici les informations diffusées par Le Baptistère, n°17, d’octobre 2005
(http://www.amdg.asso.fr/formation/format_indultachristie_lb.htm)

Requête pour demander le maintien de la Messe traditionnelle

(Cet appel a été lancé par de nombreuses personnalités (catholiques ou non) et publié par le Times le 6 juillet 1971. Traduction la Documentation Catholique)

L’un des axiomes de la publicité contemporaine, aussi bien religieuse que profane, est que l’homme moderne en général, et les intellectuels en particulier, sont désormais pleins d’intolérance pour toutes les formes de la tradition et n’aspirent qu’à les supprimer pour les remplacer par quelque chose d’autre.
Mais comme bien d’autres affirmations de nos machines à publicité, un tel axiome est faux. Aujourd’hui, tout comme dans le passé, les hommes cultivés sont à l’avant-garde chaque fois qu’il s’agit de reconnaître la valeur de la tradition, et ils sont les premiers à sonner l’alarme lorsqu’elle est menacée.
Si quelque décret déraisonnable devait ordonner la destruction complète ou partielle des basiliques ou des cathédrales, ce seraient évidemment les hommes cultivés quelles que soient leurs croyances personnelles qui se dresseraient, pleins d’horreur, pour s’opposer à une telle possibilité.
Or, c’est un fait que ces basiliques et ces cathédrales ont été bâties pour la célébration d’un rite qui, il y a quelques mois encore, représentait une tradition vivante. Nous voulons parler de la messe catholique romaine. Pourtant, si l’on en croit les dernières informations en provenance de Rome, il existe un plan destiné à supprimer cette messe dès la fin de cette année.
En ce moment, nous n’envisageons pas l’expérience religieuse et spirituelle de millions de personnes. Le rite en question, dans son magnifique texte latin, a également inspiré quantité d’œuvres d’art inestimables, non seulement des œuvres mystiques, mais aussi des œuvres de poètes, philosophes, musiciens, architectes, peintres et sculpteurs, dans tous les pays et à toute les époques. Il appartient ainsi à la culture universelle aussi bien qu’aux hommes d’Église et aux chrétiens pratiquants.
Dans la civilisation matérialiste et technocratique qui menace de plus en plus la vie de l’âme et de l’esprit dans son expression créatrice originale — la parole, — il semble particulièrement inhumain de priver l’homme de formes verbales dans l’une de ses plus grandioses manifestations.
Les signataires de cet appel, qui est entièrement œcuménique et apolitique, proviennent de toutes les branches de la culture moderne en Europe ou ailleurs. Ils désirent attirer l’attention du Saint-Siège sur l’effrayante responsabilité qu’il encourrait dans l’histoire de l’esprit humain s’il refusait de permettre la survie de la messe traditionnelle, même si ce n’était que côte à côte avec d’autres formes liturgiques.

Signataires :
Harold Acton, Vladimir Ashkenazy, John Bayler, Lennox Berkeley, Maurice Bowra, Agatha Christie, Kenneth Clark, Nevill Coghill, Cyril Connolly, Colin Davis, Hugh Delargy, Robert Exeter, Miles Fitzalen-Howard, Constantine Fitzgibbon, William Glock, Magdalen Gofflin, Robert Graves, Graham Greene, Ian Greenless, Joseph Grimond, Harman Grisewood, Colin Hardie, Rupert Hart-Davis, Barbara Hepworth, Auberon Herbert, John Jolliffe, David Jones, Osbert Lancaster, F.R. Leavis, Cecil Day Lewis, Compton Mackenzie, George Malcolm, Max Mallowan, Alfred Marnau, Yehudi Menuhin, Nancy Mitford, Raymond Mortimer, Malcolm Muggeridge, Iris Murdoch, John Murray, Sean O’Faolain, E.J. Oliver, Oxford and Asquith, William Plomer, Kathleen Raine, William Rees-Mogg, Ralph Richardson, John Ripon, Charles Russell, Rivers Scott, Joan Sutherland, Philip Toynbee, Martin Turnell, Bernard Wall, Patrick Wall, E.I. Watkin, R.C. Zaehner


Réponse de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements (traduction du Baptistère)

SACRA CONGREGATIO PRO CULTU DIVINO
E Civitate Vaticana,
Die 5 November 1971
Prot. N. 1897/71

Éminence,

Sa Sainteté le Pape Paul VI, par une lettre du 30 octobre 1971, a donné les facultés spéciales au secrétaire soussigné de la Sacré Congrégation d’informer Votre Éminence, en tant que Président de la Conférence Épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles, des points suivants concernant l’Ordo de la Messe :
1.  Considérant les besoins pastoraux exposés par Votre Éminence, Il autorise les Ordinaires d’Angleterre et du Pays de Galles à permettre à certains groupes de croyants à des occasions particulières de participer à la Messe célébrée selon les Rites et les textes de l’Ancien Missel Romain.
  L’édition du Missel à utiliser pour ces occasions devra être celle publiée par un décret de la Sacré Congrégation pour les Rites (27 janvier 1965), et avec les modifications indiquées dans l’Instructio
altera (4 mai 1967).
  Cette faculté peut être accordée à condition que ces groupes fassent la demande pour des raisons de dévotion véritable, et que cette permission ne dérange pas ou n’altère pas la Communion Ecclésiale des
fidèles. Pour cette raison, la permission est limitée à certains groupes en des occasions spéciales ; pour la Messe paroissiale et d’autres Messes de Communautés, l’ordinaire de la Messe selon le nouveau Missel romain devra être utilisé. L’eucharistie est le sacrement de l’Unité, il est nécessaire que l’utilisation de l’Ordo
Missae dans sa forme ancienne ne soit pas un signe ou une cause de division dans la communauté catholique. Pour cette raison, l’accord des Évêques de la Conférence Épiscopale, quant à la façon dont cette
faculté pourra être exercée dans cette région, devra garantir l’unité.
2.  Les prêtres qui occasionnellement souhaitent célébrer la Messe selon l’édition mentionnée du Missel Romain peuvent faire ainsi avec le consentement de leur Ordinaire et selon les normes mentionnées par
celui-ci.  Quand ces prêtres célèbrent la Messe en public et souhaitent employer les rites et les textes de l’ancien Missel, les conditions et les limites mentionnées ci-dessus pour la célébration par certains groupes à des occasions particulières doivent être respectées.

Avec l’assurance de mon profond respect,
Sincèrement dans le Christ,
A. Bugnini, Secrétaire de la Sacré Congrégation pour le Culte Divin.


Ajoutons que dans l’ « histoire » de la Messe traditionnelle, cet Indult « Agatha Christie » est très certainement le premier pas que fit Rome officiellement envers les catholiques attachés à la Messe de Saint Pie V, et ce quelques mois après l’entrée en vigueur du Nouveau Missel...

[Côme Prévigny - Fideliter] Les nouveaux évêques : continuité ou renouveau ?

SOURCE - Côme Prévigny - Fideliter n°197 - septembre-octobre 2010

Depuis son élection, Benoît XVI a renouvelé 45 % des évêques français. Souvent l’on entend dire que la situation s’améliorerait sur le sol de notre pays, qu’une vraie rupture se serait amorcée depuis cinq ans, tournant le dos aux terribles années 1970 où Rome envoyait de virulents progressistes sur les sièges épiscopaux. Qu’en est-il réellement ? Leurs titulaires sont-ils tous ouverts à la restauration liturgique préconisée par le pape ?

Le 15 novembre 2008, le souverain pontife nommait un membre de la communauté Saint-Martin, l’abbé Marc Aillet, au siège épiscopal de Bayonne, Lescar et Oloron. Au sein d’un diocèse où la réforme conciliaire avait ravagé une terre jadis très catholique, l’arrivée d’un évêque qui avait été formé à la liturgie tournée vers le maître-autel et qui portait durant sa prêtrise la soutane provoquait indubitablement une flagrante rupture par rapport à son prédécesseur.

Elle semblait manifester de la part de Rome une certaine volonté de garantir l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum au moyen d’un nouveau profil épiscopal : conservateur bien qu’attaché au Concile, soucieux d’une certaine rigueur, même s’il célèbre le nouveau rite, Mgr Aillet fut également courageux dans ses décisions en condamnant ouvertement la Gay Pride et l’avortement et en accueillant sans détour la levée des censures officielles des évêques de la Fraternité Saint-Pie X. Cependant, sa nomination n’est qu’une seule des cinquante qu’a Benoît XVI à son actif.

La terna

De toute évidence, ce dernier ne connaît pas tous les évêques dont il assure la promotion. Celle-ci relève d’un processus complexe où le nonce apostolique tient un rôle clef. Ambassadeur du Saint-Siège en France, c’est à lui que revient la lourde tâche de constituer la terna, liste de trois noms d’épiscopables soumise au Saint-Siège, à laquelle sont adjoints les avis de l’archevêque métropolitain – qui se trouve à la tête de la province dont dépend le-dit diocèse – et du président de la Conférence des évêques, en l’occurrence, le cardinal André Vingt-Trois.

Une fois parvenue à Rome, la terna est examinée par le président de la Congrégation pour les évêques qui la retourne parfois à la nonciature avant de la soumettre aux membres de son dicastère pour départager les trois noms. Le pape signe la nomination en se fiant, bien généralement, au choix des cardinaux. S’il ne connaît pas tous les évêques, il nomme dans la Congrégation chargée de les trouver, et en particulier à sa tête, des princes de l’Église qui lui sont plus familiers. De même, pour un pays comme la France, il veille avec soin à la provision de la nonciature apostolique. Dans tout ce processus, le dernier mot revient enfin au gouvernement qui, depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la France en 1921, bénéficie d’un droit de veto dont il n’use concrètement presque jamais.

En cinq ans, le processus a été rodé cinquante fois au profit de 37 des 93 sièges de la métropole, et de 13 charges d’auxiliaires sur les 18 qui existent actuellement pour quelques grandes villes telles que Paris, Lyon, Lille, Strasbourg ou Toulouse.

Sans doute, certaines nominations intervenues au tout début du pontificat de Benoît XVI et déjà bien avancées sous celui de son prédécesseur ne sont-elles pas vraiment à mettre à l’actif du premier.

Mgr Bernard-Nicolas Aubertin a été transféré de Chartres à Tours deux mois seulement après l’élection pontificale. Il en est de même pour Mgr Raymond Centène, installé à Vannes à la fin du mois de juin 2005. Le souverain pontife n’a donc fait que valider des processus déjà largement entamés.

Un peu plus à l’ouest

Le hasard des mandats – les évêques présentent en général leur démission lorsqu’ils atteignent l’âge de soixante-quinze ans – fait que ce sont les diocèses de l’Ouest qui ont été particulièrement touchés par ce renouvellement « bénédictin ».

Dans la puissante province métropolitaine de Rennes (qui recouvre tous les départements des régions administratives Bretagne et Pays de Loire), huit des neuf évêchés ont à leur tête un prélat nommé il y a moins d’une demi-décennie. Traditionnellement, ce ne sont pas les zones où l’on trouve les évêques les plus progressistes. A fortiori, ce sont des diocèses qui pouvaient donc facilement accueillir des conservateurs. En revanche, les provinces de l’Est, celle de Besançon et la région concordataire de Strasbourg, ont été très peu renouvelées alors qu’elles apparaissent davantage comme des bastions du progressisme. Leurs évêques avaient par exemple cosigné une lettre au pape, le 28 janvier 2009, afin de minimiser la portée de la levée de des sanctions officielles portées contre la Fraternité Saint-Pie X et pour rappeler qu’il ne saurait être question de minimiser le concile Vatican II. Ce sont eux qui seront remplacés dans les prochains mois, dans les prochaines années.

De manière générale, ce renouvellement partiel des autorités ecclésiastiques laisse entrevoir une continuité contribuant à pérenniser l’épiscopat français dans son état. En effet, 80 % des nouveaux titulaires de sièges sont originellement des prêtres diocésains – six proviennent même du diocèse de Paris – formés par les évêques des années 1970 et 1980 et les séminaires qu’ils tenaient alors. D’ailleurs, si on relève deux cas de membres de la communauté charismatique de l’Emmanuel, l’un de leurs confrères, Mgr Dominique Rey (Fréjus-Toulon) était déjà nommé avant 2005. Benoît XVI a aussi installé un dominicain, Mgr Jean Legrez (Saint-Claude), un père blanc devenu cistercien, Mgr Bernard-Nicolas Aubertin (Tours), ou encore un bénédictin, Mgr Robert Le Gall (Toulouse).

Le renouvellement est fort lent car 43 % des nominations de titulaires de sièges promeuvent des hommes qui étaient déjà des évêques nommés par Jean-Paul II. Il est en effet de tradition de placer dans les grandes villes des personnes d’expérience ayant déjà gouverné un diocèse auparavant. Ce qui était par exemple le cas de Mgr Georges Pontier (Marseille), Mgr Laurent Ulrich (Lille) ou Mgr Jean- Paul James (Nantes), quoique ces noms ne figurent cependant pas parmi ceux des plus conservateurs. En même temps, des évêchés de moindre importance ont également été des deuxièmes postes comme Soissons, Saint-Denis, La Rochelle ou Aix-en-Provence. Si l’on retire donc les noms d’évêques qui avaient déjà accédé à un siège sous Jean-Paul II mais qui ont été transférés par son successeur, on conclut que Benoît XVI a surtout fait émerger trente-quatre nouveaux noms.

Tableau des nominations

Les évêques de France, à de rares exceptions près, sont réticents à s’ouvrir au mouvement liturgique traditionnel. Les nouveaux titulaires ne font pas exception puisque 43 % d’entre eux n’ont pas accueilli de communauté Ecclesia Dei sur le territoire dont ils ont la juridiction. D’ailleurs, sur les 57 % restant, un certain nombre a hérité de situations antérieures et très rares sont les cas où le diocèse a vu la multiplication (même par deux) de ce genre de communautés. De la même manière, le Motu Proprio Summorum Pontificum n’est pas appliqué dans les diocèses de tous ces nouveaux évêques qui, à part une douzaine, comme NNSS. Thierry Scherrer (Laval), Raymond Centène (Vannes) ou Emmanuel Delmas (Angers), n’ont jamais célébré la messe traditionnelle depuis sa libération en 2007.

La proportion est sensiblement la même parmi les titulaires installés par Jean-Paul II. Enfin, sur les dix-huit évêques en poste qui ont officiellement soutenu cette année la Marche pour la Vie, laquelle s’oppose de manière publique à l’avortement dans les rues de Paris, moins de 40 % ont été nommés par Benoît XVI, les autres l’étant sous son prédécesseur. Or, comme nous le disions précédemment, 45 % des évêques ont été promus par l’actuel souverain pontife. On en déduit que ce sont les anciens et non les nouveaux qui soutiennent davantage la condamnation de l’avortement.

A l’évidence et à quelques remarquables exceptions près, il faut conclure que les nominations du pontificat de Benoît XVI, si elles ont assuré une certaine rupture avec le passé des trente dernières années, n’ont pas bénéficié à la France. Bien au contraire, c’est une manifeste continuité qui s’opère dans notre pays, voyant les vicaires généraux des années 1990 accéder à la tête des sièges épiscopaux pour obéir aux directives de la Conférence des évêques à laquelle, pour la plupart, ils se rallient, sans pour autant qu’elle n’ait de fondement traditionnel ou divin. Il ne s’agit nullement de juger l’intention du pape qui se trouve confronté à des rouages qu’il ne maîtrise probablement pas dans leur intégralité. L’espoir de voir changer une telle donne repose cependant sur le renouvellement des personnages clefs du processus de nomination, en particulier le préfet de la Congrégation pour les évêques et le nonce apostolique. Il s’avère que, au cours des six derniers mois, le souverain pontife a pourvu au changement des deux postes. Le cardinal italien Giovanni Batista Re et Mgr Fortunato Baldelli ont été remplacés à leurs places respectives par le cardinal canadien Marc Ouellet et Mgr Luigi Ventura. L’avenir dira si ces modifications auront été suffisantes.

Le consensus mou

Cependant, le principe de collégialité promu par le concile Vatican II a porté un tel coup au pouvoir romain et a tellement promu le mode démocratique d’assemblée participative que, depuis quarante ans, les conférences épiscopales d’un côté et les conseils diocésains de l’autre agissent à leur guise et imposent leurs directives à des évêques qui se trouvent dans l’impossibilité d’agir. L’un d’eux, Mgr Maurice Gaidon, arrivé à l’âge de la retraite, a osé témoigner en 2007 sur le « consensus mou » qui s’est emparé de prélats plongés dans une totale inertie :
« Je pense que notre langage manque de vigueur et que le souffle prophétique est trop absent de nos textes savamment mesurés et dignes des résolutions votées en fin de “meeting radical-socialiste” ! (...)

« Un texte se dilue quand il est revu et corrigé dans une assemblée d’une centaine de membres dont certains ne parlent jamais alors que d’autres prennent la parole sans complexes. Dans une assemblée en partie noyautée par de “grosses mitres” qui préparent soigneusement certaines élections et se partagent les “postes clés” de l‘épiscopat (...). Nous n’aimons pas sortir d’un ton conciliant et recherchons avant tout le réconfort d’un consensus mou dans les domaines les plus sensibles comme le sont les problèmes de morale conjugale et les questions de bioéthique. J’avais déjà repéré ces hésitations au moment de la loi sur l’avortement et constaté que nous n‘étions pas prêts à croiser le fer avec les politiques. Je ressens la même impression alors que le gouvernement s’apprête à ouvrir les débats sur les contrats d’union entre deux personnes du même sexe. D’où vient cette crainte alors que nous n’hésitons pas à faire entendre notre voix en d’autres problèmes de société ?»

Face à cet état d’inertie qui plonge le clergé lui-même dans « l’apostasie silencieuse », la France a non seulement besoin d’évêques professant pleinement la foi catholique, mais également de prélats qui aient le courage de s’affranchir d’un système de cooptation et de préservation d’un système étranger à la nature de l’Église. Si nous désirons que les prêtres de bonne volonté qui, du fait de l’actualité, prennent conscience de l’état de nécessité, puissent participer à l’oeuvre de restauration liturgique et doctrinale, il nous faut instamment prier pour que Rome donne à la fille aînée de l’Église de saints évêques.

Un évêque nommé par Benoît XVI

Mgr Christian Nourrichard, l’actuel évêque d’Évreux, est l’un des cinquante évêques qui furent nommés par le souverain pontife. Issu des rangs du clergé diocésain de Rouen, cet ancien aumônier de la Jeunesse catholique ouvrière et de l’Action catholique ouvrière dans les années 1970 a été nommé pour un premier poste épiscopal le 22 octobre 2005, soit six mois après l’élection de Benoît XVI. Dans un entretien accordé trois ans plus tard à la chaîne audiovisuelle KTO, Mgr Christian Nourrichard louait sans nuance « le dynamisme et l’impulsion » que son prédécesseur Jacques Gaillot avait insufflé à son diocèse. De même, rapportant les propos qu’il tenait à un jeune garçon le sollicitant, il y affirmait : « Par rapport aux personnes plus âgées, je ne parlerais peut-être pas de messe rock. Mais qu’il y ait des messes animées, plus rythmées que celles auxquelles vous participez, je suis tout à fait pour et s’il le faut, tu proposes une date et un jour je viens !»

Or le diocèse d’Évreux a été le théâtre d’une ardente résistance de la part d’un curé attaché à la messe et à la doctrine traditionnelle, M. l’abbé Quentin Montgomery-Wright qui continua, malgré les directives de l’épiscopat français, à maintenir la foi dans les campagnes entourant son village du Chamblac. Mais Mgr Nourrichard n’était pas encore évêque. Cependant, à quelques kilomètres de là, il se confronte depuis quelques mois à un autre prêtre, M. l’abbé Francis Michel, qui a continué à porter la soutane et à inculquer à ses ouailles un catéchisme traditionnel dans lequel on parle de sacrifice ou de péché. S’il célèbre les deux missels, l’ancien et le nouveau, ce dernier dispense la nouvelle messe face à Dieu et en conservant le Kyriale grégorien. Si cette position « biritualiste » est plus proche de celle de Benoît XVI que de celle de la Fraternité Saint- Pie X, elle n’a cependant pas l’heur de plaire à l’évêché héritant d’une telle situation.

Après plusieurs vaines demandes de mise au pas à l’égard du téméraire curé de Thiberville, l’évêque lui a présenté son départ vers un poste de vicaire aux côtés d’un prêtre ne partageant pas cet esprit ratzinguérien sous les voiles de la « réorganisation du diocèse ». Dès lors, une guerre de clochers s’est emparée depuis six mois du village de Thiberville, relayée par les télévisions et les radios locales, enflammant les blogs et sites sur internet. L’évêque d’Évreux, revêtu d’une chasuble arc-en-ciel pour célébrer une messe où il annonçait la révocation du curé, s’est heurté à l’opposition unanime des élus et d’une population largement pratiquante mais qui refuse de voir leur curé en soutane partir au profit de son remplaçant, le curé de Bernay, lequel aspire en guise de programme de carême à « favoriser la syndicalisation des personnes pour contribuer au dialogue social. »

Furieux de cette déconvenue, l’évêque d’Évreux a supprimé au curé les pouvoirs d’administrer le sacrement du mariage. Son but est clair. Il veut que le gênant abbé s’incline purement et simplement devant les canons diocésains. Les maires des villages du secteur se sont réunis pour défendre leur pasteur. L’abbé Michel a porté l’affaire à Rome, mais les deux recours jugeant l’affaire sur la forme l’ont débouté. Sur les bottes de foin, les paysans ont déployé des panneaux indiquant qu’ils étaient pris en otage par l’évêque et ils continuent à assister à la messe du curé de Thiberville.

Le dernier épisode de ce conflit à rebondissements est la publication par l’évêque d’une lettre intimant l’ordre à l’abbé Michel de se soumettre d’ici le 26 juillet sous peine de se voir frappé de la « suspens a divinis ». Et dire que l’histoire ne repasse pas les plats…

Côme Prévigny

2 septembre 2010

[Romano Libero - Golias] Le diocèse d'Agen à l'épreuve du Motu Proprio: Le bras de fer entre l’évêque, Mgr Herbreteau, et les Traditionalistes

SOURCE - Romano Libero - Golias - 2 septembre 2010

Mgr Jean-Charles Descubes, alors évêque d’Agen, accueillit dans son diocèse un groupe de moines bénédictins, essaimage de l’Abbaye du Barroux dans le Vaucluse. Tradis, mais en règle avec le Vatican et jadis choyés par le cardinal Ratzinger. L’actuel évêque du Lot-et-Garonne, Mgr Hubert Herbreteau, en a aujourd’hui hérité. Il semble se complaire à présider des offices liturgiques revêtu d’une splendide chape.

Le mouvement traditionaliste « la Paix liturgique » n’est pourtant pas satisfaite de la situation. Selon elle, « il apparaît clairement que l’application du Motu Proprio faite jusque là dans nos diocèses est très loin de satisfaire la demande réelle des fidèles ». De plus, le cas d’Agen serait « intéressant en ce qu’il met en lumière de manière éclatante le peu de charité avec lequel sont encore bien souvent traités les fidèles et les prêtres attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise ». Ajoutant : « la pastorale montre ici son vrai visage de rejet et d’exclusion ».Mal accueilli, l’Institut du Christ Roi de Gricigliano se retire du diocèse d’Agen. Le chanoine Benoît Jayr, provincial de France de cet Institut très baroque, vient d’annoncer ce retrait, justifié selon lui par l’accueil déplorable et le climat de suspicion

A l’origine de cette tension et de ce conflit, la décision de l’évêque d’Agen, Mgr Herbreteau qui a interdit avec la fermeté qui caractérise cet homme souvent cassant au chanoine Téqui de célébrer la forme extraordinaire de la messe ainsi que les cours de catéchisme. Cet autoritarisme épiscopal a été la goutte qui a fait déborder le vase.
De fait, nos évêques semblent osciller entre la complaisance à l’égard des tradis - en raison de la pression de Rome mais aussi du fait que ces courants sont souvent plus jeunes tandis que le clergé conciliaire est vieillissant - et un reste d’autoritarisme souvent maladroit. Naviguant à vue, ils se persuadent eux-même de leur autorité en donnant des coups de crosse. Sans vrai programme alternatif d’ouverture. A cet égard, l’évêque Herbreteau est à l’instar de Mgr Nourrichard d’Evreux un cas d’école.

1 septembre 2010

[Mgr Fernando Arêas Rifan - La Nef] Pour l'union des traditionalistes

Source - Mgr Fernando Arêas Rifan - La Nef n°218 - Septembre 2010
POUR L’UNION ENTRE LES TRADITIONALISTES« Ut omnes unum sint » (Jn 17)
« Cor unum et anima una » (Act)

POINTS DE REPERE
Pour que nous donnions notre témoignage devant le monde et l’Église, surtout devant ceux qui ne sont pas traditionalistes, pour être des instruments utiles à l’Église et au Saint-Père le Pape dans sa lutte contre la crise actuelle et dans sa réforme doctrinale, morale, disciplinaire et liturgique, nous devons tous être en parfaite communion avec l’Église et en union entre nous. « Vis unita fit fortior » [L’union fait la force]. Pour cette raison, sont nécessaires quatre conditions ou points de repère.

I) IN PRINCIPIIS ET NECESSARIIS, UNITAS: UNITE DANS LES PRINCIPES

I.1. Unité dans la doctrine
Prendre le magistère de l’Église comme « norme prochaine et universelle de la vérité » (Pie XII, Humani generis, 18), c’est-à-dire, adhésion au Magistère pérenne et vivant, extraordinaire et ordinaire, infaillible et non infaillible, quand il enseigne de manière définitive ou non définitive, des vérités concernant la foi et la morale, ou enseigne et émet des normes disciplinaires ou prudentielles, dans la mesure requise par l’Église, en tenant compte de la qualification théologique de chaque document, en évitant toute ombre de libre-examen protestant relativement au Magistère et à la Tradition.

I.2. Subordination et obéissance
Acceptation de l’unité de gouvernement de l’Église, c’est-à-dire du principe de l’unité de l’unique Église catholique, visible et hiérarchique, lequel est l’autorité du Pontife Romain, en lui manifestant la subordination hiérarchique et une vraie obéissance, non seulement dans les questions relatives à la foi et à la morale, mais encore dans celles qui ont trait à la discipline et au gouvernement de l’Église dans le monde entier (Concile Vatican I, Pastor aeternus, 3 ; D 3060). Acceptation du jugement et des décisions du Souverain Pontife, dans toutes les causes de la juridiction ecclésiastique, comme sans appel et indiscutables (Ibid., D 3063), tout en gardant la possibilité de présenter respectueusement ses doutes à l’autorité (C.I.C., canon 212).

I. 3. Acceptation de l’unité de culte de l’Église
Reconnaître comme valides et légitimes les cultes, les rites et leurs formes approuvés par l’Église, seul juge en la matière (C.I.C. can. 820, 841, 1206 et 1208).

I. 4. Amour et préférence pour la forme liturgique extraordinaire de l’unique Rite Romain, et lutte pour sa conservation
I.4.a) non pas parce que le Nouvel Ordo Missae, la messe promulguée par le Saint-Père le Pape Paul VI, serait hétérodoxe ou non catholique, invalide ou illicite, incompatible avec la foi ou peccamineuse. Sa promulgation (la forme, au sens philosophique) est la garantie contre toute irrégularité doctrinale qui aurait pu avoir lieu dans sa confection (matière), quoique elle puisse être améliorée dans son expression liturgique ; et c’est sa promulgation officielle, et non le mode de sa confection, qui en a fait un document du Magistère de l’Église ;
I.4.b) non pour nier l’autorité qu’a l’Église dans la modification et la promulgation des rites (telle que nous l’avons déjà exposée plus haut, I.3) ;
I.4.c) non par esprit de contestation de l’autorité de l’Église ou de rupture de la communion ;
I.4.d) « Évidemment, pour vivre la pleine communion, » nous ne pouvons pas « non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté » (Benoît XVI, Lettre aux évêques présentant le Motu proprio Summorum Pontificum, le 7 juillet 2007).

MAIS BIEN :
I.5.a) parce que nous avons le légitime désir, reconnu par le Pape, de conserver la richesse liturgique de ce rite traditionnel de l’Église ;
I.5.b) parce que nous estimons qu’il est la meilleure expression liturgique des dogmes eucharistiques et le plus solide aliment spirituel, par sa richesse, sa beauté, son élévation, sa noblesse et la solennité de ses cérémonies, par son sens du sacré et de la révérence, par son sens du mystère, par la plus grande précision et rigueur de ses rubriques, parce qu’il présente ainsi une plus grande garantie et protection contre les abus, ne laissant pas d’espace aux « ambiguïtés, libertés, créativités, adaptations, réductions et instrumentalisations », dont s’était plaint le pape JEAN PAUL II (Encyclique Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n. 10, 52, 61) ;
I.5.c) parce que « cette liturgie appartient à l’Église tout entière comme le riche véhicule de l’esprit qui doit rayonner aussi sur la célébration de la troisième édition typique du missel romain actuel… » comme « une source précieuse de compréhension liturgique pour tous les autres rites […]. » (Cardinal GEORGE, Archevêque de Chicago) ;
I.5.d) parce que cette forme liturgique ne fut jamais juridiquement abrogée (Benoît XVI, Motu proprio Summorum Pontificum) ;
I.5.e) parce que nous demeurons choqués, non sans raison, dans notre foi et notre piété par les abus, les sacrilèges et les profanations auxquels a donné prise la réforme liturgique, parce que nous ne voulons pas voir « la liturgie transformée en show », ni pactiser avec les erreurs et profanations que nous constatons dans l’usage de la nouvelle liturgie.

II) IN REBUS NON NECESSARIIS ET DUBIIS, LIBERTAS

(Sur les points non nécessaires et douteux, liberté)
II. 1 : Liberté, au jugement des autorités compétentes, pour adopter ou non les adaptations liturgiques approuvées par l’Église pour la forme extraordinaire du Rite Romain (celles de 1965, par exemple).

II.2 : Liberté pour inclure ou non de nouveaux saints dans le calendrier (cf. Motu proprio Summorum Pontificum).

II. 3 : Liberté pour adopter ou non, même s’il est vrai qu’on désire sa réforme, le nouveau calendrier.

II.4 : Liberté pour adopter ou non le vernaculaire dans certaines parties de la Liturgie, surtout dans les lectures.

II.5 : Liberté pour adopter ou non, même s’il est vrai qu’on désire sa réforme, le nouveau lectionnaire.

II.6 : tout en conservant comme propre et préférée la Liturgie Romaine dans sa forme extraordinaire, liberté pour, dans des circonstances déterminées, et conformément au principe établi aux n° I.3, I.4.a) et I.4.d), participer ou non, à titre extraordinaire, à un autre rite ou forme approuvée par l’Église, et même pour concélébrer ou non avec ceux qui les célèbrent.

II.7 : Liberté pour adopter ou non telle ou telle position dogmatique, morale et mystique libre dans l’Église.

II.8 : Liberté, à l’intérieur de la discipline catholique, pour des différences pastorales, rituelles, de statuts, de culture, de goûts et de coutumes, propres à chaque groupe, communauté, association ou institut.

II.9 : Ne pas transformer en question de principes des choses qui ne sont pas déterminées comme telles par le Magistère.

III) IN OMNIBUS ET SUPER OMNIA, CHARITAS

« Jn 13:35 À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres." »
« Veritatem facientes in charitate » (S. Paul)
« Ubi charitas et amor, Deus ibi est » (Liturgie)
« I Cor 13:2 Quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien ».

III.1 : Grand amour pour la Sainte Église, pour le Saint-Père le Pape, pour tous les membres de la hiérarchie et pour tous les fidèles catholiques de tous les rites et formes liturgiques, en démontrant cet amour et cette communion en paroles et en actes.
Comme, selon saint Thomas d’Aquin et le Droit canon (can. 751), le schisme consiste dans le refus de soumission au Pape et de communion avec ceux qui lui sont soumis, pour éviter tout esprit de schisme, nous devons faire le contraire : nous efforcer à la soumission au Saint-Père et à la communion avec ceux qui lui sont soumis.

III.2 : Ne pas critiquer ceux qui usent des libertés établies au n° II, même celles que nous n’adoptons pas et n’apprécions pas.

III.3 : Aimer la communion avec l’Église, hors de laquelle peuvent exister de bonnes choses, mais non le salut, comme nous l’enseigne saint Augustin.

III.4 : Quand nous usons du droit de critique en conformité avec le canon 212, être honnêtes, vrais et sérieux, sinon nos arguments ne vaudront rien et ne seront pas crédibles.

IV) NON NOBIS, DOMINE, NON NOBIS... : L’HUMILITE, VERTU DE BASE DU CHRISTIANISME

IV.1 : Ne pas chercher à occuper la première place dans l’Église (cf. Mt 19, 30 et 23,5-13). Ne pas nous considérer comme les réformateurs de l’Église : « L’Église n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints » (Jean Paul II). Furent réformateurs Luther, Calvin, et compagnie. Mais les saints furent saint Ignace de Loyola, saint François Xavier, sainte Thérèse de Jésus, saint Jean de la Croix, tous du même siècle de crise dans l’Église.

IV.2 : Ne nous jugeons pas comme les élus : c’est une caractéristique des sectes.

IV.3 : Ne nous prenons pas pour les sauveurs de l’Église : c’est l’Église qui nous sauve.

IV.4 : Plus que d’appartenir à tel ou tel groupe, association, institut, etc., gardons conscience que, par dessus tout, nous sommes catholiques, membres de la Sainte Église.

IV.5 : Ne jugeons pas notre groupe, notre association, notre institut, etc., meilleur que les autres : « Nous sommes des serviteurs inutiles : nous avons fait ce que nous devions faire […] ».

IV.6 : Ne pas alimenter l’esprit de concurrence dans la conquête des vocations, bienfaiteurs et lieux de ministère.
C’est ainsi que nous serons d’authentiques traditionalistes, de vrais amis du peuple (saint Pie X, Notre charge apostolique) et de grands instruments de Dieu pour le bien de la Sainte Église.