15 février 2011

[Mgr Aillet - La Nef] L'urgence de la mission

SOURCE - Entretien Mgr Marc Aillet / La Nef - La Nef N°223 - février 2011

Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, vient d’écrire une lettre pastorale pour son diocèse publiée en livre (1) : un ouvrage fort et roboratif, à lire. Entretien.

La Nef – « L’urgence de la mission » est le sous-titre de votre livre : pourquoi est-ce pour vous la priorité et par quoi cela se traduit-il concrètement ?
Mgr Marc Aillet – Il me semble que devant les désaffections vécues par nos Églises de vieille chrétienté, on a d’abord envisagé des réformes de structures par le remodelage des paroisses, et on a pourvu à une meilleure distribution des rôles par l’appel des fidèles laïcs à une plus grande collaboration au ministère pastoral des prêtres. Aujourd’hui, alors que les difficultés demeurent, malgré l’enregistrement de vrais renouveaux, on ne saurait se contenter de démarches de type fonctionnel ou organisationnel : seul un nouvel élan missionnaire, en direction de ceux qui sont loin ou se sont éloignés, permettra à nos communautés de retrouver l’Espérance. Au fond, il s’agit pour moi de relayer l’appel à la nouvelle évangélisation, lancé par Jean-Paul II depuis le tout début de son pontificat en s’appuyant sur l’exhortation apostolique de Paul VI, Evangelii nuntiandi, qui n’a rien perdu de sa fraîcheur ni de son actualité. C’est urgent parce que nos forces s’amenuisent et que la sécularisation progresse : j’ai la naïveté de croire que seule une nouvelle annonce de l’Évangile ad extra, moyennant une formation en profondeur ad intra, pourra revitaliser et renouveler nos communautés. C’est d’ailleurs inhérent à la nature de l’Église « qui existe pour évangéliser » et non pour fonctionner ou s’organiser. Je propose donc concrètement une dizaine d’outils d’évangélisation, dont le plus innovant devrait être la mise en place d’un « Observatoire de la mission » pour impulser une pastorale spécifique d’évangélisation dans les paroisses. Il s’agira d’honorer la définition que Jean-Paul II donnait de la nouvelle évangélisation : « une nouvelle ardeur », par l’annonce du kérygme à tous les membres de nos communautés ; « un nouveau langage », c’est-à-dire le langage de l’amour et le langage de la cohérence qui savent trouver les mots et les gestes prophétiques pour dire la première annonce de l’Évangile ; « de nouveaux moyens » d’évangélisation directe en direction des jeunes, des pauvres, de la société dans son ensemble, par le biais de la piété populaire ou de la culture locale, et en n’ayant pas peur de s’appuyer sur les nouvelles réalités ecclésiales.

Benoît XVI évoque souvent l’absence ou le rejet de Dieu dans nos sociétés occidentales : nous venons juste d’évoquer la priorité de la mission, mais c’est un thème que l’on entend peu chez les évêques français qui apparaissent très satisfaits de notre régime de laïcité. Qu’en pensez-vous ?
Malgré quelques durcissements d’un autre âge enregistrés çà et là, il faut parier sur une laïcité à la française que l’on aime qualifier, en haut lieu, de « laïcité positive ». Autrement dit : les religions ne sont plus considérées comme des ennemis, mais comme des interlocuteurs pour la construction d’une société plus juste et fraternelle. Les rencontres fréquentes que j’ai sur le terrain avec des élus de proximité ou des associations, me convainquent que le message de sens porté par l’Église est attendu. Nous devons profiter d’un climat de relative liberté pour donner une visibilité au cœur du message chrétien qui ne saurait se réduire à des valeurs, certes héritées de l’Évangile, mais qui ne suffisent pas à rendre compte de la radicale nouveauté du Royaume instauré par le Christ à travers sa mort et sa résurrection. Dans l’Église, on donne parfois un sens exagéré à la laïcité, comme si l’affirmation décomplexée de ce qui fait notre identité devait nécessairement porter atteinte au respect de la liberté d’autrui. C’est ainsi que l’on insiste, à juste titre sans doute, sur le dialogue avec le monde, mais avec le risque de paralyser l’ardeur prophétique inhérente à notre condition de baptisés. Oui au dialogue, à condition de rester libre pour un témoignage courageux rendu à la vérité.

Vous évoquez la diversité qui caractérise l’Église en France. Vous appelez à une « spiritualité de communion » afin d’éviter que cette diversité ne devienne source de divisions : que proposez-vous concrètement pour favoriser cet esprit de communion ?
La communion dans l’Église n’est pas le fruit de la seule bonne volonté des uns et des autres et ne saurait se réduire à déclarer, de manière incantatoire, qu’il faut s’accepter dans nos différences ! En France, on a tôt fait d’ériger sa sensibilité ou son expérience pastorale en absolu, jusqu’à en faire un système, une idéologie totalisante ou totalitaire. La Communion est d’abord une démarche spirituelle : reconnaître qu’à la racine de nos différences d’approches pastorales, liées souvent à l’histoire, la génération, l’éducation, il y a d’abord une grâce reçue, appelée à se ressourcer sans cesse au contact du Christ, présent dans la Parole et les sacrements. La priorité donnée à la grâce peut seule nous aider à exercer un vrai discernement spirituel sur notre propre expérience et, du même coup, nous aider à poser un regard de bienveillance sur les autres, que nous sommes invités à considérer comme des frères dans l’unité profonde du Corps mystique ; alors les différences seront accueillies et valorisées comme des dons de Dieu, des dons pour nous et pas d’abord pour ceux qui les ont reçus. La crédibilité de notre témoignage est à ce prix, car « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, dit Jésus, que tous vous reconnaîtront pour mes disciples » (Jn 13, 32).

Vous consacrez une large place à la liturgie : que proposez-vous concrètement pour répondre à l’appel du pape à une resacralisation de la liturgie ?
J’invite d’abord à une relecture attentive des grands textes qui orientent la « restauration » de la liturgie romaine : la Constitution Sacrosanctum Concilium et la Présentation générale du Missel Romain. J’appelle ensuite à une plus grande fidélité aux prescriptions liturgiques, liée à une formation, tant des clercs que des laïcs, comme moyen d’une participation plus consciente du Mystère célébré, plus active et plus fructueuse aussi, c’est-à-dire qui ne se réduit pas à la célébration mais donne une forme eucharistique à toute la vie, en devenant la source d’un engagement caritatif, social, missionnaire, renouvelé.

Comment percevez-vous le motu proprio Summorum Pontificum, la situation qui en résulte en France, et notamment la demande du pape d’enrichissement mutuel entre les deux formes du même rite romain ?
J’évoque le motu proprio Summorum Pontificum à propos de la formation liturgique des futurs prêtres, en m’appuyant en particulier sur la lettre de Benoît XVI aux séminaristes. Je ne doute pas que cette disposition canonique sur l’usage de la liturgie antérieure à 1970 permettra une fécondation mutuelle des deux formes de l’unique rite romain, en réduisant l’écart qui caractérise parfois dans la pratique, du point de vue de la sacralité, la célébration de ces deux formes. L’expérience de la forme extraordinaire pourrait même aider les séminaristes à mieux saisir la croissance organique, sans rupture, de la liturgie romaine. Le Saint-Père a souvent insisté sur la nécessaire réconciliation des catholiques avec leur passé : c’est là encore faire œuvre de Communion, non seulement synchronique mais diachronique. Assurément ces mesures font de la liturgie le lieu par excellence de « l’herméneutique de la réforme et du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise » appelée par Benoît XVI de tous ses vœux.

Vous êtes soucieux de redonner une véritable dimension catholique aux établissements qui dépendent de vous ? Comment y parvenir et quelle place peut prendre l’enseignement libre hors contrat dans un diocèse ?
Il me semble que les évêques sont aujourd’hui bien conscients de l’état de jachère dans lequel l’enseignement catholique a pu être laissé ces dernières années, quant à son caractère propre. Il faut dire que les réglementations de l’Éducation nationale ont considérablement réduit la marge de manœuvre accordée à nos établissements sous contrat pour honorer un vrai projet éducatif catholique et que, dans le souci d’être compétitif du point de vue de l’enseignement, on a été moins regardant sur le recrutement et la formation intégrale des enseignants. Le défi sera difficile à relever et nécessitera une vraie détermination de la part de chefs d’établissement pleinement convaincus de leur foi et de leur responsabilité pastorale pour que l’Évangile soit annoncé de manière explicite à des élèves pour qui l’école catholique est le seul lien avec le Christ et l’Église. Je connais des chefs d’établissement qui ont les moyens d’un tel projet éducatif et mon devoir est de les soutenir. Devant l’ampleur de la tâche et l’étranglement de l’enseignement catholique par l’État, je comprends les familles qui, au nom de la liberté de choix qui fonde l’existence de l’enseignement catholique en France, se tournent vers le hors contrat. Les accompagner et les intégrer dans l’enseignement catholique, après avoir vérifié leur ecclésialité, c’est aussi faire œuvre de communion.

Vous évoquez la place des laïcs remise à l’honneur par Vatican II : comment interviennent-ils dans la mission ?
L’ecclésiologie de Communion définie par le concile Vatican II repose principalement sur l’articulation, non pas fonctionnelle, mais sacramentelle et théologale, entre le sacerdoce ministériel des prêtres et le sacerdoce commun des fidèles. Si les laïcs sont appelés à participer à la vie et à la mission de l’Église, ce n’est pas d’abord parce que l’on manque de prêtres, mais parce que c’est inhérent à la grâce de leur baptême. Cette collaboration doit se vivre en terme de complémentarité et non de substitution, au risque de cléricaliser le laïcat. Je plaide pour que les laïcs ne soient pas enfermés dans des tâches intra-ecclésiales, pour autant nécessaires. En vertu de la « sécularité » qui est la condition propre du laïcat, ils sont placés aux avant-postes de la mission dans le monde. Ils sont d’abord appelés à témoigner de l’Évangile dans leur milieu de vie et à s’engager dans toutes formes d’apostolat communautaire.
Propos recueillis par Christophe Geffroy

(1) Mgr Marc Aillet, La charité du Christ nous presse. L’urgence de la mission, Artège, 2010, 216 pages, 16 euros. 

[summorum-pontificum.fr] Voici un complément assez troublant à mon précédent post

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 15 février 2011

L’article de Rorate Cœli a été mis en ligne très tôt ce matin sur ce site américain (à 7 h 04, heure française). Vers 10 h 30 du matin, il avait disparu… Mystère ! Heureusement, j’avais conservé une copie intégrale de cet article. Je crois que le mieux est que je vous en propose la traduction intégrale.

Le titre de ce post sonnait (il faut donc désormais en parler à l’imparfait…), en quelque sorte l’alerte : « Extrêmement pertinent [ces deux mots sont soulignés en gras dans l’original] : L’instruction de clarification [sur l’application du Motu Proprio] pourrait édulcorer Summorum Pontificum ».

En voici la traduction intégrale :

« Il y avait si longtemps qu’on attendait ces instructions, que l’on se sent comme soulagé de savoir que, finalement, elles arrivent. Toutefois, RORATE [CŒLI] a appris qu’une offensive de dernière minute, apparemment [en gras italique dans le texte] victorieuse [en gras], fut lancée pour réduire au maximum les effets du texte du motu proprio. Selon une source, les derniers changements apportés à l’instruction semblent aller contre l’esprit du texte du pape qui voulait [qu’on considère qu’il] « est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Église, et de leur donner leur juste place » (Lettre du pape aux évêques, du 7 juillet 2007).

Cette instruction pourrait, en fait, retrancher substantiellement à l’interprétation qui a prévalu jusqu’à présent du texte limpide du motu proprio. Au lieu de confirmer que Summorum Pontificum est une loi universelle de l’Église, comme le pape l’a déclaré en 2007, l’instruction pourrait interpréter le motu proprio comme un simple “privilège” accordé aux traditionalistes, ce qui constituerait une sorte de retour à l’esprit du motu proprio Ecclesia Dei Adflicta de 1988. Cela n’est pas une bonne nouvelle pour l’Église…

Selon la source, ces changements pourraient être l’œuvre de l’homme fort de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le Promoteur de la justice, Monseigneur Charles J. Scicluna apprécié en haut lieu pour son attitude ferme envers les scandales sexuels du clergé. Prions. ».

[summorum-pontificum.fr] Du nouveau sur l’instruction concernant l’application du Motu Proprio

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 15 février 2011

Selon le site Rorate Caeli, toujours bien renseigné, l’instruction d’application de Summorum Pontificum pourrait être finalement publiée en mars alors que Father Zuhlsdorf avait parlé récemment du 22 février. Cependant, l’important dans cette nouvelle ne se trouve pas là, mais dans le contenu de cette instruction qui limiterait les effets de Summorum Pontificum et ferait passer ce motu proprio du rang de loi universelle à celui de simple privilège.

Renseignements pris ce matin en appelant un correspondant romain, il s’avère que le texte de cette instruction serait en effet près d’être porté à la signature du Saint-Père. Mais auparavant, le texte aurait subi des modifications importantes, le réduisant à ne reconnaître qu’une sensibilité particulière dans l’Église.

L’exécuteur principal de cette tentative de stérilisation du Motu Proprio serait le Promoteur de la Justice de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Mons. Charles J. Scicluna, prélat originaire de Malte, personnage–clé du Saint-Office.

On se souviendra que la Commission Ecclesia Dei dépend aujourd’hui de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

[summorum-pontificum.fr] L’opposition au motu proprio

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 15 février 2011

Samedi dernier a eu lieu à Rome, en la basilique de « San Nicola in Carcere » la célébration de la messe selon la forme extraordinaire et une conférence d’Alberto Carosa, présentant son dernier livre, au titre très évocateur, qui ne demande même pas de traduction : L’opposizione al Motu Propio Summorum Pontificum.

Ce livre a paru récemment aux éditions Fede & Cultura, maison d’éditions catholique italienne, particulièrement courageuse. Il a été publié sous l’égide d’une collection du Centre culturel Lepanto, dirigée par Fabio Bernabei.

Le livre s’intéresse à l’opposition à l’application d’un texte pontifical, en l’occurrence le motu proprio Summorum Pontificum. Il note que cette opposition ne vient pas principalement des laïcs, dont on parle tant dès que l’on parle de liturgie – n’est-ce pas soi-disant pour le peuple chrétien, pour sa participation et sa comprehénsion que les clercs ont bousculé à fond la liturgie ? – mais des clercs, et singulièrement, des évêques.

Ce livre étudie donc cette opposition qui se fait au nom du Concile et de la défense d’une pastorale qui le plus souvent n’a démontré que ses échecs. Or dès la publication du Motu Proprio, le Pape Benoît XVI dans la lettre aux évêques avait répondu à ces arguments montrant combien ils n’avaient aucun sens et combien la liturgie traditionnelle appartenait au bien commun de l’Église. Malgré tout, l’opposition continue et nombres d’évêques n’hésitent pas à soutenir encore que le motu proprio ne vise que la réintégration des fidèles de Mgr Lefebvre.

Mais la vraie question reste la même : n’est-ce pas à l’intérieur même du Saint-Siège que l’opposition à l’application de ce texte est la mieux organisée, la rendant inefficace ?

[FSSPX Suisse] Chronique du District de Suisse : novembre et décembre 2010

SOURCE - Abbé Henry Wuillod - Le Rocher n° 69 - février 2011

1er novembre 2010
Notre cher abbé Mörgeli donne l’exemple aux jeunes, il reste plein de vie et de projets, et c’est lui qui nous a stimulés pour que quelque chose se fasse en cette journée des 40 ans de la Fraternité au lieu même où elle fut fondée, c’est-à-dire comme tout le monde le sait, à Fribourg.
Une messe solennelle est donc célébrée où se retrouvent nos deux jubilaires de cette année : les abbés Mörgeli et Weber, qui re-fêtent leur 25 ans de sacerdoce. Un apéritif nous retient encore à la chapelle Notre-Dame Gardienne de la foi, où l’abbé Mörgeli nous rappelle la pensée de Mgr Tissier de Mallerais (1) :
« la Fraternité Saint Pie X a été conçue à Rome, est née à Fribourg… et a grandi à Ecône » !
La capitale du bord de la Sarine reste donc un lieu hautement historique pour l’Eglise.
Suite à cela, une petite dizaine de soutanes se dirige vers un bon petit restaurant du centre ville, où l’entrée est remarquée et remarquable, car en face de la porte siège une bonne partie de la curie épiscopale. De courtoises salutations se font et on peut admirer nos abbés hésitants devant l’évêque Mgr Farine. Faut-il baiser l’anneau ? Et ce, avec génuflexion ou non ? Ou alors ne rien faire ? Oui, on a tous fait un peu autrement les uns les autres… mais sans incident diplomatique !
Notre table était bien animée et cela a dû agréablement impressionner un couple voisin qui paya une nouvelle bouteille avant de s’éclipser… mais ce n’en était pas fini des surprises, car la Providence voulait bien être de la partie en ce beau jour de fête. Une personne pour le moins généreuse régla la facture de tout le repas, que Dieu la bénisse.
Comment hésiter à porter la soutane après ça, mais si cela peut encourager certains clercs, tant mieux !
C’était donc le moment de rendre grâce à la bonne Madone de Bourguillon, celle qui garde la foi, qui la protège avec zèle et l’entoure de ses bras protecteurs. Le petit sanctuaire reçoit toujours de la visite et nous ne pouvons qu’encourager nos fidèles à y passer lorsque l’occasion se présente.
Il nous reste à aller encore à la première maison de la Fraternité à la rue de la Vignettaz et nous en profitons pour photographier nos deux jubilaires. Belle journée, et Deo gratias.
2 novembre 2010
Mon jour des morts se déroule en Valais, où avant de célébrer les trois messes, nous déménageons une familière qui va porter secours à notre école de Wangs. J’imagine que l’expression "familière" ne vous l’est pas trop ! En fait, il s’agit de personnes laïques – hommes ou femmes – qui se proposent de vivre dans nos communautés, apportant leur savoir-faire et leurs capacités. Dans bien des prieurés, ce sont de telles personnes qui "tiennent la baraque", et sans qui on verrait nos abbés manger froid, habillés drôlement, et nageant dans des brumes de poussière, car… les abbés, s’ils sont de ce monde, bien souvent ne le sont plus. Bref, que les personnes intéressées s’adressent directement à moi, surtout si elles répondent à certains critères de discrétion, d’efficacité et de bonhomie.
Je reviens à ce jour du 2 novembre, car l’abbé Maret a prévu de réunir tous les membres de l’école Fleurs de Mai, pour serrer les liens et donner une nouvelle impulsion suite au tragique décès d’un des enseignants de l’école. Ce fut nécessaire et donc bien de le faire, montrant bien la puissance de notre sainte religion, qui arrive toujours à tirer un plus grand bien de tout ce qui arrive.
10 novembre 2010
Bien des confrères viennent entourer l’abbé Mörgeli pour l’enterrement de sa maman à Dübendorf/ZH. Un prêtre qui accompagne sa mère en sa dernière demeure est une scène impressionnante ; lui reste seul car c’est le lien de nature le plus fort qui le rattachait à la terre qui vient de disparaître. D’où l’importance pour nous, sa famille spirituelle, d’être présents et d’entourer notre confrère dans le deuil. Ainsi plus de quinze prêtres, sans compter des frères et des religieuses ainsi que bon nombre de fidèles, vinrent soutenir notre cher abbé par leurs prières. Il est beau de voir concrètement ce lien de la charité qui existe dans notre chère famille de la Tradition. Mais nous voulons aussi souligner l’aimable souplesse du curé local qui permit sans aucun problème que la messe d’ensevelissement puisse se dérouler dans l’église paroissiale. Ce n’est pas souvent que cela arrive, c’est pourquoi nous nous plaisons à le souligner et surtout à en rendre grâces à Dieu.
12 au 14 novembre 2010
L’Italie du Nord en novembre est soit magnifique soit pénible. Oui, pénible lorsqu’il pleut, car c’est à verse et sous un brouillard bas. Mais lorsque le soleil se remet à luire, quelle splendeur ! Dans le Piémont et la Lombardie se trouve toute une série d’édifices impressionnants qui remontent tous aux XVe et XVIe siècles. On les appelle les Sacrimonti, c’est-à-dire des séries de chapelles construites sur un mont qui racontent comme un catéchisme en trois dimensions, à travers des fresques, des statues et des peintures, des épisodes de la vie du Christ ou de l’Ancien Testament. Ce sont des lieux de prière et de méditation, on peut même préciser qu’il y est facile de contempler, tant les scènes y sont parlantes, tant de tels lieux retirent du monde, et tant de saints y sont passés.
C’est donc à Varallo que nous découvrons un des neuf Sacrimonti, et qui est un des plus anciens et importants de la série. Pour situer brièvement pour nous Suisses, c’est juste de l’autre côté du massif du Mont Rose. Le Mont sacré de Varallo est formé d’une basilique et de quarante-cinq chapelles décorées et peuplées de plus de huit cents statues. L’idée géniale est d’introduire le plus possible le spectateur dans la scène afin de l’y faire vivre. Ce n’est pas pour rien que de tels parcours réels et mystiques tout à la fois furent des plus efficaces au temps de la contre-réforme catholique contre les assauts protestants dans l’Italie du Nord. Enfin nous espérons bien pouvoir organiser un pèlerinage qui ferait un peu le tour de ces sacrimonti, et nous faire découvrir cette tradition qui nous est si proche.
13 novembre 2010
Le 13 novembre 1475, lors de la bataille de la Planta, la Vierge Marie a délivré la ville de Sion de l’armée savoyarde.
Pour marquer cet anniversaire, une journée mariale d’action de grâces a été organisée le samedi 13 novembre à l’église de la Sainte Famille à Sion (Photo ci-contre).
La matinée était plutôt une récollection, avec une conférence de l’abbé Hervé Gresland sur les joies de la Sainte Vierge (puisque le 13 novembre fut autrefois en Valais la fête des sept joies de la Sainte Vierge) et deux chapelets médités récités en commun.
Un remarquable buffet a ensuite réuni les participants. Deux conférences étaient programmées l’après-midi : une de l’abbé Arnaud Sélégny sur le laïcisme, pour répondre à la tentative de supprimer le crucifix des écoles du Valais ; la deuxième, de l’abbé Yannick Escher, était une évocation historique de la bataille de la Planta et de son contexte.
A 18 heures l’abbé Pierre-Marie Maret célébrait une messe solennelle, suivie d’une procession aux flambeaux dans le quartier avec des cantiques en l’honneur de la Sainte Vierge, dont la statue était portée sur un brancard.
Le bon Dieu a donné un temps idéalement doux pour cette procession. Celle-ci s’est achevée par un salut du Saint-Sacrement et une consécration de la communauté à la Sainte Vierge. Un buffet et un vin chaud étaient ensuite offerts à tous les fidèles, heureux d’avoir pu ainsi honorer leur céleste Mère.
29 novembre 2010
Il est des retournements qui sont particulièrement impressionnants. Ici à Wil nous avons vécu un tel événement avec notre frère Armin. Deux à trois semaines plus tôt de passage dans notre prieuré, nous passons rendre visite à notre pauvre frère, dont l’état a bien empiré. Nous le voyons dans une chaise roulante, diminué bien que conscient. La gravité de son état ne lui échappe pas, la tumeur au cerveau continue son ravage. A vrai dire, on ne lui donne plus que pour quelques jours… mais c’est compter sans la Providence ni la médecine. Voici qu’en ce jour de réunion de prêtres à Wil, notre frère vient nous dire bonjour en marchant, presque comme dans le meilleur des mondes.
Mais avec les prêtres nous traitons d’un sujet qui peut intéresser tous et qui mérite une spéciale attention. Il s’agit de bien réagir et bien répondre devant une invitation reçue afin d’assister aux vêpres traditionnelles dans la cathédrale de Fribourg. La route de l’unité ! Une réunion en charité ! Qu’est-ce qui peut nous empêcher de répondre par l’affirmative ? On peut imaginer nos fidèles se scandalisant, se troublant ou au moins s’étonnant de voir la Fraternité Saint-Pie X dans une cérémonie avec des conciliaires, avec la Fraternité Saint-Pierre dans un même choeur d’église… Aussi nous faut-il des arguments clairs et solides pour ne pas manquer à la prudence ni à la charité. Car une frange d’ecclésiastiques ne nous regarde plus comme des pestiférés mais comme « ayant quelque chose à apporter dans ce monde en pleine mutation ».
Sur les principes, nous n’avons rien à objecter, puisque le rit est catholique et traditionnel, et nous pouvons présumer que cette cérémonie se passe entre catholiques. Cela veut dire qu’en soi on pourrait participer. Aussi devons-nous passer aux circonstances actuelles, et là s’élève un problème majeur : celui qui provient de la position des évêques suisses. Ces derniers nous considèrent comme hors de l’Eglise, preuves en sont les multiples réponses épiscopales nous interdisant une église pour cette raison, ou encore l’interdiction de vendre à la Fraternité Saint-Pie X ainsi qu’aux musulmans un quelconque édifice religieux. Si on est mis sur le même pied que l’islam, on peut bien imaginer à quelle place on nous classe.
Aussi une invitation, au moins officiellement, nous situe dans le cadre de l’oecuménisme, ce que nous ne pouvons pas tolérer parce que nous sommes dans l’Eglise et que nous détestons justement ce faux oecuménisme. Que ce passera-t-il si un prêtre ou même un évêque affirme que pour lui nous sommes dans l’Eglise ? Serons-nous alors obligés d’accepter une telle invitation ? Cela va dépendre de leur compréhension de l’Eglise… Car Vatican II dit que l’Eglise catholique subsiste dans l’Eglise du Christ, et nous avec la Tradition catholique nous disons que l’Eglise catholique est l’Eglise du Christ.
Pour beaucoup maintenant, nous sommes dans l’Eglise du Christ, même si nous ne sommes pas dans l’Eglise catholique, ce que nous ne pouvons naturellement pas accepter. Il y a toute l’ecclésiologie que nous subissons depuis quarante ans derrière ce principe.
Je tenais à vous faire part de telles explications, car notre attitude de défense n’est pas toujours bien interprétée. Or vous pouvez le constater, c’est une volonté d’obéir à des principes qui nous guident dans cette voie délicate. Car si nous n’écoutions que nos sentiments… chanter les vêpres dans une antique et vénérable cathédrale… il est évident qu’on accourrait pour le faire.
4 décembre 2010
C’est encore à Sion que l’on se retrouve pour la manifestation "Oui à l’Enfant", car encore une fois, la ville au coude du Rhône a refusé catégoriquement. On a pourtant essayé, accompagné d’un avocat nous avons rencontré le président et son second. Après avoir lancé le slogan « Martigny, ville ouverte », ils nous ont gentiment refusé, mais en nous précisant que si nous étions plus oecuméniques, on pourrait alors peut-être envisager une telle rencontre.
Nous avions l’impression de rêver, la radicale ville de Martigny mettant comme condition de s’oecuméniser ; c’est tout de même assez risible que les promoteurs de la séparation Eglise-Etat soit à même de s’ingérer dans les affaires religieuses. Enfin ce qui est sûr, c’est qu’ils ne veulent en faire avec nous, qu’ils se rassurent c’est réciproque ! Alors nous sommes de nouveau sur la place de la Planta, acquise sans aucun problème en 5 jours.
Là par un froid vif mais sous un si beau ciel, nous avons prié pour les victimes de l’avortement. Et pour la première fois, les jeunes pouvaient distribuer un nouveau dépliant considérant la vie dans le sein d’une mère sous les aspects de merveille de la création mais aussi sous les aspects de la foi. Notre Seigneur Jésus Christ fut aussi pareil lorsque, Verbe de Dieu, il s’est choisi un corps mortel pour venir nous sauver. Cette réalité est souvent un peu éclipsée par les défenseurs de la vie et pourtant c’est en soi notre meilleur argument. Que Dieu bénisse les bonnes âmes qui nous rejoignent régulièrement pour ce combat.
13 décembre 2010
Nous avons des sites extraordinaires dans notre pays et les bords du Rhin sont loin de contredire cette affirmation.
Ainsi lorsque l’abbé Schreiber me propose de visiter Schaffhouse et Stein am Rhein, c’est avec grand plaisir que la direction de la frontière nord est prise.
Ce que je trouve intéressant de vous narrer, c’est l’île de Werd (2) dans le Rhin, car ce fut dans ce lieu que saint Othmar mourut.
Celui-ci fut le successeur de saint Gall et le constructeur de l’abbaye de St-Gall qui par la jalousie des puissants de l’époque, fut condamné injustement du crime d’adultère et relégué dans ce lopin de terre.
Il reste là une communauté de franciscains et surtout une belle et antique chapelle qui possède une relique de notre saint.
Il est beau et impressionnant de se remémorer de telles histoires sur les lieux du drame et ce même Rhin qui coule là avec une indolence particulière, ne dit rien du mystère qui s’est déroulé entre Dieu et son saint.
Ainsi de Bâle à Constance, on trouve de tels lieux riches de profondes racines qui remontent le cours du temps.
Abbé Henry Wuillod

Notes
(1) Sermon à Ecône, le 29 juin 2010 (cf. Le Rocher no 67, pp. 10-11).
(2) Werd qu’on retrouve souvent en Suisse allemande (Schönenwerd, Werthenstein) qui signifie en vieux-allemand des endroits abrités et élevés situés dans des lacs, des fleuves, sur des promontoires.

[Abbé Philippe Bourrat, fsspx] Rien ne va plus à l'Éducation Nationale

SOURCE - Abbé Philippe Bourrat, fsspx - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs de l'ADEC - février 2011

Chers amis et bienfaiteurs, rien ne va plus à l'Éducation Nationale. Une pluie de rapports nationaux et internationaux accusent le système français et soulignent ses piètres résultats en matière de réussite scolaire tout autant que son incapacité à intégrer scolairement les enfants d'étrangers. En dix ans – de 2000 à 2010 – on a même noté très officiellement l'augmentation d'un tiers des « enfants en grande difficulté », délicat euphémisme qui cache l'authentique illettré, c'est-à-dire l'enfant qui ne comprend pas un texte simple et ne sait pas effectuer des opérations simples de calcul.

Il est clair que les apprentissages du primaire qui ont fait l'objet des plus grands délires « pédagogistes » portent leurs mauvais fruits. L'obstination et l'aveuglement sectaire finiront peutêtre par être eux aussi dénoncés officiellement. Il n’est pas interdit de rêver. On l'a vu, il y a quelques années, quand un ministre de l'Éducation a voulu réintroduire la méthode de lecture syllabique et condamner la méthode globale : les tenants du semi-global ont ricané, soulignant que la méthode globale n’était plus guère utilisée. Ce sont les mêmes qui demandent toujours plus d'argent, pour s'occuper des difficultés des élèves dont ils sont eux-mêmes en partie la cause.

Dans la compétition internationale qui met l'accent sur la capacité d'un État à produire des étudiants aptes à intégrer la grande économie mondiale, on s'étonne des faibles performances d'un « grand pays » comme la France qui consacre pourtant 20 % de son budget national à l'Éducation du même nom. Bref, le moral du « mammouth » est en berne.

Or, on le sait, une note statistique récente du Ministère de l'Éducation nationale, publiée en septembre 2010, le prouve : en comparant le parcours de deux générations d'élèves entrés en sixième, les uns en 1989, les autres en 1995, leurs chances d'obtenir le bac restent plus que jamais liées d’abord au niveau acquis dès l'école primaire, puis au retard scolaire et enfin à l'origine sociale. Seul un quart des élèves qui a redoublé au moins une fois dans le primaire parvient à décrocher le bac, et seulement 1% de la génération de 1995 pour ce qui est du bac scientifique.

Mais il reste une autre leçon à tirer de ces tristes bilans et elle n'a pas fait l'objet dans les médias d'autant de publicité. Il s'agit de l'échec des enfants vivant en famille «monoparentale» ou «recomposée», autrement dit fruits malheureux du divorce et des unions libres. 51% des enfants issus de telles «familles» deviennent bacheliers, contre 67 % pour les autres. Il faut savoir qu'en France, comme en Europe, les familles monoparentales sont de plus en plus nombreuses. De 1968 à 2005, on est passé de 6 à 16% des enfants scolarisés qui vivent avec un seul parent. 90% d'entre eux vivent avec leur mère. Et la tendance n'a pas de raison de s'inverser. L'équilibre psychologique de l'enfant souvent atteint par les blessures du divorce, c'est toute la scolarité qui en pâtit. Ce triste constat montre que ce n'est pas pour rien que l'Église a toujours demandé que ceux qui se destinent au mariage en comprennent les enjeux, notamment quant à leurs responsabilités envers ceux qui en sont la fin première : les enfants. La fidélité, l'indissolubilité, le témoignage exemplaire d'un soutien mutuel entre les époux sont évidemment, n'en déplaise aux esprits libertaires de tout poil, des facteurs de stabilité, d'équilibre psychologique et affectif qui contribuent, pour une part notable, à la réussite scolaire, tout autant d’ailleurs qu’à la vie future de l’enfant.

Ce n'est pas pour rien non plus que, face à cet échec - reconnu publiquement - du système éducatif français, les écoles privées hors contrat se sont multipliées. Elles répondent, en effet, à une demande croissante de la part de parents qui n'hésitent pas à investir massivement pour l'avenir de leurs enfants. Bien souvent soumis aux impôts et s'acquittant en plus des frais de scolarité de ces écoles non subventionnées, ils sont doublement imposés. C'est avec ce que l'on peut qualifier, sans emphase, d'héroïsme que ces familles choisissent la qualité pour préserver leur progéniture de l’école sans Dieu et de l'échec scolaire.

Les écoles dirigées par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X sont dans ce cas. Les parents de nos familles catholiques sont ces héros. La Providence a permis la multiplication de nos écoles, malgré leur coût exorbitant lié aux exigences toujours croissantes des normes de sécurité et aux charges salariales. Mais si ce miracle existe, c'est aussi grâce à vous, bienfaiteurs fidèles, qui offrez de votre superflu, parfois de votre nécessaire, pour que des enfants reçoivent une éducation authentiquement catholique, dans des écoles toujours plus aptes à leur transmettre l'amour de Jésus-Christ et de la Vérité qui en découle. Mais l'argent ne fait pas tout. Comme nous l'ont montré les terribles statistiques mentionnées ci-dessus, à propos des dégâts provoqués par la destruction des familles, il ne faut pas négliger, dans les milieux catholiques non plus, la cohérence entre les principes enseignés à l'école et ceux enseignés et pratiqués dans les familles.

Comme intention de prière, nous pourrions, en cette année 2011, insister non seulement sur la préservation de l'intégrité des familles catholiques, mais aussi sur une plus grande prise de conscience des exigences éducatives qui relèvent des parents, de la nécessaire harmonie et docilité qu'ils doivent manifester envers les autorités enseignantes, pour que l'éducation reçue à l'école ne perde pas de son efficacité en raison d'un libéralisme familial rampant ou effectif. Par ailleurs, on n'insistera jamais assez auprès des jeunes sur la nécessité de se préparer vertueusement au mariage, au risque d’avoir omis de se préparer aux épreuves du mariage qui jalonnent toute vie et accompagnent ses joies, de telle sorte que, jamais, les enfants ne soient les victimes collatérales des mésententes ou des faiblesses conjugales.

Cet appel à votre générosité inclut donc une croisade de soutien, par la prière, à toutes nos familles. C'est à ces conditions que la Tradition catholique perdurera, par les fruits de ses familles et de ses écoles catholiques.

Abbé Philippe Bourrat [1], Recteur émérite de l’Institut Universitaire Saint-Pie X

[1] Depuis le 15 août 2010 M. l'abbé Philippe Bourrat est Directeur de l'enseignement pour le District de France

[Abbé Pierre Barrère, fsspx] Comment se positionner dans l'Eglise?

SOURCE - Abbé Pierre Barrère, fsspx - Sainte Anne n° 226 - mis en ligne La Porte Latine - février 2011

Les derniers évènements survenus à l’initiative du pape Benoît XVI ne font que confirmer encore aujourd’hui le bien fondé de l’attitude adoptée par Mgr Lefebvre  en son temps vis-à-vis des autorités officielles en place. Puisque souvent le magistère ne s’exerce plus aujourd’hui d’une manière normale et cohérente il est impossible de se soumettre absolument à ses directives comme si de rien n’était. Nous sommes donc dans  l’obligation de suivre le conseil de Saint Paul : « Ne méprisez pas les prophéties ;  éprouvez tout, et retenez ce qui est bon ; abstenez-vous de toute apparence de mal. » (1 Thess 5-21).
Rappelons-nous que l’obéissance aveugle - celle où l’on ne voit pas les motifs de se soumettre - n’existe que très rarement dans l’Eglise. De fait, lorsque l’autorité papale engage son infaillibilité comme dans une définition dogmatique ex cathedra on doit se soumettre sans condition. La dernière définition de ce type date de 1950 où le pape Pie XII a exprimé ce qu’il fallait croire de l’Assomption de la très Sainte Vierge Marie. Depuis rien de tel ne s’est produit. Bien évidemment cela ne veut pas dire pour autant que l’on doive passer systématiquement au crible de la pensée personnelle tous les actes du pape. Le libre examen  n’est pas un critère catholique pour atteindre la vérité, il ne s’agit donc pas de trier le bon du mauvais à sa guise en se référent à ses intuitions ou ses idées personnelles,  ce serait alors adopter la mentalité protestante. Ce n’est pas ce qu’il faut faire et ce n’est pas ce que nous faisons.
1- La plus haute autorité peut-elle défaillir ?
Si le pape est infaillible sous certaines conditions, il n’est assurément pas impeccable dans tous ses actes. Il peut donc y avoir des initiatives mauvaises et très pernicieuses des papes, c’est sûr, et c’est facile à démontrer. Aussi résister à l’autorité n’est pas, en soi, une chose normale mais cependant ce n’est pas non plus une chose inédite. Nous lisons dans l’épître au Galates ch 2-11 que l’apôtre Paul a résisté en face à  Pierre pour trois raisons : «  1- parce qu’il se trouvait avoir tort …2-  les autres juifs firent les hypocrites avec Pierre…. 3- Pierre  ne marchait pas selon la vérité de  l’Evangile. »
Pierre  était pourtant le chef incontesté parmi les apôtres mais grâce à la remontrance publique du jeune converti, il a reconnu humblement son erreur et  a rectifié son attitude en cessant de  « judaïser » ( Gal 2-14). Si Saint Paul n’avait rien dit,  toute l’Eglise naissante aurait été profondément perturbée par les ambigüités de Pierre. N’insistons pas. Retenons que la plus haute autorité peut avoir des décisions très nocives : cela se vérifie quelque fois dans le passé lointain de l’Eglise  mais beaucoup plus fréquemment, il est vrai, depuis 1960. Les avertissements prophétiques de Fatima nous ont prévenu qu’une grande crise de la foi surviendrait à ce moment là :  à nous de comprendre et de savoir juger l’arbre à ses fruits.
2- Qu’en est-il du Pape actuel ?
Pour ce qui est du pape Benoît XVI, il  vient de commettre coup sur coup au moins trois actes qui ont déjà un retentissement important et néfaste.
- Le premier c’est son livre intitulé « Lumière du monde ». Il s’agit d’un interview avec un journaliste Peter Seewald. Les propos de Benoît XVI  qui se déroulent sur le ton de la conversation contiennent, de fait, beaucoup d’approximations et de faussetés non seulement sur la doctrine, l’histoire, mais aussi la morale ainsi que d’autres sujets. Je ne m’attarderai pas là-dessus, mais cet écrit est  très décevant tant du point de vue de la forme et du fonds.  Les erreurs et  les à-peu-près qui s’y trouvent ne sont pas dignes d’un savant et du chef de la catholicité. Si saint Paul a utilisé pour Pierre le terme d’hypocrite, le livre qui porte le nom de «  Lumière du monde » se situe parfaitement dans ce registre car il est plein de ténèbres et trop conforme à l’esprit du monde : « Ne vous conformez pas à ce siècle » dit Saint Paul(Rom 12-2). Adopter un style médiatiquement correct n’engage certes pas l’infaillibilité du magistère mais uniquement la personne de Ratzinger. Il n’empêche que la majorité des lecteurs ne fera pas la différence et prendra le tout comme l’enseignement officiel de la Sainte Eglise.
Le second c’est son désir de réaliser en octobre un Assise III ou une réunion de toutes les religions pour prier pour la paix afin de célébrer le 25ième anniversaire de cette première rencontre interreligieuse voulue par Jean-Paul II. Les deux premières réunions d’Assise sont, de toutes façons, des péchés très graves  contre le 1er commandement « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face » (Exode 20-3) et très scandaleuses en elles-mêmes c’est-à-dire quelles que soient les intentions généreuses qui animent les auteurs. Faisons à ce propos juste deux petits rappels. Assise I (1986) : des églises ont été mises à la disposition des fausses religions pour leur culte et un Bouddha a été posé sur l’autel de l’une d’entre elles. Assise II (2002) : Pour éviter les écarts choquants de 1986 des salles ont été prêtées aux partisans des fausses religions mais, au préalable, on a pris soin de retirer les crucifix pour ne pas gêner les non-chrétiens.
C’est deux actes (profanations d’église par les faux culte + retirer les croix) auxquels ont peut rajouter beaucoup d’autres  ne sont pas anodins. Dieu peut-il bénir telles choses ? Jésus qui a chassé les vendeurs du Temple, peut-il agréer que les faux dieux soient honorés dans ses églises et que leurs adorateurs s’installent là comme des brigands dans une caverne ? Evacuer les croix est-ce vraiment le moyen de s’attirer l’estime de Celui qui a voulu nous sauver par Sa Croix ? C’est insensé de le penser  alors que l’Eglise nous fait chanter « O Crux ave spes unica » « Salut O Croix espérance unique ». De plus ces initiatives entraînent des conséquences insidieuses et  perverses dans l’esprit des baptisés qui finissent par adopter les principes mêmes des francs-maçons : l’union des hommes par delà les religions.
- Le troisième c’est sa volonté de béatifier Jean-Paul II, le pape qui a laissé excommunier la Tradition alors que dans le même temps étaient diffusées partout les pires aberrations doctrinales et liturgiques. C’est aussi Jean-Paul II qui a baisé le Coran, perpétré d’innombrables scandales dont Assise est sans doute le plus pitoyable et désastreux pour les âmes (cf. le livre « Pierre m’aimes-tu ? » )
3 - Comment y voir clair lorsque les ténèbres envahissent les guides religieux et qu’ils deviennent selon l’expression de l’Evangile : « Aveugles conducteurs d’aveugles. » (Matth 15-14)
Deux principes notamment doivent être repris et nous servir de phare dans ces moments : « Ce qui était vrai hier ne peut pas être faux aujourd’hui. » et « Ce qui est nouveau maintenant, pour être légitime et recevable, ne doit surtout pas s’opposer au passé mais l’assumer totalement en le perfectionnant. »
C’est, entre autres,  en raison de ces deux principes que nous refusons Assise, la nouvelle messe et beaucoup de réformes du dernier concile.
Assise. L’Eglise s’est toujours opposée aux autres religions (chrétiennes ou non-chrétiennes) parce qu’elles sont fausses. Elle les a toujours combattues par la parole, par l’écrit, par toute sorte de coercition (excommunication des hérétiques) et par l’exemple des saints ( ex : les martyrs d’Angleterre au 16ième siècle, tués pour le seul motif de leur fidélité à Rome). Parfois même, quand il n’ y avait pas d’autres moyens de se protéger,  elle les a combattues par les armes des soldats chrétiens. Voilà la vérité d’hier.
Une réunion interreligieuse contredit l’agir constant de l’Eglise. Elle ne peut qu’apporter que la confusion dans les esprits en faisant croire qu’il peut y avoir une union bonne et constructive par et par-delà les confessions religieuses. C’est, nous vous le disions,  typiquement les principes maçonniques qui se sont introduits dans l’Eglise : liberté religieuse, égalité des cultes et fraternité non pas dans le baptême et la foi mais uniquement dans notre commune humanité.
Quant à nous nous savons que construire la paix sans le Christ et son Eglise c’est vouloir édifier une tour jusqu’au ciel sans l’intervention de Dieu. Les conséquences sont connues : ce sera l’inverse qui se produira : la dispersion au lieu de l’union, la confusion et la guerre au lieu de l’entente et la paix.
La nouvelle messe. Qu’importe que la nouvelle messe soit valide à partir du moment où l’on sait  « qu’elle s’éloigne dans l’ensemble comme dans le détail de la théologie catholique concernant le Saint Sacrifice tel que l’a défini le concile de Trente dans sa XXième session. »  ( Bref examen critique adressé au Pape Paul VI signé par le Préfet du Saint office, le cardinal Ottaviani.) Pour celui qui a compris cela  il devient alors impossible d’y assister car personne ne peut nous contraindre à changer notre foi ou même à diminuer notre foi. Or  la nouvelle messe quand elle ne change pas la foi ( certaines « messes » festives et farfelues le font : ex : les messes clowns ou  les messes dansantes ) en diminue du moins  l’expression dans la présence réelle, le Saint Sacrifice et surtout la propitiation, même lorsqu’elle est bien dite par un prêtre pieux et sérieux. Les changements de la nouvelle messe n’assument pas le passé de l’Eglise, il n’ y a pas perfection du rite ancien mais régression dans l’expression de la foi :  donc il est devient parfaitement légitime de résister.
4-Tout changement n’est pas mauvais.
Mais les exemples abondent de nouveautés introduites dans l’Eglise qui sont légitimes parce qu’elles perfectionnent la doctrine ou affinent la liturgie ou précisent la morale. Ainsi  les termes utilisés par l’Eglise comme Consubstantiel , Transsubstantiation, Immaculée Conception sont certes des changements très importants par rapport à ce qui a précédé, mais ces termes  rendent la doctrine de toujours plus intelligible : ainsi les chrétiens sont protégés contre les erreurs tortueuses et le génie néfaste de l’hérésie. Voilà pourquoi on ne peut pas refuser ce type de  changement. Ces mots nouveaux sont de purs produits qui viennent de la Tradition, on ne peut plus les exclure sans diminuer l’expression de la foi : ils font donc désormais parti du vocabulaire catholique. Supprimer ou diminuer l’expression de la foi par des expressions nouvelles c’est cela qui n’est pas permis dans l’Eglise et aucune autorité ne peut contraindre qui que ce soit  à adopter de tels changements. La force juridique a été donnée aux chefs non pas pour détruire mais pour édifier.
Le critère de la Tradition est donc déterminant lorsqu’il y a des nouveautés introduites dans l’Eglise. Lorsque le « magistère » actuel  énonce des choses qui offensent les oreilles catholiques  comme l’a fait Benoît XVI en permettant l’usage du préservatif en certains cas. (Cf : le livre « Lumière du monde »  p.160) on ne peut pas penser facilement alors que Dieu nous parle par la bouche du successeur de Pierre. Surtout  lorsque d’autres papes ont parlé sur ce sujet dans le sens de la Tradition et de manière fort claire et définitive.« Rien ne peut transformer une action intrinsèquement immorale en un acte licite » Pie XII. (cf : sur ce sujet voir le n°199 de Fidéliter  l’article « les paroles de Benoît XVI sur une question de morale » par M. l’abbé Régis de Cacqueray)
5-Attitude pratique à adopter en face des erreurs et ambiguïtés des chefs religieux.
Devant les orientations aberrantes de plus en plus répétées de la hiérarchie qui s’inspire toujours pour cela du dernier concile Monseigneur Lefebvre a donné en son temps quelques règles de conduite pour les fidèles afin de ne pas se laisser entraîner par une obéissance mal comprise.
Première règle : Là où il devient évident qu’il y a rupture avec la Tradition il ne faut pas suivre même si l’autorité la plus haute dans l’Eglise semble vouloir nous obliger.
Le temps finit toujours par donner raison à ceux qui adoptent cette règle. C’est le cas pour la messe. Le pape Paul VI a insisté fermement et à plusieurs reprises pour que sa nouvelle messe remplace l’ancienne. Cette dernière devait disparaître absolument. Des prêtres ont été chassés de leur paroisse parce que, en conscience,  ils ne pouvaient célébrer le nouveau rite imposé sans pécher. Egalement des religieux (ses) ont du quitter leur couvent pour ne pas assister à cette messe qui leur faisait perdre l’esprit de leurs statuts. En fait, la volonté de Paul VI était bien réelle et forte, sans ménagement pour les récalcitrants, mais c’était aussi une volonté capricieuse essentiellement basée sur l’œcuménisme et l’union avec les protestants. Il eût fallu un fondement doctrinal et juridique solide, en cohésion avec le passé, pour que l’ordre fût recevable et que l’on pût dire « Rome a parlé la cause est entendue ». Ce n’était pas le cas. Voilà pourquoi Benoît XVI  en 2007 a pu dire quasiment le contraire de Paul VI :  la messe saint Pie V n’a jamais été abolie (en toute légitimité) :  tout prêtre peut continuer à la célébrer sans permission spéciale de son évêque (Motu Proprio du 07-07-07).
Deuxième règle. Là où il y a ambiguïté  il faut interpréter dans le sens de la Tradition et combattre le sens contraire c’est-à-dire le sens qui favorise la nouveauté moderniste.
Troisième règle :  Là  où il y a continuité avec la Tradition  il faut se soumettre simplement.
Cet expression « Rome a parlé la cause est entendue » n’est valable que si Rome parle clairement, avec autorité, en conformité avec la Tradition et l’esprit de sainteté de l’Eglise et non pas pour imposer des orientations totalement nouvelles comme des réunions interreligieuses ou une liturgie œcuménique.
6-Le signe de la fidélité à l’Eglise.
Saint Pie X a dit «  les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes » : Cette petite phrase qui conclue la condamnation du Sillon (mouvement du catholique libéral Marc Sangnier) dit aussi tout l’esprit qui doit nous animer dans la lutte contre le modernisme et l’esprit issu du concile.
Dans l’Eglise conciliaire le vrai et le faux, le bien et le mal, l’utile et le dangereux sont tellement mélangés qu’il ne faut pas hésiter à en détourner tous les catholiques encore dotés de quelque bon sens. Sans doute il faut le faire avec intelligence en prenant le temps de montrer les principes dangereux qui se cachent sous des apparences trompeuses ;  il faut le faire avec bonté, délicatesse, et non pas pour afficher une supériorité ou pour le malin plaisir d’avoir raison contre les autres. Mais l’objectif est clair pour celui qui connaît bien l’Eglise et son esprit : il est nécessaire éloigner les âmes de toutes les influences néfastes qui affaiblissent insensiblement  la foi et font poser des actes contraires à l’esprit de foi.
Si saint Pie X oppose traditionalistes à révolutionnaires et novateurs c’est que parmi les ennemis de la religion il y en a de plus ultras que d’autres. Les révolutionnaires sont, en soi, pires que les novateurs mais  les novateurs s’accordent avec les révolutionnaires pour s’opposer au traditionalistes. C’est une chose visible. Disons qu’il y a entre eux une différence de vitesse mais ils vont vers  la réalisation d’un même but. Les révolutionnaires veulent tout bouleverser immédiatement et radicalement : renverser la constitution divine de l’Eglise pour en faire une sorte de démocratie où le pouvoir suprême n’est plus celui du pape seul mais d’un groupe (la collégialité) ; abolir le célibat des prêtres ; donner la communion aux divorcés remariés ; permettre l’avortement, la contraception, légitimer l’homosexualité, affirmer l’égalité des religions et le salut par toutes les confessions ; prôner la nécessité absolue de la laïcité de l’Etat etc…
Les novateurs ne seront pas si outrés dans leur revendications, ils garderont une teinture et une piété plus conformes à l’esprit de l’Eglise. Aussi sans être de farouches partisans du bouleversement  ils se montreront très  ouverts à tout ce qui nouveau. Ils préfèreront le célibat sacerdotal disons comme une voie idéale réservée à  un petit nombre mais ne verront quasiment pas d’obstacle au mariage des prêtres si ceux-ci le souhaitent. Ils diront que les femmes ne peuvent pas (encore) accéder au sacerdoce, mais elles peuvent faire les lectures,  distribuer la communion et les jeunes filles peuvent être enfants de chœur. Ils seront contre la contraception, bien sûr,  mais, en certains cas extrêmes, cela peut-être une voie vers plus de moralisation. La communion des divorcés remariés n’est normalement pas possible mais il faut juger parfois au cas par cas et l’autoriser sans tapage, discrètement. Quant à l’Etat il n’est pas raisonnable qu’il favorise une religion plutôt qu’une autre il faut donc une laïcité positive qui équilibre tout en donnant la liberté à tous. A pas feutrés ces novateurs chamboulent toute la Tradition autant que les révolutionnaires mais c’est plus long et mieux enrobé par un emballage qui conserve un extérieur traditionnel présentable .
«  Si je cherche à plaire au monde, je ne suis plus un serviteur du Christ » dit saint Paul. Cet avertissement est sévère et valable pour tous ceux qui ont une mission d’édification dans l’Eglise.
7- Aura-t-on,  en dehors de la Fraternité Saint Pie X, des imitateurs de Saint Paul pour résister en face à Pierre au sujet d’Assise III ?
C’est peu probable.
Aujourd’hui, les évêques, ne cherchent plus comme l’a fait Saint Paul à discerner si un acte du pape est conforme ou non à l’Evangile. Ils sont devenus pour beaucoup des exécutants soucieux uniquement de respecter des règles de gouvernement qui sont fondés sur les faux principes de la liberté religieuse, de l’œcuménisme  ou de la collégialité et ils ne regardent pas au-delà.
Si telle catégorie de catholiques (les traditionalistes) ne rentrent pas dans les schémas actuels de la légalité point besoin d’examiner ce qu’ils disent et, comme des fonctionnaires sans âme, ils se montreront intraitables avec eux. Ces bons administrateurs qui ont en permanence le mot dialogue à la bouche sont alors totalement sourds aux  arguments de ceux qui sont attachés à la foi. Ils n’ont qu’un seul principe à avancer : vous  n’êtes pas dans la structure légale de l’Eglise conciliaire. Dès lors leur conscience est parfaitement tranquille et leurs actes les plus inhumains ne les émeuvent plus. Ils font actuellement ce que la discipline en vigueur commande et ne se sentent pas responsables devant Dieu des  injustices les plus criantes. Demain ils changeront peut-être. Ne ressemblent-ils pas, à quelque chose près, à ces médecins qui pratiquent des avortements à tour de bras dans une parfaite quiétude de conscience ?  Si ces derniers tuent sans scrupule c’est parce que  la loi du moment le permet et même l’encourage : cela ne peut donc pas être un mal. Mais quand la loi dira : « Arrêtez, c’est mal ! »  ils arrêteront et, éventuellement, ils se poseront des questions.
Soyons avertis : s’il y a dans la société civile un légalisme qui s’oppose à la loi naturelle et qui cherche à la détruire  il y a aussi dans la société religieuse issue du concile un légalisme qui s’oppose à la loi de l’Evangile et qui détruit insidieusement la foi surnaturelle des fidèles par ses nouveaux principes. Pour ceux qui ont compris cela une seule attitude est pleinement cohérente : ne pas se fier à cette légalité illégitime et défendre courageusement la foi.
Aussi garder une position  « canoniquement correcte » qui restreint  la confession de la foi c’est faire plus ou moins le jeu du modernisme.
On ne peut occulter ou nier qu’il y a parfois un devoir grave d’opposition contre les scandales perpétrés par la hiérarchie.
Abbé Pierre Barrère

Extrait du Sainte Anne n° 226 de février 2011

[Tinotenda Mwari] Nouvelles du Zimbabwe (FSSPX)

SOURCE - Tinotenda Mwari - Abbé Nicolas Bély - mis en ligne par La Porte Latine - février 2011

La Lettre aux Amis et Bienfaiteurs n° 16 du Zimbabwe - Février 2011

Chers Amis et Bienfaiteurs,

Tout d’abord, nous devons vous dire un grand MERCI de l’aide généreuse que vous avez apportée au Prieuré du Zimbabwe pour permettre l’acquisition d’une voiture. Beaucoup d’entre vous ont répondu à l’appel que nous avons lancé pardeux fois, en octobre 2009 et en novembre 2010. Nous avons donc pu remplacer avantageusement notre vieux pick-up, qui dépassait largement les 200.000 km et dont le moteur ne nous causait que des ennuis, par une bonne Toyota.

De surcroît, votre contribution a été telle que nous avons maintenant la possibilité de changer aussi la deuxième voiture du prieuré. Nous étions sur le point de l’acheter… lorsqu’un malheureux incident est arrivé et nous en a empêchés.

Cet empêchement nous vient des autorités administratives qui ont refusé, pour l’abbé Picot et moi-même, de nous délivrer des titres de séjour au Zimbabwe. Les fidèles du Prieuré ont pu faire appel de cette décision, mais en attendant, nous avons dû tous les deux quitter le territoire du Zimbabwe pour une période de deux ou trois semaines. Cela donne l’occasion à l’abbé Picot de visiter les fidèles de Zambie, et à l’abbé Bély la possibilité de visiter quelques Bienfaiteurs en Europe.

Mais, au Zimbabwe, l’apostolat qui avait si bien commencé pour l’année 2011 s’est soudainement trouvé en suspend. Nous sommes donc bien désolés de ne pas encore pouvoir vous offrir une photo des deux voitures que vous nous avez offertes. Mais cela n’est que matériel, et ce sera vite réparé dès notre prochaine lettre aux Amis et Bienfaiteurs.

Pour le spirituel, qui reste de loin le plus important, l’abbé TRAUNER a pu bien heureusement venir au Zimbabwe pour continuer à célébrer la sainte Messe durant notre absence. Qu’il soit ici bien remercié de son dévouement ! Ainsi, par sa présence, les fidèles du Zimbabwe peuvent continuer à se
sanctifier. Et, si l’apostolat a dû ralentir, au moins il n’a pas eu à s’arrêter à cause d’une simple difficulté administrative.

En effet, cette année 2011 a démarré avec beaucoup d’enthousiasme chez les fidèles comme chez les prêtres. Le 8 janvier, avait lieu la première session des catéchistes, qui aura lieu désormais tous les premiers samedis du mois durant toute l’année, afin de donner aux catéchistes une solide formation doctrinale, mais aussi un peu de pédagogie, et surtout une solide piété. Une douzaine de personnes ont déjà fait les deux premières sessions en janvier et février.

Le 16 janvier après-midi, le catéchisme à Tafara a repris, après plusieurs longs mois d’interruption, dans ce village à l’est d’Harare. Les fidèles de ce village sont très heureux de nous voir revenir parmi eux. Ils ont réussi un bon arrangement avec un directeur d’école, qui accepte de mettre une salle de classe à notre disposition chaque dimanche après-midi. Depuis lors, chaque dimanche, le tableau noir est recouvert d’un voile blanc, un bureau d’une nappe, pour y honorer dignement le Crucifix et une statue de Notre Dame. Les fidèles chantent des cantiques en shona, récitent le chapelet, et reçoivent les cours de catéchisme, chacun selon son âge, adultes, adolescents et enfants.

Deux ou trois catéchistes viennent avec les prêtres pour enseigner le catéchisme en shona. Parmi eux, il faut remercier particulièrement notre séminariste Zimbabwéen, Monsieur l’Abbé Pius NANTHAMBWE, qui, après trois années de séminaire en Australie, est venu passer ses congés au pays. Il nous quittera bientôt pour achever ses trois dernières années de séminaire en Argentine. Sa connaissance parfaite de la langue shona nous a été d’un précieux secours pour commencer l’enseignement du catéchisme à Tafara.

A Kuwadzana, cet autre village à l’ouest d’Harare, les fidèles attendent toujours que nous puissions venir leur enseigner le catéchisme. Malheureusement, il n’a pas encore été possible de trouver une place pour les réunir chaque semaine. Nous n’avons eu qu’une réponse négative à notre requête. Mais les fidèles de ce village, malgré notre absence, continuent avec persévérance de rechercher un endroit pour réunir les fidèles. La prière aidant, ils y parviendront bientôt !...

Ainsi va le Zimbabwe, ce pays si beau, où il est pourtant impossible de faire des projets à long et moyen terme, tant il est difficile de prévoir l’avenir. Qu’importe ! L’homme propose, Dieu dispose : nos plans d’apostolat pour l’année 2011 ont été en partie retardés par les circonstances. Nous apprenons à faire confiance, jour après jour, à la Divine Providence : « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné de surcroît. N’ayez point de souci du lendemain ; le lendemain aura souci de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Matthieu 6, 34).

Encore merci, chers Amis et Bienfaiteurs, de vos aumônes et de vos prières, qui sont si précieuses à notre persévérance

Abbé Nicolas Bély

[Pélé Infos - abbé de Lacoste] Un événement historique


SOURCE - Pèlerinages de Tradition - Pélé Infos - Editorial de l'abbé de Lacoste - mis en ligne par La Porte Latine - février 2011

Le lundi 13 juin 2011 restera une journée historique dans l’histoire de la Fraternité Saint-Pie-X, et peut-être même de la France et de l’Eglise ! En effet, ce lundi de Pentecôte, nous entrerons dans la capitale avec Notre Seigneur Jésus-Christ en personne !
Sous l’apparence d’une hostie, le Roi des rois sera porté triomphalement dans un ostensoir par un prêtre, lui-même porté par un char majestueux et richement décoré. Devant, après la croix, la sainte Vierge et les bannières, suivra un cortège de 600 enfants de choeur en soutanelles et surplis, une centaine de prêtres et de séminaristes, et des petites filles vêtues de blanc qui jetteront des pétales de fleurs sur le passage du divin Maître. Derrière, plusieurs milliers de pèlerins de France, d’Europe et même du monde entier adoreront le Saint Sacrement en marchant et en chantant de tout leur coeur des cantiques en son honneur.
La ville de Paris, trop souvent, donne à ses habitants une petite idée de ce que peut être l’enfer. Lorsque défile la gay-pride ou la techno-parade, les fumées de Satan envahissent les rues. Les bruits entendus alors par les passants ressemblent fort à ce qu’entendent les damnés, et le spectacle est d’une horreur indescriptible.
Puisse cette procession, pendant l’espace de quelques heures, faire luire dans la capitale un rayon de la lumière céleste. Puisse-t-elle faire retentir une mélodie divine et donner une petite idée de la splendeur du Paradis ! Puisse-t-elle purifier l’atmosphère viciée qui règne et faire répandre avec abondance la grâce de Notre-Seigneur.
Voilà pourquoi le pèlerinage 2011 est unique. Il ne faut pas manquer cet événement exceptionnel. A l’heure où le Saint Sacrement est oublié, voire méprisé et insulté, nous devons être des milliers pour venir l’adorer publiquement et chanter ses louanges. Montrons à nos concitoyens que le catholicisme n’est pas mort, que Jésus-Christ est toujours notre Roi et que nous sommes fiers d’être ses serviteurs fidèles. N’ayons pas peur de chanter haut et fort notre amour pour ce Dieu qui, avant de mourir pour nous, a voulu se faire la nourriture de nos âmes.
D’ici-là, lisons et méditons le dossier spirituel. Préparons mieux nos communions, afin de ne pas mettre d’obstacle à la grâce répandue dans nos âmes par ce sacrement. Je confie à vos prières la réussite de ce pèlerinage et remercie vivement tous ceux qui contribuent à sa bonne organisation.

[Guy Veillette - Le Nouvelliste] L'avenir du Prieuré Saint-Pie X en suspens

SOURCE - Guy Veillette - Le Nouvelliste - 15 février 2011

(Shawinigan) Le développement domiciliaire du Boisé Saint-Mathieu devient possible grâce à la décision de Maisons S. Turner de procéder à l'acquisition de huit lots dans la première phase. Or, ces terrains ceinturent le Prieuré Saint-Pie X et l'avenir de cette maison de retraite et de recueillement demeure en suspens. En conférence d'information hier après-midi, Damien Théberge, promoteur immobilier pour cette fraternité sacerdotale, mentionnait que l'immeuble serait sans doute démoli dès l'an prochain. L'abbé Dominique Boulet, responsable du site, demeure un peu plus nuancé sur cette question. «C'est une option qui se présente, mais ce n'est pas officiellement décidé», commente-t-il. «Maisons S. Turner a pris possession de la première phase, qui ne comprend pas le bâtiment. Pour le reste, ça nous appartient toujours et il reste des négociations à faire.» Le 5 février, le district du Canada de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X annonçait l'acquisition de l'ancien couvent des Soeurs de la Présentation de Marie, à Saint-Césaire. Or, il se pourrait bien qu'à moyen terme, la mission shawiniganaise déménage à cet endroit. Au Prieuré, il y a deux choses: une résidence pour les prêtres et le lieu de culte», explique l'abbé Boulet. «Le lieu de culte sera conservé. Est-ce que ce sera dans le bâtiment existant ou à un autre endroit, nous ne le savons pas encore. Mais un lieu de culte pour la Fraternité Saint-Pie X sera conservé à Shawinigan.» Ce mouvement catholique orthodoxe avait acquis ce bâtiment des Pères des missions étrangères en 1977. Depuis ce temps, le lieu sert de maison de retraite et de résidence pour des prêtres et une communauté religieuse. «C'est aussi un lieu de culte pour les gens de la région qui tiennent à avoir la messe traditionnelle en latin. Cette fonction sera certainement conservée. Pas question d'abandonner cela», martèle le responsable. L'abbé Boulet assure que le Prieuré Saint-Pie X n'a pas été invité à s'établir ailleurs en raison du potentiel de développement résidentiel de ce secteur. «Nous sommes tout à fait partie prenante à ce projet d'ensemble», assure-t-il. «Nous ne sommes pas du tout exclus. En fait, nous avons nous-mêmes suscité cette approche, grâce à des contacts. Notre terrain est très grand et nous n'en utilisions qu'une partie. Nous voulions trouver un moyen de le valoriser et ce développement en était un.» Le Prieuré Saint-Pie X héberge actuellement six résidents. L'immeuble peut également accueillir des retraites de 15 à 20 personnes. (GV)

[nouvelles-de-france.fr] Débat entre monseigneur Gaillot et l'abbé Laguérie

SOURCE - nouvelles-de-france.fr - 15 février 2011

[Frère Bruno Bonnet-Eymard - La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle] L'apothéose de l'Antichrist

SOURCE - Frère Bruno Bonnet-Eymard - La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle - février 2011

L’abbé de Nantes a porté plainte contre Jean-Paul II vivant de ce Pape, « plainte pour hérésie, schisme et scandale à l’encontre de notre frère dans la foi Karol Wojtyla ». Les motifs de cette plainte sont rassemblés dans un “Livre d’accusation” remis au Saint-Siège, le 13 mai 1983, adressé à « notre Saint Père le pape Jean-Paul II, par la grâce de Dieu et la loi de l’Église, juge souverain de tous les fidèles du Christ » Cette démarche était conforme aux canons 212, 221 et 1417 du code de Droit canonique. Cependant, l’autorité a toujours refusé d’examiner et même de recevoir cette accusation.
Évidemment, si elle était objectivement fausse, non fondée, ou indéfendable, la “ béatification ” de Jean-Paul II, annoncée pour le 1er mai 2011, mettrait fin au litige, indirectement.
Mais dans l’actuelle situation catastrophique de l’Église, où les faits et statistiques confirment chaque jour les prévisions et analyses présentées à Rome en 1983 comme le fruit à attendre des erreurs doctrinales reprochées à Jean-Paul II par l’abbé de Nantes, il n’est pas possible de considérer ladite béatification autrement que comme un abus de pouvoir, un coup de force médiatique, un fait divers monstre qui fera revivre, dans quelques semaines, « “ l’ambiance de l’époque Jean-Paul II ”, celle des immenses célébrations, des grandes foules populaires qui, de jubilés en béatifications, ont ponctué, durant vingt- cinq ans de pontificat, les week-ends de la Ville éternelle » (La Croix du lundi 17 janvier 2011), sans aucun bénéfice pour l’Église, partant, pour le salut des âmes.
« Dans la petite chapelle Saint-Sébastien, sur le bas-côté droit de la nef de la basilique Saint-Pierre de Rome, devant l’autel central, les ouvriers s’affairent. C’est que le temps passe : tout doit être prêt pour accueillir, dans quelques semaines, le corps du Pape polonais... » Comme naguère les ouvriers s’affairaient, place Rouge, à construire le mausolée de Lénine...
Notre-Seigneur nous a avertis : « Il surgira de faux Christs et de faux prophètes, qui produiront des signes impressionnants et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. » (Mt 24, 24-25) C’est pourquoi l’Église a toujours considéré l’examen doctrinal des écrits du “ serviteur de Dieu ” comme la première condition de validité de sa béatification. La reconnaissance d’un miracle n’intervient que pour confirmer le jugement sur la foi et les autres vertus. Or, l’examen des enseignements de Jean-Paul II – s’il a eu lieu ? – n’a pas tenu compte des accusations de l’abbé de Nantes, reprises à sa suite par nous, Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur, dans un mémoire adressé le 6 août 2005 au postulateur de la cause de Jean-Paul II, et resté sans réponse (Il est ressuscité n° 38, septembre 2005, p. 5-20).
Si nous avons tort, qu’on nous le dise haut et fort !
Le monde entier célèbre à l’envi « une béatification hors normes pour un Pape d’exception » (La Croix du 17 janvier). Hors des normes de la foi, nul ne peut plaire à Dieu. Comment déclarer « bienheureux » un homme qui n’avait pas la foi catholique ?
Car c’est bien l’intégrité de la foi catholique qui est en cause, gravement atteinte, et le péril de damnation pour les âmes est grand, terrifiant même,... pour les juges comme pour les parties en ce procès.
Comment un Pape jouissant d’une “ réputation de sainteté ” apparemment universelle, a-t-il pu laisser l’Église dans un état de « ruine » sans précédent ? Le scandale de la pédophilie en est le signe le plus voyant, ainsi que la crise de l’institut des Légionnaires du Christ, dont le fondateur, le Père Marcial Maciel bénéficia, jusqu’à la fin, de l’amitié et de la confiance du prétendu “ bienheureux ”.
Les causes de cette étonnante cécité se résument en une proposition simple : Jean-Paul II avait foi en l’homme. Il en est résulté un détournement de l’espérance chrétienne, dans son esprit et dans celui des foules qui l’acclamaient, au profit de l’utopie d’un monde nouveau ici-bas, provoquant un tragique refroidissement de la vertu de charité dans l’Église.
Un supérieur religieux a observé à Rome, à propos du Père Marcial Maciel : « Jamais on n’a vu un fondateur atteindre de tels sommets de perversion. Or, le charisme d’une congrégation repose toujours sur la personne même de son fondateur. Comment reconstruire sur des bases si perverties ? » (La Croix du lundi 4 janvier 2011).
On peut appliquer ces paroles à toute l’Église, « grande ville à moitié en ruine », réduite à cet état par le règne d’un quart de siècle d’un Pape novateur que l’abbé de Nantes a accusé de trahir le Christ et d’avoir fait de Rome le siège de l’Antichrist, sans recevoir jamais le moindre démenti de l’autorité, ni la réfutation d’aucun théologien.
Le culte de l'Homme
À tout propos, Jean-Paul II n’a cessé de publier sa « foi en l’homme » au point de le substituer à Jésus-Christ. Par exemple, en commentant la réponse de Jésus à Pilate :
« Oui, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Il commente : « Le Christ est roi en ce sens qu’en lui, dans son témoignage rendu à la vérité, se manifeste la “ royauté ” de chaque être humain, expression du caractère transcendant de la personne. C’est cela l’héritage propre de l’Église. » (N’ayez pas peur, Dialogue avec André Frossard, 1982, p. 225)
Nous disons : c’est cela la revendication propre de l’Antichrist. Car cette affirmation contredit formellement la foi catholique selon laquelle la vérité à laquelle rend témoignage Notre-Seigneur Jésus-Christ concerne Dieu son Père et Lui-même dans son unique, sacrée, inviolable et inaccessible Sainteté, autrement dit sa “ transcendance ” de Fils de Dieu, unique Roi de l’univers et Sauveur de tous les hommes.
À la deuxième Personne de la Sainte Trinité, le Fils de Dieu fait homme, objet de notre foi, Jean-Paul II substitue la personne humaine, sa dignité transcendante, sa royauté. C’est un thème constant de la pensée de Karol Wojtyla. Il dépouillait déjà Notre-Seigneur Jésus-Christ de sa royauté dans la retraite prêchée devant Paul VI en 1976 : « La fonction royale de Jésus, ce n’est pas d’abord d’exercer l’autorité sur les autres, mais de révéler la royauté de l’homme. Cette royauté est inscrite dans la nature humaine, dans la structure de la personne. » (Le signe de contradiction, p. 176)
Faire ainsi de tout homme un roi, conduit à méconnaître la relation d’amour et de grâce que le Christ veut nouer avec chaque personne humaine en l’appelant à entrer dans l’Église catholique. Selon Jean-Paul II, Jésus n’a plus à conquérir les âmes une à une, chacune par sa vocation particulière, parce que « par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme ». En citant continuellement cette proposition du concile Vatican II (Gaudium et spes 22, 2), par exemple dans l’encyclique Redemptor hominis, le Pape se citait lui-même, cette affirmation ayant été introduite dans le schéma conciliaire par Karol Wojtyla, alors archevêque de Cracovie.
On chercherait en vain le fondement d’une telle doctrine dans la sainte Écriture ou dans les Pères de l’Église ! L’absence de toute condition à l’union de tous au Christ conduit à l’affirmer comme donnée à tous, sans distinction de religion.
Dans Redemptor hominis, Jean-Paul II a bien tenté de donner un fondement scripturaire à cette affirmation, qui est le noyau dur de cette encyclique, en rappelant « l’expression incisive de saint Jean dans le prologue de son Évangile » selon laquelle « “ le Verbe a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ” ». À qui ? À tout homme, du seul fait de l’Incarnation, répète le Pape à quatre reprises, au prix d’une falsification du texte inspiré ! En effet, la citation complète de saint Jean est la suivante : « À tous ceux qui le reçurent, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom. » (Jn 1, 12) C’est-à-dire à ceux qui croient à son être intime, à son origine, à sa mission à « Lui qui ne fut engendré ni des sangs, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 12)
Jean-Paul II confond la nature et la grâce, la vie humaine et la vie divine, l’une étant « en quelque sorte » présente à l’autre, selon lui, en tous et pour toujours, comme il l’affirme sans équivoque au numéro 14 de l’encyclique : « Le Christ est en quelque sorte uni à l’homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n’en est pas conscient. »
Cette naturalisation du surnaturel a dominé tout le pontificat de Jean-Paul II. Elle l’a conduit à organiser la rencontre interreligieuse universelle de prière, de jeûne et de marche silencieuse pour la paix mondiale, du 27 octobre 1986, à Assise.
Le pape Benoît XVI s’apprête à célébrer le vingt-cinquième anniversaire de cet événement en se rendant lui-même, en octobre prochain, « en pèlerinage dans la cité de saint François, en invitant à s’unir à ce chemin nos frères chrétiens des différentes confessions, les représentants des traditions religieuses du monde (sic !) et, idéalement, tous les hommes de bonne volonté, dans le dessein de faire mémoire de ce geste historique voulu par mon prédécesseur, et de renouveler solennellement l’engagement des croyants de toute religion à vivre leur foi religieuse comme un service de la cause de la paix. Qui est en marche vers Dieu ne peut pas ne pas transmettre la paix, qui construit la paix ne peut pas ne pas se rapprocher de Dieu. » (Angélus du samedi 1er janvier 2011)
Ces propos ne sont qu’une reprise de ceux de Jean-Paul II que l’abbé de Nantes jugeait « faux, injurieux à Dieu unique, vivant et vrai dont il n’est pas permis de se moquer pareillement ! à son Christ, Jésus, le Jésus de l’histoire et de l’Église, crucifié par les juifs, rejeté par les musulmans, méprisé par les bouddhistes, ignoré par les païens ! et à leur Esprit-Saint, Esprit de pure Vérité et d’Amour, d’amour fraternel et de pardon conservé dans et par la seule Chrétienté, n’en déplaise aux rêveurs mondialistes.
« Mais tout cela est aussi méchant et malfaisant pour les millions d’âmes, dont des multitudes ont mérité secrètement par leur foi et leur charité de devenir les temples du Saint-Esprit et les membres invisibles du Corps mystique du Christ, parce que tant d’éloges mensongers de la prière talmudique, ou islamique, ou shintoïste, et du yoga, ou du zen, ou par le calumet de la paix au grand Manitou, ou au ligam adoré (je parle hindi par respect pour mes lectrices), ou au Serpent, ou au Soleil et au Feu... tant de compliments mensongers aux représentants, conscients et informés, de toutes les fausses religions du monde, travaillent contre la prédication libératrice de l’Évangile qui serait le salut de centaines de millions d’êtres et la sanctification heureuse de milliers d’entre eux, déjà justifiés et avides des splendeurs de l’Eucharistie, du culte de la Vierge et des saints et de tous les trésors qu’ils ignorent de la révélation divine, des sacrements de l’Église, de l’ordre et des vertus de la Chrétienté !
« Quel coupable ! quel misérable ! quel complice de Satan qu’un pape qui parle en mondiovision un langage si faux, véritablement trompeur et antichrist ! » (CRC n° 230, février 1987, p. 10)
frère Bruno de Jésus.

13 février 2011

[summorum-pontificum.fr] Petit regard sur le séminaire de Courtalain

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 13 février 2011

Dix jeunes gens ont pris la soutane le 2 février dernier au séminaire de Courtalain de l’Institut du Bon-Pasteur. Le supérieur de ce séminaire est l’abbé Roch Perrel et celui de l’IBP est bien sûr l’abbé Philippe Laguérie. On trouve sur le site du séminaire de belles photographies de cette cérémonie.

L’abbé Roch Perrel est le fil du docteur Perrel, bien connu pour son engagement en faveur de la vie. Il est né en 1970, en  Mayenne. Il entre en 1992 au Séminaire de Flavigny de la Fraternité Saint-Pie X. Ordonné prêtre à Ecône en 1999,  il est envoyé  immédiatement à l’école Saint-Michel. Il passe ensuite deux ans d’apostolat avec l’abbé Aulagnier à Gravus, près de Caen. De 2002 à 2006, il est vicaire au prieuré de la FSSPX à Marseille et dessert pendant ce temps la Chapelle des Pénitents noirs d’Avignon. Le 27 Septembre 2006, il rejoint l’Institut du Bon-Pasteur, et est nommé directeur de l’École Saint-Projet et vicaire de la paroisse Saint-Eloi à Bordeaux. Après un séjour de presque un an en Amérique du Sud, il rentre en France, comme professeur au Séminaire, dont il a été ensuite nommé recteur, en juin 2009. Il également professeur d’Introduction à l’Écriture Sainte, Spiritualité et Liturgie.

Le vice-recteur du séminaire est l’abbé Leszek Krolikowski. Polonais, il est né à Gdansk, en 1973. Après trois ans de droit, il entre en 1995 au séminaire de Zaitzkofen de la Fraternité Saint-Pie X. Ordonné prêtre en 2001, il exerce son ministère en Pologne pendant un an. Il est ensuite envoyé en Picardie, en France pendant quatre ans. Durant cette période, il obtient une licence en Philosophie  à la Sorbonne. Ayant rejoint l’Institut du Bon-Pasteur en 2006, il obtient sa Licence Canonique à l’Université Pontificale Saint Thomas d’Aquin in Urbe – l’Angelicum, à Rome. Il est envoyé en 2007 au Séminaire de Courtalain, dont il a pris la charge de vice recteur en juin 2009. Il prépare actuellement son doctorat en philosophie morale à Rome, sous la direction du P. Charles Morerod, sur le thème :  « Final causality and its influence on ethical systems of Thomas Aquinas and William Ockham »

12 février 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Un film remarquable

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 12 février 2011

On comprend facilement pourquoi le film français récemment sorti, « Des Dieux et des Hommes », a remporté l'année dernière le Premier Prix au prestigieux Festival du Film à Cannes en France. Il recrée des événements réels de 1996, les derniers mois dans la vie d'un monastère cistercien en Algérie post-coloniale, d'où les huit moines ont finalement été enlevés et tués par des assassins inconnus. Le film est très bien dirigé, joué et photographié. D'un intérêt particulier pour les catholiques de la Tradition seront la religion et - d'un point de vue religieux - la politique, telles que le film les présente.

Avant tout on est frappé  par le vrai sens de la religion dont le film fait preuve, étant donné qu'il s'agit de la religion Conciliaire. Quant à la doctrine, il y a par exemple des moments œcuméniques d'un respect excessif accordé au Coran, et quant à la liturgie, les paroles et la musique chantées dans l'église austère mais noble du monastère sont typiques de l'homme moderne, donc subjectives et sentimentales. N'empêche, les scènes fréquentes qui présentent les moines en prière dans le chœur sont si authentiquement religieuses que l'on se demande comment notre époque sécularisée en a été capable. On se dit, voici la raison d'être d'un monastère !

Que dire?  Quant au directeur et aux acteurs du film, il faut dire que tout comme les Britanniques d'aujourd'hui savent présenter de façon tout à fait convaincante l'époque de la Reine Victoria, parce que l'Empire britannique est encore assez proche dans leur histoire pour couler encore dans leurs veines, de même les acteurs français du film doivent faire des moines si convaincants parce que le monasticisme catholique forme une partie si importante de leur héritage pas encore trop lointain. Mais avant tout il faut se rappeler ce que dit Notre Seigneur, à savoir que c'est le cœur de l'homme qui compte (Mt. XV, 18,19). En matière de religion, ce qui est de loin le mieux, c'est la Tradition qui sort du cœur, mais ce film nous rappelle à nous autres Traditionalistes que Dieu peut bien préférer un Conciliarisme sortant du cœur à un Traditionalisme qui serait sans cœur.

Quant à la politique présentée par le film, elle est d'un intérêt particulier en ces moments où une vague révolutionnaire passe par plusieurs pays arabes. Comme il en a été dans la réalité sans doute, les moines dans le film sont pris politiquement entre le marteau et l'enclume. D'un côté leur vie non-islamique est évidemment menacée par les musulmans rebelles qui éliminent tout obstacle qui entrave la montée au pouvoir politique de l'Islam en Algérie. De l'autre côté le gouvernement de l'Algérie post-coloniale n'aime pas du tout que les moines viennent en aide aux rebelles en soignant par exemple leurs blessés, même si c'est une des œuvres corporelles de la miséricorde voulues par l'Eglise, et il invite les moines à quitter le pays. Encore aujourd'hui certains pensent que c'est le gouvernement qui a exécuté les moines. Dieu sait.

Que dire ?  Certes le Catholicisme du cœur est nettement supérieur à l'Islam du cœur, qui n'est qu'une secte anti-chrétienne, simpliste et brutale. Mais pour peu que l'on vide le catholicisme de son cœur, comme le fit Vatican II, en sorte que dans la vie réelle, partout dans le monde, les moines et prêtres catholiques sont aptes à prêter aux révolutionnaires anti-catholiques un soutien pas seulement médical mais aussi moral - Mgr Lefebvre ne disait-il pas que les prêtres modernistes font les pires des révolutionnaires ? - est-il surprenant si n'importe quel gouvernement établi tient tête aux efforts des prêtres conciliaires de subvertir l'ordre public ?  L'Islam ne monte que parce que l'Eglise catholique est toujours en chute.

Combien de choses dépendent du petit reste d'âmes qui tiennent à la Tradition catholique !

Kyrie eleison.

11 février 2011

[Golias] Retour à Saint Pie V

SOURCE - Romano Libero - Golias - 11 février 2011

Bien que très conservateur sur la doctrine et encore plus sur les moeurs, l’épiscopat espagnol, prompt à partir en croisade contre le chef du gouvernement, José Luis Zapatero, a très peu pratiqué la célébration de la messe selon les anciens livres liturgiques. Même si l’ancien archevêque de Tolède, le cardinal Antonio Canizarès Llovera, actuel préfet de la congrégation pour la liturgie, est très favorable à ce courant et à ce retour en arrière.

L’archevêque de Saragosse, un prélat très conservateur, solide théologien au demeurant, Mgr Manuel Urena Pastor, en rupture par rapport à la ligne plus centriste sinon libérale de son prédécesseur, Mgr Yanès, a cependant célébré la messe dans la forme traditionnelle du rite romain. La cérémonie s’est déroulée le 15 janvier dernier. Il s’agissait d’une messe de requiem old style. C’est le site The New Liturgical Movement qui en donne l’annonce. Il s’agit d’une première qui a cependant valeur de précédent.

Commentant l’information, le site "Summorum pontificum observatus" rappelle qu’au moment de la réforme liturgique - et ce malgré certains cardinaux favorables à cette dernière comme le cardinaux Arturo Tabera - on avait pu constater une forte résistance du clergé. Ainsi, Mgr Josemaria Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, avait même obtenu du Pape le droit de ne jamais utilisé le nouveau missel. Un congrès de prêtres s’était même tenu à Madrid les 10-11 et 12 février 1970 pour faire face à « l’auto-démolition de l’Église ». Par la suite, la réforme fut adoptée, y compris par les plus conservateurs. Qui quelquefois se montraient même étonnement intransigeants dans le refus de concéder des célébrations à l’ancienne. Une constante, par exemple, chez le cardinal Suquia, archevêque de Santiago de Compostelle puis de Madrid par ailleurs peu suspect de progressisme. Il est vrai par ailleurs que le style des liturgies espagnols (vêtements, décorum..) est parfois moins éloigné des célébrations d’antan qu’en France.

En tout cas, Mgr Urena Pastor ouvre une brèche. D’autres vont s’y engouffrer.

[summorum-pontificum.fr] La Réforme de la Réforme n’est pas gagnée

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 11 février 2011

Lors du premier dimanche de l’Avent 2011 entrera en application dans les pays de langue anglaise une nouvelle traduction du missel de Paul VI, dit de la forme ordinaire. Cette nouvelle traduction a mis plusieurs années avant de voir le jour, à cause des méthodes de travail utilisées et du consensus recherché.

Pourquoi une nouvelle traduction ? Ce problème est inhérent à l’utilisation des langues vulgaires dans la liturgie. Ces langues évoluent très vite. Mais dans le cas présent, il fallait aussi répondre à une grande distorsion entre l’original latin et sa traduction en langue anglaise, distorsion qui avait eu pour effet un manque de précision doctrinale important. L’exemple le plus courant – mais non le seul – est la traduction du « pro multis » de la liturgie (concernant les effets de la mort de Jésus). Jusqu’ici ce « pro multis » était traduit «  pour tous » alors que la nouvelle traduction le traduit par « pour beaucoup », plus conforme à la doctrine de l’Église.

Mais les choses ne vont pas si simplement ! L’ACP – association of catholic priests –, une association irlandaise, vient d’émettre plusieurs critiques contre la nouvelle traduction et demande officiellement aux évêques du pays de ne pas la mettre en application pendant une durée de cinq ans, le temps de la revoir. Le principal reproche qui lui est faite est que cette nouvelle traduction sert de trop près l’original latin, débouchant sur un anglais trop éloigné de l’anglais quotidien et rendant donc, selon les responsables de l’association, la compréhension par les fidèles trop difficile.

À cette inadaptation, les responsables de l’ACP ajoute notamment un motif théologique, à savoir qu’en traduisant le « pro multis » par « pour beaucoup » et non « pour tous », la nouvelle traduction laisse dans le doute la certitude de l’étendue des effets de la mort du Christ. À ce titre, l’ACP reproche à ce texte d’être moins œcuménique que son prédécesseur, d’aller contre les femmes par l’utilisation du masculin et contre les prêtres qui n’ont pas été consultés. Précisons que la nouvelle traduction a été approuvé par Rome. Dans le détail des revendications de cette association, on note qu’elle demande que l’on s’inspire de l’attitude des évêques allemands qui avaient décidé de refuser la bonne traduction imposée par Rome.

Comme on le voit, la mise en place d’une réforme de la réforme, au plan très banal des traductions, rencontre une opposition. Elle montre la dérive doctrinale générée par des années d’utilisation de la forme ordinaire dans une mauvaise traduction. Elle démontre la nécessité absolue de recourir à la certitude doctrinale de l’usus antiquior et conduit à proposer d’éviter les traductions officielles dans la liturgie en recourant au latin, langue de l’Église, après tout, comme le rappelle un certain concile Vatican II…