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19 décembre 2011

[Vini Ganimara - Riposte Catholique] Mgr Ocariz, les discussions entre Rome et Ecône, et les rites chinois

SOURCE - Vini Ganimara - Riposte Catholique - 19 décembre 2011

Mon confrère Christophe Saint-Placide a piqué une rouge colère (voir ici) à propos d’une opinion théologique particulière qui risque de faire capoter le processus de reconnaissance de la FSSPX. Cette opinion prétend qu’une doctrine du magistère non infaillible, dit communément « authentique », soit tout de même indiscutable sur le fond, parce que forcément conforme au magistère antérieur.

Cette opinion, qui étoufferait toute liberté intellectuelle théologique, si les théologiens s’inquiétaient aujourd’hui un tant soit peu de ce qu’on dit à Rome, a été défendue avec le plus grand sérieux dans un article de L’Osservatore Romano, du 1er décembre dernier, par le non moins sérieux Mgr Fernando Ocariz (dont nous avions fait le portrait ici). Avec une petite idée derrière la tête : que cette opinion théologique serve subrepticement de clé de lecture au Préambule doctrinal présenté le 14 septembre dernier à Mgr Fellay par le cardinal Levada.

En résumé, selon l’opinion Ocariz, le Décret sur l’œcuménisme, non infaillible, serait forcément conforme à l’encyclique Mortalium animos, même s’il paraît dire le contraire.

Je voudrais rappeler à Mgr Ocariz la fameuse « querelle des rites chinois », qui a opposé les jésuites et les Missions Étrangères de Paris, au XVIIe siècle et XVIIIe siècle. Les « intégristes » de l’époque (dominicains et MEP) se plaignaient de ce que les jésuites permettaient notamment à leurs convertis chinois de conserver leurs rites de vénération des ancêtres et de Confucius. Les jésuites « progressistes » (le plus célèbre sera le P. Ricci) étaient pour la permission des rites chinois. Les « intégristes » des MEP contre.

En 1645, le pape Innocent X condamne cet « œcuménisme » avant la lettre et déclare ces cérémonies superstitieuses et idolâtriques.

En 1656, Alexandre VII, en quelque sorte prédécesseur de Vatican II, dit qu’on peut les pratiquer et les considérer comme des coutumes civiles inoffensives.

En 1669, Clément IX condamne Vatican II (pardon, je voulais dire les rites chinois !). Ce que confirme Clément XI (1704).

Mais Benoît XIII réhabilite les rites chinois (1721). Ce que révoque Benoît XIV (1742).

(Pour en finir, en 1939, la querelle étant depuis longtemps éteinte, la diplomatie vaticane demandera au gouvernement de Mandchoukouo, d’assurer le Saint-Siège du caractère civil des rites, ce que le gouvernement fit très obligeamment et qui permettra de relâcher l’interdiction).

D’où ma question à Mgr Ocariz : qu’est-ce qui était infaillible : la condamnation de 1645 (et celles qui l’ont confirmée), ou la permission de 1656 (et celles qui l’ont suivie) ? Je parie que Fernando Ocariz me répondra que la permission était en parfaite continuité avec la condamnation. Farceur, aurait dit Bernanos !

[Christophe Saint-Placide] Au Barroux, on n’arrête plus le progrès…

SOURCE - Christophe Saint-Placide - 19 décembre 2011

La célèbre abbaye Sainte-Madeleine, fondée par dom Gérard, dont le successeur est le Père Louis-Marie, propose désormais une nouvelle application Iphone. Jusqu’ici rien de vraiment nouveau puisque c’était déjà le cas. Non, la nouveauté se trouve ailleurs, dans le fait que désormais on pourra suivre en direct certains offices depuis son téléphone ou son ordinateur. La technologie mise au service du chant grégorien et de l’office bénédictin traditionnel ! Sur le site, les moines présentent leur innovation ainsi :
Les moines du Barroux vous proposent de suivre les offices liturgiques en direct, chantés intégralement en grégorien dans la Forme extraordinaire du rite romain. Cette initiative a reçu les encouragements de Monseigneur Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon.
Quatre fois par jour, sur votre iPhone dans l’application Barroux, ou sur votre ordinateur, vous pourrez vous unir à la grande prière liturgique de l’Église.
Offices retransmis en direct :

• Prime : 7 h 45 ou 8 h 00.
• Sexte : 12 h 15 tous les jours.
• Vêpres : 17 h 30 tous les jours.
• Complies : 19 h 45 tous les jours.
On ne peut évidemment que saluer cette initiative, même s’il nous aurait paru plus intéressant de mettre à disposition des fidèles une application proposant le bréviaire monastique de 1963 avec les textes en latin et français. Il existe certes l’application I-Mass qui propose, outre le texte de la messe du jour, plusieurs options pour le bréviaire (romain ou monastique) mais en langue anglaise ou en hongrois. Même chose pour l’application Breviarium Meum des Franciscains de l’Immaculée qui propose le bréviaire romain (non monastique donc) mais également en latin/anglais ou en latin/hongrois.

Il n’existe aucune application française, à notre connaissance, proposant le bréviaire romain ou monastique. Au risque de paraître trop injustement critique, nous aurions aimé que Le Barroux procède ainsi car il ne sera pas toujours aisé d’entendre en direct les offices alors qu’il est plus facile de trouver un moment pour dire le bréviaire à partir de son Iphone.

Mais soyons juste, les bénédictins du Barroux ont prévu la nécessité des textes et renvoient pour cela sur leurs éditions :
Livres pour suivre les offices : Deux choix vous sont proposés.
• Livrets latin-français contenant l’essentiel des offices : psaumes, antiennes et hymnes des divers temps liturgiques.
• Diurnal monastique contenant l’intégralité de l’office bénédictin latin-français pour le jour (de Laudes à Complies), selon le bréviaire monastique de 1963, avec toutes les fêtes du Temporal comme du Sanctoral :

[CMdelaRocca - le Forum Catholique] La FSSPX et les prêtres diocésains amis

SOURCE - CMdelaRocca - le Forum Catholique - 19 décembre 2011
Les exemples de l'Italie et de l'Allemagne :

Les rencontres entre prêtres de la Fraternité et prêtres diocésains amis sont l'occasion de nouer des liens plus étroits et de développer des amitiés plus fortes, au service de la Tradition.
Ainsi, en novembre s'est tenu au prieuré d'Albano une réunion entre prêtres de la Fraternité et de nombreux prêtres amis. Le premier jour, le supérieur de district Don Davide Pagliarini a disserté sur le concept de "tradition vivante" thème choisi pour cette rencontre, réunion qui s'est terminée par une messe solennelle à la chapelle.
L'après-midi le professeur Dott. Mario Palmaro, à propos de son ouvrage commun avec Alessandro Gnocchi: La belle endormie, a montré combien a été néfaste pour l'Eglise l'abandon du latin et de la prédication apologétique...
Le lendemain, don Pierpaolo Petrucci a centré sa conférence spirituelle sur la foi qui anime le prêtre et sa vie de prière, âme de son apostolat, conforté ensuite par l'intervention de don Emmanuel Du Chalard au travers d'un examen critique de nouveau Code de Droit canon.
Là encore, la Sainte Messe solennelle a clôturé la matinée.(source fsspx.it)

En Allemagne, une semblable rencontre a été organisée avec les prêtres diocésains: 17 étaient présents à cette invitation au séminaire de Zaitzkofen, en Bavière. Le thème de la rencontre: le Bréviaire romain... Le père François Berthod, le père Matteo Verde, enseignants au séminaire, ont expliqué le rôle et le sens de la prière du Bréviaire, alors que le père Franz Schmidberger a parlé plutôt des rapports entre Rome et la Fraternité et de son apostolat en Allemagne.

"L'atmosphère était très agréable et relax" a déclaré le père Robert Schmidt, prêtre de la Fraternité chargé des relations avec le clergé ami. "Je crois que tous les participants sont rentrès chez eux non seulement avec des liens plus resserrés entre eux, mais plus encore avec une détermination plus forte d'avancer sur le chemin de la Tradition." (source: Piusbruderschaft Sankt Pius X)

[Côme de Prévigny - Nouvelles de France] Après l’automne catholique, l’hiver laïc ?

SOURCE - Côme de Prévigny - Nouvelles de France - 19 décembre 2011

Au cours de l’automne, un grand débat national a été ouvert en France : quelle place publique, les catholiques doivent-ils occuper dans la société, notamment dans la culture ? Ce débat était nécessaire tant le long endormissement des élites chrétiennes devenait flagrant, aux dires mêmes de leurs détracteurs. Et ce ne sont pas les fleurs, ni le baiser d’un prince charmant qui ont provoqué ce providentiel réveil, mais le courage des jeunes générations qui ont tout simplement contraint et forcé leurs aînés à s’exprimer. Si elles ne s’étaient pas courageusement agenouillées devant les théâtres, nul n’aurait dialogué au sein de la société. Si elles n’avaient pas pacifiquement brandi une banderole sur scène, le débat national aurait une fois de plus été ajourné.
Bilan d’un automne
Qu’est-ce qui a donc tant marqué l’esprit des Français ? Le contenu de spectacles nauséabonds ? Bien sûr que non. Ce sont les 59 rassemblements devant les théâtres, où, au final, des dizaines de milliers de chrétiens se sont relayés pour témoigner de leur foi. Si, lors des premiers rendez-vous, les autorités civiles déboussolées ont fait embarquer dans des fourgons des centaines de jeunes catholiques, prêtant ainsi le flanc à une critique qui pouvait alors qualifier de violentes ces foules priantes, ces mêmes autorités ont été contraintes de laisser le spectacle initial se manifester : celui de la prière et de la sérénité. Les esprits honnêtes l’auront-ils remarqué ?

Pendant ce temps, alors que les cardinaux et évêques espagnols manifestent dans les rues de Madrid, suivis par des millions de catholiques ibériques pour défendre la vie, un journaliste de Canal Plus se confiait à un confrère sur l’idée qu’il se faisait de la hiérarchie de l’Église de notre pays : « Avec la Conférence des évêques de France, on a l’impression d’avoir affaire à des technocrates de la religion, à des ENArques de la foi qui ne croient pas ce qu’ils affirment ». La réaction courageuse des titulaires des sièges de Vannes, Fréjus-Toulon, Bayonne, du Puy-en-Velay et d’Avignon en ressort, par comparaison, d’autant plus louable et honorable.

Ce qui a également marqué les esprits des Français, ce sont aussi nos interventions, au cours d’une cinquantaine d’émissions télévisées et radiophoniques que nous nous sommes partagés, sans compter les entretiens dans les journaux. Nous allions au bureau ou nous en ressortions, avec nos blouses de travail respectives. Les micros qu’on nous tendait paraissaient destinés aux représentants légitimes du catholicisme qui les abandonnaient au profit d’un laisser-faire, d’un laisser dire. En conscience, il nous a paru que nous ne pouvions pas déserter le Calvaire, et laisser conspuer nos saints mystères. Je peux le dire : à chaque fois, les journalistes sont tombés des nues en nous voyant. Nous n’avions ni blousons de cuir, ni barres de fer. Lors du rendez-vous à Radio Notre-Dame, l’un des responsables de l’antenne a d’ailleurs commis un sérieux impair en mettant en garde avant l’émission sa collègue, sans s’apercevoir que nous étions déjà devant lui, incapable de considérer que derrière nos mines, nous n’étions pas les dangereux activistes qu’il redoutait tant.
La famille État doit protéger ses enfants
Mais les feux des médias ne sont pas une fin en soi. Dans des situations critiques, il nous a même paru prudent de renoncer à certaines propositions excentriques. Dès lors, il nous faut continuer à défendre l’autel et la croix, seuls objets de notre engagement et de nos choix. Dans les siècles passés, les papes n’hésitaient pas à décerner aux plus valeureux souverains, protecteurs de la croix, le titre de « défenseur de la foi », signe qu’elle a bel et bien besoin que nous soyons ses défenseurs fermes et fervents contre les attaques répétées à son encontre depuis deux mille ans.

Ceux qui se sont autoproclamés les leaders du christianisme en France n’ont pas apprécié – et on le comprend aisément – la fulgurante ascension de Civitas. Christine Boutin qui croit pouvoir recueillir les voix chrétiennes a pris le wagon de la critique médiatique pour caricaturer le jeune institut. Et les journalistes catholiques eux-mêmes, à l’instar d’Isabelle de Gaulmyn, de La Croix, n’ont fait qu’exprimer une aigre animosité à l’endroit de ce mouvement pour eux trop encombrant. Plus intéressante – et ce n’est pas la première fois – est l’analyse de Jean-Marie Guénois. Reconnaissant les bienfaits du mouvement, il exprime cependant une circonspection à l’égard de ce qui n’est à ses yeux qu’un feu de paille : Civitas. « Son audience n’existe et n’existera que par rapport à l’objet de ses protestations, ces spectacles ou d’autres scandales à venir. Et non par ses propositions totalement irrecevables dans le cadre de la laïcité française et formellement rejetées par l’Eglise catholique. »

Ce qu’il dénonce, disons-le tout nettement, c’est le fait que Civitas s’engage à restaurer une France chrétienne. Idéaliste voie pour un grand nombre de nos compatriotes qui ont déserté les champs de la catholicité au profit de ceux de la réconfortante laïcité. L’anticléricalisme a exilé la religion dans les sacristies où leurs affectataires semblent s’en satisfaire. Les accommodements consentis avec le monde ne peuvent plus, à leurs yeux, nous permettre de redemander qu’on pende le crucifix dans les écoles ou que l’on quémande à nos députés d’invoquer publiquement le nom de Dieu. En France, on ne peut chanter : Dieu sauve le président ! On ne peut graver sur nos pièces et imprimer sur nos billets : In God We Trust…

Ces esprits oublient que le Christ a dit à Pilate que toute autorité venait de Dieu. L’État est une société naturelle, créée par lui, au même titre que la famille. Un chef, comme un père, doit considérer le bien de ses protégés, non pas en contraignant par la force, mais en garantissant un maximum de chances à ceux qui lui sont confiés. S’il pense devoir appliquer pour principe objectif la liberté religieuse, comprise comme la licence de toutes les fantaisies mystiques, alors il faut aussi que le père pratique sa religion en privé, qu’il n’impose aucun sacrement à ses enfants, qu’il n’expose aucun crucifix dans les chambrées et qu’il maintienne en toute discussion la neutralité. Pourquoi ce qui est applicable à la petite famille, celle qui nous tient par le sang, ne serait pas applicable à la grande, celle qui nous tient par la nationalité ? Toutes deux ne sont-elles pas régies par le bien commun ?
La sécularisation, lit de l’antichristianisme
Dimanche dernier, le cardinal Raymond Burke, préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique, envisageait en toute lucidité le temps où, l’Église catholique « alors même qu’elle dispensera son propre enseignement » sera accusée « d’engager une action illégale, par exemple en prêchant sur la sexualité humaine. Si les catholiques ne se lèvent pas pour la morale naturelle, la sécularisation aura raison d’elle et elle nous détruira ».

Beaucoup de nos contemporains, y compris des catholiques, voient dans la laïcité, un équilibre idéal et stable, au sein duquel les options philosophiques peuvent vivre en pleine harmonie. Ils ne voient pas que, depuis cent ans, cet état de laïcisme fait sombrer nos églises du soutien à l’abandon, fait détruire notre enseignement de l’entretien vers la destruction. Ils ne voient plus que cette sécularisation fait le lit de l’antichristianisme, qui invite désormais les « laïques » comme ils s’appellent, à singer nos rites les plus sacrés et à anticiper, dans tous les pays où les chrétiens sont en minorité, ce qui est l’antichambre de la persécution.

Aujourd’hui, il est permis de s’en prendre au Christ dans l’art subventionné. Et il y aura toujours des esprits qui considéreront que sainte Véronique, parce ce qu’elle s’est approchée témérairement du Christ montant vers le Golgotha, a fait preuve de provocation. Ils n’auront de cesse d’appeler les premiers Chrétiens dévorés par les lions à plus d’esprit d’échange, en les invitant à dialoguer avec le prêteur romain plutôt qu’à véhiculer une image du christianisme qui pourrait faire peur. Mais leur invitation, loin d’ouvrir un débat national, ne se soldera que par un marché de dupes où le témoignage de la Foi sera étouffé. Ces esprits-là ne sont hélas pas de ceux qui passent à la postérité.

Alors, combien même nous serions incompris et considérés comme des extra-terrestres, nous maintiendrons les principes qui consistent à affirmer que Dieu est auteur de toute société naturelle et, n’en déplaise à ceux qui ont peur de l’image véhiculée, nous maintiendrons le droit de Dieu à régner sur les sociétés comme sur les familles. Que les esprits n’aient crainte, la Grande Bretagne, avec tous ses défauts, est séculairement et officiellement anglicane sans que l’obscurantisme ait pour autant envahi l’esprit de nos meilleurs ennemis !

Ceci étant dit, nous persévéreront dans nos exigences à l’égard des autorités civiles, en veillant à ce qu’elles ne se méprennent pas, de manière très concrète, sur leur finalité. Les fêtes chrétiennes, la défense de la vie, la nature du mariage, la sanctification du dimanche, l’enseignement libre sont des réalités qui seraient protégés par un État soucieux de proclamer le fait objectif de l’existence de Dieu, mais qui sont dénaturées par un État sombrant dans le nihilisme. Malgré ce nihilisme dont certains de nos frères croient pouvoir s’accommoder, nous continuerons à défendre ces héritages que nous ont confiés nos pères et qui ne doivent pas disparaître à cause d’un lâche silence ou d’une hypocrite complaisance. Autant dire que nous ne nous satisferons pas d’un hiver ni d’un printemps purement laïcs.

Côme Prévigny est agrégé de l’Université et membre de l’Institut Civitas.

18 décembre 2011

[Abbé Karl Stehlin, fsspx - Missions] "... 7 étudiants au séminaire de Zaitzkofen, un séminariste à Ecône, et 2 pré-séminaristes à Varsovie..."

SOURCE - Abbé Karl Stehlin, fsspx - Missions - 18 décembre 2011

(Varsovie, l 8 décembre 2011) Chers amis,
 
Pour la suite des travaux dans nos écoles de Varsovie, nos caisses sont affreusement vides, et j’ose demander humblement votre généreux secours. Il s’agit vraiment du salut de nombreux enfants et de l’avenir de la Tradition en Pologne.
 
Dans ces écoles trois de nos prêtres et un frère donnent des cours de catéchisme et s’occupent de la discipline et du bien spirituel des enfants. 
 
Le 15 août a été fondé le quatrième prieuré dans les pays de l’Est à Bajerze en Pologne: c’est notre maison de retraite, où nos prêchons régulièrement les exercices de Saint Ignace et les retraites montfortaines. Il y a encore beaucoup à faire pour le mettre en état de plein fonctionnement. Les deux prêtres sur place s’occupent de quatre chapelles, dont la chapelle de Saint Joseph nouvellement ouverte à Poznan.
 
Le prieuré de Lituanie dispose de 3 prêtres qui s’occupent des pays baltes, de la Biélorussie et de la Russie. Nous nous efforçons également de développer l’apostolat en Estonie et Lettonie. Mais il manque effroyablement des prêtres et des moyens financiers. Concernant les vocations, nous nous réjouissons d’avoir actuellement 7 étudiants au séminaire de Zaitzkofen, un séminariste à Ecône, et 2 pré-séminaristes à Varsovie. 
 
En Ukraine, nos amis de la Fraternité Saint-Josaphat tiennent bien le cap. Mgr Tissier de Mallerais a procédé en avril dernier aux ordinations de 2 prêtres et de 2 diacres. Ces derniers seront ordonnés prêtres en février prochain par Mgr Fellay, Supérieur majeur de cette Fraternité qui compte maintenant plus de 20 prêtres, 15 séminaristes, 15 soeurs et environs 20 000 fidèles. 
 
Pour conclure, un mot au sujet de la Militia Immaculatae de saint Maximilien Kolbe, qui connait un développement extraordinaire aux Etats- Unis, mais aussi dans son «pays natal, la Pologne.
 
Je pose toutes ses intentions à vos pieds en sollicitant bien humblement votre soutien généreux dans ces temps toujours plus difficiles. Que l’Immaculée elle-même remplisse vos coeurs avec un grand zèle pour les âmes et une grande générosité missionnaire. 
 
En ce temps d’Avent dirigeons notre regard vers les « collines éternelles », vers le temple saint de Dieu qui est l’Immaculée, afin qu’elle nous introduise dans « l’unique nécessaire » : la gloire de Dieu et le salut des âmes.
 
Et pour la fête de Noël je Vous souhaite l’abondance des grâces divines, la découverte toujours plus profonde de l’Amour infini de Dieu pour nous pauvre riens, et la force d’y répondre par une vie cachée en Lui et de ne jamais oublier, que le temps passe si vite, et après ... l’éternité sans fin ! De loin je vous bénis et vous assure de nos prières ardentes dans toutes vos intentions.
 
Dans le Coeur de l’Immaculée Vôtre très reconnaissant
Abbé Karl Stehlin, Supérieur de la Maison autonme des Pays de l'Est

17 décembre 2011

[Christophe Saint-Placide] FSSPX : le Préambule doctrinal? Il a déjà été signé en 1988!

SOURCE - Christophe Saint-Placide - 17 décembre 2011

En 1988, Mgr Lefebvre avait signé sans difficulté le Préambule doctrinal que lui avait proposé le cardinal Ratzinger :
« À propos de certains points enseignés par le Concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège Apostolique, en évitant toute polémique ».
Ensuite seulement étaient survenues des difficultés entre les deux hommes à propos de la consécration d’un évêque. Mais pour le Préambule, aucun problème.
À cette heure, les négociations doivent être intenses entre le Palais du Saint-Office et la Maison généralice de Menzingen.

Pour nous qui attendons, nous nous posons tout de même des questions toutes bêtes : pourquoi le cardinal Levada a-t-il demandé à Mgr Fellay de signer un nouveau Préambule, puisque le Préambule accepté par Mgr Lefebvre avait contenté tout le monde ? Pourquoi le cardinal Levada a-t-il voulu à nouveau « préambuler » ?

Si on se réfère à ce qu’on a réussi de recomposer de son Préambule, il est nul. Nous voulons dire qu’il est algébriquement nul : le plus y est annulé par le moins. « Nous reconnaissons le concile Vatican II expliqué par le CEC comme ceci et cela… » Brrr ! Mais quelques lignes plus haut ou plus bas : « Reste ouverte une légitime discussion des formulations du concile Vatican II » Ouf !

Depuis la parution de l’article de Mgr Ocariz dans L’Osservatore Romano, on sait que le fond de sauce est l’opinion théologique particulière du cardinal Levada et de ses collaborateurs : le magistère, qu’on a pris coutume de qualifier d’« authentique », à savoir le magistère non infaillible, n’est cependant, selon eux pas vraiment discutable. On a certes un droit d’interprétation, mais à condition de dire qu’il est en continuité avec le magistère antérieur. Bref, sans être infaillible, il l’est quand même.

En soi, c’est absurde (à quoi diable sert la distinction : infaillible non discutable / non infaillible réformable ?) L’opinion que soutiennent Levada et Ocariz représenterait – si quelqu’un songeait à l’appliquer en ces temps de totale anarchie – une véritable tyrannie intellectuelle au pays de la théologie, bien pire qu’au temps des bûchers de l’Inquisition. Mais outre qu’au Saint-Office on a perdu les boîtes d’allumettes pour les bûchers, il faut cependant se rendre compte que cette opinion théologique particulière est une manière pour les pyromanes de Vatican II de devenir pompiers de la Restauration : comme ils ont expédié, lors de ce merveilleux concile, l’infaillibilité dans un ciel inaccessible, aujourd’hui « tout f… le camp », si on nous permet l’expression : plus de magistère moral, et même plus de magistère du tout. Alors on fait du « magistère authentique » un ersatz de magistère infaillible, ce que la chicorée est au café.Oui, tout ça est bien gentil, mais risque de tout faire capoter au moment où le succès était absolument certain : à savoir l’officialisation de la FSSPX, énorme gain pour toute l’Église. Paolo Rodari et Andrea Tornielli, dans leur livre Attacco a Ratzinger (Piemme, 2010, traduit en français sous le titre, Benoît XVI
Un pontificat sous les attaques, Pierre-Guillaume de Roux éditions, 2011) se lamentent parce qu’aujourd’hui, Outre-Tibre, on ne prend plus la précaution de faire relire les textes avant de le publier. Si le discours du Pape à Ratisbonne avait été relu par des conseillers, on aurait gommé la phrase qui a tout fait exploser. De même si le Préambule du cardinal Levada avait été relu avant d’être remis à Fellay, ou bien, comme on fait souvent dans une négociation, si le cardinal Levada avait d’abord téléphoné à Mgr Fellay pour lui demander si le texte convenait, ou encore si le cardinal Levada s’était contenté de faire confirmer par Mgr Fellay le Préambule signé par Mgr Lefebvre, l’accord avec la FSSPX serait déjà conclu dix fois.

Alors, côté FSSPX (et dans la FSSPX, du côté de ceux qui veulent l’accord) on a fait des contrepropositions, qui commencent à circuler. Là encore, Grand Dieu !, si on les avait fait relire… On a l’impression que de part et d’autre, le « tradi » et le « restaurateur », on ne fait aucun effort, disons, de « psycho théologie », pour comprendre celui d’en face, ou plutôt celui d’à côté. Il leur faudrait un conseiller de couple…

Mais soyons patients : le 14 septembre, on touchait au but ; le but en question est de manière évidente pour le plus grand bien de l’Église ; le Pape veut ce but (Mgr Fellay et le cardinal Levada aussi, d’ailleurs). Tout va donc s’arranger. À moins que… Non, ce serait vraiment trop bête :
Au diable, les Préambules et les contre-Préambules !

[Isabel Authier - La Voix de l'Est (Canada)] Les religieux de retour en ville à Saint-Césaire

SOURCE - Isabel Authier - La Voix de l'Est (Canada) - 17 décembre 2011

(Saint-Césaire) On croyait l'époque de la soutane et du voile bel et bien révolue à Saint-Césaire. Les religieux font pourtant un grand retour dans l'ancien couvent des soeurs, maintenant rebaptisé le Centre Saint-Joseph.

C'est la Fraternité Saint-Pie X qui en est propriétaire depuis décembre 2010. Depuis son arrivée, elle a entrepris de restaurer en entier, à coup de millions$, ce bâtiment historique et elle a la ferme intention de s'installer pour de bon dans la communauté.

Si les citoyens de Saint-Césaire s'habituent peu à peu à croiser des prêtres et des religieuses au centre-ville, la nature de leur présence demeure encore mystérieuse pour plusieurs.

Mais qu'est-ce donc que la Fraternité Saint-Pie X? «Ça a été fondé par Mgr Marcel Lefebvre, l'ancien supérieur général de la congrégation du Saint-Esprit. Notre maison générale est en Suisse. Nous sommes une congrégation catholique composée en majorité de prêtres, mais aussi de frères et de religieuses», explique l'abbé Romain Pons, qui a accueilli La Voix de l'Est, hier, dans l'ancien couvent des soeurs de la Présentation de Marie.

Établie un peu partout dans le monde, la Fraternité compte 550 prêtres. Au Québec, elle est présente à Lévis et à Montréal. Pour se rapprocher de la métropole, elle a vendu son prieuré de Shawinigan, et a acquis l'édifice de Saint-Césaire l'an dernier.

«Il y a eu une opportunité pour acheter ce bel endroit avec la magnifique chapelle à l'intérieur. On voulait justement une chapelle sur la Rive-Sud de Montréal.»
Pas une secte
Bien qu'elle fasse partie de l'Église catholique, cette communauté religieuse semble faire bande à part. «On est encore en différend avec Rome, admet le prêtre de 28 ans. Nous trouvons que le concile Vatican II est l'un des responsables du déclin de l'Église catholique. On ne refuse pas l'autorité du pape. On questionne la manière de présenter la religion aux gens. On est différents, mais on n'est pas une secte!»

La Fraternité prône en effet des valeurs ultras traditionnelles «qui ont encore leur place dans la société», croit l'abbé Pons. Des valeurs comme la messe en latin, les sacrements et l'enseignement du catéchisme. «Si on veut remettre en valeur le catholicisme, si on veut qu'il s'accroisse, il faut revenir aux valeurs traditionnelles. Mais ça ne veut pas dire qu'on refuse la continuité. On a plus de 250 séminaristes présentement. On doit avoir une formule qui fonctionne», constate l'ecclésiastique de 28 ans, venu de France il y a cinq ans.

Malgré son conformisme, la congrégation n'est pas contre une certaine forme de modernité: elle est branchée sur internet et les cellulaires font partie de ses outils de travail.

«On fait nous-mêmes nos courses en ville, on peut prendre un verre de temps à autre, moi, par exemple, j'adore jouer au hockey. On est des humains!», lance Romain Pons en souriant.
Projet d'école, de centre...
Pour l'instant, mis à part les travaux de rénovation, l'endroit n'est pas très animé. Quatre prêtres, un séminariste américain, deux religieuses et une assistante occupent l'immense bâtisse.

Pourtant, ce ne sont pas les projets qui manquent. L'ouverture d'une école primaire - conforme aux exigences du ministère de l'Éducation, assure-t-on - est prévue dès septembre prochain. On souhaite aussi y établir une maison de ressourcement spirituel pour hommes et femmes.

Le retour des religieux a été accueilli de façon «très positive» par les Césairois, laisse entendre l'abbé Pons. «On se fait poser beaucoup de questions dans la rue. Les gens sont très contents de nous voir restaurer le vieux couvent.»

Selon lui, le chantier devrait être terminé d'ici juillet prochain.
Noël à la chapelle
D'ici là, lui et sa congrégation rêvent de voir les citoyens de Saint-Césaire se réapproprier ces lieux remplis de souvenirs. Noël leur en donnera d'ailleurs l'occasion.

Le 24 décembre, on célébrera dans la chapelle une messe de minuit en latin, accompagnée de chants traditionnels. Avant la cérémonie, un prêtre sera disponible pour la confession individuelle. Puis le 25, il sera possible d'assister à la messe de l'Aurore à 8h et à une autre à 10h.

À partir du lendemain de Noël, la chapelle sera ouverte au public en semaine pour la messe de 7h15 et le dimanche pour celle de 8h.

«Tout le monde est bienvenu», convie le prêtre.

[Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison] Rome insiste

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 17 décembre 2011

Presqu’au même moment où Monseigneur Fellay faisait savoir que la FSSPX demandera des éclaircissements sur le Préambule Doctrinal (réaction de Rome aux discussions doctrinales ayant eu lieu de 2009 jusqu’au printemps de cette année), l’un des quatre théologiens de Rome ayant pris part à ces discussions, Monseigneur Fernando Ocariz, a publié une étude «Au sujet de l’adhésion au Concile Vatican II». Sa date de parution montre que nous ne sommes pas sortis du tunnel, au contraire! Mais voyons ses arguments, qui du moins sont clairs.

Dans son introduction il déclare que le Concile «pastoral» fut néanmoins doctrinal. Ce qui est pastoral est fondé sur la doctrine. Ce qui est pastoral cherche à sauver les âmes, ce qui implique la doctrine. Les documents du Concile contiennent beaucoup de doctrine. Bien! Monseigneur du moins ne va pas esquiver les accusations doctrinales portées contre le Concile en prétendant qu’il ne fut pas doctrinal, ainsi que l’ont fait bon nombre de défenseurs du Concile.

Ensuite, au sujet du Magistère de l’Eglise en général, il dit que le Concile Vatican II était composé des évêques catholiques lesquels détiennent «le charisme de la vérité, l’autorité du Christ et la lumière de l’Esprit Saint». Le nier, dit-il, c’est nier quelque chose qui appartient à l’essence même de l’Eglise. Mais, Monseigneur, que me dites-vous de l’ensemble des évêques catholiques qui ont suivi l’hérésie Arienne sous le Pape Libère? Exceptionnellement, même la quasi-unanimité des évêques peut accepter une déviation de la doctrine. Si cela s’est produit une fois, cela peut arriver une nouvelle fois. C’est arrivé au Concile Vatican II, comme le démontrent ses documents.

Plus loin il déclare que les enseignements non dogmatiques et non définis du Concile requièrent néanmoins de la part des Catholiques leur assentiment, appelé «soumission religieuse de la volonté et de l’intelligence», laquelle est «un acte d’obéissance bien enraciné dans la confiance en l’assistance divine donnée par le Magistère». Monseigneur, aussi bien aux évêques Ariens qu’aux Conciliaires, il ne fait aucun doute que Dieu leur ait offert toute l’assistance dont ils avaient besoin, mais qu’ils la refusèrent, comme cela est démontré par l’opposition à la Tradition dans leurs documents.

Finalement Monseigneur Ocariz, fait une pétition de principe: étant donné que le Magistère catholique est en continuité et en supposant que le Concile Vatican II est le Magistère, il s’ensuit que ses enseignements ne peuvent qu’être en continuité avec le passé. Et sils semblent être en rupture avec le passé, alors l’attitude catholique est de les interpréter comme si une telle rupture n’existait pas, ce que fait par exemple l'«herméneutique de la continuité» de Benoit XVI. Mais Monseigneur, ces arguments peuvent être retournés. De fait, il y a rupture doctrinale, comme cela apparaît clairement à l’examen des documents conciliaires en eux-mêmes. Par exemple, y a-t’il (Vatican II), ou n’y a-t’il pas (Tradition), un droit humain à n’être pas empêché de répandre l’erreur? Par conséquent Vatican II n’appartient pas au véritable Magistère de l’Église, et l’attitude catholique consiste à montrer qu’il existe réellement une rupture avec la Tradition, comme le fit Monseigneur Lefebvre, et non pas à prétendre qu’une telle rupture n’existe pas.

Le dernier mot de Monseigneur Ocariz est pour proclamer que seul le Magistère peut interpréter le Magistère. Ce qui nous mène droit à la case départ.

Chers lecteurs, Rome n’est en aucune façon sortie du tunnel. Que le Ciel nous vienne en aide!

Kyrie eleison.

16 décembre 2011

[Abbé Henry Wuillod, fsspx - Le Rocher] Chronique du District de Suisse : juillet à octobre 2011

SOURCE - Abbé Henry Wuillod, fsspx - Le Rocher n° 73-74 - mise en ligne 16 décembre 2011

2 juillet 2011
Partir pour Zaitzkofen n'est plus autant pénible, il reste un seul tronçon pour que l'autoroute reliant Munich soit terminée… Mais restons réalistes, l'année prochaine on trouvera de nouveaux tronçons en réparation, et de nouvelles files d'attente. Tout cela pour dire qu'entre le 29 juin à Ecône et les cérémonies au séminaire du Sacré-Coeur de Zaitzkofen, on avale pas mal de goudron.

Mais combien de traditionalistes ne font pas des centaines de kilomètres pour assister à ces sublimes liturgies ! Peut-être les Valaisans, car n'a de valeur que ce qui est rare et Ecône c'est trop facile. A Zaitzkofen, les fidèles viennent aussi de nombreux pays. On reconnaît aux magnifiques costumes bigarrés que l'Europe de l'Est est bien présente. Il faut dire qu'environ la moitié des candidats provient des ex-États communistes, où, malgré la machine du Parti, la foi a continué d'être transmise selon le mode de l'Église du silence. C'est une histoire somme toute très peu connue et qui le restera, car les documents sont plutôt rares et ces chrétiens qui l'ont vécue ne sont guère bavards. Un prêtre qui passe quelquefois, une messe nocturne avec une vigie à l'extérieur, des premiers communiants instruits par la grand-mère. Cela remplit de respect, car on compare notre liberté et le peu de peine qu'on prend pour la garder. On y revient, ce qui est rare est précieux.
9 juillet 2011
Le bourg d'Oensingen ne se rend pas vraiment compte de l'honneur que le Ciel lui fait : une de ses familles fête le sixième enfant qui vient de recevoir une semaine plus tôt le sceau du sacerdoce. Pesé à l'aune du franc fort ou de la médaille d'or du sportif, c'est vrai que cela ne pèse pas lourd ; et aujourd'hui on ne jauge guère autrement qu'avec ce barème ! Le sixième Pfluger prêtre, et cela en deux générations. Au dernier de la première génération qui demandait ce qu'il devait dire au sermon, il fut répondu : « Mettez le feu, embrasez la salle ! » Il fit si bien que pendant la consécration, se déclencha l'alarme incendie trop sensible aux ardeurs des âmes, adorant ce Dieu souverain qui obéit aux paroles du jeune prêtre sur l'hostie sainte.

Le repas qui s'ensuivit me vit bien placé, notamment afin de réaliser une image symbolique de cette journée : l'union dans une gerbe de fleurs du sacerdoce et de la famille afin de donner à l'Église de belles vocations. Mais combien de soucis, de prières et d'abnégation pour arriver à une telle journée, ce n'est pas le petit sourire de la maman qui nous le dit, non ce secret ne nous sera révélé qu'au jugement final.
Du 10 au 31 juillet 2011
Une saga marocaine intéresse-t-elle les lecteurs du Rocher ? En tous les cas, bien des personnes étaient inquiètes et imaginaient que l'islam allait martyriser l'imprudent abbé qui osait déambuler sur son territoire. Fi de tout cela, la preuve en est que je puis écrire ce mot de mes propres mains (!), les méchants me les ont laissées ainsi que mon portefeuille.

Oui, les Marocains sont des gens bien ! Ma soutane n'a pas effrayé, au contraire, elle a plutôt soulevé une certaine estime pour l'homme de Dieu qui se manifeste. N'ayez crainte, cela ne fait pas de moi un inconditionnel de l'islam. Lorsque vous faite dans les Alpes une rencontre avec un bon paysan, c'est plutôt rare qu'il s'arrête pour vous parler, vous aurez plutôt droit à un rauque salut. Dans l'Atlas, le berger vous invite spontanément à boire le thé avec lui et il parlera volontiers avec ses mots, avec ses gestes… et son sourire très édenté vous touchera plus sûrement que la mine renfrognée du paysan cité ci-dessus. C'est donc comme toujours, il ne faut pas tomber dans la simplification, ni dans un sens ni dans un autre. Qu'il y ait un problème politique dans notre pays, ne veut pas dire que tout musulman est un bandit de la pire espèce. Une Europe vraiment chrétienne pourrait aujourd'hui encore faire un bien considérable, notamment envers ces pays du Maghreb, mais ce sont les Européens qui ont trahi et manqué à leur mission. Alors l'islam, fidèle à la sienne, nous envahit petit à petit.

Le camp au Maroc se voulait d'abord un camp-montagne, avec escalades et ascensions. Nous avons pu faire les deux, mais avant cela il a fallu rouler, beaucoup rouler. Notre pauvre bus est arrivé bien fatigué sur les côtes africaines, et durant trois jours – à vrai dire passionnants – nous avons pratiqué le « garage marocain ». C'est un lieu d'habileté et de débrouillardise, hors du commun. Ils travaillent sur de vieux tours des années 40 qui font un bruit infernal, mais cela marche. Le temps, ah le temps ! « Vous les Européens, vous avez les montres ; nous, nous avons le temps ! » Ce qui leur permet d'assurer que tout sera terminé dans deux heures, mais avec de sempiternels Inch Allah, c'est le jour suivant qu'on peut aller chercher son véhicule.

Cela nous a permis de converser avec certains autochtones, plutôt à vrai dire avec les anciens qui ont mieux appris le français. Mais pas tous : « Lui, Monsieur, il ne sait pas le français parce qu'il n'a pas voulu travailler à l'école. » L'humanité est quand même un peu partout pareille ! Mais avec les musulmans, on arrive rapidement au grand problème de la Trinité. Pour eux, c'est évident et logique, nous adorons trois dieux. Et leur parler d'un Dieu en trois personnes, c'est leur dire une inconséquence. Mais on ne peut guère aller plus loin, car de fait, cela leur est indifférent. Comprendre et approfondir leur religion n'est pas leur fort, ils s'en tiennent à une religion extérieure.

Une rencontre intéressante se passa à Midelt, où nous fûmes reçus au monastère par un père rescapé du massacre de Tibhirine, que le récent film Des hommes et des dieux a relancé dans l'actualité. Mais ce pauvre moine, brave comme tout, s'est fait saisir par la vague de l'oecuménisme. Il nous a affirmé clairement qu'avant cet attentat, il ne croyait pas du tout au bien de l'islam, mais que le martyre de son prieur Dom Christian de Chergé l'avait amené à penser autrement. Ce dernier avait écrit dans son testament : « Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l'islam tels qu'Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion. »

Mon Dieu, le drame est que Vatican II a ses martyrs, qui professent la même chose : de l'islam, Dieu tire ses enfants... mais est-ce que ceux-ci reconnaissent le Christ ? Malgré eux ? L'islam y est vu comme une religion qui sauve, d'où le respect auquel Jean-Paul II n'a cessé d'appeler envers lui. Ainsi le témoignage me semble dévié. Ce bon père témoigne comme ses frères martyrisés, que l'islam est un mystère dans le plan de Dieu et qu'ainsi il est digne de respect. Les modernes, il me semble, ont un respect invraisemblable envers les autres religions, mais une désinvolture suprême envers la leur… et tout cela au nom de Jésus-Christ qui serait présent par bribes ou par parcelles de Vérité. Au nom d'un tel principe, il devient impossible de trouver quelque chose qui n'est pas digne de respect : même l'avortement, dont on fait des pommades pour les rides, n'est-ce pas comme une bribe de la beauté ? Avec une telle théologie, on ne peut guère aller plus loin.

Mais tout autre fut la rencontre avec ce prêtre d'une jolie église pour les étrangers dans une grande ville. Au Maroc, le prosélytisme est totalement interdit : au nom du roi, mais aussi au nom de l'évêque. Les douaniers nous ont d'ailleurs demandé si nous avions plusieurs livres de prières et des bibles, car alors on aurait pu les distribuer, et cela est passible de prison. Mais ce prêtre, dans la brève discussion que nous avons eue ensemble, ravi de parler à quelqu'un qui pensait comme lui, m'avoua sa souffrance de ne pas pouvoir apporter Jésus-Christ aux âmes. « Pourquoi suis-je prêtre si je ne puis donner la vie aux âmes ? » Et il rêvait à une Église marocaine des catacombes, où les Marocains, en toute prudence, pourraient recevoir les trésors que Jésus-Christ a donnés pour les siens. Mais ce désir, il ne peut pas le partager avec son évêque : évidemment si l'islam est digne de respect et si ses fils sont environnés de la gloire de Jésus-Christ, pourquoi se risquer à les provoquer ? La solitude de ce prêtre dans cet environnement musulman et moderniste rejoint celle d'un Charles de Foucauld, mais dans un désert spirituel. Voilà ce que je voulais vous raconter du Maroc ; pour le reste, on gardera nos souvenirs et nos images pour nous.
1er août 2011
Avant d'aller rejoindre la masse des travaux abandonnés durant trois semaines, il est bon de faire le détour dans la campagne fribourgeoise à Notre-Dame de Bourguillon. Cela fait aussi un rude plaisir de retrouver la plupart des confrères venus en nombre entourer leurs ouailles dans ce beau pèlerinage à la Vierge des lépreux. La léproserie de Bourguillon a fermé ses portes depuis longtemps, car la maladie n'est plus aussi visible. De l'attaque de la peau elle est passée à celles des âmes.

Notre époque porte ses germes partout et la mort se découvre chez beaucoup. Mais la lèpre spirituelle développe surtout sa manière de contaminer. Elle veut frapper les enfants dès leur plus jeune âge. Des médecins fous la sèment dans les écoles maternelles afin de pervertir les âmes innocentes en leur inoculant le poison par les yeux et les oreilles. A voir tous ces enfants, ces belles familles qui marchaient sous un beau soleil, on ne pouvait que mieux comprendre combien il vaut la peine de lutter pour eux. 
21 août 2011
Une messe solennelle à Bâle pour accueillir et dire au revoir. Changement de prieurs, un Allemand prend la place d'un Autrichien, lequel reste sur les bords du Rhin mais en aval, à Bonn. Au prieuré de Bâle, cela devient une tradition que c'est un ancien supérieur de district qui prend les rênes(1). Le nouveau venu montre des traces de fatigue, le décalage horaire de son retour des États-Unis pèse encore sur ses épaules. Cela permet de mieux se rendre compte des efforts demandés à leurs organismes par les voyageurs de Menzingen : être aux quatre coins du monde sans que leurs charges soient allégées. Mgr Fellay et ses deux assistants tournent sans cesse sans devenir des girouettes ; il y a un peu du miracle là-dessous.

Dès la fin de la messe, la musique et l'apéritif se déroulent en pleine rue, mais le Schliengerweg y est habitué et personne n'est dérangé. Mais c'est dans la salle sous l'église, que luimême avait fait aménager, que l'abbé Weigl reçoit les témoignages de reconnaissance. Un nouveau chemin… Oui c'est toujours un peu l'inconnu pour le prêtre, lorsqu'il reprend son bâton de pèlerin, afin d'aller rejoindre un autre pâturage. Dans la voiture, dans le train ou dans l'avion, il se retrouve seul et c'est là qu'il se souvient qu'il a tout donné. Merci, Seigneur, pour le don de vos prêtres.
26 août 2011
On avait reçu un trésor ! On pensait qu'il y en avait pour des millions. Magnifiques et grandioses, les projets fleurissaient dans nos têtes. L'expert qui l'a jaugé, a remis les pendules à l'heure, c'est du kitsch ! Des faux, nous avions hérité d'une centaine de pièces, bien faites, mais toutes plus fausses les unes que les autres. Deo gratias ! Le bon Dieu n'a pas besoin de cela et donc nous non plus, sauf que cela prend un peu plus de temps pour s'en convaincre.
27 et 28 août 2011
Émerveillement devant les jeunes et moins jeunes présents durant la nuit de prière au Flüeli : car on est au coeur du pèlerinage à saint Nicolas de Flüe. Il faut ajouter que la plupart répondaient déjà « présent » à Stans pour la marche. L'orage était passé de bon matin avec une canonnade de coups de tonnerre d'une puissance impressionnante. Mais ensuite, les foudres étant passées, tout fut paisible et même agréable.

Le thème de cette année revenait sur les dangers qui menacent notre jeunesse, et qui sont en train de se réaliser selon un plan tracé depuis une bonne dizaine d'années et qui veut avilir l'enfant par une parodie de pédagogie, en lui enseignant la sexualité dès le plus jeune âge.

L'enfant c'est celui qui est pur ; d'ailleurs tout dans l'enfant nous dit cela : un enfant, on peut voir à travers lui. Combien son innocence, devant la vie, est remplie de pureté : son regard transparent, ses premiers jugements qui ne voient jamais le mal, ses paroles qui disent tout de suite ce qu'il pense, incapable qu'il est de dissimuler et de tromper. Et lorsque, les années passant, il s'essaye au mensonge, cela se voit tout de suite.

Alors cette pureté, notre pays est en passe de la rayer. L'enfant doit être sali dès son plus jeune âge, le pur doit devenir impur et ce par décision étatique. On veut ainsi dénaturer nos enfants, et cela est criminel et même diabolique. Et contre des criminels et des démons, il y a un devoir de défense et de combat. On attend un peu plus d'aplomb de la part de nos évêques qui ont enfin débuté l'ombre d'une esquisse de réaction par un timide communiqué. Celui-ci, bien entendu, a été passé à la trappe par les médias.

L'abbé Michel Koller était l'invité pour cette année, en raison de son jubilé de 25 ans de sacerdoce. Éloigne de son pays d'origine depuis une dizaine d'années, et oeuvrant au bien des âmes dans la région de Clermont-Ferrand en France voisine, il fut ravi de partager ces quelques heures avec ses confrères et ses compatriotes. Sa forte prédication porta sur cette parole du Seigneur qui ne laisse personne indifférent : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux, mais bien celui qui fait la volonté de mon Père » (Matt. 7, 21). Et combien qui avaient passé deux journées de prières, de se demander s'ils ne l'avaient pas fait pour rien ! Mais cela démontre surtout combien les affaires du Seigneur sont sérieuses : « Ce n'est pas pour rire que je t'ai aimé

L'après-midi fut plus guilleret et un joli échantillon d'artistes exécuta des pièces du folklore suisse.
10 septembre 2011
Depuis longtemps un intérêt bien spécial nous poussait à organiser une disputatio entre deux écoles de chant grégorien. Grâce à l'abbé Demierre, les parties sont présentes dans le soussol de notre église de Montreux. Ainsi la joute peut débuter.

Pour ceux qui ont l'ouïe un peu plus fine, et bien que les talents vocaux divergent, ils ont pu discerner que toutes les chorales n'ont pas le même système de chant. Pour vulgariser, on dira qu'il y a actuellement plusieurs systèmes ou écoles, mais pour ceux qui nous sont plus proches, on parlera d'Ecône et de Bellaigue. Ecône serait plutôt selon le Solesmes de Dom Gajard, et Bellaigue selon le Solesmes de Don Cardine. Je l'ai dit, je simplifie, car même à Ecône on ne peut parler d'une seule ligne, les différents maîtres de schola y ont facilement une manière un peu divergente d'interpréter.

Ce qu'il est intéressant de saisir durant cette sympathique et enrichissante réunion, qui se veut technique, spirituelle et fondamentale, c'est que les divergences se fondent sur la manière de définir le rythme. D'où provient-il et comment le définir ? Doit-il être défini à partir de l'accentuation des mots latins, ou est-ce par la mélodie elle-même et sa technique des neumes, ou encore est-ce au regard du phrasé du texte ? Il faut prendre garde de ne pas tomber dans l'arbitraire ou de dogmatiser trop rapidement.

Ma conclusion est la suivante : tout est bon à prendre. Mais concrètement la technicité requise pour la méthode de Bellaigue est telle que cette méthode ne peut guère espérer entrer dans le non-professionnalisme d'une chorale paroissiale. Au monastère même, il aura fallu plusieurs années à des moines chantant quotidiennement tout l'office pour arriver à une certaine perfection. C'est d'ailleurs ma principale objection : c'est inchantable par le peuple. Or saint Pie X et Pie XII ont voulu clairement que ce chant puisse être accessible au plus grand nombre(2), ce que contredit une technicité trop poussée. Mais si cela permet une certaine recherche dans l'amour de la sainte et divine liturgie, alors tout est bien.
11 et 12 septembre 2011
Ces dates sont mises ici pour signifier une certaine présence dans la capitale du bout du lac. Après le changement de prieur, voici que le vicaire l'abbé Demierre doit aussi faire ses malles. Genève dans son prieuré se fait proprement étriller, et voilà que le dernier abbé reçoit encore l'épreuve de la maladie. Alléluia, cela veut dire que la récolte n'est pas trop loin ! Alors le supérieur de district se barde encore lui-même d'un nouveau titre : prieur ad tempus ou mieux par intermittence.

Évidemment il manque la transmission, pour une société qui parle de tradition et de son immense importance, c'est un peu fort. Mais se lamenter n'a jamais permis à personne de faire avancer sa cause. Nous avons tout de même l'avantage d'avoir des fidèles capables de souplesse, et surtout des saintes femmes religieuses qui amortissent avec cette touche de charité féminine les difficultés inhérentes à cet état de fait. Dieu les bénisse tous.

De plus nous avons la chance de pouvoir compter sur le passage de prêtres : on y fête l'abbé Koller et ses 25 ans de sacerdoce. L'abbé Demornex missionnaire au Kenya passe quelques jours auprès des siens. Il y a une véritable vie chez nous et c'est enchanteur, et ce malgré les désagréments. Et qu'on se rassure aussi, ils ne sont pas les fruits d'une quelconque grève. Malgré des salaires plutôt maigres, on va encore généreusement à son ouvrage.
25 septembre 2011
Le couvert de Collonges est connu pour avoir plusieurs fois abrité le pique-nique de l'école Fleurs de Mai. Aujourd'hui en la fête de saint Nicolas de Flue, sont rassemblées toutes les bonnes volontés qui ont travaillé au succès de l'initiative contre le remboursement de l'avortement par la récolte de signatures. A mon arrivée, j'entends le Dr Blanchut lire une lettre de M. Muggler(3), et celleci est une profonde louange envers ces catholiques qui ont été le fer de lance de la récolte. Beaucoup parmi nos chers fidèles ont bien compris leurs devoirs moraux, même lorsque ceux-ci les font descendre dans la rue. C'est une école de vie, un test de courage, un apprentissage d'écoute et de témoignage qui vaut certes excellemment pour les jeunes, mais aussi pour les moins jeunes.
29 septembre 2011
Invitation pour aller célébrer la patronale à Rheinhausen ; saint Michel archange y est magnifiquement vénéré, et il trône majestueusement sur le clocher de l'église. Celle-ci est bien gracieuse comme le baroque sait le faire, avec des autels splendides et précieux. Un Suisse pour prêcher sur le saint Patron de l'Allemagne, cela peut aussi sembler un peu baroque, mais je suis bien ravi de prêcher sur les anges, car un fidèle me disait voici quelques mois : c'est très dommage, mais on ne prêche que très peu sur les anges, alors qu'ils sont nos principaux soutiens dans le combat que nous devons livrer ici-bas. Nos amis les anges sont de merveilleux compagnons, et les oublier nous est extrêmement dommageable. La beauté et la force des anges proviennent évidemment de leur proximité avec Dieu. Étant parvenus à la vision du Dieu Tout- Puissant de par grâce et de par fidélité, ils sont tout illuminés de sa gloire. Mais ils se souviennent qu'eux aussi, ils ont été éprouvés. Ils savent combien des leurs ont raté, de par leur faute, l'accession au Trône de la Sagesse. Ils ont donc bien conscience de ce lien ténu qui sépare la vie éternelle du châtiment.
29 septembre 2011
Invitation pour aller célébrer la patronale à Rheinhausen ; saint Michel archange y est magnifiquement vénéré, et il trône majestueusement sur le clocher de l'église. Celle-ci est bien gracieuse comme le baroque sait le faire, avec des autels splendides et précieux. Un Suisse pour prêcher sur le saint Patron de l'Allemagne, cela peut aussi sembler un peu baroque, mais je suis bien ravi de prêcher sur les anges, car un fidèle me disait voici quelques mois : c'est très dommage, mais on ne prêche que très peu sur les anges, alors qu'ils sont nos principaux soutiens dans le combat que nous devons livrer ici-bas. Nos amis les anges sont de merveilleux compagnons, et les oublier nous est extrêmement dommageable. La beauté et la force des anges proviennent évidemment de leur proximité avec Dieu. Étant parvenus à la vision du Dieu Tout- Puissant de par grâce et de par fidélité, ils sont tout illuminés de sa gloire. Mais ils se souviennent qu'eux aussi, ils ont été éprouvés. Ils savent combien des leurs ont raté, de par leur faute, l'accession au Trône de la Sagesse. Ils ont donc bien conscience de ce lien ténu qui sépare la vie éternelle du châtiment.
7 et 8 octobre 2011
Que peut-on dire de cette réunion qui a lieu à huis clos à Albano ? D'abord le grand plaisir de rencontrer ces confrères du bout du monde, beaucoup viennent de bien loin et ont passé des dizaines d'heures en avion, mais ils sont là. Un seul absent cependant ! La notoriété publique connaît que c'est Mgr Williamson qui manque à l'appel. L'ardent évêque s'est lancé dans un combat personnel pour l'Église : mon Dieu, comme on n'aime pas cela, car après cela chacun sa mission : « Il faudrait faire ceci, ou faire cela ! » et dans de tels cas, l'autorité est fortement malmenée. Et sans autorité, il ne restera plus rien de la Tradition. On n'arrive pas à comprendre qu'un homme aussi intelligent, avec son expérience et sa connaissance, puisse parvenir à une telle impasse. Il n'est pas parmi nous dans cette salle du premier étage de notre prieuré d'Albano, car il n'a pas voulu donner des garanties formelles de confidentialité. Et pourtant n'est-ce pas ce que tout supérieur peut exiger de ses prêtres ? Notre réunion débute donc sur cette note de tristesse, car un des nôtres, des plus éminents, n'a pas voulu se mettre sous le joug de l'obéissance.

Mgr Fellay nous retrace ensuite la chronologie des faits qui ont préparé la proposition du 14 septembre, où notre Supérieur général et ses deux assistants étaient reçus par le cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ainsi que Mgr Ladaria et Mgr Pozzo.

Mgr Fellay tente de nous démontrer ce mouvement timide qui provient de la Curie romaine et qui nous regarde avec sympathie et peut-être même plus que de la sympathie… qui serait comme un besoin de la Tradition. Tous ne sont pas aveugles, il y aurait bien une clairvoyance sur l'état de l'Église, mais liée à une impuissance telle qu'on ne sait pas trop dans quelle direction l'arbre va tomber. Politique des coups bas, recherche de places honorifiques, diplomatie furieuse qui oublie qu'il y a des principes qui la gouvernent, modernistes hantés par leur idéalisme : tout cela se mêle avec des prêtres ayant la foi et qui se désolent de l'inertie du Vatican pour défendre la foi. Fermement attachés au Vicaire du Christ, ils se lamentent du pouvoir qu'ont certains personnages.

Quelle est notre place dans ce discordant concert ? Qu'est-ce que la Providence attend et veut de nous ? Nous avons les partitions pour jouer juste, mais le directeur et ses musiciens ne sont guère enthousiastes d'y jeter les yeux. Que peut-on faire, sinon laisser traîner quelques compositions musicales dans les allées du palais du Vatican, afin d'allécher quelques muses, jusqu'à ce que, selon le mot de Rousseau, « celui qui conduit le concert ait la partition sous les yeux. » Le pape, c'est toujours la même et grande question ! C'est lui qui a les clefs pour toute l'Église. Il tient le gouvernail, et il doit donner le coup de barre, sinon on reste dans la même direction. Il ne suffit pas que certains jouent de la rame en direction de la Tradition, le vaisseau continue ainsi implacablement de s'éloigner. On ne demande pas purement et simplement un retour en arrière, mais un changement de cap qui ferait bientôt naviguer le navire de l'Église dans les eaux profondes de la foi catholique et ferait éviter de se faire raboter la quille sur les récifs de l'erreur.

Puis Mgr Fellay en vint au document proposé par la Congrégation de la doctrine de la foi. Ici je suis obligé de me restreindre puisqu'il est confidentiel et que seule la Maison généralice est habilitée pour un commentaire autorisé sur le sujet. On attend depuis, comme tout le monde, la réponse qui sera donnée à ce préambule par Mgr Fellay et ses assistants. Plutôt que de la curiosité, les Soeurs de la Fraternité donnent l'exemple puisqu'elles jeûnent une fois par semaine afin que les Supérieurs reçoivent les lumières du Tout- Puissant. Cela est plus efficace et plus édifiant que tout le reste.
16 octobre 2011
La jeune chapelle de Granges- Paccot fête un petit jubilé. Dans la Fraternité c'est un peu comme avec les enfants, ils aiment qu'on fasse souvenir de leur anniversaire. Nous sommes encore une société jeune, et ces premiers jalons de notre histoire doivent être célébrés comme il se doit. Fribourg fête seulement les dix ans de son église, et pourtant Fribourg est le plus ancien lieu de la Fraternité puisque c'est dans cette ville qu'elle est née. Mais après pas mal de vaet- vient dans la ville de Fribourg, une église a été bâtie avec beaucoup d'abnégation et de générosité de la part des fidèles puis bénie par Monseigneur Fellay. La communauté avait été dans ce temps-là pas mal agitée, mais le bilan dix années plus tard est bien encourageant. Les enfants sont là et remplissent les premiers bancs.
Avec l'enthousiasme qui l'emporte toujours, l'abbé Mörgeli retrace l'épopée des travaux, les premières cérémonies ; mieux, il dévoile son admiration devant les gestes délicats de la Providence. Il est beau de voir tous les détails comme autant de petits miracles, car humainement nous devrions ne pas être, mais voilà que Dieu en a décidé autrement et qu'Il veut être adoré, loué et servi dans notre belle chapelle de Granges- Paccot.

Cette fois-ci la curie épiscopale ne fera pas les frais de notre repas, mais un robuste fidèle de la première heure a voulu se charger d'offrir un magnifique petit "gueuleton" comme on dit familièrement chez nous, à ses amis prêtres rassemblés pour l'occasion. On est quand même bien dans notre belle Tradition !

Abbé Henry Wuillod

Notes
(1) Il y a eu l'abbé François Knittel, ancien supérieur du district du Mexique, puis l'abbé Michael Weigl, ancien supérieur du district d'Autriche. Aujourd'hui, c'est un ancien supérieur de district d'Allemagne, l'abbé Markus Heggenberger
(2) « Nous aussi, en considération des caractéristiques qui distinguent le vrai chant grégorien, Nous le voulons et le prescrivons, à savoir qu'on utilise largement ce chant sacré dans les cérémonies liturgiques et que l'on veille avec grand soin à l'exécuter correctement, dignement et pieusement. » Encyclique Musicæ sacræ disciplina de Pie XII du 25.12.1955.
(3) Président de l'association ASME (Aide suisse pour la mère et l'enfant) qui est à l'origine de cette initiative.

[Jean Madiran - Présent] Une rupture proclamée et non pas secrète

SOURCE - Jean Madiran - Présent - 16 décembre 2011

Le débat qui, selon les points de vue, a (ou n’a pas) eu lieu, ou plutôt qui a été jusqu’ici refusé sur Vatican II, est très précisément celui qui fut (re)lancé par l’un des premiers actes de Benoît XVI, son discours du 22 décembre 2005 à la Curie : il reconnaissait officiellement qu’il y avait bien un problème entre deux « herméneutiques », c’est-à-dire deux interprétations du Concile, l’une dans un esprit de continuité, et non pas l’autre (la plus courante en fait), dans un esprit de rupture avec la tradition magistérielle antérieure. Ce test de la continuité interprétative a germé et cheminé lentement dans les hauts lieux ecclésiastiques jusqu’à provoquer le récent article ambigu de Mgr Ocariz (dans L’Osservatore Romano) dont nous parlions jeudi dernier. Mais si la continuité est enfin reconnue comme un critère essentiel, cela contribue à remettre au premier plan le coup de théâtre, ou plutôt le coup d’Etat conciliaire d’octobre 1962.

On l’avait plus ou moins oublié. L’attention publique a été ramenée sur lui par le livre de Robert de Mattei Il concilio Vaticano II, una storia mai scritta (cf. p. 203-208 et la suite, notamment p. 235-238). De son côté Mgr Gherardini en a tiré un argument qui mérite d’être examiné en lui-même.

De quoi s’agit-il ? Le coup d’Etat ecclésiastique avait débuté le 13 octobre 1962, à la première assemblée conciliaire, par une intervention illégale du cardinal Liénart. Il s’ensuivit le rejet, en bloc, sans examen, de tous les schémas annotés et approuvés par Jean XXIII. Ils avaient été rédigés par la Commission préparatoire que Jean XXIII avait instituée en 1959 et qui, par un travail de trois années, avait établi le projet de 54 décrets et 15 constitutions dogmatiques. « La première rupture, dit Gherardini, fut fatale : un refus grossier de tous ces schémas. » Ils étaient destinés à fournir la base et le point de départ des discussions ; ils constituaient le programme que Jean XXIII avait établi pour le concile qu’il convoquait ; ils étaient une synthèse du « magistère pluriséculaire, résumé et actualisé ». La rupture est évidente, elle est massive, elle est un fait total, un fait révolutionnaire : « la révolution d’octobre dans l’Eglise », ainsi définie et approuvée par le futur cardinal Congar, que l’on soupçonna d’avoir imaginé une analogie léniniste avec la « révolution d’octobre » soviétique, la révolution de 1917, alors que, peut-être, il s’agissait simplement de la révolution d’octobre 1962 dans l’Eglise.

Cette rupture, analyse Gherardini, « avant de porter sur des matières déterminées, a porté sur l’inspiration de fond. On avait décrété un certain type d’ostracisme, mais pas envers l’une ou l’autre des vérités révélées et proposées comme telles par l’Eglise » ; « un acharnement particulier contre le thomisme considéré comme dépassé et désormais très éloigné de la sensibilité et des problématiques de l’homme moderne » ; mais « rejeter saint Thomas allait entraîner un effondrement doctrinal ».

La rupture d’octobre 1962 a été manigancée et imposée par une conjuration minoritaire, mais acceptée, approuvée, finalement glorifiée et vécue par une très large majorité. Ce fut une décision conciliaire et non pas une abusive et sournoise interprétation postconciliaire. La totalité du Concile ne se ramène pas forcément à la rupture : cela demande examen et vérification, ce sera le vrai débat, tôt ou tard. Quand Vatican II cite des conciles antérieurs, ces citations n’en sont pas forcément dévalorisées. Il reste seulement la crainte, ou le soupçon, qu’elles aient été faites parfois, qu’elles aient été faites souvent, qu’elles aient été faites surtout pour faire passer le reste.

Jean Madiran

Article extrait du n° 7498 du Samedi 17 décembre 2011

[Christophe Saint-Placide] Et encore un évêque !…

SOURCE - Christophe Saint-Placide - 16 décembre 2011

Pour la deuxième fois, Mgr Ronald W. Gainer, évêque de Lexington dans le Kentucky (USA) a célébré une messe en forme traditionnelle. C’était dimanche dernier, pour Gaudete, en l’église Saint-Pierre de Lexington. Mgr Gainer était assisté de l’abbé John Rickert, de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre et par l’abbé Noel Zamora du diocèse de Lexington.

La messe a été célébrée pour l’apostolat de la Fraternité Saint-Pierre dans le diocèse de Lexington, « Regina Pacis Chaplaincy », mise en place par Mgr Gainer le 7 octobre 2009 et qui profite de l’obligeant accueil de la paroisse Saint-Pierre dirigée par l’abbé John liste.  La messe traditionnelle est célébrée dans ce diocèse depuis 2005. Le responsable de cet apostolat de la Fraternité Saint-Pierre est l’abbé John Rickert, ordonné prêtre le 22 mai 2010 par Mgr Fabian Bruskewitz et Lexington est son premier poste.

[Christophe Saint-Placide] Et encore un évêque!...

SOURCE - Christophe Saint-Placide - 16 décembre 2011

Pour la deuxième fois, Mgr Ronald W. Gainer, évêque de Lexington dans le Kentucky (USA) a célébré une messe en forme traditionnelle. C’était dimanche dernier, pour Gaudete, en l’église Saint-Pierre de Lexington. Mgr Gainer était assisté de l’abbé John Rickert, de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre et par l’abbé Noel Zamora du diocèse de Lexington.

La messe a été célébrée pour l’apostolat de la Fraternité Saint-Pierre dans le diocèse de Lexington, « Regina Pacis Chaplaincy », mise en place par Mgr Gainer le 7 octobre 2009 et qui profite de l’obligeant accueil de la paroisse Saint-Pierre dirigée par l’abbé John liste.  La messe traditionnelle est célébrée dans ce diocèse depuis 2005. Le responsable de cet apostolat de la Fraternité Saint-Pierre est l’abbé John Rickert, ordonné prêtre le 22 mai 2010 par Mgr Fabian Bruskewitz et Lexington est son premier poste.

[Jean-Marie Guénois - Religio Blog] Les ultras-catholiques ont-il pris le dessus sur les catholiques ?

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Religio Blog, blog du Figaro - 16 décembre 2011

La France serait devenue « christianophobe ». Un esprit distingué de l'institut Civitas le dit haut et fort. Cette nation, fleuron du christianisme et des Lumières a désormais peur du christianisme. Elle s'en méfie et le combat...
Il y a des preuves formelles. Depuis dix mois, trois créations artistiques l'attestent :
  • « Pisschrist », photo d'un crucifix dans un bocal d'urine de l'auteur américain Andes Serrano exposée pendant trois semaines à Avignon
  • une pièce « Sur le concept du visage du Fils de Dieu » de l'Italien Roberto Castellucci (jouée dix soirées à Rennes, treize soirées à Paris)
  • « Golgota Picnic » de l'Argentin Rodrigo Garcia (jouée dix fois à Paris et cinq fois à Toulouse).
Mais dans les trois cas, c'est la réaction des opposants criant au « blasphème » qui a créé l'événement. De fait, à Avignon, le photographe posant devant son œuvre n'a pas vraiment l'air dépité devant les coups de marteaux qui ont sorti l'exposition de l'anonymat.
De même pour les deux pièces de théâtre, les "intégristes" ont été une aubaine. Le paroxysme a été atteint il y a une semaine à Paris pour « Golgota picnic » devenu une sorte de symbole national du calvaire de la persécution religieuse subie par les catholiques français. Que diraient,au passage, les chrétiens Irakiens ?
Les temps changeraient donc vite. Il y a douze mois exactement - mais c'était il y a trop longtemps, avant la nouvel ère christianophobe - le film « des hommes et des dieux » faisait un tabac : 3 204 170 entrées sans compter la diffusion DVD. Les commentaires de l'époque - diamétralement opposés à ceux d'aujourd'hui - se demandaient comment expliquer cette résurgence, et cet intérêt nouveau, pour le christianisme ! Nous étions fin 2010, le vent aurait tourné depuis...
Plus de trois millions d'entrées seraient donc un détail face aux quelques centaines de spectateurs qui ont vraiment payé leurs places pour voir ces pièces à scandale ? Il est vrai que trois millions et même quatre millions avec les DVD, ce n'est effectivement rien face aux dizaines de millions qui ont finalement entendu parler de ces pièces grâce à la publicité assurée par... Civitas !
Mais comment cet institut pourtant opposé à ces pièces aurait-il commis une telle bévue ? Civitas - je parle de ses responsables non de la bonne foi, respectable, des gens qui les suivent - pourrait avoir une autre idée derrière la tête en organisant le tapage ?
Sur son site, l'institut se définit comme un « mouvement politique » regroupant des « laïcs catholiques engagés dans l'instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier ». Il ajoute : « l'institut Civitas est une œuvre de reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France ». Rien n'est dit sur les liens avec une tendance dur de la Fraternité Saint Pie X opposés à un accord avec Rome, explicitement présents à la manifestation, ni des déçus de Marine le Pen qui n'acceptent pas sa défense de la laïcité.

Deux curiosités donc dans cette affaire :
- La première a consisté à faire croire que le danger christianophobe menaçait la France alors que d'autres signes ( par exemple le succès "des hommes et des dieux") démontrent amplement le contraire. Il est dès lors limpide que cette manoeuvre avait deux objectifs : faire parler de soi et de préparer le terrain avec ce slogan affiché pendant les manifestations : « la France est chrétienne et doit le rester » pour un autre combat de fond, l'islamophobie, la peur de l'islam.
- La seconde : les manifestants de Civitas ont voulu apparaitre comme des « catholiques » neutres, sans appartenance particulière, récusant toute appellation « d'intégristes ». Et ils ont presque réussi malgré la précision de leur discours anti-romain et contre le Pape. La presse a d'ailleurs fini par les appeler « ultra-catholiques » mais les premières dépêches parlaient effectivement de « catholiques ».

Deux observations pour conclure :
A première vue, ces « utras-catholiques » ont médiatiquement pris le pas sur les catholiques. Car en refusant de se mouiller frontalement - pour ne pas faire de publicité aux spectacles et pour ne pas faire le jeu de certains lefebvristes et du Front national - l'Eglise catholique s'est effectivement retrouvée au second plan, sur un strapontin médiatique. A ce titre, les 7 000 personnes massées, le 8 décembre, à Notre Dame de Paris, soir de la première au théâtre du Rond Point, pour vénérer la couronne d'épines sont presque passées inaperçues contrairement aux 2 000 « ultra-catholiques » qui manifestaient. Dans la grammaire médiatique et dialectique courante, ces derniers étaient considérés comme les « vrais » opposants .

Que restera-t-il de tout cela ?
Un chapitre de plus sur les polémiques récurrentes entre l'art et la foi sur fond de blasphèmes mais rien de neuf sur ce plan.
Quant à la supposée réussite médiatique de Civitas, saluée par beaucoup, depuis une semaine, elle me parait très discutable.
Ce mouvement peut avoir l'impression d'être entré sur la scène publique. Il s'est fait un nom. Mais réalise-t-il qu'il a joué un rôle à son insu dans cette affaire et qu'il a été largement utilisé comme faire valoir ? Loin d'être normalisé il est donc déjà marginalisé. Son audience n'existe et n'existera que par rapport à l'objet de ses protestations, ces spectacles ou d'autres scandales à venir. Et non par ses propositions totalement irrecevables dans le cadre de la laïcité française et formellement rejetées par l'Eglise catholique.
En ayant couvert cette polémique, j'ai eu l'impression que la pièce était souvent autant à l'extérieur du théâtre qu'à l'intérieur. Chacun a joué son rôle remarquablement, certains sans en avoir conscience. Une fois les lampes éteintes, il reste peu de choses.

Ceux qui pensent avoir gagné une notoriété seraient bien inspirés de méditer sur la vanité et l'illusion de cette notion surtout quand elle s'obtient dans l'instantané d'un conflit violent et médiatique. La notoriété durable et la crédibilité obéissent à d'autres critères.

15 décembre 2011

[Dominicains d'Avrillé - Lettre aux tertiaires de Saint Dominique] Vous avez dit : « herméneutique de la continuité » ?

SOURCE - Extrait de la Lettre aux tertiaires de Saint Dominique - Noel 2011

Dans son « discours-programme » du 22 décembre 2005, le pape Benoît XVI disait que l’interprétation des nouveautés enseignées par le concile Vatican II (1) doit repousser    « l’herméneutique de la discontinuité par rapport à la Tradition » tandis qu’elle doit affirmer « l’herméneutique du renouveau dans la continuité ». En termes plus simples : le concile Vatican II ne doit pas être interprété dans le sens d’une rupture mais dans le sens d’une continuité avec la Tradition.
 
Aussitôt, dans les milieux ralliés, ce fut un cri de triomphe : le nouveau pape ne veut pas rompre avec le passé de l’église, il met un coup de frein et va ramener l’église à la Tradition. Cette « herméneutique » de la pensée de Benoît XVI est en fait un tragique contre-sens. 
 
D’abord, les faits n’ont montré en rien un retour à la Tradition. Benoît XVI continue inexorablement la politique de Jean-Paul II, nous l’avons vu en octobre dernier avec le renouvellement du scandale d’Assise. Il aurait suffit de lire les écrits du cardinal Ratzinger pour s’y attendre : « Si par restauration on entend un retour en arrière, alors aucune restauration n’est possible. [...] Non, on ne retourne pas en arrière et on ne peut y retourner (2)».
 
Certains diront : il y a quand même eu le Motu Proprio autorisant la Messe traditionnelle, la levée des excommunications, les discussions doctrinales sur le Concile avec la Fraternité.
  • Au sujet du Motu Proprio, le pape n’a accordé la Messe traditionnelle qu’à ceux qui ne rejetaient pas la nouvelle, il n’y a donc pas grand changement : « Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire » (Motu Proprio n° 19).
  • Pour ce qui est de la levée des excommunications, sa portée est quand même limitée du fait que les excommunications de 1988 – et d’abord celle de Mgr Lefebvre – n’ont pas été déclarées nulles et injustes, et du fait que le ministère des évêques et prêtres de la Tradition est toujours déclaré illégitime :Mgr Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei a réaffirmé clairement qu’il était défendu aux catholiques de participer à la messe ou de recevoir les sacrements des prêtres de la Fraternité, car – pour lui – ceux-ci sont canoniquement irréguliers (3).Il n’y a peut-être plus d’excommunication de droit (officiellement du moins, car ces excommunications étaient invalides dans la réalité), mais puisque les fidèles sont avertis de ne pas fréquenter les chapelles de la Tradition, il reste une excommunication de fait !
  • Quant aux discussions doctrinales, on se demande quelle a été leur utilité (4) dans la mesure où, après deux années de discussions, Rome ne trouve rien de mieux à dire que : « Nous sommes prêts à vous reconnaître à condition d’accepter le Concile (5).
Donc, rien n’a changé à Rome depuis Mgr Lefebvre.
 
Alors que signifie cette « herméneutique de la continuité » qui est le programme de Benoît XVI ?
Très significatif à cet égard, est l’article de Mgr Ocariz paru dans l’Osservatore Romano du 2 décembre dernier. Mgr Ocariz faisait partie de la commission des experts de la Congrégation pour la doctrine de la foi en charge des discussions doctrinales avec la Fraternité. Nous avons distribué et étudié ce texte capital en réunion de Tiers-Ordre (6). Nous en rappelons donc seulement ici les principaux passages :
  1. « Le concile Vatican II n’a défini aucun dogme, au sens où il n’a proposé aucune doctrine au moyen d’un acte définitif. Toutefois, le fait qu’un acte du Magistère de l’église ne soit pas garanti par le charisme de l’infaillibilité ne signifie pas qu’il puisse être considéré comme faillible (7), au sens où il transmettrait une doctrine provisoire ou encore [de simples] opinions autorisées. Toute expression du Magistère authentique doit être accueillie pour ce qu’elle est véritablement : un enseignement donné par des pasteurs qui, dans la succession apostolique, parlent avec un "charisme de vérité" (Dei Verbum 8), "pourvus de l’autorité du Christ" (Lumen Gentium 25), "sous la lumière du Saint- Esprit" (ibid.) (8). »
     
  2. « Au concile Vatican II, il y eut diverses nouveautés d’ordre doctrinal. [...] Certaines d’entre elles ont été et sont encore l’objet de controverses en ce qui concerne leur continuité avec le Magistère précédent, c’est-à-dire leur compatibilité avec la Tradition. [...] L’attitude catholique, compte tenu de l’unité du Magistère, consiste à chercher une interprétation unitaire dans laquelle les textes du concile Vatican II et les documents magistériels précédents s’éclairent mutuellement. [...] Des espaces légitimes de liberté théologique demeurent, pour expliquer, d’une façon ou d’une autre, la non-contradiction avec la Tradition de certaines formulations présentes dans les textes conciliaires. [...] A cet égard, il ne semble pas superflu de tenir compte du fait que presque un demi siècle s’est écoulé depuis la conclusion du concile Vatican II, et qu’au cours de ces décennies, quatre Pontifes romains se sont succédés sur la chaire de Pierre. »
     
  3. « Cette adhésion au Concile ne se présente pas comme un acte de foi, mais plutôt d’obéissance. Elle n’est pas simplement disciplinaire, mais enracinée dans la confiance en l’assistance divine au Magistère, et donc dans la logique et sous la mouvance de l’obéissance de la foi (9). ». Cela rappelle le temps où Mgr Lefebvre se rendait à Rome pour montrer l’opposition doctrinale entre les nouveautés du Concile et l’enseignement constant de l’église, et où il s’entendait toujours répondre : « Obéissez, obéissez, obéissez ! »
Nous espérons que vous avez maintenant compris le raisonnement, et ce que signifie « l’herméneutique de la continuité » : le pape et le Concile sont le Magistère, ils parlent avec l’autorité du Christ, donc ils ne peuvent pas se tromper. Si certaines nouveautés du Concile vous semblent en contradiction avec l’enseignement du Magistère précédent, eh bien ! vous vous trompez, car ce n’est pas possible. Donc, revoyez votre copie, et nous vous accordons généreusement la liberté de vous mettre au travail, mais seulement pour montrer que, finalement, ces nouveautés ne sont pas en contradiction mais sont en continuité avec la Tradition.

C’est ce qu’a fait Le Barroux aussitôt son ralliement, par exemple, lorsque dom Gérard a demandé au père Basile de faire une thèse pour prouver la continuité de la liberté religieuse de Vatican II avec la Tradition. Campos aussi, etc.

Alors, le tapis rouge est déroulé et tous les honneurs vous sont accordés : bénédiction abbatiale, consécration épiscopale, reconnaissance immédiate de votre Institut comme étant de droit pontifical, etc. Il faut dire qu’en tentant de prouver que les nouveautés de Vatican II ne sont pas en opposition avec la Tradition, vous avez rendu le plus éminent des services à la Révolution dans l’église. Alors, vous méritez bien quelque récompense.

Mais ce sont les trente deniers de Judas ; et des chaînes d’or qui vous empêchent désormais de continuer le combat de la Tradition. Mgr Ocariz veut enfin terminer sur une note heureuse : (10) "En examinant le Magistère du pape et l’adhésion que lui a donné l’épiscopat, une éventuelle situation de difficulté devrait [alors] se changer en une adhésion sereine et joyeuse au Magistère."

Et de toutes façons, si vous n’êtes pas convaincus : obéissez ! Sinon vous risquez d’être de nouveau condamnés comme l’a été Mgr Lefebvre en 1988, « excommunié » pour avoir « une notion incomplète de la Tradition  » : incomplète parce qu’il ne voulait pas y insérer de force le concile Vatican II.

Extrait de la Lettre aux tertiaires de Saint Dominique, Noël 2011

1 — Pensons ici à l’œcuménisme, à la liberté religieuse, à la collégialité, par exemple.
2 — Cardinal RATZINGER, Entretiens sur la foi, p. 40. Il faut ajouter que la pensée du pape n’a pas changé depuis le temps où il était cardinal. Il a fait rééditer toutes ses œuvres passées en précisant qu’il pensait toujours la même chose.
3 — Interview sur Radio-Vatican, le 1er décembre 2010.
4 — Nous ne critiquons pas ici le bien fondé de ces discussions. Essayer de convertir la Rome moderniste par l’argumentation doctrinale n’est pas en soi mauvais; et toutes les précautions prudentielles avaient été prises pour que ces discussions ne soient pas dangereuses.
5 — Sermon de Mgr FELLAY à écone le 8 décembre 2011.
6 — Ceux qui n’ont pu assister à ces réunions peuvent nous le commander.
7 — Comprenne qui pourra : ce n’est pas parce que le Concile n’est pas infaillible qu’il pourrait etre faillible.
8 — Mgr Ocariz a totalement oublié la réserve du concile Vatican I au sujet des déclarations des papes : « Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine ; mais pour qu’avec son assistance, ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi » (Constitution dogmatique Pastor aeternus du 18 juillet 1870. FC 481, DS 3070).
 9 — Comprenne qui pourra, une fois de plus : ce n’est pas une adhésion de foi, mais finalement cela revient à une adhésion de foi.
10— Motu proprio Ecclesia Dei adflicta du pape JEAN-PAUL II.