19 mars 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Pourquoi la souffrance?

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 19 mars 2011

Ce dernier déplacement dramatique des plaques tectoniques à l'est du Japon qui a causé à  l'intérieur du pays le plus grand tremblement de terre que le Japon ait connu depuis longtemps, et sur le littoral un raz-de-marée absolument dévastateur, doit susciter en beaucoup d'esprits la question classique : si Dieu est tout-puissant et parfaitement bon, comment est-ce possible qu'il permette tant de souffrance des hommes ?  La réponse classique n'est pas trop difficile en théorie, au moins quand on ne souffre pas trop soi-même ! -

Tout d'abord, la souffrance est souvent un châtiment du péché. Le péché envoie les âmes en Enfer, alors que Dieu les a créées pour le Ciel. Si la souffrance sur terre va freiner le péché et aider les âmes à choisir le Ciel, alors Dieu, qui est certainement maître des plaques tectoniques, peut sans difficulté s'en servir pour châtier le péché. Les Japonais étaient donc spécialement pécheurs ?  Notre Seigneur lui-même nous dit de ne pas poser cette question-là, mais plutôt de penser à nos propres péchés et de faire pénitence, « autrement vous périrez tous de façon semblable » (Lc.XIII, 4). Assurément il y a des Japonais qui se demandent en ce moment si après tout le but de la vie consiste à s'adonner au matérialisme et au confort qu'ils ont appris à l'Occident.

Deuxièmement, la souffrance humaine peut bien être un avertissement qui détourne les hommes du mal et coupe leur orgueil. En ce moment tout l'Occident impie devrait se poser comme problème son propre matérialisme et sa prospérité. Car si depuis des années l'incidence des tremblements de terre et des autres désastres naturels augmente constamment dans le monde entier, n'est-ce pas que le Bon Dieu cherche à attirer notre attention, en espérant peut-être nous éviter la « pluie de feu » dont sa Mère nous a avertis à Akita (au Japon) en 1973?  Mais actuellement n'est-il pas tout à fait probable que les Japonais tirent bien plus de profit de leur désastre que l'Occident lointain, parce que ce sont eux précisément qui souffrent ? Ces pays-là qui subissent dès maintenant un avant-goût du Châtiment suspendu au-dessus de toutes nos têtes, peuvent avoir même de la chance.

Troisièmement, Dieu peut utiliser la souffrance humaine pour mettre en valeur les vertus de ses serviteurs. Voilà ce qu'il a fait avec Job et avec les martyrs chrétiens de toutes les époques. Peut-être peu de Japonais ont-ils aujourd'hui la foi surnaturelle, mais s'ils s'humilient sous ce qu'ils sentent être la main puissante de Dieu, ils s'acquerront du mérite et ils rendront gloire à Dieu au moins sur le plan naturel. Déjà  leur réaction exemplaire n'édifie-t-elle pas le monde entier ?

Enfin il y a la réponse que Dieu lui-même donne à Job, qui vers la fin de son Livre dans l'Ancien Testament n'est toujours pas satisfait des explications de sa souffrance que lui-même ou sa famille ou ses amis ont pu trouver. Je condense et adapte les Chapitres 38 et 39 de son discours ! - « Où étais-tu, Job, lorsque j'ai posé les fondements de la terre ?  C'est toi qui as tracé le dessein des plaques tectoniques ?  Qui, dis-le-moi, retient normalement la mer dans ses limites, et ne permet pas qu'elle inonde la terre ?  Penses-tu vraiment que je n'ai pas eu de bonnes raisons pour la laisser inonder le littoral nord-est du Japon ? »  Et Job de se soumettre enfin !  Cette réponse le satisfait, et il reconnaît qu'il a eu tort de mettre en question la sagesse et la bonté de Dieu (Job Ch.42, 1-7).

Faisons nous-mêmes pénitence, laissons-nous avertir comme il faut par le désastre au Japon, espérons nous aussi rendre gloire à Dieu quand il sera notre tour de souffrir, et reconnaissons surtout que Dieu seul est Dieu.

Kyrie eleison.

18 mars 2011

[FSSPX - La Porte Latine] Au sujet des propositions de Mgr Alain Planet à la FSSPX...

SOURCE - FSSPX - La Porte Latine - 18 mars 2011

Comme chaque année depuis 1995, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X organise un pèlerinage à Notre-Dame de Marceille à Limoux (Aude). Une seule fois, la première année, la messe du pèlerinage a dû avoir lieu à l'extérieur de la basilique, mais déjà sur les terrains du sanctuaire. Dés 1996, la colonne a pu accéder, avec l’accord de l’évêque de l’époque, Mgr Jacques Despierre, au chœur pour y assister à la messe. Certes, les confessionnaux étaient cadenassés pour que nos prêtres ne puissent y absoudre les péchés, ce qui les conduisait à administrer le sacrement hors confessionnal. Mais les portes restaient bel et bien ouvertes pour cette foule venant uniquement… prier. Les organisateurs du pèlerinage ont toujours veillé à en remercier les autorités ecclésiastiques, veillant, autant que possible, à maintenir comme ailleurs des relations respectueuses.
Telle est la situation dont a hérité Mgr Alain Planet lors de son arrivée dans le diocèse le 24 juin 2004.
Aujourd’hui et il est difficile d’y voir un accroissement de confiance de sa part, de nouvelles conditions sont exigées unilatéralement pour que puisse se perpétuer une situation qui avait parfaitement fonctionné depuis 15 ans. Le diocèse comme l’école de la Fraternité étaient conscients que tous les problèmes tant doctrinaux, liturgiques que canoniques n’étaient pas entièrement réglés – laissant leurs autorités respectives s’en charger – mais une mise à disposition, ne cherchant pas à résoudre des différends vieux de quarante ans, permettait un certain regain de confiance localement. Or, celle-ci se trouve manifestement ébranlée par de nouvelles exigences imposées par l’évêque :
Si par cette demande, l’évêque de Carcassonne et Narbonne veut s’assurer que son ministère légitime est reconnu, alors nous sommes prêts à le lui confirmer. S’il souhaite, par ces dispositions, entendre de notre part que la « pastorale » des évêques de France, tant doctrinale que liturgique, est fidèle à la Tradition de l’Église, alors nous ne pouvons en convenir.
Dans un récent entretien, notre supérieur général, Mgr Bernard Fellay, a confié : « Il ne fait aucun doute que dans l’avenir il pourra y avoir une collaboration avec certains évêques ». Prions Notre Seigneur pour qu’Il suscite des évêques courageux, comme nous reçûmes le concours de Mgr de Castro Mayer au Brésil ou de Mgr Lazo aux Philippines qui ont su comprendre cette crise de l’Église.
Dans son entretien, Mgr Fellay poursuivait : « Il sera indispensable que cela se fasse avec des évêques qui ont réellement compris la crise et qui veulent vraiment de nous. » En effet, Mgr Marcel Lefebvre, notre fondateur, par expérience, a vu en son temps que la dépendance d’évêques diocésains était un moyen caché pour eux de contenir et détruire à petit feu les œuvres saines. L’exemple des communautés Ecclesia Dei est lui aussi éloquent. C’est parce qu’elles dépendent des évêques pour recevoir les pouvoirs de confesser ou pour recevoir la confirmation qu' elles ont été brimées, confinées, réduites au silence, qu’on les a progressivement invitées au biritualisme.
Aussi, la question qui se pose est de savoir si Mgr Alain Planet « veut vraiment de nous » - comme le dit Mgr Fellay – afin de répondre à ces exigences. Veut-il développer nos œuvres établies dans l’Aude pour ce qu’elles sont, en les encourageant, en étendant leur ministère ? Ou bien veut-il en faire des communautés ligotées, auxquelles, après leur avoir concédé les pouvoirs de confesser - comme si la situation de néccesité n'existait plus - , on finirait par les leur refuser, par exiger d’elles d’autres conditions qu’on demande déjà à d’autres : le biritualisme, le silence sur la doctrine et la présence active à la messe chrismale le Jeudi-Saint ?
Bien entendu, afin de connaître les intentions réelles de Mgr Alain Planet à notre égard, nous ne nous contenterons pas de nous fier à de faux bruits ou de nous limiter à de vagues impressions. Dans le contexte actuel, de telles propositions de la part d’un évêque seraient inespérées pour certains. Elles le seraient si – et seulement si – la volonté de celui qui les donne est de faire grandir nos œuvres, non de les détruire par la voie d’une obéissance qui nous emprisonnerait. Aussi, en resterons-nous aux faits et déclarations de l’évêque de Carcassonne et Narbonne.
Pour Mgr Planet, les francs-maçons sont des « hommes de bonne volonté »
Alors que certains de ses confrères dans l’épiscopat rappellent courageusement la réprobation totale de l’Église à l’égard de la franc-maçonnerie, Mgr Alain Planet a manifesté, plus d’une fois, sa réelle amitié pour ses adeptes, confirmant sa volonté de dialoguer avec eux, minimisant complètement le danger qu’ils représentaient, faisant entendre que toutes les obédiences n’étaient pas opposées à l’Église, laissant publier (1) dans les journaux des annonces indiquant ses visites dans les loges maçonniques telles que celle de l’Express du 23 mai 2005 :
« Inédit. L'évêque de Carcassonne, Mgr Alain Planet, parlera des relations entre l’Église et la franc-maçonnerie, le 27 mai, à Narbonne (Aude), lors d'une tenue de la Grande Loge nationale française. »
Interrogé par la chaîne KTO le 13 juin 2008, il reconnaissait son engagement à dialoguer avec les francs-maçons :
« Toutes les obédiences [maçonniques] sont [dans l’Aude].Mais, je crois que, là aussi, c’est beaucoup plus compliqué que cela. Il y a tout un processus de rencontres des francs-maçons qui se fait. Bon, sans trahir de secret, je peux dire qu’il y en a même qui travaillent dans des groupes bibliques. On en a mis justement dans le point de la rencontre (sic). Ce n’est pas aussi simple que cela, aussi tranché. Qu’ensuite, il soit clair que l’idéal de la franc-maçonnerie n’est pas exactement celui de l’Église catholique, c’est évident. Mais ceci étant dit, cela veut dire qu’il y a toujours un dialogue pour les hommes de bonne volonté et que le dialogue existe dans l’Aude. »
Non seulement l’idéal de la franc-maçonnerie n’est pas exactement celui de l’Église, mais il est complètement contradictoire et incompatible avec le sien, rendant particulièrement nocives ces relations. Même le bon sens du journaliste l’a conduit à s’interroger devant l’évêque : « Qu’est-ce que vous attendez de ce dialogue ? »
Le laxisme de l’évêque vis-à-vis de l'islam
Le 2 novembre dernier, jour des morts, l’église du Viguier (Aude) était caillassée. Loin de prendre au sérieux cette nouvelle marque de la haine du Christianisme dans notre pays, Mgr Alain Planet voyait là l’amusement de quelques adolescents, allant jusqu’à renverser les rôles des coupables et des victimes :
« Les déchaînements de haine anti-islamiste qui ont suivi les événements de Carcassonne sont beaucoup plus offensants pour le Christianisme et le Christ lui-même que la sottise de quelques enfants mal intentionnés. »
Et lors de la cérémonie de réparation, l’évêque a même invité l’imam local à s’exprimer dans l’église du Viguier. (France Catholique).
Monseigneur Planet, habitué des temples protestants
Mgr Alain Planet participe régulièrement à des cérémonies organisées dans les temples protestants avec des pasteurs.
Ce fut le cas à Narbonne le 8 mai 2010 comme cela avait été le cas au temple réformé de Carcassonne (dont le service est notamment assuré par une femme pasteur) le 23 janvier.
Au cours d’une cérémonie à coloration politique célébrant la défense des « sans papiers », l’évêque n’a pas craint d’écouter le prêche du pasteur pour finalement donner sa bénédiction finale.
Ainsi, s’il met en garde contre des catholiques traditionalistes sous prétexte qu’ils ne seraient pas en pleine communion, en revanche, aucune réserve n’est faite à l’égard de ceux qui ne sont pas en communion du tout.
Enfin, pour la célébration du dimanche de Pâques en 2009, Mgr Planet assistait au culte protestant célébré par le pasteur Pairou à Malportel (Aude).
Le Motu Proprio engendrerait la « contamination » des rites
Peut-on légitimement penser que le but de Mgr Planet est d’encourager la messe traditionnelle ? On peut vraiment en douter lorsque, sur un plateau de télévision, il affirme son désaveu de la liturgie préconciliaire considérée comme « pauvre » :
« J’ai eu la chance d’être curé de ZUP et j’ai découvert que la liturgie quand elle est vécue avec des gens qui sont démunis de moyens pour recevoir les discours didactiques que nous savons si bien faire, là, sont capables de vivre des choses. Parce qu’on le vit ensemble. La liturgie, c’est vivre l’Évangile avec ses pieds, avec ses mains, avec son nez, avec son corps tout entier […] La liturgie de mon enfance était quand même très pauvre. Elle était intéressante, mais elle était très pauvre. »
Plus loin, l’évêque de Carcassonne explique diplomatiquement que le Motu Proprio pourrait engendrer une contamination entre les rites. Nous craignons de ne pas la voir au même endroit :
« On est souvent suspendu entre deux liturgies. Et c’est dommage. Alors ça peut aller dans le sens de l’enrichissement que souhaite le Saint-Père, ça peut aller dans le sens des contaminations qui empêchent l’un et l’autre d’exister. Donc je crois qu’il faut donner toute sa dimension à la réforme liturgique de Vatican II et qu’il y a encore un grand travail à faire ».
La justice envers les sœurs de Fanjeaux
Enfin, un peu d’histoire permet de comprendre le contexte du département de l’Aude. L’un des foyers de la résistance catholique pour conserver la doctrine et la liturgie fut Saint-Dominique du Cammazou à Fanjeaux, où Mère Anne-Marie Simoulin, qui avait dû prendre avec bon nombre de ses sœurs leurs distances par rapport à leur communauté déliquescente, étaient venues fonder en juillet 1975 une œuvre désormais unanimement reconnue puisqu’elles sont désormais fortes de 182 religieuses et qu’elles ont fondé 9 nouvelles maisons.
L’accueil de l’évêque de Carcassonne fut des plus glaciaux, puisque Mgr Pierre-Marie Puech, avait, l’année suivante, apporté aux religieuses en guise de bienvenue un rescrit qui leur imposait la dispense de leurs vœux de religion. Le décret ajoutait :
« La messe ne doit plus être célébrée, en latin comme en français, que selon le rite du Missel romain promulgué par Paul VI »…
Aujourd’hui, Mgr Alain Planet propose de confirmer dans les écoles dont nous assurons l’aumônerie. Mais il conviendrait d’abord que justice soit faite au profit des dominicaines de Fanjeaux qui n’ont jamais démérité.
Conclusion
Mgr Lefebvre en son temps était habitué à des sollicitations canoniques prometteuses lui garantissant que tout serait aplani moyennant telle ou telle concession symbolique. Loin de se faire aveugler par un mirage canonique, il savait sur quelles intentions ces promesses reposaient. C’est pour cette raison que Mgr Fellay avait demandé à Rome des préalables pour rétablir un minimum de confiance. Ne faudrait-il pas également prendre ces précautions à l’échelon des diocèses ?
Une fois de plus, les faits sont là, devant nous, révélant les intentions profondes des hommes et prouvant, s’il en était encore besoin, l’état d’urgente nécessité dans lequel se trouve ce diocèse sinistré.
Demain, devrons-nous demander une confirmation qui nous sera finalement refusée après-demain ? En conscience, nous ne pouvons faire prêcher devant nos élèves un prélat qui s’attache à affirmer ses accointances avec les protestants, les musulmans ou les francs-maçons, lesquels reçoivent plus d’égards dans ce diocèse que des catholiques auxquels on ajoute habilement des conditions afin de mettre un terme à des générosités passés.
Nous savons trop ce que ce système diocésain a engendré pour ne pas vouloir faire entrer dans nos écoles, même par les prêches, une pastorale désavouée par les faits. Aujourd’hui, toutes années confondues, il n’y a plus qu’un seul séminariste dans le diocèse de Mgr Planet. Dans son département, notre école de Saint-Joseph des Carmes, située à Montréal de l’Aude a, quant à elle, fourni aux séminaires de la Fraternité trente-neuf vocations sacerdotales depuis qu’il est évêque (2004), sans compter les nombreux prêtres ordonnés précédemment.
On jugera l’arbre à ses fruits pour considérer la prudence à adopter.
(1) A la suite de la parution d'un autre article de l'Express n° 3010 daté de mars 2009, Mgr Planet a fait publier un "message de l'évêque" dans lequel il confirmait l'existence d'un groupe catholiques-francs-maçons et persistait dans l'utilité de ces rencontres. Dans la suite de son message Mgr Planet se voyait contraint de rappeler les directives de l'Eglise au sujet de la Franc-maçonnerie. Ce rappel apparaît comme purement platonique au regard des faits patents rapportés dans notre dossier... 

17 mars 2011

[Romano Libero - Golias] Dialogue à Tradiland

SOURCE - Romano Libero - Golias - 17 mars 2011

Voici un dialogue intéressant et passionné au sein de la galaxie traditionaliste entre les tenants de la confiance à Benoît XVI et ceux d’une position de réserve. Sur son site, /La Revue Item, la tradition sans peur/, l’abbé Paul Aulagnier répond longuement à un article de l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X (ex-lefebvristes), paru dans la revue /Fideliter/ puis sur le site de /La Porte latine/.

En substance, l’abbé de Cacqueray estime qu’il faut continuer le combat. Il justifie la position de prudence et même de défiance de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X en ce qui concerne un accord avec Rome. Après avoir admis dans une certaine mesure les arguments avancés par ceux qui en dehors de la Fraternité Saint-Pie X s’interroge sur son refus actuel des accords avec Rome, comme ceux d’un rapprochement du Pape de la cause de la tradition, surtout en matière liturgique, l’abbé Régis de Cacqueray affirme que si le verre est à moitié plein, pour reprendre son expression, il est aussi à moitié vide. Argument bien entendu réversible car on peut choisir de voir plutôt un aspect ou l’autre.

L’abbé intégriste se justifie en ces termes : "la crise de l’Église est fort loin d’être terminée. La reconnaissance officielle des erreurs prendra encore du temps. En priant pour que Dieu vienne sauver son Église (sans jamais prétendre que c’est nous qui, par nos propres forces, pourrions le faire), continuons donc fidèlement à faire ce que la Providence, dans sa miséricorde, nous a appelés à faire : témoigner envers et contre tout de la Tradition de l’Église".

L’abbé Paul Aulagnier, quant à lui, semble préférer voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide. Bien entendu il ne conteste pas certaines objections avancées par de Cacqueray. Mais il veut avoir confiance en la Providence qui conduit l’Eglise et estime que cette situation n’empêche nullement de vouloir des accords avec Rome et que c’est même là ce qu’aurait souhaité et ce qu’a toujours essayé de faire Mgr Lefebvre.

Il est intéressant de lire ce que PAul Aulagnier, qui n’a jamais été un dur parmi les lefebvristes, mais a pourtant approuvé en 1988 la décision du Prélat d’Ecône d’ordonner quatre évêques sans l’accord de Rome, sans mandat pontifical, au sujet de la prochaine rencontre des religions à Assise voulu par Benoît XVI. Et qui est évidemment au coeur des débats : "Sans doute, cette annonce nous a tous surpris : il était de notoriété publique que le cardinal Ratzinger n’avait guère apprécié l’initiative de Jean-Paul II en 1986. Pourtant, cette annonce, si elle est quelque peu inattendue, n’est en rien illogique. Car les principes qui fondent la démarche d’Assise sont ceux de Vatican II, coeur de la pensée de Benoît XVI. Si le cardinal a été réticent dans le passé, c’est peut-être sur la forme, pas pour le fond : Benoît XVI, il l’a dit et redit, veut promouvoir le dialogue interreligieux, et « Assise III » en sera une des étapes ». M l’abbé de Cacqueray, vous dis-je, en conclut qu’il faut suivre la bonne ligne de « toujours », ne pas changer de cap. Mgr Lefebvre ne concluait pas ainsi. Assise I venait d’avoir lieu. Cet acte l’a scandalisé. Il voyait le pape humilié dans sa fonction de « Vicaire du Christ ». De là il décida de procéder aux sacres épiscopales, il voulait sauver et la messe et le sacerdoce catholique. Sans lui, nous n’aurions plus le libre usage de la messe tridentine. Sans sa résistance opiniâtre, nous n’aurions même pas eu la joie du Motu Proprio de Benoît XVI…Et pourtant, il souhaitait la visite apostolique de Rome, la seconde, il l’eut. Il en profita pour remettre au cardinal Gagnon sa « lettre-solution » au problème de la FSSPX dans l’Eglise ; Et pourtant le phénomène d’Assise n’avait guère plus qu’un an. Il était encore dans tous les esprits".

Un rappel historique mais un peu à double-tranchant, car c’est précisément l’épisode d’Assise en octobre 1986 qui cassa quelque chose dans ce que Marcel Lefebvre gardait de confiance en Jean-Paul II. Le débat va certainement devenir plus vif au fur et à mesure qu’approche la rencontre Assise III de l’automne prochain.

[Paix Liturgique] Chronique de la médiocratie ecclésiastique: à Royan, un nouvel exemple de l'exclusion des fidèles attachés à la forme extraordinaire

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 274 - 17 mars 2011

Tout au long de la période de trois ans prévue par le Saint-Père pour évaluer la mise en place du motu proprio Summorum Pontificum, nous avions constaté, malgré bien des difficultés, plusieurs exemples de bienveillance parmi nos curés et pasteurs. Malheureusement, force est de constater que depuis 10 mois cette embellie semble appartenir au passé au point que, depuis juin 2010, très rares sont les exemples d'application large et généreuse du motu proprio...

Pourtant, le nombre de groupes de familles de demandeurs est toujours aussi important : une centaine selon une source proche de la Conférence des Évêques de France et près de 500 selon nous. À ces demandes restées vaines, il convient de rajouter la centaine de lieux où l’application du motu proprio est loin d’être satisfaisante et respectueuse des fidèles, c'est-à-dire où la messe n’est pas célébrée chaque dimanche à un horaire familial. De Reims à Rambouillet, la réalité de groupes stables de demandeurs n’est pourtant plus à démontrer…

Pire, la situation semble se durcir ou, ce qui revient au même, elle ne bouge pas. Si nous avons essayé de faire preuve de bonne volonté dans de nombreux cas difficiles, il nous faut pourtant constater aujourd'hui que l'ostracisme est plus que jamais d’actualité !

Nous publions cette semaine un dossier qui nous éclaire sur l'incroyable refus d'une demande de messe à Royan au nom de “la communion ecclésiale”. Ce dossier détaillé nous incite à nous interroger sur l'existence d’une politique délibérée pour stopper la réconciliation et la paix liturgiques voulues par notre Saint Père Benoît XVI...

Voici l'affaire.

I - LE COURRIER DE REFUS DU PÈRE DELAGE, VICAIRE ÉPISCOPAL DU DIOCÈSE DE LA ROCHELLE - SAINTES

7 février 2011

Monsieur,

Comme je vous l'écrivais en décembre, votre demande méritait réflexion et discernement. Nous en avons pris le temps avec les trois personnes de l'Équipe pastorale et nous avons sollicité l'avis des chrétiens en responsabilité sur notre paroisse, et tout spécialement celui des chrétiens-relais qui assurent un réel ministère de communion autour de chacune des églises de notre paroisse.

Je vous avais dit que l'Équipe pastorale souhaitait que la décision prise, quelle qu'elle soit repose sur un large consensus des acteurs de la mission. Il est ressorti de notre enquête qu'il était inopportun de mettre en place une célébration dans le rit extraordinaire, une telle proposition allant à l'encontre de la communion ecclésiale locale et des efforts consentis par les paroissiens, jour après jour et dans des conditions souvent difficiles, pour une mission qui se doit de prendre en compte les appels de notre monde dans l'esprit du Concile Vatican II . Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre un quelconque risque de division au sein de notre communauté alors même que le Saint-Père et nos évêques nous invitent à œuvrer pour la communion et que cette communion repose d'abord sur ce que la communauté chrétienne vit tout au long de l'année.

Votre requête liturgique étant toutefois compréhensible, je m'empresse de vous indiquer que notre diocèse a rendu possible une célébration selon le rit extraordinaire chaque dimanche, alternativement à La Rochelle et à Saintes. L'assemblée y assistant étant plutôt modeste, ne vaudrait-il pas mieux d'abord donner corps ce qui existe déjà ?

En vous assurant de ma prière sacerdotale,

P. Pascal-Grégoire Delage
Curé de Royan
Vicaire épiscopal

II – LES PRÉCISIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Un mot tout d'abord sur le Père Delage, curé de Royan et vicaire épiscopal pour le doyenné. En dépit du style inénarrable de sa missive, qui pourrait faire croire à un pastiche de style ecclésiastique, le Père Delage est un homme bien réel et très sérieux : spécialiste reconnu de patristique – il anime les Colloques de Patristique de La Rochelle –, il s'agit selon nos informations d'un curé ouvert et d'un style somme toute classique. En ce sens, son refus d'introduire la forme extraordinaire dans sa paroisse est symptomatique des schémas mentaux dans lesquels sont enfermés tant de prêtres actuels.

2) A priori, et nonobstant la référence obligée au concile Vatican II, le refus du Père Delage, n'est pas d'ordre “idéologique”. Pour refuser l'application du motu proprio, il brandit deux arguments : la volonté populaire et la “communion ecclésiale”.

- La volonté populaire, c'est ce que traduit son expression : “nous avons sollicité l'avis des chrétiens en responsabilité sur notre paroisse”. À noter que le “nous” renvoie au curé et aux membres de son “équipe pastorale”, un trio de laïcs engagés dans la paroisse pour être associés “à part entière à l’animation et à la croissance du Corps du Christ qu’est l’Église”. Paix Liturgique a pu s'entretenir avec l'un des membres de cette équipe, Madame Girard. Et, elle aussi a insisté sur la dimension “démocratique”, c'est son terme, de cette décision. La majorité du conseil pastoral, nous a-t-elle indiqué, à savoir les “chrétiens-relais” du Père Delage, soit une vingtaine de personnes, ont jugé qu'il n'était pas nécessaire d'accepter la demande de gens n'habitant à Royan que l'été. D'ailleurs, “ils ont la messe à 35 km, à Saintes”. Comprenant que nous trouvions cette fin de non-recevoir quelque peu abrupte, Madame Girard a toutefois précisé que cette décision pourrait éventuellement être réexaminée “si besoin” mais en précisant bien que nul n'avait à rougir de cette décision “démocratique”....

- La “communion ecclésiale”, c'est l'autre grand argument du curé : “ministère de communion”, “à l'encontre de la communion ecclésiale locale”, “ œuvrer pour la communion” et “ cette communion repose d'abord sur ce que la communauté chrétienne vit tout au long de l'année”. Le Père Delage emploie quatre fois ce terme de “communion” en quelques lignes, c'est dire si celle-ci lui est chère. Il est vrai que c'est l'un de ses thèmes de prédilection dans ses travaux de patristique. Comment se fait-il, alors, que là où le curé dit “communion” nous entendions nous “exclusion” ?

3) L'un des arguments que le curé n'avance pas pour justifier le refus de la célébration, mais qu'utilise Madame Girard est que les demandeurs de la messe n'habitent pas toute l'année à Royan. Ce qui n'est d'ailleurs pas tout à fait exact même s'il est vrai que ces demandeurs ne demandaient justement qu'une célébration estivale de la forme extraordinaire du rite romain. Dans son premier courrier au curé, Thierry Rogister, le représentant de la demande, précisait en effet bien que la quinzaine de familles intéressées “seraient heureuses de bénéficier durant leurs vacances familiales de cet accueil liturgique, ne serait-ce qu'une fois par mois ou, symboliquement, pour le 15 août”. Nous sommes donc loin d'être en présence d'une demande maximaliste...

4) Enfin, dans sa formule finale, le Père Delage tente, sans y parvenir, d'adoucir son refus. “Votre requête liturgique étant toutefois compréhensible, écrit-il, je m'empresse de vous indiquer que notre diocèse a rendu possible une célébration selon le rit extraordinaire chaque dimanche, alternativement à La Rochelle et à Saintes. L'assemblée y assistant étant plutôt modeste, ne vaudrait-il pas mieux d'abord donner corps ce qui existe déjà ?” On voit bien, là encore, que le curé n'a pas de hargne particulière à l'égard de la forme extraordinaire ni de ceux qui la souhaitent mais qu'il est prisonnier de ce schéma mental qui veut que “les tradis dérangent la communion ecclésiale” et qu'il vaut mieux les envoyer voir ailleurs s'il y a de la place pour eux. Comme si les fidèles attachés à la forme extraordinaire pouvaient se satisfaire de cet éloignement “sanitaire” !

Dès mars 2008, Paix Liturgique avait eu l'occasion de se pencher sur ce que nous appelions l'application “martienne” du Motu Proprio en Charente-Maritime (voir notre lettre n°88*). Trois ans plus tard, la formule alambiquée imaginée par Mgr Housset est toujoursd’actualité : la messe est célébrée en alternance, chaque quatrième dimanche du mois et non chaque dimanche comme l'affirme le Père Delage, entre Saintes et les environs de La Rochelle ! Soit, en réalité, 6 fois par an à Saintes et 6 fois par an à La Jarne. De Royan, il faut 40 minutes pour rallier Saintes et 1 heure pour La Jarne. Hors vacances d'été s'entend car, lorsque la saison bat son plein, les temps de trajet deviennent facilement imprévisibles... Les
35 km de Madame Girard nous font ainsi penser aux “trois stations de métro” du Père Chauvet, recteur de St-François-Xavier à Paris, qui justifiait ainsi, au micro de Radio Notre-Dame, la non-application du motu proprio dans les paroisses de la capitale. Le dédain pour le prochain serait-il l'un des traits communs des opposants au motu proprio ? N'est-ce pas non plus la banale réponse que l'on adresse aux gens du voyage en leur demandant "d'aller voir ailleurs" ?

5) Enfin, le Père Delage laisse entendre que, plutôt que de demander la messe à Royan, les fidèles devraient plutôt remplir celle du quatrième dimanche du mois partagée entre Saintes et La Rochelle, dont l'assistance est “modeste”. Mais peut-on vraiment dire que l'assistance est “modeste” – une cinquantaine de personnes hors période de vacances – quand on constate que les fidèles de Saintes ne sont pas, dans leur majorité, les mêmes que ceux de La Jarne ? Et faut-il s'étonner que l'assistance soit “modeste” quand la messe est ainsi proposée de façon épisodique (seulement six fois par an !) ?

En tout cas, la FSSPX rassemble pour sa part, dans ses trois lieux de messe dominicale (La Rochelle, St-Hilaire-de-Villefranche et Saintes), chaque semaine environ 200 fidèles. Or, comme le démontre toutes nos enquêtes d’opinion réalisées par des organismes professionnels, l’immense majorité des fidèles susceptibles d’assister à la célébration de la messe traditionnelle se trouve parmi les fidèles qui sont restés dans leurs paroisses. Ces enquêtes d’opinion nous enseignent en effet qu’un catholique sur trois assisterait volontiers à la messe traditionnelle si elle était célébrée dans SA paroisse.
Ainsi, les 200 fidèles qui ont fait le choix de suivre le mouvement fondé par Mgr Lefebvre ne doivent pas cacher les milliers de fidèles du diocèse restés dans leurs paroisses et qui seraient précisément ravis d’une application du motu proprio... dans LEUR paroisse.

III - LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Cette affaire de Royan, qui remet en pleine lumière la scandaleuse, injuste et mesquine réception du motu proprio dans le diocèse de La Rochelle - Saintes, nous a décidés : puisque toutes les autres méthodes, même les plus discrètes, ne sont ni entendues ni acceptées, nous relançons dès ce mois-ci notre campagne de sondages afin de mesurer, diocèse par diocèse, la réalité de la demande.

Et nous recommençons précisément par le diocèse de Mgr Housset. Nous allons mesurer, statistiquement, quelle est la taille de la minorité diocésaine qui est invitée au silence par la prétendue majorité (en fait les quelques dizaines de laïcs engagés du diocèse ; et par “engagés”, nous voulons dire qu'ils sont aussi, bien souvent, rémunérés par le diocèse). Nous aurons ainsi une idée précise de la taille de ce groupe que le père Delage considère comme "modeste".

Nous verrons également à quel point les « acteurs de la mission » parmi lesquels le refus d’application du motu proprio a fait l’objet d’un « large consensus » sont véritablement représentatifs de l’ensemble des fidèles du diocèse. L’expérience et les sondages montrent que l’argument « démocratique », souvent avancé pour ne pas appliquer le motu proprio, est un dangereux boomerang pour celui qui croit pouvoir le manier sans précaution…

Nous poserons ainsi, une nouvelle fois, la question de l'unité et de la réconciliation entre catholiques, voulue par le Saint Père mais refusée par de nombreuses hiérarchies diocésaines...

2) Pour conclure, laissons au Père Delage le soin de méditer ses propres paroles, tenues sur le site de la paroisse : « les membres de l’équipe pastorale veillent à ce que chacun se trouve chez lui dans l’Église du Christ et puisse avoir les moyens de partager cette joie avec beaucoup d’autres ».

Chacun ? Beaucoup d'autres ? Pas les fidèles attachés au motu proprio de Benoît XVI en tous cas !

La suite dans quelques semaines avec les résultats de notre sondage...

* Naïvement, nous écrivions alors : “Mgr Housset, homme de dialogue, entendra certainement la demande de l’application conforme à la lettre et à l’esprit du texte du pape que vont continuer à lui adresser les familles de son nouveau diocèse attachées à la forme extraordinaire du rite romain”...

15 mars 2011

[Lettre à nos frères prêtres / FSSPX] Les thèmes spécifiques de l'offertoire

SOURCE - Lettre à nos frères prêtres n°49 - Mars 2011

Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France
Directeur de Publication : abbé Régis de Cacqueray. Rédacteur en chef : abbé Grégoire Celier

Pour continuer nos réflexions sur l’offertoire, amorcées avec le numéro 47, il est bon d’essayer de déterminer les thèmes spécifiques qui se retrouvent systématiquement dans les divers offertoires (quel que soit leur nom) des liturgies des Églises d’origine apostolique. Pour ce faire, nous publions ci-après quelques extraits des offertoires de quatre rites : un latin de la famille du rite romain, mais comportant beaucoup de cérémonies propres (rite ambrosien) ; un latin tout à fait indépendant du rite romain (rite mozarabe) ; deux orientaux (arménien et chaldéen), substantiellement différents du rite oriental le plus connu, le rite byzantin. Pour des raisons de place, nous nous sommes limités à ces exemples, mais les offertoires de toutes les liturgies offrent des thèmes étonnamment parallèles.
Rite ambrosien (Milan)
«Dieu tout-puissant et éternel, que vous soit agréable et acceptable cette oblation que moi, indigne, j’offre à votre piété pour moi-même, misérable pécheur, et pour mes innombrables fautes, pour que vous m’accordiez le pardon et la rémission de tous mes péchés ; ne regardez pas mes iniquités, mais que votre seule miséricorde me profite, à moi qui suis indigne».
«Recevez, Trinité sainte, cette oblation que nous vous offrons pour la bonne direction, la garde et l’unité de la foi catholique ; pour la vénération de la bienheureuse Vierge Marie, et de tous vos saints ; pour le salut et la sauvegarde de tous vos serviteurs et servantes, et de tous ceux pour qui nous devons implorer votre clémence car nous avons reçu leurs aumônes, et de tous les fidèles chrétiens, tant vivants que morts : afin que, par votre miséricorde, persévérant fidèlement dans vos louanges, ils méritent d’obtenir la rémission de tous leurs péchés et la récompense de l’éternelle béatitude, à la gloire et à l’honneur de votre nom, ô Dieu, très miséricordieux Créateur de toutes choses. Par le Christ, notre Seigneur».
«Recevez, Trinité sainte, cette oblation, que nous vous offrons en mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension de notre Seigneur Jésus-Christ ; et en l’honneur de tous vos saints, qui vous ont plu depuis le début du monde, et spécialement de ceux dont la fête est célébrée aujourd’hui, ou dont les reliques sont ici présentes ; pour que [cette oblation] soit à leur honneur, en même temps que salutaire pour nous ; en sorte que tous ceux dont nous faisons mémoire sur cette terre daignent intercéder pour nous dans le Ciel. Par le même Christ notre Seigneur».
«Recevez, Trinité sainte, cette oblation pour mon amendement, et purifiez-moi des taches de mes péchés ; en sorte que je mérite de vous servir dignement, très clément Dieu et Seigneur».
Rite mozarabe (Espagne)
«Daignez, Seigneur, purifier ce vase : dans lequel j’espère consommer votre précieux et saint corps. Vous qui avec le Père et le Saint-Esprit vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Mettez dans ce calice, Seigneur, nous vous en prions, ce qui jaillit de votre côté : et que cela se fasse en rémission de nos péchés. Amen. (…) Du côté de notre Seigneur Jésus-Christ sortit du sang et de l’eau : nous les mêlons pareillement, pour que Dieu miséricordieux daigne les sanctifier pour le salut de nos âmes» (préparation du calice, au début de la messe).
«Que soit acceptable par votre Majesté, Dieu éternel et tout-puissant, cette oblation que nous offrons pour nos fautes et nos crimes ; pour la stabilité de la sainte Église catholique et apostolique, et pour ceux qui professent la foi. Par le Christ notre Seigneur».
«Nous vous offrons, Seigneur, ce calice, pour que soit béni le sang du Christ votre Fils ; et nous implorons votre clémence, pour qu’il s’élève devant votre divine Majesté avec une odeur agréable.
Par le même Christ notre Seigneur».
«Recevez, Seigneur, cette oblation de façon favorable ; et remettez les péchés de tous ceux qui l’offrent et de tous ceux pour qui elle est offerte. Par le Christ notre Seigneur».
Rite arménien
«Le Corps et le Sang du Rédempteur sont ici présents. Les puissances célestes, invisibles, chantent et disent d’une voix incessante : Saint, Saint, Saint est le Seigneur des armées». «[Ô Roi de gloire], nul n’est digne parmi ceux qui sont liés par les désirs de la chair ou par les voluptés de venir à toi, de s’approcher de toi, de t’offrir un sacrifice, car te servir est une chose grande et redoutable, même pour les Puissances célestes». «Néanmoins, à cause de ton ineffable bonté, tu t’es fait homme sans changement ni altération de ton être, tu es devenu notre grand-prêtre et tu nous as donné le ministère de ce commun sacrifice non sanglant, comme étant Maître de toutes choses».
«Toi seul en effet, Seigneur notre Dieu, tu commandes au ciel et à la terre, tu es assis sur le trône des Chérubins, tu es le Seigneur des Séraphins et le Roi d’Israël ; tu es le seul Saint, tu reposes parmi les saints. Je t’en prie donc, toi le seul bon et propice, jette les yeux sur moi, qui suis un pécheur et ton serviteur inutile, et purifie mon âme et mon coeur d’une conscience mauvaise». «Toi, Seigneur, à qui nous offrons ce sacrifice, accepte de nous cette oblation et mène-la à son terme en sacrement du Corps et du Sang de ton Fils unique. Que ce pain et ce calice soient donnés comme remède en rémission des péchés à ceux qui y communient».
Rite chaldéen (anaphore d’Addaï et Mari)
«Que nos coeurs soient lavés et purifiés de toute intention mauvaise afin que nous soyons dignes d’entrer dans le Saint des saints haut et sublime, et que nous nous tenions devant ton saint autel, dans la pureté, la sainteté et la vigilance, et afin que nous t’offrions des sacrifices spirituels et raisonnables, dans un esprit de foi véritable». «Toi donc, ô Très Bon, qui ne t’irrites pas pour toujours, et qui ne gardes pas ta colère éternellement, détourne ta face de mes péchés et efface mes iniquités par ta grande miséricorde, Père, Fils et Saint-Esprit à jamais».
«Mes frères, priez pour moi, afin que cette offrande soit accomplie par mon intermédiaire.
R : Que Dieu le Seigneur de l’univers, par sa grâce et sa miséricorde, te fortifie pour accomplir sa volonté et qu’il accepte ton offrande et prenne plaisir à ton sacrifice, pour nous, pour toi et pour les quatre coins du monde, à jamais. Amen». «Oui, notre Seigneur et notre Dieu, ne regarde pas la multitude de nos péchés, et que ta Majesté ne se détourne pas en raison du poids de nos iniquités ; mais plutôt, dans ta bonté ineffable, agrée ce sacrifice de nos mains, et donne-lui la puissance et la vertu d’effacer nos fautes innombrables, afin qu’à l’Avènement de ton Fils bien-aimé, à la fin des temps, revenant dans notre condition humaine, nous trouvions à ses yeux grâce et miséricorde, et méritions de chanter ses louanges avec la foule des esprits célestes».
Spécificités de l’offertoire… notamment de l’offertoire romain !
On ne peut qu’être frappé de la convergence de ces textes. Tous, ils développent avec insistance des thèmes spécifiques, que l’on retrouve très clairement dans l’offertoire romain traditionnel. Il convient ici de se souvenir que l’offertoire participe au «déploiement liturgique» (cf. LNFP 45, p. 4), c’est-à-dire qu’il explicite certains thèmes de l’action christique indivisible.

Les thèmes que développent avec une unanimité étonnante tous les offertoires sont au nombre de trois. Il s’agit d’abord de l’offrande d’un sacrifice (oblation). C’est le thème premier et majeur, que le mot «offertoire» exprime de façon très claire. A ce moment liturgique (pur «déploiement» de l’instant indivisible de la consécration), le Christ exprime son intention d’offrir, comme le dit magnifiquement le concile de Trente, «un vrai et réel sacrifice». Il s’agit ensuite, par ce sacrifice, d’implorer le pardon des péchés innombrables des chrétiens, des assistants, mais spécialement du prêtre lui-même (propitiation). Ce sacrifice, enfin, est offert pour le salut de ceux qui l’offrent, de ceux pour qui il est offert, et de tous les fidèles chrétiens, tant vivants que morts (rédemption).

L’offertoire du missel romain traditionnel n’est donc pas une singularité, un hapax liturgique créé récemment : par les thèmes qu’il développe et explicite, en harmonie avec les offertoires de toutes les liturgies, il s’inscrit pleinement dans la tradition de l’Église antique et indivise.

[Lettre à nos frères prêtres / FSSPX] Une nouvelle réunion à Assise...

SOURCE - Lettre à nos frères prêtres n°49 - Mars 2011

Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France
Directeur de Publication : abbé Régis de Cacqueray. Rédacteur en chef : abbé Grégoire Celier

Le pape Benoît XVI a donc convoqué une nouvelle « réunion interreligieuse de prière pour la paix » à Assise en octobre prochain, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la première réunion suscitée par le pape Jean-Paul II.

Il est de notoriété publique que la Fraternité Saint-Pie X s’est élevée avec vigueur contre la réunion de 1986. Et, de même qu’en 2002, pour sa première réitération, la Fraternité Saint-Pie X manifeste publiquement son opposition radicale au renouvellement de cette réunion en 2011.
 
Et cela, pour une raison théologique fondamentale. La grâce de Dieu peut, c’est un dogme certain de la foi, mouvoir chaque âme invisiblement, en sorte que, même si extérieurement tel homme paraît éloigné de l’Église, il peut aux yeux de Dieu en faire réellement partie. De plus, cette même grâce surnaturelle peut pousser à chaque instant le pécheur ou l’infidèle à prier Dieu dans le secret de son coeur. C’est pourquoi, il peut être légitime d’appeler, par exemple, « toutes les âmes de bonne volonté » à prier pour des intérêts élevés : or, il ne fait pas de doute que, si la paix entre les nations reste un bien seulement temporel, ce bien est hautement désirable.
 
Mais il en est tout à fait autrement lorsque l’on sollicite, non plus génériquement les prières des âmes de bonne volonté (que, bien sûr, nous ne pouvons pas discerner, mais qui existent de façon certaine), mais  spécifiquement les représentants des fausses religions en tant que telles. Là, nous lançons un appel, non plus à ce qu’il peut y avoir secrètement de bien proprement surnaturel dans l’homme, même si extérieurement il n’est pas catholique, mais clairement à ce qui se définit en opposition directe à la foi catholique.
 
Un tel appel est une remise en cause du premier commandement, qui nous ordonne de prier le seul vrai Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Comme le dit avec clarté saint Jean dans sa première épître (2, 22-23) : « Qui est menteur, si ce n’est celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils, n’a pas non plus le Père ».
 
Or, est-il possible de dire que les représentants du judaïsme moderne, de l’islam, de l’hindouisme, etc., que l’on convoque à Assise ex professo, ne nient pas que Jésus est le Christ et le Fils de Dieu, et ce publiquement?

Pour notre part, nous ne voyons pas comment la future réunion d’Assise, à l’image de celle de 1986, pourra échapper à cette contradiction et à ce scandale.

Abbé Régis de CACQUERAY

[Abbé Aulagnier - Item] Réponse à l'abbé de Cacqueray: Il faut normaliser votre situation sans cesser le combat…

SOURCE - Abbé Aulagnier - Item - 15 mars 2011
M l’abbé de Cacqueray vient de publier un article dans le dernier numéro de Fideliter qui a été  mis rapidement en ligne sur le site « officiel » du district de France, la Porte Latine, le 12 mars 2011.C’est là que j’en ai pris connaissance.

Cet article a pour but de dire pourquoi « il ne faut pas cesser le combat » – c’est le titre de l’article – pourquoi il faut poursuivre dans la ligne choisie par les autorités de la FSSPX. Le temps d’une normalisation canonique avec Rome, dit-il, n’est pas encore arrivé.

Il laisse entendre que beaucoup de fidèles font pression en  sens contraire. Cela me réjouit. Ces fidèles multiplient même les arguments jusqu’à en devenir lassant.

Il a la bonté de résumer leurs arguments tout au début de l’article:

« Mais pourquoi la Fraternité Saint-Pie X s’obstine- t-elle à rester en marge de l’Église ? Pourquoi refuse-t-elle un accord qui lui est présenté avec tant de générosité et qui ne lui demanderait aucun reniement ? Pourquoi se prive-t-elle du rayonnement missionnaire que lui donnerait une reconnaissance officielle ? Nous ne sommes plus dans les années 70 ! Les choses ont changé. La messe a été restaurée dans ses droits, les excommunications levées. C’est à n’y rien comprendre…Nous avons tous entendu, et plutôt deux fois qu’une, ce genre de propos, venant souvent, d’ailleurs, de personnes de bonne volonté, amies de la Fraternité Saint-Pie X et désireuses de son bien ».

Ces fidèles, pour M l’abbé de Cauqueray, « ont du mal à comprendre la position de la FSSPX dans la crise actuelle ».

Il veut répondre droitement à ces questions ou interrogations : « Il faut donc essayer de répondre à ces interrogations, en commençant par admettre ce qu’elles recèlent de juste et de fondé ».

J’ai lu ses réponses. Elles ne m’ont pas convaincu. Je ne les crois pas fidèles à la pensée et à l’action de Mgr Lefebvre. Je veux dire que Mgr Lefebvre eut à affronter les mêmes objections, sa vie durant, elles ne l’ont pas empêcher  à chercher et à vouloir un accord avec Rome, une normalisation. Pour M l’abbé de Cacqueray, elles sont autant de  raisons pour maintenir le statu quo.

On lui dit : « Nous ne sommes plus dans les années  70 ». Il le concède : «  Effectivement, nous ne sommes plus dans les années 70. Certaines des grandes folies de l’époque ne sont sans doute plus toutes de mise ».

Cependant, il note, à juste titre, le nouveau scandale qui a secoué l’Eglise dans ses fondements mêmes, ces fondements apostoliques : celui commis par Mgr Nourrichard, le fameux évêque d’Evreux qui veut excommunier son prêtre alors que c’est lui qui fait scandale . Il écrit «  le 3 juillet dernier, Mgr Nourrichard, évêque d’Évreux, a participé en ornements liturgiques à la prétendue ordination sacerdotale (évidemment invalide et scandaleuse) de femmes anglicanes à Salisbury ». J’ajoute, qu’il soit maintenu sur son siège épiscopal n’est pas bien. Je le concède. Il part de là pour « généraliser » : « Et ce triste fait est fort loin d’être unique : c’est encore tous les jours que la foi est atteinte dans son intégrité ».

Mais c’était la même situation que devait affronter Mgr Lefebvre, à son époque. M l’abbé de Cacqueay conclut : Il faut que la FSSPX continue de rester en « marche de l’Eglise », Mgr Lefebvre, lui, dans les mêmes situations ecclésiales, ne cessait de répondre aux invitations romaines quand elles lui étaient faites, et même dans une lettre du 21 novembre 1987, faisait à Rome des propositions concrètes de « normalisations ». Je les ai analysé en long et en large dans mon livre « Plaidoyer pour l’unité » aux éditions F.X. Guibert.

M l’abbé de Cacqueray reconnaît, avec satisfaction,  que Rome a beaucoup évoluée en matière liturgique, ne serait-ce dans la reconnaissance de la messe tridentine « Il est vrai que le Motu proprio de 2007 a proclamé, après quarante ans de déni, que la messe traditionnelle n’avait jamais été interdite et ne pouvait pas l’être ». Toutefois il se lamente que « ce Motu proprio (ait)  mis la liturgie traditionnelle au même rang que la liturgie conciliaire, et même plutôt en dessous, alors que la liturgie conciliaire est justiciable de très graves critiques théologiques ». C’est très juste. Mais il oublie de dire que, dans le même temps, Rome a reconnu l’existence de l’Administration Apostolique saint Jean Marie Vianney avec le droit exclusif de la messe tridentine. Nous étions en 2001.  Il oublie de dire, à ses fidèles, que l’IBP a été reconnu par Benoît XVI, le 8 septembre 2006 avec l’usage exclusif de la messe tridentine. Aussi ce qui a été donné aux uns pourrait l’être à d’autres avec un peu de bonne volonté, sans aucune concession. Or c’est précisément une clause que demandait Mgr Lefebvre à Rome. L’usage exclusif de la messe tridentine. Rome, vous dis-je, l’avait accordé à Mgr Rangel , l’a accordé à M l’abbé Laguérie. Pourquoi donc ne l’accorderait-elle pas à la FSSPX ?  Veulent-ils tellement que cela ne plus rester en marge de l’Eglise. ? Ils finiront par m’en faire douter. Quoi qu’il en soit, Mgr Lefebvre, ayant eu la certitude de l’usage exclusif de la messe  tridentine, aurait été de l’avant. J’en veux pour preuve toujours sa même lettre du 21 novembre 1987. Ce n’est pas une interprétation. C’est une certitude. Ou a alors les écrits n’ont plus de sens. Ou l’on ne peut plus croire à rien.

Vous devriez être sensible, lui disent à juste titre ses fidèles, à la levée par Rome de l’excommunication des évêques de FSSPX. Il en prend acte : « En janvier 2009, un texte romain a bien annulé le décret d’excommunication des évêques auxiliaires de la Fraternité Saint-Pie X »
Mais il objecte : « dans le même mouvement, le pape Benoît XVI a réaffirmé qu’à ses yeux, les prêtres de la Fraternité « n’exercent pas de ministère légitime dans l’Église ». C’est toujours ce que Rome et les évêques des différents pays où nous nous étions installés à l’appel des fidèles, nous répondaient. Nous invoquions généralement le cas de nécessité pour justifier la juridiction. Mgr Lefebvre a eu à faire face à une telle objection …Et pourtant dans le même temps, il souhaitait « négocier avec Rome ». M l’abbé de Cacqueray, lui, conclut qu’il faut encore rester en marge de l’Eglise. Ce n’est pas l’attitude pratique qu’avait Mgr Lefebvre.

Les problèmes doctrinaux sont toujours au cœur de l’Eglise : « Les graves erreurs que nous dénonçons depuis quarante ans, – il était bien jeune à l’époque, est-ce de sa plume ?  - et qui font l’objet des conversations doctrinales, sont encore très présentes au coeur de l’Église ». Il conclut toujours : « Tant  qu’ils ne seront pas réglés, on doit rester dans le statu quo ». Ce n’était pas la position pratique de Mgr Lefebvre. Il l’écrit dans sa lettre du 21 novembre 1987. Il avait posé ses conditions, le règlement de la crise doctrinale ne faisait pas parti des conditions sine qua non.

Enfin pour nous convaincre de la justesse de sa position, – je pense qu’elle représente celle des autorités de la FSSPX  – il nous assène comme le coup de grâce, la réunion d’Assise III, la convocation des toutes les religions à Assise pour commémorer dans «  l’esprit d’Assise », l’acte commis par JP II, le 27 octobre 1986. Vous le voyez, la crise de l’Eglise n’est pas finie et  « Si nous étions menacés de l’oublier, le coup de tonnerre du funeste projet « Assise III » serait là pour nous le rappeler. Sans doute, cette annonce nous a tous surpris : il était de notoriété publique que le cardinal Ratzinger n’avait guère apprécié l’initiative de Jean-Paul II en 1986. Pourtant, cette annonce, si elle est quelque peu inattendue, n’est en rien illogique. Car les principes qui fondent la démarche d’Assise sont ceux de Vatican II, coeur de la pensée de Benoît XVI. Si le cardinal a été réticent dans le passé, c’est peut-être sur la forme, pas pour le fond : Benoît XVI, il l’a dit et redit, veut promouvoir le dialogue interreligieux, et « Assise III » en sera une des étapes ». M l’abbé de Cacqueray, vous dis-je, en conclut qu’il faut suivre la bonne ligne de « toujours », ne pas changer de cap. Mgr Lefebvre ne concluait pas ainsi. Assise I venait d’avoir lieu. Cet acte l’a scandalisé. Il voyait le pape humilié dans sa fonction de « Vicaire du Christ ». De là il décida de procéder aux sacres épiscopales, il voulait sauver et la messe et le sacerdoce catholique. Sans lui, nous n’aurions plus le libre usage de la messe tridentine. Sans sa résistance opiniâtre, nous n’aurions même pas eu la joie du Motu Proprio de BenoÎt XVI…Et pourtant, il souhaitait la visite apostolique de Rome, la seconde, il l’eut. Il en profita pour remettre au cardinal Gagnon sa « lettrre-solution » au problème de la FSSPX dans l’Eglise ; Et pourtant le phénomène d’Assise n’avait guère plus qu’un an. Il était encore dans tous les esprits.

M l’abbé de Cacqueray conclut : « Telle est la raison fondamentale de maintenir notre position : la crise de l’Église est fort loin d’être terminée. La reconnaissance officielle des erreurs prendra encore du temps ». Mais cette crise était encore bien vivace du temps de Mgr Lefebvre et pourtant il souhaitait, lui,  une « normalisation » de la FSSPX dans l’Eglise, non point qu’il la croyait hors de l’Eglise…Mais comme il aimait à le dire, « notre situation n’est pas normale ». Il avait raison.

Il est très bien de vouloir « témoigner envers et contre tout de la Tradition de l’Église », mais il ne faut pas oublier que cette Tradition nous oblige à confesser que l’Eglise est aussi « hiérarchique ». Attention ! Il y a, vous dis-je, u n danger pour eux.

Abbé Paul Aulagnier.

NB : Je suis heureux d’annoncer que je célébrerai le quarantième anniversaire de mon ordination sacerdotale le dimanche du Christ-Roi, le dernier dimanche d’octobre 2011 en l’église de Rolleboise ou environ. J’ai été ordonné prêtre par Mgr Lefebvre, le 17 octobre 1971.

[Sud-Ouest] Le quotidien des moines de Saint-Antoine-d'Aurenque

SOURCE - Sud-Ouest - 15 mars 2011

Le hameau d'Aurenque, situé sur la commune de Castelnau-d'Arbieu, abrite de beaux bâtiments agricoles, de belles demeures anciennes et bourgeoises mais aussi un couvent. Là, vivent quatorze moines de l'ordre des Capucins, une branche franciscaine.

Pour le père François-Marie, ce lieu convient parfaitement à la méditation et à la prière grâce à son calme et son espace. En 2002, l'association, dont le siège est à Morgon (Beaujolais), l'a acheté puis les moines s'y sont installés en 2005 et ont fait tous les travaux de réhabilitation nécessaires autour de la chapelle existante. Aujourd'hui, il sert de centre de formation et reçoit les novices pendant deux mois à un an suivant la vocation.

Cette année, parmi les nouveaux, l'ordre a accueilli un jeune de 18 ans et un professeur d'orgue. L'âge limite est de 35 ans. Le noviciant qui décide de rester dans cette obédience doit faire vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance suivant les règles fixées par saint François. Il reçoit ensuite la tenue et doit porter la barbe. Par la suite, il va dans d'autres couvents pour étudier la philosophie pendant trois ans, et se consacre également à la théologie.

Une journée de travail

La vie de ces moines est totalement consacrée à Dieu. Ils doivent effectuer six heures par jour de prières à la chapelle, assister à la messe, jour de fête compris. La première prière débute à 1 heure du matin, puis ils se recouchent, à 4 h 40 ils sont debout pour les laudes et à 5 h 15 place à l'oraison et la méditation.

Puis chacun effectue sa tâche quotidienne (cuisine, jardin, secrétariat, lingerie) ou encore est à l'écoute des personnes qui veulent retrouver la quiétude. Cet ordre est différent des traditionalistes. Le père Eugène, moine capucin, dans la lignée de Padre Pio, a décidé de garder les règles de saint François avec une messe en latin et la lecture du bréviaire. Pas d'abstinence perpétuelle : ces religieux suivent les règles de l'évangile, une seule tunique, pas d'argent, une semaine par an de retraite spirituelle et un jour par mois de méditation. Pas de télé, ni de téléphone, ces moines tiennent à vivre une vie contemplative dans cet espace qui leur est réservé.

[Alain Escada, Institut Civitas] Le 8 mai 2011, venons rendre un grand hommage national à Sainte Jeanne d'Arc

SOURCE - Alain Escada, Institut Civitas - mis en ligne par La Porte Latine - mars 2011

Il y a tout juste un an, l'Institut Civitas osait un pari audacieux : organiser un hommage national à Sainte Jeanne d'Arc le deuxième dimanche du mois de mai. Le succès fut au rendez-vous. Près de 2 600 personnes ont participé à cette belle cérémonie. Dès lors, le doute n'était plus permis, il nous fallait pérenniser cet hommage à la sainte de la Patrie.
Notez dès à présent à votre agenda la date du 8 mai 2011.
Le rassemblement se fera à partir de 14 H 30 place Saint-Augustin à Paris. Le défilé s'ouvrira avec une cavalière en armure et portant étendard, représentant Jeanne d'Arc, accompagnée de son escorte. Elle sera suivie par les scouts, guides et louveteaux en uniforme et avec étendards. Ensuite prendra place le comité de parrainage. Puis la foule sans ordre particulier, entourée de 500 drapeaux frappés aux armes de Ste Jeanne d'Arc. Nous défilerons jusque la place des Pyramides. Un dépôt de fleurs par différents mouvements sera suivi de deux discours et du chant final.
Le soir-même, à 19 H 30, nous proposerons un dîner d'amitiés catholiques et françaises au cours duquel prendront la parole des représentants de différents mouvements ayant participé au défilé de l'après-midi.
Comme l'année dernière, précisons d'emblée avec insistance que notre démarche ne vise aucunement à concurrencer un quelconque autre hommage à Sainte Jeanne d'Arc et qu'elle ne demande à ses participants aucune allégeance à un quelconque mouvement, pas même à Civitas. C'est la Sainte Patronne de la France que nous honorons. C'est son drapeau qui nous unira ce jour-là dans une même ferveur catholique et française. Que tous d'une seule voix la bénissent ! (1)
La France a besoin de modèles et d'intercesseurs. Jeanne d'Arc est bien de ceux-ci. Modèle de docilité à une mission très haute. Modèle de foi solide et agissante. Modèle de force au milieu des épreuves. Alors que, aujourd'hui, en raison de la situation décourageante dans laquelle se trouve la France, même parmi nos amis, tant se laissent aller à un providentialisme béat, à un quiétisme de l'action, à un indifférentisme pratique, l'exemple de Ste Jeanne d'Arc doit secouer les tièdes, nourrir nos âmes et nous montrer la voie à suivre.
Et si c'est en France que Ste Jeanne d'Arc a été, selon le mot du Cardinal Touchet, évêque d'Orléans, "un ostensoir qui montre Dieu", c'est à toutes les âmes que ses vertus sont proposées en exemple, comme le rappelle Saint Pie X : "Nous admirons la Bienheureuse Jeanne d'Arc comme un astre nouveau destiné à briller, non seulement pour la France, mais pour l'Eglise universelle". (2) 
A l'heure où le laïcisme contemporain réduirait la religion à une affaire de conscience individuelle mais refuserait absolument qu'elle inspire et règle les institutions sociales et le gouvernement des Etats, il faut rappeler que la Providence divine s'intéresse de près aux affaires des sociétés temporelles. L'intervention fulgurante de Jeanne d'Arc, pieuse jeune fille de Domrémy, l'affaiblissement soudain et inexplicable d'ennemis jusqu'alors triomphants, restent dans l'Histoire pour rappeler sans cesse à toutes les Nations ce qu'elles négligent ou dédaignent de prendre au sérieux : "Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît".
Que tous ceux qui aspirent sincèrement au redressement de la France aient à cœur, ce 8 mai 2011, de témoigner publiquement de leur admiration pour celle qui résuma en trois mots la vraie priorité : DIEU PREMIER SERVI.
Alain Escada, Secrétaire général de l'Institut Civitas
(1) Offertoire de la messe de Ste Jeanne d'Arc
(2) Paroles prononcées devant la S. Congrégation des Rites à l'occasion de la béatification de Jeanne d'Arc en 1909

[Abbé Xavier Beauvais, fsspx] Le 8 mai, nous irons boire aux sources de l'héroïsme

SOURCE - Abbé Xavier Beauvais, fsspx - mis en ligne par La Porte Latine - mars 2011

Si dans la gloire du ciel, le Cœur de Jésus ne cesse de vivifier l’humanité, le cœur immortel de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France (1) ne cesse de vivifier le cœur des Français. Il nous a dit en saint Luc : « Tout disciple sera parfait, s’il est comme son maître », une parole qui ne peut mieux s’appliquer à celle que nous fêterons publiquement ce 8 mai prochain, elle, la reproduction fidèle de son Maître.
Ce qui fait la sainteté d’une âme, ce ne sont pas les prodiges, ni les actions extraordinaires, ni les révélations, ni les charismes, tout ceci n’en est le plus souvent que la confirmation et le signe. La sainteté, c’est l’héroïsme des vertus. Cet héroïsme - l’Eglise dit « héroïcité » - est la pratique courante, empressée, courageuse, des vertus chrétiennes ramenées aux vertus théologales de foi, espérance, charité et aux vertus morales cardinales de prudence, force, justice et tempérance (2).
Héroïcité de ses vertus
Nous voyons tout cela dans la sainte de la patrie.
Sa foi. Entendez Jeanne dire : « Je crois fermement que je n’ai pas défailli en notre foi chrétienne et n’y voudrais défaillir ».
Son espérance. Elle répète sans cesse à ses juges : « Je m’en attends à Notre-Seigneur ». Et devant le bûcher, elle assure : « Avec la grâce de Dieu, je serai ce soir en paradis ».
Sa piété. Elle prie autant qu’elle agit. Engagée dans le temporel, elle vit avec le ciel.
Son amour de Dieu. « Je serais la plus dolente du monde si je savais n’être pas en la grâce de Dieu ». Sa charité ne s’arrête pas à la fuite du péché grave. Elle se confesse très souvent de ses légères défaillances. « On ne saurait trop, disait-elle, nettoyer sa conscience ». Son amour de Dieu s’élèvera aux plus hautes cimes de l’héroïsme.
Son amour du prochain. Elle aimait tout ce qu’un bon chrétien doit aimer. L’Eglise, la France, pouvait-elle les aimer plus qu’elle ne l’a fait ? Les pauvres, les affligés, les blessés, les ennemis eux-mêmes, leur part était belle en son cœur.
Sa justice. Elle est venue rétablir la justice et le droit en France. Elle les révère dans celui qui les incarne : le roi légitime.
Son humilité. Elle résiste à la griserie des honneurs et des succès.
Sa tempérance. Elle jeûne tous les vendredis et mange à peine, même un jour de combat.
Sa chasteté. Le ciel la nomme « la Pucelle » avec tout ce que ce mot peut renfermer de noblesse : la vierge par excellence, et les hommes l’appelleront l’Angélique. Sa pureté rayonnante en imposait aux plus libertins.
Sa force. Qu’elle affronte les dangers de la guerre ou les politiciens et les juges, sa vie n’est pour ainsi dire qu’un acte continu de courage physique et moral dont ce n’est pas assez dire qu’il fut héroïque ; toute la force divine y est éclatante.
C’est ce courage qu’admirait et imitait sainte Thérèse de Lisieux ; les futures patronnes de France étaient bien faites pour s’entendre. Le Père Clérissac résume bien toutes ces vertus en un admirable passage de ses oeuvres :
« La sainteté de Jeanne n’emprunte-t-elle pas toutes les grâces de la nature ? Sa souplesse sous la touche constante de Dieu ne fait pas fléchir sa vitalité ; elle est toute solidité et toute fraîcheur. Elle est toute robustesse et tout charme, elle est toute réserve et tout élan. Elle est toute simplicité et toute indépendance, toute profondeur et tout jaillissement, toute douceur et toute force. Par la fusion et l’unité des dons les plus disparates, Jeanne n’a sans doute pas d’égale dans l’histoire. Elle a ce bon sens surélevé par la foi et sa foi est une participation à la lumière du Verbe. Son courage naturel est surélevé par la charité théologale et cette charité est participation au feu du Saint-esprit. C’est cette union suréminente à Dieu-Trinité qui inspire chaque étape de sa vie, la vie cachée de Domrémy, la vie publique et glorieuse d’Orléans à Reims, et la vie douloureuse de Compiègne à Rouen ».
Jeanne à travers l’histoire
L’occasion nous sera donnée, à la veille des six cents ans de sa naissance de voir Jeanne d’Arc à travers l’histoire. Le XVIIIe siècle fut un siècle cruel pour la France ; il vit entre autres choses, s’installer la franc-maçonnerie qui, aujourd’hui encore hélas nous gouverne.
Dans le XVIIIe siècle finissant, c’est le déchaînement des passions, les envies, les haines, les meurtres. La révolution gronde et le règne de Satan est là, profanant les autels, profanations de ce genre qui sont d’ailleurs les plus oubliées, celles dont on ne parle jamais. La terre de France, à cette époque, boit le sang de ses meilleurs enfants. Le signe de sainte Jeanne d’Arc disparu, la royauté du Christ rejetée, les institutions chrétiennes démantelées, c’est la chute des ténèbres sur la France, sur les âmes. Voltaire, singe de la révolution, avait précipité ce siècle, néfaste entre tous, dans l’ignominie et ce siècle s’achevait comme Mirabeau l’avait demandé : « Il faut décatholiciser la France pour la démonarchiser et la démocratiser pour la décatholiciser » ; chose à laquelle s’emploiera aussi le «  stupide XIXe siècle» (3). Antithèsemême du programme politique apporté du ciel par la vierge de Domrémy, ange de la contrerévolution, exemple éminent de la justice politique chrétienne.
Mais avec le XIXe siècle va naître, malgré tout, une véritable admiration pour la libératrice de la Patrie. Deux courants se dessineront. L’un rationaliste qui cherchera à creuser un fossé entre Jeanne et l’Eglise, faisant de notre héroïne une idole païenne ; l’autre, catholique qui explore, pour mieux s’en inspirer, l’esprit divin de sa mission.
La libre pensée fait de Jeanne d’Arc une héroïne de la liberté, martyrisée par l’Eglise ; elle s’empare de cette victime qu’elle seule affirme comprendre et aimer. Mais l’embarras de la libre-pensée reste grand, quand ébloui par le divin, il bute à chaque pas devant la manifestation permanente de Dieu. Elle ne peut cependant pas nier le fait historique le plus sensationnel de notre histoire. Mais si elle ne peut taire Jeanne, elle va supprimer le caractère sacré de sa mission, affirmant sans aucune gêne intellectuelle que le succès et l’originalité de Jeanne c’est son bon sens et que ses actes sont de la magie ou de la folie, sans intervention surnaturelle. Voilà où en arrive un rationaliste : admirer la déraison, la folie pour persécuter Jeanne, dépouillée de tout surnaturel.
Mais ce qu’il y a encore de plus sain en France, se rassemble sous la bannière de Jeanne. L’abbé Pie, devenu cardinal, donne ce si beau panégyrique.
« Ô Dieu dont les voies sont belles, soyez béni d’avoir fait notre Jeanne si belle, si sainte, si immaculée, par l’esprit et par le cœur. Je ne connais rien de plus français que Jeanne d’Arc, rien de plus mystique et rien de plus naïf ; en elle, la nature et la grâce se sont embrassées comme sœurs, l’inspiration divine a laissé toute sa part au génie national, tout son libre développement au caractère français. Elle est du ciel et de la terre ; c’est une martyre qui pleure, c’est une sainte qui n’a pas d’autel. Modèle à offrir aux conditions les plus diverses, à la fille des pâtres et à la fille des rois, à la femme du siècle et à la vierge du cloître, aux prêtres et aux guerriers, aux heureux de ce monde et à ceux qui souffrent ».
Venir vénérer la Sainte de la Patrie
Tout ce qui reste de chrétien et de patriote dans notre France doit avoir le souci réel de venir le 8 mai vénérer notre sainte pour notre pays. Nous ne voulons pas que sainte Jeanne d’Arc soit déguisée, affublée  de l’impossible bonnet phrygien, nous n’acceptons pas de la voir porter l’étendard de la révolte en main. Pour un peu, certains lui feraient porter la rose au poing ou bientôt le croissant. Non, sainte Jeanne d’Arc, c’est l’héroïne des catholiques et de tous ceux qui voient aujourd’hui en elle, le symbole de la force contre les puissances du mal. Elle est, certes, un signe de ralliement pour toutes les âmes qui veulent redonner à Dieu sa place dans la société. Et c’est pour cela que Jeanne a toujours été insupportable à tous ceux qui ne sont que l’écume frappée par la révolution, ainsi le ministre ou le sinistre Gambetta qui avait osé dire, en son temps : « Jeanne a été le fléau de l’humanité ».
La nomenclature des agents de la révolution qui s’acharnent contre l’ascension de la sainte de la patrie, serait effarante. Tous leurs écrits sentent la haine. Et pourtant, à côté de ceux qui ne nous intéressent point, ont vécu de grands panégyristes qui ont su montrer les forces qui animaient notre sainte : ténacité, sens de l’honneur, sens du service de la patrie. Les affirmations publiques ont ainsi poussé en cour de Rome, la cause de Jeanne. Le cœur de Jésus a des délicatesses que nous n’apprécions pas assez : ce fut le cardinal Howard, un anglais, qui fut le premier postulateur de sa canonisation. Et c’est le cardinal Manning, un autre anglais qui écrivait : « l’exemple de sa foi et de son héroïsme peut aujourd’hui sauver la France d’un ennemi pire que les anglais autrefois : la révolution athée qui l’afflige et qui l’opprime ».
Etre pleinement catholique
Nous prierons le 8 mai dans les rues, pour qu’un jour, Jeanne, oui pourquoi pas, Jeanne tire encore son glaive contre d’autres troupes infernales. Mais, pour en arriver là, sainte Jeanne d’Arc nous demande de passer par le sacrifice, de ne pas adultérer les principes de notre foi catholique, de ne pas briser, non plus, la force du caractère français, de ne pas craindre que la cloche funèbre vienne troubler le sommeil des révolutionnaires, de ne pas se faire brebis par lâcheté, de ne pas calculer avec eux, car dans ces agissements, il n’y a ni la franchisse des Français, ni la dignité du caractère chrétien, ni le secret de l’avenir, ni le trésor du passé.
Le jour où nous aurons vraiment compris qu’il faut être pleinement catholique, alors tout sera changé. Pleinement catholiques par notre exemple, dans nos conversations, dans la famille, par notre langage, par notre tenue même, le jour où nous aurons montré que le titre de catholique n’est pas seulement un titre ou une façade, mais une manière d’être un caractère, alors tout changera. Le jour où nous aurons compris qu’être catholique exige une manière de vivre éloignée de toute mondanité, de tout opportunisme, le jour où nous aurons décidé de vivre pleinement en catholique, priant, communiant, nous confessant régulièrement à commencer par les chefs, les chefs de famille, alors tout changera et le monde se refera chrétien.
Les grandes âmes, et soyons-en, les saintes âmes, et soyons-en, communiant dans une même espérance de la régénération de la France dans le Christ-Roi des nations, adresseront ce jour là au ciel des supplications. Notre pays sans aucun doute vit des moments tragiques, étant sous la coupe de tout ce qui peut être sans âme, sans foi, sans loi, sans droit. Il faut ranimer notre flamme, la flamme de notre foi, la flamme de notre pratique religieuse, la flamme de nos convictions, et comment la ranimer, sinon en le demandant le 8 mai à notre sainte Jeanne.
Nous porterons nos yeux sur la sainte de notre patrie. Paysanne de nos marches de l’Est, fidèle à son sol, fidèle à son prince, fidèle à son Dieu, Jeanne a, de son étendard, tracé le plus lumineux sillon de notre histoire. Martyre de l’unité nationale, Jeanne d’Arc, patronne de nos villages et de nos villes, est le symbole de la France. Aimons-la, vénérons-la, présentons-lui les armes de notre fidélité catholique et de notre espérance.
C’est là tout le sens que nous aurons tous à cœur de donner au défilé du 8 mai 2011.
Abbé Xavier BEAUVAIS
(1) béatifiée par saint Pie X ; canonisée par Benoît XV ; désignée patronne secondaire de la France par un bref de Pie XI.
(2) Décret en 1904 de saint Pie X proclamant l’héroïcité des vertus de Jeanne d’Arc ;
(3) Titre d’un ouvrage de Léon Daudet.

12 mars 2011

[apic/imedia] Libéralisation de l’usage des livres liturgiques en latin

SOURCE - apic/imedia - 12 mars 2011

L’Instruction fixant les critères d’application du "Motu proprio" (*) "Summorum Pontificum" pourrait être rendue publique début avril, selon le vaticaniste italien Andrea Tornielli.

Dans le quotidien "Il Giornale", ce dernier affirme que l’Instruction émanant de la Commission pontificale "Ecclesia Dei" devrait inciter les évêques du monde entier à appliquer le "Motu proprio", qui avait libéralisé l’usage des livres liturgiques en latin d’avant le Concile Vatican II (1962-1965).

Si besoin, la Commission "Ecclesia Dei" serait chargée de juger les litiges entre fidèles et évêques locaux. Le nombre de fidèles nécessaires pour former un groupe susceptible de demander la célébration de la messe traditionnelle ne serait pas précisé. Le document inciterait aussi les séminaires du monde entier à enseigner aux futurs prêtres comment célébrer la messe selon la forme dite "extraordinaire", avec les livres liturgiques promulgués en juin 1962.

(*) Un "Motu proprio", du latin "de son propre chef", est une lettre émise par le pape de sa propre initiative.

[Abbé de Cacqueray, fsspx - Fideliter] Pourquoi ne pas cesser le combat ?

SOURCE - Abbé de Cacqueray, fsspx - Fideliter - mise en ligne par La Porte Latine - mars-avril 2011

Mais pourquoi la Fraternité Saint-Pie X s’obstine- t-elle à rester en marge de l’Église ? Pourquoi refuse-t-elle un accord qui lui est présenté avec tant de générosité et qui ne lui demanderait aucun reniement ? Pourquoi se prive-t-elle du rayonnement missionnaire que lui donnerait une reconnaissance officielle ? Nous ne sommes plus dans les années 70 ! Les choses ont changé. La messe a été restaurée dans ses droits, les excommunications levées. C’est à n’y rien comprendre...
Nous avons tous entendu, et plutôt deux fois qu’une, ce genre de propos, venant souvent, d’ailleurs, de personnes de bonne volonté, amies de la Fraternité Saint-Pie X et désireuses de son bien, mais qui ont du mal à comprendre sa position dans la crise actuelle. Il faut donc essayer de répondre à ces interrogations, en commençant par admettre ce qu’elles recèlent de juste et de fondé.
Effectivement, nous ne sommes plus dans les années 70. Certaines des grandes folies de l’époque ne sont sans doute plus toutes de mise. Cependant, encore le 3 juillet dernier, Mgr Nourrichard, évêque d’Évreux, a participé en ornements liturgiques à la prétendue ordination sacerdotale (évidemment invalide et scandaleuse) de femmes anglicanes à Salisbury. Et ce triste fait est fort loin d’être unique : c’est encore tous les jours que la foi est atteinte dans son intégrité.
Il est vrai que le Motu proprio de 2007 a proclamé, après quarante ans de déni, que la messe traditionnelle n’avait jamais été interdite et ne pouvait pas l’être. Mais il est également vrai que ce Motu proprio a mis la liturgie traditionnelle au même rang que la liturgie conciliaire, et même plutôt en dessous, alors que la liturgie conciliaire est justiciable de très graves critiques théologiques.
En janvier 2009, un texte romain a bien annulé le décret d’excommunication des évêques auxiliaires de la Fraternité Saint-Pie X. Mais dans le même mouvement, le pape Benoît XVI a réaffirmé qu’à ses yeux, les prêtres de la Fraternité « n’exercent pas de ministère légitime dans l’Église ».
Nous ne nions donc pas que le verre puisse être à moitié plein : l’action de la Fraternité Saint-Pie X, celle de Mgr Fellay, s’appuie sur une prise en compte attentive et prudente de la réalité de la situation actuelle et de ses évolutions. Mais nous ne pouvons ni ne devons oublier que le verre reste plus qu’à moitié vide : les graves erreurs que nous dénonçons depuis quarante ans, et qui font l’objet des conversations doctrinales, sont encore très présentes au coeur de l’Église.
Si nous étions menacés de l’oublier, le coup de tonnerre du funeste projet « Assise III » serait là pour nous le rappeler. Sans doute, cette annonce nous a tous surpris : il était de notoriété publique que le cardinal Ratzinger n’avait guère apprécié l’initiative de Jean-Paul II en 1986. Pourtant, cette annonce, si elle est quelque peu inattendue, n’est en rien illogique.
Car les principes qui fondent la démarche d’Assise sont ceux de Vatican II, coeur de la pensée de Benoît XVI. Si le cardinal a été réticent dans le passé, c’est peut-être sur la forme, pas pour le fond : Benoît XVI, il l’a dit et redit, veut promouvoir le dialogue interreligieux, et « Assise III » en sera une des étapes.
Telle est la raison fondamentale de maintenir notre position : la crise de l’Église est fort loin d’être terminée. La reconnaissance officielle des erreurs prendra encore du temps. En priant pour que Dieu vienne sauver son Église (sans jamais prétendre que c’est nous qui, par nos propres forces, pourrions le faire), continuons donc fidèlement à faire ce que la Providence, dans sa miséricorde, nous a appelés à faire : témoigner envers et contre tout de la Tradition de l’Église.
Abbé Régis de Cacqueray +, Supérieur du District de France

[Abbé Jean Marie Salaün, fsspx - La Voix des Clochers] Qu’est ce qu’une école catholique ?

SOURCE - Abbé Jean Marie Salaün - "La Voix des Clochers" - mis en ligne par La Porte Latine - Mars/avril 2011

Le glas de l‘école libre catholique sonna le dernier jour de l’année 1959, quand les évêques français acceptèrent les subsides de l’Etat et sacrifièrent en contre-partie leur propre pédagogie et la formation des maîtres. Il n’est donc pas étonnant de constater une grande ignorance de ce qu’est une école catholique puisque cela fait 50 ans qu’elles ont disparu.

Ces quelques pages ont pour but de donner les caractériques d’une école catholique et par contraste de mettre en évidence les déficiences des écoles sous le contrôle de l’Etat. Néanmoins vouloir parler de l’école sans donner une définition précise de l’éducation et du rôle de l’Eglise, serait vain : de cette compréhension dépend tout le reste.

L’éducation

Le pape Pie XI dans son encyclique Divini illius magistri consacrée à l’éducation chrétienne des enfants la définit ainsi : elle consiste essentiellement dans la formation de l'homme, lui enseignant ce qu'il doit être et comment il doit se comporter dans cette vie terrestre pour atteindre la fin sublime en vue de laquelle il a été créé, il est clair qu'il ne peut y avoir de véritable éducation qui ne soit tout entière dirigée vers cette fin dernière.

L’Eglise, la famille et la société civile ont pour mission de veiller à l’éducation même si leurs prérogatives sont bien distinctes et leurs rôles subordonnés, sans rivalité et encore moins d’opposition. Quant à l’école, sa nature propre est d’être une institution auxiliaire et complémentaire de la famille et de l’Église. La société civile n’a vis-à-vis de l’école qu’un rôle secondaire, celui de faciliter la tâche éducatrice de la famille et de l’Eglise et de protéger les droits propres à ces deux sociétés.

Le rôle de l’Eglise

L’éducation en raison de sa finalité ultime, la vie éternelle, appartient donc d'une manière suréminente à l’Eglise. Les parents, à qui revient l’éducation de par le droit naturel, ne jouissent pas dans ce domaine de pouvoirs absolus ou arbitraires car leur pouvoir est inséparablement subordonné à la fin dernière et à la loi naturelle et divine.

L’école tombe de plein droit sous le contrôle de l’Eglise comme le rappelait Pie XI : c'est un droit inaliénable de l'Eglise et en même temps un devoir, dont elle ne peut se dispenser, de veiller sur l'éducation de ses fils, les fidèles, en quelque institution que ce soit, publique ou privée, non seulement pour ce qui regarde l'enseignement religieux qu'on y donne, mais aussi pour toute autre matière ou organisation d'enseignement, dans la mesure où ils ont rapport à la religion et à la morale… Même l'éducation physique elle-même, ne doit pas être considérée comme étrangère à son magistère maternel, précisément parce qu'elle est un moyen qui peut servir ou nuire à l'éducation chrétienne.

C’est donc bien à l’Eglise en raison de sa mission éducatrice et son expérience bimillénaire, qu’il faut demander les caractéristiques d’une école catholique puis toujours à la lumière de son Magistère, dénoncer les abus de pouvoir de l’Etat en matière d’éducation.

Les caractéristiques d’une école chrétienne

Le seul fait qu’il s’y donne une instruction religieuse, explique Pie XI, ne suffit pas pour qu’une école puisse être jugée conforme aux droits de l’Église et de la famille chrétienne, et digne d’être fréquentée par les enfants catholiques… Il est nécessaire que tout l’enseignement, toute l’ordonnance de l’école, personnel, programmes et livres – en tout genre de discipline soient régis par un esprit vraiment chrétien, sous la direction et la maternelle vigilance de l’Église, de telle façon que la religion soit le fondement et le couronnement de tout l’enseignement à tous  les degrés, non seulement élémentaire mais moyen et supérieur.

Quant aux écoles laïques, le pape les condamne radicalement : l'école dite neutre ou laïque, d'où est exclue la religion, est contraire aux premiers principes de l'éducation. Une école de ce genre est d'ailleurs pratiquement irréalisable, car, en fait, elle devient irréligieuse….Nous renouvelons et confirmons les déclarations de Pie IX et Léon XIII et, avec elles, les prescriptions des sacrés canons : La fréquentation des écoles non catholiques, ou neutres ou mixtes (celles à savoir qui s'ouvrent indifféremment aux catholiques et non-catholiques, sans distinction), doit être interdite aux enfants catholiques ; elle ne peut être tolérée qu'au jugement de l'Ordinaire, dans des circonstances bien déterminées de temps et de lieu et sous de spéciales garanties.

Un esprit de foi et de piété

Parmi toutes les qualités que doit posséder une école catholique, le pape Léon XIII mentionne comme « indispensable », non seulement des cours de doctrine à des heures déterminées, mais aussi que tout le reste de la formation soit imprégné de piété chrétienne. Sans cela, si ce souffle sacré ne pénètre pas et ne réchauffe pas l'esprit des maîtres et des disciples, la science, quelle qu'elle soit, sera de bien peu de profit ; souvent même il n'en résultera que des dommages sérieux.

C’est pour cette raison que l’école « neutre » ne peut exister concrètement. L‘absence d’enseignement religieux, de référence à la foi chrétienne, la réduction de Dieu à une simple opinion ou l’instruction religieuse réduite à une matière à option dans les écoles soit disant « libres » conduit tout droit à l’indifférentisme, au rationalisme et à l’athéisme. Cette indépendance des sciences par rapport à la foi ou plus exactement cette opposition entre la science et la foi ne peut être que destructrice de la foi dans les jeunes esprits.

Une formation à la vertu

L’école pour répondre à son oeuvre éducatrice ne peut se contenter de dispenser un enseignement théorique en conformité avec la foi, mais elle doit aider l’enfant à pratiquer les vertus morales ou cardinales que sont la prudence, la justice, la tempérance et la force. Pour y parvenir on ne peut faire abstraction des blessures du péché originel et des remèdes apportés par Notre Seigneur Jésus Christ. L’éducateur doit donc corriger les inclinations déréglées, développer et discipliner les bonnes, fortifier la volonté par le secours de la grâce. La place de la Messe, de la prière tout au long de la journée et des sacrements est donc essentielle dans une école. Nier ces réalités serait tomber dans un naturalisme pernicieux dénoncé par Pie XI : Est donc faux tout naturalisme pédagogique qui, de quelque façon que ce soit, exclut ou tend à amoindrir l'action surnaturelle du christianisme dans la formation de la jeunesse ; erronée toute méthode d'éducation qui se base, en tout ou en partie, sur la négation ou l'oubli du péché originel ou du rôle de la grâce, pour ne s'appuyer que sur les seules forces de la nature.

Force est de constater la décadence morale des écoles aujourd’hui. Ce n’est pas seulement un simple naturalisme consistant en une négation du péché originel et des remèdes surnaturels, c’est une négation de la nature humaine, une inversion des notions de bien et de mal, une volonté bien arrêtée de pervertir la jeunesse. Les cours de biologie et les normes de l’éducation nationale en matière d’éducation sexuelle ne sont pas autre chose qu’une incitation au vice. Mais n’est-ce pas l’aboutissement logique de la « coéducation des sexes » au collège et au lycée ? Les statistiques donnent 15% des avortements en France chez les jeunes filles mineures.

Quand on sait la fragilité de la nature humaine dans le domaine de la pureté « son âme pour se plier au vice est molle comme la cire » écrivait déjà Horace, il n’est pas exagéré d’affirmer que les écoles laïques et les écoles soi-disant « libres » sous contrat, sont des occasions prochaines de péché. Or la théologie morale enseigne que l’occasion prochaine est déjà un péché grave. Les parents ont donc le devoir grave « d’écarter les occasions dangereuses dans ses divertissements comme dans ses fréquentations, car les mauvais entretiens corrompent les bonnes moeurs. »

Une formation des intelligences

Le vrai, le beau et le bien, voilà ce qui doit être en résumé l’objet de l’enseignement au sein d’une école catholique. Cela comprend bien entendu la formation de l’intelligence à l’art de penser et de bien dire. La transmission du savoir demande du temps et tous les hommes ne sont pas destinés à parvenir à la maîtrise parfaite de la pensée et du langage. Il est nécessaire à une élite de la société puisque c’est la pensée qui dirige le monde.

Les anciens accordaient aux arts libéraux une importance capitale dans la formation de l’esprit et les jésuites à leur suite ont ennobli ce qu’on appelle les humanités (la grammaire, de la littérature, du latin, du grec et de l’histoire). Et il y a à peine plus de cinquante ans le baccalauréat tenait compte du primat des humanités dans la formation de l’homme, les sciences n’étaient étudiées qu’après les épreuves de littérature et de philosophie et le latin et le grec faisaient partie intégrante de la formation.

C’est dans cet esprit que la Fraternité Saint Pie X a fondé ses propres écoles tout en tenant compte de certaines exigences de l’éducation nationale car nos écoles préparent au baccalauréat.

Les programmes de l’éducation nationale ont changé la perspective de l’enseignement, la formation des intelligences ne vise plus le vrai, le beau et la capacité de réfléchir, mais recherche le pouvoir sur les choses en conformité avec une vision matérialiste et marxiste du monde. Voilà pourquoi l’enseignement scientifique a pris des proportions incroyables au détriment des lettres. La classe scientifique, ouverte aux plus doués, dispense 16h de sciences (mathématique, physique-chimie, science de la vie et de la terre) pour 3h de philosophie et 2h30 histoire-géographie). Le cri d’alarme lancé par Marcel de Corte dans son livre : L’intelligence en péril de mort n’était pas vain. Les innovations pédagogiques absurdes que furent la méthode globale dans l’apprentissage de la lecture, la quasi-disparition de l’analyse grammaticale et logique, produisent soit des analphabètes quand les enfants n’ont pas de facilité, soit des esprits destructurés qu’on oblige à penser selon une idéologie notamment enseignée dans les cours d’histoire. « Si l’on suit le programme officiel (sur le point d’être réformé), explique M. l’abbé Tranchet, préfet des études à l’école Saint Michel, à part la mondialisation et le développement durable, les élèves auront bien peu de connaissances historiques à l’issue de leur formation. Non seulement le cycle n’est pas chronologique, on étudie la seconde guerre mondiale en troisième comme en terminale, mais par contre on passe sous silence Clovis et Sainte Jeanne d’Arc. On balaye d’un revers de main tout le passé chrétien de la France pour ne retenir que la « libération » opérée par la Révolution française. Figurez-vous que la seule période étudiée de façon chronologique de la sixième à la terminale, c’est la Révolution française et que les seul faits chronologiques qui seront appris par les élèves, ce sont les débuts de la révolution et de la Terreur. Chapeau ! (Lettre des anciens de Saint Michel février 2011)

Conclusion

Face à cette démolition en règle de la foi et de la morale et au lavage opérés par l’éducation nationale, il faut nous rappeler ces mots de Pie XI : Là aussi où cette liberté élémentaire est empêchée ou contrecarrée de différentes manières, les catholiques ne s'emploieront jamais assez, fût-ce au prix des plus grands sacrifices, à soutenir et à défendre leurs écoles, comme à obtenir des lois justes en matière d'enseignement.

Abbé Jean Marie Salaün