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16 septembre 2008

La messe en latin réclamée
16 septembre 2008  - Jean-François Cliche - cyberpresse.ca
16 septembre 2008
La messe en latin réclamée
Jean-François Cliche
Le Soleil - Québec

La messe en latin commence à faire des petits. Après son retour quotidien dans Limoilou, l’an dernier, quelques groupes l’ont demandé dans leurs paroisses, un peu partout dans la province. Non sans créer un apparent malaise au sein des autorités catholiques du Québec, d’ailleurs.
Le rite «tridentin», de son vrai nom, a longtemps été la norme. Il est célébré en latin et a cette particularité que le prêtre fait dos à l’assistance — ses défenseurs disent plutôt qu’il fait «face à Dieu». Dans les années 60, le Concile Vatican II a réformé cette liturgie (sans pour autant l’interdire) afin que les curés s’adressent aux fidèles directement et dans leur langue. En juillet 2007, cependant, le pape Benoît XVI s’est prononcé en faveur d’un retour à la messe en latin, sous certaines conditions, et le cardinal Marc Ouellet semble y être favorable.
Elle donc est revenue à Québec l’an dernier, à l’église Saint-François d’Assise, dans Limoilou, où quelques dizaines de gens y assistaient au début. L’assemblée compterait maintenant jusqu’à 150 personnes le dimanche selon plusieurs témoins ; ils n’étaient toutefois qu’une soixantaine lorsque Le Soleil s’est rendu sur place, le 7 septembre.
Le phénomène reste marginal, mais l’abbé Guillaume Loddé, qui préside la cérémonie en latin à Québec, célèbre maintenant des messes dans d’autres régions. «On se déplace à la demande des fidèles. On ne débarque pas comme ça, à l’improviste», dit-il.
D’autant plus que l’autorisation de l’évêque local n’est pas garantie…
Résistance
À Chicoutimi, un groupe d’une centaine de personnes a remis une pétition à l’évêché lui demandant de ramener la messe «traditionnelle» une fois par mois. Mais en entrevue au Soleil, l’évêque de l’endroit, Mgr André Rivest, a affirmé avoir consulté ses prêtres, qui «ne souhaitaient pas du tout, pour des questions d’unité dans le diocèse, que j’autorise cette célébration-là. Ce n’est pas une question de latin, mais de rite. Le rite tridentin, c’est le rite dos au peuple, sans aucune participation de l’assemblée».
Depuis ce refus, ceux qui demandent son retour arguent que le pape est favorable à l’ancien rite, mais les instructions de Rome stipulent que la demande doit venir d’un «groupe stable», s’objecte Mgr Rivest. Celui de Chicoutimi ne répond pas à ce critère, dit-il, parce que ses membres sont éparpillés dans toute la région et donc «ne cheminent pas ensemble», comme ceux qui vivent dans une même paroisse.
Ailleurs, à Drummondville, c’est plutôt le nombre insuffisant de fidèles voulant une messe en latin par mois qui a conduit l’évêque de Nicolet, Mgr Raymond Saint-Gelais, à refuser la demande. «Il n’y avait qu’une seule famille, dit-il, alors ce n’est pas suffisant.»
Non loin de là, cependant, une requête similaire a été acceptée dans la paroisse de Sainte-Rosalie, mais à l’évêché de Saint-Hyacinthe (dont fait partie la paroisse), on insiste lourdement sur le côté exceptionnel de la chose.
«C’est une messe à caractère privé, au sens où on l’accueille, mais on n’en fait pas la promotion», précise le vicaire général du diocèse de Saint-Hyacinthe, Jean-Marc Robillard. L’évêché, dit-il, a accepté d’accommoder deux familles qui voulaient le rite tridentin — l’abbé Loddé parle plutôt d’environ 60 personnes —, mais «on préfère que nos gens prient dans la langue du peuple et que nos célébrations soient plus vivantes, plus parlantes que dans une langue que les gens ne comprennent pas. (…)
«Benoît XVI insistait (dans sa lettre de juillet 2007, NDLR) que dans les endroits où cela sera autorisé, il faudra s’assurer que les gens comprennent le latin. Sinon, c’est de la nostalgie, une fixation dans le passé, peut-être.»
Il reste par ailleurs très peu de prêtres qui connaissent suffisamment le latin et le rituel tridentin pour célébrer la messe «à la traditionnelle», ajoute M. Robillard. «Alors s’il y a des fidèles qui sont restés attachés à cette forme de piété, on peut l’autoriser, mais ça ne rejoint pas la majorité (…) et autant que possible, on souhaiterait que ces groupes de fidèles s’ouvrent aussi à la grande église, qui a sa prière dans les normes de Vatican II.»