27 février 2010

[summorum-pontificum.fr] La CRC « pollue » le carême du Cardinal Vingt-Trois

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 27 février 2010
Après les chapelets du DALE, le cardinal de Paris est malmené par les partisans de l’abbé Georges de Nantes.

Être archevêque de Paris 40 ans après le Concile n’est vraiment pas de tout repos. Les demandeurs d’application du Motu Proprio frustrés « occupent » les églises parisiennes (= ils récitent pieusement le chapelet après la messe). Et voici maintenant que les membres de la Contre Réforme Catholique « polluent » les conférences de  Carême (= ils posent des questions embarrassantes).

Comme on le sait, le carême à Notre-Dame a pour thème cette année : « Vatican II, une boussole pour notre temps ». Chaque conférence confiée à une personnalité (Mgr Jean-Louis Bruguès ; Mgr Eric de Moulins-Beaufort ; le P. Matthieu Rougé ; le P. Denis Dupont-Fauville ; le P. Enzo Bianchi ; le P. Benoît-Dominique de La Soujeole ; M. Michel Camdessus ; Rabbin Rivon Krygier ; M. Dominique Folscheid), est donnée le dimanche à 16h 30. Elle est suivie de questions recueillies par écrit dans l’assistance et posées aux intervenants, entre 17h15 et 18h.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, tenue piana impeccable (soutane noire, liserés violets, calotte violette) a ouvert dimanche dernier ce cycle sous la présidence du cardinal archevêque. Quelle ne fut la surprise des organisateurs de voir tomber sur le conférencier une pluie de questions sur le thème : en dehors de la crise des vocations, de la crise des catéchismes, de la crise de la pratique, de la crise des missions, de la crise de la liturgie, de la crise etc., où sont donc les « fruits » de Vatican II ?

Les membres de la Contre Réforme Catholique, fondée par l’abbé Georges de Nantes qui vient de décéder, ont décidé de s’intéresser à ce cycle, dont le thème est en effet particulièrement intéressant, et qui porte sur un sujet à propos duquel ils estiment que l’abbé de Nantes, eux-mêmes, et bien d’autres, ont émis des interrogations de fond qui n’ont jamais reçu de réponse depuis 40 ans. Distribuant des tracts à l’entrée et à la sortie de la cathédrale, ils ont donc adressé un grand nombre de questions, auxquelles le conférencier a répondu, disons, assez tangentiellement.

La conférence donnée demain, par les PP Bianchi et Dupont-Fauville, ne devrait pas créer de difficulté, car le thème en est très traditionnel : pour que la Bible soit lue comme Parole de Dieu, il faut changer son regard sur la « lettre » et en découvrir « l’esprit ». En revanche, il est possible que celle du 21 mars sur l’argument : la permanence d’Israël, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux, la liberté civile de religion, les rencontres interreligieuses comme celle d’Assise, le dialogue avec les humanismes séculiers, donne lieu à des questions de fond.

Le cardinal demandera-t-il des cars de police pour se débarrasser des questionneurs ?

26 février 2010

[Abbé Aulagnier, ibp - Regards sur la Vie] Mgr Pozzo, secrétaire de la commission Ecclesia Dei: son interprétation du Motu Proprio de Benoît XVI Summorum Pontificum

SOURCE - Abbé Aulagnier, ibp - Regards sur la Vie - 26 février 2010
Les bénédictins de l’Immaculée fondés par le Père Jehan (OSB) en Italie, – il fut le premier disciple de Dom Gérard, à Bédouin -, viennent de publier sur leur site, avec quelque retard, un résumé de l’entretien qu’ils ont eu, le mardi 11 août 2009, avec Mgr Pozzo, le nouveau secrétaire de la Commission Ecclesia Dei. Ils ont abordé essentiellement deux sujets : le Motu Proprio de Benoît XVI Summorum Pontificum, et son interprétation concernant l’usage de la « forme ordinaire et extraordinaire de la messe romaine »; puis le Concile Vatican II et son interprétation. Nous étions à quelques semaines du début des discussions théologiques entre Rome et la FSSPX.

Je veux ici commenter seulement la première partie du texte relative à l’interprétation du Motu Proprio Summorum Pontificum, laissant la deuxième partie –le Concile – pour une autre fois. (Voir le texte dans LNDC du 24 février)

Ce commentaire de Mgr Pozzo est important.

Mgr Pozzo en effet est le nouveau secrétaire de la Commission Ecclesia Dei. Cette commission est chargée de l’application du Motu Proprio de Benoît XVI. C’est la mission de cette commission. C’est dit expressément dans l’ultime article, l’article 12, du document pontifical: « Cette commission (Ecclesia Dei ), outre les facultés dont elle jouit déjà, exercera l’autorité du Saint-Siège, en veillant à l’observance et à l’application de ces dispositions ( du Motu Proprio) ». Il se doit de donner la juste interprétation du document. Il représente « l’autorité du Saint Siège ».

On sait que la législation liturgique prévue par le Motu Proprio, publié le 7 juillet 2007, est nouvelle. C’est en effet en 12 nouvelles normes que Benoît XVI précisa le nouveau cadre juridique de l’application de la Réforme liturgique issue du Concile Vatican II. C’est clairement dit dans le texte de Benoît XVI. Cette législation annule toutes les dispositions antérieures de ces prédécesseurs : « Tout ce que j’ai établi par la présente Lettre apostolique en forme de Motu Proprio, j’ordonne que cela ait une valeur pleine et stable et soit observé à compter du 14 septembre de cette année (2007), en la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix, nonobstant toutes choses contraires ».

Pour toutes ces raisons, le texte du Père Jéhan résumant la pensée de Mgr Pozzo sur le Motu Proprio est capital.

L’analyse du texte.

Que nous dit-il ?

« Mgr Pozzo a tenu à dire que selon la lettre accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum, le rite romain existe dans deux formes et qu’aucun prêtre “ne peut refuser en principe de célébrer selon l’une ou l’autre forme”. Concrètement, cela implique, pour lui, que si un prêtre, célébrant normalement selon la forme extraordinaire, se trouvait dans une situation de nécessité pastorale dans laquelle l’autorité compétente exige une célébration selon la forme ordinaire, il devrait accepter de le faire ».

C’est une claire reconnaissance du bi-ritualisme, de sa nécessité juridique, de sa nécessité pastorale.

Ce bi-ritualisme est clairement exprimé non seulement dans la lettre d’accompagnement du Motu Proprio aux Evêques, comme le laisse entendre Mgr Pozzo, mais dans la Motu Proprio lui-même. C’est l’article 1 : « Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la lex orandi de l’Eglise catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par Saint Pie V et réédité par le bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme expression extraordinaire de la même lex orandi de l’Eglise et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la lex orandi de l’Eglise n’induisent aucune division de la lex credendi de l’Eglise : ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain ».

Il est vrai aussi que la lettre d’accompagnement que Benoît XVI adressait aux Evêques justifie doctrinalement, juridiquement, pastoralement ce bi-ritualisme post-conciliaire. La raison principale – c’est clairement affirmé – est que le rite « antique « , celui de saint Pie V, n’a jamais été aboli. « Ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ». Vu son antiquité, il faut le sauvegarder : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place ». (p.23-24)

Toutefois, poursuit le pape : « Evidemment, pour vivre la plaine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ». (p. 24).

Mgr Pozzo, reconnaissant la nécessité actuelle du bi-ritualisme, son droit, sa raison doctrinale et pastorale, est bien dans la ligne du Motu Proprio. Il interprète bien le texte et la pensée du législateur Benoît XVI. Qui pourrait dire le contraire.

Il peut donc légitimement conclure : « Un prêtre célébrant habituellement la messe dans sa forme « extraordinaire » ne pourrait refuser cependant, si les circonstances pastorales l’exigeaient et si les autorités légitimes le demandait, de célébrer la messe dans sa forme ordinaire » – ou plus simplement « la messe de Paul VI ».

Quelques remarques.

Tout cela nous inspire quelques réflexions :

Reconnaissons, tout d’abord, que cette ligne rappelant formellement le droit de l’antique messe est nouvelle dans l’Eglise.

Ce n’était pas la pensée et la législation qui étaient exprimées, par exemple, dans la lettre de Jean-Paul II : Quattuor abhinc annos de 1984, ni dans le Motu Proprio du même pape Ecclesia Dei. Certes, la lettre de 1984 prévoyait bien le retour, – un certain retour -, de la messe « tridentine » dans l’Eglise, plus clairement affirmé encore dans Ecclesia Dei Adflicta, mais elle ne faisait que « concéder » ce rite antique aux prêtres et aux groupes de fidèles la demandant. Le pape Jean-Paul II ne faisait que conférer aux Evêques l’autorisation – un indult – de « concéder » cette messe de Saint Pie V, encore fallaient-ils que les « demandeurs » ne « mettent pas en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du missel romain promulgué en 1970 par le Pontife romain Paul VI ». Le « droit » à la messe « antique » n’était pas reconnu pour autant. On ne parlait que de « concession », que d’« indult ». Le législateur ne le voulait que « temporaire » pour obtenir « une certaine paix ecclésiale ». C’était clairement dit par le Cardinal Re, à l’époque, Substitut de la Secrétairerie d’Etat pour les affaires générales, dans une lettre à M de Saventhem, président honoraire d’Una Voce Internationale : « Les diverses dispositions prises depuis 1984 avaient pour but de faciliter la vie ecclésiale d’un certain nombre de fidèles sans pérenniser pour autant les formes liturgiques antérieures. La loi générale demeure l’usage du rite rénové depuis le Concile, alors que l’usage du rite antérieur relève actuellement de privilèges qui doivent garder le caractère d’exception…Le premier devoir de tous les fidèles est d’accueillir et d’approfondir les richesses de sens que comporte la liturgie en vigueur dans un esprit de foi et d’obéissance au Magistère en évitant toute tension dommageable à la Communion ecclésiale ».

Vous le voyez : la législation de l’Eglise, du Concile Vatican II jusqu’à l’élection de Benoît XVI, ne conférait nullement un droit à l’ancienne messe. Le missel de saint Pie V était supprimé. On n’osait pas le dire « abrogé ». Nous étions en 1994, le 17 janvier 1994.

Toutefois, en cette matière liturgique, les choses bougeaient puisqu’en 1998, le 24 octobre 1998, le cardinal Ratzinger, le futur Benoît XVI, s’élevait là contre et reconnaissait, s’appuyant sur l’autorité du cardinal Newman que « l’Eglise dans son histoire, n’avait jamais aboli ou défendu des formes liturgiques orthodoxes, ce qui serait tout à fait étranger à l’esprit de l’Eglise ». L’affirmation était nouvelle et tout à fait opposée à celle de Mgr Re.

Quoi qu’il en soit en 1994, la loi générale en liturgie demeurait l’usage du rite rénové depuis le Concile. C’était l’affirmation de Mgr Re.

On connaît la réponse merveilleuse de M de Saventhem : « Il insiste sur l’affirmation : « sans pérenniser pour autant les formes liturgiques antérieures ».

« Même ecclésiologiquement, cette clause parait indéfendable. La « liturgie classique » du rite romain de la messe est déjà doué de pérennité intrinsèque en tant que monument incomparable de la foi. Son usage universel et multiséculaire bien avant la Constitution Apostolique « Quo Primum » lui confère en outre la pérennité canonique de la « consuetudo immemorabilis ». Par conséquent, la « pérennisation » dont parle votre lettre n’est aujourd’hui ni à octroyer ni à ôter à la liturgie classique – elle est simplement à reconnaître et à faire respecter dans les dispositions réglant son emploi à côté des rites réformés ».

Voilà qui est bien dit.

Voilà ce qui fut fait très heureusement par le cardinal Ratzinger une fois élu pape. Le Motu Proprio de Benoît XVI, en 2007, est très clair : « Il est permis de célébrer le sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le Bienheureux Jean XXIII en 1952 et jamais abrogée, en tant que forme extraordinaire de la liturgie de l’Eglise » (p. 9. Art I § 2).

Cependant, tout en reconnaissant le droit de l’ancienne messe, de la « liturgie classique » du rite romain, et tout en confessant son droit, le pape Benoît XVI demande clairement le respect et la reconnaissance de ce qu’il appelle « la forme ordinaire (messe de Paul VI) du rite romain ». La messe dite de saint Pie V et la messe de Paul VI sont, pour lui, deux expressions du seul et même rite romain, « deux mises en œuvre de l’unique rite romain ».

Nous voilà avec un bi-ritualisme déclaré de droit !

C’est l’objet de l’article 1 que nous avons cité plus haut.

Il affirme dans sa lettre aux Evêques, « qu’il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum ». Il y a seulement, « croissance » et « progrès » mais « nullement rupture ». Et c’est pourquoi il dit que les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres » (p. 24). Le bi-ritualisme est de droit.

Ce n’est pas que le bi-ritualisme, dans l’Eglise latine fasse problème. L’Eglise latine a toujours eu de nombreux rites divers : le rite dominicain, le rite lyonnais…Mais c’est la coexistence « pacifique » de ces deux « expressions », « l’ordinaire » et « l’extraordinaire » du missel romain qui fait problème.

Pour certains et pour moi, il ne peut s’agir du même et unique missel romain. Mgr Gamber, ce grand « liturge », est formel.

Voilà un nouveau problème soulevé !

Problème que le père Jehan a du présenter à Mgr Pozzo lui laissant entendre les difficultés que certains éprouvaient et éprouvent encore pour célébrer la « nouvelle messe » non encore « réformée » comme le souhaite pourtant clairement Benoît XVI dans la lettre d’accompagnement où il parle d’une plus grande « sacralité » de la célébration de la messe de Paul VI. Le père Jéhan a du présenter à Mgr Pozzo l’argument du droit propre et exclusif à la messe tridentine que réclament certaines nouvelles communautés de droit pontifical. Ils affirment que leurs constitutions fondatrices, leurs statuts canoniques, reconnus par Rome, leur accordent ce droit.

C’était l’argument que présentait déjà en 1999 le père de Blignière, supérieur des pères de Cheméré, dans le n° 68 de sa revue « Sedes Sapientiae ». C’est aussi ce que pense le père Jehan concernant les constitutions du monastère du Barroux. C’est ce que demande et pense aussi M l’abbé Philippe Laguérie pour l’IBP. Le père Jehan se fonde sur l’autorité de Mgr Stankiewicz, doyen du tribunal de la Rote. Mgr Pozzo écouta et s’intéressa à son argumentation : « Mgr Pozzo a cependant écouté l’opinion que Mgr Stankiewicz, doyen du tribunal de la Rote, avait exprimée au père Jehan après avoir lu attentivement les constitutions du Barroux, et selon laquelle un moine-prêtre du Barroux n’a pas le droit de célébrer selon le Novus Ordo Missae, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du monastère. Ainsi l’obligation de célébrer selon l’ancien rite serait un droit-devoir particulier qui s’applique aux moines du Barroux, et cela est vrai où qu’ils se trouvent ».

Je veux bien croire que c’est l’interprétation que donne Mgr Stankiewicz des constitutions du monastère du Barroux. Mais Dom Gérard, ne se montra pas si catégorique en cette affaire…C’est pourtant lui le vrai législateur du Barroux, lui qui peut en donner la juste interprétation puisqu’il les a écrites.

Les justes critiques de la messe de Paul VI.

Pour comprendre ici cette instance, cette demande de l’exclusivité du rite saint Pie V, il faut connaître la résistance opiniâtre qu’ont menée pendant près de quarante ans, des personnes éminentes de l’Eglise refusant la nouvelle messe, en raison de son caractère équivoque. Mgr Lefebvre parlait de « messe bâtarde ». Il faut se souvenir du cardinal Ottaviani et du cardinal Baggi présentant au Souverain Pontife Paul VI une lettre de supplique demandant l’ « abrogation » de la nouvelle messe ou du moins que ne soit pas enlevée, aux fidèles « la possibilité de continuer à recourir à l’intègre et fécond Missel romain de saint Pie V… si profondément vénéré et aimé du monde catholique tout entier ». Ils en précisaient la raison. « Ce nouvel ORDO MISSAE….s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXIIème session du Concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les « canons » du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte à l’intégrité du Mystère ». Ils présentaient au Souverain Pontife de nombreuses critiques – le Bref Examen Critique – que l’on peut résumer dans la scandaleuse définition de la messe donnée en l’article 7, tellement éloignée de la doctrine catholique .Elle dut être modifiée avant la publication définitive de la Constitution Missale Romanum et de la nouvelle messe – sans la moindre modification sur le rite lui-même…. De plus, l’expression narratio institutionis que l’on trouve dans l’Institutio generalis pour exprimer l’action sacerdotale accomplie lors du Canon romain n’est pas moins troublante. La messe n’est en rien une narration, ni une simple commémoration du sacrifice de la Croix, mais bel et bien le sacrifice de la Croix perpétué sous mode sacramentaire, non sanglant. Les formules de la Consécration sont dites par le prêtre d’une manière « intimative » et non « récitative ». C’étaient les raisons, parmi bien d’autres, d’un père Calmel, d’un abbé Dulac d’un Mgr Lefebvre, d’un Mgr de Castro Mayer, d’un Jean Madiran, d’une Melle Luce Quenette . C’étaient les raisons de leur « non possumus », de principe, ne voulant en rien, ni les uns ni les autres, mettre le doigt dans l’engrenage de cette réforme liturgique « équivoque ».

C’est ce qu’exprimait merveilleusement M de Saventhem toujours dans sa réponse à Mgr Re contestant son expression « les richesses de sens » de la nouvelle messe. Aujourd’hui, Benoît XVI parle de « valeur » et de « sainteté ». (Lettre d’accompagnement au MP. P. 24). Il lui répondait : « Permettez moi, Excellence de formuler une ultime demande de clarification, relative au dernier alinéa de votre lettre. Qu’entendez vous par les « richesse de sens » que comporte d’après vous, la liturgie en vigueur ? Au sein de notre mouvement, beaucoup se sont livrés à la recherche de telles richesses, au rythme de la promulgation successive des livres liturgiques réformés. Ils ont fait état des résultats de leurs travaux dans un nombre impressionnant de livres, de monographies, d’études et de commentaires, dont nul ne peut contester le sérieux. S’ils ont pu noter une augmentation quantitative – oraisons, lectures, préfaces et même prières eucharistiques – des textes désormais mis à la disposition de ceux qui organisent les célébrations, ils ont en même temps dû constater une baisse généralisée dans leur contenu théologique, menant à la « banalisation » de nos fonctions liturgiques au détriment de leur sacralité et donc de leur identité catholique. Parallèlement, il y a eu un rapprochement continu aux services religieux de diverses communautés non catholiques. En d’autres mots : la liturgie catholique romaine a dû payer les frais de l’ « option œcuménique » ! Et au lieu d’un enrichissement de la tradition liturgique de l’Eglise catholique, on a vu le gaspillage de son patrimoine le plus précieux. N’est-il pas du « premier devoir » de tout catholique fidèle d’œuvrer à la sauvegarde de cet unique trésor, instrument principal de l’évangélisation, confié à l’Eglise par Notre Seigneur pour le salut de toutes les âmes ? »

C’est pour exprimer ce « premier devoir » essentiel que nos anciens, jadis, et nous-mêmes, aujourd’hui, voulons rester attachés à la messe de toujours en invoquant ce droit exclusif inhérent à nos constitutions approuvées et reconnues par Rome.

Pour moi, cependant, c’est le plus faible des arguments. La force de notre position – notre non possumus historique – reste et restera l’analyse intrinsèque de la nouvelle messe de Paul VI. Notre droit ne se fonde pas d’abord sur un texte juridique, fut-il des constitutions même approuvées par Rome. Notre droit se fonde d’abord sur la foi, sur le dogme. Le droit ne vient qu’après. Il n’est qu’une conséquence du bien, du vrai sur lequel il légifère. J’ai personnellement horreur du « positivisme juridique », en tout domaine. Ce n’est pas parce que l’avortement est interdit par la loi que je suis contre l’avortement. Je suis contre l’avortement parce que l’avortement est, en soi, un mal, un crime que le droit doit interdire. Je suis opposé à la nouvelle messe parce que la nouvelle messe n’est pas bonne. Elle a même eu des effets catastrophiques pour l’Eglise et ses fidèles. Elle a contribué à la diminution de la pratique religieuse.

Devant cette attitude et sa justification comment a réagi Mgr Pozzo ?

« Mgr Pozzo a dit qu’il connaissait Mgr Stankiewicz. Pour sa part, il ajouta que, même si la lettre pontificale accompagnant Summorum Pontificum précise que les prêtres célébrant l’ancien rite ne peuvent pas refuser par principe la célébration du nouveau, cela laisse ouverte néanmoins la possibilité d’un droit propre pour certaines sociétés dont les membres célébreraient selon l’ancien rite exclusivement ».

Cette dernière affirmation est nouvelle, terriblement nouvelle. Nous nous en réjouissons. Mais est-elle totalement « crédible » ? Que vaut « ce droit propre » ?

Elle est nouvelle.

Qu’on se rappelle les difficultés rencontrées par les prêtres de la Fraternité saint Pierre en 1999 et 2000. Qu’on se rappelle la législation que l’on appela la législation Médina. Elle est totalement en contradiction avec ce dernier jugement de Mgr Pozzo. Qu’on se rappelle les trois questions posées à la Congrégation du culte divin et de la discipline des sacrements présidée, à cette époque, par le cardinal Medina. Qu’on se rappelle les réponses romaines. Ces réponses donnaient la jurisprudence romaine, jurisprudence reconnue, à l’époque, par toutes les autorités romaines.

Trois questions furent posées en effet à Rome concernant la célébration de la Nouvelle Messe par les prêtres des communautés sacerdotales ou religieuses dépendant de la commission Ecclesia Dei Adflicta, désirant donc garder exclusivement la messe de saint Pie V.

1. Ces prêtres peuvent-ils célébrer la Nouvelle Messe?
2. Les autorités de ces sociétés de quelque dignité qu’elles soient peuvent-elles interdire à leurs prêtres de célébrer la Nouvelle Messe?
3. Peuvent-ils aussi concélébrer dans le nouveau rite?

Le 3 juillet 1999, Rome donnait les réponses dans un texte de la Congrégation du culte divin qui a pour titre « Réponse officielle » :

« Des questions relatives au pouvoir et aux empêchements liés à l’Indult concédé par l’autorité légitime permettant d’utiliser le Missel romain de 1962 sont parvenues à cette Congrégation. Le Conseil Pontifical de l’Interprétation des Textes ayant répondu à ces questions, la Commission Pontificale « Ecclesia Dei » a examiné ces réponses selon son devoir et les a approuvées. Nous en communiquons les textes sous forme de réponses aux questions
posées.

1.Un prêtre, membre d’une communauté qui jouit du pouvoir de célébrer la Messe selon le rite en vigueur avant le renouvellement liturgique du Concile Vatican II, voulait savoir si le Missel romain promulgué par le Souverain Pontife Paul VI pouvait être librement utilisé lorsqu’il célèbre le Sacrifice Eucharistique pour le bien des fidèles, ne serait-ce qu’occasionnellement, dans une paroisse où est célébrée la Messe selon le Missel de Paul VI.

Réponse : Oui avec précision pour mémoire : La raison consiste en ce que, vu que l’usage du Missel pré-conciliaire n’est concédé que par Indult, demeure le droit liturgique en faveur du rite romain commun, selon lequel le Missel en vigueur est celui promulgué par le Concile Vatican II. Bien plus, le prêtre cité plus haut doit célébrer selon le Missel d’après le Concile, si la célébration a lieu dans une communauté qui utilise le rite romain d’aujourd’hui, afin qu’il ne survienne pas un certain étonnement et un certain malaise chez les fidèles et pour que lui-même, disponible, soit une aide pour ses confrères prêtres qui réclament ce service de charité pastorale. Dans les communautés accoutumées au Missel d’aujourd’hui, l’usage du Missel précédent entraînerait quelques difficultés (exemples : différences dans le calendrier liturgique, désaccord des textes liturgiques pour la liturgie de la Parole, différences dans les gestes catholiques, dans la façon de recevoir la Sainte Communion, dans les rôles des servants, etc.).

2. Les supérieurs – de quelque dignité qu’ils soient – des communautés qui bénéficieraient de l’Indult permettant d’utiliser le Missel Romain de 1962 pour la célébration du Sacrifice Eucharistique peuvent-ils interdire aux prêtres de leurs instituts l’usage du Missel romain d’après le Concile, alors que ceux-ci célèbrent pour le bien des fidèles, même si occasionnellement, dans une communauté où le Missel romain est utilisé ?

Réponse : Non, parce que l’usage du Missel romain de 1962 est accordé par l’Indult pour l’intérêt des fidèles qui sont attachés par un lien particulier au rite romain d’avant le Concile Vatican II, et un usage de ce genre ne peut pas être imposé aux communautés célébrant la Sainte Eucharistie selon le Missel et les réformes du Concile Vatican II, communautés envers lesquelles, d’ailleurs, les Supérieurs de tels Ordres n’ont aucune autorité.

3. Un prêtre, membre d’un Ordre qui bénéficie de l’Indult, peut-il, sans inconvénient concélébrer une Messe dite selon le rite romain d’aujourd’hui ?

Réponse: Oui, parce que l’Indult accordé aux prêtres n’enlève pas le droit commun liturgique de célébrer le rite romain selon le Missel Romain en vigueur. C’est pourquoi un Supérieur ou un Ordinaire ne peut ni ne doit lui interdire la concélébration. Au contraire, il est louable que ce prêtre précité concélèbre librement, surtout lors de la Messe du Jeudi-Saint que préside l’Evêque diocésain. Bien « qu’il soit toujours donné la possibilité à ce prêtre de célébrer la Messe seul, mais pas en même temps et dans la même église, ni le Jeudi-Saint » (cf. Conc. Vat. II Const. De Sacra Liturgia Sacrosanctum Concilium, n.57, § 2,2). Le signe de communion, mis en relief par la concélébration, est si fort à la Messe Chrismale qu’on ne doit jamais renoncer à concélébrer, sauf raison grave (cf. ibidem, n.57, § 1, Ia).

Pour la Congrégation du Culte Divin et de la Discipline des
Sacrements, le 3 juillet 1999.
Georgius A Card Medina Estavez, praefectus
Franciscus Pius Tamburrino, Archiepiscopus a Sacratis

Voici les réponses romaines à ces trois questions particulièrement « épineuses » et toujours d’actualité. Ces réponses sont fondées sur l’affirmation que la nouvelle messe est « le droit commun en matière liturgique » et que le droit particulier ne peut se dresser contre, ne peut s’y opposer. De plus, la messe ancienne n’est qu’une concession, qu’un « indult » donné à ces communautés Eclesia Dei.

La position de Mgr Pozzo est donc bien nouvelle

Il faut en effet reconnaître que les choses ont changé en ce domaine grâce au Motu Proprio de Benoît XVI. Il reconnaît le droit à égalité entre « la forme extraordinaire et la forme ordinaire du missel romain ». On ne pourrait plus dire aujourd’hui que le « droit commun liturgique » est la messe nouvelle.

La position de Mgr Pozzo est nouvelle. Mais est-elle crédible ?

Toutefois la lettre d’accompagnement du Motu Proprio de Benoît XVI rappelle que « pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ». (p.24)

Ainsi cette exclusivité du rite liturgique de saint Pie V fondée sur les constitutions des communautés Ecclesia Dei, est-elle simplement possible ? Les paroles du pape semble dire le contraire.

Cette exclusivité me semble toujours rester un « droit particulier » face au droit commun en matière liturgique qui inclut, de droit, certes la forme extraordinaire – ce qui est nouveau – mais aussi la forme ordinaire du rite romain. On ne pourrait donc de soi l’exclure.

C’est pourquoi je resterais prudent. L’opinion de Mgr Pozzo que le père Jéhan résume bien, peut-elle faire à elle seule jurisprudence ?

Et même plus, n’y a –t-il pas une certaine contradiction dans cette opinion de Mgr Pozzo : « Même si la lettre pontificale accompagnant Summorum Pontificum précise que les prêtres célébrant l’ancien rite ne peuvent pas refuser par principe la célébration du nouveau, cela laisse ouverte néanmoins la possibilité d’un droit propre pour certaines sociétés dont les membres célébreraient selon l’ancien rite exclusivement ».

Nos amis des communautés Ecclesia Dei l’ont cru en 1999. Ils se sont trompés. Rome en a jugé autrement. Rome disait déjà en 1999, qu’aucun prêtre “ne peut refuser en principe de célébrer selon l’une ou l’autre forme”. Concrètement, cela implique, pour lui, que si un prêtre, célébrant normalement selon la forme extraordinaire, se trouvait dans une situation de nécessité pastorale dans laquelle l’autorité compétente exige une célébration selon la forme ordinaire, il devrait accepter de le faire ». On l’a vu plus haut. Ce fut toujours la position du Vatican. Ce le fut lorsque l’ancienne messe était considérée comme un simple indult, propre à certaines communautés. C’est encore affirmé alors que l’ancienne messe est considérée non plus comme un indult mais comme un droit.

Aussi j’attendrai les événements et le règlement des « conflits » en cette matière pour voir et pour conclure à l’instar de Mgr Pozzo : « Même si la lettre pontificale accompagnant Summorum Pontificum précise que les prêtres célébrant l’ancien rite ne peuvent pas refuser par principe la célébration du nouveau, cela laisse ouverte néanmoins la possibilité d’un droit propre pour certaines sociétés dont les membres célébreraient selon l’ancien rite exclusivement ».

Je n’en suis pas si sûr que lui. Que veut dire, du reste, cette expression : « cela laisse ouverte la possibilité d’un droit propre ». Cette expression « cela laisse ouverte la possibilité… » me paraît une expression bien faible, bien incertaine, pour ne pas dire équivoque. Si c’est simplement « possible » ce n’est pas absolument « certain ». Ce qui est possible n’est pas toujours certain. Si la chose était si claire et si sûre, l’expression aurait du être différente.

Comme disent les anglais : « Wait and see ».

Et de toute façon, n’oublions pas que le droit est fondé sur la foi et non l’inverse.
Gardons cette mâle assurance dont parlait Dom Guéranger à ses moines : « Il est dans le trésor de la Révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée… Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur baptême (en période d’hérésie) l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent, pour courir à l’ennemi ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner ».

[Abbé de Cacqueray, fsspx] «Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise.»

SOURCE - Abbé de Cacqueray, fsspx - février 2010
V° UDT : «Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise.»
Editorial de l'abbé de Cacqueray


Chaque dimanche, à la messe, nous professons notre Foi en « l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». Nous sommes les fils de cette Eglise Catholique dont nous croyons de toute notre âme qu’Elle a été fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. »

Cependant, cette Eglise, dont nous sommes devenus les membres par la grâce de notre Baptême, au lieu d’être célébrée par tous les hommes comme étant l’Arche de Salut qui mène les âmes de cette terre à l’éternité bienheureuse, au lieu d’être reconnue en sa qualité de plus grande bienfaitrice de l’humanité, se trouve être en permanence  la cible préférée des quolibets, de la dérision et de la haine de nos contemporains.

Tout semble mis en œuvre pour que les catholiques se trouvent comme obligés de devoir baisser la tête et de rougir de l’Eglise, de la papauté, du sacerdoce... Le passé de l’Eglise est remis en cause d’une façon systématique. L’Eglise est présentée comme sexiste, allant jusqu’à douter de l’existence de l’âme chez la femme, comme belliqueuse et meurtrière lors des Croisades, fanatique par son Inquisition, obscurantiste dans l’affaire Galilée, sectaire avec le Syllabus, complice des crimes du nazisme par le silence de Pie XII. Quel est le mal que l’Eglise n’a pas commis ? La charge est devenue si habituelle et si violente que les catholiques les mieux disposés finissent par se poser des questions face à un tel raz-de-marée de critiques. Comment une Eglise qui n’a cessé de fomenter le mal tout au long des siècles serait vraiment celle que Dieu a voulu donner aux hommes ? Parallèlement, le Judaïsme et l’Islam sont traités avec respect et bienveillance et présentés comme des exemples de religions éclairées et tolérantes …

Au cours de cette cinquième université d’été, nous allons donc exposer méthodiquement pendant le cycle de nos conférences ce qu’est l’Eglise Catholique : sa nature, sa divine constitution, ses notes et ses propriétés. Nous montrerons que cette Eglise est bien celle que Notre Seigneur Jésus-Christ a instituée. Les ateliers, quant à eux, nous donneront l’occasion, contre la pensée unique, de rétablir la vérité historique sur les grandes contestations que la modernité brandit contre l’Eglise. Et nous démontrerons que, loin d’avoir à rougir de l’Eglise,  Elle mérite tout note amour, elle qui est bien l’Epouse sainte et immaculée de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Enfin, nous n’écarterons pas l’objection que l’on nous fait aussi à  nous autres, prêtres de la Fraternité saint Pie X : «  Vous êtes bien mal placés pour prendre la défense de l’Eglise, vous autres qui avez été mis à son ban. Ne croyez-vous pas qu’au lieu d’en faire le thème de votre université d’été, vous devriez commencer par déjà donner l’exemple de l‘obéissance ? » Nous n‘éluderons pas cette question. Bien au contraire, nous la rendrons volontairement présente tout au long de nos débats.

C’est pourquoi cette université d’été 2010 présentera une occasion unique et privilégiée, pour nos fidèles mais aussi pour tous ceux qui se posent des questions et qui veulent en poser sur la crise de l’Eglise et sur les positions de la Fraternité, de pouvoir le faire auprès de ses prêtres.

Nous vous invitons cordialement, vous tous qui ne voulez pas rester passifs face à la démolition  de la chrétienté, vous qui voulez au contraire être des ouvriers actifs de la conversions des âmes de ceux qui vous entourent, à vous rendre à Saint-Malo pour ce grand moment d’intelligence de la Foi et d’amitié catholique. Comme chaque année, nous aurons aussi la joie de fêter magnifiquement l’Assomption de Notre Dame par notre grande procession dans les rues de la belle cité malouine.

Abbé Régis de Cacqueray-Valménier, Supérieur du District de France

[summorum-pontificum.fr] Publication prochaine du décret d'application du Motu Proprio

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 26 février 2010
Selon l'hebdomadaire italien Panorama, la publication du décret d'application du Motu Proprio Summorum Pontificum serait maintenant proche. Attendu avec impatience, ce document indiquerait comment il faut interpréter avec exactitude l'intention du Saint-Père qui a libéré la sainte messe codifiée par le pape saint Pie V et dont les dernières modifications datent de Jean XXIII.

Plusieurs sources ont répercuté cette information sur Internet. Toutes citent la même et unique origine. Il faut donc prendre avec prudence cette annonce. Cependant, elle est à rapprocher de plusieurs petits faits qui peuvent laisser entendre dans quel esprit il faudra recevoir ce texte. S'il ne faut pas douter qu'il réaffirmera le « droit » pour tout prêtre à célébrer selon les livres liturgiques de 1962, il est à craindre qu'il indique aussi qu'un prêtre ne peut pas refuser de célébrer la messe de Paul VI dans certaines conditions. On se reportera pour cela à la discussion de dom Jehan avec Mgr Pozzo et à une autre discussion du secrétaire de la commission Ecclesia Dei qui a indiqué à deux prêtres traditionnalistes français la nécessité de cette ouverture. Il s'agit évidemment de supputations et il faut attendre la parution du texte pour l'examiner.

[La Contre-Réforme Catholique] La meilleure part: prêtre, victime avec le Christ

SOURCE - La Contre-Réforme Catholique - Mars 2010
« Ô Christ, mon pauvre Dieu, te voilà tout seul, abandonné dans ton église de campagne dont le clocher menace ruine, tout seul dans ta maison mal balayée où n’entre personne, et tu entends dehors, le dimanche, le travail du dimanche qui se moque de toi...

« Alors, je viens ! Pour être avec toi un sans-foyer. Je viens pour être haï comme tu l’es, pour être, comme tu l’es, lépreux rejeté du groupe humain, cet homme isolé, singulier, cet homme en robe que les autres du village tiennent à l’écart et regardent en ricanant quand il passe.

« Je viens pour avoir besoin d’ouvrage, n’en pas trouver et me faire traiter de fainéant par les ivrognes et même, plus ou moins, par les gens raisonnables.

« Me voici... je viens, je passerai pour ignorant, pour fou... La calomnie m’épiera derrière la porte – “ un homme pareil aux autres... il fait ses coups en dessous ” – on mentira pour me nuire.

« Mais je viens, mon pauvre Maître, je viens à Toi, parce que tous t’ont abandonné... je viens... Et tous les deux, Toi dans ton église en détresse, moi à côté, dans ma maison vide – méconnu, Toi, méprisé, moi – nous serons tous les deux compagnons de misère. » (Marie Noël, Notes intimes)

ORAISON FUNÈBRE DU PÈRE RAYMOND ZAMBELLI
RECTEUR ÉMÉRITE DES SANCTUAIRES DE LISIEUX ET DE LOURDES
(Sermon de la Messe de Requiem du jeudi 18 février 2010)


Mes chers amis,

Quand me parvint la nouvelle de la mort du Père et que frère Bruno me proposa de célébrer la messe d’inhumation en cette chapelle de la communauté, c’est alors que me revint en mémoire cette admirable page de Bossuet que j’aimerais vous lire car elle nous introduit immédiatement et magistralement dans le mystère de la mort chrétienne :

« Il n’y a rien de plus grand dans l’univers que Jésus-Christ.

« Il n’y a rien de plus grand dans Jésus-Christ que son Sacrifice.

« Il n’y a rien de plus grand dans son Sacrifice que son dernier soupir et que le moment précieux qui sépara son âme de son corps.

« Tous les enfants des promesses prirent alors leurs places avec le Sauveur, et devenant avec Lui des victimes, leur mort qui n’aurait pu être jusque-là qu’une peine du péché, fut changée en celle de Jésus-Christ en son Sacrifice.

« La mort des chrétiens, consacrés dans le Baptême pour être des victimes, est devenue dans celle de Jésus-Christ, un Sacrifice parfait ; et de son oblation avec la leur, il ne s’est fait qu’une seule oblation.

« C’est donc là que toutes les agonies du monde se terminent. Jésus-Christ est le Souverain Prêtre de nos morts et jusqu’à la fin des siècles il perpétue son agonie et son Sacrifice dans la mort des fidèles ! »

Mes chers amis, quel heureux siècle où l’on s’exprimait de la sorte pour traduire les vérités de la foi catholique !

Il ne m’appartient pas de retracer ici la vie de cet homme exceptionnel que fut l’abbé Georges de Nantes ni de prononcer son panégyrique. D’autres, qui l’ont mieux connu, auront à cœur de le faire comme un légitime devoir de mémoire et de reconnaissance.

La liturgie des défunts nous convie à la retenue et à la sobriété pour ne pas perdre de vue l’essentiel. Et cet essentiel est contenu dans cette prière confiante et cette douce supplication que nous adressons à Dieu si riche en miséricorde, dans l’oraison de cette messe :

« Seigneur, à qui seul appartient de juger et de pardonner, nous te prions pour l’âme de notre frère Georges. » Tout est dit en si peu de mots : « Seigneur, à qui seul appartient de juger et de pardonner. »

Lorsque j’étais recteur du Sanctuaire de Lisieux, il me fut donné d’accueillir à maintes reprises les membres de la CRC venus en pèlerinage auprès d’une sainte que l’abbé de Nantes leur avait fait découvrir et aimer : la Petite Thérèse. À cette occasion il tint à me rencontrer et m’ouvrit son cœur sacerdotal. Il me sut gré de lui avoir accordé à Lisieux ce qu’il considérait comme une sorte de privilège et de grâce insigne. Il s’ensuivit, entre lui et moi, une correspondance que je conserve précieusement.

La Providence m’ayant ensuite conduit à Lourdes pour y être le recteur des Sanctuaires, j’eus à nouveau l’occasion de revoir et d’accueillir chaque année ces mêmes pèlerins, toujours plus nombreux, surtout en 2008 pour leur mémorable pèlerinage à l’occasion du 150e anniversaire des apparitions de l’Immaculée.

C’est ainsi que des liens de profonde estime et de grande cordialité se sont tissés au fil des ans jusqu’à ce que me soit donnée la joie d’être invité et accueilli dans cette maison Saint-Joseph à Saint-Parres.

En échangeant régulièrement avec les uns et les autres, quel ne fut pas un jour leur étonnement et le mien, de faire une découverte. On s’aperçut que le prêtre qui avait le plus marqué l’abbé Georges de Nantes et dont il disait qu’il lui avait tout appris et qu’il lui devait tout, était le même prêtre dont je devais faire la connaissance vingt ans plus tard dans des conditions analogues. Georges de Nantes l’avait connu pendant ses années de séminaire à Issy-les-Moulineaux, et moi pendant mes années de séminaire à Bayeux. Louis Vimal était donc ce prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice à qui nous devions de nous avoir initiés à la théologie, aux Pères de l’Église, à la splendeur de la liturgie, au monde des arts et de la poésie, il me suffit d’évoquer la petite dame d’Auxerre, Marie Noël, c’est lui qui sut nous faire partager sa passion pour le grand Siècle des âmes, nous apprendre à goûter Bossuet et par-dessus tout : Blaise Pascal, Auvergnat comme lui. Nous avions donc eu, en quelque sorte, en la personne de ce sulpicien surdoué et atypique, le même père nourricier. Cela crée nécessairement des liens profonds et durables...

Pour revenir à mes dernières rencontres avec l’abbé de Nantes au soir de sa vie, je conserverai toujours le souvenir ému de ma première visite dans sa chambre qui lui tenait lieu d’infirmerie.

Alité, aphasique, réduit à l’immobilité, il ne pouvait plus communiquer que par le regard, mais quel regard ! Je le vois entouré par ses frères qui se relayaient à son chevet comme autant d’anges gardiens. Il régnait dans cette chambre un climat de paix, de sérénité, de tendresse, de charité prévenante et de prière qui était son véritable oxygène, tant il est vrai qu’on ne peut vivre ni survivre sans amour. Là est le secret de cette improbable longévité qui lui a permis de demeurer parmi vous jusqu’à cette aube du 15 février où la Sainte Vierge est venue le chercher comme l’a écrit si justement frère Bruno dans l’annonce qu’il nous fit de sa mort.

En face de lui, en effet, il pouvait contempler nuit et jour la statue de Notre-Dame de Fatima pour laquelle il avait une si grande dévotion. Nul doute qu’elle a dû souvent lui murmurer à l’oreille ce qu’elle avait confié à Lucie le 13 juin 1917 :

« Ne te décourage pas. Je ne t’abandonnerai jamais ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu. »

Même s’il descendait régulièrement à la chapelle, sa chambre était son oratoire. Son lit lui tenait lieu de patène où dans le silence et le mystère il pouvait s’offrir à l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu et lui renouveler cette offrande à chaque battement de son cœur comme la Petite Thérèse nous l’a enseigné. Désormais, il se présente à nous sous les traits de la Sainte Enfance et de la Sainte Face. Il était devenu pauvre, confiant et abandonné comme un enfant. Il remplissait la condition posée par Jésus pour entrer dans le Royaume : redevenir un enfant.

Et dans sa configuration au Christ souffrant et crucifié dont il partagea la kénose, il vivait les recommandations de l’apôtre Paul à son disciple Timothée :

« Si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons.
« Si nous souffrons avec Lui, avec Lui nous régnerons. » (2 Tm 2, 11-12)

C’est sans doute de cette manière qu’il a obtenu pour lui-même, pour les siens, ses “ chéris ”, et pour l’Église tant de précieuses grâces.

Que de surprises nous aurons dans l’au-delà !

C’est précisément, – et au-delà des apparences –, cet autre monde dont l’Immaculée parlait à Bernadette dans le creux du rocher de Massabielle, le 18 février 1858, quand elle lui fit cette confidence :

« Je ne vous promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre. »

En ce jour anniversaire de cette promesse de la Vierge Marie, prions la Petite Bernadette, dont c’est la fête, de nous affermir dans l’Espérance de cet autre monde.

Il me faut conclure, ou plus exactement j’aimerais que ce soit le Père lui-même qui s’adresse à nous pour nous livrer un ultime message. Il nous suffit pour cela d’ouvrir “ Mémoires et Récits ” au chapitre intitulé : “ Saintes âmes, saintes maisons ” :

« Il n’y a pas deux races d’hommes, les saints, les élus qui ont fui le combat et ne connaissent plus aucune de nos misères, et nous les gens du monde assaillis de tentations, pécheurs par nécessité. Il n’y a pas non plus des pharisiens là-bas, qui dissimulent leurs chutes, et les publicains que nous sommes, qui se confessent et recommencent. Il y a le corps fraternel de l’Église militante, dont tous doivent connaître l’épreuve, plus ou moins certes, à la mesure de la grâce et de leurs forces. Mais dont les uns prient beaucoup, les autres peu. Et chacun à toute heure reçoit du Père céleste, de Jésus crucifié et de sa sainte Mère, les secours qu’il demande pour demeurer fidèle et devenir saint, s’il le veut. J’ai eu des parents et des maîtres qui vivaient ainsi, et si je n’ai pas suivi, ou seulement suivi de loin leur exemple, en ma jeunesse légère, que Dieu me le pardonne. »

Écoutons-le dans la page célèbre de “ L’enterrement à Chônas ” :

« ... Ce que je pense déjà, revenant de l’église à la maison, ce que je pense toujours, c’est que pour traiter ce grand drame, unique et pourtant universel, de la mort du paysan, ou de sa femme, ou de son enfant, on n’a jamais inventé, on n’inventera jamais un ensemble de rites et de chants aussi majestueux, aussi simple, aussi pauvre de moyens, aussi riche de signification, affreusement pathétique et plein de mystique allégresse, que cette liturgie de ce temps-là, qui nous venait du fond des âges.

« Oserais-je vous dire que, dès cette époque lointaine, je me faisais une joie de mon propre enterrement, savourant en tous leurs détails exquis, les gestes tendres, les chants si doux que l’Église ferait alors sur mon corps, comme d’une mère, comme d’une épouse pour son bien-aimé ? Qu’il est doux de mourir, pensais-je, entre les bras de l’Église !

« Le mystère de l’arrachement d’un mort à la puissance des ténèbres qui le retient captif et sa rédemption par l’Hostie immaculée de la messe, offerte pour son salut, n’étaient-ils pas déjà, pour mes regards d’enfant, le spectacle même de son exaltation et de son entrée dans la béatitude éternelle du Père ? » Amen.

ALLOCUTION DE FRÈRE BRUNO DE JÉSUS AU CIMETIÈRE

« Bienheureux les persécutés pour la justice. » (Mt 5, 10) Toute la vie de notre Père fut une croix et un martyre, comme celle de Notre-Seigneur et pour la même raison : dans la pensée de l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Et comme Notre-Seigneur mort condamné par les autorités juives, il s’est opposé de toutes ses forces, publiquement, aux forces de l’enfer déchaînées jusque dans l’Église, entouré d’une poignée de frères et de sœurs, et d’une petite “ phalange ” de disciples et d’amis. En butte à la haine et au mépris de la hiérarchie de l’Église, au silence gêné, ou assassin, des collègues et confrères, sauf exception courageuse et tellement réconfortante. Merci, cher Père !

Son fait est sans précédent parce qu’on ne connaît point, en deux mille ans d’Église, de procès intenté à un Pape, à un Concile, comme ceux qu’il a intentés par des actes explicites d’accusation, qui soit demeuré en suspens, sans réponse, sans jugement ! En attendant l’infaillible jugement du souverain Juge, ce silence, pour ne pas dire cette forfaiture, consacre l’abbé de Nantes, notre Père et fondateur des Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur, non seulement légitime fidèle de l’Église et vrai prêtre de Jésus-Christ, mais encore confesseur et docteur de la foi catholique romaine en nos temps d’apostasie.

Il n’est pas mort. Il est entré dans la vie, comme un petit enfant, à la ressemblance du bienheureux Louis Martin dont la “ démence ” faisait dire à la petite Thérèse en 1889 : « Papa, c’est le petit enfant du Bon Dieu. » À l’intention de ceux qui avaient partagé son humiliation, elle ajoutait : « Le bon Dieu, pour lui épargner de grandes souffrances, veut que nous souffrions pour lui ! »

Et en 1894, à sa sœur Léonie : « La mort de Papa ne me fait pas l’effet d’une mort mais d’une véritable vie. Je le retrouve après six ans d’absence (!), je le sens autour de moi me regardant et me protégeant. »

Bien chers frères et sœurs, amis phalangistes, ne sommes-nous pas plus unis encore maintenant que nous regardons les Cieux pour y découvrir un Père, sans oublier mère Marie-Noël, et frère Hugues et ses parents et grands-parents, bref, toute la Phalange de l’Immaculée que nous y reformerons bientôt autour de lui, notre Père bien-aimé, comme nous la formons dès ici-bas dans le Cœur Immaculé de Marie, car la vie est si brève ! Et alors, nous serons unis pour ne plus nous séparer, et nous serons heureux d’avoir combattu comme de bons et fidèles serviteurs pour que le Fils de l’Homme, quand il reviendra, trouve encore la foi sur la terre... Ainsi soit-il !

25 février 2010

[Abbé Philippe Laguérie - blog IBP] J’ai vu l’abbé Schaeffer"

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie - 25 février 2010

Ce matin, de passage à ma banque, le Crédit Agricole en face de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, je traverse la rue et fais une courte visite en mon ancienne paroisse. Pour saluer le Bon-Dieu, comme de juste, mais aussi dans le secret espoir que le prêtre de garde ait l’amabilité de m’indiquer où se trouve l’abbé Schaeffer. J’avais une heure devant moi, avant ma messe de 12h30 au Centre Saint-Paul, ce qui n’est pas habituel.

Et là, bonne surprise ! C’est l’abbé Schaeffer lui-même qui monte la garde, m’aperçoit, me sourit, sort de sa guérite (mes excuses à cette brave guadeloupéenne qui prenait ses conseils et au jeune-homme qui attendait sa confession) et me fait l’abrazo espagnol. Quelle joie.

Je tombe de haut ou plutôt je remonte de loin. A lire les nouvelles de cet excellent confrère sur le net, je me l’imaginais à l’hôpital, comme l’abbé Berche (dont il me demande des nouvelles), toujours entre deux soins lourds, alité, chauve et pas vraiment le sourire...

En réalité, c’est sa force d’âme et son esprit surnaturel qui font la différence. Il est au plus mal et ça ne se voit pas. Il est encore plus souriant et débonnaire que jamais, c’est dire ! "Je me laisse pousser les cheveux, vous ne les avez jamais vus si longs". Lui qui se plaignait gentiment de ses rhumatismes, de ses troubles digestifs ou autres babioles (comme dit l’abbé Lorans : "passée la cinquantaine, on doit vérifier chaque matin que quelque misère inconnue n’ait point") il resplendit littérallement d’abandon à la Providence et de bonté communicative. Chapeau, M. l’abbé !

Non pas que la bonté de l’abbé me prenne au dépourvu. Il y a longtemps que j’en goutais les fruits à Saint-Nicolas et par après. Un homme bon se bonifie encore et un mauvais empire toujours. Comme dit l’ Apocalypse : "que l’injuste fasse encore le mal, que l’impur se souille encore ; que le juste pratique encore la justice et que le saint se sanctifie encore" (22, 11).

Mais un tel degré de sérénité est particulièrement réconfortant. (Quod isti, quod istae, cur non ego ?). " J’ai eu un grave accident de voiture il y a deux ans ; j’aurais pu paraître devant Dieu à l’improviste. Tandis que maintenant j’ai le temps de faire face, de me préparer". Je songe à la phrase de l’Ecriture, toujours vérifiée : "L’arbre tombe du côté où il penche". La bonté appelle la bonté, "Abyssus abyssus invocat". Au lieu de se plaindre, l’abbé travaille, confesse, reçoit paternellement, le sourire aux lèvres, le coeur en paix.

Merci de ce bon moment, cher Bruno. Prier pour vous est bien difficile, en vérité. On se dit que le Bon Dieu prend déjà si bien soin de vous qu’on a quelque gène à ramener son grain de sel par derrière. Nous le faisons quand même, rassurez-vous. Mais on souhaiterait plutôt que vous le fassiez pour nous, pour participer à votre grâce et nous assurer les mêmes secours quand ce sera notre tour. A bientôt, puisque nous devons dîner ensemble, si Dieu veut.

24 février 2010

[summorum-pontificum.fr] À Paris, la «demande» satisfaite? Un tiers des pratiquants parisiens attend l'«offre»!

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 24 février 2010
Un nouveau sondage de Paix Liturgique sur l’intérêt des catholiques pour la Messe traditionnelle vient d’être réalisé sur la ville de Paris (intra muros). Les détails de cette étude, réalisée selon les règles de l’art, ne seront rendus publics que samedi en huit, toutefois, l’archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois, en a déjà eu communication… Je gage qu’elle a dû le secouer.

En effet, selon ce sondage, 34,5% des catholiques pratiquants réguliers de l’archidiocèse se disent désireux d’assister chaque semaine à une Messe dominicale célébrée selon la « forme extraordinaire ». Plus du tiers des pratiquants parisiens ! Les chiffres sont aussi cruels que les faits têtus pour ceux qui, dans les bureaux archidiocésains, s’échinent à affirmer, sur tous les tons de la gamme, qu’il n’y a « pas de demande » ou que « la demande est satisfaite ». Et si l’on se mettait enfin à parler de « l’offre » ?

[summorum-pontificum.fr] Que se passe-t-il à Toronto ?

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 24 février 2010

Dimanche prochain, 28 février, l’apostolat de la Fraternité Saint-Pierre à Toronto, prendra fin. C’est ce qu’a annoncé dimanche dernier, aux cent personnes présentes lors de la messe du 1er dimanche de Carême, le Father  Howard J. Venette, qui assurait cet apostolat. Cela fait seulement 19 mois que ce prêtre est en poste à Toronto. Il retourne désormais en Floride.

C’est en septembre dernier qu’il avait été annoncé par l’archevêque de Toronto, Mgr Thomas Collins, son désir d’une paroisse personnelle pour le rite romain traditionnel, avec un apostolat dévolu à la Fraternité Saint-Pierre. L’annonce en avait été même faite publiquement. Puis, plus rien ! Une église avait bien été prévue, sans être finalement attribuée à la Fraternité Saint-Pierre. On lui avait fait comprendre alors qu’il faudrait prouver par les faits – c’est-à-dire par le nombre des participants – la nécessité d’une telle messe. Mais justement les faits avaient répondu par la croissance de la communauté et sa viabilité financière.

Désormais, c’est le Father Liam Gavigan, un prêtre âgé, actuellement à la retraite, qui reprend officiellement cet apostolat et ce à partir du 7 mars prochain. Le problème, c’est que ce vieux prêtre habite à deux heures de Toronto et qu’il célèbre déjà la messe à 9h00 avant de se rendre dans un monastère pour célèbrer une autre messe à 11h30. Il lui faudra encore faire une cinquantaine de kilomètres avant de se rendre à Toronto pour célébrer la messe à 13h00.

La raison de ce renvoi de la Fraternité Saint-Pierre ? La rumeur affirme que l’archevêque n’a pas du tout apprécié que, fidèle en cela aux règles de l’Église universelle, le prêtre de la Fraternité Saint-Pierre continue de distribuer la communion sur la langue alors que l’archidiocèse, prétextant la lutte contre la Grippe H1N1, avait ordonné de la donner dans la main.

22 février 2010

[Abbé Philippe Laguérie, ibp] Sommes-nous maurrassiens?

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie, ibp - 22 février 2010

Il est à croire, depuis maintenant près d’un siècle, que le meilleur moyen (parce qu’il marcherait seul et à tous coups) de nuire à ceux que saint Pie X appelait lui-même "les traditionalistes" (lettre sur le Sillon : "Car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes") est de leur coller l’étiquette de maurrassiens. Donc de nationalistes, donc de fascistes, donc de nazis, donc de racistes. L’horreur, quoi. C’est même plus radical et plus efficace que de les faire glisser sur la pente de l’intégrisme, (encore que très méchant, vues les dérives islamiques), parce que ce dernier, pour infâme qu’il soit, demeure apparemment sur le plan religieux. Tandis que, manifestement, un "maurrassien" est un hypocrite qui camouffle ses idées politiques sous badigeon de religiosité et qu’il instrumente le catholicisme à des fins politiques. Ca, c’est inadmissible et pendable. Voila pourquoi, si les medias, dont la finesse n’échappe à personne, utilisent plus généralement l’étiquette d’intégristes ( Ils ignorent pour la plupart qui était Maurras et ne l’ont jamais lu !), les ecclésiastiques, qui sont gens très fins et très cultivés, préfèrent celle de maurrassiens. C’est la première marche d’un escalier qui descend jusqu’en enfer, en lequel ils aiment jeter pêle-mêle leurs ennemis, celui d’Auschwitz, celui de la shoah, celui de l’Apocalypse... Now.

Et l’on croit que ça va encore fonctionner. Parce que ça a fonctionné une fois (et comment) et que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on va se débarrasser facilement de ces gêneurs qui réclament des formes extraordinaires un peu partout...

L’inconvénient majeur de cet argument récurrent et de dernière minute, c’est qu’il se trouve nombre de ces simples catholiques qui réclament tranquillement ce que le Pape leur a accordé et que les évêques leur refusent...et qui ne sont en rien maurassiens, qui ne partagent pas ses doctrines, les récusent, les contestent et s’en démarquent hautement. J’en connais au moins un, je vous le promets... A vrai dire ils sont légion. Ajoutez-y ceux qui les ignorent et ceux qui n’ont même pas entendu parlé de Maurras, comme les journalistes. Monseigneur Lefebvre se rangeait lui-même, malgré ses deux doctorats romains, dans cette ultime catégorie. Aux journalistes qui le pressaient d ’avouer son maurrassisme patent, il se contentait de répondre : "je l’ai pas lu".

Que l’on partage aisément toutes les analyses de ce brillant académicien sur le droit naturel, comme le rappelle si souvent et à juste titre Jean Madiran : rien à dire. Tant mieux pour lui si ce positiviste-bergsonien redécouvre le bon sens au moment de l’affaire Dreyfus...Que l’on admire la plume exceptionnelle qui lui a justement valu l’Académie Française : idem. N’admire-t-on pas celle de Voltaire ou de l’abbé Prévost ? Que l’on applaudisse à certaines de ses prophéties, comme l’annonce d’un deuxième conflit mondial, inéluctable, tandis que toute la classe politique française socialo-maçonnique se gausse et mène bonne vie et bonne chair : soit. Il a souvent eu raison, qui peut le nier ? Quant à ceux qui déchirent leurs vêtements au seul énoncé de ses romans licencieux, ce sont des tartuffes qui filtrent le moucheron d’hier et avalent le chameau d’aujourd’hui...

Mais, n’en déplaise aux inconditionnels de Maurras, la doctrine de Maurras est tout autre chose. Elle tient en un mot par lequel Maurras prétendait endiguer tous les malheurs qu’il annonçait justement : le Nationalisme. Et ceci est sa doctrine, son remède, son combat. Eh bien, j’ai le regret, ou plutôt la joie, de vous dire que je ne suis pas du tout nationaliste, mais alors pas du tout. Que le nationalisme est un mirage, une erreur grossière et funeste, qu’il n’a cessé de faire des ravages dans l’histoire, que nous en crevons tous et qu’il est particulièrement anti-chrétien.

Par quoi il vous est facile de comprendre que, sans haine ni vindicte, je n’ai jamais été maurrassien, je ne le suis pas et ne le serai jamais, avec la grâce de Dieu.

Pas plus que je ne me compromettrai dans quelque "isme" que ce soit, fut-ce celui de christianisme ou de catholicisme ! Tous les "ismes", sans exception, sont des monismes, partant des réductions, faux d’entrée de jeu, parce que la réalité est toujours multiple, duelle à tout le moins et toujours complexe. Aucun concept, surtout érigé en absolu, ne rendra jamais compte de la réalité.

Parce que je suis chrétien, justement. Et puisque je vous choque, commençons par là. Il y a le Christ, Fils du Dieu Unique et Très-Haut. Donc, il y a des chrétiens, qui le suivent, l’adorent et attendent de partager sa gloire. Ils sont chrétiens. Ils sont regroupés dans l’Eglise, sur la parole même du Seigneur. Un point, c’est tout et ça suffit largement comme ça. Quand vous parlez de "christianisme" et donc de "catholicisme", vous voudriez faire une doctrine chrétienne qui ne soit pas adéquate à celle du Christ, un système post-christique, une organisation qui dépasse son institution, bref, un système (une chose, un truc) qui vous permet allègrement d’ajouter votre sauce à la parole vivante et incarnée.

Funeste déjà avec nos "ismes" à nous, cela devient pitoyable avec les "ismes" des autres. Parce que le "christianisme" c’est adhérer au Christ de toutes ses fibres et ça colle. Maintenant, libre aux amateurs adhérer à qui leur semble. Aux freudistes d’adhérer à Freud (pouah !), aux marxistes d’adhérer à Marx, aux poujadistes d’adhérer à Poujade et aux besançonistes d’adhérer à Besancenot... tant pis pour eux. Il y a bien des freudiens, des marxiens, des poujadiens ou des besançoniens, c’est bienfait pour eux ! Comme il y eut des bonapartiens. Bonaparte n’ayant jamais eu de doctrine que lui-même, il n’y a jamais eu de bonapartistes...

Mais marxisme, freudisme ou autres sont autant de panacées ridicules dont la systématisation s’est avérée cruellement fausse et monstrueusement ravageuse. Que ce soit la prépondérance de l’inconscient ou l’inexorable lutte des classes, ces réductions "ad unum" ont été démenties par tous les faits avec les ravages que l’on sait.

Le nationalisme n’échappe pas à la règle. La nation est une réalité incontournable, vitale, splendide et décisive, certes. Et nul ne peut me reprocher de ne pas aimer la mienne de toutes mes fibres. Huit jours à l’étranger me rendent malade de la France et même des français. Mais il y a bien d’autres composantes de l’équilibre politique et ériger celle-ci (ou une autre) comme un absolu est funeste. Le totalitarisme n’est-il pas l’érection de l’Etat au détriment des autres ? Le libéralisme, la liberté érigée en système ? On sait quels ravages a pu faire le patriotisme des jacobins et combien de têtes il a fait voler... Le machiavélisme n’est-il pas la corruption pareillement absolutisée ? Idem pour tradition et intégrité : leurs "ismes" fournissent le pire. Lefebvrisme ou bonapartisme n’ont aucun sens acceptable.

Alors, quand l’ Action Française sous-titre, des décennies durant, "l’organe du nationalisme intégral" , n’allez pas vous étonner qu’on puisse se démarquer d’une pareille option ! Les "ismes", surtout quand ils se revendiquent "intégraux" (ça fait un peu trop) sont dangereux.

Parce que la France s’est constituée plus vite que les autres et compte dans son histoire une série de génies insurpassables, elle n’a pas échappé à cette maladie funeste qui fait de soi une totalité, s’érige en absolu, et s’identifie au Léviathan. Et ça nous a pris très tôt ! La monarchie française, dès la fin de la guerre de 100 ans, telle une femme qui se contemple dans le miroir, n’aura de cesse que de se trouver belle, de ruiner sa féodalité, d’abaisser les corps intermédiaires, d’absolutiser le pouvoir, de centraliser à outrance. Le jacobinisme, le plus visiblement sanguinaire des nationalismes, a ses racines dans le pré carré de Louis XI, chez Richelieu, chez Louis XIV et bien d’autres. Ca nous donnera le triste privilège d’avoir créé l’Etat moderne et de l’exporter depuis dans le monde entier. Robespierre : un nationaliste. Bonaparte : un nationaliste ("j’ai un budget de 100 000 hommes par an"). Bismarck : un nationaliste. Mussolini, Hitler, et même Staline, pour les besoins du moment : des nationalistes. Quinze années de ravage de l’Europe par Napoléon et deux guerres mondiales : voilà à quoi on a fait servir le nationalisme. La ruine de la civilisation chrétienne.

Résultat des courses, la fille aînée de l’Eglise a le triste privilège de n’avoir participé (ou peu s’en faut) à aucun combat pour le nom chrétien, pour l’Eglise ("la seule internationale qui tienne") depuis les croisades de son seul roi canonisé. Elle avait autre chose à faire, pensez ! Travailler à sa propre hégémonie, renforcer son pouvoir, piller les richesses de l’Italie, puis celle de l’Égypte. S’allier aux turcs contre le Saint Empire. Être absente à Lépante. Laisser crouler l’empire d’orient (la plus forte armée du monde après celle de Mahomet II était celle de Charles VII le mal-nommé "Victorieux"). Complètement absente de l’évangélisation du nouveau continent et ne débarquant en Algérie que pour de basses questions financières... J’aurais eu bien plus de raisons d’être nationaliste (encore que je n’en ai aucune) si j’étais polonais, allemand (du Saint Empire), portugais, espagnol ou vénitien. Seriez-vous nationalistes chez les turcs, chez les japonais ou chez les Coréens ?

Et puis, ad hominem, se dire nationaliste supposerait qu’il y eût encore une nation française, non ?

Je ne suis donc pas du tout nationaliste, donc pas maurrassien et prenez-vous en à d’autres pour interdire la forme extraordinaire.

[Michel Janva - Le Salon Beige] Mgr Pozzo, l'exclusivité liturgique et le Concile

SOURCE - Michel Janva - Le Salon Beige - 22 février 2010
Le secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, Mgr Pozzo, a visité les Bénédictins de l'Immaculée (issus du Barroux), installés en Italie. Le résumé de l'entretien date un peu, mais il vient seulement d'être publié:

"Mgr Pozzo a tenu à dire que selon la lettre accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum, le rite romain existe dans deux formes et qu’aucun prêtre “ne peut refuser en principe de célébrer selon l’une ou l’autre forme”. Concrètement, cela implique, pour lui, que si un prêtre, célébrant normalement selon la forme extraordinaire, se trouvait dans une situation de nécessité pastorale dans laquelle l’autorité compétente exige une célébration selon la forme ordinaire, il devrait accepter de le faire. Mgr Pozzo a cependant écouté l’opinion que Mgr Stankiewicz, doyen du tribunal de la Rote, avait exprimée au père Jehan après avoir lu attentivement les constitutions du Barroux, et selon laquelle un moine-prêtre du Barroux n’a pas le droit de célébrer selon le Novus Ordo Missae, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du monastère. Ainsi l’obligation de célébrer selon l’ancien rite serait un droit-devoir particulier qui s’applique aux moines du Barroux, et cela est vrai où qu’ils se trouvent. Mgr Pozzo a dit qu’il connaissait Mgr Stankiewicz. Pour sa part, il ajouta que, même si la lettre pontificale accompagnant Summorum Pontificum précise que les prêtres célébrant l’ancien rite ne peuvent pas refuser par principe la célébration du nouveau, cela laisse ouverte néanmoins la possibilité d’un droit propre pour certaines sociétés dont les membres célébreraient selon l’ancien rite exclusivement.

En ce qui concerne le Concile Vatican II, pour Mgr Pozzo, le problème n’est pas tant dans les textes que dans leur interprétation et application abusives, selon le fameux «esprit du Concile». Mais, après tant et tant d’années de quasi-monopole d’expression publique dans les médias et dans l’Église, il est maintenant très difficile de séparer cet «esprit du Concile» des textes eux-mêmes. Il faut donc faire comprendre cette distinction à la FSSPX (fraternité sacerdotale Saint-Pie X) et, ainsi, ses membres pourront accepter les textes du Concile. Quand il lui a été répondu que la FSSPX connaissait bien ce discours et persistait à soutenir qu’il y a des problèmes graves dans les textes mêmes du Concile, Mgr Pozzo a modifié sa position:

— Il est vrai, a-t-il ajouté, qu’il y a bien des passages mal formulés et peu clairs dans ces textes. Ceci est dû au fait que les pères conciliaires voulaient éviter le langage théologique classique, pour parler d’une façon “plus accessible aux hommes de l’époque”. Cela a pu entraîner des ambiguïtés, mais cela ne signifie pas une intention de nier ou changer la doctrine catholique traditionnelle. Au contraire, les pères considéraient que la doctrine catholique était une chose acquise. Il s’agissait seulement de modifier la manière de s’exprimer pour des raisons pastorales. Dans cette optique, il est donc légitime de critiquer les passages qui ne sont pas très clairs du point de vue de la doctrine telle qu’elle a été enseignée auparavant. Mais il ne faut pas leur imputer une signification hétérodoxe, car il n’y avait aucune intention de changer la doctrine traditionnelle. Selon une saine herméneutique, il faut comprendre les quelques passages de Vatican II faisant difficulté dans un sens qui ne contredit pas le Magistère constant antérieur, car c’est le même Magistère qui enseigne à toutes les époques.

— Il faut donc distinguer dans les documents, et dans chaque document, les réaffirmations du dogme et de la foi traditionnelle, les propositions enseignées comme doctrine du Magistère authentique des exhortations, des directives, et finalement des opinions et des explications théologiques que le Concile a proposées sans aucune prétention de lier (pretesa di vincolare) la conscience catholique. On ne doit donc pas imposer aux catholiques l’acceptation pure et simple d’opinions que le Concile lui-même n’a pas imposées avec la prétention d’exiger l’assentiment intellectuel. À cet égard il serait utile de faire usage des notes théologiques que la théologie et le Magistère ont forgées au cours des siècles. Malheureusement, même des évêques aujourd’hui ne sont pas capables de faire de telles nuances dans les documents de l’Église."

Michel Janva

[Alain Hasso - Monde et Vie] Le Forum Catholique : une « success story » qui a dix ans

SOURCE - Alain Hasso - Monde et Vie - 22 février 2010

Le Forum Catholique, couramment nommé FC par ses fans, fête ses dix ans en septembre prochain. Une occasion de faire le point avec son fondateur, Xavier Arnaud, sur l’influence de ce vecteur traditionaliste sans équivalent et sur les conditions de son fonctionnement…
Comment définiriez-vous la ligne du Forum Catholique dans la blogosphère catholique actuelle?
Le Forum Catholique se veut être un espace de discussions entre catholiques attachés à la messe grégorienne en étant fidèles au Magistère romain. La particularité du forum réside dans la multiplicité de ses rédacteurs puisqu'il compte à ce jour plus de 2 100 contributeurs plus ou moins réguliers. Ce sont autant de sources variées pour dénicher une information et la porter rapidement à la connaissance des internautes. C'est aussi une bonne caisse de résonance pour toute initiative locale ou pour tout webmestre qui souhaite annoncer la mise à jour de son site. Il me semble également que le Forum Catholique échappe un peu au côté parfois un peu "parisien" de la blogosphère catholique. Cela est certainement dû à l'hétérogénéité des intervenants qui sont présents sur plusieurs continents, essentiellement en Europe, en Amérique (du Nord et du Sud) et en Afrique.
Acceptez-vous que l'on puisse tout dire sur ce grand site du débat inter catholique?
Sur le principe, oui. Contrairement à certaines idées reçues, il y a peu de censure sur le forum. Nous ne refusons pas une discussion dès lors qu'elle se déroule dans un esprit courtois. Il est en revanche certaines thèses que nous souhaitons modérer par principe, car elles nous semblent contraires à la foi catholique. C'est ainsi par exemple que nous ne souhaitons pas que soit abordée la question du "sédévacantisme", cette thèse selon laquelle le pape n’est pas pape…
La censure des internautes désagréables, cela se passe comment concrètement?
Le Forum Catholique compte plusieurs modérateurs qui agissent de concert pour tenter d'encadrer les discussions, de les contrôler et d'éviter des dérapages verbaux que cet exercice rend possibles. Ces modérateurs sont volontairement issus de familles catholiques diverses, chacun pouvant ainsi réagir en fonction de critères qui lui sont propres. Un mot qui peut ne pas choquer untel peut être perçu comme une vexation par un autre. Notre diversité permet, je le pense, de rester objectif.
Y a-t-il des conditions à remplir pour s'inscrire sur votre Forum ou n'importe qui peut-il le faire?
Là encore, le Forum Catholique a ceci de spécifique que les internautes sont invités à motiver leur inscription au forum en spécifiant ce en quoi ils pensent pouvoir apporter au débat. Je me suis refusé à mettre en place un système de formulaire qui permettrait une inscription automatisée. De la même façon, tout nouvel inscrit est invité à se présenter lorsqu'il intervient pour la première fois. Cela permet à chacun de savoir qui discute avec lui et quelles sont ses motivations, voire sa culture catholique.
Combien de connexions avez-vous chaque jour? Quelle est votre clientèle?
Le Forum Catholique enregistre un peu plus de 10000 visites quotidiennes. Chaque mois, ce sont plus de 5 millions de pages lues. Ce qui est important, c'est de constater que la "clientèle" du forum, pour reprendre votre terme, est très diverse, et de plus en plus institutionnelle, qu'il s'agisse de responsables religieux ou de journalistes qui viennent y trouver une information ou prendre la température des catholiques attachés à la forme extraordinaire du rite romain.
Quels sont les principaux "scoops" que vous avez pu faire émerger dans les médias?
Nous ne recherchons pas forcément le "scoop". En revanche, nous apportons un soutien aussi appuyé que possible à des communautés qui peuvent connaître des difficultés. Je pense par exemple au rôle qu'a tenté de jouer le forum lors de l'incardination de trois prêtres de la Fraternité Saint-Pierre à Lyon, qui devait déboucher sur le départ de la Fraternité du diocèse. Cette affaire a été extrêmement médiatisée. Cela a incité l'archevêché à adoucir sa position jusqu'au maintien de la Fraternité dans le diocèse. Nous avons aussi apporté notre soutien à l'abbé Michel, le curé de Thiberville, en diffusant pendant plusieurs jours la liste de tous les contacts possibles pour le soutenir. Je crois que le FC a aussi tenu un certain rôle lors de la crise qu'a connue la Fraternité Saint-Pie X au moment du départ de certains prêtres comme les abbés Laguérie et de Tanoüarn. Il me semble que le FC a un rôle à jouer afin de donner la parole à ceux qui peuvent subir une situation en étant aux prises avec une hiérarchie qui a priori, sans nous, aurait la totale maîtrise de la communication.
Vous vous appelez Forum catholique et vous accueillez surtout des traditionalistes. Comment expliquez-vous que ce sont les traditionalistes qui sont à la pointe dans le domaine des blogs et des forums?
Amon avis, cela trouve son origine dans le fait que les catholiques traditionnels ont souvent été muselés. On leur a dénié même le droit de bénéficier d'offices religieux correspondant à des aspirations que le pape Benoit XVI a lui-même reconnues comme légitimes. Il y a donc une réelle culture de résistance dans ces milieux. Il était naturel qu'avec l'avènement du net ceux-ci en tirent profit pour faire enfin entendre leur voix. Il reste aussi des causes accidentelles que l'on ne peut toujours prévoir. En août 2000, lorsque je l’ai fondé, il m'était difficile d'envisager que le FC puisse un jour connaître la notoriété qui est la sienne aujourd'hui. C'est en effet la succession des événements qui ont touché les catholiques traditionnels (crises de la FSSP et de la FSSPX, création de l'IBP, motu proprio, levée des excommunications par exemple) qui en ont fait une tribune importante pour communiquer et s'informer.
Pensez-vous que la culture Internet possède intrinsèquement un caractère démocratique?
Internet est en effet ouvert à tous. L'essor des blogs fait que chacun est à même d’écrire n'importe quoi sur n'importe quel sujet, avec le risque de diffuser des erreurs. Dans le cadre du forum, nous tentons de limiter ce risque, mais ce n'est pas toujours facile, notamment à cause des moteurs de recherche qui recensent y compris les propos malheureux. J'aimerais que des prêtres puissent intervenir plus régulièrement sur le forum, pour éviter cet écueil. Mais tous ne sont pas disponibles pour le faire sur la durée. C'est, je le pense, LA limite du genre. Elle n'est pas neutre.

Propos recueillis par Alain Hasso

20 février 2010

[Olivier Figueras - Monde et Vie] Le Barroux : des images d’éternité - La vie monastique honorée au Sénat devant le tout-Paris de la télévision…

SOURCE - Olivier Figueras - Monde et Vie - 20 février 2010

Curieux spectacle que celui du Père abbé du Barroux, Dom Louis-Marie, côtoyant Laura Smet, Harry Roselmack ou Michèle Cotta, dans les salons du Sénat. Cette scène a pourtant bien eu lieu, le 15 février dernier, à l’occasion de la remise du «Laurier de la première œuvre – Prix Marcel-Jullian» aux réalisateurs du documentaire Veilleurs dans la nuit, retraçant la vie de l’abbaye Sainte-Madeleine, Eddy Vicken et Yvon Bertorello.

Suite à sa programmation sur la chaîne KTO tout au long de la semaine de Noël, le film, dont la diffusion en DVD est assurée par NS Video, la section vidéo des éditions Téqui, a été retenu et primé par le jury du Club audiovisuel de Paris qui décerne chaque année des «Lauriers de la radio et de la télévision».

Pour la circonstance, c’est le Nonce apostolique en France, Mgr Luigi Ventura, qui a remis cette distinction aux co-réalisateurs, en insistant sur le fait que le Pape avait lui-même vu ce documentaire, et en remerciant les responsables de la télévision française d’avoir su diffuser un film sur la vie monastique et le don à Dieu.

Des lauriers remis ce soir-là à la couronne du Père abbé – sans oublier l’habit, l’anneau et la croix pectorale, qui lui assurent un rang supérieur au deux étoiles que le P. Guy Gilbert arbore sur son cuir – il y avait assurément un monde, mais l’élite de l’audiovisuel réunit pour l’occasion n’a pas paru – ou pas feint… – de s’en apercevoir. On a pourtant pu voir Dom Louis-Marie discuter avec tel ou tel, offrir à l’un un exemplaire du DVD, à l’autre la brochure présentant l’abbaye Sainte-Madeleine.

Une chose est sûre : les images de ces jeunes moines projetées rapidement sur l’écran, et le chant grégorien qui les accompagnait, étaient à mille lieues (dans une autre «dimension», en quelque sorte) de celles illustrant les différents lauréats de la soirée – qu’il s’agisse d’Un mur à Berlin de Patrick Rotman, de Braquo d’Olivier Marchal, de La Reine Morte avec Michel Aumont, Des gens qui passent avec Laura Smet et Théo Frilet, ou des Lauriers Sport à Patrick Chêne, Radio à Michel Meyer, Culture à Frédéric Taddéï, etc. Mais peut-être l’expression du visage de l’adjoint au maire de Paris en charge de la Culture, Christophe Girard, le signifiait-elle assez…

Veilleurs dans la nuit, c’est «une journée monastique à l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux», une immersion religieuse, au gré des heures liturgiques et des travaux du jour. Au gré aussi de la narration sobre et profonde (accompagnant fort bien les superbes prises de vue) que l’on doit à Michael Lonsdale, présent lui aussi pour l’occasion. C’est, en réalité, un don, une aventure intérieure, une soif d’absolu, dont on reçoit, ici, comme la promesse. Une retraite spirituelle en 52 minutes. Une porte ouverte sur l’autre monde, sur Dieu…

Olivier Figueras

[DICI] France : Décès de l’abbé Philippe Sulmont

SOURCE - DICI - 20 février 2010
L’abbé Philippe Sulmont, curé de Domqueur dans la Somme, s’est éteint à l’âge de 84 ans, le 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes, au Brémien Notre-Dame où il s’était retiré. Une messe de Requiem a été célébrée sur place par l’abbé Pierre Buron, le jeudi 18 février. Une délégation de fidèles de Domqueur, où l’abbé Sulmont a été curé pendant 37 ans, avait fait le déplacement. Au moment où nous mettons sous presse, les obsèques suivies de l’inhumation, doivent avoir lieu en l’église de Domqueur le vendredi 19 février, à 14 h 30, où l’abbé Maurice Vignolle, ancien curé de Cambron, célébrera selon le rite traditionnel.

Homme discret, à la plume mordante, l’abbé Sulmont avait l’esprit qui caractérise les Picards. Son bulletin paroissial touchait plus de 4000 lecteurs et dépassait très largement les limites géographiques de sa paroisse de campagne. Il écrivait tout haut ce que beaucoup de catholiques du rang pensaient tout bas. Plusieurs de ses articles ont été recueillis dans un livre au titre éloquent : Curé mais catholique. Suivi de La grammaire du charabia progressiste (Téqui).

On se souvient du procès qui lui fut intenté pour « incitation à la haine raciale », en 2004, et qui donna lieu, deux ans auparavant, à un échange épistolaire édifiant avec l’évêque d’Amiens de l’époque, Mgr Jacques Noyer.

Lettre de Mgr Noyer à l’abbé Sulmont, le 28 novembre 2002
Les propos que vous avez tenus ce mois-ci dans votre bulletin paroissial, faisant suite à ceux que vous aviez tenus précédemment dans le supplément de votre bulletin, ont ému bien des gens.

Vous semblez en appeler à une croisade nouvelle contre l’Islam et même le Coran: ce n’est pas conforme à la position de l’Eglise catholique précisée au Concile dans la déclaration Nostra Ætate.

Par ailleurs prôner une telle attitude est irresponsable par rapport au bien commun de nos cités où la paix reste fragile. Il est du devoir des pasteurs d’inviter chacun à trouver des raisons de vivre ensemble plutôt que d'entretenir des méfiances et des haines ancestrales.

J’ai cru bon de prendre position clairement et publiquement contre vos propos.

J’ai noté également que vous avez écrit ces mots dans la partie paroissiale de votre bulletin, ce qui engage évidemment le diocèse. Je veux bien accepter comme excuse le fait que vous preniez ces discours comme un simple rappel de ce qu’on disait autrefois. En juxtaposant le péril jaune et la présence de l’Islam vous semblez manifester une xénophobie indigne d’un pasteur catholique dans la situation actuelle.

Vous comprendrez que des incidents de ce genre m’encouragent à chercher une solution pour la prise en charge de vos paroisses. Si l’âge peut servir d’excuse à certaines de vos maladresses, il demande par là même un changement dans vos responsabilités.

Je souhaite que vous puissiez publier dans votre bulletin paroissial et sans commentaire cette présente lettre. (…)
Réponse de l’abbé Sulmont à Mgr Noyer, le 3 décembre 2002
(…) Cette lettre contient des éléments étranges :

– Vous semblez être désormais l’allié de la ligue des Droits de l’homme qui est depuis toujours anticléricale et qui pense probablement que les circonstances sont particulièrement favorables à son action.

– Nostra Ætate de Vatican II est en contradiction avec l’apostolat d’un saint François Xavier par exemple, qui aurait dû se contenter d’admirer en paix les idoles jaunes de l’Extrême-Orient. (Voir à ce sujet l’étude documentée du Sel de la Terre n° 42 d’automne 2002 p. 225 à 243)

– On peut s’étonner que la liberté de défendre la foi catholique me soit refusée alors qu’au contraire le combat pour la foi musulmane soit encouragé par vous.

– Je ne comprends pas, de la part de quelqu’un qui se veut démocrate et qui figure en tête du trombinoscope de Golias ! je ne comprends vraiment pas cette attitude dictatoriale qui prétend m’interdire tout commentaire et voudrait me forcer à diffuser des propos insupportables à mes paroissiens. Vous avez l’ambition de me réduire au silence. Mais tout chef dont la démission a été acceptée se doit d’expédier seulement les affaires courantes en attendant l’installation de son successeur.

– « La paix fragile de nos cités » dont vous parlez, Monseigneur, (un agnosticisme bien dosé ?) n’est pas la Paix dont parle l’évangile. Le Christ annonce les persécutions à ceux qui seront fidèles. Cherchez le mot PAIX dans n’importe quelle synopse ou concordance, vous serez édifié.

– Lorsque vous êtes venu au presbytère de Domqueur, le jeudi 24 octobre, c’était bien comme vous l’avouez maintenant, pour essayer de « prendre en charge mes paroisses », contrairement à ce que vous m’avez dit ce jour-là. Mes paroissiens ne peuvent admettre que vous ayez cherché à les abuser sur ce point.

– Pour ma part, je ne puis tolérer que vous me preniez pour un gâteux « dont l’âge peut servir à excuser les maladresses ». Ces mots-là pourraient être retenus comme blessants. Je préfère les oublier. A nos âges, on oublie facilement !

Vous-même, « père-évêque », vous avez sans doute oublié que quatre fois j’ai été agressé (porte forcée, carreaux brisés, gens cagoulés à 4 heures du matin, matelas retourné). On voulait prendre à votre fils-prêtre le magot qu’on espérait trouver chez lui. Mais il n’y avait rien à prendre. Presque tout le casuel est distribué chaque jour aux pauvres.

Ma richesse, ce sont les pauvres qui frappent à ma porte. Ma récompense, ce sont les sacrements que je donne.

Ces richesses-là, Monseigneur, vous ne pourrez pas me les arracher.
(DICI n°210 du 20/02/10)

[Monde&Vie] Le «Forum Catholique» : une « success story » qui a dix ans

SOURCE - entretien avec Xavier Arnaud - propos recueillis par Alain Hasso - Monde-et-Vie - 20 février 2010

Le Forum Catholique, couramment nommé FC par ses fans, fête ses dix ans en septembre prochain. Une occasion de faire le point avec son fondateur, Xavier Arnaud, sur l’influence de ce vecteur traditionaliste sans équivalent et sur les conditions de son fonctionnement…

Comment définiriez-vous la ligne du Forum catholique dans la blogosphère catholique actuelle ?

Le Forum Catholique se veut être un espace de discussions entre catholiques attachés à la messe grégorienne en étant fidèles au Magistère romain. La particularité du forum réside dans la multiplicité de ses rédacteurs puisqu'il compte à ce jour plus de 2.100 contributeurs plus ou moins réguliers. Ce sont autant de sources variées pour dénicher une information et la porter rapidement à la connaissance des internautes. C'est aussi une bonne caisse de résonance pour toute initiative locale ou pour tout webmestre qui souhaite annoncer la mise à jour de son site.
Il me semble également que le Forum Catholique échappe un peu au côté parfois un peu "parisien" de la blogosphère catholique. Cela est certainement dû à l'hétérogénéité des intervenants qui sont présents sur plusieurs continents, essentiellement en Europe, en Amérique (du Nord et du Sud) et en Afrique.

Acceptez-vous que l'on puisse tout dire sur ce grand site du débat inter-catholique ?

Sur le principe, oui. Contrairement à certaines idées reçues, il y a peu de censure sur le forum. Nous ne refusons pas une discussion dès lors qu'elle se déroule dans un esprit courtois. Il est en revanche certaines thèses que nous souhaitons modérer par principe, car elles nous semblent contraires à la foi catholique. C'est ainsi par exemple que nous ne souhaitons pas que soit abordée la question du "sédévacantisme", cette thèse selon laquelle le pape n’est pas pape…

La censure des internautes désagréables, cela se passe comment concrètement?

Le Forum Catholique compte plusieurs modérateurs qui agissent de concert pour tenter d'encadrer les discussions, de les contrôler et d'éviter des dérapages verbaux que cet exercice rend possibles. Ces modérateurs sont volontairement issus de familles catholiques diverses, chacun pouvant ainsi réagir en fonction de critères qui lui est propre. Un mot qui peut ne pas choquer untel peut être perçu comme une vexation par un autre. Notre diversité permet, je le pense, de rester objectif.

Y a-t-il des conditions à remplir pour s'inscrire sur votre Forum ou n'importe qui peut-il le faire?

Là encore, le Forum Catholique a ceci de spécifique que les internautes sont invités à motiver leur inscription au forum en spécifiant ce en quoi ils pensent pouvoir apporter au débat. Je me suis refusé à mettre en place un système de formulaire qui permettrait une inscription automatisée. De la même façon, tout nouvel inscrit est invité à se présenter lorsqu'il intervient pour la première fois. Cela permet à chacun de savoir qui discute avec lui et quelles sont ses motivations, voire sa culture catholique.

Combien de connexions avez-vous chaque jour? Quelle est votre clientèle?

Le Forum Catholique enregistre un peu plus de 10.000 visites quotidiennes. Chaque mois, ce sont plus de 5 millions de pages lues. Ce qui est important, c'est de constater que la "clientèle" du forum, pour reprendre votre terme, est très diverse, et de plus en plus institutionnelle, qu'il s'agisse de responsables religieux ou de journalistes qui viennent y trouver une information ou prendre la température des catholiques attachés à la forme extraordinaire du rite romain.

Quels sont les principaux "scoops" que vous avez pu faire émerger dans les médias?

Nous ne recherchons pas forcément le "scoop". En revanche, nous apportons un soutien aussi appuyé que possible à des communautés qui peuvent connaître des difficultés. Je pense par exemple au rôle qu'a tenté de jouer le forum lors de l'incardination de trois prêtres de la Fraternité Saint-Pierre à Lyon, qui devait déboucher sur le départ de la Fraternité du diocèse. Cette affaire a été extrêmement médiatisée. Cela a incité l'archevêché à adoucir sa position jusqu'au maintien de la Fraternité dans le diocèse. Nous avons aussi apporté notre soutien à l'abbé Michel, le curé de Thiberville, en diffusant pendant plusieurs jours la liste de tous les contacts possibles pour le soutenir. Je crois que le FC a aussi tenu un certain rôle lors de la crise qu'a connue la Fraternité Saint Pie X au moment du départ de certains prêtres comme les abbés Laguérie et de Tanoüarn. Il me semble que le FC a un rôle à jouer afin de donner la parole à ceux qui peuvent subir une situation en étant aux prises avec une hiérarchie qui a priori, sans nous, aurait la totale maîtrise de la communication.

Vous vous appelez Forum catholique et vous accueillez surtout des traditionalistes. Comment expliquez vous que ce sont les traditionalistes qui sont à la pointe dans le domaine des blogs et des forums?

A mon avis, cela trouve son origine dans le fait que les catholiques traditionnels ont souvent été muselés. On leur a dénié même le droit de bénéficier d'offices religieux correspondant à des aspirations que le pape Benoît XVI a lui-même reconnues comme légitimes. Il y a donc une réelle culture de résistance dans ces milieux. Il était naturel qu'avec l'avènement du net ceux-ci en tirent profit pour faire enfin entendre leur voix. Il reste aussi des causes accidentelles que l'on ne peut toujours prévoir. En août 2000, lorsque je l’ai fondé, il m'était difficile d'envisager que le FC puisse un jour connaître la notoriété qui est la sienne aujourd'hui. C'est en effet la succession des événements qui ont touché les catholiques traditionnels (crises de la FSSP et de la FSSPX, création de l'IBP, motu proprio, levée des excommunications par exemple) qui en ont fait une tribune importante pour communiquer et s'informer.

Pensez-vous que la culture Internet possède intrinsèquement un caractère démocratique?

Internet est en effet ouvert à tous. L'essor des blogs fait que chacun est à même d’écrire n'importe quoi sur n'importe quel sujet, avec le risque de diffuser des erreurs. Dans le cadre du forum, nous tentons de limiter ce risque, mais ce n'est pas toujours facile, notamment à cause des moteurs de recherche qui recensent y compris les propos malheureux. J'aimerais que des prêtres puissent intervenir plus régulièrement sur le forum, pour éviter cet écueil. Mais tous ne sont pas disponibles pour le faire sur la durée. C'est, je le pense, LA limite du genre. Elle n'est pas neutre.

Propos recueillis par Alain Hasso