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10 septembre 2012

[SPO] Mgr Bruno Forte critique certaines traductions liturgiques

SOURCE - SPO - 10 septembre 2012

C’est un débat dont on n’entend pas parler en France. Ce débat, c’est celui des traductions liturgiques du nouveau missel, autrement dit de la forme ordinaire. À de très rares exceptions près, cette forme « ordinaire » est célébrée en langue vulgaire, chez nous, en français donc, et doit prendre le chemin des traductions et des traducteurs.
 
On affirme désormais que les deux formes du rite romain portent en elles la même lex credendi à défaut finalement d’avoir exactement la même lex orandi. C’est peut-être vrai pour ce qui concerne le texte latin de la forme ordinaire, mais les traductions en langue vulgaire sont loin des satisfaisantes. Rien de nouveau à ce constat qui a été fait depuis des années et qui continue de l’être (cf. le petit livret publié récemment par les éditions de L’Homme Nouveau), même si le dire entraîne les foudres de certains évêques comme l’a expérimenté le journal L’Homme Nouveau cette année.
 
En France, on ne débat pas de ces questions ; on n’en parle pas. Pas à voix haute, en tous les cas. En Italie, le blog de Sandro Magister nous apprend, en revanche, que Bruno Forte, l’archevêque de Chieti et Vasto, ancien membre de la commission théologique internationale, vient d’estimer que la traduction du « pro multis » dans le canon par « pour tous » n’est pas la bonne, comme l’a d’ailleurs dit le pape lui-même dans une lettre aux évêques allemands. Selon Sandro Magister :
Du point de vue théologique – écrit Forte – je trouve plus respectueuse de la liberté de chacun la traduction ‘pour beaucoup’ qui, par ailleurs, n’exclut aucunement l’offre du salut à tous faite par Jésus sur la croix ».

« C’est pourquoi – ajoute-t-il en conclusion de son article – je préfère la traduction ‘pour beaucoup’ et je considère que, bien expliquée, elle peut être une aide et un stimulant pour beaucoup de gens ».

Forte critique également la traduction qui se trouve dans le missel français, « pour la multitude », dont deux chercheurs italiens, Francesco Pieri et Silvio Barbaglia, ont indiqué récemment qu’ils l’appréciaient.

Forte liquide la version « pour une multitude » que ceux-ci proposent, parce qu’il y voit une de ces « solutions intermédiaires » qui « bien qu’appréciables » sont « inévitablement des compromis.
La mauvaise traduction a été changée dans la nouvelle version du missel de forme ordinaire des pays anglo-saxons. Elle coure toujours dans d’autres pays. Mais on commence à en parler.

Avec en arrière-fond, ce double problème :
 
– pendant des décennies, on a fait prier les fidèles avec une mauvaise traduction, laquelle transporte avec elle une mauvaise théologie. Si depuis saint Célestin (Ve siècle) au moins, on estime que  Lex orandi et lex credenti, c’est-à-dire l’Église croit comme elle prie, sa croyance n’était pas assurée théologiquement et n’a donc pas imprégnée les fidèles de la foi de l’Église.
 
– ceux qui ont, pendant des décennies, dénoncé ces mauvaises traductions ont été traités de tous les noms et mis à l’écart de l’Église. Une réparation serait pour le moins la bienvenue.
 
En attendant, nous continuerons d’assister à la messe en forme traditionnelle. Elle est extraordinaire pour garantir la  la foi.