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5 juin 2016

[Yves Chiron - Aletheia] Pour en finir avec le «4e secret» de Fatima. Un communiqué du Saint-Siège et une lettre de Benoît XVI, Pape émérite

SOURCE - Aletheia - Lettre n°247 - 5 juin 2016
J’ai cité, dans un récent numéro d’Aletheia (n° 245, 4 avril 2016), l’extrait d’une lettre personnelle du Pape émérite Benoit XVI, en date du 15 mars 2016, qui affirme sans ambiguïté : «un quatrième secret de Fatima n’existe pas. Le texte publié est intégral et il n’existe rien d’autre». 
          
Je ne prétends pas que cette lettre aurait dû faire cesser tout débat sur le sujet, mais vu l’autorité de son auteur on aurait pu s’attendre à ce que les publications qui traitent encore de la question en tiennent compte. 
          
La connaissance d’un fait historique s’appuie sur des témoignages et sur des documents, sur le degré de crédibilité des uns, sur l’authenticité des autres, et sur la confrontation des uns et des autres. L’historien catholique sera guidé dans son travail par cette recommandation de Léon XIII, faite lorsqu’il décida d’ouvrir des Archives secrètes vaticanes (ASV) aux chercheurs : « La première loi de l’Histoire est de ne pas oser mentir ; la seconde, de ne pas craindre d'exprimer toute la vérité ». 
          
Or, après l’affirmation claire de Benoît XVI en date du 15 mars 2016, des publications catholiques ont continué à évoquer l’existence d’un supposé « 4e secret » de Fatima comme si le Pape émérite ne s’était pas exprimé ! Comme si ce qu’il affirmait n’avait aucune valeur ou était un mensonge. 
          
Sans être exhaustif, je citerai deux déclarations récentes :
          
• Le 13 mai 2016, dans un entretien accordé au National Catholic Register (traduit en français dans le n° 336 de DICI, 27 mai 2016), Mgr Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint‐Pie X, affirme : «ce qui est sûr, c’est que tout n’a pas été révélé. Sœur Lucie, dans son troisième rapport, a donné les paroles de la Sainte Vierge avec un ”et cetera”, et dans ce qui a été publié par Rome il n’y a pas de paroles, seulement une vision. Alors évidemment il manque quelque chose.»
          
• Le 15 mai 2016, sur le site catholique américain 1P5 (OnePeterFive), Maike Hickson [1] publie les confidences d’un prêtre allemand, Ingo Dollinger, ancien professeur de théologie au Brésil. Celui‐ci affirme qu’en 2000, après la publication de la troisième partie du secret de Fatima, le cardinal Ratzinger, «dans une conversation personnelle», lui aurait dit: «il y a plus que ce que nous avons publié». Le futur Benoît XVI lui aurait dit aussi que la partie non encore publiée du Secret parle d’un «mauvais concile et d’une mauvais messe». 
          
J’ai souligné les deux paroles attribuées au cardinal Ratzinger par Dollinger. L’article dans lequel Maike Hickson les rapporte s’intitule : Cardinal Ratzinger : We have not published the Whole Third Secret of Fatima (« Cardinal Ratzinger : Nous n’avons pas publié la totalité du troisième secret de Fatima »). 
          
Je signale encore que dans ce même article Maike Hickson rapporte une autre supposée confidence que lui a faite un autre prêtre (dont le nom n’est pas cité!). Benoît XVI aurait dit à ce prêtre, lors d’une rencontre en privé, qu’il considérait Mgr Lefebvre comme «le plus grand théologien du XXe siècle».
          
Il n’est pas besoin de démontrer l’invraisemblance du propos. 
Un communiqué du Saint‐Siège 
La soi‐disant révélation de l’abbé Dollinger a rencontré un grand écho dans une certaine presse catholique et sur de nombreux sites de la ”cathosphère”.
          
Par exemple, le 18 mai, dans Corrispondenza romana, le site de l’Agence d’informations hebdomadaires fondée et dirigée par Roberto de Mattei, Cristina Siccardi relaie l’information diffusée par OnePeterFive. Elle présente Dollinger comme un «ami personnel de Benoît XVI» (ce que ne disait pas l’article cité) et estime à son tour que le 3e secret de Fatima «n’a pas été révélé dans sa totalité».
           
La controverse sur le sujet a commencé le jour‐même où la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié la 3e partie du Secret, il y a seize ans maintenant. 
          
Pour mettre un terme à cette controverse, le Saint‐Siège a publié, le 21 mai 2016, un communiqué. Ce Communiqué n’est pas signé, mais sa diffusion par le Bureau de Presse du Saint‐Siège indique son caractère officiel. Le texte original est en italien. Deux traductions ont été publiées en même temps par le Bureau de Presse, en anglais et en espagnol. 
          
Comme la presse française n’en a donné que des extraits, j’en propose ici une traduction complète à partir de l’italien : 
Plusieurs articles publiés récemment ont rapporté des déclarations attribuées au Professeur Ingo Dollinger, selon lesquelles le Cardinal Ratzinger, après la publication du Troisième Secret de Fatima (qui a eu lieu en juin 2000), lui aurait confié qu’une telle publication n’était pas compète. À ce propos, le Pape émérite Benoît XVI fait savoir ”n’avoir jamais parlé de Fatima avec le Prof. Dollinger », affirme clairement que les déclarations attribuées au Professeur Dollinger sur ce thème ”sont de pures inventions, absolument fausses” et confirme nettement : ”la publication du troisième secret de Fatima est complète”. 
Ce Communiqué contient un triple démenti. Il n’y a pas eu un malentendu, l’abbé Dollinger n’a pas mal compris le cardinal Ratzinger : le Pape émérite déclare de façon formelle n’avoir jamais parlé de Fatima avec lui. Il réaffirme aussi que la publication du 3e Secret faite en 2000 est complète. 
          
Les journalistes et commentateurs qui s’obstinent à croire, à dire, à écrire que le Vatican continue à cacher une partie du message de Fatima auront-ils l’humilité, intellectuelle et spirituelle, de tenir compte de la lettre (personnelle) du 15 mars 2016 et du Communiqué (officiel) du 21 mai 2016 ?
Une lettre du Pape émérite Benoît XVI
Pour compléter l’information de tous, je publie ci-dessous le texte intégral de la lettre que Benoît XVI m’avait adressée [2] avec bienveillance en français, et en réponse à des questions historiques sur le 3e Secret et son interprétation. 
Benedictus XVI, Papa emeritus 
Cité du Vatican, 15. 3. 2016 
Monsieur, 
Répondant à votre lettre très gentille du 22 février, je peux vous communiquer qu’un quatrième secret de Fatima n’existe pas. Le texte publié est intégral et il n’existe rien d’autre. 
Quand j’ai dit que ce secret ne parle pas uniquement du passé, je voulais préciser et expliquer simplement le genre de telles paroles, qu’on ne peut jamais réduire uniquement sur un point précis. C’est une réalité continuelle que l’Église et le pape sont menacés par les forces du mal. 
Même si on peut interpréter la vision sur un événement précis, on peut néanmoins voir en elle également un renvoi à des menaces toujours nouvelles et des dangers qui continuent. Avant tout il est important que l’invitation à la prière, qui soutient et aide le Pape et l’Église, restent actuelle même après le moment d’alors. 
J’espère avoir éclairci ainsi votre demande et reste avec mes saluts et ma bénédiction. 
Vôtre, Benedictus XVI 
Sans entrer ici dans un commentaire de cette lettre et des suggestions qu’elle fait, on relève une confirmation factuelle (il n’y a pas d’autre texte à attendre) et une double incitation à la réflexion : sur le genre littéraire auquel appartient le «Secret de Fatima» et sur l’interprétation que ce genre de texte appelle.
          
En fait, le Pape émérite a déjà amplement mené cette double réflexion. C’était en juin 2000. On la trouve dans le Commentaire théologique qu’il avait publié, en tant que Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en complément de la Présentation du Secret que faisait Mgr Bertone, alors secrétaire de la même Congrégation.
          
Relire ce Commentaire théologique serait plus utile et profitable, intellectuellement et spirituellement, que prêter l’oreille aux « pures inventions, absolument fausses » des Dollinger, Socci, et autres.
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1 Maike Hickson, d’origine germanique, convertie au catholicisme, a fait des études de littérature et d’histoire. Elle vit en Suisse et se présente elle‐même, sur le site en question, comme « une mère de famille heureuse qui aime écrire des articles quand le temps lui permet ». 

2 La lettre est dactylographiée, la signature manuscrite. Elle a été transmise par la Nonciature apostolique.