27 juillet 2009

[Benoit et Moi] Lettre du Père Scalese à Mgr Fellay

SOURCE - original italien - 27 juillet 2009

Lettre ouverte à Mgr Fellay

Excellence Révérendissime,

Je ne sais pas si cette « lettre ouverte » arrivera jamais entre Vos mains. Je la confie aux anges, afin qu'ils Vous la remettent personnellement. Une autre fois déjà, j'avais écrit un article en ayant en tête votre Fraternité ; je l'ai publié sur ce blog (ce fut mon premier post), et il arriva miraculeusement à destination : il fut repris par vos sites et défini comme « très intéressant » (ndt: il est traduit en français ici: L'esprit du Concile).

Cette fois, je m'adresse à vous, parce que je sais que les préparatifs des entretiens doctrinaux avec le Saint-Siège sont en cours, depuis longtemps réclamés par vous, et finalement accordés par le Pape Benoît XVI, avec la rémission de l'excommunication. À ce que je crois, Vous êtes déjà allé à Rome pour prendre les premiers contacts avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Personnellement, j'ai toujours été d'avis qui il n'y avait pas besoin d'« entretiens » pour la réadmission dans la communion de l'Église catholique. L'unique chose nécessaire, à mon avis, devrait être la profession de foi prévue par le droit canon. Dès lors que nous partageons la même foi, nous devrions être en pleine communion. Sur le reste, qui n'est pas compris dans cette profession de foi, je considère qu'il est toujours possible de discuter librement, mais en étant à l'intérieur, pas à l'extérieur de l'Église. L'acceptation du Concile, qui s'est lui-même défini « pastoral », ne devrait pas, selon moi, être une condition pour la réadmission dans la communion ecclésiastique. Je suis d'accord qu'une réflexion sur la valeur et l'interprétation de Vatican II est plus que jamais urgente ; mais il ne me semble pas qu'elle doive être objet d'une négociation entre le Saint Siège et la Fraternité Saint-Pie X ; cela me semble plutôt être un problème qui concerne l'Église tout entière. C'est pour cette raison que j'ai proposé à plusieurs reprises dans ce blog que le prochain Synode des Évêques soit consacré à l'interprétation du Concile.

Mais peu importe ce que je pense: à ce qui semble, tant de votre côté que de celui du Siège Apostolique, une clarification sur Vatican II est considérée comme une condition préalable à tout autre type d'accord. D'où la nécessité d'« entretiens doctrinaux ». Eh bien, puisque ces entretiens doctrinaux auront bien lieu, permettez que je vous donne quelques conseils. Non que je prétende en savoir plus que Vous, mais seulement pour vous exprimer, dans un esprit de charité fraternelle, ce que je ressens en cet instant délicat.

Avant tout, lorsque vous viendrez à Rome pour discuter avec la CDF, ne venez pas dans les habits de celui qui conteste ou, pire, qui refuse le Concile. Cela signifierait la faillite immédiate de tout dialogue. Venez plutôt comme quelqu'un qui accepte Vatican II pour ce qu'il a voulu être, et a effectivement été, c'est-à-dire un concile pastoral. Dites aussi au Cardinal Levada que l'unique chose que vous refusez - et sur ce point nous sommes tous d'accord - c'est l'absolutisation et l'idéologisation du Concile, et pas le Concile en tant que tel. Dites-lui aussi que vous trouvez dans les documents de Vatican II quelques textes ambigus. Là aussi, le Cardinal Levada devrait en convenir avec Vous. Paul VI lui-même trouva ambigu le traitement de la collégialité épiscopale selon Lumen gentium, au point qu'ii éprouva le besoin d'annexer à cette constitution une « Nota praevia ». Ajoutez que, puisqu'il y a des ambiguïtés dans les textes conciliaires, une œuvre d'interprétation est rendue nécessaire. Mais, je vous en prie, ne vous présentez pas avec la prétention d'être, Vous ou Votre Fraternité, parmi les interprètes du Concile, ceux qui font autorité. Demandez plutôt que ce soit le Siège Apostolique qui donne une interprétation authentique des passages les plus obscurs. Cela a déjà été fait (la « Nota praevia » ; l'explication de sens de l'expression « subsistit in »), mais beaucoup reste encore à faire. Le critère général de cette interprétation a été déjà indiqué par Benoît XVI dans le discours à la Curie Romaine du 22 décembre 2005 : l'herméneutique de la réforme en opposition à l'herméneutique de la discontinuité et de la rupture. Et dites-lui que, sur ce point, non seulement vous êtes pleinement d'accord avec le Saint-Père, mais vous voulez vous mettre à sa complète disposition pour l'aider dans cette œuvre de relecture du Concile dans le sillage de la tradition ininterrompue de l'Église.

Excellence Révérendissime, je suis sûr que sur ce que j'ai écrit jusque là, nous sommes dans une large mesure d'accord. Il me semble le percevoir par le ton de Vos dernières interventions, beaucoup plus conciliant et ouvert qu'avant. Mais je sais aussi que vous devez tenir compte, à l'intérieur de la Fraternité, de positions plus maximalistes, qui vous mettent en garde d'être trop conciliant vis-à-vis du Saint-Siège. À mon modeste avis, vous devriez faire comprendre à Vos confrères qu'ils n'ont rien à gagner, en ce moment, à se raidir sur des positions intransigeantes. Le Saint-Père a déjà fait beaucoup de pas vers vous ; maintenant c'est à vous de faire quelques pas vers lui.

Cela ne signifie pas céder sur vos principes ; parce que, si vraiment vous avez à cœur le sort de l'Église, il n'y a pas d'endroit meilleur, pour faire valoir ces principes, que l'Église elle-même. En restant dehors, vous laisserez l'Église à la merci de ces forces destructives qui l'amènent peu à peu à la ruine. Tant que vous continuerez à refuser le Concile, ces forces auront beau jeu de dire: « Vous voyez? Ils sont hors de l'Église, parce qu'ils refusent le Concile ; nous sommes la vraie Église, parce que nous acceptons, défendons et réalisons le Concile ». Si vous aussi acceptez le Concile, ils en resteront déconcertés ; et là, on verra bien qui est vraiment catholique et qui ne l'est pas ; celui qui interprète le Concile à la lumière de la tradition et celui qui l'interprète idéologiquement, en appelant à son prétendu « esprit ».

Cela ne signifie pas non plus trahir l'héritage de Mgr Lefebvre. Vous savez mieux de moi que votre Fondateur participa au Concile, en donnant une contribution considérable aux discussions et à l'élaboration de ses documents, qu'il approuva et signa dans leur totalité. Comment cela peut-il être? Ne se rendait-il pas compte des ambiguïtés qu'ils contenaient ? Évidemment, il espérait qu'on pouvait en donner une interprétation orthodoxe. Ce fut seulement lorsqu'il vit que l'interprétation et l'application du Concile était devenues le monopole des modernistes qu'il raidit ses positions. Je suis convaincu que, s'il avait vu qu'il y avait de la place dans l'Église pour continuer ses luttes de l'intérieur, il ne serait jamais arrivé à une rupture avec le Siège Apostolique. Maintenant que cet espace existe, et que c'est le Souverain Pontife lui-même qui vous l'offre, il me semblerait choquant de ne pas exploiter cette occasion unique. Il s'agit de choisir de rester dans le sein de l'Église et de là, y accomplir un rôle, certes difficile, mais précieux pour la sauvegarde de la tradition et de la revitalisation de l'Église même; ou bien préférer rester en marge, ou même hors de l'Église, avec le risque de se transformer en sarment séparé de la vigne, destiné à se dessécher.

Excellence, pardonnez-moi si je me suis permis d'intervenir sur des questions si délicates. Je peux vous assurer que, de mon côté, il n'y a ni prétention ni intérêt d'aucune sorte, il y a seulement le désir de voir le rétablissement de la pleine communion dans l'Église. L'Église a besoin de vous et vous avez besoin de l'Église.

Je saisis l'occasion pour me réaffirmer, de Votre Excellence Révérendissime, le très dévoué

Giovanni Scalese, CRSP (*)

(*) Clerc Régulier de Saint-Paul

26 juillet 2009

[Max Barret / Courrier de Tychique n°296] Flagrant délit

SOURCE - Max Barret - 26 juillet 2009


Dimanche 26 juillet 2009

VIIIième Dimanche après la Pentecôte

Flagrant délit.

Benoît XVI a adressé son bristol d’invitation à la FSSP X, sous la forme d’une « Lettre Apostolique Ecclesiae Unitatem » valant « Motu proprio » le 2 juillet dernier. Tout se met donc en place. Les théologiens choisis par la Fraternité vont pouvoir y répondre et s’asseoir à la table des négociations.

Car il faut être bien naïf pour imaginer que les rencontres programmées ne soient que de simples et aimables « discussions » ne débouchant pas sur des « négociations » ! Quel serait, en effet, l’intérêt de ces « discussions » si elles n’avaient pour seul but que de se rencontrer, confronter des opinions et s’en tenir benoîtement à ces échanges aimables ? Il est inévitable qu’un « accord » soit recherché tôt ou tard. Et qui dit « accord » – quand les positions sont si éloignées les unes des autres – dit fatalement « concessions ». Or la Vérité se proclame. Elle ne se discute pas. Benoît XVI, quant à lui, ne concédera rien ! Il suffit de lire ce dernier « document » pour en être persuadé. Car l’affaire se présente plutôt mal !

Je lis, en effet, dans cette courtoise invitation, ce passage signé de Benoît XVI (qui en est l’auteur) : « Jean Paul II, de vénérable mémoire, institua le 2 juillet (1988) la Commission pontificale « Ecclesia Dei », dont la tâche est de collaborer avec les évêques, les départements de la Curie Romaine et les milieux concernés, afin de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, séminaristes, communautés religieuses ou religieux et religieuses individuels, jusqu’alors liés à la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre, et désireux de rester unis au Successeur de Pierre dans l’Eglise catholique, tout en conservant leurs traditions spirituelles et liturgiques à la lumière de l’accord signé le 5 mai 1988 par le Cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre. »

C’est peut-être une déclaration habile, pour appâter les plus réticents ou les moins attachés à la Vérité ! Mais c’est faux ! C’est un mensonge et un très vilain mensonge. Benoît XVI est pris ici en flagrant délit de mensonge! Et il en est d’autant plus coupable que le 5 Mai 1988, le Cardinal Ratzinger… c’était lui ! Certes, l’accord du 5 mai 1988 avait bien été signé par Mgr Lefebvre et lui-même. Mais ce qu’« oublie » de dire Ratzinger – devenu Benoît XVI – c’est que le lendemain matin, après avoir passé « une nuit épouvantable », ainsi qu’il me l’a dit lui-même, Mgr Lefebvre a rétracté sa signature. Le fait est avéré, public, incontestable ! Mgr Lefebvre n’a donc rien signé du tout ! Et Benoit XVI (Ratzinger) ne peut l’ignorer ! Telle est la vérité.

Comment qualifier cette déclaration : malhonnêteté, fourberie, manipulation ? Et c’est celui qui occupe le Siège de Pierre qui en est l’auteur ! Dans de telles circonstances comment peut-on accorder sa confiance à un tel nautonier ? Le naufrage est inévitable ! Et il n’y aura nul besoin d’inspecter le fond des océans pour rechercher les « boîtes noires » : elles sont déjà entre nos mains !

La nouvelle commission « Ecclesia Dei »

Sa composition est évidemment taillée sur mesure ! Son président en est le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, c’est-à-dire le Cardinal Levada. Il est particulièrement bien choisi. « Il s’est illustré à la tête du diocèse de Portland – Orégon (USA) qu’il laissa dans un tel état, que ce diocèse jouit du triste privilège d’avoir été le premier à s’être déclaré en faillite afin d’échapper aux poursuites judiciaires intentées par les victimes de viols par des prêtres homosexuels. Il a alors été nommé Archevêque de San Francisco où il a défendu le droit des homosexuels à vivre en couple. » (Jacques Delacroix – « La fausse restauration de Benoît XVI ou la paix de Fatima » - p. 134 – cf. « Le Courrier de Tychique » n° 292 du 14 juin 2009).

C’est donc ce vénérable prélat qui dirigera les débats car, il est précisé dans ce nouveau document : « Il appartient au Président, assisté par le Secrétaire, de soumettre les cas et sujets de nature doctrinale à l’étude et aux délibérations des instances ordinaires de la Congrégation et d’en soumettre les résultats au jugement suprême du Souverain Pontife. » Ainsi, c’est le Cardinal Levada qui décidera lui-même des cas et sujets qui seront examinés ! Pas question, de s’en écarter ! D’autant que le but avoué par Benoît XVI dans ce document est le « retour (de la FSSP X) à la pleine communion avec l’Eglise » : « Par cette mesure, Nous désirons, en particulier, montrer Notre paternelle sollicitude envers la Fraternité Saint Pie X, dans la perspective de son retour à la pleine communion avec l’Eglise. » Pas question d’envisager une conversion de Rome, comme on l’entend dire parfois, et son retour à l’authentique Doctrine Catholique ! Cela ne sera même pas envisagé ! Le but, le seul but, est bien le retour à « la pleine communion » de la FSSP X avec l’Eglise (conciliaire) et son adhésion à toutes ses hérésies ! La « pleine communion » c’est ça !

La réalité, telle qu’elle n’est pas souvent envisagée.-

La réalité, c’est que le « mondialisme » a besoin d’une puissance spirituelle, sans laquelle il ne pourra jamais atteindre son objectif. Car le « mondialisme » est une doctrine. La « mondialisation » est un fait dont on peut penser ce que l’on veut, mais ce n’est qu’un fait. Les moyens modernes de communication, les relations intercontinentales ont généré cet élargissement de nos horizons habituels et c’est tant mieux. La mondialisation n’a rien de nocif en soi. Mais le « mondialisme » a une tout autre dimension ! Il veut soumettre le monde à son Prince… et chacun sait qui est le « Prince de ce monde ».

Or tout homme aspire, que ce soit consciemment ou non, à une dimension spirituelle de sa vie. L’agnostique Antoine de Saint-Exupéry en était déjà convaincu ! Dans sa lettre fameuse au général « X » (Tunis – Juillet 1943) il écrivait : « Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif. Ah !... Général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde : rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. Si j’avais la foi, il est bien certain que, passée cette époque de « job nécessaire et ingrat » je ne supporterais plus que Solesmes. On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez vous… On ne peut plus. (…) Il n’y a qu’un problème, le seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit, plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme… Et la vie de l’esprit commence là où un être « un » est conçu au-dessus des matériaux qui la composent. (…) L’homme n’a plus de sens ! Il faut absolument parler aux hommes. A quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour cent ans d’épilepsie révolutionnaire ?... (…) Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi sommes-nous, enfin ( ! ) libres. On nous coupé les bras et les jambes puis on nous a laissés libres de marcher. Mais je hais cette époque où l’homme devient sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. » Et, s’attardant sur la vue de deux de ses camarades de combat qui dorment à côté de lui, il ajoute : « Ces deux camarades dans leur genre sont merveilleux. C’est droit, c’est noble, c’est propre, c’est fidèle. Et – je ne sais pourquoi – j’éprouve, à les regarder dormir ainsi, une sorte de pitié impuissante. Car s’ils ignorent leur propre inquiétude, je la sens bien. Droits, nobles, propres, fidèles, oui ! Mais aussi terriblement pauvres. Ils auraient tant besoin d’un Dieu ! » (« P.Q.R. » – Jean Ousset – Edition de 1959 – p 449 et suivantes).

« Ils auraient tant besoin d’un Dieu » !

« Il n’y a qu’un problème, un seul ! » écrivait Saint Exupéry ! Les mondialistes le perçoivent ! Mieux ils en sont persuadés ! L’éclosion et la prolifération des sectes leur en fournissent la preuve. Il y manque un « fédérateur ». Ce fédérateur ils l’ont, du moins le pensent-ils : c’est le Dieu des Chrétiens ! Il a fait ses preuves ! Et si ce Dieu est matériellement inaccessible il a son « mandataire » sur cette terre : celui qui occupe actuellement le Siège de Pierre ! D’où l’acharnement de ce dernier qui s’est publiquement déclaré favorable à la doctrine mondialiste (in l’Encyclique « Caritatis in Veritate »), de répondre à leur attente ! Oui, disons-le, osons le dire : Benoît XVI est leur complice ! On ne peut plus le nier ! Fassent Dieu, et Notre-Dame de Fatima, que nos Evêques refusent fermement de s’empêtrer dans les rets d’un tel piège !

Un « pèlerinage » à N.D. de la Salette.

Mon épouse et moi-même en revenons. La Vierge Marie avait bien choisi ce site pour y verser ses larmes. Le site est austère, presque désolé. Il est vrai que le message qu’elle avait à « faire passer à tout son peuple » était d’une telle gravité qu’il n’aurait peut-être pas supporté un autre paysage : « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’antéchrist ». Mais ce message est désormais totalement occulté ! On ne le trouve mentionné nulle part ! Et il ne faut surtout pas l’évoquer, là où précisément elle a demandé de le « faire passer à tout son peuple ». Si vous le faites vous vous ferez chasser, ce qui est arrivé à un prêtre de la FSSPX !... Les autorités ecclésiastiques, qui règnent sur le domaine, publient une plaquette où tous les poncifs conciliaires sont exaltés : amour, charité, frères et soeurs en humanité … Elles osent même aller jusqu’à contredire « la grande nouvelle » : « Tel est le sens de la pastorale du Pèlerinage en communion avec l’Eglise aujourd’hui ! » Bref : la Salette est devenue la vitrine de l’Eglise « d’aujourd’hui » !... Ça n’est jamais qu’une trahison de plus ! Notre Dame de la Salette : priez pour nous !

[Abbé de Tanoüarn / FC] La fête au chenil

SOURCE - FC - 26 juillet 2009

Voici le texte de Mgr Tissier de Mallerais, dont vous découvrez ou faites semblant de découvrir qu'il aurait la "même thèse" que l'abbé de T. dans Vatican II et l'Evangile. Je l'analyserais ligne à ligne et point par point. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'à vouloir trop prouver il est faible et confus.

"Il faut commencer par la liturgie ; ce serait le plus simple, car l’on pourra montrer la déficience du nouveau rite des ordinations sacerdotales, par exemple. Déficience qui, en revanche, lorsqu’on parle de la nouvelle messe, tient plutôt de la contradiction pure et simple ; car c'est une nouvelle théologie qui s'y exprime, donc une autre religion. Ensuite doivent venir l’œcuménisme et de la liberté religieuse ; des thèmes qui sont beaucoup plus graves, parce qu’ils engagent la foi. La question de la collégialité des évêques ne peut venir qu’à la fin car c’est la plus difficile".

Cher Ennemond, vous avez lu et relu ce texte de Mgr Tissier dans La Vie et vous l'avez trouvé bon. De toute façon, sur ce Forum, par la vigilance des chiens de garde (auquel est venu s'adjoindre Noël aujourd'hui : c'est la fête au chenil), il est interdit d'émettre un doute quant aux augures de la sainte Fraternité. Votre combat se résume à cela. Et c'est évidemment pourquoi ceux qui nous regardent discuter ont l'impression que l'on fait du sur-place.

Mais prenons le texte.

- Rite de l'ordination, pas grave, simple déficience.

- Rite de la messe, déficience qui tient plutôt de la contradiction pure et simple.
Qu'est-ce que la contradiction pure et simple ? En logique c'est l'incompatibilité. Les deux rites s'excluraient mutuellement et ne pourraient même pas se rencontrer dans ce "genre commun" qui serait par hypothèse le genre "messe".
A demis mots ou plutôt à mots couverts, Mgr Tissier insinue là que la nouvelle messe n'est pas catholique ou n'est pas une messe, puisqu'il y a "contradiction pure et simple".

- Le motif que donne Mgr : "Car c'est une nouvelle théologie qui s'y exprime" est particulièrement inepte. Des théologies de la messe, il y en a plusieurs par siècles et certaines sont orthodoxes (ex : la théologie du sacrifice céleste du Père de La Taille, dont les petits neveux vont à Saint Nic). Mgr aurait dû dire : nouvelle doctrine ou nouvelle conception, mais pas nouvelle théologie.

- "donc une autre religion" : j'avoue que le "donc" n'est pas particulièrement clair. Si chaque nouveau théologien fondait sa religion le bon Dieu lui même ne saurait plus où donner de la tête.

- Quant au terme de religion, il est ambigu, ce qui nuit à la démonstration. Ce mot peut désigner soit une religion au sens objectif de ce terme, un nouvel ensemble de moyens et de fins religieuses soit une religion au sens purement subjectif, une nouvelle façon subjective de vivre les mêmes moyens et les mêmes fins ordonnés autrement. Quant à moi, j'ai employé le terme "religion nouvelle" au sens subjectif et je l'ai précisé. Ce texte (la préface à mon livre Vatican II et l'Evangile) est toujours disponible sur mon site et vous le savez très bien. j'assume absolument ce sens. Je reproche à Mgr T2M de ne pas avoir précisé ce sens dans son entretien, en jouant sur l'ambiguïté pour faire peur à son lecteur potentiel. Si vous prenez en revanche les discours de Mgr Lefebvre où il est question de religion nouvelle, on voit dans le contexte qu'il s'agit de la religion démocratique par ex.et du nouveau christianisme culturel. C'est ainsi en tout cas à l'époque que j'avais interprété ces citations dans V.II et l'Evangile.

- L'oecuménisme et la liberté religieuses, "des thèmes beaucoup plus graves parce qu'ils engagent la foi" : là c'est le brouillard intégral. Vous avez raison Mgr Tissier ferait manifestement un piètre inquisiteur (le mot dans ma bouche n'était pas péjoratif : il désignait simplement le fonctionnaire du Saint Office, à la place duquel Mgr T2M aspirait à se mettre, pour les mettre eux à sa place de justiciable). il ferait un piètre inquisiteur car il possède mal ses "notes théologiques" (voir le livre de Bruno Neveu L'erreur et son juge). Jusque là à l'entendre on parle de "théologies nouvelles" mais, toujours d'après lui, ces "théologies nouvelles" n'engageraient donc pas la foi. J'avoue que la démonstration est assez piteuse. Comment imaginer que des théologies nouvelles d'une façon ou d'une autre n'engagent pas la foi, puisque la théologie c'est toujours (même lorsqu'elle est erronée) une cogitatio fidei ?

- Ces deux thèmes sont mal choisis car ils renvoient à des pratiques et non pas directement à un objet de foi, comme semble pourtant l'indiquer T2M dans sa gradation. L'œcuménisme est une attitude, encouragé par Pie XII et le cardinal Ottaviani (voir le livre d'Yves Chiron sur le Frère Roger) qui peut tomber dans l'hérésie de l'indifférentisme. La liberté religieuse est le résultat d'une négociation entre l'Eglise et l'Etat ou les Etats, qui ne doit pas tomber dans l'hérésie de la liberté de conscience telle qu'elle a été condamnée par Grégoire XVI (en passant : rien à voir entre cette liberté de conscience condamnée et la liberté des consciences, qui est nécessaire à l'acte de foi).

Le dernier thème choisi est la collégialité : le thème le plus difficile, note avec raison Mgr Tissier. L'air de dire de toutes façons : quand il n'y en a plus il y en a encore. Depuis le concile de Bâle (1411), plus qu'ambigu sur le sujet, s'il y a un thème sur lequel l'Eglise n'a jamais été à l'aise, c'est bien celui-là. Mais il faudrait le résoudre "subito"... pour qu'un accord pratique puisse être signé avec la FSSPX.

Juste un mot aux chiens de garde trop zélés : si les petits malins pouvaient s'abstenir de ces attaques personnelles à répétition, qui trahissent trop crûment à la fois leur absence totale de réflexion et leur volonté de prendre ce forum en otage, je pense que cela ferait du bien au niveau spirituel (sans parler du niveau intellectuel) du débat.

[Paix Liturgique] Quand Mgr Eric Aumonier, évêque de Versailles, "fait sa com"

SOURCE - Lettre 188 de Paix Liturgique - 26 juillet 2009

Nous publions aujourd’hui une lettre que nous a adressée une paroissienne de Versailles qui a entrepris depuis plus de 18 mois des démarches actives demeurées vaines en vue de voir appliqué le Motu Proprio dans sa paroisse. Nous reproduisons son témoignage tel quel. Il est loisible de noter que cette personne qui n’a jamais manqué d’émettre ses réserves et ses critiques à propos de Paix Liturgique écrit à … Paix Liturgique lorsqu’elle se rend compte que ce que Paix Liturgique affirme depuis des années (et qui lui valait tant de critiques) est fondé…

Quand Monseigneur Eric Aumonier, évêque de Versailles, fait sa com’

A l’approche du deuxième anniversaire de l’entrée en vigueur du Motu Proprio le 14 septembre 2007, on ressent dans le diocèse de Versailles comme une ambiance de fébrilité autour de la forme extraordinaire du rite.

Monseigneur Eric Aumonier n’a-t-il pas célébré la messe des confirmations sous la forme extraordinaire du rite à la Cathédrale Saint Louis, en l’église de Port Marly (communauté traditionnelle sous la responsabilité de l’Institut du Christ Roi), assisté à la messe de confirmation de l’église Saint-Germain du Chesnay (communauté traditionnelle sous la responsabilité de prêtres incardinés dans le diocèse), organisé des dîners auprès de « traditionalistes respectables » et surtout annoncé l’organisation dans son diocèse d’un synode sur…« l’unité » des catholiques.

Mais que se passe–t-il dans le diocèse de Versailles ?

Diocésaine des Yvelines, plutôt hostile à la démarche de votre association « Paix Liturgique », participant à l’une des quinze demandes d’application du Motu Proprio dans le diocèse, je ne résiste plus à prendre ma plume afin d’exprimer mon écoeurement et mon exaspération à l’égard de Monseigneur Eric Aumonier.

Car même si j’avais plutôt de la sympathie pour cet évêque qui avait la réputation d’être un ami des traditionalistes, il faut l’avouer dans les faits, il s’agit du pire opposant à l’application du Motu Proprio dans son diocèse et de la volonté du Saint Père en France.

Il est vrai que Monseigneur Eric Aumonier a bonne presse dans le monde « Tradi », sa famille, ses frères prêtres, et sa soutane font qu’il est plutôt considéré comme un ami de la tradition.

En réalité et dans les faits, nous sommes confrontés dans le diocèse probablement au pire opposant à la messe traditionnelle.

Pourquoi ? Car il y a chez Monseigneur Eric Aumonier une duplicité, une double personnalité qu’il convient de mettre en exergue.

D’un côté Monseigneur Eric Aumonier fait sa com’

Monseigneur Eric Aumonier le clame partout haut et fort, en France, aux médias, à Rome il avait, pour ainsi dire anticipé le Motu Proprio. Ainsi, il a offert dans son diocèse de nombreux lieux de cultes où l’on célèbre la messe d’avant Vatican II (Notre Dame des Armées, Saint Germain du Chesnay, Port Marly, Saint Martin de Brétancourt,…). Lieux systématiquement bondés dont les conditions de sécurité laissent à désirer… et surtout ! qui ont été accordés il y a des années par son prédécesseur…

Monseigneur Eric Aumonier a donné la chapelle de l'Immaculée Conception à la Fraternité Saint Pierre après dix ans de négociation car il fallait bien désengorger Notre Dame des Armées et surtout répondre aux quinze demandes du diocèse d’application du Motu Proprio. La chapelle, limitée à 250 places, se voit interdite de plus de deux messes le dimanche.

Monseigneur Eric Aumonier, toujours sensible aux mondanités, accueille sans difficulté l’ordre du Saint Sépulcre dans sa cathédrale, en présence de nombreux cardinaux latins et de femmes en mantilles afin de respecter la tradition de cet organisme du reste très respectable.

Enfin, Monseigneur Eric Aumonier, comme nous l’avons vu à plusieurs reprises récemment, multiplie les opérations de com’ en apparaissant comme le grand ami de la forme extraordinaire.

De l’autre côté, Monseigneur Eric Aumonier bloque le Motu Proprio

Depuis le 7 juillet 2007, l’évêque n’a pas accepté une seule des demandes dans les paroisses ordinaires. Sur les quinze demandes pour lesquelles il a été sollicité et ceci conformément à l’article 7 du Motu Proprio, aucune n’a été acceptée à ce jour.

Et pourtant, il y a de quoi être surpris :

A Saint Germain en Laye, c’est près de 80 familles soit 450 paroissiens qui demandent depuis deux ans une messe dans leur paroisse. Des églises vides sont disponibles, le prêtre n’y est pas opposé mais l’évêque bloque.

A Rambouillet, le prêtre de la paroisse a accepté à la demande de paroissiens et de son propre chef une messe par mois. Tout se passe bien, la communauté est heureuse. Une messe par semaine est demandée mais l’évêque bloque.

A Versailles, c’est près de 125 familles soit 600 paroissiens dans le ressort territorial de Notre Dame qui demandent une messe dans leur paroisse. Certains ont été élus au conseil paroissial d’après mes informations, s’investissent dans leur paroisse mais l’évêque bloque.

C’est ainsi plus de 15 demandes qui ont été formulées par des paroissiens du diocèse de Versailles et à chaque fois la réponse est claire, nette et précise : c’est un NIET de l’évêque.

L’argument de l’évêque est simple : il a déjà tellement donné…. !

A savoir depuis le Motu Proprio « La chapelle de l’immaculée » lieu très discret, voire placard à balais, lieux bien pratique pour cacher ceux que l’on ne peut pas accepter dans les paroisses ordinaires.
Il faut dire que la vision des personnes attachées à la forme extraordinaire de Monseigneur Eric Aumonier est assez simple voir simpliste :

  • Lorsqu’un « tradi » distribue des tracts, demande avec foi une messe, il s’agit d'un terroriste voire d’un « ayatollah ».
  • Lorsqu’un demandeur d’application du Motu Proprio le sollicite avec diplomatie dans le cadre du texte, il s’agit d’une personne agissant avec agressivité.
  • Lorsqu’une personne l’invite à dîner pour discuter de cette question sans demande, il s’agit d’une personne gentille et respectueuse à qui on promet d’en réfléchir dans une dizaine d’années.

Il faut dire que dans le diocèse des Yvelines, l’évêché par l’intermédiaire du vicaire a une méthode simple avec les « tradis », c’est la méthode dite de l’élastique. Le Père Leborgne, je crois, se répand régulièrement et suffisamment à qui veut l’entendre sur sa méthode. Avec les « tradis » il tire sur l’élastique jusqu’à la limite de la rupture et relâche un peu lorsqu’il sent que les négociations peuvent être définitivement rompues.

Bref, Monseigneur Eric Aumonier et son vicaire créent les conditions pour un agacement généralisé des personnes sincères et de bonne foi qui viennent les voir. Une fois bien énervés ils utilisent leur énervement pour dire : « Nous ne pouvons pas accepter d’accorder des messes à des personnes agressives ».
Car il faut l’avouer, Monseigneur Eric Aumonier est assez orgueilleux et fier et n’accepte pas de devoir accorder à de simples « fidèles » de base des messes alors qu’il est prié instamment de les exaucer à la demande du Saint Père.

Je suis triste de vous écrire ainsi au sujet de notre évêque, mais je crois qu’il a poussé le bouchon trop loin. Il nie depuis deux ans une réalité de terrain et préfère éviter toutes négociations et dialoguer avec des personnes qui ne lui demandent rien.

Alors pourquoi, cette agitation dans les Yvelines, des confirmations en la forme extraordinaire, un synode sur l’unité etc…C’est qu’il faudra bien des cartouches à Monseigneur Aumonier l’année prochaine pour les trois ans du Motu Proprio lorsqu’il sera l'heure des visites ad limina et qu’il devra dire à Sa Sainteté le pape Benoît XVI ce qu’il fait dans son diocèse.

Beaucoup de com’ c’est certain, pas grand-chose pour ces brebis.

Je prie à son intention, car au final, il doit être bien triste et malheureux d’exclure de son troupeau des personnes qui bien que parfaitement intentionnées à son égard deviennent malheureuses devant le peu de considération de leur berger.

Une paroissienne du diocèse des Yvelines

----------

LES COMMENTAIRES DE PAIX LITURGIQUE

1/ Ce cri du cœur de cette paroissienne est bien désolant. Nous ne pouvons que regretter amèrement sa déception et les causes de son désarroi.

Nous comprenons cette paroissienne mais nous prenons nos distances avec le ton et la sévérité de cette lettre. En effet, nous ne sommes ni des gogos ni des guerriers.

Il est curieux de constater que ce sont souvent les mêmes qui, après avoir critiqué Paix Liturgique comme trop agressive ou trop frontale, ont des mots d’une sévérité et parfois d’une violence que nous n’avons jamais eu… et ne voulons pas avoir dans l'avenir.

Depuis plus de vingt ans, nous demandons ouvertement à nos évêques d’être bons et généreux. Pourquoi trouver cela agressif ou dur ?

Nous ne faisons que mettre en lumière des situations d’exclusion, des applications concrètes de la politique d’apartheid liturgique qui sévit non seulement à Versailles mais aussi dans la plupart des diocèses de France.

Certains jugent que ce n’est pas la bonne méthode… puis après avoir subi de multiples humiliations et réalisé qu’ils s’étaient fait roulés… deviennent d’autant plus durs.

Souhaitons que ce type de témoignage ouvre les yeux aux personnes qui ne comprennent pas le combat de notre Association.

2/ Comment comprendre que nos évêques qui sont nos pères soient si durs et manquent tant de cœur vis-à-vis de leurs enfants ?

Comment comprendre que nos évêques qui sont nos pères soient hostiles à la paix et à la réconciliation ?

C’est un grand mystère que seule la Foi nous permet de porter.

Comment ne pas être terrifié par tant de désespérance de la part de ceux et celles qui, après avoir été si désireux de paix et de dialogue, se renferment et se durcissent tant leur écoeurement est grand…

Comment comprendre que la conduite sans amour et si peu respectueuse d’un évêque puisse plonger des fidèles dans une telle tristesse ?

3/ Sur le fond, la situation d’apartheid dans le diocèse de Versailles n’est pas un scoop. Paix Liturgique s’est fait régulièrement l’écho de la duplicité de Monseigneur Aumonier et du rôle majeur qu’il joue dans l’opposition française au motu Proprio de Benoît XVI (voir notamment lettres 83, 111, 112, 154, 165, 177, 178, 179).

Nous ne pouvons qu’inviter les groupes de demandeurs à ne pas se décourager, à ne pas se laisser manipuler et à faire en sorte que Monseigneur Aumonier, et certains de ces confrères, ne puissent pas affirmer « il n’y a pas de problème liturgique dans mon diocèse, j’ai anticipé le Motu proprio, je soutiens le Pape Benoît XVI dans sa politique de réconciliation » sans être confondu…

4 – Demain, nous vivrons enfin ensemble dans les paroisses par delà les sensibilités liturgiques. C’est le sens de l’histoire, le sens des vocations sacerdotales et religieuses actuelles et le souhait de la majorité des fidèles (voir sondage CSA : lettres 145, 145 bis et 146)…

Alors arrêtons les combats d’arrière garde, ne faisons rien qui rende plus difficile encore la réconciliation inévitable.

24 juillet 2009

[Ennemond / FC] A Monsieur l’abbé Guillaume de Tanoüarn

SOURCE - FC- 24 juillet 2009

L’article de votre vieille amie Madame Thomas, quelles qu’aient été ses intentions, donnait l’impression qu’elle souhaitait dénigrer les relations de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome. Pour quelles raisons ? Je doute que ce soit très marketing…

Disqualifiant par le verbe Mgr Tissier de Mallerais, elle n’hésitait pas à le placer sur le même pilori que son supérieur, Mgr Fellay. Il « fait entendre le même son, dit-elle. Il ne cherche pas à obtenir quoi que ce soit de Rome. » Les deux fils de messages qui ont suivi ont servi de caisse de résonnance au ton polémique de l’article dénoncé, tout en devenant – étonnamment – un lynchage du doyen de la Fraternité Saint-Pie X, traité de « mufle », alors même que le procès de son interview avait déjà été assuré ici-même il y a quelques semaines. Il m’a toujours semblé que ces termes ne seyaient pas aux prêtres, a fortiori aux successeurs des apôtres, fussent-ils NN.SS. Gaillot ou Bouilleret. Ces mots sont signes, me direz-vous, d’amour pour une société que vous affectionnez ? Dans ce cas, décernez également ces titres à votre archevêque sinon on pourrait croire que vous n’avez rien à lui reprocher ou encore que vous ne lui portez aucun amour.

Puisque vous connaissez bien l’évêque de votre ordination, vous savez bien qu’il n’entendra jamais votre cri d’alarme, tout au plus aura-t-il entendu dire que vous l’avez qualifié de tel ou tel mot. Celui que l’abbé Aulagnier appelait « colonne de paix et de certitudes » ne consulte guère internet. Sa vie rangée et mesurée le laisse à l’abri des passions éphémères de la toile. Il me semble que c’est mal le connaître que d’en faire, comme on le lit parfois sous la plume d’autres liseurs, un esprit révolté contre l’autorité, un fomenteur de scissions alors que « le fils spirituel de Mgr Lefebvre » est avant tout considéré pour sa mesure au sein de la Fraternité.

D’ailleurs, il n’est maintenant plus un secret pour quiconque que Mgr Tissier de Mallerais est le rédacteur de la lettre de remerciement au Saint Père signée par « quatre de ses fils les plus attachés au Successeur de Pierre et à sa charge de paître les agneaux et les brebis du Seigneur »

Dans toute l’histoire de cette œuvre, il me semble que jamais les relations entre le Saint-Siège et la FSSPX n’ont été aussi chaudes. Mgr Fellay apparaît aujourd’hui renforcé, la Fraternité est connue dans le monde entier et la feuille de route a plutôt bien évolué. Les contacts avec Mgr Pozzo sont excellents. Certes, ce responsable n’a pas créé l’IBP et il en remplace le protecteur, mais c’est un interlocuteur très valable. Aussi, après la libération de la messe, après la levée d’excommunication, après l’engagement des pourparlers, le fait de parler « des échecs de la FSSPX » qui « sont ceux de toute notre mouvance » me paraît – comment dire ? – absolument aux antipodes de la réalité tant cette société peut se féliciter des réussites qu’elle partage avec le pape.

Oui la Fraternité partage ces trois bienfaits avec la papauté. Elle fait « bien plus qu’aider l’Église ». Elle n’est pas une simple aide qui viendrait de temps en temps faire des ménages pour cette grande famille qu’est l’Église. Non, elle est véritablement membre à part entière de l’Église. Elle ne se contente pas d’aider. Elle est partie prenante.

Et c’est parce qu’elle se sent hautement concernée par les affaires de l’Église qu’elle a ce dessein que lui a confié son fondateur de voir se restaurer la doctrine traditionnelle des papes. En effet, il y a des progrès : les trois bienfaits évoqués sont des séismes. On pourrait en citer bien d’autres. Mais il serait malhonnête de ne plus voir pour autant les dégâts qui se maintiennent ou qui se diffusent. En cela, les jugements de Mgr Fellay me semblent actuellement très équilibrés. Je pense d’ailleurs que la rugosité du ton de son confrère dans l’épiscopat n’est pas étrangère à cet équilibrage du sien.

Aussi, si vous pensez que la Fraternité et ses centaines de membres sont engagées sur la pente de l’échec et de l’effacement, « des surenchères et du durcissement », relisez les critiques que l’abbé de Tanoüarn faisait en 2000 à l’encontre du rédacteur de Dominus Jesus : Il le comparaît ni plus ni moins au « voleur chinois qui imperceptiblement déplace un objet pour mieux se l’approprier. » Mais j’ai néanmoins lu dans l’un de ces posts que, selon vous, l’oubli de Vatican II n’était plus souhaitable comme vous le préconisiez jadis, mais qu’il fallait lire Vatican II à la lumière de la Tradition. Je vous recite l’abbé de Tanoüarn sur le sujet : « Lire le concile à la lumière de la Tradition ? L’entreprise, en tout cas, est éminemment périlleuse. Elle conduit à affronter la contradiction fondamentale entre l’intention de ce concile, qui depuis le brigandage des cardinaux Liénart, Alfrink et autres n’est pas une intention catholique, et l’exigence de l’orthodoxie, qui ne se négocie pas. » Visiblement, en 2000, il n’y avait pas que pour Mgr Tissier de Mallerais qu’il ne devait pas y avoir de compromis...

[Présent] Le bien commun mondial - par Jean Madiran

SOURCE - Jean Madiran - 24 juillet - Présent daté du 25 juillet 2009

puce_carreDans la mise en place urgente d’une « véritable autorité politique mondiale » réclamée par Caritas in veritate (§ 67), il s’agit bien d’une autorité et non pas d’un gouvernement. D’un coup d‘œil très sûr, Yves Daoudal a tout de suite mis en garde contre une confusion entre ces deux notions : « Nous connaissons pourtant la différence, avec toutes les “hautes autorités” inventées ces dernières années par notre gouvernement. » Jean-Paul II avait prévenu : « Il est important d‘éviter tout malentendu : il n’est pas question de constituer un super-Etat mondial. »

puce_carreAlors, dira-t-on, il est question de quoi ?

Pour comprendre ce qui est en question, il faut d’abord se rappeler qu’il existe en doctrine trois sociétés « naturelles et nécessaires » : la famille, l’Etat, la société des Etats.

La famille est la première, même chronologiquement, des sociétés naturelles et nécessaires. L’Etat est la société des familles (ce que l’on exprime souvent en disant, comme la Déclaration des droits de 1948, que « la famille est l‘élément naturel et fondamental de la société »). Presque toujours l’Etat, au nom du principe de totalité, a tendance à régenter arbitrairement les familles, en violant plus ou moins le principe de subsidiarité : il faut alors lui résister, car il n’est pas là pour absorber les familles, mais pour les aider à remplir leur rôle. De même, le principe de subsidiarité doit composer avec le principe de totalité pour régler les rapports entre les Etats et la société des Etats.

puce_carreLe principe de subsidiarité étant respecté, il existe plusieurs voies pour tenter de réaliser une société des Etats. On pense d’abord à une réforme de l’Organisation des Nations Unies (ONU). L’obstacle est qu’elle s’est suffisamment déshonorée par son imposture d’avoir appelé les gouvernements communistes, qui ne reconnaissent aucun droit naturel, à dire le droit international, lequel est alors frappé, pour le moins, d’une grave suspicion. En outre, l’Organisation des Nations Unies, par son titre même, comme précédemment la Société des Nations (SDN), invite à une confusion entre la famille des nations et la société des Etats. Ce sont les Etats, et non pas les nations, qui ont comme tels vocation à entrer en société. Déjà en 1920, dans son encyclique Pacem, Benoît XV précisait que c’est bien « l’ensemble des Etats » qu’il appelait à « s’unir pour former une société ». Si c‘était aux nations d’entrer en société, cela ne serait alors possible que par un super-Etat.

puce_carreCette société des Etats est inorganique tant qu’elle ne se reconnaît que des obligations négatives : ne pas nuire à autrui, ne pas violer les traités librement consentis. Elle devient organique quand les Etat créent entre eux des institutions juridiques de coopération ; autrement dit, selon Pie XII, quand ils établissent « une organisation internationale stable » en vue d’« assurer [et non pas supprimer] l’indépendance mutuelle des peuples grands et petits ».

puce_carreDe même qu’il existe un bien commun familial pour chaque famille et un bien commun national pour chaque Etat, il existe pour la société des Etats un bien commun qui lui est propre, et que l’on peut nommer « bien commun mondial », « bien commun international » ou « bien commun universel ».

(Soit dit au passage, le « bien commun national » serait mieux nommé « bien commun politique », car un même Etat peut comporter plusieurs nations (comme fut l’Autriche-Hongrie), ou ne gouverner que la partie principale d’une nation (comme la France à l‘égard du Canada français, voire de la francophonie). Il y a une tendance légitime à faire coïncider les frontières de l’Etat avec celles de la nation ; c’est alors, « l’Etat-nation », sur le modèle capétien. Fin de la parenthèse.)

Le bien commun international comporte notamment la paix mondiale, la transmission et le respect de la loi naturelle, l’aide aux Etats les plus pauvres.

puce_carreIl est vrai que les progrès matériels des sciences et des techniques ont contribué à rendre moins difficile la considération, qui les dépasse, d’un bien commun international. Mais de même qu’il y a « une compétence primordiale des familles par rapport à celle de l’Etat » (Caritas in veritate, § 44), analogiquement il existe une compétence primordiale des Etats par rapport à la société des Etats. Ce n’est ni à la justice commutative, ni à la justice distributive, c’est à la justice générale (dite aussi légale ou sociale) qu’il appartient, à ce niveau aussi, de rechercher un juste équilibre entre l’application du principe de totalité et celle du principe de subsidiarité.

JEAN MADIRAN

23 juillet 2009

[Abbé de Tanoüarn / FC] Pourquoi tant de passions

SOURCE - 23 juillet 2009

"Beaucoup plus qu'aider l'Eglise". La formule n'est pas de moi, elle est d'Ennemond dans un post récent. Apparemment elle n'a pas été relevée. Je crois qu'elle est très symptomatique, pourtant, du différend qui existe entre les supporters inconditionnels de Mgr Tissier (ceux qui sont prêts à le suivre jusque dans les catacombes)et les gens sincèrement attachés à la FSSPX comme je le suis, mais qui ne la voient pas sans peine se livrer à toutes sortes de surenchères ou de mufleries et qui ne peuvent se résoudre à la voir perdre petit à petit, par la voix de ses représentants autorisés, toute crédibilité.

Pourquoi ces surenchères et ce durcissement ?

Parce que, pour ces gens-là, comme dirait Jacques Brel, "la Fraternité fait beaucoup plus qu'aider l'Eglise".

Dans ma perplexité, j'ai cherché ce que pouvait être ce "plus".

J'ai trouvé deux solutions : soit "la Fraternité fait beaucoup plus qu'aider l'Eglise" parce qu'elle EST l'Eglise. Soit la Fraternité fait beaucoup plus qu'aider l'Eglise, parce que c'est l'Eglise qui va aider la Fraternité à entretenir la foi dans le monde. Mais peut-être Ennemond éclairera-t-il ma lanterne sur ce que signifie ce "plus qu'aider".

Quant à moi - je le dis parce que certains, dans le très long fil qu'a provoqué mon récent appel au savoir vivre dans l'Eglise, veulent me faire passer pour un dangereux ennemi de la Fraternité - en l'exhortant au savoir vivre, je la souhaite la plus efficace possible pour remplir la Mission que la Providence de Dieu lui a dévolue et je ne me résigne pas à la voir changer et se durcir.

J'ai été membre de cette Fraternité pendant près de 25 ans ; je n'ai jamais renié cet engagement ; mais j'ai toujours pensé (et j'ai écrit naguère dans Certitudes) que la résistance respectueuse de la Fraternité aux réformes post conciliaire était sa manière d'aider l'Eglise, en agissant modestement comme une partie dans l'Eglise. Je n'ai jamais pensé, au cours de ce quart de siècle, que nous faisions "plus qu'aider l'Eglise".

Je parle en mon nom propre. Mais - et j'écris cela pour répondre à une question de XA - je crois que l'abbé Laguérie a été le premier à s'offusquer publiquement de l'absence des formes élémentaires du respect dans le discours de Mgr Tissier de Mallerais sur le pape, que lui "Tissier" a appelé à plusieurs reprises "Ratzinger", sans qu'il faille forcément tirer de là une théologie sédévacantiste, mais plutôt cette simple et suicidaire absence de savoir vivre que j'ai voulu pointer, non pas en insultant un évêque, mais en constatant qu'il avait, avec la Hiérarchie ecclésiale, un comportement de mufle.

Je crois que des laïcs ne peuvent pas forcément comprendre ce que l'on éprouve pour un homme qui a été à la fois votre directeur de séminaire et l'évêque de votre ordination. Je n'ai AUCUNE ENVIE d'insulter Mgr Tissier, comme certains l'ont écrit en me diffamant. Mais sa manière récurrente de traiter le Saint Père me fait craindre la façon dont il pourra traiter avec lui, dans la Commission théologique dont il est, selon sa propre formule, l'un des quatre superviseurs.

A propos de superviseurs, c'est encore un enseignement de cet Entretien de La Vie : les quatre évêques (Mgr Williamson compris donc) auront mission de "superviser" le débat pour la Fraternité...

C'est sans doute ce que la Fraternité appelle : mettre toutes les chances, oui toutes, de son côté !

Evidemment si je n'aimais pas le combat de la Fraternité pour aider l'Eglise, une telle disposition me laisserait parfaitement indifférent.

22 juillet 2009

[AmeriCatho] L’archidiocèse de Miami et «Summorum Pontificum»

SOURCE - 22 juillet 2009

La page d’accueil du site Internet de l’archidiocèse de Miami (Floride) s’ornait, le 20 juillet, d’une section « Let’s talk » (parlons-en) destinée à ouvrir un débat et permettre des échanges « sur la forme extraordinaire du rite latin de la Messe ». Pour les susciter, un prêtre du diocèse a rédigé un texte de présentation qui mérite d’être reproduit, ce que je vais faire incessamment. L’auteur en est Monsignor Terence Hogan (photo), ordonné pour l’archidiocèse de Miami le 18 octobre 1980 et qui a obtenu, en 1996, un doctorat en liturgie à Rome. Il est depuis 2002 le responsable archidiocésain de la liturgie.

Le diocèse de Miami est très jeune puisqu’il a été érigé en 1958 et élevé au rang d’archidiocèse dix ans plus tard. Sa superficie couvre à peu près le quart du territoire de la Floride (8 comtés) et compte plus de 4 millions d’habitants dont 900 000 catholiques servis par plus de 350 prêtres. Les évêchés suffragants sont ceux d’Orlando, Saint Petersburg, Palm Beach et Venice.

Mais passons à ce texte que je livre sans commentaires – sauf un ! –, même si certains passages en mériteraient de ma part, puisqu’on les trouve dans le jeu des questions-réponses, remarques et contributions qu’on trouvera ici à la suite du texte de Monsignor Hogan. Je précise toutefois immédiatement que ce texte est très positif et qu’il va, globalement, dans le bons sens voulu par Benoît XVI, mais, pour ceux qui comprennent l’anglais, la lecture des contributions des fidèles de l’archidiocèse se révélera fort instructive.

« Le 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI a publié la Lettre Apostolique Summorum Pontificum par laquelle le Saint Père autorise et promeut un usage plus large des livres liturgiques qui étaient en usage dans l’Église catholique romaine en 1962. Le pape Benoît XVI cherche, par cette Lettre apostolique, à réconcilier “dans le cœur de l’Église” les personnes qui ont manifesté un attachement aux formes liturgiques qui existaient avant le renouveau 1 liturgique du second Concile du Vatican. Il commence par définir les deux formes de la règle de la prière dans l’Église latine : une forme ordinaire, contenue dans le Missel Romain de Paul VI, et une forme extraordinaire comme on la trouve dans le Missel Romain du pape saint Pie V. Les deux constituent la Liturgie du rite romain.

Tout prêtre de l’Église latine peut, sans permission du Saint Siège ou de son évêque, célébrer la forme extraordinaire de la Messe sans peuple à tout moment sauf pendant le Triduum pascal. Il est indiqué que des fidèles pourront y prendre part, même si le rite extraordinaire est d’abord une Messe privée. Dans les paroisses où un groupe de fidèles est attaché à la forme extraordinaire de la Messe, il pourra contacter le curé pour demander la célébration du rite extraordinaire, sans permission du Saint Siège ou de l’évêque. Si un prêtre ne peut faire la preuve d’un minimum de capacité en matières de rubrique et de latin, il ne devra pas célébrer la forme extraordinaire de la Messe.

Le pape Benoît XVI est très clair dans sa Lettre apostolique : l’actuel Missel Romain (Missale Romanum) est la forme ordinaire de la Liturgie eucharistique, et la forme extraordinaire se trouve dans le Missel du bienheureux Jean XXIII de 1962. Il souligne qu’il n’y a pas “de contradiction entre les deux Missels” et que l’histoire des livres liturgiques est caractérisée par la “croissance et le progrès, mais pas par la rupture”. Dans les deux formes, ordinaire et extraordinaire, du Missel Romain, la participation pleine, consciente et active des fidèles est demandée par-dessus tout. Et cela commence avec la participation intérieure au sacrifice du Christ. La forme ordinaire, de manière habituelle, réalise cette participation en écoutant et en répondant aux prières de la Messe en vernaculaire, et en prenant part à des formes extérieures de l’action commune. La forme extraordinaire réalise cette participation intérieure en grande partie en écoutant les prières en latin, en suivant les paroles et les gestes du prêtre et en unissant nos cœurs à ”ce qui est dit par lui au nom du Christ et [à ce que] le Christ [lui] dit”.

De tout ce qui précède nous constatons que l’Église continue à chérir les richesses de son passé, tout particulièrement pour ce qui concerne la sainte Liturgie. L’esprit des formes liturgiques antérieures, qui imprègne l’esprit et la culture de nombreuses personnes qui se souviennent encore de ces formes, se poursuit dans la célébration des deux rites. Ainsi, c’est ce souci pastoral de Benoît XVI qui l’a poussé à faciliter davantage l’autorisation de la célébration de rites et de prières liturgiques plus anciens en publiant Summorum Pontificum ».


1. Monsignor Hogan se garde bien d’utiliser l’expression « réforme liturgique », comme on le lit partout, mais utilise celle, plus appropriée, de « renouveau liturgique », fidèle en cela à la Constitution Sacrosanctum Concilium de Vatican II qui ignore, en son texte, le mot « réforme » – lequel n’apparaît, pour dire vrai, que subrepticement dans la note 13 et encore pour évoquer celle de la Semaine Sainte par Pie XII…

[SPA] Comentarios a la enciclica "Caritas in Veritate"

SOURCE: radiocristiandad

21 juillet 2009

[Christus Imperat] Caritas in veritate ou la chartre du nouvel ordre mondial

SOURCE - Austremoine - 21 juillet 2009

Nous aurions voulu nous réjouir de la dernière encyclique du pape Benoit XVI Caritas in veritate. Le nom est était prometteur et le sujet porteur d’espoir de voir le retour de l’Eglise dans les débats qui secouent la société, surtout en des temps d’actualités sociales brûlantes.

Ce n’est pas le fait que le pape constate en s’y résignant l’emprise de la mondialisation sur les peuples, ni que le St Père propose la création d’une autorité mondiale qui remet en cause à des degrés plus ou moins importants l’autorité des états qui pose le principale problème, c’est le fait de ne pas voir et de ne pas affirmer comment Notre Seigneur Jésus Christ est le maitre des sociétés pour leur bien.

Car ne pas voir que toute morale nécessaire au bien commun de toute société découle uniquement de la religion est actualiser cette grande erreur de l’homme bon promu par Rousseau. L’histoire le prouve, les faits divers continuent de le faire : l’home a besoin d’un repère qui le transcende, car livré à lui-même, il devient une bête pour son prochain. C’est la conséquence du péché originel.

Face à un occident qui se livre à la débauche, face au désespoir d’une société matérialiste, face à la pauvreté engendrée par la corruption et par l’anéantissement de peuples entiers devenus esclaves modernes, il était facile de faire le constat qu’une société sans Dieu est une société malheureuse et livrée à tous les maux.

La liberté religieuse est la principale cause de la sécularisation de nos sociétés. Et c’est la cause du mal que cherche à dénoncer le pape qui est promu dans l’encyclique :

« La religion chrétienne et les autres religions ne peuvent apporter leur contribution au développement que si Dieu a aussi sa place dans la sphère publique, et cela concerne les dimensions culturelle, sociale, économique et particulièrement politique. La doctrine sociale de l’Église est née pour revendiquer ce « droit de cité» de la religion chrétienne. » Benoit XVI, Caritas in veritate, ƒ56

Nous voici donc face à la promotion de la liberté religieuse, qui relativisant toute forme de vérité et d’absolu, détruit tout repère transcendantale nécessaire au bon fonctionnement d’une société. L’encyclique relativise également son propre message et celui de l’Eglise Catholique par cet œcuménisme qui reconnait la présence de Dieu dans les fausses religions.

Dangereuse dans ses préconisations politiques, cette encyclique est surtout une attaque contre la doctrine de l’Eglise : liberté religieuse, œcuménisme, engendrant un relativisme généralisé, un tel texte mène un peu plus l’humanité sur la voix d’un melting-pot religieux sans saveur à la solde de ce nouvel ordre mondial. Le Christ Roi est plus absent que jamais, oublié de Pierre. Le Vicaire du Christ a dans son encyclique fait siens les désirs de la Franc-maçonnerie.

Austremoine

20 juillet 2009

[Paix Liturgique] Un dossier bien instructif pour la nouvelle commission « Ecclesia Dei » : Comment Monseigneur Giuseppe Mani...

SOURCE - Lettre 187 de paix Liturgique - 20 juillet 2009

Nous reproduisons ici un témoignage de notre envoyé spécial en Italie qui revient d'une visite de deux paroisses exemplaires de Sardaigne, celles de Mandas et de Gesico. Ces deux paroisses, véritables modèles pour l'application du Motu Proprio « Summorum Pontificum », sont désormais dans le collimateur de l’évêché parce qu'elles organisent du 9 au 11 août prochain, 3 journées de réflexion et d’échange sur l’application du Motu Proprio et sur la pensée de Benoît XVI. Voici le compte rendu de notre visite :

Ayant connu grâce à Internet la renommée internationale des paroisses de Mandas et de Gesico en Sardaigne, et ayant appris l'annonce d'une importante réunion du genre "université d'été" sur la pensée de Benoît XVI en matière de liturgie et plus précisément au sujet de son Motu Proprio « Summorum Pontificum », je décidais de laisser Paris et de faire le voyage.

Quelle ne fut pas ma surprise en arrivant de Cagliari, de me retrouver un dimanche ordinaire à Gesico dans une petite paroisse perdue au milieu des collines. J'entre dans l'église, la messe est à peine commencée : mais il n'y a plus de places assises, l'église est comble, les gens serrés sont tous tournés vers le bon Dieu qui est là-bas, dans le tabernacle de marbre d’un blanc magnifique, sur l'unique autel majeur. Le prêtre est prosterné pour le confiteor, tandis que la chorale des villageois s'époumone à chanter l'Introït. Les enfants de choeur s’entassent dans le sanctuaire pas assez grand !

A la sortie de la messe, les gens me saluent très aimablement. Je me présente, l'on cause comme si on se connaissait depuis toujours. Je dis mon émerveillement, mais les plus avisés me supplient d'un air triste de prier beaucoup pour leur curé… En effet, des amis de Cagliari me l’ont confirmé, l’évêque menace de destituer le curé de Gesico, parce qu'il a enlevé l'autel face au peuple, parce qu'il dit la messe dans la forme extraordinaire en obéissant à Benoît XVI, et parce qu'il tient aux processions et aux fêtes populaires traditionnelles. Alors qu'au contraire, venant de l'évêché de Cagliari, sont envoyés des directives bien différentes : plus de fêtes traditionnelles, il faut favoriser la fête du fromage ou celle de la danse. Surtout pas de Motu Proprio,"tant qu’il y aura Benoît XVI et Canizares on ne pourra rien faire qui vaille" dit-on publiquement à l’évêché. Les gêneurs sont à écarter, mais sans bruit surtout, il faut les étouffer. Tous les moyens sont bons, y compris les accusations les plus basses, en usant des faux témoignages les plus incohérents, pour pouvoir accuser le curé de scandale et de créer le désordre.

A la paroisse voisine, Mandas, le "duc-curé", Dom Pascal Manca est très sympathique, jovial, dans sa soutane impeccablement romaine, très simple et et bon curé. Pendant trois jours de repos estival, les 9, 10 et 11 août, il va organiser dans sa paroisse un temps d'étude et de réflexion sur l’enseignement de Benoît XVI, des échanges sur l'application pastorale du Motu Proprio, et bien sûr les cérémonies et les messes dans la forme extraordinaire. Plus d’une cinquantaine de prêtres seront présents à ces journées de ressourcement spirituel, sans compter de nombreux laïcs qui suivront un programme de conférences tout aussi enrichissant.

Sous le signe de la réconciliation et de l’espérance, la Sardaigne se couvre de bonnes volontés qui écoutent le message de Benoît XVI à travers le Motu proprio. Espérons que les résistances épiscopales n’arracheront pas les beaux fruits de l'oeuvre du Pape.

Les commentaires de Paix Liturgique :


1/ L’exemple des paroisses de Mandas et Gesico est caractéristique des persécutions quasi systématiques que subissent les prêtres qui décident librement d’appliquer généreusement le Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Certes, si nous pouvons constater ici et là de réelles améliorations, il n’en demeure pas moins que dans la quasi intégralité des cas, les nouvelles célébrations traditionnelles sont mises en place directement par l’évêché – à la manière du Motu Proprio de 1988 – et restent « sous contrôle » épiscopal. Dès lors que des curés de paroisse, de leur propre chef, décident d’appliquer le motu proprio de 2007, on voit dans la plupart des cas, une véritable chasse aux sorcières se mettre en place.

La chape de plomb qui pèse sur la liturgie dans les paroisses n’a pas disparu avec le Motu Proprio… Il ne faut pas chercher plus loin les raisons pour lesquelles peu de prêtres diocésains en pratique ont décidé d’appliquer (publiquement…) le Motu Proprio de Benoît XVI. En effet, dans de nombreux diocèses, la seule bonne volonté d'appliquer le Motu proprio est une cause de « scandale » pour l’évêché… Et les prêtres qui souhaitent le mettre en place sont contraints de s'exiler de leur diocèse comme les pères Blin ou Horovitz du diocèse de Paris (75) ou de se taire et d'attendre comme l'abbé Bonnet, curé de Saint-Nom la Bretêche (78).

2/ L’exemple de ces paroisses est également caractéristique en ce qu’il traduit un véritable succès pastoral : église comble, population heureuse de renouer avec ses traditions populaires, soutien des fidèles au curé, situation paisible. Les difficultés ne sont pas issues de l’application du Motu proprio dans la paroisse, de la soi-disante hostilité de la majorité des fidèles ou d’on ne sait trop quelle « inopportunité d’un retour » à une telle liturgie… Non, les difficultés sont créées directement par l’évêque qui ne veut à aucun prix d’application du texte papal dans son diocèse.

3/ On aura beau jeu de dire ensuite dans les salons épiscopaux « il n’y a pas de demande », « le Motu Proprio n’intéresse qu’une toute petite minorité de fidèles ». On le voit bien, la vision prophétique de Benoît XVI de faire de la paroisse le cadre normal de la célébration de la forme extraordinaire du rite romain est absolument combattue par bon nombre d’évêques. De la célébration de la messe traditionnelle dans des réserves indiennes (comme le préconise Mgr Aumonier à Versailles par exemple) on veut bien à la limite, faute de pouvoir faire autrement. Mais de la « banalisation», de la « contagion » dans les paroisses d’une liturgie jusque là méconnue par bon nombre de fidèles qui aiment à la découvrir, on ne veut pas dans la plupart des diocèses. Quel qu’en soit le prix et quitte à faire cesser des expériences pastorales prometteuses, à congédier de jeunes curés plein de zèle ou fermer des églises combles, l’idéologie qui fait rage depuis quarante ans, ne tolère pas ces applications généreuses du Motu Proprio de Benoît XVI.

4/ Nous ne pouvons qu’apporter notre soutien à ces prêtres de Sardaigne et annoncer le colloque qui se tiendra les 9, 10 et 11 août, dans la paroisse de Mandas, colloque au cours duquel se tiendront des temps de réflexion commune sur l’enseignement de Benoît XVI, ainsi que des échanges sur l'application pastorale du Motu Proprio.

18 juillet 2009

[Capucins de Morgon] Mise en garde par rapport au "Courrier de Tychique"

SOURCE - 18 juillet 2009 - mis en ligne par La Porte Latine


Mise en garde par rapport au "Courrier de Tychique"

Frère Antoine de Fleurance, le 18 juillet 2009

Couvent Saint-Antoine,
Morgon - 69910 Villié-Morgon
Le 18 juillet 2009

L’auteur de cette missive hebdomadaire [NDLR : "Le courrier de Tychique"], fréquentant l’une des chapelles que nous desservons, il me paraît bon de préciser certains points en rapport à cet écrit.

Tout d’abord, cette lettre n’est cautionnée ni approuvée par aucun prêtre de la tradition, même si certains y trouvent parfois quelques points intéressants.

A plusieurs reprises, j’ai demandé à l’auteur de ne plus proférer d’accusations contre la Fraternité Saint-Pie X et certains de ses membres. Je lui ai même suggéré, pour le bien de son âme, de ne plus publier son courrier hebdomadaire; malheureusement, et trop régulièrement, celui-ci comporte des calomnies graves et certaines informations fausses [1].

L’auteur se dit un simple béotien, mais il agit comme s’il était revêtu d’infaillibilité et comme s’il avait reçu mission d’être un « super Magistère » au-dessus de tout Evêque et de tout Pape. A l’exemple des charismatiques modernes, il donne l’impression d’être en prise directe avec l’Esprit Saint et de ne se tromper jamais. Il se targue d’être fidèle à la pensée et à l’œuvre de Mgr Lefebvre, mais sa connaissance, son analyse et son interprétation de celui-ci sont partiales et partielles.

En fonction de cela, je ne peux que déconseiller radicalement la lecture de cette feuille. Elle n’est pas fidèle à la vérité, elle jette le trouble et elle fait perdre la confiance dans les autorités de la tradition.

Prions pour que le Saint-Esprit éclaire et fortifie l’âme de l’auteur, afin qu’il fasse fidèlement la volonté de Dieu, c’est-à-dire la cessation de toute publication.

Frère Antoine de Fleurance


Note

[1] Pour donner des exemples précis, il y a quelques temps déjà, une de ces lettres mentionnait que le district de France de la Fraternité Saint-Pie X avait volontairement occulté un sermon de Mgr Tissier de Mallerais donné aux Etats-Unis. Une autre précisait que l’abbé Celier était aux cinquante ans de sacerdoce de Dom Gérard au Barroux. Or, vérifications faites auprès des intéressés, ces deux assertions étaient fausses …

Quant aux propos suspicieux et calomnieux, ils peuplent les lignes de notre « écrivain ». Dans les titres du n° 284 du 12 avril 2009, il est mentionné : « La FSSPX ne serait-elle pas déjà ralliée, au moins dans les faits ? » !, suivent bien sûr des assertions dans ce sens-là … Si quelqu’un avait le temps, il y aurait de quoi faire une liste très longue de ceux-ci !

[Monde&Vie] Que faut-il attendre du dialogue entre Rome et la FSSPX ?

Monde&Vie - Claire Thomas - 18 juillet 2009


Que faut-il attendre du dialogue entre Rome et la FSSPX ?

Portraits des acteurs du Renouveau

Marginalisée mais toujours au centre des débats, la Fraternité Saint-Pie X fait couler beaucoup d’encre en ce moment…

Le pape Benoît XVI a publié le 8 juillet dernier un Motu proprio daté du 2 dans lequel il officialise la réorganisation de la Commission Ecclesia Dei qui, depuis le 2 juillet 1988 était chargée de dialoguer avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et de réincardiner les prêtres qui souhaitaient rester fidèles à la Tradition dans ses formes immémoriales. Le titre de ce document est éloquent : Ecclesiae unitatem. Les premières lignes sont une revendication claire de son autorité pontificale. La charge de l’unité de l’Eglise incombe au pape. Et à personne d’autre ! Il est « le principe et le fondement permanent et visible de l’unité des évêques et des fidèles ». On trouvera peu de textes depuis la fameuse Nota praevia que Paul VI avait été obligé d’adjoindre à la Constitution Lumen gentium, qui affirment avec une telle force le rôle invariable du pape dans l’Eglise.

Dans l’esprit de Benoît XVI, il est patent que les discussions doctrinales qui mobiliseront la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (ex-Saint Office) à laquelle la Commission Ecclesia Dei vient d’être rattachée, devront être une occasion de manifester son autorité. Il prévient. Il avertit. On ne saurait être plus clair. A la fin du texte, il précise qu’ultimement, il s’impliquera personnellement dans le jugement à porter sur les discussions qui auront eu lieu.

Existe-t-il un document symétrique de Mgr Fellay, érigeant une structure de dialogue avec Rome. Oui. Il s’agit d’un texte du 27 avril 2009. Mgr Fellay nomme un certain nombre de prêtres comme débatteurs ou comme consulteurs et il donne lui aussi ses objectifs. Il s’agit pour lui de « faire résonner plus fortement dans l’Eglise la voix de la doctrine traditionnelle ». Il émet un vœux : « Puissent ces discussions déboucher sur les bases d’un véritable renouveau doctrinal pour l’Eglise notre Mère ». On ne peut s’empêcher de remarquer que la perspective de Mgr Fellay est très différente de celle du pape. Il ne cherche pas d’abord un quelconque « retour à l’unité » pour répondre à « l’appel de Dieu ». Il entend plutôt apporter à l’Eglise universelle le charisme de vérité qui est celui de la FSSPX dans la crise de l’Eglise.

Deux perspectives très différentes

Cela étant posé, sa marge de manœuvre, comme responsable au plus haut niveau est extrêmement étroite. D’une part il se défend de vouloir faire la leçon à l’Eglise universelle, comme il le dit vigoureusement dans l’entretien du 21 juin dernier qu’il a donné à Die Presse, à l’occasion des ordinations de Zaitzkofen, très mal vues par les évêques allemands, qui, s’appuyant sur les déclarations négationnistes de Mgr Williamson, avaient cherché à en obtenir l’interdiction : « Nous ne pouvons pas prétendre dicter comment et quoi penser dans l’Église. Cela n’a jamais été notre conception. Nous disons simplement ce que l’Église a toujours enseigné, tandis qu’à présent règne la confusion. Nous demandons la clarté. » Ailleurs Mgr Fellay précise, de manière un peu plus offensive : « Je comparerais notre rôle à celui d’un thermomètre, qui indique que le corps a de la fièvre. Et donc, qu’il y a un problème qui doit être résolu. Ce n’est pas notre problème particulier, mais celui de la direction de toute l’Église. L’Église souffre d’une crise grave, mais à Rome on veut si bien la soigner, que la maladie ne cesse de se développer sans qu’on puisse y voir de fin ! Nous proposons les mesures qui peuvent vraiment aider. »

Il ne dit pas quelles sont ces mesures, mais on devine qu’il ne se contenterait pas du Motu proprio de 2007 sur la liberté de la messe traditionnelle et qu’il entend obtenir bien davantage.

Dans l’entretien qu’il a confié à La Vie, le 3 juillet dernier, Mgr Tissier de Mallerais fait entendre le même son : il ne cherche pas à obtenir quoi que ce soit de Rome, il veut lui apporter quelque chose. Mais il ne prend pas les mêmes précautions que son supérieur pour le dire : « Jamais nous ne signerons de compromis ; les discussions n’avanceront que si Rome réforme sa manière de voir et reconnaît les erreurs dans lesquelles le Concile a mené l’Église ».

Mgr Tissier de Mallerais ne va pas trouver le pape comme on va vers le juge de la foi et vers « le principe et le fondement permanent et visible de l’unité entre les prêtres et les fidèles ». Il estime à l’inverse, et il ne se prive pas de le dire, même à un périodique qui ne passe pas vraiment pour philo-traditionaliste, que c’est Rome qui doit changer, que le principe et fondement n’est plus le principe et fondement et qu’il doit le redevenir, en renonçant aux erreurs qui l’ont entaché.

Mgr Tissier de Mallerais a sa petite idée sur le modus operandi de ces dialogues. Il cherche d’abord l’angle d’attaque le plus facile : « Il faut commencer par la liturgie ; ce serait le plus simple, car l’on pourra montrer la déficience du nouveau rite des ordinations sacerdotales, par exemple. Déficience qui, en revanche, lorsqu’on parle de la nouvelle messe, tient plutôt de la contradiction pure et simple ; car c’est une nouvelle théologie qui s’y exprime, donc une autre religion. Ensuite doivent venir l’œcuménisme et la liberté religieuse ; des thèmes qui sont beaucoup plus graves, parce qu’ils engagent la foi. La question de la collégialité des évêques ne peut venir qu’à la fin car c’est la plus difficile ». Les catégories théologiques mises en œuvre sont redoutables et inquiétantes : théologie nouvelle donc religion nouvelle (comme s’il n’y avait pas, à chaque époque des théologies nouvelles dans l’Eglise). Enfin « question de foi ». Dans ce dernier cas, dans le cadre du vieux Palais du Saint Office, cette jolie bâtisse, ce sobre Palazzo à colonnades, qui s’élève depuis le XVIe siècle dans le prolongement de Saint Pierre de Rome, les discussions doctrinales opposeraient un Mgr Tissier devenu inquisiteur et gardien de la foi aux inquisiteurs en titre, membre du Saint Office, qu’il lui faudra bien appeler prévaricateurs, s’il entend jouer lui-même leur propre partition. Ce scénario rappelle les adresses de l’abbé de Nantes à Paul VI sur Jean Baptiste Montini (nom civil du pape Paul VI), hérétique, schismatique et scandaleux… Leur efficacité a été particulièrement douteuse.

On se demande comment dans ce contexte « la paternelle bienveillance » dont fait état Benoît XVI par rapport à « la Fraternité Saint Pie X » trouvera à s’exercer. Le pape est-il demeuré inconscient de cette atmosphère particulièrement lourde, qui se manifeste au fil des entretiens depuis maintenant plusieurs années ? Je ne le crois pas. Il suffit d’avoir égard aux guillemets dont le pape entoure, dans son texte, le nom « Fraternité saint Pie X », comme pour lui dénier la légitimité même de ce nom… Non Benoît XVI n’est pas dupe. Dans la lettre aux évêques qu’il a envoyée le 12 mars dernier, il pointait « la suffisance et la présomption, la fixation sur certains unilatéralismes » comme caractérisant certains traditionalistes… S’il est conscient des blocages que risque de rencontrer la Commission de discussion, son plan est certainement aujourd’hui de tenter, à l’occasion de ces dialogues, une ouverture bien plus large, qui permettrait de récupérer tout ou partie des 502 prêtres membres de la Fraternité Saint Pie X, mais surtout qui constituerait pour lui une occasion, de remettre de l’ordre dans l’Eglise.

Remettre de l’ordre dans l’Eglise

Pour ce faire, son dispositif a considérablement évolué. Jusqu’à la fin du mois de juin, le principal interlocuteur romain des traditionalistes était le cardinal Dario Castrillon Hoyos, un diplomate colombien, qui avait traité avec les FARC dans des circonstances mémorables et qui en gardait une aura de diplomate de choc. Pour cet ancien patron de la Commission Ecclesia Dei, le problème avec la Fraternité Saint Pie X était avant tout un problème de politique ecclésiastique, pas de doctrine. Il a redit sa conviction dans l’entretien auto-justificatif qu’il a donné le 17 mars dernier à Il Tiempo, après qu’il ait été mis en cause par le Père Federico Lombardi, porte-parole du pape : « Les lefebvristes n’ont pas été excommuniés pour des motifs de doctrine, mais parce qu’ils avaient été ordonnés sans autorisation ». Les solutions qu’offrait Dario Castrillon étaient du même ordre que le problème qu’il identifiait comme un problème avant tout disciplinaire.

Cette fois, à la plus grande joie de bien des traditionalistes, s’exprimant par exemple sur le Forum catholique, le pape, a renvoyé, avec les félicitations d’usage, le cardinal Castrillon, atteint par la limite d’âge. La lettre qu’il lui fait parvenir pour ses 80 ans est extrêmement chaleureuse. Il faut dire que l’on murmure au Vatican que le cardinal Castrillon, avec l’efficacité qu’on lui connaît, avait fait partie des grands électeurs de Benoît XVI au dernier Conclave, n’hésitant pas à « torpiller » publiquement son challenger pour le trône de Pierre, le cardinal Bergoglio. La reconnaissance de Benoît XVI n’est donc pas de pure forme.

Mais, comme en témoigne la Lettre du 12 mars à tous les évêques du monde, c’est une autre politique qu’initie Benoît XVI. Reconnaissant que le problème de la FSSPX est doctrinal et non disciplinaire, il rompt en visière avec la politique du cardinal Castrillon Hoyos. Et c’est pourquoi il commence son texte par un non équivoque : « Moi, le pape… ».

Par ailleurs, au nom de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, c’est rien moins que le cardinal Levada, préfet, qui se trouve désormais en charge du dossier. Pour l’assister, le secrétaire de la Commission est le Père Guido Pozzo, un ami du regretté Mario Marini, membre de la Commission Ecclesia Dei, très apprécié pour la sincérité de ses convictions.

Pozzo est un prélat, issu du personnel de la Congrégation à la tête de laquelle se trouvait le cardinal Ratzinger jusqu’en avril 2005, ne l’oublions pas ! Il a été sous-secrétaire de la prestigieuse Commission Théologique Internationale. C’est sur ses épaules que va reposer l’héritage du cardinal Castrillon Hoyos, alors que la maladie qui le mine empêche Mgr Camille Perl, adjoint de Castrillon et ami du pape, d’occuper ce poste. Mgr Pozzo pourra aussi compter sur la Congrégation pour le Culte Divin, dont le président le cardinal Canizarès est, de notoriété publique, favorable à la diffusion de la Messe traditionnelle. Son nouvel adjoint, Mgr Joseph Augustine Di Noia, dominicain, ancien directeur de la revue The Thomist aux Etats Unis, est lui aussi un homme du pape, qui l’avait choisi personnellement comme sous-secrétaire (n° 3) du Saint Office, en le faisant venir des Etats Unis.

Avec de tels hommes à des postes clés, le projet du pape se met en place. Quel est-il ? il me semble que, sans le vouloir d’ailleurs, Mgr Marc Aillet, nouvel évêque de Bayonne, l’a parfaitement défini dans une longue interview qu’il a donnée dans L’Homme nouveau : « J’interprète le Motu proprio Summorum pontificum comme une première étape, qui consiste à réaliser le réapprentissage de la forme extraordinaire, pour réduire l’écart entre la manière de célébrer selon les deux formes et retrouver les mêmes principes théologiques qui président à l’une et à l’autre forme liturgique. Dans une seconde étape, cela conduira peut-être à une réforme du Missel, qui pourra s’insérer dans les intuitions du mouvement liturgique et qui réduira ainsi ce que la mise en œuvre de la réforme liturgique a pu avoir d’arbitraire ».

Pour mettre en œuvre un tel plan, le pape peut désormais compter sur des collaborateurs dévoués et efficaces, à Rome même. Mais reste à savoir de quelle manière la Fraternité saint Pie X s’insèrera dans ce processus. Il semble qu’au jour d’aujourd’hui les modalités de cette insertion sont encore à imaginer. Il est douteux que le dialogue théologique, tel que le présente Mgr Tissier de Mallerais à La Vie permettent de trouver des solutions. On se demande si le monde traditionaliste, qui a salué son départ de manière parfois indécente, ne risque pas de regretter très vite la politique expéditive mais efficace menée par le cardinal Castrillon Hoyos…

Claire Thomas

[Fideliter] Le zollitschisme : hérésie pour le XXI° siècle? - Côme Prévigny

SOURCE - Côme Prévigny - Fideliter - juillet-août 2009

Il y eut l’arianisme et le donatisme, le nestorianisme et le pélagianisme, le luthéranisme et le calvinisme. Y aura-t-il maintenant le « zollitschisme » ? Car Mgr Zollitsch, qui n’est pas l’un des moindres des évêques allemands, vient soudainement de basculer dans ce qu’on est bien obligé d’appeler une hérésie.

Lorsqu’un clerc niait autrefois la divinité du Christ, la validité de certains sacrements ou le péché originel, il était déposé et un concile se réunissait pour condamner solennellement les erreurs qu’il avait répandues dans le peuple chrétien. Ainsi l’Église sortit-elle renforcée à Nicée, Éphèse ou Trente. Loin de proférer de gratuites injonctions ou de brandir cruellement le glaive, ses autorités veillaient à protéger les âmes, en les affranchissant d’un esprit enclin à introduire le ver de son imagination dans le fruit de la Tradition. Aujourd’hui, c’est un évêque qui professe ouvertement l’erreur. Sans inquiétude ni grand compte à rendre, il préserve tout naturellement ses prérogatives, bénéficiant de l’indifférence feutrée des hommes d’Église.

Mgr Robert Zollitsch
, docteur en théologie et archevêque de Fribourg-in-Brisgau, est, de par sa charge de président de la conférence des évêques allemands, à la tête de la puissante mais déclinante Église d’Outre-Rhin, à la suite du cardinal Karl Lehmann. A plusieurs reprises, sa voix fit raisonner un langage particulièrement dissonant. Préconisant le mariage des prêtres, reconnaissant une valeur aux unions civiles homosexuelles, n’hésitant pas à affirmer que « l’Église évangélique est l’Église », ce haut prélat ne porte pas – qui s’en étonnera ? – la Fraternité Saint-Pie X dans son coeur. Pour lui, la crise de l’Église n’existe pas, « les lefebvristes se sont placés tout seuls hors de la tradition catholique et ont brisé l’unité avec le pape ».

La rédemption comme « solidarité»

Fort de ses étranges positions, ce même Robert Zollitsch profita du temps pascal pour franchir le rubicon de la négation de la foi. Interrogé Samedi saint (11 avril 2009) par la télévision allemande dans l’émission Horizons, il se contenta de quelques minutes pour réduire à néant la doctrine chrétienne de la Rédemption. A Meinhard Schmidt-Degen Hard qui l’interrogeait sur la théologie catholique, l’archevêque répondit que le Christ « n’était pas mort pour les péchés des hommes, comme si Dieu avait besoin d’un sacrifice à offrir ou de quelque chose tel qu’un bouc émissaire ». Interloqué, le journaliste demanda immédiatement confirmation : « Donc, à présent on ne reconnaîtrait plus que Dieu a presque donné son propre Fils parce que nous, les hommes, nous avions tant péché ? En fait, vous ne le reconnaîtriez plus ? »

Et celui qui doit pourtant être témoin de la foi répond posément par la négative : « Non, il a laissé son propre Fils aller jusqu’à la mort, par solidarité avec nous pour dire : “vous avez tellement de valeur pour moi que je vais avec vous, que je suis près de vous dans toutes les situations”. » Ainsi donc, toute la Chrétienté s’effondre dans la bouche de ce successeur des apôtres. Avant que n’advienne Noël, on ne devrait plus demander au divin Messie de « venir sauver les hommes du péché » puisqu’il ne se serait incarné en ce monde qu’animé d’une simple solidarité. À en croire cet archevêque, ce serait par erreur que saint Matthieu pût un jour affirmer que le Fils de l’Homme a « donné sa vie en rançon pour une multitude » (Mt 20, 28) et le fait que l’apôtre Paul affirmât que « le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures » (1 Co, 15, 3) n’aurait été qu’égarement. L’agneau immolé, la victime sans tâche, l’objet du saint sacrifice seraient tout bonnement évacués. Ils auraient laissé place à la vacuité d’un simple personnage… « solidaire ».

Timide retour en arrière

Il n’y a hélas là ni phrase ambiguë ni propos à double sens, mais l’expression de l’erreur manifestée et assumée. Dans les jours qui suivirent ces déclarations, les secrétariats de l’archevêché et de la Conférence épiscopale ne réagirent pas davantage que les services du Saint-Siège. Sur Internet, les blogs catholiques commençaient à se plonger dans une sainte stupéfaction. Fribourg était-elle condamnée à devenir la nouvelle Wittenberg ? En tout cas, on peinait à lire là les propos d’un successeur des apôtres, comme si face aux errements de l’un de ses hommes, l’Église se trouvait toujours affectée par ce que Mgr Lefebvre appelait son « sida », c’est-à-dire la mort de son système immunitaire.

Sur les chemins du négationnisme de la vérité révélée, Mgr Zollitsch put errer quelques semaines au moins. Un mois après la publication de ses propos, dans un communiqué où il insistait surtout pour rappeler que la réalité de Pâques devait suivre celle du Vendredi saint qu’il semblait particulièrement craindre, l’archevêque de Fribourg-in-Brisgau osait timidement affirmer que « la foi chrétienne n’a [vait] pas peur d’attribuer à la mort du Christ un sens positif de salut et d’expiation ». On ne peut que s’inquiéter en considérant qu’il s’agit là des propos les plus explicites d’un chef-d’oeuvre d’ambiguïté faisant office de désaveu. Le président de la conférence se contente de dire que Notre-Seigneur a été « victime de la méchanceté humaine ».

Mais ce que la tête de l’Église allemande ose affirmer et si furtivement esquiver, combien de ses pairs se permettent-ils de le penser ou de l’enseigner sans avoir à l’infirmer ? Alors que les vérités fondamentales de l’Église sont jour après jour bafouées et dénaturées, pourquoi exige-t-on des désaveux sans condition de ceux qui s’interrogent d’idées innovées il y a quarante ans tout au plus?

La crise de l’Église est un mystère.

Côme Prévigny
- Juillet 2009