7 juillet 2007





Rome: Le pape accorde la messe en latin à tous ceux qui la réclament: réactions
7 juillet 2007 - kipa-apic.ch
Rome: Le pape accorde la messe en latin à tous ceux qui la réclament: réactions
Pour Mgr Fellay, il reste encore des 'difficultés'

Rome, 7 juillet 2007 (Apic) Le pape Benoît XVI a publié samedi le Motu proprio 'Summorum pontificum', libéralisant de ce fait l'usage de la messe et des livres liturgiques selon le rite préconciliaire de 1962. Le document, publié le 7 du 7 07, est accompagné d'une lettre explicative du pape adressée aux évêques du monde. Le Motu proprio entrera en application le 14 septembre.
Une lettre du pape accompagne le document, par lequel il fait part de son désir d'obtenir une réconciliation au sein de l'Eglise. 'L'histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture', a indiqué le pape.

Dans sa longue lettre explicative, Benoît XVI regrette qu'après le Concile Vatican II, 'en de nombreux endroits', la messe n'ait pas été célébrée 'fidèlement selon les prescriptions du nouveau missel'. 'Au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable', a-t-il ajouté. 'Je parle d'expérience, parce que j'ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions', affirme-t-il encore avec un ton très personnel.

Une note vaticane accompagne lettre et document. Celle-ci précise aussi que l'usage de la liturgie de la Semaine sainte antérieure à l'édition de 1962 au cours de laquelle étaient cités 'les juifs perfides' 'n'est pas autorisé'. Quant au directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, il relève que "quiconque utiliserait le Motu proprio pour susciter des tensions en 'trahirait radicalement l'esprit'.

Les réactions sont nombreuses. Hasard? Le Motu proprio est publié alors que s'annonce déjà la publication d'un autre document de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Document attendu pour le 10 juillet prochain qui devrait rappeler que l'Eglise du Christ se trouve "réellement" et "seulement" dans l'Eglise catholique, indique le quotidien italien "Il Giornale" dans son édition du 6 juillet. La déclaration "Dominus Iesus" de septembre 2000, reprenant cette même thématique, avait suscité un grand nombre de réactions négatives.

Fin des dispositions précédentes

Pour l'heure, "Summorum pontificum" met fin aux dispositions du précédent motu proprio sur ce sujet, Ecclesia Dei adflicta, qui réservait aux évêques le pouvoir d'autoriser des prêtres à célébrer la messe selon le missel de 1962.

Désormais, tout prêtre pourrait donc célébrer en privé selon l'ancien rite. Dans sa lettre aux évêques, le pape rejette les critiques selon lesquelles cette décision risque de diviser l'Eglise catholique et favorise sa frange traditionaliste. "Cette crainte n'est pas fondée", affirme Benoît XVI.

Si le prêtre refuse, les fidèles peuvent se tourner vers leur évêque, que le pape invite fermement à répondre favorablement à leur requête. Et si cette démarche échoue également, les fidèles peuvent encore solliciter le Vatican. Les évêques ont jusqu'au 14 septembre pour prendre leurs dispositions avant l'application du "motu proprio".

Les craintes du cardinal Ricard

Les réactions sont nombreuses après la publication du document de Benoît XVI. Le cardinal Ricard, membre de la Commission pontificale Ecclesia Dei, a dit sa 'peur que les motivations réelles du pape ne soient pas bien comprises'. Il fait aussi part de ses inquiétudes quant à la mise en 'uvre 'pratique' du Motu Proprio. Je sais, assure-t-il, qu'il y aura certainement des difficultés de mise en 'uvre. "Il se peut que des voix discordantes se fassent entendre en France, et dans les pays où le sujet est sensible, comme la Suisse et l'Allemagne".

En France, le motu proprio libéralisant l'usage du missel dit "de saint Pie V" inquiète "fortement l'Eglise de France", écrit le quotidien catholique "La Croix". A l'origine, rappelle le quotidien français, seul le texte du motu proprio devait être publié. "Mais la pression des évêques français, notamment lors de l'assemblée de Lourdes à l'automne dernier où ils avaient signé un "message de soutien" au cardinal Ricard, ainsi que des épiscopats allemand et américain, si elle n'a pas fait reculer Rome sur le fond, l'a beaucoup fait réfléchir. Au point de reporter de plusieurs mois la publication du motu proprio et de laisser le temps à Benoît XVI de rédiger cette lettre expliquant l'esprit de sa décision". En France, assure encore "La Croix", le terrain est miné, et le pape le sait désormais.

Réactions en Suisse également, de la Conférence des évêques suisses relève que le document de Benoît XVI répond "aux efforts entrepris par l'Eglise pour permettre, à tous ceux et celles qui le désirent vraiment, de rester dans l'unité ou de la retrouve".La CES, dit le communiqué, partage ce souci". Dans ce communiqué, le président de la CES, Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, estime que ce document "élargit et redéfinit les possibilités d'emploi du « vieux » rite latin de la Messe de 1962, ceci à côté du Missel de la réforme liturgique en vigueur depuis 1970". Le président de la CES a rédigé du reste une introduction du point de vue de la théologie liturgique, afin de garantir une meilleure compréhension de l'Exhortation par les fidèles en Suisse, introduction dans laquelle Mgr Koch se réfère à la différenciation fondamentale faite par Benoît XVI entre forme « ordinaire » et forme « extraordinaire » « d'un seul et même rite ». La forme « ordinaire » consiste dans l'agencement liturgique de l'année 1970, la forme « extraordinaire » dans l'agencement liturgique selon le rite de la Messe de 1962.

A Fribourg, Mgr Bernard Genoud, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, assure qu'il consultera, dans les plus brefs délais, les responsables concernés pour connaître plus précisément les demandes et attentes des fidèles par rapport au document Motu proprio. Un communiqué du diocèse précise que le Conseil épiscopal traitera les réponses de cette consultation dès la rentrée. Mgr Genoud précisera alors l'application de ce motu proprio.

Les évêques autrichiens, emmenés par l'archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn, ont pour leur part salué le motu proprio de Benoît XVI. A Rome, pour le cardinal Dario Castrillon Hoyos, le pape est venu à la rencontre des "lefebvristes" en libéralisant l'usage de la messe ancienne. Le président de la Commission "Ecclesia Dei" estime que les lefebvristes "ne peuvent nier ni la valeur ni la validité" des messes actuelles.

La fierté de l'abbé Philippe Laguérie

De son côté, le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, a jugé qu'il restait encore des 'difficultés', après la publication du Motu Proprio. Cependant, l'héritier de Mgr Marcel Lefebvre 'se réjouit' de voir l'Eglise retrouver ainsi 'sa tradition liturgique'. La lettre qui accompagne le Motu Proprio, a indiqué Mgr Fellay dans un communiqué, 'ne cache pas les difficultés qui subsistent encore'. L'évêque ordonné illicitement en 1988 a demandé, entre autres, 'le retrait du décret d'excommunication qui frappe toujours (les) évêques' de la Fraternité Saint-Pie X. Il forme aussi 'le souhait que le climat favorable instauré par les nouvelles dispositions du Saint-Siège permette - après - d'aborder plus sereinement les points doctrinaux en litige', sans citer explicitement l'héritage du Concile Vatican II (1962-1965) qui pose problème.

L'héritier de Mgr Lefebvre rappelle que le Missel Romain promulgué par saint Pie V n'a jamais été abrogé'. Il exprime enfin sa 'gratitude' au pape, et 'se réjouit de voir l'Eglise retrouver ainsi sa tradition liturgique.

L'abbé Philippe Laguérie, supérieur général de l'Institut du Bon Pasteur à Bordeaux, a de son côté fait part de sa "très grande joie" et de sa "fierté" après la publication du décret libéralisant la messe en latin. "Je ne fais aucun triomphalisme", a-t-il dit, il s'agit là d'"une grande victoire de l'Eglise catholique dans son ensemble". L'Institut du Bon Pasteur a été créé par Benoît XVI en septembre 2006, officialisant la réconciliation du Saint-Siège avec les traditionalistes.

Satisfaction chez les uns, inquiétude chez d'autres: le centre Simon Wiesenthal, s'inquiète en effet de la présence d'une prière "pour la conversion des juifs" dans la messe en latin du vendredi saint, que vient de libéraliser le pape. Le centre demande à Benoît XVI de déclarer ce texte "contraire à l'enseignement actuel de l'Eglise". (apic/pr)
08.07.2007 - Apic