24 avril 2012

[Abbé Laguérie, ibp] Depuis le Brésil

SOURCE - Abbé Laguérie, ibp - 24 avril 2012

Je suis depuis hier en ce beau et vaste Brésil. J’ai voyagé en compagnie de M. l’abbé Julien (Premier vicaire de Saint-Eloi) et notre diacre brésilien, Daniel Pinhero, nous a rejoint à l’aéroport de Rio. Il fait presque 30 degrés celsius, pour notre plus grande joie, en ce mois d’avril glacial en France.
 
Nous sommes logés tous trois au grand séminaire de Nitteroi, Archevêché de 500 000 habitants, qui jouxte Rio. Deux prêtres, extrêmement sympathiques, s’y occupent de ... 90 séminaristes. Ils ne se plaignent pas, non plus que les séminaristes dont le cursus est de neuf années. Propédeutique, trois années de philo, une année de ministère et quatre de théologie... Les français et associés auraient quelques leçons à prendre. La messe traditionnelle est parfaitement admise et même ...convoitée ! Quel champ de mission... Surtout avec des évêques normaux qui préfèrent la prospérité au vide.
 
Ce simple bonjour pour vous dire que je n’oublie pas notre chère vieille Europe, notre belle France, au bord du gouffre socialiste. Je pense bien à vous tous et vous demande d’accompagner ma mission de vos prières pour un franc succès. A Nitteroi, à Rio, à Brasilia...
 
Quelle joie pour nous que la perspective de nos trois ordinations sacerdotales du 29 juin prochain, à saint-Eloi, et par un évêque brésilien de surcroît. Quand on voit partout le manque de prêtres. A quand 90 séminaristes à Courtalain comme à Ecône (120 même) dans les années de ma jeunesse ? Mais que font donc les jeunes européens que le monde entier croit encore chrétiens et continue d’admirer ?
 
Tudobem !
 
Dieu nous bénisse.

[Paix Liturgique] La forme extraordinaire en Suède: un cas exemplaire

SOURCE - Paix Liturgique, lettre n°332 - 24 avril 2012

Depuis fin 2011, la Lettre de Paix liturgique compte une septième édition étrangère mensuelle : en suédois. Au regard du petit nombre de catholiques du pays, le coût de développement de cette édition peut sembler exagéré mais, en fait, la Suède est emblématique de la Nouvelle Évangélisation désirée par le Saint Père. Au pays de saint Éric, où le luthéranisme est religion d'État, le catholicisme retrouve peu à peu droit de cité après de longs siècles d'oppression. L’action de Mgr François Bacqué, archevêque français d’origine bordelaise, qui fut nonce apostolique en Scandinavie de 1985 à 1988, a par ailleurs donné une intéressante inflexion traditionnelle.

I – ENTRETIEN AVEC L’ASSOCIATION À LA MÉMOIRE DU CARDINAL DANTE (les Amis suédois de l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre)

Illustration des mutations en cours, depuis le Motu Proprio Summorum Pontificum la forme extraordinaire du rit romain a trouvé un terreau favorable dans le pays, quatre messes dominicales hebdomadaires y étant désormais célébrées. Pour découvrir ce catholicisme, nous avons interrogé David Modin et Jon Emil Kjölstad, dirigeants de l'Association à la Mémoire du cardinal Dante[1] – les amis suédois de l'Institut du Christ-Roi –, qui sont parmi les artisans du retour de la liturgie traditionnelle dans le pays.

1) Vu de France, pays où la déchristianisation va bon train, on a le sentiment que le catholicisme se porte bien en Suède ? Est-ce vrai ? Quelle place occupe aujourd'hui la religion de sainte Brigitte dans le pays ?

La situation est plus complexe qu'il n'y paraît. L'histoire, il en est fréquemment ainsi, nous fournit une clé précieuse. Pour la religion luthérienne d'État, le catholicisme, c'est l'ennemi de toujours. Depuis la Réforme, être Suédois est donc synonyme d'anticatholicisme, ce en quoi on peut comparer la Suède à l'Angleterre. Une certaine identité suédoise s'est donc construite en opposition à Rome. En 1870 encore, trois Suédoises furent condamnées à mort pour s'être converties au catholicisme, ce qui n'avait d'ailleurs pas manqué de choquer une Europe sensiblement moins... insulaire. On dut en fin de compte se contenter de les exiler, puis la législation fut adoucie. Néanmoins, il fallut attendre 1952 pour voir abrogée la loi interdisant les monastères, ce qui est tout de même significatif. Aujourd'hui, dans un relativisme ambiant et une Suède parfaitement sécularisée, la religion catholique gêne surtout du fait de son insistance sur le droit naturel.

Mais revenons, si vous le voulez bien, à l'histoire. Ainsi donc, jusqu'à une date assez récente, le catholicisme était réputé incompatible avec l'identité suédoise. Assimilé, dans les esprits, à l'Europe méridionale, il pouvait en effet paraître exotique dans un pays désormais acquis à la Réforme et par ailleurs fortement homogène sur le plan ethnique depuis des millénaires. Progressivement, à partir de 1945, l'immigration et l'érosion du sens patriotique changèrent la donne, jusqu'à ébranler la notion d'identité suédoise elle-même. Il y eut d'abord, après la Guerre, l'arrivée de réfugiés polonais et hongrois, puis, un peu plus tard, celle d'une main d'œuvre italienne, toutefois sans que ceci ne changeât grand chose à la facture du pays.

À la fin des années 1980, c'est surtout des Balkans que vint l'immigration. Elle a depuis fortement grossi en nombre et changé de caractère, devenant, ce qui ne s'était jamais vu en Scandinavie, extra-européenne, irakienne et africaine notamment. De ce fait, le discours suédois officiel s'est modifié, et on pourrait dire que l'Église catholique de Suède joue désormais la carte du multiculturalisme, profitant notamment de la sympathie d'une certaine élite pour l'islam. Aussi peut-on dire que l'Église catholique en Suède a aujourd'hui largement renoncé à être suédoise. Ce sont désormais les Polonais, les Orientaux et les Africains qui, de plus en plus, constituent, pour ainsi dire, le gros des troupes.

Parlons donc de ces troupes. Sur une population de près de 9 000 000 d'habitants, on estime à 160 000 le nombre des catholiques. Il n'y a pas de recensement religieux officiel, aussi faut-il se satisfaire d'estimations. Les catholiques inscrits en paroisse sont nettement moins nombreux, de l'ordre de 90 000 âmes. Les vocations sont rares.

Ainsi, après 50 ans d'aumônerie polonaise et malgré le grand nombre de Polonais vivant en Suède, on ne compte quasiment pas de vocations polonaises issues de ces milieux polonais établis en Suède. L'apport de jeunes prêtres polonais, nés et formés en Pologne, continue donc à ce jour. Les vocations suédoises sont également rares. Les conversions, quant à elles, se limitent à une centaine par année, chiffre assez peu impressionnant. Il existe, par ailleurs, un certain nombre de convertis suédois de date moins récente, parmi lesquels les universitaires ne manquent pas, mais ils sont souvent restés proches de l'héritage luthérien (ce qui pourrait expliquer certaines réticences envers la messe dite tridentine). Ils ne se démarquent du reste pas vraiment, lors des débats de société, de l'idéologie dominante propagée par les grands médias. La lutte contre le relativisme et contre la culture de mort que condamnait Jean-Paul II reste donc discrète.

2) Précisément : jusqu'à la nomination en 1998 de Mgr Arborelius comme évêque de Stockholm - donc de Suède puisque c'est le seul diocèse du pays -, aucun Suédois n'avait occupé ce siège depuis sa création en 1953. Cette succession de prélats étrangers, associée au fait que plus d'un prêtre sur trois et de très nombreux fidèles sont d'origine polonaise, a fait que beaucoup de Suédois considéraient le catholicisme comme une religion étrangère. Est-ce encore le cas ? Qu'en est-il des vocations dans le pays ?

Il est vrai que, depuis la Réforme, il n'y avait plus eu d'évêque catholique suédois. Toutefois, dès le XIXe siècle, Rome nomma des Vicaires apostoliques allemands. Or, à l'époque, et ce jusqu'à assez récemment, les Suédois se sentaient très proches de l'Allemagne du nord. Du reste, ces prélats allemands envoyés dans notre pays firent beaucoup pour que le catholicisme de Suède fût pleinement suédois.

Ainsi tenta-t-on de renouer avec l'héritage suédois d'avant la Réforme. Le clergé, souvent allemand et jésuite, étudiait la culture et la mentalité suédoises, se les appropriait. On vit même un certain nombre de Suédois illustres, parmi lesquels des gens de lettres, se convertir. À vrai dire, si, le catholicisme était alors considéré comme un fait étranger, les raisons en étaient idéologiques plus qu'autre chose. Le catholicisme suédois des années 1920 ou 1950 se voulait suédois. Aujourd'hui, il se veut multiculturel. Quelque chose a changé.

3) Il y a quelques années, la conversion d'un pasteur luthérien suédois et son entrée dans la Fraternité saint Pie X avait attiré l'attention des médias : quel est l'état du protestantisme suédois ? On sait qu’en Allemagne notamment, au sein du luthéranisme, un mouvement qui n’est pas sans rappeler le Mouvement d’Oxford au siècle dernier dans l’anglicanisme, et qui a des analogies avec le Mouvement liturgique catholique, s’est amplifié dans les années trente en s’appuyant sur les travaux de Solesmes et en redécouvrant la liturgie latine et le chant grégorien. Il a des prolongements aujourd’hui comme le Liturgischer Singkreis Jena en Thuringe. Le luthéranisme suédois est-il lui aussi traversé, comme l'anglicanisme ou comme le luthéranisme allemand, par un courant de type “ Haute Église ”, attentif à ce qui se passe à Rome, notamment en matière de retour à une liturgie plus digne et christocentrée ?

Le protestantisme luthérien d'État est moribond. Cette évolution s'est nettement accélérée ces dernières années avec l'alignement de l'église d'État sur les conceptions morales les plus désordonnées. Ainsi compte-t-on aujourd'hui des évêques ouvertement homosexuels défendant le " droit " à l'avortement comme une évidence. Les fidèles sont âgés, voire fort âgés ; le clergé influent se préoccupe bien davantage d'idéologie du genre que de théologie ou de vie intérieure. Il n'y a d'ailleurs pas de lien véritable entre les fidèles, pour la majorité de tendance plus ou moins classique, et un clergé – souvent féminin – de plus en plus " radical ". Les pasteurs plus classiques n'ont plus voix au chapitre. L'église luthérienne ne tient plus que grâce à une économie encore très solide du fait de l'impôt prélevé directement par l'état. Combien de temps ce système sera-t-il encore viable ? Nul ne le sait.

Il existe bien une Haute Église, ainsi que d'autres tendances (plus luthériennes) opposées aux modernisme et relativisme ambiants, mais elles sont désormais structurellement et irrémédiablement marginalisées. Le pragmatisme suédois ne leur a manifestement pas réussi. Ils ont attendu infiniment trop longtemps pour réagir ; il est maintenant trop tard. Pour le reste, le climat intellectuel suédois étant très insulaire, ce qui se fait à Rome n'a quasiment aucune incidence sur la Haute Église, au sein de laquelle on se contente en général de lire Signum, le magazine des jésuites suédois (issus de la province allemande), pour s'informer de " la chose catholique ". Or, ce magazine n'a jamais ne serait-ce que mentionné le sujet auquel vous touchez. Pour terminer, il faut signaler la présence, sur le sol suédois, d'un certain pentecôtisme d'extraction américaine.

4) Depuis décembre, la Suède compte quatre messes dominicales hebdomadaires selon la forme extraordinaire dans un cadre diocésain. On dénombre en tout neuf lieux de messe traditionnelle dans le pays, dont six diocésains et trois relevant de la FSSPX : quelle était la situation avant le Motu Proprio Summorum Pontificum ?

Avant le Motu Proprio, il n'y avait tout simplement pas de messe dominicale dans le rit grégorien, hormis celle, mensuelle, de la Fraternité Saint-Pie X. L’Institut du Christ-Roi effectuait des séjours réguliers en semaine. Un dialogue avec l'évêque était engagé. C'est tout.

5) L'association à la mémoire du cardinal Dante, que vous représentez, fédère les amis suédois de l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre qui dispose désormais d'un apostolat permanent dans le pays. Pouvez-vous nous présenter la mission et l'action de votre association ? Et pourquoi avoir choisi de vous placer sous la protection du cérémoniaire de Pie XII ?

Au début de l'été 2000, un petit groupe de catholiques suédois se rendit à Gricigliano, le séminaire de l'Institut du Christ-Roi, pour l'ordination d'un prêtre ami. Ils y rencontrèrent le regretté Michael Davies qui, au détour d'une conversation du reste passionnante, leur demanda pourquoi il n'y aurait pas une association suédoise plus ou moins apparentée à Una Voce. Une fois plantée, l’idée germa. Divers mariages et baptêmes furent autant d'occasions d'inviter des prêtres de l'Institut à venir en Suède. Le lien était désormais établi. En outre, Mgr Arborelius venait d'être sacré évêque, et nous vîmes rapidement que nous pouvions compter sur une certaine bienveillance paternelle de sa part. De ce côté-là aussi, la Providence nous souriait. Dans un accès d'enthousiasme juvénile, il fut alors décidé de tenter l'impossible et d'œuvrer à un établissement de l'Institut en Suède. À l'époque, cela paraissait insensé. Plus de sept ans plus tard, l'impossible s'est réalisé. La Providence se sert parfois de la folie des jeunes gens.

Dans un pays profondément influencé par la Réforme, il nous semblait que les questions de nature et de grâce ne pouvaient être que centrales (on connaît les erreurs de Luther et Calvin sur ce point). Ceci est vrai aussi de notre époque, où la nature est soit méconnue, soit déformée, et la grâce systématiquement niée. L'équilibre catholique, en ce domaine, est absolument admirable, mais est-il suffisamment connu ? L'est-il seulement des catholiques eux-mêmes ? Nous souhaitions donc planter notre engagement au profit de la liturgie traditionnelle dans un cadre plus vaste, dans une réflexion sur la relation entre nature et grâce, culture et culte, civilisation et religion. L'accent mis par l'Institut sur ces questions nous convenait parfaitement.

En tout ceci, nous avons voulu que l'amour et le soin de la liturgie nous guidassent. Le manque de piété et d'adoration, Jean Madiran ne cesse de le répéter, est à la racine du mal moderne. Or, la liturgie est l'école de la piété, tant naturelle que surnaturelle. D'où l'importance que nous attachons à une liturgie soignée, ainsi qu'au chant grégorien. Ainsi, les messes de l'Institut en Suède sont-elles intégralement chantées, chaque dimanche, aussi bien à Stockholm qu'à Lund. Du fait de la régularité de nos activités, et suite au dialogue fructueux entretenu depuis plusieurs années avec l'évêché, Mgr Arborelius nous confie certaines missions, telle la diffusion des informations relatives aux célébrations liturgiques selon l’usus antiquior. Notre site Internet connaît un certain succès. Nous avons aussi traduit le texte du Motu Proprio Summorum Pontificum en suédois. Également, nous avons publié le premier missel suédo-latin depuis les années 1960 : Missale Parvum.

Le choix du cardinal Dante n'a rien d'insolite. Il suffit de consulter les photographies romaines des années préconciliaires et même conciliaires pour être attiré par cette figure qui, malgré sa discrétion, se démarque : Enrico Dante vivait, dans la fidélité et la simplicité, une conception riche, complexe et enracinée de la liturgie romaine. Il sut aussi incarner un idéal sacerdotal et humain retenant le meilleur de notre héritage catholique et européen. (Comment ne pas penser, aujourd'hui, à l'abbé Quoëx, prématurément rappelé à Dieu ?) Il n'est certes pas assez connu, mais ce n'est pas vraiment un argument. Signalons, par ailleurs, que notre petite association a voulu se placer sous la protection de sainte Brigitte et de saint Éric, roi suédois qui souffrit le martyr le 18 mai 1160.

6) Quel est l'accueil réservé à la liturgie traditionnelle en Suède ?

Il est sans doute trop tôt pour se prononcer avec trop d'assurance. Les Suédois ne sont pas un peuple impulsif. Il est certain que le sujet reste encore trop peu connu, voire méconnu, même du clergé. Rappelons-le : ce qui se passe à Rome est mal relayé auprès des catholiques de Suède. C'est aussi une question de génération. Car parmi ceux qui montrent un attrait plus prononcé, il y a beaucoup de jeunes. Internet y est assurément pour quelque chose. Encore faut-il que ces jeunes connaissent un peu leur foi, ce qui ne va plus de soi. Heureusement, il y a également des conversions, notamment de luthériens ou de non croyants que la liturgie de Paul VI ou une certaine herméneutique de la rupture tenaient éloignés de l'Église. Quelques prêtres diocésains participent de cette évolution favorable à la liturgie traditionnelle. La présence de l'Institut du Christ-Roi devrait également y contribuer, mais il est encore trop tôt pour en juger.

7) Enfin, quels sont vos projets ou vos espérances pour l'année à venir ?

Nous espérons contribuer à la diversification des activités de l'Institut en Suède, et voir affermir sa présence. Nous continuerons bien entendu d'œuvrer en faveur du chant grégorien. Nous souhaitons aussi organiser des conférences, et à cet effet inviter des prêtres, religieux et penseurs issus ou proches de la mouvance traditionnelle en Europe. Imaginez ce que pourrait apporter, à un monde suédois par trop insulaire et matérialiste, la visite d'un R.P. Lang de l'Oratoire, d'un abbé Barthe ou d'un Martin Mosebach ! Nous lançons aussi, pour la première fois cette année, un pèlerinage de l'Ascension à Vadstena, ville de sainte Brigitte. En 2013, si Dieu veut, nous accueillerons des pèlerins venus d'Italie, de France, d'Allemagne, d'Angleterre et de Pologne.

LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1 – Le cas de la Suède donne une belle raison d'espérer à tous ceux qui, à travers le monde, sont attachés à la forme extraordinaire et partisans de la paix liturgique. C'est quasiment un cas d'école pour l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum en terrain hostile. L'exposé historique et culturel de l'Association à la mémoire du cardinal Dante est particulièrement éclairant sur ce point : dans un contexte d'une difficulté rare, une poignée de catholiques déterminés a eu raison d'espérer contre toute logique humaine et de se battre pour obtenir l'impensable. Quelle belle leçon de militantisme pour tous ceux qui, découragés par les oppositions cléricales, ont fini par renoncer et abandonner leur demande ! Si le développement de la messe traditionnelle est possible en Suède, c'est qu'il l'est partout dans le monde. Encore faut-il le vouloir vraiment. L'exemple de cette poignée de catholiques décidés devrait également faire réfléchir sur l'attitude qui consiste à se satisfaire de la célébration de la messe traditionnelle dans des réserves d’Indiens, dans des ghettos, fussent-ils dorés. La messe traditionnelle doit retrouver droit de cité dans toutes les paroisses.

2 – Le constat d'une Église d'État qui se laisse mourir, accueillant largement les pires théories que la loi naturelle condamne, ouvre la voix à une pratique religieuse identitaire dont la forme exprime clairement le fond. Quand on lit les écrits du cardinal Ratzinger et les considérations de Benoît XVI concernant le Motu Proprio qu’il a signé, il n’est pas exagéré de dire que, selon lui, la liturgie traditionnelle est une référence liturgique décisive. Le décalage entre le clergé sécularisé et vieillissant d'une part et la jeunesse séduite par le Motu Proprio est particulièrement rassurant pour l'avenir. Il n'est pas sans nous faire penser à ce que l'on peut voir dans certains diocèses de France, véritables parcs d'attraction préhistoriques qui en sont restés à l'âge de l'interdiction pratique de la messe traditionnelle ou de son développement.

3 – Même si le Motu Proprio Summorum Pontificum s'adresse avant tout aux curés, l'évêque reste le modérateur de son diocèse. Nous, Français, le savons fort bien… et l'exemple suédois nous montre précisément combien un évêque accueillant peut être facteur de paix pour son diocèse en facilitant l'accueil de la forme extraordinaire. Cela pose la question brûlante des nominations épiscopales : la restauration de Benoît XVI a besoin d'évêques Summorum Pontificum.

4 – Enfin, l'exemple de la Suède prouve une fois encore que l'attachement à la forme extraordinaire du rit romain n’est ni une question franco française ni le monopole des fidèles qui ont fait le choix de suivre le mouvement de Mgr Lefebvre. La liturgie traditionnelle est la richesse de toute l'Église, de chacun des fidèles et des prêtres du monde entier. Même là où elle a été absente pendant des décennies, des fidèles qui ne l'avaient pourtant jamais connue, la découvrant, se mettent à aimer cette forme liturgique et désirent dès lors s'y sanctifier. Belle réponse a ceux qui voient dans l'application du Motu Proprio un retour en arrière. Où est le retour en arrière pour tous ces fidèles à qui l'on avait caché ce trésor et qui le découvrent seulement maintenant grâce à la détermination de quelques-uns et à la bienveillance et à la justice de Benoit XVI ? Voici également un démenti envers ceux qui tentent de limiter le nombre des catholiques attachés à la forme extraordinaire à ceux qui la pratiquent déjà dans les lieux de culte dédiés à cette forme. Avec un tel raisonnement on pouvait conclure hier que la messe traditionnelle n'intéressait personne en Suède puisqu'elle n'était pas ou quasiment pas célébrée. Pourtant, dès que l'expérience est devenue possible, des fidèles qui n'avaient jamais rien demandé voire qui ignoraient tout de cette liturgie se sont mis à la pratiquer. Simplement grâce à la détermination d'une poignée de catholiques courageux. Ce qui se passe en Suède vérifie une fois de plus la grande tendance révélée par les sondages de Paix liturgique : une quantité significative de fidèles aime et veut la messe traditionnelle. Encore faut il que leurs pasteurs leur en offrent la possibilité.

[1] Le cardinal Enrico Dante est une figure mythique pour les liturgistes de la forme extraordinaire, figure étroitement liée à celle de Pie XII. Préfet des cérémonies pontificales de 1947 jusqu'à sa mort en 1967, il fut en fait très apprécié de Jean XXIII qui, beaucoup plus que son prédécesseur, goûtait le faste et la longueur des cérémonies papales.

[Abbé Régis de Cacqueray, fsspx - Pélerinages de Tradition] Tous à Orléans !

SOURCE - Abbé Régis de Cacqueray, fsspx - Pèlerinages de Tradition - avril 2012
Tous à Orléans! «J'eus cette volonté de croire.» Ste Jeanne d'Arc.
En ce sixième centenaire de la naissance de sainte Jeanne d’Arc, notre pèlerinage de la Pentecôte 2012 s’achèvera à Orléans. C’est à la nouvelle de l’arrivée de notre sainte que l’espoir revint dans la courageuse cité : la plus glorieuses de toutes les chevauchées de notre histoire était venue prendre là son point de départ. L’annonce de la  délivrance de la ville, répandue comme une traînée de poudre jusqu’aux quatre coins du beau royaume, suffit à raviver une incroyable espérance dans les cœurs ; et c’est après avoir libéré Orléans que Jeanne s’en fut, galopant de victoire en victoire, jusqu’à cette apothéose du sacre de Charles VII à Reims.
 
Notre choix de la plus johannique de toutes les cités de France, comme lieu d’aboutissement de notre pèlerinage, provient de notre grand désir intérieur d’encourager tous les cœurs encore catholiques à tourner leurs yeux vers notre sainte nationale, honneur de notre peuple. Comme les habitants d’Orléans, nous plaçons toute notre espérance catholique et française en sainte Jeanne d’Arc. C’est d’elle, nous en sommes profondément convaincus, que nous devons attendre, encore aujourd’hui, la délivrance de tous les maux dont la France et l’Eglise se trouvent accablées. N’attendons plus pour lui donner toute notre confiance !
 
Car Jeanne, qui se tient si glorieuse dans l’éternité en présence de Dieu, n’a jamais cessé de penser à notre pays dont elle est la patronne secondaire. Elle prie, sans se lasser, pour que des enfants de cette France du vingt-et-unième siècle, se rappelant enfin sa fulgurante épopée qui domine leur histoire et soudain bouleversés par le souvenir et l’image de cette auguste cavalière, se jettent à ses pieds pour la prier, pour la supplier de les éclairer, de les fortifier et de les diriger dans ces redoutables combats qu’ils doivent mener à leur tour pour la défense de leur  sol et de leur Foi. 
 
Nous croyons qu’il ne nous manque aujourd’hui que ce grand élan de prières, ce regain de la foi et ce renouveau de nos âmes pour que tout redevienne possible. Ce n’est pas d’être peu nombreux à être demeurés dans la foi de nos pères qui doit nous faire douter des délivrances et des victoires. Si une Jeanne, toute seule, a su faire basculer le cours des événements de notre pays, comment pourrions-nous un instant douter que tout est encore aujourd’hui possible pour l’Eglise et pour notre pays ?
 
Courage ! Que par sainte Jeanne, Dieu nous accorde cette nouvelle jeunesse de la Foi, à rebours de tous nos désespoirs et de toutes nos médiocrités. N’avons-nous pas compris ? Jeanne peut tout ; elle attend avec impatience que nous nous rangions derrière elle ! A nous de la rejoindre enfin !
 
Voilà pourquoi nous nous rendrons tous en pèlerinage à Orléans ! Oui, nous avons péché, Seigneur et nous rougissons de notre incrédulité, mais nous venons vous demander pardon et nous vous supplions d’écouter notre prière, de nous faire miséricorde. Ecoutez les gémissements qui montent du fond de notre cœur ! Placez notre Jeanne à la tête des combats que nous voulons mener pour Vous seul, qui nous permettrez ainsi de transmettre encore la Foi et la terre  que vous nous avez données à nos enfants. 
 
A vous tous, rendez-vous donc à Orléans ! Nous nous y retrouverons pour y hâter de nos prières et de nos sacrifices la nouvelle aurore, la belle espérance catholique et johannique qui n’attendait en réalité que cette ferme résolution pour poindre au levant. 
 
Bien à vous dans le Cœur Douloureux et Immaculé de Marie,
Abbé Régis de Cacqueray, Supérieur du District de France

23 avril 2012

[Natalia Trouiller - La Vie] Les coups de barre à droite du Vatican inquiètent

SOURCE - Natalia Trouiller - La Vie - 23 avril 2012

Dans la communauté juive comme chez les catholiques progressistes, les oeillades de Rome à la FSSPX et les recadrages en série de prêtres et de religieuses jugés trop modernistes interrogent.
FSSPX: LE DIALOGUE JUDEO-CHRETIEN EN QUESTION
La question est posée dans le titre de cet article du journaliste italien Giulio Meotti, publié par le journal ynetnews: : "Le Vatican adopte-t-il l'antisémitisme?" Selon l'auteur, une réconciliation entre la Fraternité sacerdotale Saint Pie X remettrait au goût du jour, au sein même de l'Eglise catholique, "les enseignements adversus judaeos". Et de déplorer que bien des membres du mouvement lefebvriste tiennent en réalité des propos "pires que les déclarations délirantes de Mgr Williamson niant la Shoah". Pour exemple, Giulio Meotti cite des extraits du site américain de la FSSPX: "les juifs ennemis de l'homme, dont l'arme secrète est le levain des pharisiens, qui est hypocrisie"; du site belge: "les juifs qui croient encore qu'ils sont le peuple élu, tout en attendant une domination mondiale"; du site sud-africain, pour qui "les juifs se rapprochent de plus en plus de la réalisation de leur mouvement de substitution messianique vers la domination du monde". Si le rapprochement des lefebvristes avec Rome se confirme, conclut Meotti, les responsables juifs du dialogue avec l'Eglise catholique devraient rompre immédiatement les relations avec le Vatican.

Pour sa part, le magazine America, dirigé par les Jésuites et de tendance libérale, s'est étonné de ce rapprochement dans un éditorial au ton amer qui compare le sort réservé à la LCWR (voir la matinale chrétienne du 19 avril): "Il semble que ce groupe, qui considère les documents de Vatican II comme hérétiques, qui a un faible pour les négationnistes et les apologistes de Vichy, demeure en quelque sorte digne des transports ardents de Rome. Et les religieuses américaines, qui ont embrassé le Concile Vatican II et sont restées fidèles à son esprit, qui ont construit des écoles et des hôpitaux où elles se mettaient au service des pauvres, vont être récompensées de leurs efforts par des années de "supervision" de la part de Rome".

Selon le site du district allemand de la Fraternité Saint Pie X, la réponse du pape pourrait intervenir à la mi-mai.

[...].

[Ennemond - Fecit] "Vouloir enfermer Mgr Lefebvre dans des cases...: une vraie erreur"

SOURCE - Ennemond - Fecit - 23 avril 2012

Vouloir enfermer Mgr Lefebvre dans des cases, dans des phases, me paraît constituer une vraie erreur. C'est celle dans laquelle sont tombés ceux qui ont quitté le fondateur de la Fraternité en 1988. Ils ont absolument voulu opposer un Mgr Lefebvre fidèle à Rome d'avant 1988 et un Mgr Lefebvre dérivant vers le schisme d'après 1988. Cette vision est profondément erronée. Dans cette période que vous décrivez, il arrive à Mgr Lefebvre d'avoir quelques doutes sur la papauté. Il lui arrive d'être au bord de signer et il lui arrive aussi de dire qu'aucun arrangement n'est possible avec une Rome dont les responsables apostasient, le tout avant le mois de mai 1988.

Votre segmentation est d'abord erronée parce que l'été 1980 ne correspond pas à grand chose dans l'histoire de la Fraternité. Il y a des pourparlers qui sont prometteurs, certes, du fait du début du pontificat de Jean-Paul II, climat prometteur qui revient en plusieurs occasions, comme à l'automne 1978, à l'automne 1987 ou au printemps 1988. Mais, en parallèle Mgr Lefebvre n'a pas attendu 1988 pour braver les foudres de Rome. Dès 1976, on parle d'excommunication. Et encore plus en 1977. Tous les médias annoncent l'excommunication imminente après les ordinations du 29 juin de cette année et finalement, Paul VI créé la surprise en s'abstenant.

Mgr Lefebvre fait au contraire cohabiter durant toute cette période les initiatives auprès de Rome et les opérations de sauvetage. Ce sauvetage, c'est bien sûr les sacres mais ce sont aussi les ordinations annuelles, l'ouverture interdite de séminaires, les confirmations sans permission de l'ordinaire diocésain. Bien avant 1988, Mgr Lefebvre avait franchi le Rubicon et cela ne l'empêchait pas de garder un certain optimisme quant à la régularisation de son oeuvre. Vous devriez interroger les prêtres qui vivaient au quotidien avec lui. Ils vous diront que, au regard de la situation, des évènements, Mgr Lefebvre pouvait changer d'attitude d'une semaine sur l'autre. On l'a même accusé de son vivant de souffler le chaud et le froid, critique qui fut décerné à ses successeurs.

Bien sûr, la dernière phase de pourparlers de Mgr Lefebvre avec le Siège apostolique date de mai 1988. Il faut bien se mettre dans l'esprit de Mgr Lefebvre pour le comprendre. Il ne s'agit pas du tout de constater que Rome aurait davantage sombré. Selon lui, sa course sur terre est quasiment terminée et il incombe désormais à ses successeurs de réaliser l'arrangement. Dans le sermon des sacres, il parle "d'opération survie". Il a conscience de réaliser une cérémonie in extremis. Dans sa lettre où il demande aux quatre futurs prélats de recevoir l'épiscopat, il leur dit bien que ce sont eux qui remettront leur mandat, non lui qui est proche de la mort. Sans doute n'a-t-il pas imaginé qu'il demeurerait encore 32 mois sur terre après les sacres, au cours desquels il indique que sa mort arrivera sans tarder.

Mais il aurait été contradictoire de réaliser une régularisation avec Rome quand on vient de procéder à une opération in extremis. Après les sacres, il parle de nombreuses fois du moment où ses successeurs devront procéder à un arrangement. Parfois il dit attendre la disparition du dicastère chargé du dialogue interreligieux (1989). La même année, il n'en parle plus. Il dit vouloir que les papes se réapproprient les encycliques antilibérales. Dans le sermon des sacres, il parle du moment où "la Tradition aura retrouvé ses droits à Rome". Mgr Lefebvre est un pragmatique. Vous ne pourrez le dissocier des situations qu'il observe. La seule exigence qu'il ait laissée, c'est pour les évêques la fidélité au supérieur général et aux prêtres la fidélité à l'oeuvre qu'il a fondée en les invitant à ne pas laisser l'émotion les gagner trop vite dans les situations un peu chaudes.

[Côme de Prévigny - Rorate Caeli] Benoît XVI : la dernière étape

Côme de Prévigny - Rorate Caeli - Version française d'un texte paru sur rorate-caeli.blogspot.fr - 23 avril 2012

S’il y a bien un sujet qui obnubile ce pontificat entamé il y a sept ans, c’est celui de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Dès son avènement, Benoît XVI en a rencontré dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo, le supérieur Mgr Bernard Fellay. C’était le 29 août 2005. A l’époque, deux communiqués, l’un de Rome, l’autre de Menzingen, indiquaient à l’unisson qu’il était convenu de « procéder par étapes » dans la résolution des problèmes. Et les textes les plus longuement préparés, les plus âprement discutés et les plus vigoureusement contestés de ce règne furent ceux qui constituaient ces fameuses étapes : Le Motu Proprio libérant la messe traditionnelle puis la levée des excommunications des évêques consacrés par Mgr Lefebvre. Contre vents et marées, le 264e successeur de Pierre a un rendez-vous avec l’histoire. Il souhaite régler un héritage vieux d’un demi-siècle, celui qui l’a sans doute conduit à rompre avec les prénoms Jean ou Paul pour renouer avec les Pie et les Léon, les Grégoire et les Clément, les Innocent et les Benoît. Plusieurs journalistes l’ont remarqué. Cette obnubilation repose d’abord sur un cas de conscience personnel. Le 5 mai 1988, après de nombreuses rencontres avec Mgr Lefebvre, qui ont jadis conduit le fondateur de la FSSPX dans le bureau de Paul VI puis dans celui de Jean-Paul II, le cardinal Joseph Ratzinger parvint à un accord historique. Le prélat d’Écône signa un protocole régularisant l’œuvre qu’il avait fondée dix-huit ans auparavant. La confiance restait fragile car celui-ci demeurait aux aguets devant une curie qui continuait à organiser inlassablement des rencontres interreligieuses et à interdire de par le monde la célébration de la messe traditionnelle. Quelques mots d’un cardinal suffirent à tout faire échouer. Ce cardinal, c’était… Joseph Ratzinger. La veille, le préfet allemand avait glissé dans l’oreille de son aîné la bien mauvaise idée de faire célébrer quelque messe en français à Saint-Nicolas du Chardonnet. Puis, faute de soutien, il avait été incapable de lui faire obtenir une date précise et définitive pour le sacre de l’évêque concédé. D’abord prévue pour la fin juin, la cérémonie été reléguée à l’Assomption, puis à la rentrée, puis à Noël. La confiance s’effritait. Alors qu’ils se quittaient, le cardinal tendit à Mgr Lefebvre un modèle de lettre pour demander pardon au pape. C’était le coup de trop. Le lendemain, 6 mai 1988, alors que la curie s’apprêtait à convoquer les journalistes pour annoncer la nouvelle tant attendue, un jeune prêtre venu d’Albano présenta à Mgr Joseph Clemens une lettre qu’il referma aussitôt tant son émotion était vive. Le prélat bavarois fut sans doute le seul témoin du désarroi de son compatriote de cardinal lorsqu’il lui remit le pli par lequel Mgr Lefebvre revenait sur sa signature. Pendant des années, le cardinal a vécu avec ce poids, poids dont il a encore fait part à un évêque du centre de l’Europe juste avant de monter sur le trône de Pierre.

Vingt-quatre ans plus tard, le cardinal est parvenu à la tête de l’Église. Les choses vont mal, très mal. Tout ce qui pouvait un quart de siècle plus tôt laisser penser que la restauration traditionaliste serait démentie a échoué. Le néo-conservatisme wojtilien s’est essoufflé. Le charismatisme n’a pas renversé la tendance. Dans les pays de vieille chrétienté, les églises sont vides, les clochers croulent, les séminaires ferment et les revues dites catholiques survivent. Reste le cas de conscience du pape, cas auquel il se préoccupe quelques mois après son élection tandis que l’un de ses collaborateurs devenu cardinal affirme que la Fraternité est devenue « un aiguillon pour l’Église ». Mais les années passant, les abcès de la période post-conciliaire se crèvent, comme autant de mauvais fruits que le pontife romain ne peut que soustraire de peur qu’ils ne contaminent le troupeau tout entier. En Autriche et dans quelques contrées européennes, les prêtres entrent en révolte. Aux États-Unis, les religieuses se liguent contre Rome, le tout au nom du Concile. La presse hostile ne désarme plus pour amplifier les faux pas d’un clergé qui a tellement épousé le monde qu’il a, en certains cas, embrassé ses vices moraux. L’autorité de l’Église est elle-même malmenée. Au son des bruits annonçant chaque mois la disparition du pape, certains dicastères paraissent agir en roue libre. On ne parle même plus des diocèses qui ne professent plus la foi romaine. Il reste pourtant une arme de choc à Benoît XVI, ce fameux cas qui le préoccupe, celui de la Fraternité. Chaque pas qui l’a rapproché d’elle a marqué dans le même temps le regain de haine de ces opposants et la victoire sur eux. Le pape Ratzinger témoignait aux évêques le 10 mars 2009 : « Si quelqu’un ose se rapprocher [de la FSSPX] – dans le cas présent le Pape – il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve. » Dans ces propos du pape se mesurant au au monde, n’est-ce pas là un lointain écho à cet appel qu’il lançait, au seuil de son pontificat, à prier pour qu’il ne cède pas devant les loups ?

A vrai dire, il n’y a plus d’autre choix. Au printemps 2012, la détermination de Benoît XVI semble être telle que la FSSPX n’aura peut-être même pas la possibilité de choisir. Le statut va lui tomber dessus, de gré ou de force. Le pape désire sa régularisation de manière résolue, qu’elle accepte le Concile ou non, qu’elle continue à rejeter la nouvelle messe ou pas. Sans doute ne partage-t-il pas la pensée de Marcel Lefebvre et de ses disciples, selon laquelle la liberté religieuse porte un coup fatal à l’esprit missionnaire. Néanmoins, il a pris le risque d’ouvrir des discussions doctrinales qui, partout dans l’Église, ont ouvert les vannes de la remise en cause des principes litigieux de Vatican II. Le pape est-il si sûr de lui ? En régularisant la Fraternité, alors même que les discussions doctrinales ont échoué, il laisse tout de même entendre qu’on peut être d’Église et ne pas épouser les idées du dernier concile, paraissant du coup optionnel comme la nouvelle messe l’est depuis cinq ans. Ce qui est certain, et ce cas de conscience le rappelle, c’est que le Souverain Pontife pense, devant Dieu, qu’on ne peut récuser à l’œuvre de Mgr Lefebvre le titre de catholique. Ce seul souci l’anime.

La route n’est pas terminée. Rappelons-nous qu’en 1988, la régularisation avait échoué sur des problèmes d’ordre canonique entamant ainsi la confiance réciproque. Et tout laisse penser que Mgr Fellay est plus que jamais résolu à maintenir les principes que revendiquait jadis Mgr Lefebvre. Seulement le contexte est différent. Il y a un quart de siècle, la détermination papale n’était pas résolue à ce point. De plus, la clémence a cédé le pas à l’insistance. Et, désormais, le pontife romain cherche plus que jamais à établir une digue contre les fruits du mariage entre l’Église et le monde que nous ne nous lassons pas à qualifier du nom de conciliaire.

22 avril 2012

[Isabelle de Gaulmyn - La Croix] Faut-il avoir peur du retour des intégristes ?

SOURCE - Isabelle de Gaulmyn - La Croix - 22 avril 2012

Les responsables de la Fraternité sacerdotale saint-Pie-X pourraient rentrer dans l’Eglise catholique. Faut-il s’en réjouir comme le prétendent certains? Ou bien au contraire, s’en effrayer? Curieusement, la question divise les catholiques, une fois de plus, de manière générationnelle…. Les plus âgés se désolent car ils y voient la légitimation d’une Eglise qu’ils ont toujours repoussée : une communauté qui s’est fait remarquer par sa violence, son intolérance, arque boutée sur la hiérarchie, fermée, une Eglise que l’on croyait révolue. Les plus jeunes n’ont pas ces craintes. D’abord parce qu’ils n’ont pas la même mémoire. Là aussi, il y a eu rupture de transmission : l’Eglise en soutane, celle des confessionnaux sévères, de la culpabilité, de l’antisémitisme parfois, de la suffisance souvent, ne leur évoque rien. Ce n’est pas leur passé. Au contraire des plus âgés.
L’Eglise de toujours
Ensuite, les plus jeunes ont cette forme de souplesse (tolérance ?) assez radicale qui est la marque de leur génération : il n’y a pas une manière  bien et une qui ne le serait pas d’être dans le monde. A chacun, dans ce monde qui n’offre aucun repère stable, où l’on serait bien en mal de trouver des certitudes, de se construire son système de valeurs. Celui des intégristes est de ce point de vue furieusement moderne. Il suffit de lire leur rhétorique: l’appel à la « messe de toujours », à « l’Eglise de toujours », ne correspond à rien d’historique, si ce n’est un « toujours » reconstruit, une « assurance tout risque », une « identité refuge» pour un monde que l’on ne comprend plus. La réponse intégriste est ainsi, pour les jeunes générations catholiques, une forme de manifestation identitaire, certes exacerbée, caricaturale, excessive, et dont ils ne partagent pas tous les combats, mais dans laquelle ils se retrouvent partiellement, et qu’ils sont près à tolérer dans l’Eglise. D’où une forme de porosité, chez les jeunes catholiques, non pas aux idées, mais à certaines attitudes et comportements, des membres de la Fraternité.

Au fond, le retour programmé des intégristes dans l’Eglise appuie là où cela fait mal dans l’Eglise de France. Il touche à ce fameux « rapport » au monde que les générations conciliaires ont cru régler, sans doute naïvement, une fois pour toute, en « ouvrant les fenêtres de l’Eglise au monde » pour reprendre l’expression de Jean XXIII. Mais le monde de 2012 n’a plus grand-chose à voir avec celui de 1962. L’histoire ne s’est pas plus arrêtée dans les années 70 qu’elle ne s’est, comme le prétendent les intégristes, arrêtée en 1962 avec leur fameux « de toujours ». Ce Concile « extraordinairement ouvert au monde »,  pour reprendre l’expression de Jean-Paul II en 2000, lors de l’année jubilaire, doit aussi l’être au monde d’aujourd’hui. Un monde dont le même pape exhortait à « ne pas avoir peur ».

Isabelle de Gaulmyn

21 avril 2012

[Dom Romain - cath.ch] Tout est fait mais tout reste à faire

SOURCE - Dom Romain - cath.ch - 21 avril 2012

En cette semaine où nous venons de fêter l’anniversaire de l’élection pontificale de Benoît XVI, force est de constater que sa main de 85 ans tient fermement la barre qui conduit l’Eglise. Tous reconnaissent que l’ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est l’acteur principal d’une réconciliation que beaucoup espèrent. Doux, humble, mais aussi ferme et décidé, le Pontife Romain conduit l’Eglise en traversant les courants et les idéologies qui la secouent, les yeux fixés sur le Christ. Comme le marin qui ne craint pas le gros vent et la tempête, même médiatique, car il sait que reviendra le temps calme et qu’il ne peut dévier de la route conduisant les passagers au port du salut. Plus d’un lui reproche sa façon de conduire l’Eglise. Ils ont un Souverain Pontife, mais se contenteraient d’un Souverain Poncif et même Passif!
 
Mais dans cette affaire l'on ne peut pas oublier Mgr Bernard Fellay, le supérieur général de la FSSPX. J’avais écrit dans un de mes premiers post qu’il était peut-être la chance de réconciliation entre sa Fraternité et l’Eglise Catholique: «On notera quand même le silence de Mgr Fellay, même si sa marge de manœuvre reste limitée, il semble vouloir prendre le temps pour arriver à un accord et il résiste aux sirènes de la rupture. Peut-être est-ce la chance de la Fraternité et du Vatican qu’il soit au gouvernail? » (cf. Mgr Fellay, en minorité dans sa propre Fraternité?).
 
Le supérieur de la FSSPX a conduit sa barque d’une autre façon, il s’est approché du Vaisseau Amiral en faisant tours et détours. Il voulait éviter à tout prix une mutinerie de son équipage, effrayé de devoir rendre les armes après avoir combattu, et s’assurer aussi que le charisme propre de la FSSPX soit respecté. Mgr Fellay a donc pris son temps. Une paroissienne nonagénaire me disait l’autre jour «J’ai entendu prêcher Mgr Fellay, mon Dieu ce qu’il parle lentement! Ça ne m’étonne pas qu’il lui ait fallu tant de temps pour donner sa réponse à Rome!! » Du temps certainement bien utilisé pour calmer les appréhensions ou, pour reprendre une image utilisée par l’un de mes interlocuteurs parfaitement intégré dans le Tradiland, «Mgr Fellay est un collectionneur qui possède 4 vases Ming, l’important pour lui est de pouvoir les proposer au conservateur du Musée sans en perdre aucun en route». A ce jour il semble bien que le fils de Mgr Lefebvre soit en passe de montrer qu’il a réussi, quoique… Toujours est-il qu’actuellement, tout est fait mais tout reste à faire.
 
C’est ce mercredi 25 avril, en la fête de Saint Marc - pour les deux formes du même rite latin - que se réuniront les experts de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Cf. Le Figaro), pour examiner la réponse reçue et soumettre leurs conclusions au Saint-Père, à qui revient la décision finale. Si Rome est en mesure d’annoncer que la réponse est positive, alors vraiment tout sera fait et tout restera à faire.
 
Il est absolument évident que cette réconciliation ne signifie pas la fin des tensions, critiques et oppositions que nous voyons aujourd’hui. Il y aura encore, dans les semaines, mois et années à venir, des tempêtes et des dangers, des risques de ruptures et des périodes de froid, dans diverses parties de l’Eglise. Ce ne sera ni le retour du Fils Prodigue, ni le lavement des pieds, ces «moments bibliques» sont profonds et riches en miséricorde, mais ils sont trop brefs. Il me paraît plus approprié de parler d'une traversée du désert, ce lieu de purification où Dieu conduit son Peuple, afin que l’homme à la nuque raide puisse abandonner ses propres pensées et adhérer à celles du Seigneur. Il faudra certainement du temps, disons 40 ans… comme lors de la sortie d’Egypte, pour franchir le «passage» de cette réconciliation. 40 ans dans la bible, c’est une génération. Le temps que meurent au désert ceux qui n’avaient pas fait confiance au Seigneur alors qu’il les libérait de l’esclavage. Il faudra laisser mourir ceux à l’origine de tant de tensions liées au Concile Vatican II, soit pour le «diviniser» dans un «esprit» qui était le leur, soit pour le «diaboliser» dans une réaction faisant, elle aussi, bien plus place à leur esprit, qu’à Celui qui conduit l’Eglise.
 
Mais terminons sur une note plus joyeuse. Je pense que, si réconciliation il y a, Benoît XVI peut bien inviter Mgr Fellay à Rome et lui proposer de concélébrer avec lui à l’autel de la Confession, dans la basilique Saint-Pierre (… mais non Bernard, je plaisante!). Il y aura bien invitation et messe, mais c’est le pape qui célèbrera – pour la première fois en public – la messe dans la forme extraordinaire du rite Romain.
 
Pour le moment, l’heure est à l’attente de cette joie, dans l’espérance et la prière.
 
Dom Romain

[Aymeric Pourbaix - Famille Chrétienne] Fraternité Saint-Pie-X : le grand désir d’unité de Benoît XVI

SOURCE - Aymeric Pourbaix - Famille Chrétienne - 21 avril 2012

Alors que les signaux d’un accord entre la Fraternité Saint-Pie-X et Rome se multiplient, le pape a de nouveau montré sa volonté de retrouver l’unité au sein de l’Église, mise à mal il y a vingt-quatre ans.
 
Pour la première fois depuis cinq siècles, un événement unique se déroule depuis vendredi dernier dans la cathédrale de Trèves, en ­Allemagne : l’ostension de la Sainte Tunique du Christ, tunique sans couture, tissée d’une seule pièce et tirée au sort après la Crucifixion. Elle est le symbole de cette unité de l’Église, souvent mise à mal dans l’Histoire, mais qui perdure malgré tout grâce à « l’amour du Sauveur, qui remet ensemble ce qui est divisé », selon le message de Benoît XVI lu à cette occasion.

Voilà des propos qui résonnent d’une manière particulière, alors que des signaux se multiplient, à l’heure où nous bouclons ce numéro, d’un accord entre la Fraternité Saint-Pie-X et Rome. Même si la prudence reste de mise, ce message semble en tout cas à l’unisson d’autres déclarations du pape ces ­dernières semaines, qui toutes éclairent ce très grand désir de réconciliation et d’unité.
Jamais Benoît XVI n’aura autant mérité le qualificatif de « Souverain Pontife »
Le mercredi des Cendres, Benoît XVI affirmait ainsi que ce Carême serait « le temps des décisions mûres et des ­responsabilités assumées ». Quelle responsabilité historique, en effet, que celle de mener à bien ce chantier, ­d’ouvrir grandes les portes de l’Église à la Fra­ternité Saint-Pie-X, lui qui, depuis de ­longues années, a montré sa volonté de retrouver l’unité perdue en 1988. Vingt-quatre ans, presque une génération…

Ce faisant, l’actuel successeur de Pierre n’aura peut-être jamais autant mérité le qualificatif de « Souverain ­Pontife ». Souverain, car il est bien ­certain que Benoît XVI a dû se sentir seul sur cette voie de crête, passant outre les prudences et les réticences. Notons d’ailleurs qu’il a demandé avec insistance aux fidèles, dimanche dernier à l’angélus, de prier pour lui à l’occasion des sept ans d’un pontificat dense et marqué par une liberté souveraine.

«  Pontife » également, car il est un véritable pont entre l’Église du Ciel et celle de la terre, mais aussi entre ses membres vivants. Lors de son voyage en France, il avait ainsi expliqué son intention que « nul ne soit de trop dans l’Église ».

Cette sollicitude du pasteur suppose, en retour, la confiance des fidèles : c’est le dernier signal donné par Benoît XVI de sa volonté d’aboutir. La Semaine sainte a été pour lui l’occasion d’insister sur la notion d’obéissance filiale à l’Église, sans laquelle il n’y a pas de « configuration au Christ » possible. C’est le cri même de Jeanne d’Arc lors de son procès : « Du Christ et de l’Église, m’est avis que c’est tout un ! » Merveilleuse profession de foi en cette grâce de communion, et ­véritable bienfait de l’obéissance.
 
Aymeric Pourbaix

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] L'oecuménisme de Benoît (III)

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 21 avril 2012

Il y a deux semaines se trouvait dans ce « Commentaire » la promesse d’examiner trois citations de Vatican II qui ont beaucoup contribué à la dissolution de l’Église de Jésus-Christ, laquelle est l’Église catholique. Il y a une semaine s’y trouvait l’avertissement que les textes de Vatican II sont ambigus, de telle sorte qu’on peut toujours les interpréter comme s’ils ne contiennent aucune erreur. Mais si l’une des deux significations est innocente, l’autre est mortelle pour l’Église catholique, comme l’ont prouvé ces quarante dernières années.
 
La première citation est prise de Lumen Gentium # 8. La voici : «Cette unique Église du Christ» comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Église catholique qu’elle subsiste, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui ». Mais que signifie ce mot «subsiste» ici? L’ambiguïté réside en ce que ce mot peut signifier ou bien que l’Église du Christ existe principalement et uniquement dans l’Église catholique romaine, vérité que l’Église a toujours enseignée jusqu’à Vatican II, ou bien que l’Église du Christ existe principalement mais non pas uniquement dans l’Église catholique, auquel cas l’Église du Christ existe aussi en partie e n dehors de l’Église catholique. Ceci ouvre la porte à l’œcuménisme conciliaire qui détruit la proclamation dogmatique selon laquelle l’Église catholique est l’unique arche de salut: «Extra Ecclesiam nulla salus» (en dehors de l’Église, pas de salut).
 
Le problème ici, c’est que c’est aussi un dogme que l’Église est une. Lors de chaque Messe dominicale nous écoutons ou nous chantons que nous croyons à «l’Église une, sainte, catholique et apostolique». Donc, comment l’Église du Christ peut-elle être divisée en quelques communautés plus ou moins semblables à une église? Si l’Église est une, elle ne peut être plusieurs. Si elle est plusieurs, elle ne peut être une. Dans son livre sur «Benoît XVI et comment l’Église se voit elle-même», le Dr. Wolfgang Schüler donne une série de citations de Joseph Ratzinger pour montrer comment en jeune théologien il a promu avec enthousiasme la destruction de l’exclusivité de l’Église Catholique, mais comment en tant que Cardinal et Pape il a lutté pour maintenir en même temps l’unicité de l’Église.
 
La deuxième citation est prise de Unitatis Redintegratio # 3: «Parmi les éléments ou les biens par l’ensemble desquels l’Église se construit et est vivifiée, plusieurs et même beaucoup, et de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de l’Église catholique». Or, la signification évidente de ces paroles c’est que de même que des pièces d’or peuvent former un tas, mais enlevées au tas elles restent des pièces identiques d’or comme avant, ainsi les éléments de l’Église, dont le Concile cite comme exemples «foi, espérance, charité et autres dons de l’Esprit Saint», peuvent être reconnus comme existant identiques hors de l’Église catholique. Mais Notre Seigneur dit que les branches coupées de sa vigne sèchent et meurent (Jn.XV, 6). Et quelle est sa vigne si ce n’est son Église?
 
La troisième citation tire la conclusion logique, un peu plus loin dans le même document (U.R. # 3) : « En conséquence, ces Églises et communautés séparées (de l’Église catholique) ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut». Mais comme l’a dit Monseigneur Lefebvre: «Dans la mesure où ces communautés se trouvent séparées de l’Église catholique, elles ne peuvent jouir de l’assistance de l’Esprit Saint, puisque leur séparation signifie une résistance à l’Esprit Saint. Celui-ci ne peut agir directement que sur des âmes, il ne peut utiliser directement que des moyens, qui ne montrent aucun signe de séparation ».
 
Vatican II a mal compris ce qu’est l’essence même de l’Église. Voyons ensuite avec l’aide du Dr. Schüler comment Benoît XVI a en même temps et freiné et accéléré cette incompréhension.
 
Kyrie eleison.

20 avril 2012

[Geneviève Comeau - La Croix] Que penser de ces groupes intégristes qui veulent empêcher la tenue de rencontres interreligieuses ?

SOURCE - Geneviève Comeau - La Croix - 20 avril 2012

Alors que des groupes sont venus récemment troubler des manifestations interreligieuses, Geneviève Comeau, théologienne au Centre Sèvres (facultés jésuites de Paris), explique que dialoguer n’est pas renoncer à sa foi mais s’intéresser à l’autre. 
 
Ces derniers temps, des groupes de jeunes intégristes se sont mobilisés pour troubler plusieurs réunions. En cette période où nous célébrons le cinquantième anniversaire du Concile, la Contre-Réforme catholique liée à l’abbé de Nantes prend pour cibles les réunions liées à Vatican II – ainsi le colloque sur « La réception de Vatican II », à l’Institut supérieur d’études œcuméniques de l’Institut catholique de Paris. De son côté le Mouvement de la jeunesse catholique de France, lié à la Fraternité Saint-Pie-X (Mgr Lefebvre), s’en prend aux rencontres interreligieuses – ainsi la soirée du 27 mars à la paroisse Saint-Léon de Paris, qui réunissait intervenants juif, catholique et musulman, autour du thème « Faut-il attendre le Messie ? ».
 
Certains catholiques ont des craintes envers le dialogue interreligieux, redoutant qu’il ne conduise au relativisme. Or dialoguer n’est pas renoncer à sa foi, ni chercher des compromis, ni tomber dans le syncrétisme ; c’est s’intéresser à l’autre, l’écouter, essayer de le comprendre, mais par là sans doute aussi être renvoyé à l’originalité de sa propre foi. Cependant, ce qu’exprimaient avec virulence les jeunes gens du Mouvement de la jeunesse catholique de France n’était pas ce genre de craintes, après tout compréhensibles. C’était l’affirmation d’une position qui ne supporte pas la présence, et encore moins la rencontre de l’autre. « Pourquoi avoir invité un rabbin et un musulman ? Ils n’ont rien à nous dire ! » « Nous savons déjà ce qu’ils vont dire sur le Messie ! » Certains d’entre eux posaient des questions, mais n’écoutaient pas la réponse qui leur était faite ; ou bien posaient des questions seulement pour vérifier que ce n’était pas LA bonne réponse (la leur, celle qu’ils attendaient) qu’on allait leur donner.
« Le dialogue fait donc parcourir tout un chemin pour surmonter les obstacles qui pourraient l’entraver »
Leur façon de perturber la soirée était très bien organisée, et parfaitement antidémocratique. Elle révèle sans doute un positionnement politique de leur groupe. Or vivre des rencontres interreligieuses suppose que des convictions différentes, et même contradictoires entre elles, puissent s’exprimer librement, sans subir de pression ni de violence. Dans ce sens, participer au dialogue interreligieux peut être une manière de travailler à la paix. Benoît XVI l’a souligné lors de la rencontre d’Assise d’octobre 2011, le dialogue est une manière de convertir la violence qui se trouve en nous.
 
D’après le philosophe Éric Weil, « si les hommes avaient renoncé à la violence, s’ils n’étaient plus – c’est tout un – passionnés, pourquoi parleraient-ils les uns aux autres ? Il n’y a pas de dialogue entre les anges, il n’y en a pas entre les élus du royaume céleste, qui n’ont plus de passions ; leur langage est celui des chants. Le dialogue est l’apanage d’êtres qui ne sont pas des êtres de dialogue. » (1) Le dialogue fait donc parcourir tout un chemin pour surmonter les obstacles qui pourraient l’entraver.
 
Cette idée de chemin à parcourir a été mise en valeur par Jean-Paul II dans La mission du Christ rédempteur (n° 56-57) : le dialogue n’est pas la conséquence d’une stratégie ou d’un intérêt, il possède son sens et sa dignité dans son déroulement et son inachèvement même, il est « un chemin vers le Royaume ». Sur ce chemin, il ne s’agit pas seulement d’échanger sur nos différentes manières de croire et de pratiquer – parfois c’est même tellement difficile qu’il vaut mieux ne pas commencer par là ! Il s’agit surtout de prendre part ensemble aux attentes et aux souffrances de nos contemporains, à leurs questions fondamentales et existentielles. Il s’agit de témoigner qu’un avenir « partagé » est possible : un avenir d’où personne ne soit exclu, quelle que soit sa culture ou sa religion. Ce n’est pas sans rapport avec l’espérance chrétienne du Royaume de Dieu.

(1) Philosophie et réalité , Éd. Beauchesne, 1982, p. 280.
Geneviève Comeau

[Henri Tincq - Slate] Marché de dupes entre le Vatican et les intégristes

SOURCE - Henri Tincq - Slate - 20 avril 2012

Un accord est sur le point d’être signé, mais rien n’indique que les intégristes catholiques vont se mettre soudain à obéir au pape ce qu'ils ne font plus depuis 24 ans.
L’imminence d’un accord qui doit être signé entre le Vatican et la Fraternité sacerdotale saint Pie X, fief des catholiques intégristes, ne fait plus de doute. Ce serait la fin d’un schisme désastreux au sein de l’Eglise catholique qui avait éclaté en 1988, il y a vingt-quatre ans, après la consécration à Ecône (Suisse) par Mgr Marcel Lefebvre, chef de la rébellion, de quatre nouveaux évêques sans l’autorisation du pape Jean-Paul II. 
 
Acte illégal qui avait aussitôt entraîné leur excommunication et une longue histoire de déchirements, de joutes verbales, d’entreprises de séduction et d’exclusion.
Une nouvelle concession
Les «lefebvristes» ont en effet signé et retourné à Rome le texte d’un «Préambule doctrinal», resté secret, présenté par le Vatican comme un préalable indispensable avant tout accord, en vue d’une réintégration de cette minorité de dissidents. Ce Préambule concluait deux ans de discussions sur le fond des désaccords.
 
Sa ratification par les intégristes ouvre la voie d’une régularisation. Ils obtiendront un statut à part dans lequel ils pourront garder tous leurs privilèges, un statut de «prélature personnelle» (dont ne bénéficie pour le moment que l’Opus Dei), qui leur permettra d’échapper à l’autorité des évêques au plan local, ce qu’ils réclament depuis longtemps. 
 
Faut-il se réjouir de cet accord, y voir la promesse d’un apaisement et d’un retour à l’unité, objectif visé avec force et ténacité par le pape Benoît XVI? Ou faut-il s’en scandaliser comme d’une nouvelle concession à des intégristes dont rien ne permet de penser qu’ils feront demain pénitence, rallieront le cours de l’Eglise, mettront un terme à leur combat contre un concile Vatican II (1962-1965) qui est pour eux un «tissu d’erreurs» et dont ils ne cessent de demander la liquidation?
 
La tradition de mensonge, de déloyauté, de parole donnée puis reprise, qui est propre à ce courant intégriste, incline aujourd’hui au plus grand scepticisme.
Bonne volonté
La signature par la Fraternité sacerdotale saint Pie X du «Préambule doctrinal» est un incontestable succès pour Benoît XVI. Depuis le début de son pontificat —entré le 19 avril dans sa huitième année—, il a multiplié les gestes de bonne volonté en direction des intégristes, tout en garantissant fermement les acquis réformateurs du concile Vatican II. 
 
Avant d’ouvrir les discussions doctrinales, il avait reçu à Rome, en 2005, Mgr Bernard Fellay, évêque excommunié, supérieur de la Fraternité saint Pie X, ce qui était sans précédent. Il avait libéralisé, en 2007, l’ancien rite liturgique cher aux intégristes —messe en latin, dos tourné à l’assistance. Enfin, il avait levé l’excommunication, en 2009, des quatre évêques ordonnés illégalement, dont celle de Mgr Williamson, un négationniste, ce qui avait provoqué un scandale dans le monde entier. 
 
Autant de signaux interprétés dans les milieux progressistes comme autant de compromissions avec l’extrême droite de l’Eglise. La liberté du rite ancien et la levée des excommunications étaient réclamées avec constance par les intégristes.
 
Mais le pape n’a pas pour autant bradé l’héritage de Vatican II, contrairement à la réputation qui lui est souvent faite. Il a défendu les réformes du concile cinquantenaire dont il dit qu’elles ne sont pas «négociables»:
  • par exemple la liberté pour tout homme du choix de sa religion que les intégristes contestent encore au nom du vieil adage «hors de l’Eglise, point de salut»;
  • puis le dialogue œcuménique avec les protestants, les anglicans, les orthodoxes que des siècles de désaccords historiques et théologiques ont séparé des catholiques;
  • enfin, le dialogue avec les religions non-chrétiennes —judaïsme, islam, bouddhisme, etc— que les intégristes qualifient de «fausses religions».  
Benoît XVI, qui répète chaque jour que le concile est sa boussole, vient de défendre, une fois de plus, la liberté de religion dans l’ile de Cuba. Et il est retourné à Assise, en octobre 2011, sur les pas de son prédécesseur Jean Paul II, à la rencontre des responsables religieux du monde entier. 
 
Avant cela, il avait visité deux synagogues en Allemagne et aux Etats-Unis et était entré dans des mosquées notamment en Turquie. Ce qui avait fait hurler les intégristes.
Intimidation et violence
Ce qui est exigé d’eux dans le «Préambule doctrinal» avant toute régularisation, c’est l’obéissance au concile Vatican II et la reconnaissance du magistère des papes —Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI— qui l’ont fait et appliqué, c’est-à-dire leur ralliement à une «Eglise moderniste» qu’ils combattent depuis cinquante ans. En signant ce «Préambule», les intégristes auraient-ils donc jeté les armes, renoncé à ce qu’ils sont, ou assiste t-on un simple jeu de dupes? 
 
Il faut pencher pour la deuxième hypothèse. Sa signature n’assure nullement une adhésion sincère de la Fraternité saint-Pie X au cours nouveau et à des orientations —dialogue interreligieux, ouverture au monde, réforme liturgique, collégialité dans les prises de décision, rôle plus important des laïcs (non-clercs)— devenues le lot commun de l’Eglise. 
 
Des orientations concrètement vécues dans tous les cercles, paroisses, diocèses, aumôneries, mouvements qui constituent l’écrasante majorité du catholicisme: les «lefebvristes» ne représenteraient pas plus de 200.000 personnes et 500 prêtres dans le monde (dont plus de la moitié en France), chiffres à rapprocher du milliard de catholiques et 260.000 prêtres.
 
Les intégristes n’ont manifesté aucune intention de vivre avec les autres courants d’Eglise dans une relation pacifiée et charitable. Au contraire, divisés par la perspective d’un accord avec Rome, ils se livrent à la surenchère.
 
Leurs blogs, leurs sites débordent de règlements de compte. Ils passent leur temps à s’invectiver, à s’anathémiser, à s’exclure. Depuis quelques mois, ils perturbent des conférences, des manifestations interreligieuses, des réunions marquant le cinquantième anniversaire de l’ouverture par le pape Jean XXIII, en octobre 1962, du concile.
 
Il est fort à craindre que l’accord, s’il est finalement signé avec les intégristes, ait pour conséquence d’importer au sein de l’Eglise leurs armes favorites comme la calomnie, l’intimidation et la violence. En cela le remède serait pire que le mal. 
 
C’est la conviction déjà de catholiques progressistes consternés par la perspective de cette régularisation. Ils ont le sentiment d’être beaucoup moins bien traités et écoutés que les intégristes. Et ils font le reproche au pape de toujours chercher des accomodements avec des adversaires impénitents, de préférer une unité de façade à un attachement clair à la ligne prophétique de Vatican II. 

Henri Tincq

[Stéphanie Le Bars - Le Monde] Vingt-quatre années de schisme catholique au nom de la "tradition"

SOURCE - Stéphanie Le Bars - Le Monde - 19 mars 2012


L'accord historique qui pourrait être officialisé dans les prochaines semaines entre le Vatican et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X signera la fin de l'aventure schismatique portée en 1988 à son paroxysme par un homme, Mgr Marcel Lefebvre. Disparu en 1991, trois ans après l'ordination interdite de quatre évêques, immédiatement excommuniés, ce prélat originaire du nord de la France, né en 1905, avait fait du combat pour le maintien de la "tradition catholique" celui d'une vie.
 
Ordonné prêtre en 1929 et évêque en 1947, il participe au concile Vatican II (1962-1965), auquel il se montre d'emblée hostile. Il y voit, comme les conservateurs d'alors, " une boîte de Pandore ouverte au modernisme", selon l'historien Philippe Levillain (Rome n'est plus dans Rome. Mgr Lefebvre et son Eglise, Perrin, 2010). Il s'inscrit dans une lignée maurassienne et contre-révolutionnaire, ralliant au fil des ans des fidèles intégristes.
 
En butte à des difficultés au sein de sa congrégation du Saint-Esprit, il mène à bien son projet de création d'un séminaire pour transmettre "dans toute sa pureté doctrinale, le sacerdoce de l'Eglise catholique" et installe la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X en 1970 à Ecône, en Suisse. En 1977, la Fraternité s'empare à Paris de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui devient un lieu emblématique des intégristes français.
"LES FAUSSES RELIGIONS"
En 1986, la réunion interreligieuse d'Assise convoquée par Jean-Paul II donne à Mgr Lefebvre l'occasion d'approfondir sa rupture avec Rome. Il y voit "un péché", accusant le pape d'encourager "les fausses religions". La même année, la visite historique de Jean-Paul II à la synagogue de Rome est à ses yeux un "scandale sans précédent". En dépit de tentatives de conciliation, Mgr Lefebvre décide d'ordonner quatre évêques, pour garantir la pérennité de la "tradition".
 
Le futur Benoît XVI, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, a vécu en direct ce schisme, et n'a pu l'éviter. Cet échec explique en partie son obstination à obtenir un accord depuis son élection. Pour le pape, le temps presse, d'autant que l'ordination d'une nouvelle génération d'évêques rendrait plus difficile encore un rapprochement.
 

[DICI] Rome – Fraternité Saint-Pie X : Revue de presse du 14 au 18 avril 2012

SOURCE - DICI - 20 avril 2012

Faute d’information certaine sur des faits avérés, la presse bâtit des hypothèses sur une imminente reconnaissance canonique de la Fraternité Saint-Pie X. Les journalistes tentent de donner un calendrier et s’efforcent de scruter les raisons qu’aurait Benoît XVI d’accorder un statut canonique à la Fraternité, malgré les divergences doctrinales reconnues de part et d’autre.
 
Le magazine allemand Der Spiegel, dans son édition en ligne du 15 avril 2012, croit savoir que la décision du pape sera communiquée après son anniversaire (16 avril) : « A la Secrétairerie d’Etat où certains documents ont fait l’objet de fuite dans le public, comme des ‘Vatileaks’, cette lettre est classée ‘spécialement secrète’. L’affaire est traitée actuellement avec la plus grande discrétion et ne devrait être publiée qu’après l’anniversaire. (…)
 
La veille, 14 avril, le quotidien français Le Figaro faisait part d’une réponse obtenue de source romaine : « Officiellement, le Vatican attend la réponse de Mgr Bernard Fellay, le chef de fil des lefebvristes. Sitôt reçue à Rome – ‘c’est une affaire de jours et non plus de semaines’, indique-t-on au Vatican –, elle sera ‘aussitôt’ analysée. Si elle est conforme aux attentes, le Saint-Siège annoncera très vite un accord historique (…) »
 
Le 17 avril, le vaticaniste Andrea Tornielli affirme dans la précipitation que Mgr Fellay a adressé une « réponse positive » à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, alors qu’il s’agit des clarifications que le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X a apportées à sa réponse au Préambule doctrinal, à la demande du cardinal Levada, le 16 mars dernier. Clarifications qui doivent être maintenant examinées par la Congrégation de la Foi et soumises au jugement du pape.
 
Tous les observateurs reconnaissent que les entretiens doctrinaux entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X ont manifesté un désaccord profond sur le concile Vatican II. Le 14 avril, Jean Mercier de l’hebdomadaire progressiste La Vie, dresse sur son blog ce tableau : « Le pape est-il vraiment dupe de la bonne volonté des Lefebvristes de se réconcilier en profondeur avec la Grande Eglise ? Sans préjuger de la pureté d’intention de ces derniers, il est évident qu’ils n’ont jamais renié leur posture de fond contre le Concile et qu’ils ne le feront jamais. La demande de levée des excommunications ne s’est accompagnée d’aucun repentir sur la désobéissance de 1988. Depuis, les évêques et prêtres intégristes ont multiplié les déclarations attestant qu’ils ne sont jamais venus à résipiscence et qu’ils veulent continuer leur combat contre le Concile, et notamment la liberté religieuse, le dialogue interreligieux et œcuménique.
 
« Selon toute vraisemblance, le pape a accordé la levée des excommunications en 2009 en étant conscient de cette absence de repentir – ce qui est contraire à ce qui se passerait normalement dans le cadre du confessionnal, où la contrition, même imparfaite, est exigée. Mais l’enjeu est ici plus politique… Le pape ne se fait probablement guère d’illusion sur le calcul stratégique de ceux, même les plus modérés, qui seraient prêts à se rallier à Rome : mener une croisade au sein de l’Eglise pour la ramener à la ‘vraie’ foi, en tablant sur l’usure ou l’effacement des générations qui ont porté le Concile et l’après Concile.
 
« Benoît XVI a sans doute estimé qu’il fallait fermer les yeux sur l’impénitence certaine de ses interlocuteurs. Et il a décidé de passer outre ce qui est une réalité incontournable : le désaccord total entre lui et les intégristes sur des éléments essentiels comme la liberté religieuse, l’œcuménisme et le dialogue avec les autres religions. Au risque de n’être pas compris par sa base. »
 
Jean-Marie Guénois dans Le Figaro des 14-15 avril propose le décryptage suivant : « L’échec apparent de ces dernières (les discussions théologiques), il y a un an, avait donné l’impression d’un échec total de la négociation. Le désaccord doctrinal entre les lefebvristes et Rome à propos du concile Vatican II est effectivement abyssal. On avait simplement oublié que l’objet de ces échanges n’était pas de trouver un accord, mais d’établir la liste des différences et de leur pourquoi.
 
« C’est donc en parfaite connaissance de cause, et donc sans aucune ambiguïté, que Rome entend sceller cette unité retrouvée avec Ecône, fief des lefebvristes en Suisse. Elle passera probablement par l’attribution d’un statut spécial – une ‘prélature personnelle’ – déjà expérimentée par l’Opus Dei. Cette structure donne une véritable autonomie d’action dès lors que la foi catholique est partagée. Son supérieur rend compte directement au pape et non aux évêques.
 
« Mais la vraie ‘révolution’ que Benoît XVI cherche à laisser aux yeux de l’histoire de l’Eglise catholique est ailleurs. Elle touche non pas des aspects périphériques de l’Eglise catholique. Ceux-ci font d’ailleurs déjà bondir les groupes opposés à cette réconciliation. Lesdits ‘progressistes’ de l’Eglise conciliaire qui voient les ‘acquis’ du concile Vatican II remis en cause. Lesdits ‘ultras’ des rangs lefebvristes qui voient là une trahison et une compromission avec la Rome moderniste.
 
« Cette révolution a pour ambition une vision élargie de l’Eglise catholique. Le théologien Benoît XVI n’a jamais admis qu’en 1962, la bimillénaire Eglise catholique se coupe de la culture et de la force de son passé. Plus qu’une réconciliation avec les lefebvristes, il vise donc, par ce geste, une réconciliation de l’Eglise catholique avec elle-même. »
 
Le Spiegel en ligne du 15 avril, déjà cité, donne, sans indiquer ses sources, cette analyse qui aurait cours à Rome : « Une appréciation différente du Concile n’est ‘pas déterminante’ pour l’avenir de l’Eglise, parce que l’Eglise est plus que le Concile. La Fraternité Saint-Pie X ne soutient plus la position selon laquelle ce Concile devrait disparaître (elle ne l’a jamais soutenue, NDLR), elle a juste sa propre et légitime compréhension de la question. (…) Le cardinal allemand Josef Becker, qui a participé en tant que consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la foi aux entretiens avec la FSSPX, a déclaré récemment que, même s’il est difficile de concilier les deux positions, il faudrait ‘aussi essayer de comprendre’ l’autre. Il a plaidé pour que l’Eglise, de toute façon, se fasse un devoir de relire à nouveau tous les textes du Concile, afin d’en avoir la pleine compréhension aujourd’hui. (…) »
 
Mgr Bernard Fellay qui s’en tient uniquement à la réalité, écrivait le 14 avril aux membres de la Fraternité Saint-Pie X : « La presse fait état de la possibilité d’une issue positive imminente dans nos relations avec Rome, sans écarter pour autant la menace d’une condamnation définitive. La vérité est que rien n’est acquis, ni dans le sens d’une reconnaissance canonique, ni dans le sens d’une rupture, et que nous sommes dans l’expectative.
 
« Comme je l’ai écrit dans l’éditorial du dernier Cor unum (bulletin de la Maison généralice de la FSSPX, NDLR) deux principes nous guident : le premier est qu’il ne soit pas demandé à la Fraternité des concessions qui touchent la foi et ce qui en découle (liturgie, sacrements, morale, discipline). Le deuxième, qu’une réelle liberté et autonomie d’action soient concédées à la Fraternité, qui lui permette de vivre et de se développer concrètement. »
 
On comprend la prudence et la vigilance du Supérieur général de la Fraternité, lorsqu’on sait que sur plusieurs sites européens est actuellement diffusée une Note de la Commission Ecclesia Dei, datée du 23 mars, après la visite canonique de l’Institut du Bon Pasteur. – Dans ce document on peut lire que les professeurs du séminaire de Courtalain doivent faire porter leurs efforts « sur la transmission de l’intégralité du patrimoine de l’Eglise, en insistant sur l’herméneutique du renouvellement dans la continuité et en prenant pour support l’intégrité de la doctrine catholique exposée par le Catéchisme de l’Eglise catholique », plutôt que sur « une « critique, même ‘sérieuse et constructive’, du concile Vatican II ». Critique que le théologien John R.T. Lamont, professeur à l’Institut catholique de Sydney, invite pourtant à faire, en posant sur l’autorité magistérielle de Vatican II des questions qui rejoignent celles de la Fraternité Saint-Pie X. (Lire Les questions d’un théologien)
 
Sources : Figaro/Vie/Spiegel/ – FSSPX-MG/DICI n°253 du 20/04/12

[La Porte Latine] Rome – Fraternité Saint-Pie X : Revue de presse du 14 au 18 avril 2012

SOURCE - La Porte Latine - 20 avril 2012

Faute d’information certaine sur des faits avérés, la presse bâtit des hypothèses sur une imminente reconnaissance canonique de la Fraternité Saint-Pie X. Les journalistes tentent de donner un calendrier et s’efforcent de scruter les raisons qu’aurait Benoît XVI d’accorder un statut canonique à la Fraternité, malgré les divergences doctrinales reconnues de part et d’autre.

Le magazine allemand Der Spiegel, dans son édition en ligne du 15 avril 2012, croit savoir que la décision du pape sera communiquée après son anniversaire (16 avril) : « A la Secrétairerie d’Etat où certains documents ont fait l’objet de fuite dans le public, comme des ‘Vatileaks’, cette lettre est classée ‘spécialement secrète’. L’affaire est traitée actuellement avec la plus grande discrétion et ne devrait être publiée qu’après l’anniversaire. (…)

La veille, 14 avril, le quotidien français Le Figaro faisait part d’une réponse obtenue de source romaine : « Officiellement, le Vatican attend la réponse de Mgr Bernard Fellay, le chef de fil des lefebvristes. Sitôt reçue à Rome – ‘c’est une affaire de jours et non plus de semaines’, indique-t-on au Vatican –, elle sera ‘aussitôt’ analysée. Si elle est conforme aux attentes, le Saint-Siège annoncera très vite un accord historique (…) »

Le 17 avril, le vaticaniste Andrea Tornielli affirme dans la précipitation que Mgr Fellay a adressé une « réponse positive » à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, alors qu’il s’agit des clarifications que le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X a apportées à sa réponse au Préambule doctrinal, à la demande du cardinal Levada, le 16 mars dernier. Clarifications qui doivent être maintenant examinées par la Congrégation de la Foi et soumises au jugement du pape.

Tous les observateurs reconnaissent que les entretiens doctrinaux entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X ont manifesté un désaccord profond sur le concile Vatican II. Le 14 avril, Jean Mercier de l’hebdomadaire progressiste La Vie, dresse sur son blog ce tableau : « Le pape est-il vraiment dupe de la bonne volonté des Lefebvristes de se réconcilier en profondeur avec la Grande Eglise ? Sans préjuger de la pureté d’intention de ces derniers, il est évident qu’ils n’ont jamais renié leur posture de fond contre le Concile et qu’ils ne le feront jamais. La demande de levée des excommunications ne s’est accompagnée d’aucun repentir sur la désobéissance de 1988. Depuis, les évêques et prêtres intégristes ont multiplié les déclarations attestant qu’ils ne sont jamais venus à résipiscence et qu’ils veulent continuer leur combat contre le Concile, et notamment la liberté religieuse, le dialogue interreligieux et œcuménique.

« Selon toute vraisemblance, le pape a accordé la levée des excommunications en 2009 en étant conscient de cette absence de repentir – ce qui est contraire à ce qui se passerait normalement dans le cadre du confessionnal, où la contrition, même imparfaite, est exigée. Mais l’enjeu est ici plus politique… Le pape ne se fait probablement guère d’illusion sur le calcul stratégique de ceux, même les plus modérés, qui seraient prêts à se rallier à Rome : mener une croisade au sein de l’Eglise pour la ramener à la ‘vraie’ foi, en tablant sur l’usure ou l’effacement des générations qui ont porté le Concile et l’après Concile.

« Benoît XVI a sans doute estimé qu’il fallait fermer les yeux sur l’impénitence certaine de ses interlocuteurs. Et il a décidé de passer outre ce qui est une réalité incontournable : le désaccord total entre lui et les intégristes sur des éléments essentiels comme la liberté religieuse, l’œcuménisme et le dialogue avec les autres religions. Au risque de n’être pas compris par sa base. » 

Jean-Marie Guénois dans Le Figaro des 14-15 avril propose le décryptage suivant : « L’échec apparent de ces dernières (les discussions théologiques), il y a un an, avait donné l’impression d’un échec total de la négociation. Le désaccord doctrinal entre les lefebvristes et Rome à propos du concile Vatican II est effectivement abyssal. On avait simplement oublié que l’objet de ces échanges n’était pas de trouver un accord, mais d’établir la liste des différences et de leur pourquoi.

« C’est donc en parfaite connaissance de cause, et donc sans aucune ambiguïté, que Rome entend sceller cette unité retrouvée avec Ecône, fief des lefebvristes en Suisse. Elle passera probablement par l’attribution d’un statut spécial – une ‘prélature personnelle’ – déjà expérimentée par l’Opus Dei. Cette structure donne une véritable autonomie d’action dès lors que la foi catholique est partagée. Son supérieur rend compte directement au pape et non aux évêques.

« Mais la vraie ‘révolution’ que Benoît XVI cherche à laisser aux yeux de l’histoire de l’Eglise catholique est ailleurs. Elle touche non pas des aspects périphériques de l’Eglise catholique. Ceux-ci font d’ailleurs déjà bondir les groupes opposés à cette réconciliation. Lesdits ‘progressistes’ de l’Eglise conciliaire qui voient les ‘acquis’ du concile Vatican II remis en cause. Lesdits ‘ultras’ des rangs lefebvristes qui voient là une trahison et une compromission avec la Rome moderniste.

« Cette révolution a pour ambition une vision élargie de l’Eglise catholique. Le théologien Benoît XVI n’a jamais admis qu’en 1962, la bimillénaire Eglise catholique se coupe de la culture et de la force de son passé. Plus qu’une réconciliation avec les lefebvristes, il vise donc, par ce geste, une réconciliation de l’Eglise catholique avec elle-même. »

Le Spiegel en ligne du 15 avril, déjà cité, donne, sans indiquer ses sources, cette analyse qui aurait cours à Rome : « Une appréciation différente du Concile n’est ‘pas déterminante’ pour l’avenir de l’Eglise, parce que l’Eglise est plus que le Concile. La Fraternité Saint-Pie X ne soutient plus la position selon laquelle ce Concile devrait disparaître (elle ne l’a jamais soutenue, NDLR), elle a juste sa propre et légitime compréhension de la question. (…) Le cardinal allemand Josef Becker, qui a participé en tant que consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la foi aux entretiens avec la FSSPX, a déclaré récemment que, même s’il est difficile de concilier les deux positions, il faudrait ‘aussi essayer de comprendre’ l’autre. Il a plaidé pour que l’Eglise, de toute façon, se fasse un devoir de relire à nouveau tous les textes du Concile, afin d’en avoir la pleine compréhension aujourd’hui. (…) »

Mgr Bernard Fellay qui s’en tient uniquement à la réalité, écrivait le 14 avril aux membres de la Fraternité Saint-Pie X : « La presse fait état de la possibilité d’une issue positive imminente dans nos relations avec Rome, sans écarter pour autant la menace d’une condamnation définitive. La vérité est que rien n’est acquis, ni dans le sens d’une reconnaissance canonique, ni dans le sens d’une rupture, et que nous sommes dans l’expectative.

« Comme je l’ai écrit dans l’éditorial du dernier Cor unum (bulletin de la Maison généralice de la FSSPX, NDLR) deux principes nous guident : le premier est qu’il ne soit pas demandé à la Fraternité des concessions qui touchent la foi et ce qui en découle (liturgie, sacrements, morale, discipline). Le deuxième, qu’une réelle liberté et autonomie d’action soient concédées à la Fraternité, qui lui permette de vivre et de se développer concrètement. »

On comprend la prudence et la vigilance du Supérieur général de la Fraternité, lorsqu’on sait que sur plusieurs sites européens est actuellement diffusée une Note de la Commission Ecclesia Dei, datée du 23 mars, après la visite canonique de l’Institut du Bon Pasteur. – Dans ce document on peut lire que les professeurs du séminaire de Courtalain doivent faire porter leurs efforts « sur la transmission de l’intégralité du patrimoine de l’Eglise, en insistant sur l’herméneutique du renouvellement dans la continuité et en prenant pour support l’intégrité de la doctrine catholique exposée par le Catéchisme de l’Eglise catholique », plutôt que sur « une « critique, même ‘sérieuse et constructive’, du concile Vatican II ». Critique que le théologien John R.T. Lamont, professeur à l’Institut catholique de Sydney, invite pourtant à faire, en posant sur l’autorité magistérielle de Vatican II des questions qui rejoignent celles de la Fraternité Saint-Pie X. (Lire Les questions d’un théologien)

Sources : Figaro/Vie/Spiegel/ – FSSPX-MG/DICI n°253 du 20/04/12