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15 mai 2016

[Lux Mundi - Lettre des Dominicains du Saint Rosaire] La Miséricorde profanée


SOURCE - Lux Mundi - Lettre des Dominicains du Saint Rosaire - Pentecôte 2016

Il est aujourd’hui de bon ton, surtout dans les milieux ecclésiastiques, d’invoquer la miséricorde. En son nom, il faudrait tolérer tous les comportements, ignorer les insultes les plus criantes contre l’honneur de Dieu, laisser les hommes dans leur vie de péché, taire les droits de la vérité et de son Église. La miséricorde est profanée.
Or la véritable miséricorde se tient à l’opposé de ce relativisme.
   
Selon l’étymologie, la miséricorde est un cœur (corcordis, en latin) qui se penche sur une misère pour la soulager, jusqu’à la faire disparaître, autant que possible. Elle est la charité qui se porte sur les maux de son temps.
Pour en savoir plus, il suffit d’ouvrir l’Évangile selon saint Luc. A trois reprises, il présente les étapes de la miséricorde : elle voit le mal, elle est saisie de compassion et elle passe aux actes 1.
« IL VIT »
La miséricorde est d’abord une œuvre d’intelligence. Pour être miséricordieux en vérité, le chrétien doit poser sur les hommes et sur le monde un regard de foi ; il observe le mal de son temps à la lumière de Dieu. Ne pas voir la misère, c’est s’interdire la miséricorde.
D’emblée, la miséricorde évangélique se pose aux antipodes du libéralisme. Elle est même essentiellement anti-libérale. Le libéralisme prétend effacer les différences, ne voir dans le péché et dans l’erreur que des faiblesses, un moindre bien, une étape qui conduirait de soi à la vertu 2.
Pour évoquer un sujet d’actualité : le miséricordieux voit la vie maritale en dehors du mariage comme une offense à Dieu, la mort des âmes, une injure au sacrement de mariage, la contagion du vice, une révolution sociale. Et il en pleure.
« IL FUT ÉMU DE COMPASSION. »
Il ne suffit pas de voir. Pour être chrétienne, l’analyse des maux de notre temps doit avoir un écho, parfois même violent et douloureux, au plus profond de l’âme. La miséricorde est une compassion, au sens fort du terme : une participation intérieure à la souffrance de l’autre.
Mais l’émotion de la miséricorde n’est pas celle de la philanthropie. Elle n’est pas une réaction sentimentale et superficielle à quelque souffrance humaine, aussi forte soit elle. Les larmes de la miséricorde chrétienne naissent de la charité, elles sont théologales, en raison de Dieu.
La miséricorde apparaît de nouveau toute relative à la vérité. Compatir au péché d’autrui, ce n’est certainement pas l’encourager dans sa faute et en faire un « chemin de communion ». C’est se tenir face à la Majesté de Dieu, contempler la Sainteté offensée par la faute, deviner la peine terrestre et éternelle qui attend le pécheur endurci.
« … ET IL S’APPROCHA ».
L’authentique compassion prend les choses en mains. Elle agit, elle console, elle soulage, elle fait tout ce qui est en elle pour faire cesser le malheur.
Or le mal qui se tient à la racine de tous les autres, c’est de tourner le dos à la vérité de Dieu, c’est l’ignorance des païens, l’apostasie des baptisés, la foi timide des chrétiens. Voiler la divinité et la royauté de Notre Seigneur, c’est livrer le monde au pillage du démon comme le voyageur de Jéricho.
L’œuvre de miséricorde par excellence sera donc la miséricorde de la vérité, le témoignage de la foi, la prédication de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. L’œcuménisme et le libéralisme qui se taisent et maintiennent les hommes dans leurs illusions sont, non seulement des erreurs, mais encore la pire des cruautés.
Ainsi, la vérité est tellement liée à la miséricorde qu’on la retrouve à toutes les étapes. La foi fait saisir en profondeur le mal des âmes et des nations. La foi contemple la majesté et la sainteté de Dieu et se développe en compassion pour les pécheurs. Enfin, seule la prédication ferme et intégrale de la foi sortira les hommes du grand malheur dans lequel ils s’enferment, par leur ignorance involontaire ou coupable.
L’affligeante profanation de la miséricorde qui sévit de nos jours dans l’Église est permise par la Providence pour un plus grand bien : que les fidèles se laissent gagner par l’Esprit de Vérité et d’Amour, l’Esprit de sainteté qui fait les vrais miséricordieux.
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1 — Voir Lc 7, 11-14 (résurrection de fils de la veuve de Naïm) ; Lc 10, 30 et sq. (parabole du bon Samaritain) ; Lc 15, 11 et sq. (parabole de l’enfant prodigue). 2 — Tel est l’esprit général de l’exhortation apostolique Amoris lætitia du pape François.