18 février 2017

[Paix Liturgique] Sagesse africaine : «Un frère appuyé sur son frère est une citadelle imprenable»

Bénédiction de la chapelle
du séminaire diocésain de Parakou
en 2014 par Mgr Cattenoz.
SOURCE - Paix Liturgique - lettre 581- 8 février 2017

Mgr Pascal N’Koué, archevêque de Parakou au Bénin, a consacré l’éditorial du numéro de février 2017 de son magazine diocésain à la forme extraordinaire du rite romain. Publié par le Forum catholique et repris par Tradinews, nous vous invitons vivement à lire ce texte dans son intégralité (ici). Pour notre part, nous vous en proposons quelques morceaux choisis, suivis des réflexions qu’ils nous inspirent.

MORCEAUX CHOISIS ET COMMENTÉS DE L’ÉDITORIAL DE MGR N’KOUÉ
La Vie Diocésaine (diocèse de Parakou), février 2017.
a) « L’Archidiocèse de Parakou découvre petit à petit la forme extraordinaire du rite romain et s’en réjouit. »
Paix Liturgique : « Petit à petit ». Nous retrouvons dans cette formule de Mgr N’Koué la règle de la gradualité énoncée par M. l’abbé Tisma lors du premier congrès Summorum Pontificum chilien (voir notre lettre 519, du 1er décembre 2015). En procédant pas à pas, les pasteurs qui promeuvent la forme extraordinaire du rite romain œuvrent à son installation la plus paisible et durable, donc la plus fructueuse.
  
Nommé archevêque de Parakou par Benoît XVI en 2011, Mgr N’Koué avait déjà introduit la liturgie traditionnelle dans son diocèse précédent, celui de Natitingou. Appelé à l’épiscopat en 1997, à l’âge de 38 ans, Mgr N’Koué s’était vite affirmé comme un pasteur dynamique, entreprenant et traditionnel. Dans le cadre du motu proprio Ecclesia Dei, il avait notamment fait venir la Fraternité Saint-Pierre dans le diocèse dès 2003.
b) « C’est surtout à partir du 2 juillet 1988, avec le motu proprio Ecclesia Dei (voir ici) que le Pape Jean Paul II a demandé à l’Église entière de respecter en tous lieux le désir de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine de saint Pie V. Le Pape Jean-Paul II nous demandait même de faire une application large et généreuse des directives déjà publiées par le Siège Apostolique concernant l’usage de ce Missel Romain, selon l’édition vaticane de 1962. Ce rite de saint Pie V ou plus exactement de Jean XXIII a donc plein droit de cité dans l’Église. »
Paix Liturgique : « Une application large et généreuse ». Mgr N’Koué reprend ici l’expression utilisée par saint Jean-Paul II dans le motu proprio de 1988, à l’article 6, alinéa c : « On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l’usage du missel romain selon l’édition typique de 1962. » Ce souci du prélat de rappeler l’histoire du statut de la liturgie traditionnelle depuis la réforme liturgique est motivé par sa volonté de répondre à « ceux qui pensaient que ce rite tridentin était formellement interdit, définitivement mort et enterré, parce qu’il était, pensait-on, en opposition avec la messe de Paul VI » alors que, comme l’a clairement stipulé Benoît XVI en 2007 : « ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé » même si de nombreux prêtres et fidèles en ont été privés pendant des décennies.
c) « Cet attachement à l’ancien rite, quand il est vécu en communion avec saint Pierre de Rome, est un enrichissement inouï. Il a formé pendant deux millénaires de nombreux saints. Il a modelé pendant des siècles le visage de l’Église. Il est riche sous l’angle de ses prières d’offertoire, par ses nombreuses génuflexions en signe d’humilité : "l’homme n’est grand qu’à genoux", par la multiplicité des signes de croix avec la main pour rappeler constamment la puissance de la croix du Christ comme instrument de notre salut, par l’ensemble des gestes et symboles mystagogiques, par le mode de communion demandé aux fidèles. Ce rite nous plonge d’emblée dans le mystère insondable du Dieu invisible, nous place devant sa majesté et nous pousse à confesser humblement notre indignité devant sa transcendance. L’Eucharistie, n’est-elle pas à la fois sacrifice de louange, d’action de grâce, de propitiation et de satisfaction ? »
Paix Liturgique : En quelques lignes, qu’il précise un peu plus loin en insistant sur le caractère sacrificiel de la messe, Mgr N’Koué résume la quintessence de la liturgie latine traditionnelle et de sa valeur théologique et salvifique. Difficile de mieux dire.
  
Profitons toutefois de l'occasion pour rappeler ce que, dans le même ordre d'idées, le cardinal Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, écrivait dans Dieu ou rien (Fayard, 2015) : « Il est probable que dans la célébration de la messe selon l’ancien missel, nous comprenions davantage que la messe est un acte du Christ et non des hommes. De même, son caractère mystérieux et mystagogique est perceptible de façon plus immédiate. Même si nous participons activement à la messe, cette dernière n’est pas notre action, mais celle du Christ. »
d) « J’ai entendu le cardinal Bernardin Gantin dire : "Nous les Africains qui avons connu ce rite ancien, nous en avons tous la nostalgie". En effet, le prêtre y apparaît comme l’homme du sacré, l’homme qui oriente l’humanité vers le Ciel. »
Paix Liturgique : Figure de l’épiscopat africain, le cardinal Gantin (1922-2008), Béninois comme Mgr N’Koué, a été au nombre des Pères conciliaires. Préfet de la Congrégation pour les Evêques de 1984 à 1998, il fut amené, le 1er juillet 1988, à prononcer l’excommunication de Mgr Lefebvre à l’issue des sacres de 1988. En 1997, c’est lui qui consacra Mgr N’Koué évêque de Natitingou. Il n’y a donc pas lieu de douter de la véracité des propos que rapporte Mgr N’Koué. En établissant un lien direct entre « le rite ancien » et le prêtre perçu par les Africains comme « l’homme qui oriente l’humanité vers le Ciel », l’évêque de Parakou donne à la « nostalgie » évoquée par le cardinal Gantin tout son sens : cette nostalgie, c’est celle de la transcendance perdue par la forme ordinaire, dans laquelle « le prêtre est plus porté à être un animateur de communauté »...
e) « Comme vous le voyez, c’est tout catholique qui devrait aimer les deux rites : celui de saint Pie V et celui de Paul VI. Ces deux formes sont valables et doivent être célébrées avec foi et piété. "Les deux Missels romains, bien que séparés par quatre siècles, gardent une tradition semblable et égale"(PGMR n°6). Ils peuvent donc coexister pacifiquement et s’enrichir mutuellement. Ils sont comme deux frères. Et "un frère appuyé sur son frère est une citadelle imprenable" (Prov.18, 19). Il est temps qu’on cesse de s’exclure réciproquement, de se persécuter et de faire saigner inutilement le cœur du Christ. L’eucharistie n’est pas faite pour diviser mais pour unir. »
Paix Liturgique : « Il est temps qu’on cesse de s’exclure réciproquement, de se persécuter et de faire saigner inutilement le cœur du Christ. » Pour nous, qui défendons la valeur théologique et cultuelle de la forme traditionnelle, mais qui estimons qu’il faut le faire pacifiquement, nous saluons la forte exhortation à la paix liturgique et à l’unité des fidèles de Mgr N’Koué, pasteur authentiquement soucieux de toutes les âmes qui lui sont confiées. Il l’illustre par cette belle image du « frère appuyé sur son frère » tirée du livre des Proverbes. Même si ce n’est pas exactement le propos de l’évêque de Parakou, ce pourrait être une belle allégorie d’une vraie « réforme de la réforme », dans laquelle le rite réformé se renouvellerait en s’appuyant sur le rite ancien.
f) « Sans nier l’importance des langues parlées, un peu de latin ne peut que faire du bien à nos liturgies. Les Papes et les Conciles n’ont jamais cessé de recommander l’usage de cette langue à la fois immuable et universelle dans la prière officielle de l’Église. Nous faisons partie de l’Église latine, nous l’oublions trop souvent. Le latin liturgique était un facteur d’universalité et même d’unité dans l’Église d’hier. Pourquoi ne le serait-il pas dans l’Église d’aujourd’hui et de demain. Les essais d’inculturation hâtifs et superficiels, excluant trop vite le latin, ont souvent provoqué une altération de la foi catholique dans nos Assemblées. »
Paix Liturgique : « Nous faisons partie de l’Église latine. » Il fallait au moins un archevêque africain pour nous rappeler ce caractère indélébile de notre foi catholique « et romaine » ! Cette défense de la latinité par Mgr N’Koué est d’autant plus forte qu’elle fait suite à un passage dans lequel il évoque « l’ambiance inhabituelle de recueillement » qui « frappe souvent celui qui assiste pour la première fois à cette messe ». L’enjeu, selon lui, est de remédier à « l’altération de la foi » en remettant le mystère au centre de la célébration eucharistique : « Vouloir évacuer le mystère de la célébration eucharistique, c’est oublier que c’est précisément le grand mystère de la foi : "Mysterium fidei" ! » écrit-il peu avant.
g) « S’il fallait schématiser ces deux formes, ce qui est forcément réducteur, on pourrait dire que la forme ordinaire ressemble plus à la sainte Cène du Jeudi Saint, alors que la forme extraordinaire insiste plus sur le Vendredi Saint, au pied de la Croix du Golgotha. S’il y a eu ces deux moments c’est qu’ils nous sont nécessaires. Gardons-les. Dieu ne permet rien pour rien. »
Paix Liturgique : C’est en effet « forcément réducteur » mais il est évident que la messe de Paul VI a été voulue pour rapprocher le culte catholique de « la sainte Cène » des protestants. Sans rappeler les dérives auxquelles a conduit cet infléchissement, profitons-en pour méditer cet avertissement du cardinal Sarah dans Dieu ou rien : « Si les célébrations eucharistiques se transforment en des autocélébrations humaines et en des lieux d’application de nos idéologies pastorales et d’options politiques partisanes qui n’ont rien à voir avec le culte spirituel à célébrer de la façon voulue par Dieu, le péril est immense. Car, alors, Dieu disparaît. »
h) « Comment commencer à comprendre et à célébrer les rites réformés dans l’herméneutique de la continuité si l’on n’a jamais fait l’expérience de la beauté de la tradition liturgique que connurent les Pères du Concile eux-mêmes et qui a façonné tant de saints pendant des siècles" ? Au grand Séminaire "Providentia Dei" et au Monastère des Sœurs Contemplatives de Jésus Eucharistie, la forme extraordinaire est célébrée et promue. »
Paix Liturgique : Notons au passage que ce sont deux prêtres français, l’un et l’autre largement « spécialisés » dans la célébration de la forme extraordinaire, qui officient, l'un comme supérieur du Séminaire diocésain (abbé Denis Le Pivain, du diocèse d’Avignon) et l'autre comme aumônier des Sœurs Contemplatives de Jésus Eucharistie (abbé Laurent Guimon, du diocèse de Versailles).
La question posée par Mgr N’Koué sonne comme une explication aux difficultés que rencontre la « réforme de la réforme » et, notamment, à la violente fin de non-recevoir opposée à l’appel du cardinal Sarah à célébrer ad Orientem, comme aussi le coup de frein donné à la révision les traductions liturgiques en langues vernaculaires parfois très défectueuses. L'expérience prouve qu'il est vain de vouloir faire «célébrer les rites réformés dans l’herméneutique de la continuité» sans avoir offert «expérience de la beauté de la tradition liturgique que connurent les Pères du Concile eux-mêmes»! Ce n’est évidemment pas le cas de Mgr N’Koué qui, parce qu’il soutient la forme extraordinaire dans son diocèse, en particulier au séminaire diocésain, a invité dans son message pour l’Avent 2016 (à lire ici), ses ouailles à «un tournant irréversible», à savoir abandonner «la messe face à face pour mieux goûter Dieu dans le silence».

[Paix Liturgique] Rencontre avec Aurelio Porfiri: «Servir Dieu dans la liturgie au meilleur de mes capacités»

Le maestro Porfiri dirigeant un chœur
à Macao et, à droite, assis à l'orgue
de la chapelle Sixtine.
SOURCE - Paix Liturgique - lettre 582 - 14 février 2017

Lors de la conférence de presse annonçant les 10 ans du motu proprio Summorum Pontificum à Rome, le Cœtus Internationalis Summorum Pontificum a communiqué avoir commandé la création d’une œuvre musicale originale pour la messe pontificale qui sera célébrée à Saint-Pierre le samedi 16 septembre 2017, à 11 heures. Cette initiative, rare dans le paysage de la musique sacrée moderne, témoigne que la liturgie romaine traditionnelle est une source d’inspiration qui ne saurait tarir.
    
Pour en savoir plus sur cette initiative historique, nous avons rencontré le maestro Aurelio Porfiri, qui composera et dirigera cette œuvre en hommage au motu proprio du pape Benoît XVI.
I – NOTRE ENTRETIEN AVEC LE MAESTRO PORFIRI
1) Aurelio Porfiri, comment est née votre vocation musicale ?
Aurelio Porfiri : J’étais tout petit enfant quand, dans une galerie commerciale, j’ai vu un orgue électronique, de ceux qu’on voyait dans les années 80. Je l’ai mis en haut de ma liste de cadeaux pour Noël et mes parents m’ont exaucé. Tout a commencé avec ce cadeau et la passion qui me portait à passer des heures et des heures à son clavier ou à celui de l’harmonium de la paroisse pour trouver de nouvelles mélodies, de nouveaux accords, de nouvelles créations.
2) Quel a été votre parcours artistique et professionnel ?
Aurelio Porfiri : J’ai étudié l’orgue, la composition et la direction de chœur. Après mon diplôme au conservatoire, j’ai travaillé dans de nombreuses églises et basiliques romaines comme Santa Maria in Trastevere, San Crisogono, Santa Susanna et d’autres. J’ai aussi été organiste substitut à Saint-Pierre pendant plusieurs années, jusqu’en 2008, année de mon départ pour la Chine. De 2008 à 2015, j’ai en effet vécu et travaillé à Macao, une période qui m’a profondément marqué. Rentré à Rome en 2015, dans mon quartier natal du Trastevere, je me consacre désormais à des projets qui me sont chers, qu’il s’agisse de compositions, d’articles, de livres, etc.
3) Comment êtes-vous arrivé à la musique sacrée ?
Aurelio Porfiri : Je crois vraiment que cela a été un appel. J’étais dans une paroisse où l’on jouait les chansonnettes des dernières décennies et je sentais que j’avais besoin de quelque chose de plus profond, d’une nourriture plus riche. D’une rencontre à l’autre, profitant d’opportunités qui se présentaient, j’ai connu mes premières expériences de musique sacrée, et voilà !
4) En plus d’être musicien, vous êtes l’auteur de nombreux articles et livres et l’éditeur de textes liturgiques, théologiques et spirituels, Vous venez en particulier de lancer une revue de liturgie en ligne, dont le numéro 2 vient de sortir : pouvez-vous nous la présenter ?
Aurelio Porfiri : Altare Dei, c’est son titre, entend constituer un pont entre les mondes catholiques européen et anglo-saxon. La revue est à télécharger en PDF et offre les contributions de spécialistes reconnus de liturgie, de musique sacrée et de culture catholique. En outre, elle comporte à chaque fois un supplément musical avec les partitions de morceaux de musique sacrée de compositeurs contemporains. Elle est en vente sur le site Choralife.
5) En 2011, Riccardo Muti se plaignait des chansonnettes à la messe et plaidait pour le retour « au grand patrimoine musical chrétien » : selon vous, la forme extraordinaire peut-elle concourir à la restauration du chant liturgique dans les célébrations de la forme ordinaire ?
Aurelio Porfiri : Elle le pourrait si la synergie voulue par Benoît XVI existait vraiment. Mais soyons honnêtes et réalistes : cette synergie n’existe pas ! Il y a toujours deux Églises, comme c’était le cas avant Summorum Pontificum : une Église qui, de façon gramscienne, a pris le contrôle des leviers du pouvoir ; et une autre qui continue à résister, avec plus ou moins de succès...
6) Cette année marque le dixième anniversaire du motu proprio Summorum Pontificum que vous venez de citer. L’enrichissement mutuel que Benoît XVI appelait de ses vœux est-il souhaitable et possible dans le domaine musical ?
Aurelio Porfiri : Je l’espère et j’y crois beaucoup. Hélas, les résistances sont fortes et nombreuses, de toutes parts. Certaines positions sont difficiles à concilier tant certains esprits sont fermés. Je demeure toutefois convaincu de la grande justesse de l’intuition de Benoît XVI.
7) Le 16 septembre 2017, vous dirigerez en la basilique Saint-Pierre de Rome la messe des célébrations officielles du dixième anniversaire du motu proprio. Vous travaillez même à la composition d’une messe originale pour l’occasion, ce qui est rare de nos jours, qu’il s’agisse d’ailleurs de l’une ou l’autre forme du rite romain. Nous voyons dans cette initiative la preuve de l’éternelle jeunesse de la liturgie traditionnelle : est-ce bien le cas ?
Aurelio Porfiri : Non, vous ne vous trompez pas. Nova et vetera : il s’agit bien là de l’éternelle jeunesse de la Tradition qui, aujourd’hui encore, nous parle et nous invite à sortir de nos écrins l’ancien qui sert de modèle au nouveau et le nouveau qui fait revivre l’ancien. C’est un défi difficile qui m’a été lancé et je sais que j’aurai du mal à satisfaire tous les observateurs. Mais peu m’importe en fait si je parviens à être artistiquement honnête et à servir Dieu dans la liturgie au meilleur de mes capacités.
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
 1) Depuis février 2016, notre édition italienne est heureuse d’offrir à ses lecteurs une série d’articles signés du maestro Porfiri qui portent sur la question du rapport entre la musique sacrée et la liturgie.Dans ces articles, Aurelio Porfiri offre, à la lueur de la constitution conciliaire sur la sainte liturgie, une réflexion argumentée qui prend appui sur le riche magistère musical des papes du XXème siècle, en particulier le motu proprio Tra le sollecitudine de saint Pie X de novembre 1903, la constitution apostolique Divini Cultus Sanctitatem de Pie XI de novembre 1928 et l’encyclique Musica Sacræ Disciplinæ de Pie XII de décembre 1955. Jusqu’ici, il a abordé les thèmes de la participation, de la solennité, de l’enrichissement du répertoire, de la distinction fondamentale entre chant religieux et chant liturgique et de leur regrettable confusion depuis la réforme liturgique, des antiphones, tandis que le prochain article portera sur le rôle missionnaire de la musique sacrée.
   
2) Les deux premiers numéros d’Altare Dei, la revue numérique dirigée par le maestro Porfiri rassemblent des auteurs qui comptent dans le paysage liturgique actuel comme le professeur Fagerberg, de l’université de Notre-Dame, qui y tient une rubrique sur la théologie de la liturgie ou le professeur Kwasniewski, promoteur infatigable de la forme extraordinaire du rite romain. Du côté musical, Monseigneur Miserachs Grau, directeur depuis 40 ans de la chapelle Liberiana de la basilique Sainte-Marie-Majeure, et l’abbé Friel, jeune organiste et compositeur du diocèse de Philadelphie, entourent Aurelio Porfiri. En plus des articles de fond, le magazine propose des rencontres comme celle avec Mgr Marchetto, historien du Concile de tendance « herméneutique de la continuité », et des témoignages comme celui du compositeur Colin Mawby. Enfin, et c’est semble-t-il la grande originalité d’Altare Dei nous disent les spécialistes de musique sacrée, chaque numéro comporte un cahier de 5 à 7 partitions de musique sacrée contemporaine. Au prix de 6 euros l’exemplaire, c’est certainement un cadeau aussi utile qu’abordable pour l’organiste de votre lieu de culte !
    
3) Dans ses réponses à nos questions 5 et 6, Aurelio Porfiri laisse transparaître un pessimisme certain. Au-delà de la sensibilité de l’artiste, avouons que cette humeur est hélas celle qui habite de nombreux catholiques vivant à Rome, ecclésiastiques comme laïcs. Le pontificat de Benoît XVI a en effet suscité un grand enthousiasme parmi les tenants de la forme ordinaire que sa démission suivie de l’arrivée du pape François, peu intéressé par les enjeux liturgiques, ont souvent transformé en déception. Forts de notre expérience du sort réservé à la liturgie traditionnelle au cours du dernier demi-siècle, nous ne pouvons qu’encourager nos frères « ordinaires » blessés par l’arrêt brutal de la réforme de la réforme – comme le sort réservé à l’appel du cardinal Sarah à célébrer ad Orientem vient de l’illustrer tristement – à ne pas se laisser démoraliser par les vents contraires. En effet, et même si le temps de Dieu n’est pas celui des hommes, quand les hommes s’emploient avec patience et constance à œuvrer ad majorem Dei gloriam, alors le Bon Dieu finit toujours par donner à leurs âmes en peine le réconfort dont elles ont tant besoin.
     
4) « On parle d'une via pulchritudinis, une voie de la beauté qui constitue dans le même temps un parcours artistique, esthétique, et un itinéraire de foi, de recherche théologique » expliquait Benoît XVI devant 263 artistes contemporains réunis dans la Chapelle Sixtine le 21 novembre 2009. Il poursuivait en citant Simone Weil : « Dans tout ce qui suscite en nous le sentiment pur et authentique de la beauté, il y a réellement la présence de Dieu. Il y a presque une incarnation de Dieu dans le monde, dont la beauté est le signe. La beauté est la preuve expérimentale que l'incarnation est possible. C'est pourquoi chaque art de premier ordre est, par essence, religieux ». En 2015, devenu pape émérite, il confiait qu’il appliquait particulièrement cela à la musique sacrée : « La musique sacrée occidentale est pour moi la démonstration de la vérité du christianisme. Il n’est pas nécessaire de l’exécuter toujours et partout, mais il serait dommage de la faire disparaitre totalement de la liturgie. Sa présence permet une participation spéciale à la célébration et au mystère de la foi. » (discours à Castelgandofo du 4 juillet 2015)

17 février 2017

[Lettre à Nos Frères Prêtres] Neuf sondages pour l'histoire

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - décembre 2016

Il existe une querelle dans l’Église de France. Cette querelle n’est certes pas la seule, mais elle est bien présente, et cacher la poussière sous le tapis n’aidera pas à la résoudre. Cette querelle est celle de la demande de la liturgie traditionnelle (« rite extraordinaire »). Les uns disent : « Si la messe traditionnelle était proposée de façon large et accessible, elle rallierait de nombreux fidèles ». D’autres rétorquent : « En fait, la demande est marginale et, quand on propose une telle messe, elle ne bénéficie que d’un succès d’estime ». Comment les départager?
      
On peut noter, tout d’abord, que les propositions concrètes de célébration de la messe traditionnelle sont, le plus souvent, très insatisfaisantes. Le rédacteur de ces lignes habite à côté d’un lieu où cette messe est célébrée chaque dimanche dans le cadre diocésain, et attire un nombre non négligeable de fidèles. Malheureusement, cette messe est supprimée durant l’été, ce qui disloque annuellement la communauté. Et, ordinairement, à travers la France, les conditions sont pires : célébration dans un lieu excentré, irrégulière, par des prêtres qui connaissent mal ce rite, etc. Ce n’est pas toujours le cas, mais ça l’est néanmoins souvent. Le jeu n’est donc nullement égal entre le « rite ordinaire » et le « rite extraordinaire », et permet difficilement la comparaison.
     
L’association « Paix liturgique » (www.paixliturgique.com) a tenté d’éclairer cette querelle par un autre biais, indépendant de la bonne ou mauvaise volonté des uns et des autres : celui de sonder, non pas la réalité déjà effective de la messe traditionnelle, mais la demande qui pourrait en être faite. Elle publie ainsi un petit ouvrage de 78 pages sous le titre Neuf sondages pour l’histoire.
     
Sont donc présentés et commentés trois sondages réalisés en France (successivement en 2001, en 2006 et en 2008), un sondage en Italie (2009), un en Allemagne (2010), un au Portugal (2010), un en Grande-Bretagne (2010), un en Suisse (2011) et un en Espagne (2011). Les organismes de sondage sont réputés et bien implantés dans les divers pays (Ipsos, CSA, Doxa, Harris Interactive, Démoscope). Le questionnaire, l’échantillon et la ventilation des résultats sont évidemment réalisés selon des méthodes scientifiques reconnues.
     
Les questions varient selon les époques et les lieux (suivant, par exemple, qu’on se situe avant ou après le Motu proprio de 2007), mais une question à peu près identique est posée de façon récurrente : « Si, près de chez vous, était célébrée une messe selon le rite traditionnel, y assisteriezvous ? ». Or, dans chaque pays, ou à chaque époque pour les trois sondages français, une part non négligeable des personnes sondées a répondu « Certainement » (la réponse la plus forte) ou « Probablement », avec des scores dépassant systématiquement les 25 %.
      
Nous savons que les sondages ne sont pas la réalité, mais seulement une photographie de la réalité à un instant donné. Cependant, la constance de ce haut niveau de réponses à travers le temps et l’espace constitue un fait objectif qu’un esprit sérieux ne peut omettre de considérer.

[Lettre à Nos Frères Prêtres] La ruine de la Chrétienté

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - décembre 2016

Puisque l’Église institution (ce que Luther appelle avec mépris « la papauté ») n’existe plus comme prolongement du Christ, le croyant (par la foi-confiance) se trouve seul devant Dieu. 
   
Il est éclairé extérieurement par la Bible (qu’il doit évidemment lire personnellement, d’où la nécessité de Bibles en langue vulgaire), et intérieurement par le Saint-Esprit, qui lui permet de discerner infailliblement dans la Bible ce qui convient à sa propre vie chrétienne. Comme l’écrit justement Boileau, « tout protestant fut pape, une Bible à la main».
Le combat contre l’Église catholique
L’Église catholique romaine est pour sa part, aux yeux de Luther, « la grande prostituée de Babylone », et il faut l’attaquer et l’annihiler par tous les moyens. Luther va ainsi multiplier les pamphlets, souvent orduriers, contre le pape et l’Église. Juste avant de brûler publiquement la bulle Exsurge qui condamne quarante et une de ses fausses propositions, il publie Contre l’exécrable bulle de l’Antéchrist. Les écrits : De la papauté romaine ; Prélude sur la captivité babylonienne de l'Église ; Le discours contre la papauté qui est à Rome ; Contre la papauté romaine fondée par le diable ; L’image de la papauté (illustré de scènes grivoises par le peintre Lucas Cranach, ami de Luther, dont celle du « pape-âne ») peuvent pour leur part être résumés par ce mot de 1529 : « Sous le papisme, nous étions possédés par cent mille diables ».
      
Un certain nombre de ses disciples, poussant jusqu’au bout ses principes erronés, vont détruire systématiquement les monuments catholiques, torturer et assassiner les évêques, les prêtres, les religieux et de très nombreux fidèles, sans compter les guerres atroces qu’ils déclencheront.
La déchristianisation de la société
Puisque la « hiérarchie » de l’Église est abolie par Luther, ses successeurs remettront en cause progressivement les autres pouvoirs humains : le protestantisme est d’essence révolutionnaire. Par ailleurs, chacun étant renvoyé à sa propre intériorité, sans médiation ecclésiale, il est logique de séparer radicalement la vie religieuse de la vie politique, par la laïcisation. Il n’est donc pas étonnant que, dans l’établissement de la République laïque en France, dans la mise en place de l’école sans Dieu, dans la montée de l’anticléricalisme, dans la séparation radicale de l’Église et de l’État en 1905, finalement dans la déchristianisation systématique, on trouve nombre de protestants, voire de pasteurs, au premier rang desquels Ferdinand Buisson, collaborateur de Jules Ferry.
L’Europe à feu et à sang, par la faute de Luther
Lorsque Martin Luther meurt, le 18 février 1546, l’Europe est à feu et à sang pour de longues années, à cause de lui. Des millions d’âmes ont apostasié de la foi catholique et quitté la voie du salut en raison de ses fausses doctrines et de ses exemples pernicieux. Même si l’Église va connaître, dans les années qui vont suivre, un magnifique renouveau grâce à une pléiade de saints et au grand mouvement réformateur dont le concile de Trente est le symbole ; même si d’immenses foules vont entrer dans l’Église grâce à un splendide travail missionnaire ; malheureusement, des nations entières, aveuglées, auront suivi les erreurs et mensonges de l’ancien moine augustin, et ne reviendront pas à la vérité salutaire.
L’ennemi de la grâce du Christ
Luther aura ainsi vraiment été l’ennemi de la grâce du Christ, qu’il prétendait pourtant honorer. Ce qui nous sépare de lui est donc beaucoup plus important que ce qui pourrait nous unir à lui. C’est pourquoi aucun catholique conscient de ce qu’il doit au Christ et à l’Église ne pourra jamais louer ou honorer en quoi que ce soit Luther

[Lettre à Nos Frères Prêtres] La destruction de la morale

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - décembre 2016

D’une façon générale, pour Luther, l’essentiel n’est pas d’éviter le péché, de combattre les tentations (c’est ce qu’il a fait durant sa période catholique, mais il estime, à tort, qu’il a échoué), puisque de toute façon l’homme reste intérieurement pécheur. Ce qui compte, c’est de s’agripper au manteau des mérites du Christ pour s’en envelopper et échapper ainsi, quoique toujours ennemi de Dieu, à la colère divine, Dieu voyant sur nous les mérites de son Fils bien-aimé.
« Pèche fortement »
C’est tout le sens de la maxime de Luther à Philippe Melanchthon, dans sa lettre du 1er août 1521 : Pecca fortiter, sed fortius fide (« Pèche fortement, mais crois plus fortement encore »). Voici d’ailleurs ce célèbre texte dans son intégralité : « Sois pécheur et pèche fortement, mais confie-toi et réjouis-toi plus fortement dans le Christ, vainqueur du péché, de la mort et du monde. Tant que nous serons ici-bas, il faut que le péché existe… Il nous suffit d’avoir reconnu l’Agneau qui porte les péchés du monde ; alors le péché ne pourra nous détacher de lui, irions-nous avec des femmes mille fois en un jour, ou y tuerions-nous mille de nos semblables ». Luther s’applique d’ailleurs à luimême cette doctrine : les bonnes œuvres, notamment les vœux monastiques, étant inutiles, il se
marie dès 1525 avec une ancienne religieuse, Catherine de Bora, dont il aura six enfants.
La bigamie de Philippe de Hesse
Il appliqua également ces principes à Philippe, landgrave de Hesse. En 1523, celui-ci s’était marié à Christine de Saxe, qui lui avait donné sept enfants. Mais il souhaitait faire un « second mariage légitime », c’est-à-dire pratiquer la bigamie. Philippe demanda donc aux chefs de la Réforme (il en était l’un des principaux soutiens) une autorisation écrite en ce sens. De nombreux indices montrent que Luther avait souvent donné oralement des autorisations de ce genre ; suivant son expression, c’étaient là des « conseils de confession ». En revanche, une autorisation écrite lui répugnait. Mais, en raison de la place que possédait dans la Réforme celui que les luthériens appelaient « le Magnanime », Luther signa avec Melanchthon, le 10 décembre 1539, cette autorisation de bigamie, que Bucer et d’autres contresignèrent ensuite. Le 4 mars 1540, le second mariage fut célébré en présence de Melanchthon, de Bucer et d’un représentant de l’électeur de Saxe.
     
Mais trop de personnes étaient dans le secret, en sorte que le bruit se répandit que Luther avait autorisé une bigamie en échange d’un tonneau de vin. Luther s’affaira pour qu’on ne reconnaisse rien, et qu’on nie l’existence de l’autorisation écrite. Le 15 juillet, il déclara aux conseillers du landgrave : « Quel mal y aurait-il à ce que, pour un plus grand bien, et en considération de l’Église chrétienne, on fit carrément un bon mensonge ? » Puis, dans une lettre à Philippe de Hesse luimême
: « S’il faut en venir à écrire, je saurai fort bien me tirer d’affaire et laisser Votre Grâce s’embourber » (cf. sur cet épisode, par exemple, Robert Grimm, Luther et l’expérience sexuelle, Labor et Fides, 1999, p. 305-311 – ouvrage publié grâce à une subvention de l’Église reformée évangélique du Canton de Neuchâtel et de l’Union synodale réformée évangélique Berne-Jura).

L’inutilité des bonnes œuvres, et en général de la morale 

On peut rapprocher de cette mise de côté de la morale la plus élémentaire le pamphlet qu’il avait publié en 1520, sous le titre La captivité de Babylone : « Tu vois comme le chrétien est riche ; même en le voulant, il ne peut perdre son salut par les plus grands péchés, à moins qu’il ne refuse de croire. L’incrédulité mise à part, il n’y a pas de péchés qui puissent le damner. Si la foi retourne aux promesses que Dieu a faites au baptisé, ou qu’elle ne s’en écarte pas, en un instant tous les péchés sont absorbés par elle, ou plutôt par la véracité divine ; car si tu confesses Dieu et que tu t’abandonnes avec confiance à ses promesses, il ne peut se renier lui-même ».

[Lettre à Nos Frères Prêtres] La haine du prêtre apostat contre la messe

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - décembre 2016

Selon la théologie de Luther, puisque l’âme du chrétien n’est pas transformée par la grâce, les sacrements n’opèrent plus rien de réel en elle.
La modification de la messe et des sacrements 
En vérité, les sacrements ne transmettent plus la grâce, ils se contentent de signifier et de réchauffer la « foi-confiance » en la rémission de nos péchés. Ne doivent donc être conservés que les sacrements qui produisent cet effet psychologique. Pour Luther, le seul véritable sacrement est le baptême, même s’il admet qu’on puisse conférer la confirmation, l’extrême-onction, voire la pénitence, si on les comprend comme des « excitateurs de la foi » et non des sources de grâce.
   
Pour la même raison, l’idée de la messe comme renouvellement non sanglant du sacrifice du Christ, qui nous en applique quotidiennement les mérites, perd toute signification. Seul sera conservé un mémorial de la Cène, pour nous faire souvenir de l’unique sacrifice du Christ sur la croix et raviver notre foi-confiance en sa rédemption. C’est ainsi que Luther va progressivement modifier la messe, d’abord en 1523 avec son Court exposé de la messe et de la communion, ensuite en 1526, avec La Messe allemande et l’ordre du service de Dieu.
Les imprécations de Luther contre la messe catholique
Toutefois, Luther ne se contente pas de cette mise à l’écart de la messe. Piètre théologien, mais doué de l’instinct des révolutionnaires, il a perçu qu’il frapperait au cœur de l’Église catholique en démolissant la messe. Prêtre en rupture de ban, moine infidèle à ses vœux, il finit par développer une haine véritablement pathologique à l’égard du saint sacrifice. Ses mots à ce sujets sont effrayants : « La messe, déclare-t-il en 1521, est la plus grande et la plus horrible des abominations papistes ; la queue du dragon de l’Apocalypse ; elle a déversée sur l’Église des impuretés et des ordures sans nom ». « C’est l’injure la plus abominable, la honte la plus effroyable que l’on puisse faire à Notre Seigneur Jésus-Christ et à Dieu le Père lui-même ». « La prêtraille va à la messe comme des cochons à leur auge ». Et il renchérit en 1524 : « Oui, je le dis : toutes les maisons de prostitution, que pourtant Dieu a sévèrement condamnées, tous les homicides, meurtres, vols et adultères sont moins nuisibles que l’abomination de la messe papistique ». Et il conclut : « Quand la messe sera renversée, je pense que nous aurons renversé toute la papauté. Car c’est sur la messe, comme sur un rocher, que s’appuie la papauté tout entière avec ses monastères, ses évêchés, ses collèges, ses autels, ses ministères et doctrines, c’est-à-dire avec tout son ventre. Tout cela s’écroulera nécessairement, quand s’écroulera leur messe sacrilège et abominable ».
La suppression du sacrifice par l’abolition de l’offertoire
Ce que veut Luther, c’est réaliser la négation pratique de la dimension sacrificielle de la messe ; et la partie qu’il vise est l’offertoire : « Nous déclarons en premier lieu que notre intention n’a jamais été d’abolir absolument tout le culte de Dieu, mais seulement de purger celui qui est en usage de toutes les additions dont on l’a souillé (…) Je parle de cet abominable Canon qui est un recueil de lacunes bourbeuses : on a fait de la messe un sacrifice, l’on a ajouté des offertoires (…). La messe n’est pas un sacrifice ou l’action du sacrificateur. Regardons-la comme sacrement ou comme testament. Appelons-la bénédiction, eucharistie, ou table du Seigneur (…). Qu’on lui donne tout autre titre qu’on voudra, pourvu qu’on ne la souille pas du titre de sacrifice ou d’action ». Et donc, quand il arrive à cet endroit dans sa description de la messe, voici ce qu’il en dit fort logiquement : « Suit toute cette abomination à laquelle on assujettit tout ce qui précède. On l’appelle offertoire, et tout ressent l’oblation (…) C’est pourquoi rejetant tout ce qui ressent l’oblation avec le Canon, nous retenons ce qui est pur et saint, et nous commençons ainsi notre messe… »

[Lettre à Nos Frères Prêtres] La nouvelle théologie luthérienne

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - décembre 2016

En 1515, Luther commence, dans le cadre de son enseignement, à commenter les épîtres de saint Paul, et notamment la première d’entre elles selon l’ordre de la Bible, l’épître aux Romains, d’une immense richesse, d’une fulgurance incroyable, mais aussi d’une difficulté redoutable de compréhension. A partir de ce qu’il croit comprendre de ce texte, uniquement selon son sens propre et sans se référer à la tradition ecclésiastique, et principalement en fonction de son problème inté- rieur (« Puis-je être sauvé alors que je ressens encore des tentations ? »), Luther élabore une nouvelle théologie chrétienne qui, dès ce moment, est radicalement incompatible avec celle de l’Église catholique, même si la rupture extérieure et publique va prendre un certain temps.
La doctrine catholique de la grâce
Selon la doctrine catholique, en effet, grâce aux mérites du Christ, l’homme qui accepte la Révélation divine par la foi et qui, mû par l’espérance du salut divin, veut se repentir de ses péchés et se tourner vers Dieu, obtient par la grâce que ses péchés lui soient ôtés, que son âme soit régénérée et sanctifiée en sorte qu’il devient, selon le mot de saint Pierre, « participant de la nature divine » (2 P 1, 4). Le chrétien qui vit de la charité est donc, ainsi que le dit souvent saint Paul, un « saint », parce qu’il a été purifié, sanctifié intérieurement, et qu’il est devenu l’ami de Dieu par une ressemblance effective. Et, étant l’ami de Dieu, il fait spontanément les œuvres de Dieu, les bonnes œuvres de la vertu, qui lui méritent, par la grâce du Christ présente en lui, le salut du Paradis.
La nouvelle doctrine luthérienne de la «foi-confiance»
Luther rejette cette vérité. Pour lui, selon qu’il le ressent psychologiquement, le fait d’avoir embrassé la foi et la vie chrétienne n’ôte pas de l’âme le péché [en réalité, il s’agit de la tentation, qui n’est pas péché si l’on n’y consent point]. Pour Luther, le chrétien reste, en fait, toujours pécheur et ennemi de Dieu, son âme demeure tout à fait corrompue. Mais comme le Christ a mérité par la croix le salut pour les hommes, si par la « foi » (qui consiste selon Luther en une confiance dans ce salut obtenu par le Christ), je crois fermement que je suis sauvé, alors le manteau des mérites du Christ recouvre les souillures de mon âme, et le Père, voyant ce manteau sur moi, m’agrée pour le Paradis. Les bonnes œuvres n’ont donc aucun pouvoir de mérite, puisque l’homme reste toujours pécheur, mais elles encouragent le chrétien à persévérer dans la « foi-confiance ».
Le rejet de l’Église 
Tel est le cœur de ce que Luther appelle « la vérité de l’Évangile ». De là découle naturellement le reste de son système. Et en premier lieu, la remise en cause de l’Église institutionnelle. Celle-ci n’est pas divine, d’abord parce qu’elle prétend que l’homme peut se sauver par les bonnes œuvres, alors que, comme Luther en a fait l’expérience, ces bonnes œuvres sont incapables d’ôter le péché [redisons-le, il s’agit de la tentation, qui n’est pas péché si l’on n’y consent point] ; ensuite parce qu’elle a abandonné la « vérité de l’Évangile », à savoir le salut par la seule « foi-confiance ».
   
Par circularité, ce rejet de l’Église justifie la démarche luthérienne, à qui l’on pourrait reprocher d’inventer un nouvel Évangile, ce qui est la définition de l’hérétique. Mais puisque l’Église elle-même a trahi la « vérité de l’Évangile », il est logique et nécessaire que Luther, par un « libre examen » de l’Écriture, retrouve cette vérité et la transmette au peuple de Dieu égaré par une hiérarchie illégitime. « A moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes — car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu'il est évident qu'ils se sont souvent trompés et contredits — je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien » (déclaration de 1521 devant la Diète de Worms présidée par Charles-Quint).

[Lettre à Nos Frères Prêtres] L'ennemi de la grâce du Christ

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - décembre 2016

En 2017, va être célébré le cinq centième anniversaire de l’affichage par le moine augustin Martin Luther, sur une église de Wittenberg, de 95 thèses qui, en particulier, condamnent la pratique des indulgences, telle que l’enseigne l’Église, mais également d’autres points touchant à la foi, comme le Purgatoire.
     
Cet acte public est considéré usuellement comme le début de ce qu’on appelle communément, mais faussement, la « Réforme », alors qu’il s’agit en vérité d’une révolution, d’une destruction de la véritable foi, d’une apostasie et d’une révolte contre Dieu et son Christ. Dès 1517, en réalité, et malgré les péripéties qui suivront, Martin Luther a rompu de cœur avec l’Église du Christ, et ne suit plus que ses vues personnelles erronées.
Le moine Martin Luther
Pourtant, Martin Luther fut auparavant un moine pieux et zélé. Né en 1483 d’une bonne famille chrétienne, Martin est attiré très tôt par la religion, le rapport avec Dieu, plus tard la théologie. Alors que son père souhaite qu’il devienne juriste, il décide de se faire moine augustin, entrant dans cet ordre en 1505. Ordonné prêtre en 1507 (il était déjà diplômé en philosophie), il obtient le doctorat en théologie en 1512. A partir de cette date, sa vie sera celle d’un enseignant et d’un prédicateur. 
     
Luther avait reçu une formation assez poussée, et il a certainement été influencé sur le plan intellectuel par la lecture de plusieurs grands auteurs, qu’il s’agisse d’Aristote, de Guillaume d’Ockham ou de Gabriel Biel. Mais il est clair que Luther recevait ces influences selon son propre tempérament, qui était très affirmé, comme sa carrière subséquente le montrera. Il est donc peu probable que le contact avec ces écrivains ait réellement été déterminant dans son évolution.
Un grand passionné
En fait, Luther était doté un tempérament riche et passionné, celui qui fait les grands hommes quand ceux qui en jouissent acceptent de le mettre au service de la vérité et du bien. Il possédait une nature réaliste et lyrique à la fois, puissante, impulsive, courageuse et douloureuse, sentimentale et presque maladivement impressionnable. Ce violent avait de la bonté, de la générosité, de la tendresse. Avec cela, un orgueil indompté, une vanité pétulante, une obstination coriace.
     
L’intelligence comme aptitude à saisir l’universel, à discerner l’essence des choses, à suivre les nuances du réel, n’était pas très forte chez lui : ce n’était pas un spéculatif, un métaphysicien. En revanche, il avait à un degré étonnant l’intelligence du particulier et du concret, une ingéniosité astucieuse et vivace, une capacité à discerner les forces et les faiblesses d’autrui, un art consommé de trouver les manières de se tirer d’embarras : c’était un remarquable esprit pratique.
     
Le corollaire d’un tel tempérament, ce sont les fortes tentations dont Luther était l’objet, sans doute en ce qui le concerne tentations contre la chasteté, attrait pour la bonne chère, propension à la colère, esprit d’indépendance, penchant à l’orgueil. Lorsqu’on affronte ces tentations et qu’avec la grâce du Christ on les surmonte, non seulement elles ne nous font pas déchoir, mais ce combat nous vaut des mérites, et la puissance de la passion maîtrisée vient donner de l’énergie à l’homme. C’est le sens de la parole de Hegel : « Rien de grand ne s’est fait sans passion ».
L’obsession du salut
Dans sa vie spirituelle, Luther veut sauver son âme, conformément à la parole de Jésus-Christ : « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? » (Lc 9, 25). C’est en soi une excellente chose. Pour cela, Luther veut éviter le grand ennemi du salut qui est le péché, la souillure morale. Mais, sur cette terre, à cause des suites malheureuses du péché originel, il est impossible de se prémunir contre toutes les tentations, et même contre tous les péchés, au moins véniels. C’est pourquoi un dicton spirituel inspiré de l’Écriture (Pr 24, 16) affirme très justement : « Le juste pèche sept fois par jour ».
     
Luther souffre des assauts de ces tentations, même s’il les repousse. Il voudrait, comme saint Pierre lors de la Transfiguration, être déjà parvenu à la vie céleste, avoir déjà « revêtu le Christ », se trouver dès maintenant dans un état de rectitude parfaite qui n’appartient pas à cette vie terrestre, sauf exceptions très particulières.
      
Luther étant doué d’une nature impatiente et impérieuse, son désir passionné de perfection, de sainteté immédiate, assurée et tranquille, provoque de continuels retour sur lui-même, et un profond sentiment de malaise intérieur. Il oublie, d’une part, qu’à tous les moments de sa vie il peut compter sur Jésus et sur sa grâce secourable et souveraine ; d’autre part, qu’en se reconnaissant humblement pécheur, en luttant chaque jour avec courage et persévérance, en recourant aux sacrements, en faisant pénitence, en priant la Vierge, bref en usant des moyens de salut toujours efficaces, il peut, avec la grâce de Dieu, progresser et se sanctifier.
     
A cause de cette discordance entre son désir du salut et la vie « militante » du chrétien sur cette terre, une certaine obsession du salut l’envahit, plus exactement l’obsession de la certitude de son salut : et parce que les tentations continuent à le harceler, créant chez lui un sentiment de culpabilité, il finit en quelque sorte par désespérer de la vie chrétienne, de l’efficacité de la grâce et des moyens ordinaires de la recevoir et de la conserver (prières, sacrements, jeûnes, etc.).
Préférer les consolations de Dieu au Dieu des consolations 
L’une des causes de cette sorte de désespoir est que Luther semble avoir recherché avant tout, dans sa vie spirituelle, ce que les auteurs appellent les « consolations sensibles », qu’il paraît s’être attaché trop fortement à ce goût expérimental de la piété, à ces assurances ressenties que Dieu donne quand il veut attirer une âme à lui, mais dont il la prive également quand il le juge opportun, car il n’y a là que des moyens pour aimer Dieu, et non des buts de la vie spirituelle.
      
Pour Luther, au contraire, tout le problème est de se sentir en état de grâce, de savourer sa propre sainteté. Il a dû ressentir certaines grâces mystiques, ces fruits cachés de la grâce du Christ, et il en garde une violente nostalgie, surtout lorsqu’il se trouve confronté aux tentations ordinaires, mesquines, agaçantes, humiliantes, de la vie chrétienne et religieuse.
      
Pour retrouver à tout prix cette sensation intérieure de joie et de plénitude, et c’est une autre cause de sa déviation, il s’appuie davantage sur ses forces personnelles, sur ses efforts, sur ses pénitences, que sur la grâce toute-puissante : il met en quelque sorte toute sa fougue naturelle à rechercher la perfection surnaturelle. 
     
Il pratique, en réalité, une forme subtile de pélagianisme, comptant sur ses propres œuvres. Et lorsque Dieu lui montre la vanité d’une telle démarche, dans le cadre des purifications que toute âme qui veut trouver Dieu doit subir, lorsqu’il voit mieux l’étendue de son péché par la lumière divine, alors son édifice de perfection semble chavirer, s’effondrer.
      
Ce pourrait être pour lui la nuit purificatrice si, comme le proposait saint Augustin, patron de son ordre religieux, il se quittait alors lui-même pour se jeter en Dieu comme dans l’océan de sainteté capable de laver tous les péchés de l’homme : « Vis fugere a Deo, fuge in Deum », « Veux-tu fuir devant Dieu (à cause de ton péché) ? Fuis en Dieu même ». Mais au lieu de cela, il quitte la prière et se réfugie dans l’action extérieure pour y trouver des consolations : la réussite, la gloire, etc. 
Un nouveau système religieux sur la base de son expérience 
Touché de cette sorte de désespoir, au lieu de réformer lui-même, de modifier humblement ses conceptions personnelles erronées avec l’aide d’un guide spirituel éprouvé, de retrouver ainsi la voie de la sanctification et de la perfection, il va élaborer une nouvelle théologie. 
     
C’est donc par rapport à lui-même, sur la base de sa vie intérieure personnelle, de son expérience spirituelle intime, que Luther va bâtir ce système religieux inédit, qui n’aura plus rien à voir avec l’enseignement de l’Écriture et de l’Église, ni avec la vérité du christianisme.

[Abbé Bouchacourt, fsspx - Lettre à Nos Frères Prêtres] Irresponsables?

SOURCE - Abbé Bouchacourt, fsspx - Lettre à Nos Frères Prêtres - décembre 2016

Le Pape François a déclaré récemment que les gouvernements avaient le devoir de calculer avec prudence leur capacité d'accueil vis-à-vis des étrangers. « Les gouvernants doivent être très ouverts à recevoir les réfugiés, mais aussi faire des calculs sur leur accueil, parce qu'on doit non seulement accueillir un réfugié, mais aussi l'intégrer ». Et il a ajouté : « Il n'est pas humain de fermer les portes et les cœurs, et à la longue, cela se paie politiquement. Tout comme peut se payer politiquement une imprudence dans les calculs, en recevant plus de personnes qu'on ne peut en intégrer ».
   
Il aura donc fallu plus de deux ans au Pape pour arriver à prononcer cette parole de simple bon sens : c’est aux gouvernements qu’il revient, dans une vue de prudence politique, de réguler l’immigration et de trouver des solutions à la fois sages, humaines et viables pour faire face à un afflux soudain d’immigrés. Mais, pendant ces deux ans, le Pape n’a cessé d’encourager à accueillir sans limite, n’a cessé de faire des reproches à ceux qui, à ses yeux, n’accueillaient pas suffisamment. Le résultat le plus tangible est que même des pays connus pour une large tradition d’accueil ont fermé brutalement leurs portes aux arrivants, sous la pression d’une population exaspérée.
   
Le Pape n’est malheureusement pas le seul à admonester les hommes politiques et la société civile : les évêques français s’en sont fait eux aussi une spécialité, comme le manifeste leur récent document intitulé Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique. Les évêques y dissertent gravement sur « le contrat social, le contrat républicain permettant de vivre ensemble sur le territoire national », y appellent à « gérer la diversité dans notre société », etc.
     
Ce « prêchi-prêcha » politico-moral n’a qu’un inconvé- nient, mais il est de taille : ceux qui l’assènent aux hommes politiques et à la société civile sont, au sens propre, des « irresponsables ». Ces bons apôtres de « l’accueil de l’autre » ne se confrontent absolument pas à la réalité politique, sociale, économique qu’impliquerait la mise en œuvre effective de leurs conseils utopiques.
   
L’Église a certes quelque chose à dire en politique. Mais d’abord, elle doit le faire sur la base de la foi catholique. Ensuite, elle doit le faire en respectant l’ordre de la charité, qui implique qu’on s’occupe d’abord du prochain le plus proche avant de s’occuper (sans le négliger) du prochain le moins proche. Enfin, elle doit le faire en tenant compte des réalités objectives (plus d’un million d’immigrés sont arrivés en Europe en quelques mois, et ce n’est certes pas anodin) auxquelles doit faire face tout dirigeant politique qui entend prendre au sérieux ses responsabilités politiques vis-à-vis de la communauté des citoyens.
   
Abbé Christian BOUCHACOURT

16 février 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Eglise conciliaire

SOURCE - Le Forum Catholique - 14 février 2017

Il me semble que cette expression d'Eglise conciliaire peut s'employer dans au moins trois sens différents.

1° Le premier sens est strictement chronologique et historique. L'Eglise conciliaire, ou post-conciliaire, est l'Eglise des années ou des décennies qui ont suivi l'événement conciliaire dont il est difficile de nier qu'il revêt une importance capitale. Il y a incontestablement à ce titre une Eglise conciliaire comme il y a une Eglise médiévale.
En ce sens, tous nous appartenons sans aucun doute à l'Eglise conciliaire.

2° Le deuxième sens est davantage sociologique et renvoie plutôt aux éléments qui, dans l'Eglise de l'époque considérée, entretiennent le plus fort rapport de conformité à cet événement conciliaire. 
L'Eglise conciliaire est alors l'Eglise en tant qu'elle correspond aux tendances identifiées comme conciliaires.
Il me semble que ce deuxième sens est lui aussi parfaitement justifié dans la mesure où il existe bel et bien des tendances, des pratiques, voire des mouvements organisés qui portent la marque du bouleversement consécutif au dernier Concile.
En ce sens, sont éminemment conciliaires le pontificat actuel ou le cardinal Kasper ; les traditionalistes quant à eux relèvent de l'Eglise conciliaire dans la mesure où ils entretiennent avec elle, sous des modalités diverses, un rapport d'opposition qui les rend, d'une manière originale, typiques de leur époque.

3° Le troisième sens est en quelque sorte théologique, il touche à la nature de l'Eglise, et il est certainement beaucoup plus difficilement acceptable : l'Eglise conciliaire serait l'Eglise nouvelle issue du dernier Concile, qui romprait à des titres divers avec l'Eglise catholique.
Ce troisième sens peut faire l'objet d'une interprétation progressiste et d'une interprétation traditionaliste : dans le premier cas, l'Eglise conciliaire est une sorte d'horizon d'attente, un projet à réaliser en "faisant Eglise", dans le second, l'Eglise conciliaire est un monstre qui tend dans les faits à se substituer à l'unique Eglise fondée par Jésus-Christ.
Il s'agit, dans un cas, de fonder une nouvelle Eglise, dans l'autre, de refuser à l'Eglise réelle sa qualité. 
Dans les deux cas, on tend à supprimer l'Eglise. 

C'est à cause de la troisième acception que l'usage de l'expression est devenu périlleux et risque de conduire à des malentendus et à des contresens. 
Mais il me semble également que ce n'est pas nécessairement à la lumière de ce troisième sens qu'il faut lire tous les usages qui ont pu en être fait de manière légitime pour refuser l'attitude d'une part considérable des membres de l'Eglise.

Peregrinus

15 février 2017

Tradinews - Liste des textes ajoutés récemment


[Candidus - Le Forum Catholique] Votre attitude démontre la nécessité d'une régularisation de la FSSPX

SOURCE - Candidus - Le Forum Catholique - 15 février 2017

Vous et moi avons quasiment le même âge. Nous étions adolescents lorsque Mgr Lefebvre a commencé à faire parler de lui dans l'Église. A cette époque, il n'y avait aucune ambiguïté : les traditionalistes ne demandaient qu'une seule chose : qu'on les laisse faire en paix "l'expérience de la Tradition", et cela leur fut refusé.
   
La condamnation de 1976 fut douloureuse pour ces catholiques qui étaient encore très romains, voire de tradition ultramontaine. Puis Jean-Paul II est venu et après un moment d'optimisme (visite canonique du cardinal Gagnon) où l'on a cru que la situation allait se rétablir et que l'on obtiendrait la possibilité de faire cette "expérience", on a dû déchanter. La situation de l'Église ne s'améliorait que marginalement, et une série d'actes problématiques tel que celui d'Assise furent à l'origine des consécrations de 1988 et des excommunications.
   
Plus encore que les actes et enseignements problématiques de Jean-Paul II, ce qui a entraîné l'évolution du monde traditionaliste fut l'apparition d'une nouvelle génération. Des néo-tradis qui n'avaient aucune expérience de la romanité, qui ne savaient qu'abstraitement que l'Église était fondée sur un ordre canonique objectif.
   
Ces néo-tradis ont grandi dans une Tradition assiégée. Ils ont vécu en vase clos, ont fréquenté les "écoles de la Tradition", les mouvements de jeunes de la Tradition, etc. Insensiblement ils se sont habitués à se passer de Rome et à vivre dans une paisible et réconfortante autarcie. La Tradition est devenue un microcosme où l'on grandissait ensemble, se mariait ensemble et partageait les même codes vestimentaires et sociologiques. Rome était considérée comme l'ennemi et la marginalité canonique comme un bien qui nous permettait de "vivre notre vie". C'est là le côté paradoxalement très "moderne" de la Tradition : l'individualisme et la revendication autonomiste, le refus de la dépendance.
   
Les Tradis avaient tout : des séminaires, des couvents et monastères, des écoles et universités, des mouvements de jeunesse, des maisons de retraite et des évêques pour pérenniser l'ensemble.
   
Dans ce cas, pourquoi s'embarrasser d'une reconnaissance canonique qui ne pouvait que troubler la quiétude de notre train-train ecclésial ?
   
Et pour justifier ce résistancialisme, on a avancé que seulement après la "conversion" de Rome (mais y croyait-on vraiment ?) on réintégrerait le cadre de la légalité canonique.
   
La "conversion" de Rome, cela signifiait : l'imposition du VOM et le banissement du NOM, l'anathématisation du Concile Vatican II, de nombreuses "décanonisations", le retour à l'ancien code de droit canonique, etc. Exigerait-on l'exhumation de Paul VI, Jean-Paul Ier et Jean-Paul II pour jeter leurs cadavres dans le Tibre ? Cela n'était pas clairement précisé...
   
Le mouvement traditionaliste était sur le point de tomber dans un piège mortel : l'autocéphalie. Mais la Providence veillait. Elle connaissait la ferveur de ces fidèles et la souffrance déstabilisatrice qu'avaient endurée leurs pères de la part d'un monde et d'une Église qui leur étaient hostiles depuis les années 60. Mgr Fellay a fini par percevoir le danger qui menaçait sa Fraternité et la personnalité atypique du nouveau pontife (vaste sujet) a fait le reste.
   
Voilà rapidement esquissé comment je vois les choses.

14 février 2017

[Luc Perrin - Le Forum Catholique] Une démarche judicieuse

SOURCE - Luc Perrin - Le Forum Catholique - 14 février 2017

Je l'ai déjà écrit à de nombreuses reprises et dès les premiers signaux donnés par le pape François, le Kasperic coulera et son naufrage sera douloureux : on voit déjà les souffrances (FMI, Ordre de Malte, des cardinaux etc.) qui accompagnent l'eau qui a commencé à envahir le navire.

Le kaspéro-catholicisme n'entraîne aucun renouveau nulle part : il paralyse les forces vives qui avaient revitalisé l'Église de 1975 à 2013, ne suscite aucun réveil des vocations là où elles manquent - bien au contraire -, sème le trouble chez les catholiques engagés et la confusion dans le grand public.

Il est juste de bien étudier le statut, ses stipulations dans le détail : la secousse infligée à l'Ordre de Malte ne manque pas d'inquiéter, comme la destruction des FMI et SMI.
Certains ont noté que la destruction de la Prélature de la même façon serait "politiquement" plus difficile puisque le pape aurait engagé au préalable tout son poids pour cette reconnaissance. Notons que les gestes du pape ont été constants depuis son élection en 2013 et sans les hésitations ou les zigzags de Benoît XVI.

On peut penser que le pape aura en effet à surmonter pour cela de grosses oppositions : Jean-Paul II a reculé devant elles à plusieurs reprises (1984-1986), en 1988, en 2001-2002 ; Benoît XVI a multiplié les hésitations et temporisations comme on sait jusqu'à une débandade complète en 2012 prélude à sa démission annoncée en février suivant.
Ce n'est pas mince : François est peut-être en capacité de vaincre ce mur curial, épiscopal et venant d'ordres/congrégations religieuses, sans parler de lobbies catholiques laïcs puissants (ex. les media dits catholiques). 3 papes, si on compte quelques velléités de Paul VI, ont capitulé en partie devant ce mur du refus. De petites portes ont été cependant ouvertes (les instituts E.D., SP) dans ce mur, les papes ont continué à parler à la FSSPX par dessus ce mur.

L'idée d'avoir fait une place, bien entourée de barrières, à une réserve d'Indiens tradis peut satisfaire les pragmatiques de la Curie et parmi les évêques. Comme les kaspérites sont persuadés d'être dans le vent de l'histoire et que les tradis sont condamnés à dépérir par eux-mêmes, François pourrait leur faire accepter sa politique de réconciliation canonique.

A priori, les intervenants du FC font le pari contraire - la Tradition est solide et pérenne, correspond à l'évolution historique et se trouve plus adaptée à une survie du christianisme dans le contexte d'une modernité sécularisatrice aggressive - aussi la consolidation canonique, pour peu qu'elle soit bien faite, devrait rallier leurs suffrages.

[Ennemond - Le Forum Catholique] En parlant d'Eglise conciliaire, Mgr Lefebvre ne renonçait pas à reconnaître le pape comme chef de l'Eglise catholique

SOURCE - Ennemond - Le Forum Catholique - 14 février 2016

Mgr Lefebvre recourrait à des formules analogiques de temps à autre, mais qui ne devenaient pas des réalités théologiques pour autant. Il avait d'ailleurs fait plusieurs mises au point pour tordre le cou à ces tendances :
« Je ne dis pas que dans les paroles, on ne peut tirer une phrase et puis l’opposer à une autre, la tirer du contexte et, ainsi de suite, me faire dire des choses qui ne sont pas dans mon esprit. J’ai pu quelquefois dire des phrases assez fortes, par exemple que le Concile était plus ou moins schismatique. Dans un certain sens c’est vrai parce qu’il y a une certaine rupture avec la Tradition. Donc dans le sens selon lequel le Concile est en rupture avec la Tradition, on peut dire, dans une certaine mesure, qu’il est schismatique. Mais quand j’ai dit cela, ce n’était pas pour dire que le Concile est vraiment, profondément schismatique, définitivement. Il faut comprendre avec tout ce que je dis. Le Concile est schismatique dans la mesure où il rompt avec le passé, ça c’est vrai. Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’il soit schismatique au sens précis, théologique du mot. » (Mgr Lefebvre, retraite sacerdotale, 1980)
De même il est évident que, même après avoir parlé d'Eglise conciliaire, Mgr Lefebvre ne considérait pas un instant son chef comme le pape d'une autre Eglise que l'Eglise catholique. Toute au long de sa vie, il a rappelé la nécessité de se raccrocher au pape, comme successeur de Pierre, même s'il en a dénoncé les dérives.



13 février 2017

[Côme de Prévigny - Rorate Caeli] FSSPX : La prélature personnelle survivra aux pontifes successifs

SOURCE - Rorate Caeli - 13 février 2017

Faut-il accepter la prélature personnelle présentée par Rome à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ? Certains présentent leur avis négatif du fait des circonstances, mais la question est mal posée. Il faudrait plutôt demander : Peut-on refuser la reconnaissance canonique quand aucun préalable inacceptable n’est assorti à cette concession ? Mgr Lefebvre n'a jamais refusé de structure canonique en elle-même, de son vivant. Il a uniquement refusé les exigences conditionnant la structure qu'il avait originellement souhaitée et obtenue et qui lui a été injustement retirée. Jamais il n'a aspiré à rompre de son propre chef le lien canonique qui le liait officiellement à Rome et même à cette Rome pourtant infestée de modernistes. Bien au contraire, il a subi : il a contesté la publication de rupture de ce lien et a fait appel des décisions des autorités ecclésiastiques. Par conséquent, Mgr Lefebvre n'a jamais été confronté à la situation que nous vivons : la Fraternité se voit proposer une structure canonique sans condition. D'ailleurs sur quel motif la refuser si aucune condition n'est imposée (et même si les conditions étaient neutres) et que nous considérons que le pape, en vertu du mandat de droit divin que Notre Seigneur a confié à Pierre et à ses successeurs, continue à détenir le pouvoir surnaturel de lier et de délier, en dépit de toutes ses misères ? La crise ferait-elle de la primauté de Pierre et du pouvoir des clefs des vérités catholiques embarrassantes, optionnelles et superflues ?
   
Certains objecteront que le contexte ne permet pas cette régularisation et que sur le trône de Pierre n’a jamais régné pire progressiste. Mais une structure canonique ne dure pas le temps d’un seul pontificat, elle survit aux papes qui passent, et son acceptation n’est pas un placet pour le pontife du moment. On ne peut pas imaginer une régularisation sous Benoît XVI, sans prévoir qu'elle sera toujours effective sous son successeur. Quelle attitude faudra-t-il adopter demain ? Devrons-nous devenir sédévacantistes quand les pontificats seront calamiteux et « dénoncer le contrat » à notre guise au fil du temps ? Ce n’est guère cohérent. Même si un pontife bien traditionnel est attendu, il n’est jamais à l’abri d’être suivi par un successeur désastreux. La sécurité totale n’existe pas ici-bas et le statut canonique de la FSSPX doit pouvoir perdurer, quel que soit le pape régnant. C’est pour cette raison que son supérieur général s’assure préalablement de son étanchéité et de la pérennité de son administration pour tous les types de pontificats, malgré les assauts en tous genres.
   
Le jour où la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre sera régularisée, on imagine bien que le pape actuel ne touchera pas au cours de son pontificat à cet équilibre qui a été recherché par tous les moyens depuis quarante ans. La curie a bien tenté la mise au pas de la Fraternité Saint-Pierre en 1999 et n’y est plus jamais revenue, après avoir essuyé un échec. En concédant, l’année dernière, une confirmation définitive des statuts de l’Institut du Christ-Roi, on peut même affirmer que le Saint-Siège a entériné le fait que le monde traditionnel n’était plus à démanteler et cela après la libération du missel traditionnel et la reconnaissance des confessions des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Telle est la situation actuelle même si en soi, tout cela peut changer aussi.
   
L’objectif de Mgr Fellay est plutôt réaliste. Il est évident qu’il n’est pas aveuglé par la « kaspérite » ambiante et qu’il préfère Summorum pontificum à Amoris Laetitia… Néanmoins, il considère que c’est justice que soit rendue à la Fraternité la reconnaissance qui lui a été indûment retirée et que plus personne dans l’Église ne lui dénie désormais. Cela se fait sans doute avec le pontife du moment, mais lequel passera et sera suivi d’un meilleur ou d’un pire. Il se trouve que les conditions pour acter la régularisation n’ont jamais été aussi peu contraignantes qu'aujourd'hui. Il ne s’agit pas d’un accord avec ce que fait François, mais d’une régularisation par le Saint-Siège qui a été fondé, qu’on le veuille ou non, par Notre Seigneur Jésus Christ.

12 février 2017

[Abbé Xavier Beauvais, fsspx - L'Acampado] La tempête qui secoue l'Eglise

SOURCE - Abbé Xavier Beauvais, fsspx - L'Acampado - février 2017

L'Eglise, corps mystique du Christ, nous le savons, restera vivante jusqu'au dernier instant, jusqu'à ce que la figure du monde passe, jusqu'à ce que le temps ne soit plus. 
   
C'est ainsi qu'apparaît et resplendit l'unité de l'histoire. Jusqu'à Jésus-Christ, c'était la préparation à la Ré- demption ; avec Jésus-Christ, c'est son accomplissement, et depuis Jésus-Christ, c'est l'achèvement de la Rédemption, c'est-à-dire l'application à chacun des hommes, des mérites de la Rédemption. L'Eglise continue Jésus-Christ et L'achève, non pas parce qu'il manque quelque chose à Son œuvre, mais parce que Dieu a voulu que l'homme complète, par son effort l'œuvre de Jésus-Christ, complète par ses souffrances la Passion de Jésus-Christ, jusqu'à la fin des temps, comme Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix. Après des années ou des siècles, que reste-t-il des Etats, des empires et des civilisations ? Quant à l'Eglise qui naît sous les flammes de la Pentecôte, elle est là, encore vivante, même si comme aujourd'hui, elle semble éclipsée, moribonde. Mais comme l'histoire est le récit de la lutte continue et du continuel triomphe de Dieu sur Satan, l'ennemi, ne pouvant attaquer le corps physique de l'Eglise en faisant mourir les baptisés - et il l'a fait par millions -, attaque la vérité. 
    
Ce seront les premières tempêtes, les premières hé- résies visant la Trinité, la personne du Christ. C'est l'arianisme auquel répondra le Concile de Nicée, réaffirmant que Jésus-Christ est vraiment Dieu et Homme. Combien d'autres tempêtes déferleront sur l'Eglise ? L'Islam, les hérésies des orthodoxes... plus tard celles des protestants, aujourd'hui celles du modernisme à travers l'Eglise conciliaire qui arrache tant de foules à la Vérité et à la discipline de l'Eglise ; le communisme qui dressera contre l'Eglise des foules, au prix non pas de quelques centaines de milliers de victimes ou de quelques millions, mais de plus de 150 millions de victimes. Dans la tempête, dans la tourmente post-conciliaire que nous vivons en plein, que Dieu nous donne toujours d'être ici des catholiques, humbles certes, pécheurs que nous sommes et désireux de conversion, mais inébranlables, invincibles, j'allais dire même en quelque sorte insensibles dans cette tempête. Et tels étaient les premiers fidèles après la Pentecôte. N'oublions pas que dans une tempête, c'est la surface de l'océan qui est agitée. Le fond reste calme, ce fond qu'est la Vérité, la doctrine catholique immuable. Et nous, c'est par la prière qu'il faut plonger au fond, là où est la paix et l'amour de Dieu, là où est Sa lumière afin de répandre, autour de nous, le calme et la force de Dieu, ainsi qu'une foi pure de toute compromission.
   
« Ces créatures nouvelles qu'étaient les premiers fidèles après la Pentecôte, écrit Bossuet, que le Saint-Esprit a formées par la charité qu'il a répandue dans les cœurs, ne sont plus qu'un cœur et qu'une âme » comme il est écrit dans les Actes. 
    
Animés par la grâce, de quoi auraient-ils peur ?
   
Et c'est ainsi qu'ils affrontèrent toutes les discussions, et les Docteurs de la Loi avaient beau multiplier leurs subtiles objections, rien ne résistait aux solides arguments de la Vérité. Pourtant, les Docteurs de la Loi étaient habiles à manier la parole et à trouver de brillantes raisons contre leurs adversaires. On oublie trop que les ennemis de l'Eglise, si puissants soient-ils de l'extérieur comme de l'intérieur, avec leurs plans parfois si habiles, méconnaissent sa puissance spirituelle. 
     
L'évangélisation du monde - ne l'oublions pas non plus - n'a pas commencé avec des Alleluia, mais par un martyre, celui de Saint Etienne. Il a fallu qu'un témoin de Jésus-Christ attestât par son sang et par sa mort, la ré- surrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour que le monde fût livré à la prédication évangélique. Et c'est en mourant que Saint Etienne a conquis le futur Saint Paul à Jésus-Christ. Les plus lourds obstacles aux conversions des Gentils furent renversés et les conquêtes apparurent plus rapides et plus nombreuses.
     
Cela nous montre combien notre foi n'est jamais vaine, ni notre espérance, ni notre charité. Satan qui mène le bal de ce monde en transe, avait voulu, du temps des premières grandes persécutions de Néron, noyer le christianisme dans le sang, à un point tel qu'on a comparé ces persécuteurs au Déluge : le déluge du sang après celui des eaux, et la barque, invariable, flottant malgré tout, et la croix, inébranlable, dominant le monde. Certes, il y eût des périodes d'accalmie, de tolérance, certains accommodements légaux, mais on était toujours à la merci d'une variation de la politique. Le calme ne dure jamais. L'hé- résie passe d'un extrême à l'autre. Bientôt après avoir péché par défaut, on péchera par excès. On l'a vu, dans toutes les hérésies. Nestorius n'avait fait du Christ qu'un homme divinisé, Eutychès fera du Christ un Dieu qui n'est plus un homme. Certes, au cours des premiers siè- cles, la plupart des chrétiens sont morts dans leur lit, mais tous, avec le baptême, avaient accepté le risque du martyre et ce risque était alors devenu une réalité terrible et magnifique.
    
L'histoire se répète. Lorsque les apôtres menaçaient de sombrer dans leur petite barque, ils criaient "Au secours, Seigneur, nous périssons". Quand le Titanic commença à couler à pic, on chantait : "Je crois en toi, mon Dieu". Eh bien, quand on récite, quand on chante le Credo, c'est là qu'il faut penser à la réponse de Notre-Seigneur : "hommes de peu de foi". Est-ce que vraiment nous avons la foi ? Quand nous chantons le Credo, nous ne pensons pas assez qu'au cours des siècles, des chrétiens - par millions - sont morts pour attester la Vérité profonde de ces mots que nous prononçons, et nous ne pensons pas assez qu'à l'avenir, des hommes mourront jusqu'aux dernières persécutions de l'Antéchrist pour attester la vérité du Credo. Malgré les menaces, malgré les sanctions injustes, malgré les supplices, il y a toujours eu des chrétiens.
    
D'ailleurs, au plus fort de la tempête, au plus fort des persécutions, Dieu protège les siens. Jésus nous reprochera notre affolement : 
    
"Pourquoi avez-vous peur, homme de peu de foi", votre foi est bien faible ! Le chrétien n'a rien à craindre, car si apparemment le Christ dort, Il ne cesse d'être présent, pré- sent dans ce sacerdoce que Mgr Lefebvre a voulu sauver, présent dans l'Eucharistie provenant d'une vraie messe. Dieu demeure maître des événements, même quand Il se tait et n'intervient pas tout de suite. Dieu demeure maître des hommes, même quand ils semblent gouverner l'Histoire et triompher apparemment de Dieu. Il suffit de vivre au niveau de la foi au lieu de se laisser emporter par les soubresauts d'une sensibilité désordonnée, devenue rapidement victime des illusions d'une réconciliation à bon marché. Et puis, face aux révoltés, les apôtres nous donnent un autre exemple. Ils réagissent avec plus d'intelligence. Jésus dort, mais enfin Il est là ; il n'y a qu'à Le réveiller et le Christ se réveillera et Il agira avec nous comme avec les apôtres.
    
On pourrait multiplier pendant des heures, le récit des tempêtes et des accalmies qu'a supportées l'Eglise. On peut vouloir la paix, on peut prier pour la paix, on peut demander à avoir un pape de la paix, mais sans oublier encore que si l'on veut la paix, il faut préparer la guerre. Lisez l'Histoire de l'Eglise. Lisez celle des premiers siècles. Il a fallu la cimenter par les persécutions, tout comme la rédemption s'est accomplie par la croix. Sous l'empereur Commode éclata une violente persécution, puis la tempête s'apaisa pour quelques années. Elle reprit soudain avec Septime Sévère, dans une guerre où l'adversaire chrétien devait être anéanti. C'est l'époque où, en Afrique, sainte Perpétue et sainte Félicité subirent le martyre à Carthage et où, en Gaule, les témoins de Jésus-Christ seront nombreux. De nouveau, une accalmie, et la persécution reprend sous Maximin en 235, puis sous Dèce en 250, etc. Avant le triomphe des moissons, il aura toujours fallu que le soc vienne déchirer la terre chrétienne d'un sillon sanglant. Avant les décrets de Dioclétien en 303 et 305, l'Eglise avait été en paix pendant 40 ans. Quarante années de tranquillité pouvaient avoir affaibli l'ardeur combative des chrétiens, affadi leur foi, désarmé leur juste combat. Après ces 40 années, jamais persécution ne fut plus sanglante. C'est l'époque du martyre du Pape Saint Marcellin, de Saint Maurice et des chrétiens de la Légion Thébaine, de Sainte Agnès, de Sainte Lucie, de Saint Vincent, etc.
     
C'est donc dans le tumulte des massacres, dans le grand désordre du monde en désarroi que la Providence prépare les triomphes. Quand Dieu veut faire voir qu'un ouvrage est tout de Sa main, Il réduit tout à l'impuissance, puis Il agit. Au pire des tempêtes, Dieu réserve aux siens un refuge, d'où ils peuvent prier, agir, attendre et préparer la renaissance. La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X devra rester ce refuge de prière, d'action et d'attente d'une renaissance de l'Eglise dans la tempête qui continue. Elle devra aussi se souvenir tout le temps que Dieu lui donnera vie, que si les martyrs ont vaincu les tempêtes orchestrées par l'Empire romain, ils l'ont vaincu, non par des moyens humains, non par des intrigues, ni par la tactique des généraux ou l'habileté des politiciens, mais par le sacrifice de leur vie. La paix fût donnée à l'Eglise par Constantin, mais en plein triomphe de la Croix se dessinait déjà le germe des futures querelles du sacerdoce et de l'Empire. Là encore, après 50 ans d'Histoire, après que Constantin eût arboré la croix, surgit la persécution de Julien l'Apostat, une persécution qui fût une déchristianisation analogue à celle que nous vivons depuis le XIXe siècle. Ce n'était plus l'égorgement mais l'étouffement.
    
Toute l'histoire du monde, toute l'histoire de l'Eglise est une vaste tempête, mais toujours un magnifique épanouissement de la gloire de Dieu, une preuve toujours plus rayonnante de l'amour de Dieu pour nous. 
    
Toute l'histoire de la Création montre cette tempête qu'est la lutte de la malice et de la grâce. On y voit des anges rebelles chassés sans rémission ; on y voit l'homme, plus faible, qui obtient le pardon de la bonté divine à cause de cette faiblesse même. Cette lutte de la malice et de la grâce qui va de la Genèse à l'Apocalypse et du Paradis terrestre au Jugement dernier, cette lutte passera surtout dans l'âme humaine. Et nous savons bien par quelles séries de tempêtes sont passées nos âmes, avec toutes leurs faiblesses. Il est utopique de se forger de belles illusions pour asseoir une tranquillité trompeuse. Le combat ne cessera pas. Il change souvent de forme, et ce n'est pas le monde qui pourra donner la paix, il faut la demander à Jésus-Christ. 
    
Alors, confiance, confiance dans la tempête. Comme l'a si magnifiquement écrit le Père Calmel : 
   
"Nul doute que Notre-Dame n'intercède tout spécialement en notre époque où les précurseurs de l'Antéchrist ont pénétré dans le sein de l'Eglise ; nul doute surtout que sa prière ne se perde dans une supplication qui est, pour ainsi dire, infiniment plus puissante : celle de la Vierge Mère de Dieu. Elle qui écrase le Dragon par sa Conception Immaculée, elle qui règne au ciel, elle domine en souveraine tous les temps de notre Histoire et particulièrement les temps plus redoutables pour nos âmes ; le temps de la venue de l'Antéchrist ou ceux de la préparation de cette venue par ses diaboliques précurseurs. Marie se manifeste non seulement comme la Vierge puissante et consolatrice dans les heures de détresse pour la cité terrestre et la vie corporelle, elle se montre surtout comme la Vierge secourable, forte comme une armée rangée en bataille dans les périodes de dé- vastation de la Sainte Eglise et d'agonie spirituelle de ses enfants. Elle est Reine pour toute l'histoire du genre humain, non seulement pour les temps de détresse mais pour les temps d'apocalypse".
     
Alors, malgré la tempête qui secoue l'Eglise, qui secoue la barque de Pierre, qui secoue également la Fraternité Saint-Pie X, que nos âmes restent intactes, qu'elles ne soient jamais livrées à l'attaque perfide lâchement tolérée des pseudo-prophètes de la pseudo-Eglise, comme l'écrit encore le Père Calmel ! La présence de Marie, au beau milieu de la pire tempête de l'Eglise - le Calvaire -, debout au pied de la croix, nous montre son union parfaite au sacrifice rédempteur de son Fils afin de mériter, en Lui, la grâce pour affronter les tentations et les tribulations qui jalonnent les existences les plus unies, mais aussi la grâce de persévérer, de se relever, de se sanctifier dans les pires épreuves, celles de l'épuisement dans le combat, dans la résistance à l'auto-destruction. En se tenant debout au pied de la croix de son Fils, elle, dont l'âme fût déchirée par un glaive de douleur, nous fait saisir sans hésitation qu'elle sera capable de nous soutenir dans les épreuves les plus grandes. 
      
Dans l'Eglise de Jésus-Christ en proie au modernisme jusque parmi les chefs, à tous les degrés de la hiérarchie, la souffrance des âmes, la brûlure du scandale atteignent une immensité bouleversante ; ce drame est sans précédent ; tempête sans précédent, mais la grâce du Fils de Dieu est plus profonde que ce drame. Et la Très Sainte Vierge Marie, dans ce drame, obtient toute grâce.
    
Alors, à nous de suivre les conseils du Pape Léon IV. Il fortifiait alors le peuple italien face aux Sarrasins. Conseils qu'il faut adapter aujourd'hui à la nouvelle religion conciliaire.
    
"Déposez toute crainte, leur disait-il, et combattez avec courage contre les ennemis de la foi".