6 avril 2010

[Claire Thomas, Monde&Vie] L'abbé Michel va faire appel auprès de la Signature apostolique

SOURCE - Claire Thomas, Monde&Vie - via perepiscopus.org - 6 avril 2010
Dans Monde & Vie, Claire Thomas explique l'échec du recours de l'abbé Michel auprès de la Congrégation pour le Clergé :

"On a parfois l’illusion, nous autres fidèles du rang, qu’il y aurait d’un côté l’évêque (disons les évêques puisqu’ils se réfèrent eux-mêmes sans arrêt à la conférence épiscopale, laquelle en France par exemple, se réunit deux fois par an) et qu’il y aurait de l’autre côté « le pape ». Vieux réflexe monarchique : contre les féodaux abusifs, on s’en va demander la protection du Roi. Contre une décision manifestement partisane de l’évêque qui ferme la seule paroisse de son diocèse bénéficiant encore d’une véritable assise populaire, le peuple, confiant, se tourne vers son pape.

En réalité, le pape, à Rome même, est très isolé. Le fonctionnement collégial des services rend très difficile une intervention personnelle de l’autorité suprême, qui ne peut être qu’exceptionnelle. Les évêques, il faut le dire et le redire, ont désormais à Rome même, une influence décisive. Cette affaire, hautement symbolique, le montre clairement. [...]

[C]es dernières années, il se produit un phénomène inattendu, l’avènement d’une démocratie virtuelle, favorisée par les nouveaux moyens de communication, en particulier Internet. Surprise : cette démocratie virtuelle, dans l’Eglise, elle est massivement à droite. Le succès du Forum catholique (ouvertement traditionaliste) l’émergence du nouveau Portail Riposte catholique, dont le nom même est tout un programme, tout cela inquiète nos évêques, qui ne doivent pas avoir la conscience tranquille. Mgr Vingt-trois s’en est plaint, dit-il, au pape lui-même, qui l’a assuré de son soutien. Quel rapport avec « l’affaire de Thiberville » direz-vous ? Un rapport direct. On sait que la visite de l’évêque Nourrichard à Thiberville a été entièrement filmée et que deux petits courts métrages très efficaces et très bien faits ont couru le Web. L’évêque s’y montrait sous son vrai jour : calamiteux, parlant de la Toussaint alors que l’on fêtait l’Epiphanie et manifestant à tous les fidèles une morgue et une suffisance dont on se demande bien d’où il tirait les moyens. On aurait dit un patron venant par acquis de conscience visiter un site en cours de fermeture pour délocalisation.

Reconnaître le droit incontestable de l’abbé Michel, curé en titre de Thiberville, c’était reconnaître la puissance médiatique de cette toute nouvelle prise de parole dans l’Eglise. C’était reconnaître l’existence de cette démocratie virtuelle. Personne dans la hiérarchie catholique n’est prêt à un tel aggiornamento. [...] Autant on peut aujourd’hui parler d’herméneutique, autant il est bien difficile, pour les évêques de renoncer aux privilèges que leur a donnés le Concile, à travers, en amont, l’affaiblissement de la fonction pontificale (devenue purement médiatique) et en aval la destruction du statut inamovible des curés.

Le Curé de Thiberville continuera à faire usage du droit. Il ira certainement « en cassation » devant la Signature apostolique, où l’excellent Mgr Burke l’écoutera peut-être…"

En attendant, Mgr Nourrichard a publié un communiqué le Vendredi Saint, rappelant que l'abbé Michel n'a plus le pouvoir de célébrer des mariages.

5 avril 2010

[perepiscopus.org] Mgr Lacrampe ne veut pas du Bon Pasteur

SOURCE - perepiscopus.org - 5 avril 2010

Dans le diocèse de Besançon, l'ancien séminaire Notre-Dame de Consolation est en redressement judiciaire. L'évêché annoncait un déficit de 200 000 euros, mais le nouveau président de l'association de l'ancien séminaire, expert financier, a touvé un trou de 800 000 euros. De quoi rappeler les ennuis financiers de Mgr Lacrampe à Ajaccio...

Deux repreneurs sont en vue pour la location des bâtiments. D'une part, l'Institut du Bon Pasteur (qui comprend une quarantaine de séminaristes actuellement entassés à Courtalain, dans le diocèse de Chartres, où les locaux trop petits) et, d'autre part, une association suisse pronant le rapprochement entre musulmans et juifs.

Mgr Lacrampe a profité du jeudi Saint, fête des prêtres, pour faire savoir que le Bon pasteur (sans jeu de mot) était indésirable à Notre-Dame de Consolation. Curieux moment pour exprimer ce refus.

En 2006, cet évêque avait pris officiellement position contre la création de l'Institut du Bon pasteur et le motu proprio Summorum Pontificum.

[DICI] Un séminaire aux antipodes

SOURCE - DICI n°122 - mars / avril 2010

Depuis plus de 20 ans, le séminaire australien de la Fraternité Saint-Pie X, “Holy Cross seminary” forme et ordonne des prêtres venus principalement d’Asie et d’Océanie. Nous avons souhaité mieux vous le faire connaître en interrogeant son supérieur, l’abbé Vicente Griego.

- En quelle année a été créé le séminaire ?
Le séminaire a dans un premier temps été fondé en 1988 dans le Queensland, au nord-est de l’Australie. Nous avons rapidement déménagé pour nous établir non loin du lac Bathurst, en Nouvelles Galles du Sud, à proximité de Goulburn. C’est à environ deux heures de route au sud-ouest de Sydney. Goulburn n’est pas une très grande ville (20 000 habitants environ), mais ce fut tout de même la première ville d’Australie à être construite à l’intérieur du pays. Elle a joué un rôle important dans l’industrie du mouton et de la laine.
- Pourquoi en Australie ?
Parce que c’est un pays qui est situé dans l’hémisphère sud et qu’on y parle l’anglais ! L’Australie nous semblait idéale pour accueillir des vocations non seulement du cru, mais aussi des pays de l’ensemble du Pacifique, notamment des Philippines, un pays qui peut fournir beaucoup de prêtres.
- Quel est l’état de la religion catholique en Australie ? Et celui de la Tradition ?
Il y a environ 25 % de catholiques dans un pays dont la population atteint les 22 millions d’habitants. La Fraternité compte environ 2 000 fidèles à travers le pays.

- Où se situe exactement le séminaire ? Pouvez-vous nous décrire le cadre dans lequel il se trouve ?
Le séminaire se trouve au milieu de terres agricoles, cultivées pour l’élevage du mouton et du boeuf, et avant que la Fraternité Saint-Pie X ne l’achète, c’était une école d’agriculture des Frères des Ecoles chrétiennes. De nombreuses variétés de cultures pour l’élevage poussent en dépit des pluies rarissimes. Nous sommes au milieu de collines, avec une chaîne de petites montagnes non loin de là. Nous sommes entourés de grandes prairies où poussent du colza aux fleurs jaunes lumineuses, ainsi que de grands champs d'orge et de blé. Récemment un fermier a planté des navets sur une partie de ses terres ce qui a fourni une alimentation riche pour ses moutons, tout en nourrissant et améliorant un sol qui est de soi très pauvre. Nous avons aussi la joie de contempler un magnifique « tapis violet » qui envahit de nombreux champs … C’est la mauvaise herbe locale et elle a pour nom : « la malédiction du pasteur ». C’est un ravissement pour les yeux des passants, mais une vraie hantise pour les fermiers car elle nuit aux cultures et aux pâturages…
- Combien y a-t-il de séminaristes en moyenne par année ? De combien de prêtres est composé le corps professoral ?
Actuellement, le nombre moyen de séminaristes par classe est entre deux et trois. Bien qu’il n’y ait pas de sixième année, le nombre total de séminaristes est de douze. Il y a aussi six jeunes gens qui réfléchissent à leur vocation au sein du préséminaire. Celui-ci dispense un enseignement général, dans le cadre du « Holy Cross seminary ». En ce moment nous avons cinq prêtres affectés au corps professoral. Même si le nombre de séminaristes est relativement faible, il y a en tout neuf années d’études (avec le pré-séminaire) dispensées par un corps enseignant qui comprend, en plus des prêtres, trois laïcs. Nous avons également la chance de pouvoir compter sur cinq frères. Ils sont un soutien précieux pour notre vie de communauté, sans parler de leurs travaux d’entretien des vieux bâtiments ni de leur assistance dans la gestion quotidienne.
- En quelle langue sont les cours ?
L’anglais étant la langue du pays, la plupart des matières sont enseignées en anglais. Afin de permettre une meilleure compréhension des études philosophiques et théologiques qui les attendent, nous dispensons des cours d’anglais au préséminaire à ceux qui ne parlent pas couramment la langue.
- Quel est le profil des séminaristes? D’où viennent-ils géographiquement et spirituellement?
Depuis sa fondation le séminaire de « Holy Cross » a formé et ordonné des prêtres venant d’Australie, de Nouvelle-Zélande, des Philippines, des Indes, mais aussi de contrées plus lointaines comme la France et les Etats-Unis. Historiquement, beaucoup de séminaristes qui ne viennent pas d’Australie sont novices dans la Tradition lorsqu’ils arrivent, contrairement aux candidats australiens.
- A quelle date ont lieu les ordinations ?
Elles ont lieu vers la fin du mois de décembre, ce qui correspond au début de l’été en Australie. Par le passé, nous avons envoyé de nombreux séminaristes en Suisse et aux Etats-Unis à l’issue de leurs études de philosophie. Parmi ces séminaristes, un total de seize prêtres a été ordonné. Depuis que nous proposons un cursus de six ans, c’est-à-dire depuis 2003, douze prêtres ont été ordonnés et affectés en Australie, aux Philippines, aux Etats-Unis, en France, au Zimbabwe…

4 avril 2010

[AFP] Des journalistes agressés devant l'église St-Nicolas-du-Chardonnet à Paris

SOURCE - AFP - 4 avril 2010

PARIS, 4 avr 2010 (AFP) - Des journalistes agressés devant l'église St-Nicolas-du-Chardonnet à Paris

Des journalistes de France 4 ont été agressés et légèrement blessés dimanche par un fidèle devant l'église traditionaliste Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris où ils tournaient un reportage sur l'islam, a-t-on appris auprès d'un des journalistes et de source policière.

Interrogé par l'AFP, le journaliste John Paul Lepers a accusé l'abbé intégriste Xavier Beauvais de les avoir, lui et deux caméramans, "violemment bousculés" et d'avoir "déclenché les violences par ses gestes et paroles (...) même s'il n'a pas porté de coups".

Un fidèle a donné des coups à John Paul Lepers et aux caméramans, les blessant légèrement. Tous les trois ont déposé plainte contre l'abbé Beauvais et le fidèle au commissariat du Ve arrondissement.

Une source policière a confirmé l'incident.

M. Lepers et son équipe réalisent un documentaire pour France 4 intitulé "Parlons de l'islam".

"On pensait que les traditionalistes avaient leur mot à dire sur l'islam", a-t-il expliqué, ajoutant que l'agression s'était produite environ cinq minutes après leur arrivée devant l'église.

2 avril 2010

[Mgr Nourrichard, évêque d’Evreux] "Rome a parlé"

SOURCE - Mgr Nourrichard, évêque d’Evreux - 2 avril 2010

Communiqué de Mgr Nourrichard, Evêque d’Evreux à propos de Thiberville

Rome a parlé.

La Congrégation Romaine a confirmé la décision de Mgr Nourrichard, Evêque d’Evreux.

L’ancien groupement interparoissial de Thiberville reste donc une communauté locale de la paroisse de Notre Dame de Charentonne, dont le curé est le P. Jean Vivien.

Il s’agit maintenant pour l’abbé Francis Michel de vivre l’engagement pris le jour de son ordination presbytérale : l’obéissance promise à l’Evêque de son diocèse.

Mgr Nourrichard rappelle que l’Abbé Michel n’a plus les pouvoirs canoniques pour célébrer les mariages reconnus par l’Eglise.

En ce jour du Jeudi Saint, fête du Sacerdoce où tous les prêtres renouvellent cet engagement, prions pour que l’abbé Michel retrouve le chemin de la fidélité et de la communion.

En cette année sacerdotale le témoignage du St Curé d’Ars peut sans doute l’y aider.

+ Mgr Christian Nourrichard
Evêque d’Evreux

[Paix Liturgique] Le Cardinal-Président des évêques de france perd son calme - «La guerre ouverte et sans concession, définitive et féroce, entre le cardinal Vingt-Trois et les tradis» selon Golias

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°224 - 2 avril 2010

Depuis plusieurs semaines, la question de l’application du Motu Proprio est devenue encore plus sensible dans les diocèses de France et en particulier à Paris. Ici et là, on constate des raidissements épiscopaux contre les fidèles ou les prêtres attachés à la forme extraordinaire du rite romain, des refus inexplicables à des demandes légitimes d’application du Motu Proprio, des retours en arrière à une situation d’apartheid là où les choses commençaient à s’améliorer, le retour des vexations et des petits gestes qui rendent le quotidien difficile. Pourquoi donc ?

C’est que la pression des chiffres catastrophiques des séminaires, des catéchismes, de la pratique, du denier du culte moleste en permanence le monde épiscopal. L’atmosphère des assemblées de Lourdes est calamiteuse. Certains veulent y calculer la moyenne d’âge du clergé qui reste : 65 ans ? 70 ans ? 75 ans ? Peut-être plus. Mais alors, c’est la fin…
Et dans le navire qui prend l’eau, on écope ? Surtout pas ! Après avoir longtemps nié l’évidente évidence, on accuse maintenant les accusateurs, ces pelés, ces galeux, qui osent représenter un catholicisme qui vit encore, comme avant. Mais sacrebleu, il faut les faire taire ! Des rumeurs, des bruits de couloirs, des menaces, des tensions, du chantage, contre ceux qui ont le front de produire des vocations, qui ont le culot de remplir les églises… Quasiment pas une journée ne se passe, sans que le Cardinal Vingt Trois n’ait un coup de sang sur une radio chrétienne, dans une conférence de carême qui tourne au vinaigre, au cours d’un entretien où les journalistes l’embêtent. Il y a beaucoup d’électricité dans l’air épiscopal français. Et à Paris, on vous laisse imaginer…
C’est dans ce contexte qu’a paru un article très récent de Golias (30 mars 2010). Selon les bonnes règles d’herméneutique, il faut bien sûr rechercher la part d’information juste – souvent de valeur, en raison des réseaux ecclésiastiques de gauche dont dispose cette revue – derrière la visée partisane de la revue, hostile pour bien des raisons au cardinal de Paris, mais bien plus hostile encore au monde du Motu Proprio. En termes empruntés à la bonne vieille CGT et au bon vieux PC, Golias et le Cardinal sont pour une part des « alliés objectifs » et il leur arrive de faire « un bout de chemin ensemble ». Et que « révèle » donc Golias ? Pour dire vrai, ce que nous savions déjà. Mais nous n’aurions pas osé présenter ainsi cette torve manœuvre, qui n’est pas jolie du tout. Mais puisque c’est Golias qui le dit…

Voici la conclusion de l’article de Golias :
« C’est désormais la guerre ouverte et sans concession, définitive et féroce, entre le cardinal Vingt-Trois et les tradis. Une guerre à haut risque. Pour les deux protagonistes.
Vingt-Trois pourrait bien obtenu
(ndlr : obtenir ?) une victoire en faire (ndlr : faisant ?) casser à Rome le recours du curé Michel contre l’évêque d’Evreux. En tout cas, la crise de crédit moral qui frappe aujourd’hui Benoît XVI à cause des abus sexuels et l’affaiblit notablement pourrait favoriser d’autres actions en coulisses du cardinal de Paris contre les tradis les plus violents. A commencer par un possible « monitum » (avertissement) de Rome même qui rappellerait l’autorité épiscopale. Par exemple signée par le cardinal préfet de la congrégation des évêques, Giovanni Battista Re, dont on sait combien il est en colère à cause de la complaisance du Pape envers les intégristes. »


Nos commentaires, dont on pardonnera l’humeur, mais trop c'est trop :

1/ Cette histoire de « condamnation » par un « monitum » est en fait une interprétation transformée de ce qu’avait déjà révélé le blog Summorum Pontificum, du 5 février dernier (http://www.summorum-pontificum.fr/: « Mgr Vingt-Trois demande la condamnation des demandeurs du Motu proprio ». En raison de la fuite (organisée par Rome ?) sur la démarche du cardinal de Paris, flanqué de Mgr Simon, auprès du cardinal Levada (et non du cardinal Re, qui boucle ses valises), le Président de la CEF en a été pour sa courte honte et sa rouge colère.

2/ Golias qui se définit comme « l’empêcheur de croire en rond » exprime la pensée de la partie dite « soixante-huitarde » du clergé français actuel (évaluable à un quart des effectifs, mais très active et bien incrustée dans les rouages directeurs diocésains) et globalement celle de l’aile gauche correspondant à ce clergé dans la Conférence des Évêques de France, autrement dit celle de Mgr Simon, de Mgr Rouet, de Mgr Dagens. Lesquels passent leur temps à faire sentir au cardinal-président qu’il a besoin de leur appui. Quant on sait qu’on parle beaucoup dans les milieux ecclésiastiques, et que sur le mode de l’humour rogue qui est le sien, le cardinal de Paris « lâche » beaucoup d’informations, qui ne tombent pas dans l’oreille de sourds, on comprend comment elles arrivent dans les officines lyonnaises de Golias. Lequel Golias « informe » à sa manière. Mais derrière cette fumée d’info/désinfo, il y a une part de feu, comme dit le proverbe.

3/ Ces méchants « guerriers » visés par Golias et par le cardinal ne sont que ces pauvres familles qui depuis quarante-cinq ans ont dû faire le parcours du combattant pour que soit délivré un catéchisme catholique à leurs enfants, qui ont avalé dix mille couleuvres pour se faire concéder une messe à l’ancienne dans une chapelle retirée des bords de la ville, qui dépensent une immense peine et beaucoup d’argent à organiser des écoles catholiques (que les écoles catholiques « officielles » commencent d’ailleurs à imiter), qui engendrent encore autant de vocations sacerdotales et religieuses qu’avant le Concile, lesquelles sont obligées d’aller se réfugier presque honteusement dans des communautés « parallèles ».
Sans l’Emmanuel et les tradis (dont 80% au moins ne sont pas des tradis d’origine), vous savez bien Messeigneurs, que la France serait dans la même sécheresse de vocations que la Belgique, l’Allemagne, la Suisse. Et quand, s’appuyant sur un texte du Pape, ces abominables « guerriers » demandent respectueusement la concession d’une messe, vous les méprisez, vous les ignorez, et même il arrive que vous leur envoyiez des cars de policiers – qui sont très ennuyés, d’ailleurs –, lorsque après avoir tout essayé pour se faire entendre, ces malheureux osent … venir dire le chapelet dans vos églises.

4/ La question de fond est : comment quarante-cinq ans après le Concile, et alors que l’on n’a que le « Peuple de Dieu », la « place des laïcs dans l’Église » à la bouche, peut-on encore ainsi dédaigner une part des fidèles qui ne demande qu’à vivre dans l’Église et à la faire vivre, et les traiter comme des opposants à mâter, des personnes indignes de participer des communautés chrétiennes ? C’est qu’en fait, quarante-cinq ans après le Concile, pour le Cardinal Archevêque de Paris, le cléricalisme est plus vivant que jamais : les condamnations romaines pourraient encore avoir du bon. Et Golias, tout Golias qu’il est, est prêt à donner un coup de pouce à ce retour de l’Inquisition.

5/ Ce qui horripile au maximum Golias comme le cardinal de Paris, la gauche comme le centre de l’épiscopat, c’est que ceux qu’on avait défenestrés sont rentrés par une porte puis par une autre, et puis encore par une autre (et certains n’étaient jamais sortis). Exclus, ré-exclus, re-ré-exclus, ils sont toujours là ! Et même, ils sont plus nombreux que jamais. La preuve ? Tous les sondages réalisés ces dix dernières années, à travers le temps et l’espace, concordent pour dire qu’au moins 1/3 des fidèles pratiquant dans les paroisses – vous entendez bien M Terras ? vous entendez bien Éminence ? 1/3 des pratiquants qui restent dans les églises ! –, le feraient dans la forme extraordinaire si elle y était célébrée (voir site de Paix Liturgique). Et demain, sachez-le bien, ils seront la moitié, avec les prêtres ordonnés aujourd’hui. Oui, c’est bien dommage pour vous, mais vous avez tout faux !

6/ Alors, il reste bien sûr le coup classique du silence. Tout le monde sait que le téléphone fonctionne beaucoup entre évêques de France : « Allo, André, j’ai un groupe qui demande une messe dans une paroisse du centre du diocèse ? Qu’est-ce qu’il faut faire ? » – « Surtout, tu ne réponds rien : tu les ignores ! » Comme le note l’excellent site Summorum Pontificum Observatus déjà cité, à propos de la dernière Assemblée plénière des Évêques de France réunie à Lourdes en mars dernier « Dans ce constat de renouveau (ndlr : le constat du Cardinal Vingt Trois), deux absents de marque : les groupes des communautés nouvelles et les traditionalistes. Or, il s’agit aujourd’hui, avec les milieux du scoutisme traditionnel, qui sont intergroupes, si l’on peut dire, des deux parties du catholicisme français qui donnent le plus de vocations et de conversions. (…)
Et, puisque le cardinal-président de la Conférence des évêques de France se déclare « interrogé par de nouvelles façons de vivre la foi qui se développent dans les nouvelles générations, et les communautés », nous pouvons avec respect et fort humblement lui conseiller de visiter les lieux de culte traditionnel, les monastères et abbayes traditionnels, les groupes de jeunes traditionnels, etc. Il verra des façons de vivre la foi, à la fois nouvelles – au regard de ce qui se pratique aujourd’hui – et anciennes – puisque fidèles à la Tradition catholique
. »

Le Cardinal-Président et la majorité des évêques ignorent les demandeurs de la forme extraordinaire.
Ils les ignorent officiellement. Car dans les couloirs (et même dans les discussions sur l’enquête de Mgr Planet : voir notre lettre 221 du 14 mars 2010) ils n’ont parlé (presque) que de ça.

Et quand ils iront faire leur visite ad limina à Rome, en fin d’année, ils ne penseront (presque) qu’à ça.

1 avril 2010

[Geffroy Christophe - La Nef] Institut du Christ-Roi : un nouveau statut

SOURCE - Christophe Geffroy - La Nef - 214 d'Avril 2010

Un nouveau statut

L’Institut du Christ Roi a depuis plus d’an an un nouveau statut de droit pontifical. Son prieur général nous explique ce que cela signifie.

La Nef – Pourquoi ce nouveau statut et de quoi s’agit-il précisément dans votre cas ?

Mgr Gille Wach – En effet, le 7 octobre 2008, le Saint-Siège érigeait notre Institut en « Société apostolique en forme canoniale de droit pontifical » par le décret Sæculorum Rex. Ce nouveau statut de droit pontifical qui a été attribué à notre Institut donne à notre maison une structure canonique plus forte, plus conforme aussi à ce que nous sommes vraiment. Nous avons toujours insisté sur la romanité et nous voilà aujourd’hui relevant directement du Saint-Siège. Cela ne s’est pas fait d’un jour à l’autre, mais au bout de 20 ans d’existence et en suivant le processus normal en vigueur dans l’Église. Tous les diocèses dans lesquels nous exerçons notre apostolat ont été interrogés à notre sujet et je crois que cela est révélateur de la satisfaction qu’éprouvent les évêques (de France et d’ailleurs) qui ont fait appel à nos services. Dans la vie quotidienne, on ne peut pas dire que le droit pontifical change tout. Concrètement, nous avons toujours besoin de l’accord de l’évêque du lieu pour être présents dans un diocèse et cela est normal ; l’Église est hiérarchique et le droit pontifical n’est pas le droit divin ! Il est vrai que le statut de droit pontifical apporte une sécurité et une stabilité dont l’impact est certain, et cela donne un crédit particulier à notre Institut.

Quand on évoque les chanoines, on pense plutôt à des religieux ou aux chanoines des chapitres cathédrales : d’où vient l’aspect canonial que vous avez choisi et pourquoi ce choix?

On pense aussi à des prêtres vénérables chargés d’années de labeur apostolique et de sagesse ! Mais l’Institut compte des chanoines qui n’ont pas trente ans… En effet, il y a dans l’Église des chanoines réguliers qui sont des religieux et obéissent à une règle, comme les Prémontrés ou nos amis de l’Abbaye de Lagrasse. Il y a aussi les chanoines titulaires nommés par l’évêque pour que l’office divin soit célébré dans la cathédrale, église mère du diocèse. Enfin, il y a les chanoines séculiers, espèce beaucoup plus rare, dont nous sommes. Cet aspect canonial de notre institut n’a rien d’honorifique : il s’agit plutôt d’une charge. Depuis les origines de notre fondation, nous avons privilégié l’Office divin en communauté, la liturgie solennelle et la vie fraternelle de nos prêtres, séminaristes et oblats.
Primauté du culte divin, parce que le prêtre est l’homme de l’autel et que la prière doit passer en premier dans sa vie. Vie fraternelle, plus que jamais nécessaire en raison de la rigueur des temps : aujourd’hui, un prêtre seul est un prêtre en danger. Voilà pourquoi notre modeste Institut privilégie aussi une véritable vie familiale.
Lorsque notre Institut a été érigé de droit pontifical, nos constitutions ont été révisées et attentivement relues par S.Ex. Mgr Burke, Préfet du Tribunal Suprême de la Signature Apostolique, à Rome. En définitive, on a inscrit dans le marbre ce que nous pratiquions depuis le début et c’est cela qui a donné lieu à la forme canoniale de notre Institut. Ainsi, l’expérience et la vie ont précédé la mise en forme juridique. Nous n’avons rien choisi ni demandé, tout cela est le fruit d’une lente maturation et d’un développement harmonieux. Aujourd’hui donc, nos prêtres sont des chanoines séculiers œuvrant à travers le monde, dans des contextes très divers, mais fortement liés les uns aux autres : tout d’abord par l’incardination dans l’Institut et aussi par les liens fraternels, les vues communes et un certain style de vie sacerdotale et d’action missionnaire.

Où en est l’Institut aujourd’hui, comment se vit votre apostolat à travers le monde?

Aujourd’hui, l’Institut se porte bien grâce à Dieu ! Comme prieur général, je consacre beaucoup de mon temps à visiter nos apostolats à travers le monde. Notre Institut est présent en Europe, Afrique, Amérique, en tout dans plus de 50 diocèses différents, et dans des apostolats très divers : paroisses, chapelles, sanctuaires, écoles, missions, etc. Toutes nos maisons, ou peu s’en faut, comportent plusieurs membres, ce qui permet de mettre en œuvre cette vie canoniale dont je viens de parler.
Quelques prêtres sont par ailleurs sollicités par les diocèses pour collaborer plus étroitement à la vie du diocèse, en tenant compte des caractères propres de notre Institut. Certains travaillent dans les tribunaux ecclésiastiques, d’autres sont délégués ou vicaires épiscopaux, chargés de coordonner la mise en œuvre du motu proprio Summorum Pontificum, etc.
À ces formes classiques d’apostolat viennent s’ajouter également les retraites régulièrement prêchées, dans l’esprit de notre saint patron, saint François de Sales, des camps et colonies de vacances, des pèlerinages (cette année, par exemple, un grand pèlerinage est organisé au mois d’avril auprès des reliques du saint Curé d’Ars), etc.
Je n’ai qu’un seul souci : je ne peux pas fournir autant de prêtres que l’on m’en demande !

Comment définiriez-vous l’esprit dans lequel se fait la formation de vos séminaristes ?

La formation donnée à nos séminaristes se veut avant tout romaine. Dans notre siècle souvent individualiste et chaotique, il faut donner à nos jeunes le sens de l’Église et de son service. Dans le cadre paisible de Gricigliano, nos séminaristes ont une vie simple et bien remplie : prière, étude et travail au bon fonctionnement de la maison, si bien que l’on peut dire, d’une certaine manière, que le séminaire est ce qu’ils en font.
Depuis la fondation de l’Institut, il y a près de 20 ans aujourd’hui, nous avons tenu à ce que les séminaristes qui souhaitaient nous rejoindre, reçoivent une formation d’une irréprochable orthodoxie, à l’école du Docteur commun, saint Thomas d’Aquin. C’est dans cet esprit que nous avons été baignés à Gênes, du temps du cardinal Siri, et plus tard à Rome, sous la férule de grands maîtres, qui se distinguaient par leur science… et leur humilité.
C’est précisément dans l’humilité qu’il est possible de se former, de se laisser former, de recevoir une solide formation intellectuelle, mais aussi spirituelle et affective.
Nous ne sommes pas habitués – et nous n’y tenons pas ! – à avoir un avis sur tout et tout le monde. Nous avons plutôt été habitués à recevoir tout de l’Église : sa doctrine, sa reconnaissance canonique, ses lois… ses croix aussi, parfois… et nous ne souhaitons pas que cela change. Il faut à l’Église et au monde des prêtres sains, saints, savants, prudents, fidèles, comme les serviteurs de l’Évangile.
C’est pourquoi nous tenons à la solidité de l’enseignement donné à nos séminaristes, enseignement transmis par des prêtres, des laïques, parfois enseignant dans des universités françaises ou étrangères de grande réputation, compétents dans leurs domaines, et qui assurent en philosophie ou en théologie, au cours des 7 années d’études que comporte le cursus, la formation intellectuelle à Gricigliano.
La proximité de la belle ville de Florence attire vers notre hôtellerie de nombreux hôtes et je crois qu’ils sont les témoins de cet esprit qui règne dans la maison. L’un d’eux me disait non sans humour : « Gricigliano, c’est l’ordre souriant ! »

Le motu proprio Summorum Pontificum a-t-il modifié votre situation et vos rapports avec les autorités diocésaines ? Est-il plus facile de s’implanter dans les diocèses depuis ?

Ce motu proprio a été, je l’ai souvent dit, l’occasion de « rendre la liturgie à l’Église ».
Il a modifié la situation dans le sens où il l’a clarifiée. Les trois ans d’expérimentation qu’a fixés le Souverain Pontife arriveront à leur terme en juillet 2010 et je crois que dès aujourd’hui nous récoltons les premiers fruits de cette mesure prise par le pape : c’est un effet pacifiant. Même s’il reste encore des blocages ou des incompréhensions, on sent bien que les portes ne sont plus fermées et que les demandes sont nombreuses. Vous me demandez s’il est plus facile de s’implanter dans les diocèses. Notre institut ne cherche pas à réaliser des implantations mais à répondre aux besoins des âmes et de l’Église. Il n’y a pas chez nous de volonté de construire des petits mondes à part et de planter notre bannière… Nos apostolats ne sont pas des royaumes fermés, des propriétés privées. Partout où des missions nous sont confiées, nos prêtres cherchent à œuvrer en lien avec la réalité diocésaine qui les entoure, car l’urgence la plus pressante est que Jésus-Christ soit connu de tous les hommes.
Le cardinal Ricard, archevêque de Bordeaux et ancien président de la Conférence des évêques de France nous l’avait dit lors de son passage à Gricigliano, au chapitre 2008, et me l’a répété alors que j’assistais à des confirmations qu’il conférait dans l’un de nos apostolats dans son diocèse : « Je tiens, en mon nom propre et au nom des évêques de France dans les diocèses desquels vous êtes implantés, à vous redire ma satisfaction pour la manière dont vous exercez votre apostolat, en esprit de communion et de paix ».

Propos recueillis par Christophe GeffroyTout renseignement sur www.icrsp.com ou 01 39 16 64 05. 

[Agnès Rousseaux - Témoignage Chrétien] Les catholiques et l'identité nationale

SOURCE - Agnès Rousseaux - Témoignage Chrétien - 1er avril 2010

Certains catholiques, minoritaires, semblent vouloir réduire l'identité nationale à la France chrétienne. Une simple survivance idéologique?

2263 mosquées et 64 minarets en France ? C’est « 2 368 mosquées de trop. Et dire “de trop” n’est pas une honte, c’est tout à fait naturel car […] il y a une réalité, une urgence, celle de rechristianiser notre Nation. » Ce genre de commentaire, glané sur le blog Le salon beige, animé par des catholiques d’extrême-droite, n’est pas nouveau. Mais il est symptomatique de dérives nationalistes et islamophobes qui se sont développées sur internet depuis le lancement du débat sur l’identité nationale. Les dérapages verbaux se sont multipliés dans ce débat-défouloir. Au point que certains commentateurs évoquent une « remontée » de la France maurrassienne, avec son cortège de discours sur l’identité chrétienne de la France.

Les catholiques sont-ils plus virulents que les autres dans ce débat ? Sans doute pas. Comme le suggère l’historienne Martine Sèvegrand, depuis 1945, les catholiques sont en effet très divisés sur la perception de la nation.

Mais le débat sur l’identité nationale a été d’emblée centré sur la place de la religion au sein de la République française. Que ce soit à cause de la formulation des questions posées, du chevauchement avec le débat sur la burqa, ou de la confusion liée au rôle central joué par le ministère de l’Immigration… tout concourt à placer l’islam au centre de l’arène.

En cause ? La prétendue incompatibilité de l’islam avec la République. Avec, sous-jacente, l’expression par une frange des catholiques de la peur de voir se per­dre « l’identité chrétienne de la France ». « Ce qui fait l’unité nationale en France […] ce ne sont pas d’abord des valeurs républicaines, qui définissent un mode de vivre en­semble, dans une étape donnée de notre Histoire, mais ce sont des racines plus profondes, ce sont des racines de civilisation, ce sont des racines – disons le mot – chrétiennes. […] Ceux que nous accueillons doivent être dans le grand respect de ce qui fait notre identité nationale, c’est-à-dire dans le grand respect de nos racines culturelles chrétiennes. » C’est ce qu’affirmait Mgr Aillet, l'évêque de Bayonne, en décembre, lors d’une émission de radio.

Nation chrétienne. Dans un genre différent, Renaissance catholique, autre mouvement catholique extrémiste (1), évoque sur son site internet un pays « écrasé, brisé, broyé entre l’enclume d’un matérialisme consumériste et laïciste omniprésent et le marteau d’un islam radical “ sûr de lui-même et dominateur ” en pleine expansion démographique. » Pour son vice-président, Michel De Jaeghere, « l’invasion que nous subissons ne se résume pas à une submersion de notre territoire par la vague de l’immigration : elle tend à subvertir en profondeur l’identité même de la France en modifiant la composition de son peuplement ». Pour lui, pas de nation possible « sans communauté de religion  : la France est une nation chrétienne, c’est un fait de l’Histoire, c’est une nécessité politique. En cessant de l’être, elle cesserait d’être elle-même. Il faut donc bien sûr éviter autant que possible de donner la nationalité française à ceux qui sont adeptes de religions étrangères à nos traditions : l’islam, le bouddhisme, l’animisme […] la survie de notre peuple en dépend. Il faut enfin, et peut-être surtout, que les Français de souche redeviennent chrétiens […] pour être en mesure d’assimiler les populations allogènes qui sont d’ores et déjà installées sur notre territoire, et dont beaucoup ne partiront pas. »

Pour ces catholiques, les autres religions, dont l’islam, peuvent (à la limite) exister tant qu’elles ne sont pa­s sur un pied d’égalité avec la religion « dominante ». Mais dans leur majorité, les catholiques sont attachés à la laïcité. 26 % d’entre eux (contre 30 % pour l’ensemble de la société) considèrent même la laïcité comme le plus important des principes républicains (2). Et deux tiers des catholiques pratiquants estiment même que « toutes les religions se valent » (3).

Pourtant ils étaient également deux tiers de catholiques pratiquants (et 54 % des catholiques non-pratiquants) a être satisfaits de l’évocation dans les discours de Nicolas Sarkozy des « racines chrétiennes de la France », en mars 2008 (4). Un attachement à l’identité chrétienne que le quotidien La Croix décrit comme « patrimonial » plus que militant.

Cela explique-t-il le retour du thème de l’identité chrétienne sur le devant de la scène ? Nous sommes dans une situation paradoxale : les catholiques n’ont sans doute jamais autant affirmé leur attachement à la laïcité. Mais à une laïcité particulière, qui se vit dans un pays où le catholicisme est majoritaire et imprègne fortement « l’identité nationale ».

Autre paradoxe : dans les discours s’opère une convergence entre des catholiques défendant parfois de manière virulente l’identité chrétienne et les tenants d’une laïcité combative. Un phénomène qu'explique le sociologue Emmanuel Todd : dans un contexte de laïcité désorientée par la disparition de son adversaire catholique, « la laïcité devient laïcisme, et réunit dans une hostilité commune à un islam fantasmé les incroyants venus de la vieille laïcité républicaine et ceux qui viennent de sortir du catholicisme terminal (5) ».

Ces « ultra-laïques » sont pour certains passés de la lutte contre tous les intégrismes à la défense de l’identité chrétienne face à l’islam. « Le catholicisme n’est plus autant perçu comme un enjeu de laïcité, il y a une réconciliation d’anciens frères ennemis sur le dos de l’islam », analyse Jean Baubérot, professeur d’histoire et de sociologie de la laïcité à l’École pratique des Hautes-Études. Il décrit l’apparition d’une « nouvelle » laïcité, au tournant des années 90. Celle-ci se résumait, jusqu’au XXe siècle, au combat des deux France. Elle opposait « une France catholique, incluant des athées ou agnostiques comme Maurras, voulant une France qui garde ou retrouve une identité chrétienne », et une « France républicaine, se réclamant de la révolution française ». La loi de 1905 ­­marque une double rupture : avec la représentation d’une identité nationale à dimension religieuse, mais aussi avec la vision d’une « laïcité intégrale ».

Fidélité - À partir de 1989, ce n’est plus tant au catholicisme que la laïcité s’affronte, mais aux minorités religieuses, notamment musulmane. La construction sociale de cette laïcité s’enracine dans l’histoire de la décolonisation. « Dans la conception de cette laïcité, il y aurait la France des “ Français de souche ” avec tous les guillemets qu’on peut mettre à cette expression, qui serait naturellement laïque. Et d’autres citoyens qui seraient soumis à un examen de passage, même au bout de la deuxième ou de la troisième génération, pour prouver leur intégration », explique Jean Baubérot. Une laïcité qui ne s’applique qu’à une partie de la population, sommée de donner des gages de fidélité à la nation. Certains thèmes du conflit des deux France sont ainsi recyclés face à l’islam.

« Avant, il s’agissait d’une laïcité politique, portée par les hommes politiques. Après 1989, des “affaires”, comme celles du foulard, sont médiatiquement construites et le politique se plie à une conception surdéterminée par les médias », souligne Jean Baubérot. « En 2003, le rapport Baroin “ Pour une nouvelle laïcité ” affirme que cel­le-ci est une valeur de droite. » La laïcité est devenue un instrument de surenchère. Chacun se veut plus laïque que son adversaire.

Bouc émissaire. Les catholiques sont-ils attachés à cette nouvelle laïcité, qui influence la perception de l’identité nationale ? Les lignes ne sont pas claires, on retrouve des catholiques dans tous les courants, comme le reste de la population. « Certains Français ont une culture laïque, qui n’est pas à géométrie variable. D’autres ont un attachement à la laïcité proportionnel à la méfiance qu’ils ont de l’islam, décrit Jean Baubérot. Le premier courant se positionne par exem­ple contre le concordat en Alsace-Moselle, mais il n’y a pas de manifestations publiques sur ce sujet, et la portée sociale de ce courant est à peu près nulle. »

Le second courant, lui, est anti-islam. « Au niveau du fonctionnement social, c’est ce deuxième courant qui fait le tri, qui fait surgir les débats dans la société. », analyse Jean Baubérot. Résultat ? Une radicalisation des discours et une surenchère dans le débat sur l’identité nationale. Le vocabulaire a changé et les forces en présence ne sont plus les mêmes.

Le point central ? L’exclusion d’une religion minoritaire, l'islam, présentée comme menace, facile bouc émissaire d’un débat totalement instrumentalisé par le pouvoir politique. Sans doute pour mieux faire oublier l’essentiel : sous couvert de « patrimonialisation » du catholicisme, Nicolas Sarkozy annonce sa volonté de défendre les racines chrétiennes de la France. Donner une dimension religieuse à l’identité nationale, voilà qui va dans le sens opposé à la dynamique lancée par la loi de 1905. Une idée qui plaît indéniablement à une partie des catholiques… ceux capables d’argumenter que l’ouverture d’un Quick halal met en péril l’identité profonde de la France et son unité nationale.

1. Bruno Gollnisch doit intervenir lors de leur université d’été autour du thème « L’identité nationale : qu’est ce que la France ? ».
2. Pour 84 % d’entre eux, la laïcité consiste à respecter toutes les croyances et à considérer les religions comme un atout pour la société et non comme un danger.
3. Sondage IFOP/La Croix (2007)
4. Étude IFOP – La Croix, mars 2008
5. Emmanuel Todd, Après la démocratie, Gallimard, 2008.

[Romano Libero - Golias] Les Franciscains de l'Immaculée au top!

SOURCE - Romano Libero - Golias - 1er avril 2010

Jeudi 25 mars, en la fête de l’Annonciation le cardinal Franc Rodé, un slovène qui préside la congrégation pour les religieux a ordonné huit frères franciscains de l’Immaculée. La cérémonie a été célébrée en grande pompe dans une église de Florence, selon les anciens livres liturgiques. Etait notamment présent Mgr Gilles Wach, de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre de Gricigliano. Venu en ami et en voisin.

Les Franciscains de l’Immaculée se sont constitués pour former une communauté rétive à l’aggiornamento conciliaire.

Fondés en 1970 par le P. Stefano Manelli (leur supérieur) et le P. Gabriele Pelletieri, ils sont aujourd’hui de droit pontifical et rassemblent dans le monde entier plus de 300 frères, dont une centaine de prêtres . Ils ont également près de 400 religieuses, en Australie, aux États-Unis, au Bénin où ils disposent d’une chaîne de télévision, en Italie, aux Philippines, au Brésil, en France... dans le diocèse de Toulon - comme par hasard.

“Fides Catholica” est leur revue, d’un bon niveau intellectuel. De plus ces religieux éditent une revue pour défendre la doctrine de Marie Co-rédemptrice intitulée “Immaculata Mediatrix”. Enfin, une fois par an sortent les “Cahiers d’Études scotistes” et les “Annales Franciscani”.

Il est important de noter que cette famille religieuse avait organisé en 2008 un colloque sur l’ Enfer , dont les actes sont en cours de publication. Il s’agissait de réaffirmer l’existence de l’Enfer , auxquels vont les hommes en état de péché mortel.

Tout un programme ! ! !

31 mars 2010

[summorum-pontificum.fr] Assemblée plénière des évêques de France : les fidèles traditionalistes toujours absents

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 31 mars 2010

Du 22 au 26 mars dernier, les évêques de France se sont retrouvés pour leur Assemblée plénière de printemps. Dans son message de clôture, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence épiscopale a notamment prononcé les mots suivants :

« Nous sommes émerveillés par les signes de renouveau que manifestent les catéchumènes et les « recommençants ». Nous sommes aussi interrogés par de nouvelles façons de vivre la foi qui se développent dans les nouvelles générations, et les communautés. Les rassemblements comme les JMJ, l'attrait de Taizé et d'autres groupes qui invitent à des modes de vie plus sobres, le succès du pèlerinage étudiant en Terre Sainte en juillet 2009, montrent les voies d'un autre avenir : nouveaux engagements sociaux et ecclésiaux, expériences spirituelles décisives. »

Dans ce constat de renouveau, deux absents de marque : les groupes des communautés nouvelles et les traditionalistes. Or, il s’agit aujourd’hui, avec les milieux du scoutisme traditionnel, qui sont inter-groupes, si l’on peut dire, des deux parties du catholicisme français qui donnent le plus de vocations et de conversions.

Les JMJ sont à saluer certes, mais il s’agit d’un événement qui demande à être accompagné le reste du temps.

Taizé, aujourd’hui encore, n’est pas dépourvu d’ambiguïté et d’équivoques. Il est étonnant de voir un prélat catholique se l’approprier aussi facilement.

En revanche, et pour rester dans le registre choisi par le cardinal archevêque de Paris, celui de l’évènementiel, aucun mention :

– des sessions de Paray-Le-Monial de la Communauté de l’Emmanuel, qui offre quand même un catholicisme identitaire ;

– des pèlerinages de Paris-Chartres et Chartres-Paris qui mettent sur le route à la Pentecôte des milliers de traditionalistes.

30 mars 2010

[Romano Libero - Golias] Présent ne se remet pas de la conférence du rabbin à Notre-Dame de Paris

SOURCE - Romano Libero - Golias - 30 mars 2010

Dans un article publié dans le quotidien « Présent », en date du 27 mars, et reproduit sur le site Perepiscopus, Jean Madiran revient sur la polémique suscitée par la présence du Rabbin à Notre-Dame pour y prononcer une conférence de carême : "le président Vingt-Trois recherche des cautions et appuis extérieurs pour retrouver l’autorité morale qu’il a perdue auprès des catholiques par son scandale des obsèques de Philippe Séguin. Nous le lui répéterons publiquement autant de fois qu’il le faudra :

— Désormais, quand il parle au Souverain Pontife ou à n’importe qui, le président Vingt-Trois sait bien que son interlocuteur pense en silence à l’énorme festival de sacrilèges qu’il a présidé le 11 janvier 2010« . Il écrit encore au sujet de Mgr Vingt-Trois :  »« Président », il l’est seulement de l’épiscopat français, et seulement parce que les évêques l’ont élu. La présidence d’un épiscopat n’a pas été fondée par Notre-Seigneur, elle ne comporte aucune autorité canonique, elle s’accompagne, selon les circonstances, d’une sorte d’autorité morale qui est fragile et passagère. Il l’a perdue, et il sait pourquoi, la perte est datée : 11 janvier-21 mars 2010.
Mais il avait été « président », aussi, le 11 janvier 2010, puisqu’il présidait une eucharistie. On n’a entendu ni lu nulle part qu’en l’occurrence il aurait célébré le saint sacrifice. C’est la même chose dans les deux formulations, croyez-vous ? Mais alors comment se fait-il que tant de prêtres, aujourd’hui, se reconnaissent entre eux par l’emploi systématique de la première et l’omission systématique de la seconde ?

Son tempérament naturel, qui est autoritaire et rageur, peut l’entraîner à de dangereuses extrémités, comme son sabotage, méthodique et implacable, des claires dispositions décrétées par Benoît XVI pour libérer et honorer la messe traditionnelle".

C’est désormais la guerre ouverte et sans concession, définitive et féroce, entre le cardinal Vingt-Trois et les tradis. Une guerre à haut risque. Pour les deux protagonistes.

Vingt-Trois pourrait bien obtenu une victoire en faire casser à Rome le recours du curé Michel contre l’évêque d’Evreux. En tout cas, la crise de crédit moral qui frappe aujourd’hui Benoît XVI à cause des abus sexuels et l’affaiblit notablement pourrait favoriser d’autres actions en coulisses du cardinal de Paris contre les tradis les plus violents. A commencer par un possible « monitum » (avertissement) de Rome même qui rappellerait l’autorité épiscopale. Par exemple signée par le cardinal préfet de la congrégation des évêques, Giovanni Battista Re, dont on sait combien il est en colère à cause de la complaisance du Pape envers les intégristes.

29 mars 2010

[summorum-pontificum.fr] Une radio traditionaliste

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 29 mars 2010

La technologie moderne permet un certain nombre d’actions hier impensables faute de moyens. C’est ainsi que sur le site de la Schola Sainte-Cécile de la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile de Paris vous trouverez en quelques cliques… Radio Sainte-Cécile. Au sens strict, il ne s’agit pas d’une véritable radio, avec ses émissions, ses animateurs et ses heures de diffusion.

Plus simplement, mais en cette semaine sainte, pourquoi ne pas prendre ce chemin méditatif, Radio Sainte-Cécile propose d’écouter depuis votre ordinateur plusieurs chants sacrés enregistrés par la Schola. Une pure merveille.

Ce site est d’ailleurs tellement riche qu’il faut plusieurs heures pour bien le connaître. On y trouve un blog qui propose non seulement le programme musical des dimanches et des messes célébrées en cette paroisse parisienne si renommée, mais aussi des photos des cérémonies à Saint-Eugène, de toutes beautés, des réflexions sur la tradition liturgique et beaucoup d’autres trésors.

Plusieurs livres sont par ailleurs disponibles en téléchargement. Une véritable mine.

Enfin, la schola met en vente pour un prix modique plusieurs morceaux enregistrés par ses soins.

L’adresse de cette merveille : ICI.

[La Renaissance Catholique - Bulletin de la Communion Phalangiste au Canada] L'abbé Georges de Nantes au canada: un maître, un père, une victime

SOURCE - La Renaissance Catholique - Bulletin de la Communion Phalangiste au Canada - Mars 2010
Il était minuit 25, de ce côté-ci de l’océan, 6 heures 25 du matin en France, lorsque l’abbé Georges de Nantes, notre bien-aimé Père, rendit paisiblement sa belle âme à Dieu, le 15 février dernier. Dans les lettres à la Phalange nos 85 et 86, frère Bruno de Jésus, qui lui succède à la tête de notre Communauté, raconte les circonstances de cette mort du juste, entouré de sa communauté, et les prochains numéros d’Il est ressuscité ! remémoreront son « beau règne » et son combat pour la défense de la Foi.

Nous voudrions ici évoquer simplement le souvenir qu’il nous laisse d’un cœur paternel gardant les siens dans la foi et la charité, manifestant toujours une espérance invincible. Rappelons tout d’abord comment son zèle pour le salut des âmes le conduisit jusqu’au Canada.

« AU SECOURS, CHER CONFRÈRE ! »

Jeune théologien de trente-huit ans, l’abbé de Nantes s’était opposé tout de suite aux nouveautés de Vatican II, dont il prévoyait qu’elles n’engendreraient que la ruine et la décadence de la Chrétienté et de l’Église, et la diffusion de ses Lettres à mes amis avait considérablement augmenté pendant le Concile. Ses analyses pertinentes, empreintes d’une sagesse surnaturelle dans la défense de la Foi, lui valurent l’estime d’un prêtre de Montréal, l’abbé Henri Saey.

Le 16 octobre 1966, celui-ci osa lui écrire : « Au secours, cher confrère… vos prières svp, et celles de vos plus fervents amis !!! » Suivait le récit détaillé du drame de conscience de ce saint prêtre pris entre l’obéissance due à son archevêque qui organisait la révolution pastorale dans son diocèse, et les conseils d’intégristes qui l’incitaient à démissionner et à entrer en résistance.

La sage réponse de notre Père l’apaisa et le conforta dans sa répulsion pour le schisme. Ce fut le début d’une longue amitié que l’abbé Saey aurait bien aimé voir partagée par ses confrères. Il n’hésita pas, en novembre 1973, à publier ce témoignage dans un journal traditionaliste de Montréal : « Dans l’autodémolition actuelle de notre Église, intérieurement advenue en suite de la tiédeur de ses fils, et extérieurement effectuée par ses chefs, par son Chef même, l’abbé de Nantes a rescapé, sauvé des milliers d’âmes. (...) Dès le premier contact avec cet homme de Dieu, et dans les milliers qui ont suivi, j’ai été consolé, ravi de ne rien trouver d’autre, absolument rien d’autre sur ses lèvres et sous sa plume, que l’enseignement des Évangiles, des saints Pierre, Paul, Jacques, Jude et Jean, des saints Pères et docteurs (…) un enseignement pur comme le cristal, solide comme diamant, doux comme miel. »
Fort d’un tel appui, notre Père accepta en 1974 de se rendre au Canada pour y exposer sa ligne de crête, « ni schisme, ni hérésie », à des prêtres et à des fidèles décontenancés par la réforme liturgique qui aggravait, leur semblait-il, les funestes conséquences de la Révolution tranquille.

Ses conférences attirèrent un public intéressé et rapidement conquis par ce prêtre qui n’avait rien du « maudit Français ». La rigueur de sa démonstration théologique, sa sagesse surnaturelle sauvegardant la vérité et la charité, impressionnèrent les auditeurs et créèrent une belle unanimité qui aurait dû être le point de départ d’un mouvement de Contre-Réforme dans un Canada-français où la foi catholique restait encore solidement implantée.

Malheureusement, quelques mois plus tard, Mgr Lefebvre puis le Père Barbara, sédévacantiste français, venaient à leur tour au Québec ranimer la querelle au sujet de la validité de la nouvelle messe. Le curé traditionaliste de la paroisse Sainte-Yvette à Montréal, d’abord convaincu par la sagesse de notre Père, changea d’avis et s’opposa ouvertement à son archevêque jusqu’à ce qu’il soit expulsé manu militari de son presbytère. C’était précisément ce que notre Père voulait éviter pour ne pas discréditer la cause traditionaliste aux yeux d’un clergé toujours respectueux de la hiérarchie.

Suite à ces évènements, l’abbé Saey écrivit une lettre émouvante à notre Père pour lui confier un tourment qui fut et reste celui de beaucoup de ses disciples : « Évidemment, Père, ça nous fait de quoi qu’à l’occasion des courants d’idées, si divergents, maintenant, ici-même au Québec, et des derniers évènements de Sainte-Yvette, prêtres et laïcs s’éloignent de nous, et nous comptent désormais pour leurs ennemis, ou du moins pour des lâches qui les abandonnons dans leur combat !!... Mais en vérité qu’est-ce que cette mini-peine, Père, à côté du chagrin profond qui me torture depuis des mois : pourquoi, pourquoi donc ne recourt-on pas, dans l’Église du haut de l’échelle jusqu’en bas, à la sagesse du Père de Nantes ? Pourquoi, pourquoi l’ignore-t-on, à ce point, dans les milieux intégristes, traditionalistes ? Voilà un vrai tourment ! Je me réfugie alors dans la foi. »

De ce premier séjour de notre Père au Canada, il nous reste son chemin de croix, si souvent récité depuis par nos communautés, sans que jamais on ne s’en lasse ; à lui seul, il suffit à rendre témoignage de la piété et de la profondeur d’âme de son rédacteur. Notre Père l’a écrit et prêché pour la première fois dans la chapelle Saint-Raphaël, à Shawinigan, où un saint missionnaire Oblat de Marie Immaculée, le Père Henry, disait la messe tridentine avec la bienveillante permission de l’évêque de Trois-Rivières. Qui eût dit alors que, trente ans plus tard, nos maisons Sainte-Thérèse et Saint-Georges s’élèveraient au même lieu ?

Mais n’allons pas trop vite. Après la querelle de la messe, ce fut l’indépendance du Québec qui agita ceux que l’intégrisme et le sédévacantisme n’avaient pas déjà éloignés de la CRC. Notre Père leur envoya frère Bruno en 1977 et 1978 ; lui-même revint en 1979 et 1981, mais ce fut pour constater que les belles promesses d’une CRC canadienne florissante avaient fait long feu. D’autres à sa place se seraient tournés vers d’autres horizons plus prometteurs. Cependant, le cœur de notre Père s’était déjà attaché à ses quelques amis isolés et soumis à toutes sortes de propagandes, mais qui restaient fidèles, avec bien du mérite. Plutôt que de les abandonner, il résolut de leur envoyer quelques frères pour fonder ici une antenne de la maison Saint-Joseph.

LES FONDATIONS DE NOS MAISONS

Une ancienne ferme située à Saint-Gérard-des-Laurentides, près de Shawinigan, ayant été mise à sa disposition, notre Père décida que la fondation s’y ferait sous le patronage de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Les frères y inaugurèrent la vie monastique le 16 juin 1982, pour le chant des premières vêpres de la fête du Sacré Cœur.

Auparavant, comme notre Père leur en avait donné la consigne, ils s’étaient présentés à l’évêché de Trois-Rivières pour faire part de leurs intentions à l’évêque du diocèse.

Quelques mois plus tôt, Mgr Lefebvre avait fondé lui aussi un prieuré à Shawinigan, mais en ignorant superbement le clergé local. La différence d’attitude créa dès l’abord un préjugé favorable vis-à-vis de notre fondation, et institua des rapports loyaux malgré les différences de fond qui n’étaient pas dissimulées pour autant.

Mgr Laurent Noël ordonna à la paroisse d’ouvrir l’église aux frères pour leur visite au Saint-Sacrement. Le nouveau curé, arrivé quelques jours après, quoique partisan de la liberté religieuse, appliqua les consignes avec bienveillance. Notre Père, à chacun de ses séjours, ne manqua jamais de lui rendre une visite de courtoisie.

Ce climat de charité, que notre Père constata dès l’été 1983, était bien ce qu’il avait souhaité. Il voulait préparer la renaissance de l’Église, qui viendrait nécessairement, par l’élaboration d’une doctrine réfutant l’erreur et exposant la vérité dans le contexte actuel, aussi bien que par notre attitude au sein de l’Église. Dans un sermon pour l’accueil des premiers postulants canadiens, il dit, parlant de la maison Sainte-Thérèse : « Voilà notre paix, et cette paix est bien le signe que cette doctrine de Contre-Réforme et de Contre Révolution catholiques n’est pas une attitude révolutionnaire, n’est pas une opiniâtreté hérétique, mais tout simplement notre amour de la Vérité du Christ. »

En 1984, la maison de nos sœurs fut fondée à Saint-Georges-de-Champlain. Là aussi, les rapports avec le clergé furent des plus courtois. Le curé retraité devint rapidement un fervent, mais discret, auditeur des cassettes, tandis que le curé en titre avouait honnêtement qu’il y avait un problème avec le Concile et reconnaissait la légitimité de notre opposition aussi longtemps que Rome n’aurait pas jugé.

LE CHEMIN TRÈS SÛR DE NOTRE CRC

Commença dès lors l’histoire tranquille de nos fondations canadiennes, dont le but assigné par notre Père était d’édifier « une digue dans la tempête actuelle. Ceux qui le voudront y trouveront un abri ».

Chaque année, à la fin du mois d’août, sa visite ranimait les courages. Au commencement, les débuts fort modestes faisaient craindre aux amis que notre Père n’interrompe l’expérience… Mais il les rassurait toujours, attaché qu’il était à la volonté de Dieu et au bien des âmes, même peu nombreuses, et non pas aux succès mirobolants ! Combien de fois n’a-t-il pas répété à sa communauté : « Ici, c’est l’ambition qui crève ou la vocation ! »

En 1984, il redit encore aux amis que nous étions ici « pour montrer le chemin très sûr de notre CRC, presque à égale distance du schisme et de l’hérésie. Plus près de l’intégrisme, du point de vue de la foi, de l’intelligence de la doctrine, mais plus près de L’Église en état de Concile, eh oui !, plus proche, de cœur, de l’ensemble de la communauté catholique, paroisse, diocèse, Église romaine, même en folie, même suspectée d’hérésie, pour demeurer dans l’unité. »

Nos amis respectèrent d’autant plus ces consignes que les faits ne cessaient de prouver l’exactitude des analyses de notre Père et le bien-fondé de son combat. Sa clairvoyance s’imposa ici comme en France, en particulier à l’occasion du voyage du pape Jean-Paul II au Canada, cet automne-là. Dix jours avant qu’il ne se déroule, notre Père avait pu en faire un commentaire aux amis réunis en Congrès ! L’avenir montra qu’il ne s’était pas trompé, il suffit aujourd’hui de relire sa conclusion : « Ce serait, nous avait-il dit, comme ce qu’on voit parfois quand un bateau fait eau de toutes parts. À un certain moment, paraît-il, on le voit se dresser vertical, la proue levée vers le ciel comme des mains suppliantes. Elle s’élève, cela tient du prodige, puis d’un coup, le bateau coule et disparaît à jamais sous les flots. De résurrection d’une Église nouvelle au Canada ? il n’y en aura pas. C’est l’ancienne Chrétienté qui renaîtra ou rien. Le voyage du Pape n’aura que précipité la chute. »

Puisque nous en sommes à 1984, signalons un autre trait de son charisme, sa capacité à saisir immédiatement les avantages des progrès techniques. Cette année-là, un bon ami avait pris l’heureuse initiative d’enregistrer en vidéo sa première conférence du Congrès, afin de la faire visionner aux retardataires après le dîner. Notre Père alla voir… et décida sur le champ que la maison Saint-Joseph devait s’équiper pour l’enregistrement et la diffusion vidéo !

UN CŒUR DE PÈRE

D’année en année, se fixa le programme du rendez-vous annuel de notre Père avec son petit troupeau canadien, ce qu’il appelait – peut-être ironiquement, car on ne lui laissait pas une minute – « ses vacances au Canada ». Première fin de semaine : prise d’habit ou prise de voile ; seconde fin de semaine, celle du congé de l’Action de grâces, retraite de trois jours qui préparait celle qu’il prêcherait à la communauté ; enfin la veille ou l’avant-veille du départ, le Congrès, lui aussi anticipation de celui de France.

Ces trois rencontres, ainsi que les visites aux cercles de Montréal et de Sherbrooke, étaient pour beaucoup l’occasion d’une bonne direction spirituelle, dont les fruits ne tardèrent pas à paraître : plusieurs vocations religieuses et ces belles familles, souvent nombreuses, où la foi et les convictions se transmettent fidèlement.
La fondation de la Phalange en 1985, les prières pour l’appel au jugement de Dieu en 1986-1987 resserrèrent encore les liens de notre famille spirituelle.

D’autant plus qu’à la même époque, nous faisions la démonstration que sa doctrine, élaborée pourtant dans un tout autre contexte, s’appliquait à la situation du Canada français avec un résultat qui dépassa, pour ainsi dire, les attentes. Notre Père nous apportait en effet deux clefs de compréhension de notre histoire, qui la rendaient cohérente à la différence des autres thèses historiques, même nationalistes.

Sa critique de la démocratie relativise l’opposition anglais-français dans laquelle le nationalisme canadien-français s’enlise depuis un siècle. Si elle explique par quel processus les Anglais ont pu dominer, elle ne laisse pas pour autant dans l’ombre les conditions qui, à certaines époques, ont permis, et donc permettraient, au Canada français non seulement de résister à l’assimilation, mais d’être l’élément moteur d’un véritable nationalisme canadien.

L’écroulement si rapide de la chrétienté canadienne-française trouve aussi son explication dans son analyse des causes doctrinales de l’apostasie de l’Église. Elle met en lumière les conséquences du libéralisme du cardinal Taschereau, à la fin du 19e siècle, puis du personnalisme de Jacques Maritain répandu ici à la faveur de l’action catholique spécialisée. Le souffle de la Révolution tranquille suffira à provoquer l’écroulement de la chrétienté canadienne-française rongée du dedans par ces deux maux.

Notre Père éclairait notre intelligence en fortifiant toujours notre espérance. Après le triomphe du Cœur Immaculé de Marie, la Contre-Réforme d’un Concile Vatican III restaurateur ressuscitera la chrétienté canadienne qui renouera avec sa vocation originelle, reprenant sa valeureuse conquête du continent pour le Cœur de Jésus et de Marie. L’histoire sainte du Canada n’est qu’interrompue, elle reprendra son cours irrésistible !

Cette étude de l’histoire de l’Église et du Canada français, ainsi éclairée, prenant part au combat de la grande Église, a quelque chose d’enthousiasmant qui explique aussi, pour une bonne part, l’attachement des nouvelles générations.

« UN BONHEUR DE JEUDI SAINT »

Le vent de révolte qui, en 1989, faillit une première fois emporter la CRC, eut ici la providentielle conséquence de forcer notre départ de Saint-Gérard et la construction de nos maisons à Shawinigan sur un vaste domaine propice à nos activités, en particulier celles destinées aux jeunes.

Pour mener à bien ce coûteux projet, disproportionné avec les ressources du petit troupeau CRC canadien, notre Père suscita un grand élan de générosité chez nos amis de France, et il voulut que dans notre chapelle le tableau des bienfaiteurs nous en garde le souvenir reconnaissant. À la Pentecôte 1990, il écrivait à la Phalange : « Je fais réflexion que je n’ai jamais fait tant de cas d’un achat de terre, ou d’une construction de maison. Quelle importance ceux-ci ont-ils donc à nos yeux, à nos cœurs, que les autres n’eurent pas ? Je crois que c’est pour nous un symbole…C’est une tâche accablante de prôner la Contre-Réforme et la Contre-Révolution dans l’Église et dans le monde ; souvent nous en sommes lassés, et persécutés de toute part au point de nous voir perdus sans espoir ! Alors, en cette année 1990, c’est une allégresse de mettre debout, vous ensemble avec nous, une bonne, grande, belle maison de bois, évangélique vraiment et canadienne à souhait, pour être une arche dans la tempête dans le Nouveau Monde et un sanctuaire tout prêt pour les fêtes de la paix de l’Église retrouvée, avant dix ans ».

Pauvre Père… il faudra attendre plus longtemps, car les persécutions de l’époque n’étaient que les signes avant-coureurs de la grande tourmente qui se préparait.

Elle frappa le troupeau le 6 août 1996, lorsqu’il nous fut enlevé une première fois. Ceux qui ont connu ces évènements n’oublieront pas l’angoisse qui nous étreignait lors de notre réunion le dimanche suivant !

Et pourtant, le 13 août au matin, surprise de l’entendre au téléphone nous annoncer son arrivée comme prévu ! Que s’était-il passé ? Jugé indésirable par le supérieur du monastère où il devait se retirer, et ne pouvant rejoindre l’évêque de Troyes, il avait la permission de venir au Canada y attendre d’autres consignes pour l’avenir.

Ce fut un séjour semblable à tous les précédents quant au calendrier des activités, mais, dans l’attente de la séparation inéluctable et d’une durée inconnue, tout était différent. Il nous prêcha sur la vie du Père de Foucauld dont l’idéal n’avait cessé de l’animer. Maintenant, c’était lui qui avait accepté d’être mis à la dernière place. Il voulut aussi faire le tour de toutes les familles fidèles ; pour une fois, il semblait vraiment prendre de courtes vacances ! Quant à nos joies de communauté, il nous dit : « C’est un bonheur de Jeudi-saint, c’est bon ! c’est inoubliable ! »

Un dimanche après-midi, à la fin d’une de ces séances récréatives dont il aimait la simplicité, remontant à la chapelle, les larmes aux yeux, il dit aux frères qui l’accompagnaient, « C’est cela qu’ils veulent détruire ! » Ce fut, pour ainsi dire, sa seule plainte chargée d’émotion dans cette terrible épreuve.

Une petite phrase dit bien ses sentiments du moment : « C’est difficile de pardonner. Il faut se conformer au Cœur Sacré de Jésus. Mon premier souci est le retour de la hiérarchie à la vraie foi catholique. Il ne faut pas arrêter le débat sur l’injustice qui m’est infligée, afin de ne pas nuire au combat pour la foi et donc, à l’Église. »

Quelques jours plus tard, juste au moment d’aller dire sa messe, il reçut le fax de l’Évêque de Troyes lui intimant l’ordre de se rendre en secret dans un monastère suisse. À le voir ensuite célébrer, à l’entendre prêcher puis animer la récréation de communauté, on ne pouvait soupçonner le coup qu’il venait de recevoir.

Or, il arriva providentiellement qu’on lut ce jour-là au réfectoire, l’article de notre Règle sur la réclusion qu’un frère pouvait demander ou qui pouvait lui être imposée. « Plutôt que des conditions de vie extraordinaires, ce qui caractérisera la réclusion sera l’abjection et l’oubli acceptés sans limites pour l’amour du Christ, comme de serviteurs inutiles ».

Lorsque notre Père annonça à la communauté la nouvelle, il souligna cette occurrence et fit remarquer, pour nous encourager certainement, qu’il était écrit que la réclusion ne devait pas durer plus de trois ans…

Comme dernière instruction, il choisit de commenter la Prière sacerdotale, en saint Jean, chapitre XVIIe. Il s’arrêta en particulier sur le verset 11 : « Père Saint, garde-les en ton Nom, ceux-là que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un comme nous. » – et nous expliqua que, lui reparti, si vraiment son œuvre était catholique, notre communauté, comme un corps sans tête, demeurerait néanmoins « une entre eux », en vertu de la force divine.

Au moment du départ, il nous demanda une image de sainte Thérèse, sur son lit de mort : « je la trouve tellement belle, tellement paisible ». Après un rapide pèlerinage à Sainte-Anne de Beaupré, c’était l’heure de la séparation. Dernière bénédiction, dernières paroles : « Ne pleurez pas, il y aura des grâces pour tous ! ». Et dernier sourire.

Rapidement, on s’aperçut que l’Évêque de Troyes ne respectait pas son engagement vis-à-vis de la Communauté, aussi Frère Bruno et Frère Gérard se trouvèrent-ils dans l’obligation morale d’aller rechercher notre Père dans sa solitude pour qu’il reprenne sa place à notre tête. Auparavant, ils avaient pris conseil auprès de l’abbé Saey, toujours fidèle dans son amitié, qui avait répondu : « Le Père nous a donné un admirable exemple d’obéissance en septembre. Mais là, c’est son devoir de sortir, de reprendre la tête de la Contre-Réforme catholique ; c’est son charisme, il est défenseur de la foi, lui seul peut le faire ».

UN CŒUR DE VICTIME

Le 3 janvier 1997, il était donc de retour à la maison Saint-Joseph, mais il nous avertit « que c’était pour un long chemin de croix ».

De fait, ce retour ranima la hargne épiscopale, ce qui obligea de nouveaux recours à Rome. Comme les précédents, ils furent inutiles sinon pour démontrer que le Saint-Siège ne voulait pas, parce qu’il ne pouvait pas, juger l’abbé de Nantes. On n’imagine pas le retentissement de cette forfaiture dans l’âme de notre Père, déjà atteint, mais sans le savoir encore, de la maladie de Parkinson.

Son séjour au Canada en 1997 fut pour lui, semble-t-il, une vraie consolation. Et pour nous donc, heureux de le retrouver alors qu’on pensait ne plus le revoir de sitôt. Cette année-là, il institua ici un petit rite auquel il resta très attaché jusqu’à son dernier séjour. Le soir, après complies et la bénédiction des frères et des sœurs, il voulait que les familles s’avancent une à une, au complet, jusqu’au banc de communion pour recevoir à leur tour sa bénédiction. Il était heureux de voir leur nombre grandir d’année en année, et pour certaines, c’étaient trois générations qui se présentaient ensemble. La parabole de la vigne n’avait pas menti : le sarment qui demeure sur le cep porte du fruit… mais il faut qu’il soit émondé !

Depuis l’inauguration de la chapelle de la nouvelle maison Sainte-Thérèse, dont il appréciait la chaude atmosphère paisible, il aimait particulièrement prier au pied de la statue de Notre-Dame de Fatima. C’est là qu’en 1993, il avait eu l’inspiration de commencer la salutation angélique par « Je vous aime, ô Marie ».

Mais en 1997, ce fut « pire » ! Au frère Bruno, il écrivit : « La Vierge bénie me laissa emporter par un torrent soudain de dévotion à son Cœur Immaculé et je déterminai de lui promettre de me maintenir en cette exagération même de paroles et de pratiques telle que, jadis, tant de fois j’ai eu le malheur de la critiquer chez d’autres, et des saints même, et pour cela de consacrer mon misérable cœur, profitant de l’effet salutaire du purgatoire affreux de ces douze mois écoulés, non pour un an ni dix, mais pour toute cette dernière partie de ma vie, tendant ainsi à réparer tous les effets et manquements d’un trop long atermoiement. »

Même consolation, quelques jours plus tard, aux pieds de la Vierge dans son sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine.

Cet enthousiasme devait aboutir à sa décision de « passer la main à l’Immaculée » et à notre consécration à l’Immaculée Conception, le 8 décembre suivant. Sans que nous le comprenions encore, c’était bien son chemin de croix qui se préparait, qu’il devait souffrir seul, pour apporter le sceau divin à toute son œuvre et attirer sur nous bien des bénédictions.

En effet, les séjours de 1998 et 1999 furent autrement plus tristes. La maladie avait fait des progrès, mais surtout l’âme de notre Père était accablée d’angoisse. On le voyait écartelé entre son devoir de continuer le combat pour défendre la foi, et son souci d’être dans l’obéissance, de ne pas rompre.

Sa solitude était terrible : nous ne pouvions lui être d’aucune aide, puisque nous étions ses disciples et nous ne savions que lui répéter ce qu’il nous avait enseigné. Quant aux autorités de l’Église… elles refusaient obstinément de juger. La Sainte Vierge aussi se taisait, et ce devait être certainement le plus angoissant. C’était l’heure du sacrifice.

Les années suivantes, ses séjours furent plus paisibles, bien que la maladie progressât, entravant de plus en plus ses capacités et donc ses activités. Mais que de leçons d’humilité et de courage il nous donna alors ! Sa crainte de céder à la paresse lorsqu’il se sentait impuissant à travailler, et ses énergiques refus, le soir, d’aller se reposer plus tôt, malgré son épuisement visible, pour ne pas nous priver du chapitre, ni de sa présence aux complies.

Ce fut ainsi jusqu’en 2002. Mais, le surlendemain de son départ, nous avons dû lui annoncer la mort subite, dans son sommeil, de notre frère Hugues du Christ-Roi, son neveu, « cet enfant pur, pieux, aimant et charmant. » Le refus de ses funérailles à la paroisse par l’évêque de Trois-Rivières, l’atteignit en plein cœur. Dans son amour de l’Église maternelle, il s’était absolument refusé d’envisager une telle attitude lorsque nous en avions émis l’hypothèse : « ils ne peuvent pas faire ça ! ». Or, ils le firent !

Aussitôt, il nous donna comme consigne de nous taire, d’écrire immédiatement notre soumission à l’évêque. Il fallait aussi accepter cette injustice pour témoigner de notre attachement à l’Église. La ligne de crête était bien maintenant un chemin de croix !

Pour l’image mortuaire de notre frère, il choisit une de ses photos, prise sous le péristyle de la basilique de Fatima, parce qu’il y paraissait grave.

Dans les jours qui suivirent, la maladie de notre Père s’aggrava certainement sous l’effet de ce choc. En 2003, il ne put faire le voyage. Mais il revint l’année suivante, une dernière fois, ultime effort de son cœur de Père, à l’extrême limite de ses possibilités : il était visiblement heureux d’être ici, malgré sa fatigue, et de revoir ses chers Canadiens, ses « chéris » comme il disait d’eux en France.

Depuis, le petit troupeau est resté fidèle, non sans une grâce qu’on ne peut attribuer qu’à l’Immaculée Conception, notre Mère à tous, et au sacrifice de notre bien-aimé Père. Déjà en 1996, après son départ forcé, il nous avait écrit : « On croit que nous sommes une secte, et moi un gûrû d’ailleurs ignoble. Que le gûrû s’éloigne, et tous ses séides, ses hypnotisés s’en iront, libérés, à d’autres maîtres sans doute meilleurs. Contre ces mondaines suppositions, il est inutile de liguer toutes nos bonnes volontés, de nous barder de fortes résolutions : un groupe charismatique ou sectaire ne peut pas durer s’il est décapité, s’il perd son chef. En revanche, les Ordres religieux catholiques, voulus par Dieu, bénis par Lui, survivent à leur fondateur et traversent les siècles. Nous autres, dans l’épreuve qui nous frappe, nous pouvons donner la preuve, par ce miracle, de la bénédiction de Dieu qui est sur nous. »

Que du haut du Ciel, il nous y aide paternellement.

[Paix Liturgique] Les Franciscains de l'Immaculée toujours plus extraordinaires

SOURCE - Paix Liturgique, lettre n°223 - 29 mars 2010

Ce jeudi 25 mars, en la fête de l'Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie, huit frères franciscains de l'Immaculée - 3 Italiens, 2 Béninois, 1 Nigérian, 1 Philippin et 1 Sud-Africain - ont reçu l'ordination sacerdotale des mains du Cardinal Franc Rodè, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique au cours d’une cérémonie célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain en l'église d'Ognissanti à Florence. Parmi l'assistance, nombreuse, on remarquait une forte délégation africaine ainsi que les figures de Mgr Wach et Mgr Schmitz, de l'Institut du Christ-Roi, venus en voisins et amis ainsi que celle de M. l'Abbé Blin, ancien curé de Saint-Georges à Paris et désormais supérieur d'une nouvelle communauté installée dans le diocèse de Toulon et dont l'un des membres effectue son noviciat au sein des Franciscains de l'Immaculée.

Présente lors de cette cérémonie, Paix Liturgique en a profité pour rencontrer le Père Alessandro M. Apollonio, recteur du séminaire théologique des Franciscains de l'Immaculée.


Les Franciscains de l’Immaculée forment un institut particulièrement intéressant (1). De même que les carmélites ont depuis longtemps une branche qui s’est constituée pour refuser un aggiornamento dévastateur (les carmélites de la Mère Maravillas de Jésus), les franciscains ont désormais une branche qui s’oppose à la dérive sans fin de l’ordre de saint François : les Franciscains de l’Immaculée, fondés en 1970 par le P. Stefano Manelli (leur supérieur) et le P. Gabriele Pelletieri. Ils ont, bien entendu, beaucoup de vocations. Ils ont été reconnus de droit pontifical en 1998 et rassemblent dans le monde entier plus de 300 frères, dont une centaine de prêtres et comptent près de 400 religieuses, en Australie, aux Etats-Unis, au Bénin où ils disposent d’une chaîne de télévision, en Italie, aux Philippines, au Brésil, en France dans le diocèse de Toulon (P. Antoine Santoro). Ils suivent la règle franciscaine, en se distinguant par leur fidélité traditionnelle à cette règle, par leur consécration personnelle à l’Immaculée et désormais… par leur attachement à la forme extraordinaire du rite. Le P. Manelli a embrassé avec promptitude, et avec l’appui chaleureux de ses religieux, le Motu Proprio Summorum Pontificum, faisant toujours plus de la forme extraordinaire la forme privilégiée de sa communauté. La cinquantaine de séminaristes de cet institut est dorénavant formée à l’une et l’autre formes du rite, comme cela devrait l’être dans tous les séminaires. Ils célèbrent en outre toujours « vers le Seigneur ».

L’histoire de cette Communauté est donc une parfaite illustration du sens profond du Motu Proprio : rendre le trésor de la liturgie traditionnelle à toute l’Eglise universelle et ne pas le cantonner aux communautés et fidèles « historiquement traditionalistes ».

Notre entretien exclusif avec le Père Apollonio est l'occasion de comprendre comment l'appropriation de la liturgie traditionnelle de l'Église est vécue au sein de leur communauté qui compte désormais plus de 730 membres, frères et sœurs confondus.

Ave Maria, Père Apollonio, vous êtes le Recteur du séminaire théologique des franciscains de l'Immaculée. Pouvez-vous nous le présenter en quelques phrases ? Quelle est son organisation ? Quelle formation dispense-t-il ? Combien de séminaristes avez-vous ?

PA: Nous avons dû récemment diviser notre séminaire en deux : d'un côté le séminaire philosophique, de l'autre le séminaire théologique. Une séparation motivée uniquement par des contingences matérielles puisque nous n'avons pas de structure pouvant accueillir 50 séminaristes en même temps.
Les deux centres d'étude sont néanmoins voisins, se situant tous deux aux environs de Monte Cassino (à une heure de Naples et deux heures de Rome), à moins d'une demi-heure de route l'un de l'autre.
Nous avons une trentaine d'étudiants en théologie et une vingtaine en philosophie. Notre corps enseignant est composé d'une quinzaine de Franciscains de l'Immaculée, tous titulaires d'une licence académique, appuyés par deux de nos sœurs qui dispensent par correspondance des cours de psychologie et de pédagogie.
Nos cours s'inspirent de la “ratio formationis” de l'Université pontificale de la Sainte Croix (Opus Dei) mais comprennent aussi quelques enseignements propres à notre communauté comme la mariologie biblique et patristique, la spiritualité mariale, la missiologie (la théologie de la mission), un cours sur les médias, un autre sur l'animation des groupes de laïcs de notre tiers-ordre (Missio Maria Immacolata) et, enfin, des enseignements spécifiques sur la philosophie et la théologie franciscaines, en particulier sur Saint Bonaventure et le Bienheureux Jean Duns Scot.
Comme notre séminaire est réservé à nos frères, l'année de propédeutique est remplacée par l'année de postulat ou de noviciat. Nos frères suivent ensuite deux années de philosophie, puis une année de stage (consacrée aux missions et à l'apprentissage d'une langue étrangère), puis trois années de théologie. Ensuite, les plus doués, les plus motivés et les plus humbles peuvent éventuellement poursuivre leur formation à Rome, à la Sainte Croix ou dans une autre Université pontificale. Le choix se fait à la fois en fonction de leur penchant naturel et du bien de notre institut.

Votre séminaire est également à l'origine de différentes initiatives de débat et d'approfondissement théologiques : des revues, comme "Fides Catholica”, et des colloques, dont un sur Karl Rahner en 2007 et un tout récent sur “Le ministère sacerdotal et les défis de la post-modernité”, en décembre 2009. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

PA: “Fides Catholica” est notre revue de pointe, une revue d'apologétique que nous publions deux fois par an. Trois fois l'an, nous proposons “Immaculata Mediatrix”, revue qui défend la doctrine de Marie Corédemptrice. Enfin, une fois par an sortent nos “Cahiers d'Études scotistes” et les “Annales Franciscani”. Ces dernières, dédiées à la défense de la vérité historique sur Saint François d'Assise, sont importantes à une époque où certains veulent réduire la figure de Saint François à celle d'un proto-hippie, d'un écologiste new-age voire carrément d'un triste révolutionnaire sandiniste...
En ce qui concerne les colloques, nous en avons aussi organisé un en 2008 sur l'Enfer, les actes sont en cours de publication. Il s'agissait de réaffirmer l'existence de l'Enfer, cette condition eschatologique qui attend les hommes qui, refusant la miséricorde divine, meurent en état de péché mortel et se voient condamnés au feu éternel. Alors que le Concile de Trente a clairement établi qu'au moins Judas se trouve en Enfer, on voit aujourd'hui se diffuser l'idée erronée selon laquelle l'Enfer serait “vide”, selon l'expression malheureuse d'Urs Von Balthasar.
Enfin, depuis 2000, nous tenons aussi une réunion annuelle sur Marie Corédemptrice, l'un de nos chevaux de bataille théologiques. Par manque de soutien ecclésiastique en Italie ce colloque s'est jusqu'ici tenu entre l'Angleterre et Fatima.

La vocation d'un séminaire est de donner des prêtres à l'Église. Cette semaine, huit de vos frères ont été ordonnés à Florence selon la forme extraordinaire du rite romain par le cardinal Rodè. L'an dernier, à la même date - le 25 mars, fête de l'Annonciation -, c'est un autre prélat romain, Mgr Burke qui avait conféré le sacrement de l'Ordre à cinq de vos frères. C'était déjà, et pour la première fois dans l'histoire de votre institut né après le Concile, selon la liturgie traditionnelle (voir lettre de Paix Liturgique n°171). Peut-on en conclure que la forme extraordinaire du rite romain est désormais le mode ordinaire dans lequel seront ordonnés vos prêtres ?

PA: Oui, de manière préférentielle et non exclusive.

C'est-à-dire ?

PA: Permettez-moi d'interpréter la pensée de notre supérieur, le Père Manelli : la forme extraordinaire étant celle qui est la plus proche de notre spiritualité, c'est celle que nous privilégierons pour nos ordinations. Bien entendu, si nous devons demain ordonner des frères directement en Afrique ou aux États-Unis (actuellement, les ordinations des Franciscains de l'Immaculée se font toutes en Italie, NDLR) et que l'évêque du lieu préfère célébrer selon le Nouvel Ordo, les ordinations se feront selon la liturgie moderne, dans son expression la plus solennelle.

Qu'est-ce qui rapproche particulièrement votre spiritualité du rite ancien ?

PA: Notre spiritualité franciscaine et mariale se distingue par son caractère théocentrique, christocentrique et “mariocentrique”. Dieu, l'Homme-Dieu et l'Immaculée Corédemptrice sont au centre de notre vocation. Or, par sa dimension sacrificielle et mystique, la liturgie traditionnelle répond parfaitement à notre spiritualité. Il n'y a de Salut qu'en Dieu fait chair dans le sein de la Vierge Marie, mort sur la croix et ressuscité. Ce que la liturgie millénaire de l'Église nous rappelle constamment, y compris dans ses moindres détails.


Dans la mesure où vos frères sont désormais introduits au sacerdoce à travers le rite ancien, il semblerait normal qu'ils puissent bénéficier de ses richesses au jour le jour. Quelle est votre ligne de conduite quant au bréviaire par exemple ? Vos prêtres peuvent-ils utiliser celui antérieur à la réforme liturgique ?

PA: Effectivement, le bréviaire traditionnel est un instrument important pour favoriser l'épanouissement spirituel de chaque prêtre en particulier et de notre famille religieuse en général. Pour tout dire, au séminaire, c'est celui que nous utilisons désormais pour toutes nos prières en chœur. Individuellement, lorsqu'ils sont en mission par exemple, nos frères peuvent bien entendu continuer à utiliser le bréviaire de Paul VI.

Où en êtes-vous de la mise en œuvre des bienfaits du Motu proprio Summorum Pontificum dans vos maisons ?

PA: En Italie, la forme extraordinaire est la forme conventuelle aussi bien des frères que des sœurs, suivant les recommandations de notre fondateur, le Père Manelli. Petit à petit, elle est célébrée de plus en plus lors de nos cérémonies publiques, y compris dans le cadre paroissial quand l'évêque nous y autorise.
À l'étranger, tout dépend du contexte local. Aux États-Unis, par exemple, les choses se font à un rythme plus lent qu'en Italie, pour éviter prudemment tout risque de confusion. Reste que, des Philippines au Brésil, la forme extraordinaire conquiert chaque jour davantage l'âme de nos frères et sœurs Franciscains de l'Immaculée.

L'après-concile Vatican II n'a pas été troublé que sur le plan liturgique, la doctrine aussi a été touchée, comme l'avait d'ailleurs souligné votre fondateur, le Père Manelli, durant son homélie à Saint-Jean-de-Latran l'an dernier pour les 800 ans de l'approbation de la règle franciscaine. Selon vous, peut-on et faut-il espérer des initiatives de réconciliation semblables à ce que le Motu Proprio représente sur le plan liturgique, dans des domaines comme l'exégèse ou le catéchisme par exemple ?

PA: C'est une bonne question... Il faut bien admettre que l'après-concile a été marqué par un écroulement non seulement de la liturgie mais aussi de la doctrine. Quand l'idée de Dieu diminue dans nos âmes, tout le reste diminue à l'unisson et nous nous laissons prendre par le monde dont on sait bien que le Prince n'est pas Notre Seigneur !
Lex orandi et lex credendi sont intimement liées. Donc, oui. Oui, nous devons souhaiter un “effet domino” ; oui, nous devons prier pour qu'un cercle vertueux s'enclenche et permette de remettre Dieu au centre de toutes les œuvres de l'Église. Il semble d'ailleurs que le Saint Père, discours après discours, s'y attache.
En fait, son discours de Ratisbonne, en 2006, nous est apparu comme la charte fondatrice de la réconciliation de l'Église avec sa théologie pérenne. Il a valeur d'antidote aux théories de la “pensée faible”. (2)
Parallèlement au renouveau de la liturgie, Benoît XVI semble vouloir proposer un programme pour la réhabilitation de la doctrine catholique. C'est une entreprise indispensable.

(1) http://www.immacolata.ws
(2) Padre Apollonio fait référence au courant intellectuel du “pensiero debole”, né du philosophe italien Gianni Vattimo.

[perepiscopus.org] Thiberville : pourquoi l'abbé Michel a-t-il été débouté ?

SOURCE - perepiscopus.org - 28 mars 2010
L'abbé Francis Michel, en conflit avec son évêque, Mgr Christian Nourrichard, qui veut non seulement lui supprimer sa paroisse florissante mais aussi dissoudre cette paroisse dans un ensemble plus vaste, qui dépendrait du curé de Bernay, fidèle à la pastorale de l'enfouissement, a été débouté de son recours par la Congrégation pour le Clergé. C'est même le Cardinal-Préfet Hummes qui a signé cette étonnante décision.

Cette affaire est symbolique de l'opposition entre deux pastorales, l'une traditionnelle et identitaire, l'autre, progressiste et moderniste. Osservatore vaticano comprend que la pression de la Conférence des évêques de France a été d'une force peu commune, afin de ne pas perdre la face dans cette affaire. Datée du 26 mars, cette décision tombe d'ailleurs au moment où se tenait l'assemblée plénière de la CEF à Lourdes. Etonnante coïncidence, quand on voit aussi la rapidité du procès, alors que l'on sait que Rome se presse toujours avec lenteur...

Mais à cette pression, il a bien fallu ajouter des arguments. Il faut savoir que, ces derniers temps, des bruits divers circulaient sur l'abbé Michel, bruits que je me refuse de rapporter ici, n'ayant pu les vérifier. Mais ces bruits, couplés à la pression de la CEF ont sans doute fait plier son avocat, un prêtre français, qui a du craindre pour son poste. Et l'abbé Michel n'est pas particulièrement familier des arcanes romaines et de la lutte contre les bruits de couloirs. C'est un curé de campagne, attaché au salut des âmes, au coeur dévoué, simple... bien loin des luttes d'influences romaines.

Toutefois, cette affaire n'est pas terminée : à Rome, certains voulaient qu'elle permette de stopper le projet de fusions de paroisses, mis en place dans bon nombre de diocèses français. Cette affaire de Thiberville tombait à pic. Encore faut-il, aujourd'hui, qu'ils réussissent à convaincre l'abbé Michel de faire appel. Car cette affaire est emblématique. Et bon nombre de prêtres voudraient voir l'abbé Michel gagner. Surtout en cette année sacerdotale, où le curé de paroisse est mis à l'honneur. Prions le Saint Curé d'Ars d'intercéder pour l'abbé Michel.

27 mars 2010

[summorum-pontificum.fr] Pour l’évêque de Port-Louis (Ile Maurice), le précepte dominical, c'est une fois par mois…

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 27 mars 2010

L’Église catholique à l’île Maurice est aujourd’hui traversée d’un petit vent de polèmique sur fond de questions liturgiques. Ou, plus exactement, car la liturgie n’est qu’un révélateur, de compréhension du Concile Vatican II.

L’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice E. Piat, vient en effet de réagir dans la presse à la présence de l’abbé Vernoy de la Fraternité Saint-Pie X dans l’île. C’est en fait une réaction à une réaction puisque l’abbé Vernoy a lui même réagi à un communiqué de l’évêque paru dans La Vie catholique (mauricienne) du 5-11 mars dernier.

L’objet de la querelle ?

Tout simplement la présence de l’abbé Vernoy sur l’île, c’est-à-dire plus exactement la présence de la Fraternité Saint-Pie X.

En novembre 2009, de passage sur l’île, l’abbé Vernoy avait obtenu de l’évêché l’autorisation de célébrer la messe.

Il aurait dû comprendre qu’il ne s’agissait que d’une parenthèse miséricordieuse puisque revenant en 2010 au même endroit il se voit interdire la célébration de la même messe.

Pour justifier sa décision, l’évêque de Port-Louis explique :

« lorsque j'apprends que le Père Vernoy revient pour un séjour dans le diocèse en mars 2010 et qu'il demande à célébrer la messe en latin selon le rite de Pie V dans une chapelle du diocèse, je décide de consulter la " Commission Ecclesia Dei ", organisme du Vatican spécialement chargée des relations du St Siège avec la Fraternité St Pie X, pour savoir quel accueil je dois faire à cette demande. Le Secrétaire de cette Commission me répond le 4 février 2010 " qu'en principe on ne peut permettre à un prêtre de la Fraternité St Pie X de célébrer en public la Sainte Messe dans une chapelle du diocèse tant que durera le statut d'irrégularité des membres de la dite fraternité, sauf dans des cas exceptionnels selon le jugement de l'évêque du lieu ". Voyant que le Père Vernoy revient en visite quelques mois après son premier séjour, et qu'en tant que responsable du " District d'Afrique " de sa Fraternité, il pourrait bien revenir souvent, je me trouve devant une situation qui n'est plus exceptionnelle et je juge que je ne dois pas déroger au principe énoncé par la Commission Ecclesia Dei. D'autant plus qu'une messe en latin selon le rite de Pie V est dite régulièrement dans une église du diocèse pour les besoins des fidèles qui souhaitent suivre la messe selon ce rite. »

Il convient, bien sûr, de vérifier exactement la teneur de cette lettre de la commission Ecclesia Dei dans son intégralité.

Mais, plus largement que la situation de la Fraternité Saint-Pie X à l’île Maurice, je voudrais mettre l’accent sur quelques affirmations de l’évêque de Port-Louis.

Par exemple, celui-ci affirme : « une messe en latin selon le rite de Pie V est dite régulièrement dans une église du diocèse pour les besoins des fidèles qui souhaitent suivre la messe selon ce rite. »

Or, qu’entend-il par « régulièrement » ? La réponse se trouve dans un paragraphe précédent : « je prends les devants et propose à ce groupe qu'une messe en latin selon le rite de Pie V soit célébrée régulièrement (une fois le mois) dans une église du diocèse par un prêtre du diocèse connaissant bien le latin en l'occurrence le Père Jean-Claude Alleaume. »

Une fois le mois, c’est en effet une régularité mensuelle. Mais ce n’est pas la régularité catholique en matière de messe et de précepte dominical. Au cas où l’évêque de Port-Louis l’aurait oublié, le catéchisme demande l’assistance à la messe chaque dimanche. La régularité de la messe est donc au minimum une fois par semaine et non par mois.

Mais Mgr Piat va plus loins. Il affirme ainsi :

« Dans une lettre aux évêques, accompagnant le document pontifical officiel (" Motu Proprio " du 07.07.07) permettant de célébrer la messe en latin selon le Missel de Pie V, tel qu'il existait en 1962 avant le Concile Vatican II, le Pape Benoît XVI dit explicitement que le Missel de Paul VI (publié après Concile Vatican II) reste " la forme ordinaire " ou normale de la liturgie Eucharistique. Le Missel dit de Pie V, en vigueur avant le Concile, est considéré comme la forme " extraordinaire " de la célébration liturgique. »

Si on le suit jusqu’au bout de son raisonnement, la messe de Paul VI est qualifiée de forme « normale » de la liturgie parce qu’elle est ordinaire (et très ordinaire effectivement…).

De ce fait, la liturgie traditionnelle étant qualifiée d’extraordinaire (et elle l’est à un point que ne soupçonne pas Mgr de Port-Louis), elle doit être considérée aussi comme « anormale » ?

Il ne le dit pas certes, mais tout son texte conduit à cette conclusion.

Certes il reprend là la terminologie utilisée par Benoît XVI dans la lettre aux évêques publiée en même temps que le Motu Proprio. On sait que cette lettre a été extirpée au Saint-Père par les évêques, notamment Français, afin d’amoindrir la portée du Motu Proprio. C’est un texte explicatif et non juridique. La loi est exprimée dans le Motu Proprio ; l’explication de la loi, obtenue sous presse, se trouve dans cette Lettre. Et, certes, le pape parle dans cette Lettre de forme normale.

Mais il dit autre chose que Mgr Piat évite soigneusement de citer :

« Quant à l’usage du Missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la Liturgie de la Messe, je voudrais attirer l’attention sur le fait que ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé. »

« Jamais jurdiquement abrogé ».

De ce fait, le devoir de l’autorité compétente, en l’occurrence dans un diocèse, l’évêque, est bien de rendre possible ce qui est demandé par la loi. Il ne s’agit pas d’une question de préférence, donc d’arbitraire. L’Église est aussi une société avec ses lois, son droit. Or ce droit, ces lois, il revient à l’évêque de les appliquer. Donc à permettre que le missel traditionnel qui « n’a jamais été juridiquement abrogé » soit célébré. De la même façon, tous les prêtres peuvent célébrer cette messe qui n’a jamais été juridiquement abrogée. En mettant à la disposition des fidèles, un rythme régulier respectueux du précepte dominical.

En ce qui concerne la Fraternité Saint-Pie X, la question est bien conditionnée par Vatican II. Mais dans quelle mesure un concile pastorale oblige-t-il ? On va trouver que je me répète beaucoup. Mais on trouvera des réponses intéressantes dans le livre de Mgr Gherardini. Ce n’est pas suffisant bien sûr puisque celui-ci n’est qu’un théologien et que c’est à l’autorité de trancher.

Avant d’entrer dans les détails des points litigieux de Vatican II, il conviendrait peut-être de discuter en quoi, pourquoi et comment il oblige.

Une fois arrêté ce point fondamental, on pourrait continuer à discuter tranquillement des points litigieux tout en permettant à la Fraternité Saint-Pie X d’exercer librement son apostolat.

En attendant, la messe que célèbre l'abbé Vernoy n'a jamais été juridiquement abrogée.