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12 novembre 2006

Benoît XVI et le Bon Pasteur
12 novembre 2006 - Novopress - http://fr.novopress.info
Le 8 septembre 2006 l’abbé Philippe Laguérie, exclu en 2004 de la Fraternité Saint-Pie X (dont les membres sont attachés aux formes de la liturgie en vigueur en 1962 et exercent leur sacerdoce dans la Tradition doctrinale et liturgique de la Sainte Église Catholique Romaine) pour avoir critiqué la gestion des séminaires, a pris la tête d’un nouvel institut religieux de droit pontifical, celui du Bon Pasteur. C’est le Saint-Siège qui a ouvert ses bras à un groupe de lefebvristes dissidents de la Fraternité Saint-Pie X, leur proposant un retour plénier dans l’Église. Il faut dire que le Cardinal Ratzinger, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a participé aux négociations de 1988 qui ont abouti à un échec, or plus les années passent plus les schismes se durcissent et moins les conditions d’une réconciliation se trouvent réunies ; on peut penser que la main tendue par Benoît XVI est une invitation à surmonter la suspicion et à entamer un dialogue dans un esprit plus fraternel. Le Pape témoigne ainsi de sa volonté de proposer une expérience de réconciliation et de communion, l’Institut dispose, selon ses statuts, de cinq années pour y parvenir. Dans les faits ses membres ont besoin de l’autorisation de l’évêque diocésain pour toute activité apostolique, mais ils disposent de l’usage exclusif des livres liturgiques de 1962, utilisés avant le Concile Vatican II et la mise en œuvre de la réforme conciliaire.
On a ainsi entendu dire que le Vatican a, pour ce faire, fait des concessions de taille : les membres du Bon Pasteur sont autorisés à célébrer la messe «exclusivement» selon la liturgie traditionnelle de saint Pie V et s’invitent à «une critique constructive» du concile Vatican II. Or parler de retour de la messe en latin est inexact. Le latin a toujours été la langue officielle de la liturgie catholique et une messe célébrée selon le rite de Paul VI peut tout aussi bien l’être en latin. D’ailleurs la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, ralliée au Vatican en 1988, ainsi que la Fraternité traditionaliste de Saint Jean-Marie Vianney, érigé en 2002 au Brésil, célèbrent la messe tridentine avec l’aval de Rome.
Il n’en reste pas moins que les quelques évêques qui se sont inquiétés de ce rapprochement ont raison de souligner que le schisme, contesté par les traditionalistes au regard du droit canon, ne concerne pas que les questions liturgiques, ils réclament ainsi que les lefébvristes reconnaissent que l’Église est fondée sur les évêques, successeurs des apôtres.
Mais notons que ce ne sont pas les milieux catholiques, premiers concernés, qui ont le plus fait entendre leur voix : les médias ont sonné le clairon à qui mieux mieux sur l’opposition de soit disant bon nombre d’évêques, prêtres et fidèles. Les médias, traditionnellement plutôt méprisants avec les catholiques quels qu’ils soient, ont fait, à cette occasion, corps avec les progressistes. C’est si facile d’enfoncer des portes ouvertes…
Il n’en reste pas moins qu’un sondage commandé par L’association traditionaliste Paix Liturgique et réalisé par le CSA, qui demandait s’il était souhaitable que les catholiques puissent avoir le choix d’assister selon leur sensibilité à la messe traditionnelle en latin avec des chants grégoriens ou à la messe moderne en français ? a vu 65 % des sondés répondre oui.
M. Henri Tincq, qui écrivait il y a peu qu’«à l’exception de la minichapelle intégriste de l’abbé Philippe Laguérie […] la main tendue du pape Benoît XVI aux catholiques traditionalistes sème la consternation dans l’Église de France», devrait dorénavant se pencher sur des sujets qu’il maîtrise davantage.
Mimi Danton pour Novopress