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18 septembre 2009

[Golias] La « Dream Team » du Vatican pour « dialoguer » avec les Lefebvristes

SOURCE - Golias - Romano Libero - 17 septembre 2009


Mgr Franz Schuster, vicaire général de Vienne, en Autriche, vient de déclarer que l’Eglise devait se montrer plus ouverte à l’endroit des hommes de notre temps, et partir à leur rencontre. La Croix elle-même n’a pas hésité à reprendre l’information et à y consacrer un entrefilet.

Au même moment, le cardinal Christoph Schönborn, son archevêque, annonce que le dialogue entre les intégristes et le Vatican va s’engager dès les tout-prochains jours. Dans une interview publiée samedi par le quotidien bavarois Passauer Neue Presse, le cardinal a estimé que le pape Benoît XVI avait « de bonnes raisons » d’ouvrir ce dialogue.

« Le pape Benoît XVI considère avec raison comme de son devoir de s’engager pour l’unité de l’Eglise », précise Mgr Schönborn. « C’est la seule motivation de ses efforts en vue de ramener au bercail un groupe de catholiques qui s’est séparé de l’Eglise », qui oriente sa décision ajoute le cardinal autrichien. Peut-être - selon des rumeurs - à la demande même du Pape.

Mais il est intéressant de noter que l’archevêque de Vienne, après cette parole en ce sens, semble insinuer que le dialogue n’aboutira pas, et que le Saint-Siège n’acceptera pas l’inacceptable. Facile, habile et discrète, au demeurant d’exprimer ses propres réserves personnelles. Dont on sait qu’elles sont grandes. Selon Mgr Schönborn, à l’occasion de ce dialogue, il va être « clairement signifié » aux traditionalistes les points qui, pour le Vatican, « ne sont pas négociables » : la position à l’égard des juifs, des autres religions, chrétiennes et non-chrétiennes, ainsi que la liberté religieuse comme droit fondamental de l’Humanité.

Les conservateurs sont furieux de cette annonce anticipée par le cardinal Schönborn d’une reprise des pourparlers. Derrière le ton serein et irénique du prélat autrichien, ils devinent une stratégie habile pour torpiller l’entreprise de rabibochage. Tout en donnant faisant preuve d’une apparente bonne disposition.

En effet, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a toujours souligné qu’un dialogue avec le Vatican ne pouvait avoir des chances de succès que si le Saint-Siège « admettait les erreurs du Concile Vatican II » (1962-1965), lequel avait donné un nouvel élan à l’oecuménisme et ouvert la voie au rapprochement entre catholiques et juifs.

Selon l’agence de presse catholique autrichienne Kathpress, le Vatican a d’ores et déjà formé un groupe d’experts chargé de dialoguer avec les traditionalistes. Ce groupe est présidé par le secrétaire de la commission vaticane Ecclesia Dei, Mgr Guido Pozzo, 57 ans, qui a choisi personellement les autres membres aval l’aval de Benoît XVI. Il comprend notamment le Dominicain suisse Charles Morerod, le Jésuite allemand Karl Josef Becker et le vicaire général de l’Opus Dei (et probable successeur du prélat en titre qui doit partir à la retraite), Mgr Fernando Ocariz Brana, théologien espagnol. Des conservateurs très marqués.

Tous trois sont conseillers de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, dont dépend Ecclesia Dei, présidée par le cardinal Ratzinger avant qu’il devienne pape. Côté traditionalistes, c’est un dignitaire espagnol, Mgr Alfonso De Galaretta, qui est en charge des discussions. Dont on sait qu’il est sceptique sur l’issue des pourparlers et partisan d’une ligne dure face à Rome (contrairement à Mgr Bernard Fellay, le supérieur général de la Fraternité). Mgr de Galarreta préside une Commission interne à la Fraternité Saint Pie X, dont nous n’avons pu connaître les membres, reflétant les diverses tendances, y compris celle qui est la plus « accommodante », à laquelle se rattachent Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité, ainsi que les abbés Grégoire Célier et Alain Lorans. Selon des rumeurs, cette tendance « ouverte » (tout est relatif !) ne jouirait cependant pas de la majorité et ne devrait pas avoir le dernier mot ! Mgr Guido Pozzo, nommé, le 8 juillet, Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, en est la cheville ouvrière. Officiellement, la Commission dépend de la Congrégation pour la doctrine de la foi mais son préfet, le cardinal William Levada, en mauvaise santé, ne s’en occupera pas. Originaire du diocèse de Trieste, où il est né en 1951, prêtre depuis 1977, Mgr Guido Pozzo a été employé à la Congrégation pour la Doctrine de la foi depuis 1987. C’est un intellectuel, de vaste culture et un conservateur au plan des idées. Il est membre de ce que Claude Barthe, expert du Vatican et du traditionalisme, appelle la « nouvelle école romaine ». On pourrait même dire qu’il se rattachait plutôt dans l’enseignement qu’il donnait à l’Université pontificale du Latran à l’ancienne école romaine, celle de la minorité conciliaire, celle de Mgr Brunero Gherardini, théologien très favorable à la réintégration des intégristes. Sans approuver des positions qu’il juge outrancières, C’est donc Mgr Pozzo qui sera chargé de la gestion de la « forme extraordinaire ». La réorganisation technique de la Commission Ecclesia Dei, entérinée par le Motu proprio du 2 juillet dernier, est une décision du Pape et de ses plus proches conseillers. Il s’agit à présent d’engager des discussions au niveau doctrinal, à l’évidence le plus sensible. L’issue est très incertaine.

Charles Morerod est connu du monde académique par ses travaux consacrés à Cajetan (1469-1534), un cardinal dominicain auquel Léon X, en son temps, confia la tâche du dialogue avec Martin Luther. Doyen de la faculté de philosophie de l’Angelicum de Rome, rédacteur de l’édition française de la revue « Nova et Vetera » (fondée jadis par le cardinal Journet) Morerod n’est certes pas un progressiste. Toutefois, on le considère comme loyal avec ses interlocuteurs et capable d’entendre des points de vue différents du sien. Il a pris la suite du dominicain suisse François Von Gunten dans l’étude des problèmes théologiques spécifiques posés par la tradition anglicane. Au sein de l’actuelle Commission Théologique internationale, il défend des positions traditionnelles, mais de façon moins unilatérale que son homologue francophone, le Père Serge-Thomas Bonino. A l’exemple de son ami le cardinal Georges Cottier, il aime envisager aussi la complexité des problèmes, en incluant la dimension pastorale. On dit qu’il pourrait bientôt remplacer le Père Woyciech Giertych, un dominicain polonais, en qualité de théologien officiel du Pape. Giertych ne paraît pas, en effet, avoir l’étoffe de la fonction. Une erreur de casting de plus.

Charles Morerod, s’il n’est pas traditionaliste, est considéré par les intégristes comme un bon thomiste, aussi orthodoxe qu’on puisse l’être dans l’Eglise actuelle. Il est déjà engagé dans des dialogues avec le courant lefebvriste, en particulier au sein du GREC, groupe d’échanges entre catholiques. On le dit en bons termes avec l’abbé Grégoire Célier, l’un des experts de St Pie X les plus ouverts aux positions romaines.

Né en 1928, ami personnel de Joseph Ratzinger, le jésuite Karl Josef Becker, est connu pour sa rigueur doctrinale, et même un esprit volontiers pointilleux. Ses étudiants de l’Université Grégorienne de Rome redoutaient son sens implacable du détail, et de la formule. Cité comme possible cardinal lors d’un prochain consistoire, il jouit de la plus totale confiance de la Curie. Il s’est toujours montré sévère à l’endroit de son confrère jésuite Karl Rahner. Etranger au traditionalisme liturgique, il est néanmoins respecté par les plus traditionnels pour son orthodoxie scrupuleuse et sa grande droiture, quelque peu rigide d’ailleurs.

Le troisième larron, Mgr Fernando Ocariz, né en 1944 est vicaire général de l’Opus Dei. Théologien moins renommé que ses deux associés, vulgarisateur plus que théoricien original, il est cependant l’auteur de nombreuses publications. On le dit dans la ligne de l’Opus, sans originalité de pensée, conformiste mais très pro dans le travail. Des trois, il est celui qui inspire le moins de sympathie aux traditionalistes. Présenté parfois comme ambitieux, on lui prête, à tort ou à raison l’intention de remplacer Mgr Echeverria comme prélat de l’oeuvre. Ou même de faire carrière au plus haut niveau à la Curie romaine. Il souhaite une réconciliation mais à condition que les intégristes ne jouissent pas du statut de prélature personnelle, qui doit selon lui rester l’exclusive de l’Opus.

Le départ à la retraite du cardinal Dario Castrillon Hoyos, atteint par la limite d’âge, coïncidait avec l’éviction du secrétaire en titre Mgr Camille Perl, et le décès prématuré du numéro trois, Mgr Mario Marini, un italien de la veine de Pozzo sur lequel le cardinal Bertone, Secrétaire d’Etat, misait beaucoup. Né en 1938, Camille Perl, un luxembourgeois dépourvu d’envergure, obstiné et maladroit, a sans doute nui à la cause qu’il voulut défendre plus qu’il ne la servit. Il se retire de l’active comme protonotaire apostolique et chanoine de Saint Pierre. Le chapitre de la basilique Vaticane - où il retrouvera Mgr Gherardini - est en effet considéré comme le cimetière des éléphants. Un lieu de refuge pour des prélats de haut rang finalement écartés.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que les discussions à venir, sous prétexte de porter sur « l’acceptation » de Vatican II, traiteront essentiellement des notes théologiques de telle assertion, du genre littéraire de tel texte, du degré d’obligation de tel autre. Voire de la nécessité d’expliciter certains textes qui se prêtent à des ambiguïtés.

Dans sa fameuse lettre du 10 mars 2009 aux évêques du monde Benoît XVI expliquait : « Il devient clair ainsi que les problèmes qui doivent être traités à présent sont de nature essentiellement doctrinale et regardent surtout l’acceptation du concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des papes. »

Jamais à la Curie les esprits ne furent aussi favorables à l’intégration des lefebvristes. Cependant l’état des mentalités demeure tel, au sein de la fraternité St Pie X, que les pourparlers seront explosifs, délicats, et peut-être vains. A bien des égards, c’est d’ailleurs un comble. Pétrifiée dans ses certitudes, la fraternité claquerait la porte au nez d’une Curie qui n’est pourtant pas loin de partager ses points sur le Concile !