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5 octobre 2009

[Paix Liturgique] Avec ou contre le Pape ? Plus qu’un an pour traduire ses paroles en actes

SOURCE - Lettre de Paix Liturgique n°198 - 5 octobre 2009
On se souvient que dans sa lettre aux évêques qui accompagne le Motu Proprio, le Saint Père a invité les évêques à bien vouloir écrire au Saint-Siège un compte-rendu de leurs expériences, trois ans après l’entrée en vigueur du Motu Proprio Summorum Pontificum, soit le 14 septembre prochain.

Que n’a-t-on pas entendu au sujet de cette fameuse période de trois ans dans la bouche des ennemis de la paix : « le Motu Proprio est une mesure provisoire pour faciliter le retour des intégristes », « rien n’est définitif », « on verra dans trois ans, si ça n’intéresse pas les gens, le Motu Proprio sera jeté aux oubliettes et la messe en latin avec », « le Motu proprio est à l’essai pour trois ans, s’il apporte trop de problèmes dans les paroisses, il sera abandonné »… Il suffit d’ailleurs de bien lire le passage de la lettre du Pape concernant ce délai de trois ans : il n’institue nullement une « période d’essai » au terme de laquelle le Motu Proprio pourrait être abrogé, ce qui serait absurde s’agissant d’un texte qui affirme l’existence d’un droit jamais aboli. Il dit seulement, sous forme concessive, qu’au bout de trois ans « si de sérieuses difficultés étaient vraiment apparues, on pourrait chercher des voies pour y porter remède ».

Ainsi, de nombreux évêques soucieux de barrer la route à Benoît XVI et à ceux qui le soutiennent tentent de nier l’évidence et de faire croire qu’il n’y a pas de demande d’application du Motu Proprio dans les paroisses. Ainsi, pensent-ils, il sera possible de faire un bilan négatif au Saint Père à l’issue des trois ans, en expliquant que non seulement le Motu Proprio n’a suscité aucun enthousiasme ni comblé aucune attente des fidèles mais surtout n’a fait qu’apporter divisions et complications inutiles dans les paroisses françaises dans lesquelles comme chacun le sait, « il n’y a pas de problème liturgique »…

C’est à ces évêques « conservateurs », soucieux que rien ne change dans les diocèses et qui se satisfont parfaitement de la situation que nous nous adressons dans la présente lettre.
A titre liminaire, nous souhaitons leur rappeler les mots du Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le Cardinal Antonio Cañizares Llovera : « la volonté du Pape n'a pas été uniquement de satisfaire les fidèles de Mgr Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux justes désirs des fidèles qui se sentent liés, pour des motifs divers, à l'héritage liturgique représenté par le rite romain, mais bel et bien d'offrir à tous les fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes qui les ignoraient encore. Combien de fois en effet le mépris affiché pour ces trésors n'est-il dû qu'à leur méconnaissance ? A ce titre, et considéré sous ce dernier aspect, le Motu Proprio doit être compris au-delà de l'existence ou non de conflits. Même s'il n'existait aucun « traditionaliste » à satisfaire, la seule découverte de ces trésors justifierait amplement les dispositions du Pape ».

Nous n’épiloguerons pas ici sur la manipulation grossière visant à faire croire qu’il n’y a pas de demande d’application du Motu Proprio ou que la demande est satisfaite voire même avait été anticipée bien avant le Motu Proprio… De simples discussions avec les fidèles de base, les sondages scientifiques réalisés ici et là (nous y reviendrons dans la prochaine lettre) et la proportion remarquable de vocations sacerdotales « extraordinaires » permettent d’affirmer avec certitude qu’il s’agit d’une lamentable manipulation ou au mieux d’une erreur d’appréciation.

Ceci étant rappelé, nous prenons au mot ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de demande, ceux qui clament haut et fort qu’ils aiment le Pape et qu’ils lui obéissent mais que si le Motu Proprio n’est pas appliqué dans leur diocèse c’est uniquement parce qu’il n’y a pas de demande.

A ceux là nous pourrions oppposer sans concéder : « D’accord, supposons qu’il n’y a pas de demande. Et après ? »

Arrêtez de vous couper les cheveux en quatre pour refuser d’appliquer le Motu proprio aux motifs que vous ne savez pas si la demande est réelle, ancrée, sérieuse, stable, légitime, bien ou mal formulée, bénéfique, source d’unité ou de division, bien ou mal accueillie, précipitée, tardive, bruyante, opportune, réaliste…

A tous les évêques dans les diocèses de qui les dispositions du Motu Proprio de Benoît XVI (nous ne parlons pas de celui de Jean Paul II qui pourtant ancien de plus de 20 ans commence seulement à arriver à dos d’âne dans les diocèses de France) n’ont pas été utilisées par un seul prêtre, nous demandons : créez donc les conditions pour que vos prêtres ne craignent pas de se prévaloir des mesures du Saint Père, et pour que les fidèles soient enclins à les leur demander. D’autant que de nombreux fidèles ne peuvent pas demander une forme qu’ils ne connaissent pas, alors que – l’expérience le prouve – ils seront très nombreux à la demander si elle leur est proposée. En d’autres termes : si vous aimez le Pape, appliquez vous-mêmes le Motu Proprio de Benoît XVI en étant à l’initiative de sa mise en œuvre.

Qui plus est, l’article 10 du Motu Proprio vous permet de vous-même, sans que soit nécessaire aucune demande formelle de fidèles, soit d’ériger une paroisse personnelle pour la forme extraordinaire, soit de nommer un recteur ou un chapelain pour célébrer selon cette forme.

Le Saint Père a voulu le Motu Proprio, l’a longuement réfléchi et préparé et en a fait un acte majeur de son pontificat.

Le Saint Père a définitivement réaffirmé toute la légitimité et l’opportunité de la forme extraordinaire du rit romain.

Le Saint Père souhaite que cette forme extraordinaire du rit romain – aux côtés de la forme ordinaire et sans opposition – soit proposée aux fidèles et va jusqu’à en faire un outil pastoral de première importance.

Pour toutes ces raisons, nous disons aux évêques : puisque vous vous dîtes amis du Pape et fidèles au Pape, faites en sorte que soit appliqué le Motu Proprio pour exprimer visiblement votre attachement au saint Père !

Faites le non pas parce qu’il y a une demande formelle mais parce que vous faîtes confiance au Pape, parce que vous aimez le Pape.

Autrement dit, appliquez le Motu Proprio de vous même pour manifester publiquement le fait que vous partagez la pensée du Pape qui vous disait à Lourdes il y un an « Je mesure les difficultés qui sont les vôtres, mais je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. Nul n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs , en faisant de nous les Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l'honneur et de la confiance qu'Il nous fait. Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité ! »

Appliquez le Motu Proprio pour montrer que vous aimez le Pape.

Courage, plus qu’un an pour aller de l’avant et laisser en arrrière les querelles intestines et fratricides.

Si vous aimez le Pape, chers évêques, irez vous lui dire dans un an : « Très Saint Père vous vous êtes complètement trompé, le Motu Proprio dont vous avez souhaité faire un acte majeur de votre pontificat est un non évènement, le Motu Proprio de 1988 de votre prédécesseur était largement suffisant, j’en veux pour preuve que dans mon diocèse il n’y a pas un seul cas de mise en œuvre des mesure que vous avez cru devoir prendre ».

Peut-on se dire ami du Pape et agir dans les faits comme si son Motu Proprio était le caprice d’un vieil homme en décalage avec « l’Eglise d’aujourd’hui » ?

Peut-on se dire ami du Pape et avoir un bilan nul quant à la mise en œuvre du Motu Proprio Summorum Pontificum ?

Peut-on se dire ami du Pape et avoir à lui présenter au mieux une application bien tardive du Motu Proprio de 1988 avec la mise en place de réserves indiennes comme à Versailles ou Paris ?

Enfin, peut-on dire qu’on aime le pape et qu’on le soutient quand son propre bilan ne remplit pas les objectifs et les orientations papales ?

« Soyez attentifs, disait le Pape en citant saint Paul dans les Actes des Apôtres, à vous-mêmes, et à tout le troupeau dont l’Esprit-Saint vous a établis gardiens, pour paître l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par le sang de son propre Fils » (Ac 20, 28). Que ces gardiens du troupeau sachent pouvoir compter fidèlement sur nous pour continuer de rendre publiques leurs décisions.
Quelles que soient ces décisions.

4 octobre 2009

[Max Barret - Courrier de Tychique] A propos des canonisations conciliaires (suite)

SOURCE - Max Barret - extrait du Courrier de Tychique n°304 - 4 octobre 2009


A propos des canonisations conciliaires.

M. Paul Chaussée m’a fait remarquer que la réflexion, que m’a transmise un prêtre, et que j’ai diffusée dans le « Courrier » de dimanche dernier, conduisait au sedevacantisme. Raison pour laquelle, d’ailleurs, j’avais bien précisé que je lui laissais l’entière responsabilité de sa conclusion.

Tout d’abord, il me paraît indispensable de rappeler que je n’ai jamais été sedevacantiste et que je ne le suis toujours pas. Mais je comprends et je respecte ceux qui ont cédé à cette tentation. Je ne puis malheureusement que faire un condensé de la longue étude de Paul Chaussée (21 pages). Je pense lui être resté fidèle :

« Cette citation conduit immanquablement au sedevacantisme selon le syllogisme bien connu :

- Le pape est toujours infaillible.

- Or Paul VI en décembre 1965 a approuvé l’hérésie de la Liberté religieuse (par « Dignitatis humanae ») et a donc induit l’Eglise en erreur.

- Donc Paul VI n’était pas pape (ou n’était que pape « materialiter »)

« Or, sur l’infaillibilité du pape dans les canonisations, les théologiens ne sont pas unanimes et l’Eglise n’a pas tranché la question. Il n’y a donc pas certitude d’infaillibilité comme l’écrit votre ami prêtre. (…)

« Le sedevacantisme est une « tentation sous apparence de bien » et Mgr Lefebvre n’a pas été préservé de cette tentation mais il n’y a pas cédé puisque, à propos des papes qui depuis les années 1960 détruisent l’Eglise, il écrit : « Evitant de nous poser la question sur ce qu’ils sont nous sommes bien obligés de nos poser des questions sur ce qu’ils font…. » (Postface de « Pierre m’aimes-tu ? »)

« Or, si l’on y réfléchit un peu, il est évident que le sedevacantisme est aussi une impasse menant à brève échéance à la disparition de toute la hiérarchie ecclésiale, et rendant impossible la succession pontificale et apostolique. Il n’y a donc plus qu’un miracle pour résoudre la crise de l’Eglise et de la papauté, crise que nous déclarons ouverte et irrémédiable en affirmant que le Siège de Pierre est vacant. Ainsi, par ses différents effets, le sedevacantisme ne fait que compliquer le problème. Or il résulte surtout de la fausseté du postulat : « Le Pape est toujours infaillible », ainsi que le disait Mgr Lefebvre : « Il y a chez beaucoup de fidèles catholiques une ignorance grave de la nature et de l’extension de l’infaillibilité du pape. » (« Un évêque parle », conférence du 2 août 1976 ; éditions DMM. T. 2, page 99) (…)

« En conclusion pour répondre à la troublante question des canonisations douteuses, il ne faut surtout pas apporter de l’eau au moulin des sedevacantistes, mais, au contraire, se servir des faits que la Providence a mis nous nos yeux afin de ne pas perdre le Nord en ces temps de « Désorientation diabolique ».

Ce qui nous conduit, à nouveau, à rester fidèles à Mgr Lefebvre.

Un certain nombre de fidèles ont lu avec beaucoup de tristesse : « A supposer que la Fraternité s’écarte des paroles de Monseigneur (Lefebvre) elle aurait le droit de le faire sur certains points. (…) La Fraternité est autorisée à s’écarter des choix prudentiels de ses Supérieurs passés, voire de son fondateur, dés lors qu’elle reste fidèle à sa mission. » (« Fideliter » n° 189 – mai-juin 2009). Quels sont ces « paroles » et ces « choix prudentiels » dont la Fraternité pourrait s’« écarter » ? Lorsque l’abbé Célier écrit, par exemple, que la Royauté Sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est plus concevable aujourd’hui (« Fideliter » n° 163 – « Engagement chrétien en politique ») (1) il s’écarte d’un « choix prudentiel » de Mgr Lefebvre qui écrivait, lui : « Ce qui fait notre opposition, ce n’est pas d’abord la question de la messe. La vraie opposition, l’opposition fondamentale, c’est le Règne de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Pour Mgr Lefebvre, c’est « fondamental » ! Pour l’abbé Célier ce n’est qu’un simple choix dont on peut s’écarter !... « (L’abbé Célier) « reprend, en fait, la thèse qu’il avait exposée au Symposium 2003 et qui avait fait scandale car elle proposait ni plus ni moins que l’abandon de la notion de Royauté sociale de Notre Seigneur, position diamétralement opposée à la pensée de Mgr Lefebvre et à l’enseignement des Souverains Pontifes » (« Miles » Bulletin des « Chevaliers de Notre-Dame » n° 71. p.7) On mesure mieux ainsi où peut conduire cette liberté prise avec l’enseignement de Mgr Lefebvre !...

Car il y a le « matraquage » conciliaire aussi !

Depuis un certain temps, un certain nombre de fausses informations, induisant des prétendus actes de Mgr Lefebvre, s’étalent régulièrement dans les medias. Ils sont repris et encore repris, pour que les cerveaux s’en imprègnent. On affirme que Mgr Lefebvre a signé tous les actes du Concile (y compris celui sur la « Liberté religieuse ») et qu’il a aussi signé le protocole d’accord de mai 1988. Tout cela est faux et la preuve en a été rapportée depuis longtemps. En ce qui concerne la signature du protocole d’accord le 5 mai 1988, il est incontestable que, si Monseigneur l’a effectivement signé, il est tout aussi incontestable qu’il retira sa signature dés le lendemain matin après avoir passé une nuit épouvantable. Or, la majorité des sites consultés évoquent la signature du 5 mai, mais pas la rétractation du lendemain ! C’est une forme de désinformation de plus en plus couramment employée. En ce qui concerne la signature des actes du Concile, Monseigneur s’en était expliqué lui-même :

« Que la Sainte Vierge confonde ceux qui, par leurs mensonges et leur malice cherchent à tout prix à nous humilier et nous faire passer pour des menteurs ou des gâteux. Si nous étions décédés tous les deux, Mgr de Castro Mayer et moi-même, il serait facile de nous faire mentir, mais de notre vivant, c’est un peu téméraire. Ils ont beau imaginer ce qu’ils veulent, ils ne pourront jamais faire croire que nous avons voté au Concile plusieurs documents ensemble et ils ne pourront jamais prouver que « non placet » signifie « placet ». (…) La liste des signatures des Pères dont les noms se trouvent au volume IV – VII – p. 804 des documents du Concile indique simplement les noms des Pères qui étaient présents à Saint-Pierre, lorsqu’ont été présentés successivement les quatre décrets (sur la Liberté religieuse, l’Activité missionnaire, le Ministère des Prêtres et l’Eglise dans le monde). Il faut être de mauvaise foi pour interpréter ces signatures comme une approbation des quatre décrets ensemble (…) Il est évident et nous l’avons toujours affirmé que Mgr de Castro Mayer, Mgr Sigaud et moi-même avons voté contre la Liberté religieuse et l’Eglise dans le monde. En nous faisant passer pour des menteurs on peut juger de la malhonnêteté de ceux qui se sont empressés de reproduire ces mensonges. Dieu est témoin que nous avons refusé de signer ces deux décrets. Si quelqu’un peut s’en souvenir, c’est bien moi et non ces jeunes qui étaient à peine nés au Concile. » (in « Le Sel de la Terre » n° 2) Il faut le faire savoir !

Communiqué de M. l’abbé Meramo

M. l’abbé Meramo tient à faire savoir qu’il ne se rattache à aucune association ou groupement particulier depuis son expulsion de la FSPPX pour son refus de la politique sournoise autant que subtile et son opposition aux deux « préalables » suggérés par la Rome moderniste et apostate, qui veut annihiler et absorber toute la résistance à son apostasie. Il exerce son ministère comme un prêtre de l’Eglise catholique, apostolique et romaine, avec la juridiction que lui accorde la Sainte Eglise, selon le code du droit canon, comme c’est d’ailleurs le cas de tous les prêtres traditionalistes, qu’ils soient de la Fraternité ou en dehors, depuis le brigandage de Vatican II. Tous ceux qui veulent le soutenir dans sa résistance peuvent le faire en envoyant leurs dons, à son nom, au compte suivant :

RIB. 30004 01779 00000889048 12
BNP PARIBAS VILLEFONTAINE (01779)
BIC : BNPAFRPPVBE
IBAN :FR76 3000 4017 7900 0008 8904 812
Contact : pusillus-grx@gmail.com

(1) Ce numéro 163 ne figure plus, mystérieusement, dans les archives de « Fideliter »

3 octobre 2009

[Présent / Le Salon Beige] Monseigneur Rey après les ordinations : clair, net et précis

SOURCE - Article de Présent cité par Lahire sur le Salon Beige - 3 octobre 2009


Monseigneur Rey a ordonné deux prêtres, dont un diocésain, dans la forme extraordinaire du rite romain. Présent s'est entretenu avec lui après les ordinations. A la question de ce que représentaient pour lui ces ordinations, il a répondu :

"Cela représente ce que le Saint- Père a demandé à l’Eglise de mettre en oeuvre dans son motu proprio Summorum Pontificum, et donc la reconnaissance dans toute sa légitimité d’une liturgie qui a été pratiquée pendant des siècles – et qui a d’ailleurs connu des réformes successives et, de ce fait, différents missels. On ne peut pas faire fi de cette tradition, on doit l’intégrer, lui donner sa place. Aujourd’hui, il y a toute légitimité à pratiquer cette liturgie. Elle correspond d’ailleurs non seulement aux besoins de ceux qui appartiennent à la galaxie traditionaliste, mais aussi, je le pense, aux aspirations de certains jeunes qui y trouvent une valorisation de la dimension sacrificielle de la liturgie ; qui y découvrent aussi des racines chrétiennes à travers les signes et les symboles qu’elle met vraiment en valeur. Et je ne vois aucune difficulté, pour ma part, à assumer à la fois la célébration de la liturgie que j’ai présidée aujourd’hui, et en même temps à me reconnaître tout à fait héritier de la tradition de l’Eglise et du concile Vatican II".

Puis, sur les chances de réussite des discussions entre Rome et la FFSPX, ses propos sont limpides et reprécisent les dispositions qui doivent être celles de chacun pour que l'évêque qu'il est, puisse mettre en oeuvre la volonté du Saint-Père sur ce sujet. Ces paroles sont à assimiler en même temps que la joie de l'événement :

"Ces convictions sont celles qu’énonce le pape Benoît XVI dans sa promotion de l’« herméneutique de la continuité ». La pratique de notre diocèse me semble tout à fait en symphonie avec cette perspective heureuse et prophétique ouverte par le Pape.

Pour la mettre en oeuvre, il est nécessaire de trouver des personnes qui ne soient pas otages des scissions qui ont eu lieu autrefois dans l’Eglise, qui aient l’esprit suffisamment libre pour vivre un réel attachement à la liturgie traditionnelle et en même temps pour pouvoir intégrer les valeurs et les richesses de la vie de l’Eglise d’aujourd’hui. C'est ce que j’ai trouvé dans la Société des Missionnaires de la Miséricorde Divine [reconnaissance par Mgr Rey en 2008. NDL]– par exemple. A côté d’une profonde volonté de s’inscrire dans la tradition liturgique, ses membres ont en effet conscience qu’il ne s’agit pas de tout rapporter à une affaire de sacristie, à un ritualisme un peu étriqué. Le champ de leur mission est celui de la nouvelle évangélisation voulue par Jean-Paul II et promue aujourd’hui par Benoît XVI.

Cette nouvelle évangélisation constitue l’actualité et la vie de l’Eglise aujourd’hui. Alors, si la célébration habituelle de la forme extraordinaire tout autant que la forme ordinaire de la liturgie aide à entrer dans cette nouvelle évangélisation, elle peut avoir toute sa place dans l’Eglise. Toutes les sensibilités sont appelées à partager cette tâche, dans la mesure où elles sont en lien avec le magistère de l’Eglise, en communion avec le Saint-Père.

La spiritualité de la communion, selon ce qu’exprimait l’exhortation post-synodale du 30 décembre 1988, Christifideles Laici, porte l’élan missionnaire.

Communion magistérielle, communion sacramentelle, dans l’amour de l’Eglise, et communion missionnaire sont liées dans la volonté de témoigner du Christ à tous les hommes".

[L'Acadie Nouvelle] Le retour de la messe traditionnelle en latin

SOURCE - L'Acadie Nouvelle - 3 octobre 2009


Il y a un an déjà, soit le 3e dimanche de septembre 2008, à l'église paroissiale Notre-Dame-de-Lorette de Dieppe, la chorale entonna les premières paroles de l'hymne latin Asperges me. C'est ainsi que la messe traditionnelle en latin faisait sa réapparition dans le diocèse de Moncton après presque 40 ans d'absence.

La messe tridentine ou messe traditionnelle en latin, tire son nom du Concile de Trente (1545-63). Les pères de ce concile avaient demandé une révision modeste du rite romain. Le missel qui en résulta ne contenait aucune nouvelle pratique, mais codifiait plutôt une tradition liturgique qui s'était développée à Rome et ailleurs en Europe depuis le IVe siècle. Les dernières révisions du missel ont été approuvées par le pape Jean XXIII en 1962.

Beaucoup de gens comprennent mal la relation qui existe entre le rite traditionnel et le nouveau rite introduit en 1969 (Novus Ordo). Selon le pape Benoît XVI, les deux formes liturgiques ont le même statut: «Il n'est pas approprié de parler de ces deux versions du missel romain comme étant deux rites. Ces deux missels constituent donc deux usages de l'unique rite romain.»

Contrairement à l'opinion générale, la messe en latin n'a jamais été abolie par l'Église.Le Pape Jean-Paul II avait exhorté les évêques à utiliser largement et généreusement le missel de 1962 pour tous les fidèles qui en feraient la demande. En 2007, Benoît XVI est allé plus loin encore avec son Motu Proprio, Summorum Pontificum, en accordant une autorisation généralisée de l'usage de cette forme «extraordinaire» du rite romain (les prêtres n'ont plus besoin de l'autorisation de leur évêque) et en priant les évêques «d'exaucer les demandes des fidèles».

À la suite de ce décret, un groupe de laïcs de la région de Moncton, intéressé par cette forme liturgique, mit sur pied un comité ad hoc qui entama immédiatement des démarches auprès de l'archevêque.Celui-ci exauça finalement la demande du groupe en désignant une église qui satisferait ses besoins, et ce, après que celui-ci se fut assuré des services d'un prêtre, le Rév. P. Donald Arsenault.

La messe traditionnelle en latin a lieu une fois par mois, le 3e dimanche du mois, à l'église paroissiale Notre-Dame-de-Lorette située au 1542 rue Champlain (en face de l'ancienne aérogare). La messe débute à 16 h, précédée par la confession (sacrement de réconciliation) de 15 h à 15 h 30, et du chapelet à partir de 15 h 25. Le comité ad hoc, dont le mandat prend fin au printemps 2010, travaille présentement à mettre en place une structure permanente.

Les fervents de cette forme «extraordinaire» du rite romain invoquent différentes raisons pour justifier leur préférence, par exemple, l'attachement à la grande tradition de l'Église, ainsi que la révérence et le sens du mystère de Dieu qui se dégagent de cette liturgie. C'est peut-être ce qui explique pourquoi de plus en plus de catholiques s'y intéressent de nouveau.
SEAN TOBIN

Secrétaire-trésorier de la Société de la messe traditionnelle en latin de Moncton

[Vianney / Le Forum Catholique] Jean Madiran : “le sac de Rome”

SOURCE - Vianney - Le Forum Catholique - 3 octobre 2009
Dans un récent compte-rendu de l’ouvrage de Gérard Leclerc “Rome et les lefebvristes”, je n’ai pas été peu surpris de voir rangé Jean Madiran parmi ceux qui “dénonçaient, certes, le progressisme, mais sans jamais s’en prendre au Concile”. C’est à croire que l’auteur – G. Leclerc ou son commentateur – n’a jamais lu une ligne de Madiran.

A tire d’illustration, voici quelques extraits d’un article d’une quinzaine de pages intitulé Le sac de Rome que Madiran a publié dans les numéros 155 (1971) et 297 (1985) de la revue Itinéraires.

Et tout d’abord, à propos du but de Vatican II, tel qu’il fut exprimé par Jean XXIII dans son discours d’ouverture du concile :
Il s’agissait principalement de deux mises à jour occasionnelles et délimitées avec précision :

1° Rénover l’expression de la doctrine catholique : « Il faut que cette doctrine certaine et immuable soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque. »

2° Donner désormais plus de place à l’exposé positif et explicatif des richesses de la doctrine qu’aux condamnations négatives : « L’Eglise n’a jamais cessé de s’opposer (aux) erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd’hui elle préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. »

Le vice intrinsèque d’un tel programme, son vice abominable réside tout entier dans sa formidable impiété : involontaire ou délibérée, mais radicale, absolue, massive. Ce double objectif de l’aggiornamento était proposé à l’Eglise, et spécialement au concile, comme une tâche à entreprendre ; à inaugurer ; à commencer ; une tâche nouvelle, tout juste esquissée, depuis quelques saisons à peine, par la charité du « bon pape Jean ». Affreuse méconnaissance, ou affreux charlatanisme, puisque cette tâche avait été universellement commencée par Léon XIII, poursuivie par ses successeurs, et synthétisée, et parachevée enfin dans les vingt volumes qui contiennent l’œuvre de Pie XII comme docteur universel. Voilà donc que Jean XXIII, le 11 octobre 1962, dans le discours qui lui avait été préparé par le cardinal Montini, proclamait en substance que tout était à faire, que rien n’avait été fait. Il supprimait ce qui avait été la fonction, l’œuvre propre des documents pontificaux de Léon XIII à Pie XII.

C’est ce que Madiran appelle “le sac de Rome”, par analogie avec celui que l’histoire a retenu sous ce nom :

Le sac de Rome, celui-ci, n’est plus le pillage de trésors de pierre ou d’argent, ni le massacre des hommes par la soldatesque, ni le rapt des femmes. Il est cette fois dans un trésor intellectuel et moral jeté au Tibre, avec le massacre des âmes et le viol des consciences qui s’ensuivent inévitablement.

Ceux qui ont fait cela, détenteurs provisoires de la succession apostolique, ne connaissaient pas les documents pontificaux de Léon XIII à Pie XII : nous montrerons, sur pièces et sur preuves, que le principal d’entre eux était frappé de l’incapacité mentale de lire correctement une encyclique. L’Eglise depuis 1958 est gouvernée par des hommes qui n’ont ni compris ni connu (ni aimé !) la doctrine enseignée par les papes du XIXe et du XXe siècles : c’est-à-dire que ce trésor, sans précédent par son abondance et son degré d’explicitation, a été radicalement méconnu par les règnes de Jean XXIII et de Paul VI.

Si Jean XXIII et Paul VI ne l’avaient pas méconnu, ils auraient pu dire, par exemple, qu’ils se proposaient de poursuivre, ou d’accélérer, ou d’approfondir, ou de compléter l’aggiornamento de leurs prédécesseurs. Ou encore, que cet aggiornamento en chantier depuis Léon XIII devait maintenant recevoir la consécration solennelle d’un concile œcuménique, pour en faire passer plus activement les fruits dans les esprits et dans les mœurs. Ou encore, que dans cet immense monument d’encycliques, de messages, d’allocutions de cinq papes successifs, tout n’avait pas la même autorité ni la même valeur, qu’il fallait faire un tri, mettre de l’ordre, résumer, d’aventure émonder, par une série de décrets récapitulatifs et pratiques qui seraient l’œuvre propre du second concile du Vatican. Ou encore bien d’autres choses du même genre, qui auraient pris en considération tout le travail doctrinal accompli par les cinq papes de l’aggiornamento : Léon XIII, saint Pie X, Benoît XV, Pie XI et Pie XII. Ce travail monumental pouvait être confirmé, complété, poursuivi, amendé, que sais-je ! On fit la seule chose qui n’était pas permise : on fit comme s’il n’existait pas.

Cette méconnaissance impie, barbare, sauvage, est comme le péché originel du nouveau gouvernement de l’Eglise depuis 1958.

Cette méconnaissance, souligne Madiran, ne date pas d’hier. Le fait nouveau, c’est que, depuis Vatican II, elle s’étend à toute la hiérarchie :
Il existe une clef de l’histoire moderne de l’Eglise, c’est le Syllabus, publié par Pie IX en 1864 : « Résumé des principales erreurs modernes... » De Léon XIII à Pie XII inclusivement, les cinq papes de l’aggiornamento catholique ont tenu strictement, face aux erreurs modernes, les positions du Syllabus. Sur quoi l’on remarquera :

1. — Bien que vieux de plus d’un siècle, le Syllabus n’a rien perdu de son actualité : les erreurs modernes dénoncées par Pie IX sont encore, en substance mais exactement, les erreurs modernes d’aujourd’hui ; les nouveautés doctrinales que le Syllabus rejetait en 1864 nous sont encore proposées maintenant, et encore comme des « nouveautés ».

2. — Les erreurs modernes condamnées par le Syllabus nous sont présentées comme les vérités nouvelles par l’aggiornamento que l’Eglise subit depuis 1962 au nom et de par l’autorité du concile, du pape et des évêques. Dans cet aggiornamento donc, on n’a plus cherché à conserver la doctrine du Syllabus en l’exprimant d’une autre manière. Sous prétexte de changer la formulation, c’est bien la doctrine que l’on a changée.

3. — On l’a changée à contretemps : au moment où le monde moderne est en train — au moral, au social, au mental, au spirituel — de mourir, comme l’annonçait le Syllabus, pour n’avoir pas renoncé aux erreurs que le Syllabus condamnait ; au moment donc de la vérification historique, de la vérification dans les faits, voici que le pape et les évêques cachent le Syllabus, comme s’ils en avaient honte ; et voici qu’ils se mettent à faire et à dire ce que le Syllabus avait interdit.

Mais l’aveuglement dans l’Eglise, concernant le Syllabus, n’est pas d’aujourd’hui.

Il remonte au premier jour de sa publication.

Relisons ce qui était son titre complet (je souligne) :

« Résumé des principales erreurs modernes qui sont signalées dans les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques de N.S.P. le pape Pie IX. »

Le Syllabus ne contenait aucune révélation, il n’apportait aucune nouveauté, il n’était que la table des matières de ce que Pie IX avait précédemment enseigné en détail.

Or ce fut une levée de boucliers dans le monde — et dans une partie de l’épiscopat catholique.

Le monde, passe encore : mais les évêques ?

Ils avaient accepté une à une les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques de Pie IX soit parce qu’ils ne les avaient pas lues, soit parce qu’ils n’y avaient rien compris. Mais quand on leur en procure un simple résumé, ils s’étranglent de stupeur : et ils ne comprennent pas davantage, ils n’aperçoivent pas que la doctrine du Syllabus est manifestement la doctrine obligatoire de tout catholique conscient et conséquent.

En ce sens, Madiran concède que les deux points de l’aggiornamento défini par Jean XXIII pouvaient paraître opportuns à l’époque de Pie IX. Devant l’opposition épiscopale et mondaine au Syllabus, on pouvait estimer que les condamnations rappelées par le Syllabus avaient besoin de beaucoup plus d’explications. C’est ce à quoi s’emploieront Léon XIII et ses successeurs :

Les documents pontificaux de Léon XIII à Pie XII ont été en général compris et tenus, du moins par ceux qui les ont étudiés, pour ce qu’ils étaient en réalité : un effort, qui dans l’histoire de la papauté est sans précédent par son ampleur et sa durée, pour dire au monde contemporain, dans une langue qui lui soit plus accessible, et avec d’inlassables explications, les vérités religieuses et morales dont il a besoin pour le salut temporel de ses sociétés et pour le salut éternel des âmes qui y pérégrinent. Or en 1962 la majorité du corps épiscopal n’en connaissait ni la portée, ni le contenu, ni souvent même l’existence : la plupart des évêques se trouvaient démunis et privés de cela même qui leur avait été donné pour les éclairer, pour les défendre, pour les fortifier dans la grande tentation. Ils ont renié, au sens propre, au sens strict, — car renier, c’est déclarer que l’on ne connaît pas, ou que l’on ne reconnaît pas, ce que l’on a le devoir de connaître ou de reconnaître, — ils ont implicitement mais réellement renié l’enseignement des cinq papes de l’aggiornamento catholique, l’enseignement de Pie XII, celui de Pie XI, celui de Benoît XV, celui de saint Pie X, celui de Léon XIII.

Et, bien entendu, ils ont renié Pie IX et son Syllabus.

C’est en cela que le sac de Rome a été accompli, cette fois, par le pape et les évêques.

Après avoir parcouru ces (trop longues) citations, peut-on encore soutenir que Jean Madiran ne s’en est jamais pris au concile ?

V.

[Mgr Williamson] Erreur sur la Messe

SOURCE - Mgr Williamson - Commentaire Eleison CXVII - 3 octobre 2009


COMMENTAIRE ELEISON CXVII (3 octobre 2009) : ERREUR SUR LA MESSE

Dans un entretien publié il y a une dizaine de jours dans un journal allemand, le Cardinal Castrillon Hoyos a émis une critique de la Fraternité Saint-Pie X qui est intéressante, parce que tout en étant largement fausse elle contient un soupçon de vérité (le texte de cet entretien est disponible sur Internet). Il a déclaré que, lors de ses rencontres avec des responsables de la FSSPX en 2000, ceux-ci lui ont fait l'impression d'être braqués contre la Nouvelle Messe comme si elle était la « source de tous les maux dans le monde ».

C'est une évidence que la réforme de la liturgie Latine de la Messe qui a suivi Vatican II (1962-1965) n'est pas responsable de tous les maux du monde, mais elle l'est pour une large part des maux du monde moderne. Premièrement, la religion Catholique Romaine est la seule et unique religion instituée par le seul vrai Dieu quand, une seule fois, il y a 2000 ans, Il s'incarna dans la nature humaine de l'homme-Dieu Jésus-Christ. Deuxièmement, le sacrifice sanglant de Jésus-Christ sur la Croix est seul capable d'apaiser le juste courroux de Dieu enflammé par l'apostasie générale de notre époque ; de même que seul le renouvellement non-sanglant de ce sacrifice à la Messe est capable de maintenir cet apaisement. Troisièmement, l'ancien rite latin de la Messe, qui remonte au tout début de l'Eglise pour ses parties essentielles, a été modifié de façon significative par Paul VI après Vatican II dans le but de le rendre moins déplaisant aux Protestants, comme ce pape l'a dit lui-même à son ami Jean Guitton.

Mais les Protestants tirent leur nom de leurs oppositions au Catholicisme. C'est pourquoi le rite de la Messe réformé dans « l'esprit de Vatican II » déprécie considérablement des vérités catholiques essentielles qui s'emboîtent les unes dans les autres: 1/ la Transsubstantiation du pain et du vin, et du fait même : 2/ le Sacrifice de la Messe, et du fait même : 3/ le prêtre en tant que celui qui sacrifie, et tout ceci par : 4/ l'intercession de la Bienheureuse Mère de Dieu. En fait, la liturgie Latine ancienne est l'expression même de la totalité de la doctrine Catholique.

Si donc c'est principalement en assistant à la Messe et non pas en lisant des livres ni en écoutant des conférences que le grand nombre des Catholiques pratiquants absorbe ces doctrines et les met en pratique dans la vie, et si c'est ainsi qu'ils se font la lumière du monde contre l'erreur et le sel de la terre contre la corruption, alors il n'est pas très difficile de comprendre pourquoi le monde moderne est dans une telle confusion et dans une telle immoralité. « Détruisons d'abord la Messe, et nous détruirons l'Eglise » disait Luther. « Le monde peut plus facilement survivre à la disparition de la lumière du Soleil qu'à la disparition du sacrifice de la Messe » disait le Padre Pio.

C'est pourquoi l'une des priorités urgentes de la fondation de la FSSPX fut de former des prêtres qui conservassent l'ancien rite Latin de la Messe, mais grâce à Dieu, le retour de ce rite fait dorénavant, lentement mais sûrement, son chemin dans l'Eglise (chemin qui ne se fera plus du tout sous l'Antéchrist). Donc aujourd'hui la Fraternité de Monseigneur Lefebvre doit en priorité sauver les fondements doctrinaux de cette Messe de leur subversion par les auteurs et les continuateurs de Vatican II, toujours fermement établis dans Rome. Nous devons prier ardemment pour ces « discussions doctrinales » entre Rome et la Fraternité qui doivent débuter ce mois.

Kyrie eleison.

Londres, Angleterre

2 octobre 2009

[Zenit] La véritable interview du cardinal Castrillón sur l´affaire Williamson

SOURCE - Zenit - 2 octobre 2009

ROME, Vendredi 2 octobre 2009 (ZENIT.org) - La traduction et l'adaptation d'un entretien accordé à un journal allemand par le cardinal Darío Castrillón Hoyos sur l'évêque négationniste Richard Williamson, membre de la Fraternité Saint-Pie X, ont donné lieu à des interprétations contradictoires dans les médias à travers le monde.

Le cardinal Castrillón, ancien président de la Commission pontificale « Ecclesia Dei », chargée de l'accueil dans l'Eglise catholique des membres de la Fraternité Saint-Pie X, et ancien président de la Congrégation pour le clergé, a fait savoir à ZENIT qu'il n'a jamais fait certaines des déclarations qui lui ont été attribuées après la publication, le 25 septembre, de son entretien au Süddeutsche Zeitung.

Certains médias ont par exemple affirmé que le cardinal Castrillón contredisait l'évêque catholique de Stockholm, Mgr Anders Arborelius, O.C.D., qui avait révélé dans un entretien et un communiqué qu'il avait informé le Saint-Siège sur les positions négationnistes de Richard Williamson. Le cardinal Castrillón ne nie à aucun moment ces faits. Il explique simplement que l'information ne lui avait pas été transmise.

Le cardinal Castrillón a remis à ZENIT le texte original, en espagnol, de son entretien avec le Süddeutsche Zeitung (cf. Zenit du 29 septembre). Il explique notamment que la levée de l'excommunication par le pape Benoît XVI avait uniquement pour objectif de renforcer la communion dans l'Eglise.

« Monseigneur Marcel Lefebvre a commis un acte de rébellion quand, en 1988, il a ordonné quatre évêques sans mandat pontifical. C'est un acte schismatique. Et donc, pour avoir agi contre la loi de l'Eglise, l'évêque qui a procédé aux ordinations sacerdotales, Mgr Lefebvre, et les quatre évêques ordonnés par lui, ont été excommuniés. C'est la cause et le problème que l'on veut résoudre dans ce processus », a-t-il expliqué.

« C'est ce qu'ont voulu faire les deux derniers papes pour restaurer l'unité de l'Eglise », a-t-il ajouté.
« Je le répète, a-t-il insisté, le seul et unique motif de l'excommunication a été les ordinations sacerdotales conférées sans mandat pontifical. L'évêque qui a célébré les ordinations était mort, et ceux qui étaient ordonnés par lui demandaient, en faisant grand bruit, comme ils l'ont fait à Lourdes, la levée de l'excommunication. Le pape, qui cherchait à mettre fin à un schisme, a accepté après de longues consultations. Et nous, tous les évêques catholiques, nous devons soutenir le pape, surtout quand il s'agit d'une question aussi fondamentale que l'unité de l'Eglise », a-t-il poursuivi.

« En 2001, au cours d'un consistoire présidé par le Saint-Père, tous les cardinaux présents se sont prononcés en faveur du processus pour l'entrée des lefebvristes dans la communion de l'Eglise. Dans la présentation du consistoire, en se fondant sur une note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, on a souligné les difficultés relatives au texte de certains documents et surtout de certaines interprétations du Concile. Les difficultés majeures portaient sur la liberté religieuse et l'oecuménisme », a expliqué le cardinal Castrillón.

« Lever l'excommunication de quatre évêques, excommuniés pour avoir été ordonnés sans mandat pontifical, n'est pas un acte politique du Saint-Père, mais un exercice de son autorité religieuse suprême, un acte de miséricorde, au sein de l'Eglise », a-t-il déclaré.

« Avec l'avis favorable des cardinaux réunis en consistoire, le Pape a décidé de lever l'excommunication qui frappait ces évêques pour une seule et unique raison essentielle: un acte de charité pour renforcer l'unité de l'Eglise », a-t-il précisé.

Concernant les déclarations négationnistes de Richard Williamson, le cardinal Castrillón a précisé : « Mon travail n'est pas de juger un frère évêque ; cette mission incombe à la Congrégation pour les Evêques et à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. C'est à cette dernière de décider si quelqu'un affirme des choses qui ne correspondent pas à la foi catholique telle qu'elle est interprétée par l'Eglise ».

Le cardinal Castrillón a toutefois rappelé que « le rejet par l'Eglise de la violence profondément injuste à laquelle fut soumis le peuple juif est on ne peut plus clair. Et ce rejet se situe sans nul doute sur un plan moral. Un génocide raciste est un crime immoral contre l'humanité ».

Jesús Colina

[Charlier / Forum catholique] Mgr Lefebvre, les sacres et la liberté religieuse

SOURCE - Message publié par Charlier sur le Forum Catholique - 2 octobre 2009

A Gentiloup : Mgr Lefebvre, les sacres et la liberté religieuse

Cher Monsieur,

1.- je partage votre avis sur la nécessité d'autres témoignages. Ils viendront sans aucun doute à leur heure, pour rendre à chacun sa vérité.

2.- En revanche, il n'est pas possible de vous suivre lorsque vous affirmez : "On sait que c'est "Assise" et donc "la liberté religieuse" qui a emporté la décision de Mgr Lefebvre pour les sacres de 1988!"

Il vaudrait mieux écrire : "On dit qu'il en a été ainsi". C’est, en particulier, l’affirmation tenue sur le site de La Porte Latine, sous la plume de M. l’abbé F.-M. Chautard.

Cette affirmation, cependant, est erronée. Certes, il est exact que Mgr Lefebvre, dès juin 1987, avait menacé de sacrer des évêques à la suite de l’événement d’Assise et de la réponse qu’il avait reçue aux “dubia” qu’il avait soumis à Rome.

Cependant ce n'est pas la question de la liberté religieuse qui a finalement porté Mgr Lefebvre à décider de sacrer des évêques en 1988.

Votre affirmation fait prétérition d’une événement important, qui est intervenu entre temps : les négociations et la signature du protocole d’accord du 5 mai 1988 entre Mgr Lefebvre et Rome.

Or, au regard de cet événement capital, l’affirmation selon laquelle Mgr Lefebvre a décidé de sacrer des évêques à cause de la liberté religieuse est à la fois fausse et invraisemblable.

UNE EXPLICATION INVRAISEMBLABLE

Lors de ces tractations, qui ont en particulier été menées par celui qui était alors le Cardinal Ratzinger, toutes les questions litigieuses entre les parties ont été abordées. Toutes. En particulier celle de la liberté religieuse. Or, au terme de ces négociations, Mgr Lefebvre – dont vous m’accorderez qu’il n’était ni un menteur, ni un homme qui entendait abuser l’autre partie, ni un naïf, ni un homme privé de sa raison – a signé de sa main le protocole qui les a conclues. Ainsi, il s’est engagé et il a engagé sa Fraternité en connaissance de cause.

Cela signifie très clairement ceci : par cette signature, Mgr Lefebvre a jugé qu’un accord était possible, malgré les points de désaccord subsistants. Y compris, par conséquent, celui qui portait sur la liberté religieuse. Cela signifie aussi ceci : acceptant cet accord, Mgr Lefebvre n’a pas cru devoir faire des éléments qui le fondaient un point de rupture. C’eut été contradictoire. L’accord manifestait enfin que Mgr Lefebvre jugeait qu’une issue demeurait à terme possible sans recourir à cet acte de rupture qu’il avait évoqué : la consécration d’évêques.

Le choix de cet acte de rupture était d’autant plus exclu que le protocole d’accord du 5 mai 1988 lui accordait le droit de sacrer un évêque pour la Fraternité Saint-Pie X et prévoyait un statut canonique spécifique pour cette dernière, lui accordant ainsi ce qu'il recherchait pour l'avenir de son oeuvre.

Mgr Lefebvre, qui a signé ce protocole malgré les difficultés subsistantes, y compris sur la liberté religieuse, n’avait donc aucune raison de provoquer une rupture, au nom de cette question, en recourant illégalement à un acte que le protocole lui donnait le droit d’accomplir légalement.

Pourtant, contre toute attente, à la surprise totale du Pape Jean-Paul II et du Cardinal Ratzinger, Mgr Lefebvre, malgré l’engagement qu’il avait pris, est revenu sur sa signature, rompant ainsi unilatéralement l’accord conclu.

UNE EXPLICATION FAUSSE

La cause de cette rupture et la cause des sacres est identique. Elle n’est pas, encore une fois, la liberté religieuse. Quelle est-elle ?

Le site de La Porte Latine, sous une plume cette fois plus prudente, esquisse une amorce d’explication qui se rapproche de la vérité : « (Les négociations) aboutissent le 5 mai à la signature d'un protocole d'accord avec Rome ; mais, se rendant vite compte que le cardinal Ratzinger n'est pas prêt à lui accorder ce qu'il demande [c’est moi qui souligne], il se rétracte. Il consulte, puis le 2 juin 1988, il écrit au pape sa décision de sacrer 4 évêques le 30 juin. »

Il a fallu, pour déterminer Mgr Lefebvre à opter pour le choix grave auquel il s’est arrêté, la survenance d’un événement extrinsèque.

Cet événement, indiqué ici en termes feutrés, est que Mgr Lefebvre a “découvert” qu’il était trompé par le Cardinal Ratzinger. Il s’est alors convaincu qu’il ne pouvait ni ne devait avoir confiance dans le respect des engagements pris par Rome. Il s'est alors cru trahi, et c'est pourquoi, à deux semaines seulement du terme fixé par les engagements signés, il a décidé la rupture.

Cet événement extrinsèque, qui n’a rien à voir avec Assise ou la liberté religieuse, est donc celui-là : “la découverte” qu’il était trahi.

Le site de La Porte Latine n’en dit rien de plus, probablement parce qu’il n’en sait rien de plus. Parce que, d’une certaine manière, il ne peut pas le savoir.

Mais ce qu’il ne sait pas, d’autres le savent. La vérité est que certaines personnes, à Rome, peut-être avec la complicité d’autres personnes [la connaissance des histoires rend l’hypothèse plausible, pour ne pas dire probable], ont sciemment organisé, à l’insu du Pape et du Cardinal Ratzinger, une manoeuvre mensongère destinée à tromper Mgr Lefebvre afin de lui faire croire à la duplicité du Saint-Siège, d'empêcher les accords et de provoquer sa chute.

C’est cela, c’est cet événement extrinsèque-là qui, trompant Mgr Lefebvre, l’a persuadé qu’il était trahi et l’a poussé à la rupture.

Ce n'est pas un opinion que j'exprime là. C'est une certitude dont je vous fais part. Il m'est impossible de vous en dire davantage, c'est-à-dire de vous en apporter pour le moment la preuve, parce que ce fait odieux, qui est désormais connu du Pape actuel, concerne des personnes toujours vivantes. Je ne puis donc que vous le livrer comme tel, en l'exposant ainsi, il est vrai à toutes les objections possibles.

Le fait n'en est pas moins réel et certain, et l'histoire à venir, proche ou lointaine, l'établira aux yeux de tous.

En toutes hypothèses, la connaissance des circonstances, y compris de celles qui sont connues de tous, permet d'exclure avec certitude l'affirmation selon laquelle la décision de Mgr Lefebvre de sacrer des évêques aurait été emportée par la question de la liberté religieuse, comme vous le dites.

C'est une contre-vérité qu'il convient d'écarter.

Cordialement

1 octobre 2009

[La Nef] Liturgie et Tradition - Entretien avec Mgr Nicola Bux

SOURCE - La Nef - Chrioistophe Geffroy - octobre 2009
Mgr Nicola Bux publie début octobre un livre décapant, La réforme de Benoît XVI, qui pose les jalons entre juste réforme et révolution, ouvrant ainsi la voie à la paix liturgique voulue par le pape. Ce livre a suscité un vrai débat en Italie : en sera-t-il de même en France ? Nous l’espérons et ouvrons le feu avec cet entretien exclusif.

La Nef – Vous écrivez que « la liturgie est devenue un champ de bataille » (p. 69): pourquoi et comment est-on arrivé aujourd’hui à une telle situation qui a conduit à la perte du sens même de la liturgie, vous le montrez dans votre livre ?

Mgr Nicola Bux – C’est vrai, j’ai consacré le troisième chapitre à « la bataille de la réforme liturgique », qui, selon moi, a eu lieu en deux étapes pendant le Concile Vatican II et après. La raison de ce conflit est l’interprétation de la liturgie : est-elle – comme la foi même de l’Église – en continuité avec la Tradition ou en rupture ? Le paradoxe a été que les novateurs ont utilisé le modèle de l’Église primitive pour soutenir la nécessité des changements dans la liturgie, exactement comme ont fait les traditionalistes pour laisser les choses en état. Nous sommes devant le même « péché » : l’archéologisme, déjà dénoncé par le pape Pie XII dans Mediator Dei (1947).
Quelles mesures correctives peut-on prendre pour éviter de perdre l’esprit de la liturgie qui est une rencontre avec le mystère à travers la tradition de l’Église, corps vivant du Christ ? On doit comprendre que le développement de la liturgie s’opère organiquement et de façon presque imperceptible. Pour sortir de l’impasse actuelle, on doit étudier Sacrosanctum concilium et examiner de manière critique son application post-conciliaire. Mais c’est surtout la « paix » que Benoît XVI a proposée à travers le motu proprio Summorum Pontificum, paix qui peut aider à résoudre la querelle liturgique : il invite à étudier l’histoire, la doctrine et la discipline de la liturgie et à proposer à toutes les générations une nouvelle compréhension de la liturgie. Car l’ignorance est toujours mère de la partialité.

À plusieurs reprises dans votre livre, vous semblez vouloir minimiser le rôle du pape Paul VI dans la réforme (cf. p. 101-102), comme si celle-ci lui avait échappé: Paul VI ayant suivi les étapes de la réforme de très près, n’est-ce pas un artifice pour le disculper de sa responsabilité dans la catastrophe liturgique qui a suivi la réforme ?

Comme nous le savons, le rôle du pape Paul VI a été très important au Concile Vatican II : c’est grâce à sa modération que l’œuvre du Concile a pu atteindre sa fin. Nous savons également que, sur les questions liturgiques, il a apporté quelques corrections à l’Ordo Missae de 1969. Lors de la célèbre homélie du 29 juin 1972, il évoquait les « fumées de Satan » qui ont pénétré dans l’Église : donc il savait bien que la réforme avait subi des abus. Bien sûr, sans la direction ou l’approbation du pape, le Consilium ad exsequendam Constitutionem de sacra liturgia n’aurait pas eu la possibilité d’avancer. Des ouvrages récents et sérieux publiés en Italie confirment cette analyse.
La liturgie, dans le cadre de la Tradition de l’Église, comme il est dit dans le préambule du motu proprio Summorum Pontificum, ne peut être que préservé, conservé et respecté par l’autorité suprême jusqu’au pape lui-même ; même le Concile Vatican II ne pouvait agir différemment quand il a commencé à renouveler la liturgie.

Vous écrivez : « la réforme liturgique n’est pas parfaite, et elle n’est pas encore achevée » (p. 157) : vous visez là l’idée lancée par le cardinal Ratzinger d’une « réforme de la réforme ». Mais ne peut-on pas dire plutôt que la réforme est allée trop loin, au-delà des vœux des Pères conciliaires ? Et émettre l’idée que la réforme n’est pas achevée, n’est-ce pas entretenir un état d’esprit de changement permanent dont nous avons déjà trop souffert ?

La liturgie est vivante dans l’Église vivante, parce que l’Église est semper reformanda ; on peut penser que la liturgie marche avec elle. C’est la raison pour laquelle une réforme liturgique ne peut jamais être définitive. À condition toutefois de bien entendre le mot « reforme » qui ne signifie pas « révolution » : c’est plutôt une mise en forme de quelque chose qui risque de se déformer. C’est comme la restauration d’une fresque précieuse en péril. De Pie X jusqu’à Pie XII, donc avant le Concile Vatican II, il y a eu des étapes de restauration de la liturgie, ce mouvement n’est donc pas achevé une fois pour toutes. Le mot traditio vient du verbe tradere, qui indique un mouvement, le mouvement du Saint Esprit au sein même de l’Église du Christ, c’est lui qui « renouvelle toutes choses ». Il faut donc parler d’un changement ou d’un développement organique de la liturgie.

Votre dernier chapitre évoque « un nouveau mouvement liturgique » : comment voyez-vous un tel mouvement émerger et quel en serait le but? Si l’on parvient grâce à ce mouvement liturgique à « l’achèvement de la réforme », cela conduira-t-il à terme à retrouver l’unité du rite romain ou deux formes de ce même rite sont-elles amenées à cohabiter encore longtemps?

Nous pouvons voir ce mouvement liturgique sortir de l’amour de la tradition de l’Église que de nombreux jeunes ont découvert. Le pape Benoît XVI a donné un élan à ce mouvement avec la patience de l’amour, bien sûr en liaison avec le mouvement liturgique du XIXe siècle et de la première partie du XXe siècle. Le but sera la redécouverte du rite romain comme lui-même l’avait écrit dans la lettre au professeur Lothar Barth. Pour l’heure, ainsi que le pape l’a écrit dans le motu proprio, les deux formes ordinaire et extraordinaire doivent s’enrichir mutuellement, ce qui suppose que les prêtres apprennent à célébrer l’une et l’autre formes du même rite romain.

Vous démontrez (p. 113-122) que la messe dite de saint Pie V n’a jamais été abrogée, ainsi que Benoît XVI l’a confirmé dans Summorum Pontificum, alors que le pape Paul VI lui-même a dit explicitement le contraire dans son discours du 24 mai 1976 (que vous citez) : comment expliquer cette contradiction?

La déclaration de Paul VI dans son discours – « Le nouvel Ordo a été promulgué pour remplacer l’ancien » – ne signifie pas l’abrogation du missel romain de saint Pie V, mais son interdiction. Cette interprétation justifie l’indult de Jean Paul II, qui est un dispositif juridique qui permet l’usage de ce qui était interdit. Le mot abrogation en latin signifie suppression ou destruction : peut-on imaginer que le pape Paul VI ait voulu détruire le vénérable Missel de saint Pie V, son prédécesseur ? Benoît XVI, dans le motu proprio, a interprété de cette façon la question : la messe de saint Pie V – que nous pouvons appeler « messe de saint Grégoire le Grand » – est passée d’une situation extraordinaire, l’indult, à une situation ordinaire, celle du motu proprio.
Pourtant, de la réflexion canonique sur les précédents termes de la loi, on tire la conséquence que le motu proprio donne à la « question liturgique » un statut entièrement nouveau, parce qu’il la replace sur un plan théologique et doctrinal – et à notre avis également historique ; c’est le principal avantage de la nouvelle formulation contenue dans l’art. 1. Autre avantage, signalé par le professeur Antonio S. Sánchez-Gil : considérer l’ancien Missel et le nouveau non pas « comme deux systèmes juridiques ou incommunicables », mais comme deux expressions liturgiques de l’unique lex orandi du rite romain qui peuvent s’enrichir mutuellement, de même qu’on devrait enrichir, intégrer et réviser l’ars celebrandi. Telle est donc la principale et importante nouveauté du motu proprio, car la réforme s’inscrit à nouveau dans la tradition qui demeure notre guide.

« Ce changement d’orientation dans la liturgie a provoqué une dérive de la foi elle-même » (p. 31), écrivez-vous : pourriez-vous vous expliquer là-dessus et nous dire pourquoi le retour à une célébration « versus Deum » serait de nature à changer l’esprit actuel de la liturgie ?

Le culte divin, c’est-à-dire la sacrée et divine liturgie, est la rencontre de Dieu avec l’homme. Dieu prend toujours l’initiative, lui, le Seigneur de l’histoire et du cosmos, il nous précède toujours : avec sa catàbasi (descente), il nous parle et nous sauve. N’est-ce pas l’esprit de la liturgie de l’Orient et de l’Occident, la liturgie de la terre comme celle du ciel ? Depuis les origines jusqu’à aujourd’hui, le prêtre, en Orient, célèbre ad Dominum et les gens n’ont jamais pensé qu’il leur tournait ainsi le dos ! Comment pouvons-nous être sursum corda, c’est-à-dire ad Dominum, si le prêtre est face à nous et catalyse notre attention ? Cela est très difficile d’un point de vue psychologique. Nous pouvons penser avec le pape, que la foi et la prière retrouveront ce sens de l’orientation si la Croix est à nouveau au centre, attirant l’attention du regard du prêtre et des fidèles. Et l’on peut ajouter que l’orientation du célébrant ad Dominum est un geste œcuménique envers les orthodoxes !

Vous insistez beaucoup dans votre livre sur le sens du sacré de la liturgie, sur l’importance de la beauté, des gestes et symboles (comme l’agenouillement par exemple) : comment ce sens du sacré a-t-il été perdu et comment le réintroduire dans la liturgie actuelle ?

Entre les juifs et les chrétiens, quand il s’agit de sacré, ils se réfèrent à la Présence tout court (shekinah en hébreu) de Dieu dans le Sancta Sanctorum, c’est-à-dire le Sanctissimum. Le geste classique de la reconnaissance de la présence divine est l’agenouillement : il s’agit d’adoration. La perte du sens de la présence du Seigneur dans l’Église a produit la perte du sens de la liturgie en tant que culte. Pour le recouvrer, la place du tabernacle est très importante ! Sur ce point, une réflexion et un débat seront nécessaires pour résoudre certaines contradictions que l’on trouve dans les instructions post-conciliaires, comme je l’indique dans mon livre.

En abordant le motu proprio Summorum Pontificum, vous justifiez l’analyse de Benoît XVI sur le fait qu’il ne peut y avoir de « rupture » dans la liturgie : comment conciliez-vous cette affirmation avec les propres écrits du cardinal Ratzinger qui a plusieurs fois parlé de rupture et de « liturgie fabriquée » ou, plus concrètement, avec ce qui a été vécu par de nombreux fidèles qui ont vu la messe se transformer brutalement ?

Le pape, dans le motu proprio, décrit la liturgie de l’Église à travers les siècles en continuité avec l’âge apostolique, parce la liturgie est avant tout apostolique. Lorsque Benoît XVI a parlé de rupture ou de liturgie fabriquée, il voulait dire que la « connexion » a été interrompue. La valeur sacrificielle de la messe a été remplacée par la mémoire du dernier repas du Jeudi Saint : voilà la principale rupture. Paul VI lui-même a corrigé cette hérésie dans l’editio typica première du Missel romain (art. 7) ; bien sûr, la messe est aussi un repas, mais le repas pascal, c’est-à-dire avec l’Agneau de Dieu immolé pour nous. Donc la divine liturgie, comme on dit en Orient, est un « repas mystique » au Corps sacrifié et au Sang répandu in remissionem peccatorum. Le livre de l’Apocalypse décrit aussi la liturgie éternelle, représentée sur la terre par la liturgie de l’Église. L’aspect fraternel, ou mieux communionel de la messe, dépend uniquement de ce mystère.

Comment voyez-vous l’application concrète de ce motu proprio avec le recul de deux années d’expérience et qu’en attendez-vous à l’avenir ?

Tout le monde sait qu’au début le geste du Saint-Père a été accueilli de façon variée. Il s’est surtout ouvert un débat « pour » ou « contre », mais, dans le même temps, nombre de prêtres et d’évêques ont commencé à célébrer la messe dans la forme extraordinaire. Donc, la mise en œuvre effective du motu proprio repose sur la force de l’exemple, sans aucune restriction. Nous pouvons cependant espérer que la forme extraordinaire se développera avec les nouvelles générations de prêtres qui devront reprendre l’étude du latin et de la messe de « saint Grégoire le Grand ». Nous avons besoin de beaucoup de patience, celle de l’amour, comme l’avait déjà dit le Saint-Père, encore cardinal, dans son célèbre Entretien sur la foi de 1985.

En France, on a l’impression que la réintroduction dans les paroisses de la messe de « saint Grégoire le Grand », comme vous dites, pose un problème insurmontable, au point que beaucoup d’évêques freinent des quatre fers : pourquoi une telle peur, est-ce la même chose en Italie ?

Dans le motu proprio, le pape rassure les évêques pour qu’ils n’aient pas peur d’introduire dans les paroisses de leur diocèse la forme extraordinaire, parce qu’elle ne sera pas une cause de divisions mais d’enrichissement. Voici une réflexion : aujourd’hui, nous n’avons pas peur d’inviter les chrétiens à comprendre les différentes religions et leurs cultes : évidemment, nous les estimons adultes, capables d’évaluer la situation sans scandale. Pourquoi devrions-nous croire les fidèles incapables de comprendre l’unité dans la diversité, inaptes à appréhender la richesse du patrimoine du rite romain ?
Peut être que la situation est différente en Italie, parce que l’application de la réforme y a été plus équilibrée. En Italie aussi, plusieurs prêtres et évêques ont commencé à célébrer selon le missel de 1962 : on peut donc penser à une bonne évolution, lente mais inexorable.

Vous évoquez souvent dans votre livre la liturgie byzantine : comment a-t-elle évolué au cours des âges ? A-t-elle connu une réforme comparable à celle de 1969 pour le rite romain ? Comment les Orientaux perçoivent-ils notre réforme ?

Pour commencer je voudrais rappeler l’exhortation œcuménique de Jean Paul II : « L’Église doit respirer à deux poumons : celui de l’Orient et de l’Occident ». Cette phrase est souvent citée par les « œcuménistes » comme un exemple de la nécessité d’intégration entre les deux traditions. Mais, lorsque nous arrivons à la liturgie – qui est pars magna de la tradition chrétienne –, on entend les « distinguos » ou plutôt la prise de distance de quelques spécialistes latins de liturgie orientale qui, par exemple, à propos de l’orientation du prêtre, affirment que le rite romain est une voie autre que celle du rite byzantin : c’est vrai historiquement, mais ne devrions-nous pas essayer de maintenir l’unité ou la rechercher ? Si des « œcuménistes » catholiques blâment l’Église latine de nous avoir éloigné de l’Orient lorsqu’elle a proclamé les dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption de la Vierge Marie, ne devons-nous pas également déplorer le fait que, dans le domaine liturgique, nous avons banni des gestes provenant de l’« Église indivise », comme la prière du prêtre ad Orientem ou la Communion dans la bouche ? N’est-ce pas une contradiction ? Si nous défendons les principes de l’Église primitive, fort bien, mais l’orientation en fait partie. Ne sommes-nous pas archéologistes ou modernistes selon ce qui nous convient ?
Cela étant dit, nous pouvons voir que la liturgie byzantine a évolué en un système cohérent, d’abord avec la tradition apostolique et, ensuite, avec la culture de Byzance, mais en conservant l’unité entre les trois dimensions : le rite, la disposition architectonique et iconographique, l’ermêneia, c’est-à-dire l’herméneutique des symboles liturgiques ou mystagogie. Donc, elle n’a pas connu une réforme comparable à celle du 1969 pour le rite romain. En Russie, au début du siècle dernier, le patriarche Nikon a tenté de réformer les livres liturgiques, mais les fidèles ont complètement rejeté le projet de réforme avec une grande violence. Peut-être est-ce cette expérience qui explique l’attitude favorable des orthodoxes à la réforme de Benoît XVI. Nous savons que le défunt patriarche Alexis a exprimé son approbation du motu proprio, disant que la redécouverte de la tradition réconcilie les chrétiens entre eux.

Que peut nous apporter l’exemple de la liturgie byzantine aujourd’hui ?

Jean Paul II a publié la lettre apostolique Orientale lumen en 1995 dans laquelle il a exhorté les chrétiens à se tourner vers l’Orient d’où venait Jésus-Christ : l’Orient avec toute sa richesse de doctrine, de liturgie et de sainteté. Nous savons que pendant les soixante-dix ans du communisme, les chrétiens de l’Est ont réussi à survivre grâce à la divine liturgie célébrée constamment dans des situations difficiles en raison de la destruction d’un grand nombre d’églises. Quel enseignement en tirer ? Que la liturgie est « fons et culmen » de la vie de l’Église sur la terre, parce qu’elle ne vient pas d’ici-bas mais du Ciel. C’est la raison pour laquelle le Concile Vatican II a souligné que la liturgie a une partie immuable d’institution divine : c’est sur cette partie qu’il faut concentrer les recherches. Le rite byzantin, avec sa vision de la liturgie comme « Ciel sur la terre », pourrait nous aider à découvrir aussi l’aspect mystique de la liturgie latine. Mais pour les catholiques qui ne connaissent pas ou ne peuvent facilement accéder à la liturgie byzantine, la messe de « saint Pie V », ou mieux de « saint Grégoire le Grand » – qualifiée de forme extraordinaire du rite romain –, suffit pour appréhender la tradition liturgique latine. Les chrétiens byzantins (orthodoxes et catholiques) ont pendant l’année liturgique l’opportunité de participer à la « liturgie de saint Jean Chrisostome », à celle « de saint Basile », ou encore à celle « des Présanctifiés » : c’est bien une pluralité dans le même rite.
La liturgie byzantine nous donne donc un bon exemple d’unité et de pluralité sans aucune rupture ou division, parce que la tradition de la foi qui nous donne la liturgie est unique et que celle-ci ne peut se développer que par un enrichissement, jamais par un appauvrissement. Il n’y a donc aucun scandale si le pape, dans le motu proprio, propose, sans l’imposer, l’utilisation des deux formes du même rite romain.

Propos recueillis par Christophe Geffroy
Une contribution essentielle

Mgr Nicola Bux est un proche de Benoît XVI qui l’a récemment nommé conseiller des Cérémonies pontificales. C’est un liturgiste chevronné, spécialiste des rites orientaux. Son livre a été salué en Italie, à tel point que sa traduction espagnole a été préfacée par le nouveau préfet de la Congrégation pour le Culte divin, le cardinal Canizarès lui-même (préface reproduite en… postface de la présente édition en français). C’est un livre assez petit par la taille, mais dense et puissant qui s’inscrit sans conteste dans ce « nouveau mouvement liturgique » souhaité par le pape Benoît XVI et auquel Mgr Bux consacre son dernier chapitre.
Sans jamais verser dans la critique systématique ni dans la remise en cause des fondements de la réforme liturgique de 1969, Mgr Bux n’en dresse pas moins un tableau sévère de la situation liturgique actuelle : c’est bien le sens même de la liturgie que tout un peuple a perdu par la faute de ses pasteurs. Dans ce contexte, la reconnaissance du droit de cité de l’ancien missel, voulue par le pape Benoît XVI dans le motu proprio Summorum Pontificum, est bien plus qu’un acte de justice rendu à des prêtres et fidèles attachés à cette forme liturgique : elle remet à l’honneur un trésor de l’Église qui est de nature à aider au grand mouvement de resacralisation de la liturgie que le pape appelle de ses vœux. Elle dépasse donc de loin le périmètre du monde traditionaliste.
Mgr Bux ne vient d’ailleurs nullement de ce monde-là. Un des intérêts de son livre est qu’il prend de la hauteur par rapport aux querelles liturgiques passées et qu’il apporte une véritable compétence liturgique pour faire avancer les choses. En conclusion de son analyse, il évoque cinq « déformations » issues de la réforme :
1) « La transformation de la liturgie, faite de prière ou de dialogue avec Dieu, en exhibition d’acteurs et en torrents de paroles. Cette déformation est favorisée par la position du prêtre ».
2) « La substitution du concept de sacrifice par celui de repas ».
3) « La confusion produite par le fait de dire l’anaphore versus populum, ce qui a contribué à renforcer l’idée que la messe est un repas fraternel ».
4) « La disparition totale du latin ».
5) « La révolution “artistique” qui a eu les effets suivants : l’autel a changé de forme ; il est devenu une table. Le tabernacle a été décentré et remplacé par le siège du prêtre, toujours plus visible » (p. 168-169).
Ce livre d’une réelle qualité, après d’autres comme ceux des Pères Nichols, Lang ou Cassingena-Trévedy, montre que la réflexion sur la liturgie s’étend dans l’Église, condition nécessaire pour l’avènement d’un véritable nouveau mouvement liturgique. À lire et méditer d’urgence.
Christophe Geffroy
La réforme de Benoît XVI. La liturgie entre innovation et tradition, de Mgr Nicola Bux, préface de Mgr Marc Aillet, postface du cardinal Canizarès, Tempora, 2009, 208 pages, 17,90 euros.

[La Nef] Rome et Ecône : quelles discussions?

SOURCE - La Nef - Christophe Geffroy - octobre 2009
Rome et Ecône : quelles discussions?
Ouverture des débats doctrinaux entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X
Geffroy Christophe

Alors que les discussions se mettent en place entre Rome et Ecône, Gérard Leclerc publie un petit essai qui cherche à baliser le terrain du dialogue.

Depuis la rupture de juin 1988 entre la Fraternité Saint-Pie X (FSPX) et Rome, jamais le climat n’a été aussi propice à un rapprochement. Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la FSPX, a toujours souhaité régler le différend doctrinal avant d’envisager une régularisation canonique au sein de l’Église. Mais avant d’engager un véritable dialogue sur le fond, il avait mis deux conditions : la liberté de célébrer la messe selon l’ancien ordo et la levée des excommunications. Le motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, dont l’objet dépasse le seul cadre de la FSPX, a néanmoins permis de remplir la première condition ; la levée des excommunications des quatre évêques de la FSPX, le 21 janvier 2009, répond à la seconde demande. Enfin, le motu proprio Ecclesiam unitatem du 2 juillet dernier, en rattachant la Commission Ecclesia Dei à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ouvrait la voie à des échanges théologiques en les plaçant clairement au niveau doctrinal. « Comme je l’ai expliqué dans ma lettre du 10 mars dernier à l’épiscopat catholique, écrit Benoît XVI dans ce document, la levée des excommunications constitue une mesure disciplinaire destinée à libérer les personnes du poids de cette grave sanction. Ceci étant, les questions doctrinales demeurent et, tant qu’elles ne seront pas résolues, la Fraternité Saint-Pie X ne jouira d’aucun statut canonique dans l’Église. Ses ministres exercent illégitimement leurs ministères. […] Par cette mesure, j’entends en particulier montrer ma paternelle sollicitude envers la Fraternité Saint-Pie X, dans la perspective de son retour à la pleine communion avec l’Église. »
Face à l’évidente bonne volonté du pape, soucieux de résorber une fracture de nature schismatique, Mgr Fellay ne pouvait plus faire marche arrière et refuser le débat doctrinal. Au demeurant, force est de constater que depuis la levée des excommunications, les propos de Mgr Fellay à l’égard de Rome sont nettement plus ouverts qu’avant – ce n’est pas encore le cas des interventions d’autres responsables de la Fraternité.
Du côté de Rome, on sait déjà que le groupe d’experts comprendra le P. Charles Morerod, dominicain suisse récemment nommé à la tête de la Commission théologique internationale, Mgr Guido Pozzo, nouveau secrétaire de la Commission Ecclesia Dei désormais rattachée à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le P. Karl Josef Becker, jésuite allemand, et Mgr Fernando Ocariz-Brana, vicaire général de l’Opus Dei. Ces théologiens réputés sont tous membres de la Congrégation pour la Doctrine de la foi et ont des compétences dans les domaines controversés sur lesquels porteront les échanges : liberté religieuse, théologie des religions (dialogues œcuménique et inter-religieux), ecclésiologie (collégialité), liturgie… Du côté de la FSPX, c’est Mgr de Galaretta qui mènera le groupe d’experts. La première réunion devrait avoir lieu dans la deuxième quinzaine d’octobre.
Quels sont les désaccords et les rapprochements possibles ? Gérard Leclerc, éditorialiste de France catholique et bon connaisseur de la vie de l’Église, esprit de plus ouvert et cultivé, essaie de répondre à cette question dans un petit essai paru début septembre (1). Ce petit livre stimulant fourmille de pistes intéressantes.
Gérard Leclerc a construit son livre sur une thématique historique pour mettre en lumière les raisons de la rupture entre Mgr Lefebvre et Rome. Il commence par réfuter un amalgame classique : celui qui consiste à lier l’acte schismatique de 1988 à la condamnation de l’Action française en 1926. Certes, il est évident qu’une partie des fidèles de la FSPX est plus ou moins proche de l’Action française ou, plus largement, de la mouvance nationaliste française. Il est vrai que Mgr Lefebvre a lui-même favorisé la confusion par certains de ses propos politiques déplacés – tout le monde se souvient notamment de son soutien à la junte militaire du général Videla en Argentine, lors de la fameuse messe de Lille d’août 1976. Mais se focaliser sur ce point empêche de comprendre les raisons profondes du drame de 1988, dont les origines sont religieuses, théologiques même plus précisément, que non pas politiques. Pour le démontrer, il faut revenir aux travaux d’Émile Poulat qui a donné la genèse de l’intransigeantisme catholique dont la FSPX est héritière et qui se distingue assez nettement des sources maurrassiennes empreintes de positivisme. « Si la dimension politique est prégnante, écrit Gérard Leclerc, elle est toujours subordonnée à des positions de fond. Ce n’est pas l’idéologie qui commande, c’est une certaine culture, celle de l’intransigeance catholique, appelée aussi intégralisme » (p. 22).
La cause de la rupture tient donc à de graves divergences doctrinales qui surviennent après le Concile Vatican II, c’est au demeurant ce que ne cessent d’affirmer les responsables de la FSPX. Pour ces derniers, il y a divergence car le Concile a entraîné un changement radical dans la doctrine catholique, tout particulièrement sur la liberté religieuse, le rapport avec les autres religions, la collégialité et la liturgie. Gérard Leclerc a là-dessus une position intéressante : « la cause première de la dissidence traditionaliste (tient) en une incompréhension radicale de l’évolution théologique qui a amené à l’élaboration de textes aussi importants que Lumen gentium, Dei Verbum, et même la déclaration sur la liberté religieuse » (p. 22). Et plus loin, il ajoute : « Marcel Lefebvre n’admit jamais qu’on pût distinguer des aspects positifs dans la recherche exégétique et doctrinale contemporaine. Tout ce qui échappe aux catégories de la scolastique telle qu’il l’a apprise, est entaché d’erreur. Il n’y a pas de demi-mesures concevables » (p. 30). Cela expliquerait son hostilité au Concile : « Ce qui apparaît mieux encore avec la distance du temps, c’est l’incompréhension radicale qu’il [Mgr Lefebvre] manifeste à l’égard du travail conciliaire. Toutes les données théologiques, patristiques et même scripturaires semblent lui échapper. Nous l’avons dit : il est d’une autre école, celle de la pure scolastique apprise autrefois à la Grégorienne. Il ne comprend que ce langage-là, il est intimement persuadé que tout ce qui s’en éloigne est suspect, contraire à la foi » (p. 37).
Yves Chiron a vigoureusement contesté cette explication qui reprend, selon lui, « de manière irréfléchie, la vulgate anti-lefebvriste d’un prélat d’Écône intellectuellement obtus. Des dizaines de faits montrent le contraire » (2), affirme-t-il. Il n’en cite toutefois qu’un, assez peu convaincant. Quoi qu’il en soit, Gérard Leclerc, à mon sens, force le trait ; il n’empêche qu’il me semble avoir mis le doigt sur une réalité qui aurait certes mérité davantage de développement et plus de nuance, mais qui vise juste cependant. Résumons sa pensée qui rejoint ce que nous avons nous-même développé ailleurs (3).

Une incompréhension de la « nouvelle théologie » ?

A la suite de l’encyclique de Léon XIII, Aeterni Patris (1879), qui remettait saint Thomas d’Aquin à l’honneur, notamment dans les séminaires, le thomisme a connu au XXe siècle un réel renouveau, grâce notamment à des personnalités comme Jacques Maritain, Charles Journet ou Étienne Gilson, mais aussi grâce à l’école dominicaine qui a alors produit plusieurs grands théologiens. Après la Seconde Guerre mondiale, dans une Eglise ébranlée aussi bien par le conflit que par une sécularisation grandissante, alors même que de nouvelles pistes s’ouvraient en théologie (école de Fourvière, le Saulchoir…), influencée par les précurseurs que furent Moehler (1796-1838) et Newman (1801-1890) dans les domaines patristique et œcuménique, la réaction de Rome a été à la prudence et donc à une défense sans doute trop exclusive de l’école théologique appuyée sur saint Thomas au détriment de toutes les autres. Dans ce contexte, ce que l’on a appelé la « nouvelle théologie », qui comptait dans ses rangs des esprits brillants comme les cardinaux Daniélou, Lubac, Balthasar, Congar ou le P. Bouyer, n’avait pas bonne presse à Rome et était vigoureusement combattu par ceux qui, au Saint-Office, les estimaient trop novateurs et peu dans la ligne de leur thomisme. Une véritable étude de ces oppositions reste à faire, car certaines réserves romaines étaient certainement justifiées (cf. la querelle sur le surnaturel selon Lubac), il ne faudrait donc pas tomber dans la caricature et faire passer d’éminents théologiens comme le P. Garrigou-Lagrange – gardien de la stricte orthodoxie thomiste au Saint-Office –, pire, le pape Pie XII lui-même, comme des esprits simplets et bornés, ce serait absurde (4). Toujours est-il qu’il est indubitable, ainsi que l’affirme Gérard Leclerc, que Mgr Lefebvre appartenait, de par sa formation, à l’école thomiste du cardinal Billot et qu’il partageait la méfiance d’une grande partie de cette mouvance à l’égard de la « nouvelle théologie ». La critique est au demeurant fort légitime dans la recherche théologique et toute avancée passe toujours par le crible d’un examen qui peut donner lieu à des débats passionnés. Signalons que des esprits aussi brillants que Maritain et Journet sont eux-mêmes restés fort dubitatifs à l’égard de ces théologiens.
Mgr Lefebvre était donc peu préparé pour entrer dans l’esprit de la « nouvelle théologie » et recevoir ce qu’il y avait de positif dans ses travaux (sur les plans scripturaire et patristique notamment). A-t-il lu un théologien comme Lubac qui n’a rien d’un « progressiste » ? À lire son biographe, il ne semble pas (5). Même si la formulation de Gérard Leclerc est un peu raide, il a donc raison d’affirmer que Mgr Lefebvre comme beaucoup de traditionalistes n’ont jamais pénétré dans ce monde de la « nouvelle théologie », ne serait-ce que pour la critiquer en connaissance de cause et en décanter les aspects positifs. Ils en sont restés au jugement d’autorité, comme si le Magistère avait condamné une fois pour toutes à travers Humani generis (1950) tout ce qui s’élaborait alors. La réalité est bien plus complexe et, avec le recul du temps, l’Église a fini par réhabiliter et mettre à l’honneur des théologiens hier quelque peu suspects.
Pour appuyer son propos, Gérard Leclerc cite un extrait du Journal du Concile du cardinal Yves Congar : « Je ne reproche pas à ces hommes [l’aile traditionnelle au Concile] d’avoir leur opinion, mais d’être purement négatifs. […] Ils ne cherchent aucun dialogue, aucune collaboration. Ils sont fixés dans un système étroit, dans des formules toutes faites, et ils refusent ou condamnent, sans s’ouvrir à aucun problème. Ils suscitent une réaction aussi simpliste que la leur » (6). Témoignage intéressant, mais certes lui-même très partial. Pour être juste et mieux comprendre la réaction d’un Mgr Lefebvre à l’époque, il faudrait aussi connaître d’autres points de vue. Parmi beaucoup d’autres, on pourrait citer celui du cardinal Antonelli, membre du Consilium de 1964 à 1970 et qui n’appartenait nullement à l’aile traditionnelle. Pourtant, son témoignage sur l’état d’esprit de nombre de membres de Consilium (organe chargé par Paul VI de mettre en œuvre la réforme liturgique voulue par le Concile) est accablant : « Ce qui est triste […] c’est une donnée de fond, une attitude mentale, une position préétablie, à savoir que beaucoup de ceux qui exercent une influence dans le cadre de la réforme […], et d’autres encore, n’ont aucun amour, aucune vénération pour ce qui nous a été transmis. Ils ne ressentent au préalable que du mépris pour tout ce qui existe actuellement. C’est une mentalité négative, injuste et dommageable » (7).
Cela ne justifie sans doute pas une position rigide de refus de toute nouveauté, mais il est essentiel de prendre en compte aussi cette réalité et ne pas rester à la vision quelque peu idéalisée du cardinal Congar avec les « bons » théologiens ouverts d’un côté et les « méchants » « intégristes » bornés et incultes de l’autre. Car il est un facteur primordial sur lequel Gérard Leclerc ne s’arrête guère : c’est la crise qui a secoué l’Église après le Concile avec le fameux « esprit » évoqué par Benoît XVI lui-même à plusieurs reprises et au nom duquel ont été menés les pires excès. Cet esprit a été dans tous les domaines celui d’une rupture radicale, d’un rejet du passé comme si l’Église venait enfin de découvrir la vérité du message évangélique : cette crise interne à l’Église, Benoît XVI en reconnaît donc l’étendue, c’est elle qu’il évoque en parlant d’« herméneutique de la discontinuité et de la rupture » (8).
Or, là où le pape voit bien une crise interne à l’Église, Gérard Leclerc ne voit qu’un « bouleversement de civilisation » (p. 53). Certes, il a tout à fait raison de souligner l’importance de cette « dépression universelle » et il est bien évident que l’Église ne pouvait pas ne pas être touchée par le changement de société qui se produit dans les années soixante et dont Mai 68 est comme le symbole. Cette dimension de la crise de nos sociétés qui est extérieure à l’Église – et sur laquelle elle n’a donc pas de responsabilité – est en effet trop souvent minimisée dans l’analyse traditionaliste. Gérard Leclerc va jusqu’à écrire que « si le Concile Vatican II n’avait pas eu lieu, il n’est nullement avéré que l’Église catholique se serait mieux sortie de la révolution culturelle des années 60 ; c’est même plutôt le contraire qui est vraisemblable. À mon sens, Vatican II a armé l’Église pour répondre aux défis de société ; peut-être incomplètement, mais il n’était pas possible de tout prévoir et de parer d’avance tous les défis » (p. 53-54). Peut-être en effet a-t-il raison, mais il ne faudrait pas tomber dans le travers opposé à celui des traditionalistes excessifs en minimisant ou niant les aspects de cette fameuse crise qui sont internes à l’Église, car c’est finalement sur eux seuls qu’il est possible d’agir ! Ce faisant, Gérard Leclerc évacue d’un seul coup les responsabilités ecclésiales sur lesquels il serait pourtant bon de s’interroger un jour. Pour ne prendre qu’un exemple, autre que celui pourtant significatif de la liturgie, on attend toujours une étude fouillée sur l’abandon du catéchisme qui a caractérisé les années 60 et 70 et qui n’a toujours pas trouvé en France de remède satisfaisant : même si l’air du temps a bien évidemment influencé la dérive, on ne peut imputer aux seuls changements de société ce qui relève avant tout de la responsabilité des évêques. La résistance traditionaliste sur ce point montre qu’il était possible de maintenir contre vents et marées un bon catéchisme qui transmette la foi catholique.

Non-prise en compte de la société moderne ?

Le second aspect souligné par Gérard Leclerc pour expliquer la rupture de 1988 tient au fait que Mgr Lefebvre n’a jamais admis que « Vatican II se trouve tributaire d’une évolution historique dont il s’agit de tirer les conséquences » (p. 69). J’ai moi-même plusieurs fois développé cette analyse ailleurs (9), aussi serai-je bref.
Après l’évolution des esprits qui s’opère par le nominalisme puis la Renaissance et qui culmine avec les Lumières, la Révolution a entraîné partout en Europe un profond changement dans les rapports entre le temporel et le spirituel, entre le politique et la religion : ce mouvement est celui de l’émancipation de l’homme de toute tutelle supérieure, c’est l’affirmation de son autonomie. L’unité qui existait entre les États chrétiens et l’Église – unité toujours instable qui n’a jamais été sans problème –, vole peu à peu en éclats sous la pression d’un long mouvement de sécularisation sans précédent. Après la Première Guerre mondiale, il ne reste quasiment plus rien de l’ancien monde : « l’État chrétien » est en voie de disparition d’autant plus inéluctable que la démocratie, partout, triomphe, et que la société devient pluraliste, les chrétiens étant de moins en moins majoritaires. La « modernité » gagne la partie. Elle s’impose notamment au détriment de l’Église : outre le recul de sa visibilité et de son influence dans la société, elle est également attaquée par un laïcisme anti-chrétien parfois agressif. Mais, cette modernité n’est pas d’un bloc, elle est elle-même issue d’un terreau chrétien et ne manifeste pas qu’un recul par rapport à l’enseignement de l’Église. Elle marque sur certains points un progrès, tout particulièrement dans une plus grande perception de la dignité de la personne humaine qui a permis d’abolir les distinctions aristocratiques fondées sur la naissance ou une conception de la vie politique où plus personne ne risque sa vie ou sa liberté en s’opposant au pouvoir.
Bref, quel que soit le jugement que l’on porte sur cette évolution, il était impensable que l’Église ne la prenne pas en compte un jour ou l’autre ; alors que le dernier grand concile, celui de Trente, remontait au XVIe siècle (Vatican I avait été interrompu par l’invasion des États pontificaux), il était légitime qu’elle cherche à proposer à nouveaux frais les fondamentaux de la foi à ce monde-là. C’est ce qu’a fait Vatican II et cela était nécessaire.
Or, face à la modernité, Mgr Lefebvre en est resté à la position défensive de condamnation des papes du XIXe siècle, condamnation qui demeure certes juste dans ses principes essentiels. Cette position était nécessaire et légitime à l’époque, car l’Église était vivement attaquée et elle avait l’espoir d’influencer l’évolution en cours. Mais au moment du Concile, il était devenu évident qu’on ne pouvait plus revenir à la situation antérieure, le contexte lui-même avait fortement changé et justifiait donc une réflexion nouvelle face au monde actuel, sans brader pour autant les principes jusqu’alors définis, à condition de bien distinguer ce qui relève de la doctrine pérenne ou d’attitudes plus contingentes, la tentation étant forte d’absolutiser ces dernières. On peut penser que la doctrine de l’État chrétien formalisée par Léon XIII – alors que déjà la société ne correspondait plus à ce schéma – est indépassable et demeure un idéal à poursuivre, cela ne dispense pas d’une réflexion sur la place de l’Église dans la société actuelle.
Certes, depuis le Concile – qui s’était déroulé dans un climat d’optimisme qui fait quelque peu sourire aujourd’hui –, la situation s’est dramatiquement dégradée, la loi naturelle ne cesse d’être bafouée et nos sociétés s’enfoncent dans une dérive relativiste mortifère. Mais cela n’invalide nullement les apports du Concile : l’un des enjeux des discussions théologiques entre Rome et Écône ne sera-t-il pas de montrer que l’on peut recevoir ce Concile dans un esprit d’Église, en s’inscrivant dans la grande Tradition vivante, sans adhérer aux principes mauvais de la modernité ?
Il ne faut pas se voiler la face : entre les positions du Magistère et celles de la FSPX, les désaccords doctrinaux sont réels et, sauf miracle, beaucoup de temps sera sans doute nécessaire pour les surmonter complètement. Faut-il attendre cependant que toutes les divergences soient aplanies pour envisager un accord ? L’Église décidera par la voix de ses pasteurs autorisés. Qu’il nous soit permis de penser que moyennant une acceptation minimale par la FSPX d’un certain nombre de points jugés fondamentaux par Rome, et moyennant bien sûr un changement d’attitude à l’égard du Magistère, une solution juridique pourrait être trouvée assez aisément. N’oublions pas les exemples passés comme celui de Campos : la grâce de la pleine communion recouvrée n’a-t-elle pas agi pour transformer les cœurs plus encore que les intelligences ? Il y a eu tant de laxisme en matière doctrinale depuis le Concile qu’il serait absurde d’exiger de la seule FSPX une adhésion inconditionnelle à tous les points controversés sans y mettre les distinctions et nuances nécessaires.

(1) Gérard Leclerc : Rome et les lefebvristes. Le dossier, Salvator, 2009, 96 pages, 9,90 e.
(2) Aletheia n°146 du 5 septembre 2009 (cf. www.aletheia.free.fr).
(3) Cf. le chap. 5 de Benoît XVI et « la paix liturgique », Cerf, 2008.
(4) Nous renvoyons là-dessus aux dossiers que nous avons consacrés au P. Garrigou-Lagrange dans La Nef n°103 de mars 2000 (notamment l’article de Florent Gaboriau, « Un signe de contradiction ») et au cardinal Henri de Lubac dans La Nef n°172 de juin 2006.
(5) Bernard Tissier de Mallerais : Marcel Lefebvre. Une vie, Clovis, 2002.
(6) Mon journal du Concile, tome II : 1964-1966, Cerf, 2002, cité par Gérard Leclerc, op. cit., p. 38.
(7) Le cardinal Ferdinando Antonelli et les développements de la réforme liturgique de 1948 à 1970, présenté par Nicolas Giampietro, Le Forum, 2004, p. 353.
(8) Discours du 22 décembre 2005 à la Curie romaine.
(9) Cf. le chap. 3 de Benoît XVI et « la paix liturgique », Cerf, 2008 ; ou encore dans « Sécularisation et modernisme », La Nef n°123 de janvier 2002.

[Mgr Jacques Masson / Hermas] « Monseigneur Lefebvre ? On le poussera au schisme ! » (8) - La messe, "puntum dolens"

SOURCE - Mgr Jacques Masson, publié par le site Hermas - 1er octobre 2009


LA MESSE, « puntum dolens »

On le voit, la Messe était bien le « puntum dolens » des Evêques de France, le point sur lequel ils ne manqueraient pas d’insister, confirmant ainsi les déclarations de Mgr Ménager, rapportées ci-dessus !

Je ne puis manquer à ce point, pour illustrer cet acharnement, au risque d’anticiper une fois encore, de citer trois témoignages significatifs qui montrent l’état d’esprit qui régnait alors chez nombre d’Evêques, et leur rejet systématique de l’attitude de Monseigneur Lefebvre, qu’ils considéraient comme étant une condamnation de ce qu’ils étaient parvenus à obtenir, par des moyens sur lesquels il y aurait beaucoup à dire : la réforme liturgique.

Le Cardinal Thiandoum

Vicaire général de Mgr Lefebvre alors Archevêque de Dakar, puis son successeur, à la demande même de ce dernier, Mgr Thiandoum vint en Suisse en 1971 pour se faire soigner. Il tint à venir passer deux jours au Séminaire Saint Pie X d’Ecône, où je le reçus, Mgr Lefebvre étant en voyage. Mgr Thiandoum n’était pas encore Cardinal. Mais il fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang, et à l’affection profonde qui liaient l’Archevêque de Dakar à son prédécesseur. Il donna une conférence aux séminaristes, et demanda de pouvoir célébrer la Messe de communauté, le lendemain dimanche.

Je lui fis remarquer que nous célébrions selon le rite de Saint Pie V. « Cela n’a aucune importance me répondit-il. J’ai été ordonné dans ce rite, j’ai célébré la Messe dans ce rite pendant des années, et des générations de prêtre se sont sanctifiés avec la Messe de Saint Pie V. D’ailleurs, la Messe de Saint Pie V n’est pas interdite, puisque le Concile lui-même a demandé que l’on conserve les rites centenaires ou immémoriaux, si je me souviens bien ».

Puis de me dire : « Je vais vous faire une confidence : je serai heureux de célébrer selon le rite de mon ordination, mais je vous demande simplement de m’assister à l’autel pour éviter que je ne me trompe. Personnellement, je considère qu’elle exprime mieux que le Nouvel Ordo, la plénitude du Saint Sacrifice de la Messe ».

« Vous ne savez certainement pas, poursuivit Monseigneur Thiandoum, que lorsque Monseigneur Bugnini a fait célébrer dans l’Aula du Synode des Evêques, « ad experimentum » son projet de Nouvelle Messe, le Nouvel Ordo, qu’il y a eu un RUGISSEMENT DE PROTESTATIONS de la part des Evêques présents. Et malgré cela, sans qu’il soit possible de comprendre comment il a pu s’y prendre, il parvint à faire prévaloir ses idées auprès du Pape Paul VI qui promulgua le NOVUS ORDO. Le Pape avait publié : Roma locuta est… Il ne nous restait plus qu’à obéir ! Mais personne n’en voulait de cette Messe REVOLUTIONNAIRE ». (sic !)


Le Père Louis Bouyer, de l’Oratoire

Il a participé au concile Vatican II comme consulteur. Personnalité marquante du Mouvement liturgique (Le Mystère pascal, 1945) et promoteur de la réforme, il en dénonce violemment les déviations et les malfaçons dans les dérives postconciliaires (La Décomposition du catholicisme, 1968 ; Religieux et clercs contre Dieu, 1975) : « Ils ont alors en pratique substitué à la liturgie de l'Église et à la tradition vivante avec laquelle ils voulaient renouer une pseudo-liturgie quasiment fabriquée de toutes pièces (...) ». II fustige la perte du sens des origines, du sens du sacré, et le mépris des clercs pour les fidèles : « Même ce qu'il y avait de bon dans la réforme liturgique a été appliqué d'une manière qui ne l'était nullement. ». « Jamais on n'a imposé aux laïcs d'une manière aussi impertinente la religion des prêtres ou leur absence de religion... ».

Les séminaristes sortis d’Ecône, et les séminaristes qui ne sont pas entrés dans les séminaires en France, et moi-même, avons eu l’occasion de rencontrer le Père Bouyer, qui nous témoignait son affection, et son approbation pour la maintien de la liturgie tridentine.

Lors d’une longue conversation, il nous raconta comment et pourquoi il avait donné sa démission de membre de la Commission chargée de la réforme liturgique :

« J’ai écrit au Saint-Père, le Pape Paul VI, pour lui présenter ma démission de membre de la Commission chargée de la Réforme Liturgique. Le Saint-Père m’a convoqué immédiatement » :

Paul VI : - « Mon Père, vous êtes une autorité incontestable et incontestée par votre connaissance profonde de la liturgie et de la Tradition de l’Eglise, et un spécialiste en ce domaine. Je ne comprends pas pourquoi vous me présentez votre démission, alors que votre présence, est plus que précieuse, indispensable ! »

Père Bouyer : - « Très Saint-Père, si je suis un spécialiste en ce domaine je vous dirai très simplement que je démissionne parce que je ne suis pas d’accord avec les réformes que vous nous imposez ! Pourquoi ne tenez-vous pas compte des remarques que nous présentons, et pourquoi faites-vous le contraire ? ».

Paul VI : - « Mais je ne comprends pas : je n’impose rien, je n’ai jamais rien imposé dans ce domaine, je m’en remets entièrement à vos compétences et à vos propositions. C’est vous qui me présentez des propositions. Quand le Père Bugnini vient chez moi, il me déclare : Voici ce que demandent les experts. Et comme vous êtes des experts en cette matière, je m’en remets à vos jugements ».

Père Bouyer : - « Et pourtant, quand nous avons étudié une question, et avons choisi ce que nous pouvions vous proposer, en conscience, le Père Bugnini prenait notre texte, et, nous disait ensuite que, après Vous avoir consulté : Le Saint-Père désire que vous introduisiez ces changements dans la liturgie. Et comme je ne suis pas d’accord avec vos propositions, parce qu’elles sont en rupture avec la Tradition de l’Eglise, alors j’ai donné ma démission ».

Paul VI : - « Mais pas du tout, mon Père, croyez-moi , le Père Bugnini me dit exactement le contraire: jamais je n’ai refusé une seule de vos propositions. Le Père Bugnini venait me trouver et me disait : "Les experts de la Commission chargée de la Réforme Liturgique ont demandé cela et cela". Et comme je ne suis pas spécialiste en Liturgie, je vous le répète, je m’en suis toujours remis à vous. Jamais je n’ai dit cela à Monseigneur Bugnini. J’ai été trompé, Le Père Bugnini m’a trompé et vous a trompés ».

Père Bouyer : - « Voilà mes chers amis, comment s’est faite la réforme liturgique ! ».

Très peu de temps après cet entretien, Mgr Bugnini était nommé Pro-Nonce en Iran. Mais la Réforme de 1969 et le Novus Ordo étaient passés… et la Messe de Saint Pie V « interdite », ainsi que le prétendaient notamment des Evêques de France ! Ce qui précise et complète les données sur le départ de Mgr Bugnini, faites par Son Excellence Mgr Piero Marini, ancien Maître des Cérémonies Pontificales, dans son ouvrage Cérémoniaires des Papes (Bayard, 2007, pages 40-42).


Le Cardinal Jacques Martin

Mgr Jacques Martin, avant d’être nommé Cardinal avait été de longues années Préfet de la Préfecture Pontificale, chargé des audiences du Saint-Père. Je l’avais rencontré à la Préfecture du Palais Apostolique quelques semaines après mon arrivée à Rome, au mois de novembre 1974. Tout de suite, il s’était intéressé avec cœur à notre cause, et, pour éviter que nous ne restions isolés, il nous avait adressés à l’église de la Trinité des Monts, dont le Recteur était Mgr Jean-François Arrighi.

Mgr Martin a suivi de très près nos « aventures ». Et je dois dire qu’il m’a honoré de son amitié. Je faisais partie des « 3 Jacques » : le Grand, le Moyen, le Petit. Le « Grand », c’était bien sûr Mgr Jacques Martin ; le « Moyen » était le Père Jacques Lahache, français, bénédictin, rédacteur français à l’Union Pontificale Missionnaire (une des quatre Œuvres Pontificales Missionnaires). Le « petit », c’était votre serviteur, devenu rédacteur français à l’Agence Fides à Propaganda Fide. Nous avions en commun le même Patron, saint Jacques le Majeur, fêté le 25 juillet.

Mgr Martin est venu à plusieurs reprises déjeuner chez moi, en compagnie de sa sœur. Homme de grand culture, c’était un enchantement de l’entendre parler, évoquer ses souvenirs, nous raconter son service auprès du Successeur de Pierre, tout en maintenant une grande discrétion.

Nous avons abordé à plusieurs reprises les questions touchant à la réforme liturgique, notamment à propos des problèmes d’Ecône, de la célébration de la Messe de Saint Pie V, les problèmes des séminaristes venus d’Ecône, ou à venir, de la situation dans le séminaires, en France notamment. Il s’est toujours gardé de porter un jugement sur le bien fondé ou non du maintien par Mgr Lefebvre de la liturgie tridentine, mais il reconnaissait qu’il la préférait, il ne s’en cachait pas.

Un jour, il me raconta une anecdote (j’ai su par la suite qu’il l’avait racontée aussi à Mgr Arrighi).

Le Lundi de Pentecôte de 1970, Mgr Martin attendait l’arrivée du Pape Paul VI pour la célébration de Sa Messe quotidienne.

Arrivé dans la sacristie, le Saint-Père, voyant les ornements verts, déclare à Mgr Martin :

Paul VI : - « Mais ce sont les ornements rouges, car c’est le Lundi de Pentecôte et l’Octave de Pentecôte »

Mgr Martin, très embarrassé : - « Mmmmm, Très Saint-Père, il n’y a plus d’Octave de la Pentecôte ! »

Paul VI : - « Comment ? Il n’y a plus d’Octave de la Pentecôte ? Et depuis quand ? Et qui en a décidé ainsi ? ».

Mgr Martin, très, très embarrassé : - « Très Saint-Père, Mmmmmm, l’Octave de Pentecôte n’existe plus : c’est Vous qui avez signé sa suppression ! »

Paul VI : - « Non, Je n’ai rien signé de ce genre. Alors, j’ai été trahi.Comme le Christ. Vraiment, la fumée de Satan est entrée dans l’Eglise. Mais « portae inferi non praevalebunt ».

(Note : le Pape Paul VI reprendra cette phrase dans son homélie du 29 juin 1972, en ces termes : « La fumée de Satan est entrée dans le Peuple de Dieu »).


(à suivre)

Mgr J. MASSON