1 octobre 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Dixième anniversaire

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 1er octobre 2011

Le dixième anniversaire du 9/11 est venu et passé le 11 Septembre, il y a trois semaines. Apparemment dans les media des USA il y eut un tel torrent de sentimentalité à cette occasion que les pluies torrentielles récentes de la côte Est des Etats Unis ont paru, en comparaison, une simple ondée. Toutefois, avant que le seul fait d'aborder ce sujet ne devienne «antisémite», demandons-nous avec un commentateur américain d'une intelligence et d'une intégrité indiscutables, ce que fut exactement la réalité de cet évènement.

Ce commentateur, le Dr. Paul Craig Roberts, avait annoncé il y a quelques mois qu'il cessait d'écrire. Il était découragé par le manque de lecteurs intéressés par la vérité. Heureusement il n'a pas trop tardé à revenir sur sa décision. C'est un homme qui dit la vérité comme on en rencontre trop peu autour de nous. "Aux Etats Unis le Respect de la Vérité est Mort", tel est le titre de son article du 12 Sept., publié sur infowars.com. Comme il le suggère, la perte de la vérité est le drame réel, aussi bien du 9/11 que des dix années suivantes, non seulement aux USA mais de fait dans le monde entier.      

Le Dr. Roberts possède lui-même une formation scientifique, et comme tel il dit être totalement convaincu par les évidences scientifiques présentées lors de la réunion sur les évènements du 9/11 tenue du 8 au 11 Sept. 2011 à l'Université Ryerson à Toronto, au Canada. Au cours de quatre journées de conférences, des scientifiques, chercheurs, architectes et ingénieurs de renom présentèrent le résultat de leurs recherches sur les évènements du 9/11 (leurs découvertes sont peut-être encore accessibles sur  http://www.ustream.tv/channel/thetorontohearings). Le Dr. Roberts écrit que leurs recherches «ont démontré que dans le cas du bâtiment WTC7 il s'agissait d'une démolition contrôlée classique, et que ce sont des dispositifs incendiaires et explosifs qui ont provoqué l'effondrement des Tours Jumelles. Il n'y a plus aucun doute à ce sujet. Quiconque déclare le contraire ne dispose d'aucune base scientifique pour l'affirmer. Ceux qui croient à la versión officielle croient en un miracle qui défie les lois de la physique".

Le Dr. Roberts fait état de quelques-unes seulement des nombreuses preuves scientifiques présentées au Canada, par exemple la découverte récente de nanothermite -- mélange d'aluminium pulvérisé et d'un oxyde métallique formant un explosif très fort -- dans la poussière produite par l'effondrement des Tours. Mais, écrit-il, «la révélation d'une telle malveillance est si écrasante que la plupart des lecteurs y trouveront un défi à leur force mentale et émotionelle». La propagande du gouvernement et les medias «presstitués» ont une telle emprise sur les esprits que la plupart croient que seuls les «maniaques de la conspiration» peuvent douter de la version officielle des gouvernements. Les faits, la science, et l'évidence ne comptent pour rien (c'est l'expérience de quelqu'un d'autre que je connais!). Le Dr. Roberts cite un professeur de Droit de Chicago et d'Harvard qui a même proposé que ceux qui s'appuient sur les faits pour douter de la propagande du gouvernement, devraient être réduits au silence!

Selon une parole célèbre de G. K. Chesterton, lorsque les gens cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas en rien du tout, ils croiront n'importe quoi. Le plus grave, c'est que parmi les milliards de ceux qui perdent la vérité du 9/11 se trouvent des catholiques qui ne peuvent ou ne veulent pas voir l'évidence que le 9/11 est un travail " fait maison", des catholiques qui ne peuvent ou ne veulent pas voir la dimensión proprement religieuse du triomphe mondial d'un tel lavage de cerveau, d'un tel mensonge que représente la version officielle du 9/11. Que de tels catholiques prennent garde. Cela peut paraître une exagération insensée de dire qu'ils risquent de perdre la Foi, mais n'avons-nous pas l'exemple effrayant de Vatican II ? N'avons- nous pas assez proches de nous les années 1960 au cours desquelles un nombre considérable de catholiques voyaient avec tant de sympathie le monde moderne qu'ils en sont arrivés à penser que leur Eglise devrait s'adapter a lui ? Le Concile Vatican II n'en fut-il pas le résultat ?  Et celui-ci qu'a t-il fait de leur Foi?

Kyrie eleison.

[Abbé Philippe Toulza, fsspx - Fideliter] Les mariages dans la Tradition : valides ou invalides ?

SOURCE - Abbé Philippe Toulza, fsspx - Fideliter - septembre-octobre 2011

Depuis bientôt cinquante ans, dans l'Église, les autorités officielles ne facilitent pas la vie des fidèles qui désirent accéder à la doctrine traditionnelle et recevoir les sacrements comme leurs ancêtres les ont reçus. Non seulement ces autorités ont béni le Concile, mais elles donnent mauvaise conscience à ceux qui y résistent et qui donnent leur confiance aux prêtres voulant « dire comme toujours » et « faire comme toujours ».

L'une des menaces avec lesquelles on effraie ces âmes, c'est la peur d'un mariage invalide. « Si vous vous mariez devant les prêtres de la Fraternité Saint- Pie X, votre mariage sera invalide : vous serez donc non pas mariés mais concubins. » Pour asséner avec la force de l'autorité ces boniments, ceux qui n'ont que le mot « charité » à la bouche manifestent parfois une malveillance et un sectarisme paradoxaux.

Qu'en est-il en vérité ? Les mariages consentis devant les prêtres de la Fraternité sont-ils valides ?

L'argument que l'on oppose à cette validité est tiré du Droit :
« Seuls sont valides les mariages contractés devant le curé, ou l'Ordinaire du lieu, ou un prêtre délégué par l'un ou par l'autre, et devant au moins deux témoins, selon cependant les règles exprimées dans les canons qui suivent, et étant sauves les exceptions prévues aux canons 1098 et 1099. » (Canon 1094 du code de 1917 (1).

Les canons 1095, 1096 et 1097 ajoutent certaines règles qui importent peu quant à la question qui nous occupe (2).

Dans la Fraternité il n'y a pas de curé, ni d'Ordinaire du lieu, et rares sont les prêtres de la Fraternité qui reçoivent délégation d'un curé. Les mariages célébrés dans le cadre de la Fraternité ne peuvent donc pas prétendre à la validité selon la règle générale donnée par le canon 1094, mais il convient de montrer qu'ils le peuvent en vertu des exceptions prévues au canon 1098, cité par le canon 1094, comme on vient de le voir.
Le grave inconvénient
Selon le canon 1098 § 1,
« S'il n'est pas possible de faire venir ou d'aller trouver sans grave inconvénient un curé, ou un Ordinaire, ou un prêtre délégué qui puissent assister au mariage selon les normes des canons 1095 et 1096 :
« 1° En péril de mort, un mariage contracté seulement devant des témoins est valide et licite ; et cela est permis même en dehors d'un péril de mort, à condition que l'on puisse prévoir, en prudence, que cette condition des choses va durer un mois.
« 2° Dans l'un et l'autre cas, si un autre prêtre non qualifié peut être présent à l'échange des consentements, on doit l'appeler et il doit assister au mariage avec les témoins, sans que cette démarche soit requise pour la validité du mariage (3). »

L'alinéa 1° envisage donc deux cas : le péril de mort et l'absence de péril de mort. Laissant le premier cas de côté, relevons le deuxième : il assure que, si les futurs estiment en prudence que l'absence du prêtre habilité (curé, ou Ordinaire du lieu...) ou l'impossibilité d'aller le trouver sans inconvénient grave durera pendant un mois, il leur est permis de se marier uniquement devant les témoins (§ 1°, 2e partie).

Le code de droit canon n'est pas plus précis. Pour en approfondir la pensée, nous recourons à Raoul Naz, dont l'autorité est indiscutable. Dans son Dictionnaire de droit canonique, il commente ce canon à l'article Clandestinité et à l'article Mariage. Il explique qu'en dehors du péril de mort, pour qu'un mariage soit valide (c'est-à-dire vrai), il faut trois conditions cumulées (4) :
a. Le curé, ou l'Ordinaire du lieu... bref, un prêtre ayant les pouvoirs ne peut pas venir et on ne peut pas non plus aller à lui ; soit que le temps fasse matériellement défaut, soit que sa présence entraîne pour lui-même ou pour les fiancés un dommage qui soit grave, matériellement (frais engagés) ou moralement (les italiques sont de notre rédaction).
b. Que l'absence de ce prêtre habilité (ou : « ayant juridiction ») dure au moins un mois. Cette absence peut être d'ailleurs physique (en temps de guerre ou de persécution, de culte interdit, d'épidémie) ou bien morale (le prêtre pourrait être présent physiquement mais ne pourrait qu'avec un grave inconvénient demander ou recevoir le consentement des contractants).
c. Que l'impossibilité de recourir à un prêtre ayant juridiction touche au moins les deux futurs, même si d'autres personnes n'en souffrent pas (impossibilité au moins « personnelle », même si elle n'est pas « commune »).

Ces trois conditions suffisent pour que le mariage soit valide. Pour qu'il soit non seulement valide mais permis (« licite »), il faut que, si un prêtre sans juridiction peut être présent, on l'appelle.
Aller aux faits
Considérons à présent l'une après l'autre ces trois conditions à la lumière de la situation actuelle dans l'Église.

a. Il y a, dans l'Église, des prêtres et des évêques ayant juridiction, sur à peu près toute la planète, mais leur présence au mariage de catholiques de Tradition implique, dans l'immense majorité des cas, un grave dommage moral pour les fiancés. En effet, ces prêtres…
- presque toujours attachent au mariage la célébration d'une messe Paul VI gravement dangereuse pour la foi et responsable de la perte du sens catholique chez un très grand nombre d'âmes ;
- presque toujours, dans leur prédication au moment du mariage et dans la préparation, enseignent la conception du mariage que promeut le code canonique de 1983 et qui a été dénoncée par Pie XII comme une erreur formelle et grave (5) ;
- presque toujours, dans la préparation du mariage et dans leur pastorale, recommandent la régulation naturelle des naissances d'une façon systématique qui contredit les prescriptions de Pie XII et de la morale traditionnelle (6) ;
- parfois même bénissent l'union libre, le « mariage à l'essai (7) », la pratique de la pilule contraceptive, les divorcés remariés (8) et distribuent la communion aux concubins ;
- toujours (9) adoptent à l'égard des graves erreurs diffusées depuis Vatican II une attitude répréhensible, soit qu'ils les diffusent volontiers (clergé ouvertement conciliaire), soit qu'ils se taisent à leur égard, approuvant ainsi plus ou moins implicitement le tour moderne donné au gouvernement de l'Église par les prélats et ses conséquences pour le salut des âmes (clergé d'apparence traditionnelle et approuvé officiellement) (10).

b. Cette absence, non pas physique mais morale (il y a en effet un grave inconvénient à ce que ces prêtres reçoivent le consentement des mariés, pour reprendre les termes de Naz), dure bien plus qu'un mois.

c. Elle entraîne une impossibilité personnelle (et même commune) touchant les futurs mariés qui veulent se marier de façon parfaitement traditionnelle, au regard de la foi, de la morale et de la liturgie.

d. Par ailleurs il peuvent aisément avoir recours à un prêtre traditionnel sans juridiction (parmi ceux de la Fraternité ou bien d'autres). Pour que leur mariage soit non seulement valide, mais licite, ils doivent donc contracter mariage devant ce prêtre qu'ils auront trouvé.
La tradition ou l'absurde
Un mariage ainsi contracté ressemble à tout mariage, en ce qui concerne les contractants : ce sont, dans l'un et l'autre cas, l'homme et la femme qui se donnent le mariage. Mais tandis que, dans la forme canonique usuelle (prévue par le canon 1094), ce mariage se fait devant un témoin (prêtre ou évêque) ayant juridiction, dans la forme exceptionnelle (prévue par le canon 1098 § 1), ce mariage se fait devant un prêtre n'ayant pas juridiction pour le faire.

Un mariage célébré dans le cadre de la Fraternité est certainement valide : d'une part parce que les principes sont certains et affirmés par le droit (« La réponse ne semble pas faire de doute » dit Naz qui est afffirmatif parce qu'il s'appuie sur des décrets de la Commission d'interprétation du code) ; ensuite parce que la situation dans laquelle nous nous trouvons engendre objectivement, pour les fiancés, les graves dommages et inconvénients indiqués par le Droit.

En définitive, la possibilité de se marier sans prêtre ayant juridiction est si certainement et nettement prévue par le Droit, que ceux qui nient la validité des mariages devant les prêtres de la Tradition, ne le peuvent faire qu'à une seule condition : nier aussi l'ampleur de la crise dans l'Eglise. Ou bien l'on ne voit pas dans toute son ampleur cette crise tragique, profonde et durable, et l'on est touché par le doute. Ou bien l'on perçoit la situation telle qu'elle est, et nul argument ne peut empêcher la conclusion qui s'impose, claire et indubitable : tant que la crise durera, les mariages célébrés devant des prêtres de la Tradition seront pleinement valides et licites.
---
N. B. Sur ce sujet, on pourra lire Les Mariages dans la Tradition sont-ils valides, Grégoire Celier, éditions Clovis.
Extrait du Fideliter n° 203 de septembre-octobre 2011
Notes
1 - Le canon 1108 § 1 du code de 1983 dit la même chose, en étendant au diacre les pouvoirs du prêtre.
2 - La disposition du canon 1094 date du concile de Trente. Adrien Cance, rappelant que les ministres du sacrement de mariage sont les époux eux-mêmes, explique en effet : « De droit naturel, le mariage est pour tous un contrat, et pour les chrétiens un contrat sacrement ; il consiste essentiellement dans l'échange du mutuel consentement que se donnent en vue de la vie conjugale deux personnes d'ailleurs "habiles" : il existe donc dès que l'homme et la femme ont exprimé et réciproquement accepté leur consentement, même d'une manière clandestine, c'est-à-dire sans la présence d'aucun témoin. Cependant la société religieuse et la société civile sont intéressées à ce que la preuve du mariage puisse être faite et peuvent défendre les mariages clandestins. L'Eglise les avait prohibés avant le Concile de Trente, mais sans les déclarer invalides. [Mais] dans le célèbre décret Tametsi (session XIV, ch. 1), il fut décidé que les mariages devraient, à peine de nullité, être célébrés devant le curé ou un prêtre délégué par le curé ou l'Ordinaire et devant deux ou trois témoins. [Enfin, pour accélérer l'application du concile de Trente], la Congrégation du Concile publia, le 2 août 1907, le décret Ne temere (…) : désormais, quel que soit le domicile ou le quasi-domicile des contractants, le mariage est invalide s'il n'est pas fait devant le curé ou l'Ordinaire du territoire ou devant un prêtre par eux délégué… » (Commentaire du code de droit canonique, Lecoffre, Paris, 1930, § 320) Le prêtre n'est de toute façon jamais ministre du sacrement de mariage. Il est témoin officiellement délégué par l'Église.
3 - Le canon 1116 du code de 1983 ne dit pas autre chose. Sur toute cette matière, il n'y a aucune réelle différence entre les dispositions de l'ancien et du nouveau code.
4 - « En dehors du péril de mort, pour qu'un mariage ne soit pas invalide pour cause de clandestinité il faut : a) le manque de témoin qualifié compétent, b) la prévision d'une absence d'un mois, c) que l'impossibilité soit personnelle et d) autant que possible, s'assurer la présence d'un prêtre non compétent. « a) L'absence du témoin qualifié. (…) Le témoin qualifié ne peut haberi [se rendre au mariage] lorsqu'il est impossible de l'appeler, de le mander par d'autres que les parties, ou si, convoqué pour assister au mariage, il n'est radicalement pas capable de venir à temps. Il ne peut adiri [être accessible] lorsque ceux qui doivent contracter ne sont pas à même de se rendre devant lui pour échanger leur consentement. « L'absence "haberi vel adiri nequeat" est absolue ou relative. Elle est absolue si le temps matériel fait défaut pour que les parties et le témoin qualifié se réunissent ou si les moyens ordinaires tels qu'une lettre ne permettent pas de parer à la situation. (…). L'absence est relative si, pour y obvier, le témoin qualifié ou les contractants doivent subir un grave dommage matériel ou moral. Les dépenses à engager, la fatigue ou les dangers du chemin, la bonne renommée du pénitent, etc., doivent ici être pris en considération. « En toutes ces hypothèses l'impossibilité personnelle suffit : il n'est nullement exigé qu'elle soit également commune. « b) La prévision d'une absence d'un mois. Prudemment on doit prévoir que l'absence du curé, de l'Ordinaire ou de leur délégué durera un mois continu et moralement complet. (…) « Le défaut de témoin qualifié pour assister au mariage se produit surtout en pays de missions, à cause du manque de prêtre. Cependant en temps de guerre ou de persécution, lorsque l'exercice du culte religieux est interdit ou en période d'épidémie, cette situation pourrait également se rencontrer ailleurs, car en ces circonstances il est parfois moralement, sinon physiquement, impossible de trouver un prêtre compétent sans attendre un mois. « Ce passage de l'absence physique à l'absence morale est-il légitime? La réponse ne semble pas faire de doute. Il est vrai que la commission pontificale d'interprétation du Code a décrété le 10 mars 1928 (Acta Apostolicae Sedis, t. xx, p. 120) qu'il fallait entendre le canon 1098 comme se référant exclusivement à l'absence physique du curé ou de l'Ordinaire du lieu, mais le 25 juillet 1931, la même commission donnait une interprétation en sens opposé en répondant affirmativement à la question suivante : An ad physicam parochi et ordinarii absentiam de qua in interpretatione d. 10 mart. 1928 ad canonem 1098 referendus sit etiam casus quo parochus vel ordinarius licet materialiter praesens in loco, ob grave tamen incommodum, celebrationi matrimonii assistere nequeat requirens et excipiens contrahentium consensum ? [Le décret du 10 mars 1928, interprétant le canon 1098, et faisant référence à une absence physique du curé et de l'Ordinaire, doit-on assimiler à cette absence physique également le cas où le curé ou bien l'Ordinaire, bien que matériellement présents dans le lieu, ne peuvent cependant pas, en raison d'un grave inconvénient, assister à la célébration du mariage pour y demander et y recevoir le consentement des parties contractantes ?] (Commission pontificale, 25 juillet 1931, dans AAS, t. xxiii, p. 288). « On peut donc considérer que le curé ou l'Ordinaire compétents sont moralement absents, bien qu'ils soient matériellement présents, lorsque par suite d'un grave inconvénient ils ne peuvent demander et recevoir le consentement matrimonial des contractants (voir J.-A. Couly, « A propos des mariages clandestins », dans Revue catholique des institutions et du droit, juillet-août 1934, p. 340-354). « c) L'impossibilité doit être personnelle. C'est-à- dire résulter du défaut de prêtre, d'une maladie contagieuse, d'un état de persécution, etc. Remarquons-le avec soin dans le cas exceptionnel qui nous occupe, pour éviter que le mariage ne soit clandestin, il faut que l'impossibilité d'avoir ou de trouver un prêtre compétent soit réellement personnelle. L'impossibilité commune ou locale n'est pas requise : celle-ci d'ailleurs ne suffirait pas pour que le mariage puisse être célébré sans le témoin qualifié si elle n'était pas également personnelle et particulière. Quand toutes ces conditions sont réalisées, le mariage contracté sans le témoin qualifié est donc valide. « d) La présence d'un prêtre non compétent. La présence de ce prêtre est obligatoire lorsqu'elle est possible et qu'il n'existe aucune juste cause pour s'en dispenser, mais elle n'est requise que pour la licéité et non pour la validité du mariage.» (article « Clandestiné », Letouzey, 1935, tome iii, colonnes 813-816). « b. Ne sont pas tenus d'observer le can. 1099 : « ?) Ceux qui sont en péril de mort, ou qui sont dans l'impossibilité de s'assurer la présence du curé, de l'Ordinaire, de leur délégué ou même d'un simple prêtre, peuvent délaisser les formes ordinaires du can. 1094 et se marier selon les formes extraordinaires du can. 1098: ils contractent validement mariage en présence de deux témoins, si l'absence du curé doit durer un mois (voir supra, ni, 812). « Plusieurs décisions du S.-Siège donnent les précisions suivantes : le can. 1098 ne doit pas s'entendre seulement de l'impossibilité physique pour le curé, l'Ordinaire ou leur délégué d'être présents. Leur absence peut résulter aussi du grave inconvénient qui s'oppose à leur participation au mariage (Comm. d'interprét. du Code, 25 juill. 1931; AAS, xxv, 388). (…) « Enfin la Commiss. d'interprét. du Code, le 3 mai 1945, a déclaré que l'obstacle prohibitif peut être pris en considération aussi bien quand il concerne les époux ou l'un d'entre eux, que quand il concerne le curé, l'Ordinaire ou leur délégué (AAS, xxxv ir, 149).» (article « Mariage », Letouzey, 1935, tome vi, colonne 772).
5 - La doctrine traditionnelle dit que le mariage a pour fin principale la procréation puis l'éducation des enfants ; le code de 1983 affirme au contraire que la fin principale est le bien des conjoints (c. 1055). L'auteur de ces lignes a vu un jour deux jeunes gens lui demander de commencer une préparation au mariage en parallèle avec une préparation que leur donnait déjà, depuis quelque temps, un prêtre de la communauté Saint-Jean : ces fiancés avaient décelé le personnalisme de sa préparation au mariage et le lui avaient reproché.
6 - La régulation naturelle est bonne si elle est pratiquée dans les conditions définies par Pie XII ; aujourd'hui on réduit à presque rien ces conditions, pour le motif, certes réel mais insuffisant, que la chasteté est rendue plus difficile dans le monde moderne.
7 - J'ai connu une femme d'origine polonaise qui souhaitait se marier dans la loi de Dieu et qui, dans le diocèse de Paris, s'est tournée successivement vers deux ou trois prêtres de paroisse qui lui ont conseillé ou imposé le mariage à l'essai.
8 - Qui n'a pas rencontré des divorcés remariés recevant une sorte de bénédiction nuptiale, ou bien l'absolution sans quitter leur état, ou encore la communion sacramentelle ?
9 - Non de droit, mais de fait. Les exceptions existent peut-être et gagneraient à être rendues publiques.
10 - On peut considérer que, pour des fidèles qui savent la crise extraordinaire que vit l'Église aujourd'hui, et qui peut-être fréquentent habituellement les chapelles desservies par la Fraternité Saint-Pie X, il y a un grave inconvénient à se marier devant un prêtre qui célèbre la messe de Saint-Pie V mais qui jette un injuste et calmonieux discrédit sur Mgr Lefebvre, sur son action pour la vérité et le salut des âmes, et sur la société religieuse qu'il a fondée.

[Radio Courtoisie] Mgr Fellay, sur les rapports avec Rome [audio]

SOURCE - Mgr Fellay - Radio Courtoisie - 1er octobre 2011

20111007_mgrfellay.mp3 (rediffusion)
[Le fichier audio s'ouvre dans une nouvelle fenêtre]

29 septembre 2011

[Paix Liturgique] Aux origines de la liturgie : un document signé Martin Mosebach

SOURCE - Paix Liturgique n°302 - 29 septembre 2011

Du 1er au 3 septembre 2010 s’est tenu à Colombo (Sri Lanka) un colloque sur la liturgie, organisé par Monseigneur Malcolm Ranjith, l’archevêque du diocèse, qui est aussi le président de la conférence épiscopale de Ceylan, qui a aussi été appelé depuis à la pourpre cardinalice par Benoît XVI. Lors de ce colloque, réunissant les prêtres de l’archidiocèse, tous en soutane, l’écrivain allemand Martin Mosebach, auteur de La Liturgie et son Ennemie (1) (Hora Decima 2005), y a prononcé une importante communication, que nous sommes heureux de vous proposer aujourd’hui dans une traduction originale à partir du texte allemand que nous a faite parvenir Gilles Banderier.

La personnalité de l’auteur, romancier et essayiste réputé outre-Rhin, - il a écrit aussi de nombreux récits, poèmes, pièces de théâtre, articles sur l’art et la littérature, scénarios de films, livret d’opéras, et a été honoré d’un certain nombre de prix littéraires-, marié à une luthérienne convertie, est importante car son parcours n’est pas sans similitudes avec celui de GK Chesterton : il ne s’agit pas d’un exégète chrétien publié pour le petit nombre, mais bien d’un écrivain de premier plan ressentant le besoin de mieux comprendre et illustrer sa foi catholique. A cause de cette personnalité, son livre sur la liturgie avait représenté un véritable événement Outre-Rhin, au point que Martin Mosebach fut invité à prononcer une conférence sur ses idées liturgiques devant l’assemblée du catholicisme allemand, de tendance très progressiste, le Katholikentag de 2004 (2) : « La crise de la liturgie n’est pas pour moi une forme de décadence : elle est quelque chose d’infiniment plus grave. Elle représente à mes yeux une catastrophe inédite, une catastrophe spirituelle et culturelle ».

En outre, dans un pays dont l’Église est malade des tensions progressistes qui ne cessent de l’affaiblir, Martin Mosebach représente l’un des principaux relais de la pensée et de la parole de Benoît XVI. Il est notoire que son livre sur la liturgie, étincelante apologie de la liturgie catholique traditionnelle, avec de piquantes invectives contre l’attitude iconoclaste qui règne aujourd’hui dans l’Église de l’après-Concile, a été très apprécié par Benoît XVI. Martin Mosebach a fait partie des artistes reçus par le Pape dans la Chapelle Sixtine, le 21 novembre 2009. Auparavant, lui-même, avec des personnalités telle que Nikos Salingaros, Steven J. Schloeder, Steen Heidemann, Duncan G. Stroik, Pietro De Marco, Martin Mosebach, Enrico Maria Radaelli, avaient signé un appel « plein de tristesse la plus poignante préoccupation quant à la terrible situation actuelle de tous les arts qui ont toujours accompagné la liturgie sacrée ».

Le texte qui suit constitue la première partie de sa conférence à Colombo et traite des origines de la liturgie, de sa singularité comme œuvre de Dieu et non comme création des hommes et, par conséquence, de la nature de la messe, avant tout révélation divine plus qu’assemblée communautaire.
LE DOCUMENT

L’histoire de la sainte Église catholique est riche de mystères, dans le domaine du bien comme dans celui du mal. Ce n’est pas sans raison que saint Paul parle du mysterium iniquitatis - Le mystère d’iniquité. À travers les siècles, la question de ce qu’on appelle la théodicée est demeurée brûlante : pourquoi le mal est-il présent au sein d’une création divine fondamentalement bonne ? Saint Paul a su condenser en une formule l’angoisse profonde que provoque l’existence du mal, mais il a refusé d’y apporter une réponse.

Le mystère dont je vous entretiendrai appartient-il au bien, au mal, ou à un mélange inextricable des deux ? Je me garderai de le dire, tant il est vrai que les conséquences de chaque événement historique se répercutent au long des siècles, en changeant sans cesse d’aspect. Ce qui apparaît comme une malédiction à une époque donnée sera plus tard perçu comme une bénédiction. Toutefois, il existe également des maladies qui traversent les âges et dont seuls les symptômes varient.

La liturgie, œuvre de Dieu

Ce n’est pas à la légère et sans un serrement de cœur que j’en viens à mon sujet. J’aimerais vous entretenir du formidable bouleversement survenu dans l’histoire de l’Église après le second concile du Vatican. Il s’agit de quelque chose d’absolument nouveau, que personne n’aurait naguère cru possible. Lorsqu’il entend le mot « nouveauté », à propos de l’Église, un catholique doit se méfier.

La seule véritable nouveauté de l’histoire universelle – l’Incarnation – s’est déjà produite. Pourtant, l’Incarnation ne cesse d’être une nouveauté si radicale que nous ne la comprendrons jamais complètement. Elle annonce la nouvelle création du monde, à la fin des temps. Mais, en attendant, l’Incarnation agit comme un aiguillon d’inquiétude et de colère, planté dans la chair du monde. Rien ne peut être considéré comme une nouveauté en comparaison du Christ, à moins d’être imprégné de Sa Présence. Bien au contraire, tout ce qui prétend modifier, augmenter, diminuer ou surpasser ce qui fut révélé une fois pour toutes ; tout ce qui – si intéressant et brillant qu’il paraisse - tente de renchérir sur la Révélation, doit être accueilli avec méfiance, voire avec crainte.

La sagesse des nations professe que seul ce qui est ancien est bon. Chaque civilisation en fait l’expérience. La culture est toujours liée à la foi dans une tradition. La culture n’est autre chose que l’insertion d’une vie humaine, si brève soit-elle, dans l’immensité du passé et de l’avenir. La culture offre à l’homme la possibilité de s’approprier l’expérience des générations qui le précédèrent et de la transmettre aux générations qui le suivront. L’expérience des générations disparues nous apprend comment planter des arbres, dont les fruits mûriront pour nos descendants. Ce qui est ancien a fourni la preuve de sa capacité à franchir plusieurs générations. Ce qui est ancien n’est pas tombé dans l’oubli, comme l’aurait fait ce qui est éphémère et dépourvu de valeur ; mais au contraire a donné du fruit au long des siècles, voire des millénaires, et comme l’a remarqué Goethe, le grand poète allemand : « Seul est vrai ce qui porte des fruits ». Ce qui est ancien et demeure une réalité vivante constitue une forme de vérité à la fois passée et à venir.

Les chrétiens ont encore une autre raison, de chérir ce qui est ancien et s’inscrit dans une tradition. La foi en la divinité du Christ n’est pas comparable à la croyance aux mythes païens, qui se déployaient dans l’éternel présent d’un monde hors de l’Histoire. Les chrétiens professent que le Créateur du ciel et de la terre s’est incarné à un moment bien précis de l’Histoire (les premières décennies de l’Empire romain), au cœur de la province la plus décriée de cet Empire. Dans un texte parmi les plus sacrés, le Credo, les chrétiens mentionnent, après les noms du Fils de Dieu et de sa sainte mère, celui d’un fonctionnaire romain obscur et médiocre, un certain Ponce Pilate, qui doit à sa lâcheté d’être devenu immortel, lorsque les Pères du concile de Nicée établirent que le Christ était un personnage historique et que cette affirmation ferait partie intégrante de la doctrine chrétienne. Dieu s’est incarné et cela s’est produit dans un pays précis, une langue donnée, des traditions précises. Le Christ est né homme dans une situation politique et culturelle donnée. Jésus était à la fois fils d’Israél  et sujet de Rome. Par la suite, lorsque son Église incorpora des éléments israélite   et des éléments romains, elle prolongea – au sens littéral – l’Incarnation de Dieu. Telle est, jusqu’à la fin des temps, sa mission.

Tous les chrétiens doivent donc regarder vers l’avenir, vers le retour du Seigneur, mais, pour savoir qui Il est, ils doivent regarder vers le passé : non point les ténèbres infinies de la préhistoire, mais les années pendant lesquelles vécurent Auguste et Tibère. En ces temps-là, ceux qui avaient vu de leurs yeux la gloire du Christ et en avaient porté témoignage furent suppliciés en raison de leur foi. Pour eux, toutefois, il s’agissait moins d’une croyance que d’une certitude. Aucun prêtre, aucun laïc, sommé de défendre sa foi, ne peut formuler mieux que saint Paul les raisons qui le portent à croire : « C’est du Seigneur que j’ai appris ce que je vous ai aussi enseigné » (1 Cor 11, 23).

Les chrétiens qui professent leur foi sont les maillons d’une chaîne, qui relie le passé au présent. Le geste de l’imposition des mains, qu’aucune pratique de type spiritualiste ne saurait remplacer, les rapproche des tout premiers Apôtres. Ceux-ci nous ont enseigné que la présence du Christ donne vie à son Église, non par autosuggestion, méditation ou une quelconque transmission interne, mais grâce à la figure du Christ, qui s’est incarné et a imposé les mains ; grâce au Christ, dont les vêtements irradiaient une énergie miraculeuse ; grâce au Christ, dont les pieds furent lavés par une pécheresse, puis transpercés de clous ; grâce au Christ, qui pleura Lazare et fit rôtir un poisson pour ses disciples. Le Christ ordonna aux Apôtres de sans cesse Le rendre à nouveau présent, parce que Sa présence est bien plus importante que Son enseignement, puisqu’elle inclut tout Son enseignement, et davantage encore, qu’on peut appréhender par la contemplation, et non par l’intelligence discursive.

Ses Apôtres reçurent pour mission de Le rendre à nouveau présent, dans le moment le plus intense et le plus dramatique de Son existence terrestre : Son sacrifice sur la Croix. De telle sorte que les premiers chrétiens comprirent fort bien que la célébration instituée par le Seigneur était bien plus que la répétition de la Cène ; ils savaient que cet ultime repas n’était lui-même que le signe de l’œuvre rédemptrice, dont le supplice de la Croix constituait l’accomplissement. Pour cette raison, les premiers chrétiens embellirent leur culte à l’aide des formes les plus nobles et les plus belles, que l’humanité avait élaborées pour prier et offrir des sacrifices, au cours des millénaires précédant la venue du Sauveur. Ces formes n’avaient pas d’auteur désigné ; elles ne furent pas créées par des sages, mais modelées par la sensibilité de tous les hommes qui adorèrent jamais la divinité. Un seul point distinguait ce nouveau sacrifice chrétien, des sacrifices qui existaient auparavant parmi les différentes religions : parce qu’il rendait présent Jésus en tant que victime, il n’était pas seulement l’œuvre d’hommes pieux, mais bien l’œuvre de Dieu Lui-même. Il s’agissait d’une œuvre accomplie par Dieu et pour les hommes; une œuvre que des hommes, même d’une piété exemplaire, n’eussent jamais pu accomplir eux-mêmes, sans le secours de la Grâce. Ce point forme un élément essentiel de l’adoration chrétienne. Si on le néglige, on ne peut vraiment la comprendre : elle n’est pas une œuvre humaine, et par conséquent elle ne doit pas non plus apparaître comme une œuvre humaine. Il faut considérer qu’elle ne prend pas son origine dans la volonté des hommes, mais dans  celle de Dieu.

La Messe comme Révélation

Pour tous les catholiques, ce que je viens d’énoncer devrait aller de soi. Nous constatons néanmoins que, dans de nombreux endroits du monde catholique, y compris dans les pays où l’Église est établie depuis le plus longtemps, ce n’est plus évident. Après cette longue entrée en matière, je reviens aux développements qui suivirent le second concile du Vatican, lorsque se produisirent des choses nouvelles, si nouvelles que les catholiques ne purent que les contempler avec effroi.

J’ai essayé de décrire l’attitude de l’Église vis-à-vis de sa liturgie qui, pendant près de deux mille ans, fut considérée comme la présence corporelle de Jésus, de la tête et du corps visibles de l’Église. Pour un catholique, cette visibilité n’était pas une qualité secondaire, qui eût été subordonnée à un monde supérieur invisible, puisque Dieu Lui-même s’était incarné dans un corps humain et avait emmené Ses blessures dans Sa Gloire. Depuis que Dieu fait homme a vu et entendu avec les yeux et les oreilles d’un être humain, nos sens, par nature si faciles à abuser, sont devenus fondamentalement capables de percevoir la vérité. Grâce à l’Incarnation du Christ, le monde sensible n’est plus le domaine de l’illusion ; la matière peut à nouveau être envisagée comme la pensée de Dieu rendue tangible.

De cette considération découle la gravité absolue avec laquelle l’Église accomplit tous les actes de la liturgie : chaque geste de la main, chaque inclinaison du corps, chaque génuflexion, chaque baiser aux objets sacrés ; les cierges, les vases, les espèces du Pain et du Vin, mais également la langue dans laquelle les pensées divines sont exprimées, tout cela fut considéré comme faisant littéralement partie intégrante de la Révélation. Saint Basile de Césarée, un des Pères d’Orient, déclara expressément que la Messe est un aspect de la Révélation, au même titre que les Saintes Écritures.

Un exemple sera le bienvenu pour illustrer l’attitude de l’Église envers les objets dont elle se servait pour les sacrements, avant le second concile du Vatican. Au Moyen Âge, les Cisterciens gravaient sur leurs calices dorés le nom de Marie car, de la même manière que le corps de Marie avait porté Dieu fait homme, le calice contient le sang de Dieu. Toute l’histoire du salut aboutit ainsi aux objets utilisés pour célébrer l’Eucharistie. Le second concile du Vatican reprit avec clarté et énergie la théologie de la messe la plus traditionnelle. Il reconnut solennellement l’existence d’une langue sacrée, d’une musique sacrée (le chant grégorien, trait d’union entre l’Orient et l’Occident et qui n’appartient exclusivement à aucune de ces deux aires culturelles) ; il ne préconisa qu’une révision prudente des livres liturgiques, comme il convient de le faire tous les quelques siècles, pour éviter que des erreurs ne s’y glissent.

Représentons-nous à nouveau tout ce que la liturgie catholique avait à ce moment-là accompli. Venue d’Asie mineure, elle avait conquis Rome et la Grèce ; triomphé du monde païen, mais survécu à son effondrement ; subjugué les peuples païens du Nord et de l’Est. Elle fut l’outil d’une réussite missionnaire qui n’a pas d’autre exemple dans l’histoire du monde. À combien de ruptures, de bouleversements, n’a-t-elle pas survécu ? Elle a franchi les frontières de l’Europe, elle est arrivée en Asie, en Afrique, en Amérique. Elle fut partout, au commencement, un corps étranger. Elle fut portée aux Germains, aux Irlandais, aussi bien qu’aux Indiens, aux Cinghalais et aux Chinois. Les Germains ne comprenaient pas le latin et ne savaient pas davantage lire, lorsque saint Boniface, un grand évangélisateur, leur fit connaître la Messe. Cela se passa longtemps ainsi, en particulier durant les périodes les plus brillantes que connut l’Église, quand les fidèles percevaient intuitivement que, dans la célébration de la Messe, l’essentiel n’était pas de comprendre chaque mot, mais bien d’éprouver la présence du Sauveur. Celui qui comprenait chaque mot, mais qui ne ressentait pas cette présence, n’avait – strictement parlant – rien compris à la Messe.

Les révolutions bouleversèrent le monde, les dictatures apparurent et disparurent, mais la Messe demeura toujours identique à elle-même. Aux yeux du monde entier, elle symbolisait l’immuabilité de l’Église à travers les âges. Même ses adversaires reconnaissaient que son caractère intempestif, intemporel, faisait sa force ; non pas au sens où elle eût été démodée, mais dans la mesure où la liturgie ne pouvait être complètement rapportée à une époque ou à une culture particulière. À toutes les périodes, elle eut toujours un pied hors du temps. On ne la célébrait pas dans le moment présent, mais per omnia saecula saeculorum, pour toutes les époques, depuis la Création du monde jusqu’à sa consommation, et ensuite dans l’éternité, laquelle a déjà commencé et forme comme l’arrière-plan doré du tableau devant lequel se déploie le temps de l’Histoire. C’est ainsi que la liturgie – que l’Apocalypse appelle les Noces de l’Agneau » – a été célébrée et devra toujours être  célébrée.

(1) Häresie der Formlosigkeit, Liturgiereform (2002, Karolinger-Verlag).
(2) http://www.ceremoniaire.net/depuis1969/docs/mosebach_katholikentag.html

[Abbé de Tanoüarn, ibp] Métablog fait un Mégabuzz sur la Porte Latine

SOURCE - abbé Guillaume de Tanoüarn - 29 septembre 2011

J'aurais fait un mégabug dit l'abbé Patrick de La Rocque de la FSSPX. "Énorme bourde"? "L'affaire est en tout cas lourde de sens" explique-t-il d'emblée, sans présenter la moindre preuve à l'appui... J'avoue que je n'ai spontanément aucun goût pour le pilpoul théologique. Mais on me signale ce texte de l'abbé de La Rocque, en réponse à la réfutation du texte de l'abbé de Cacqueray paru il y a trois semaines sur ce blog (12 septembre). Ne disposant pas moi même d'un si long temps pour y répondre, je m'exécute immédiatement, n'ayant qu'un regret, c'est que ces pinaillages théologiques fassent passer au second plan notre projet de commémoration de la naissance de Jeanne d'Arc. Je cède aux arguties et délaisse un moment cette évidence chrétienne, qui animait la sainte et qui doit nous animer, nous, si nous voulons réussir notre vie, c'est-à-dire être des saints. Je vous renvoie donc en priorité au texte qui précède et dont vous retrouverez des résonances sur ce Blog tout au long de l'année.

Dans le texte publié le 12 septembre et intitulé Assise III : ceux qui crient avant d'avoir mal, je donnais entre autres une liste de cinq précautions prises par Benoît XVI pour que Assise III ne ressemble pas à Assise I. Vos lecteurs n'en sauront rien... Au lieu de me suivre dans l'interprétation claire et non forcée que je donne des paroles de Benoît XVI, vous voulez tirer de mes propos une doctrine de l'abbé de Tanoüarn sur les religions non chrétiennes. Le deal est ambitieux. A mon avis excessif. Mais enfin soit... Vous picorez à droite et à gauche pour reconstituer cette doctrine en... trois points (Aïe !).

Premier point : vous m'accusez de subjectivisme parce que j'aurais prétendu que le sentiment religieux de l'homme suffit à établir la présence d'une vertu de religion. Mais je n'ai jamais dit cela.

Vous donnez pour preuve de votre position une référence précise à saint Thomas : Somme théologique IIaIIae Q. 81 a3. Référence sans citation. La citation que vous ne donnez pas à l'appui de vos accusations, la voilà. Le corpus de l'article est tellement court que je peux le donner ici : "L'objet de la religion, c'est de rendre honneur au Dieu unique, sous cette raison unique qu'il est le principe premier de la création et du gouvernement du monde". Il me semble que loin de dénoncer avec vous mon prétendu "sophisme" subjectiviste, saint Thomas, invoqué par vous pourtant, va bien dans mon sens. Pour lui, la vertu de religion est une vertu naturelle, qui provient de la vénération que l'on a pour le Dieu créateur et providence, c'est-à-dire pour le Dieu accessible à la raison humaine, adoré par tous les hommes, ainsi que le répète Vatican I, et non pas d'abord pour le Dieu qui, historiquement s'est révélé en Jésus Christ comme le sauveur des hommes.

Vous m'accusez de "subjectivisme". Il n'y en a que dans votre tête. la vertu naturelle de religion, chez saint Thomas, est une relation entre l'homme et Dieu. Ce Dieu est le vrai Dieu, du moment qu'on le reconnaît, selon les pouvoirs de la raison humaine, comme créateur et providence. Tertullien explique par exemple : "Que vous le vouliez ou non, notre Dieu est le Dieu de tous les hommes. L'univers lui appartient" (Apologétique 24).

Deuxième point : vous m'accusez de "séparer l'ordre de la nature et l'ordre de la grâce ce qui est inacceptable" et vous avancez : "in concreto, chaque homme est placé dans un contexte surnaturel". Vous allez vite en besogne ! Jusqu'à l'hérésie ? C'est à voir.

Il est vrai qu'existentiellement chaque homme se trouve lancé sur le chemin de son salut. Mais cela ne signifie pas que sa nature ait disparu et ne doive plus être prise en considération. Seuls les gnostiques, pour lesquels la nature est mauvaise puisque matérielle) et les baïanistes (pour lesquels la nature est toujours pécheresse) ont pu soutenir cela. Comme le dit Cajétan, formulant admirablement l'orthodoxie catholique, actuellement, il y a une vérité de l'essence et une vérité de l'existence.
Vérité de l'existence ? Cette grâce suffisante donnée à chaque homme pour qu'il puisse se sauver, le plus souvent d'une manière que Dieu seul connaît. Cette grâce correspond à la vocation de chacun.
Vérité de l'essence ? Ce sont tous ces actes foncièrement naturels, ces actes de "la chair" (comprenez ces actes humains, trop humains) qui s'opposent à l'esprit (divin), ou qui, sans s'opposer à l'esprit de manière explicite, ne peuvent permettre de s'élever jusqu'à lui.
Dans cette dernière catégorie, je pose non pas tous les actes de la religion naturelle (car il existe un vice de religion et beaucoup de ces actes en dépendent : sacrifices humains etc.), mais au moins ceux que les hommes posent avec un coeur droit. Ce faisant, ils ne peuvent pas prétendre mériter leur salut, parce que les hommages qu'ils adressent à Dieu n'ont pas une valeur infinie. Ce sont des hommages purement humains. Ces actes naturels de religion ne sont donc pas méritoires pour le salut, mais, cela n'empêche, ils ne sont pas essentiellement mauvais, ils sont naturellement bons, et ils peuvent même avoir, vis-à-vis de la Miséricorde de Dieu, une valeur dispositive, qu'un Bon Pasteur pourra d'ailleurs discerner au cas par cas.

Sur ce point des rapports nature/grâce, vous avez des circonstances atténuantes, car les théologiens se sont souvent embourbés dans ces questions. Mais je suis surpris de constater que vous retrouvez les angles morts de la pensée du Père de Lubac et jusqu'au ton avec lequel il stigmatise sans cesse la "séparation" inacceptable des deux ordres. Quel paradoxe sous votre plume traditionaliste de retrouver ce ton ! Ce sont les avatars du baïanisme et de toutes les "antiphysies" que de nous balader d'un extrême à l'autre sans ancrage, de la négation de la nature [pseudosupernaturalismus disait le Père Garrigou] à la négation de la grâce et de la surnature [vrai naturalisme dirais-je].
Dans son livre testament, Mémoire et identité, Jean Paul II nous recommande, lui, de ne pas oublier la "nature", à laquelle on a fait si mauvaise presse depuis le Concile. En tant que thomiste, vous finirez par y venir, j'en suis sûr ! Et alors plongez-vous dans Cajétan. Je sais : ni Maurice Blondel, ni Lubac ne l'ont en haute estime. Mais il vous donne les instruments fins d'une ontologie respectueuse de la dualité fondamentale de tout sujet humain, à la fois essence et existence, nature et surnature, et se concevant comme une personne dans cette dualité non surmontable, qui fait notre statut de créature.

Et il y a un troisième point... Ce troisième point de votre critique vous inquiète, dites-vous... en m'assénant un passage de Mortalium animos, l'encyclique bien connu de Pie XI, passage auquel j'adhère sans aucun problème. Votre inquiétude repose en réalité sur la confusion que vous faites constamment dans votre papier entre les religions et les personnes, entre l'islam et les musulmans par exemple.

Benoît XVI répète à satiété que toutes les religions ne se valent pas. On a mis au pilon récemment 100 000 exemplaires de Youcat, parce qu'une "coquille" s'y était glissée, affirmant l'équivalence des religions. Le pape ne herche pas à rencontrer des religions (il ne vous a pas échappé que Benoît XVI avait même tenté de supprimé le secrétariat pour le dialogue interreligieux). Ceux qu'ils invitent sont des personnes, qui, d'ailleurs, en vertu de vos propres principes, se trouvent ordonnés à l'Eglise catholique, puisqu'ils sont comme nous tous, volens nolens, sur le chemin du salut ou de la damnation.

Dans votre premier point, vous faisiez déjà cette confusion "lourde de sens" dirais-je pour reprendre votre langage, entre les religions et les religieux. je vous cite : "Comment l'abbé de T. peut-il laisser entendre que les religions convoquées par Benoît XVI répondent à la définition de la religion naturelle?" Ce n'est pas ce que j'ai expliqué. J'ai simplement dit que Benoît XVI, au nom d'un pouvoir spirituel mondial, qui a quelque chose de maurrassien ou de comtien, entendait rappeler aux religieux, présents pour Assise III, le caractère normatif de la vertu naturelle de religion, au moins sous l'angle de la paix qu'elle doit promouvoir entre les hommes. Il ne s'agit pas, ni pour le pape ni pour moi, de dire que les religions "vérifient la définition de la religion naturelle". Bien sûr que non ! Le bouddhisme par exemple n'a pas une conception claire de Dieu... il n'est pas question de dire qu'il "vérifie la définition de la religion naturelle". Et on pourrait multiplier les exemples.

Patrick, vraiment là, où vous ne comprenez rien, ou vous voulez vraiment me faire passer pour un âne. Je dis simplement que le pape, en tant que souverain spirituel de l'humanité de facto a un rôle à jouer dans la pacification religieuse du monde, un rôle auprès des personnes, faisant appel à la vertu naturelle de religion qui est dans leur coeur, pour que cessent les guerres religieuses, guerre de l'islamisme contre le monde libre, guerre des Hindouistes contre les autres religions dans leur propre pays etc.

Il me semble avoir répondu clairement à votre mise en cause. Je vous reproche une fausse accusation de subjectivisme et une fausse référence à Thomas pour l'appuyer ; une théologie approximative de la nature et de la grâce, avec risque de pseudosupernaturalismus ; et enfin une confusion très dommageable entre les religions et les religieux, l'islam et les musulmans par exemple. Je suis tout à fait près à un débat public avec vous, au Centre Saint Paul ou ailleurs, à Nantes pourquoi pas, j'y ai d'excellents amis que je salue : à votre convenance nous pourrions nous retrouver sur ces sujets difficiles. Il me semble que la vérité n'avance pas masquée, qu'elle n'a pas besoin de se cacher dans des cénacles et qu'en un mot, comme dirait Pascal, "jamais les saints ne se sont tus". Quod in aure auditis, praedicate super tecta ! Dans cette discussion, nous pourrions contribuer à une critique constructive du Concile, ainsi que certainement le préambule doctrinal vous en donne le droit et nous préparerions l'avenir de cette Église que nous aimons, l'avenir qui n'est certainement pas Vatican II.

Vous parlez - c'est un peu mélo - de "ces confrères que nous avons aimés", comme si ce sentiment d'estime devait se conjuguer au passé. Quant à moi Patrick, je vous le dis, avec le seul bénéfice de l'âge : je vous ai eu comme élève en philosophie à l’École saint-Michel. Vous aviez déjà ce brio et cette audace qui sont les vôtres aujourd'hui. Vous êtes un bon combattant ! Acceptez de rentrer vraiment dans le débat théologique et vous verrez que Vatican II, texte flou, long, ambigu, est derrière nous et que, selon l'appel de Benoît XVI au n°19 de Spe salvi, l'essentiel aujourd'hui est de revenir au ressort profond de la foi, qui doit sauver non pas une chapelle crispée sur des thématiques mal verrouillées, mais tous les hommes de bonne volonté. C'est à cette tâche et à rien moins que nous conduit notre sacerdoce. Je vous le dis avec toute mon amitié.

[Abbé P. de La Rocque - La Porte Latine] Mégabug sur Métablog?

SOURCE - Abbé Patrick de La Rocque, fsspx - 29 septembre 2011

Est-ce une énorme bourde qu’aurait faite M. l’abbé de Tanoüarn sur son «Metablog»?

L’affaire est en tout cas lourde de sens. Tandis que M. l’abbé de Cacqueray publiait le 12 septembre dernier un communiqué aussi vigoureux que théologique dénonçant la prochaine réunion d’Assise, son ancien confrère, désormais membre fondateur de l’Institut du Bon Pasteur, a cru devoir voler au secours d'Assise cru 2011, pour l'heure incritiquable à son sens.

L’argumentaire utilisé est des plus classiques. Sous prétexte que la vertu de religion – comme toute vertu morale – a une double dimension naturelle et surnaturelle, l’abbé de Tanoüarn croit pouvoir poser une distinction entre les religions qui toutes seraient naturellement bonnes car conformes à la nature du cœur de l’homme, et la religion catholique qui seule est salutaire, car seule surnaturelle. A l’appui de cette distinction est avancée, sans plus de précision, la très haute autorité de saint Thomas d’Aquin, en sa question 81 de la Ia IIæ. Dès lors une réunion interreligieuse serait mauvaise si elle entraîne la confusion de ces deux ordres (= Assise 1986), bonne si elle respecte la distinction (= Assise 2011), voire nécessaire aux dires de notre bloggeur : 
« Lorsque le Pape demande aux religions de se concevoir elles-mêmes comme un service de paix et non comme une caution de violence il accomplit un geste important et légitime. Il demande aux religions de se conformer à la vertu naturelle de religion, sans tomber dans les excès qu'engendre trop souvent l'instinct religieux dans l'homme. »
Un tel raisonnement, maintes fois entendu dans la bouche des promoteurs du dialogue interreligieux version Vatican II, se doit d’être vigoureusement rejeté, et ce pour trois raisons :
1) Il contient tout d’abord un sophisme des plus grossiers. On ne peut en effet affirmer qu’une religion est bonne, ne serait-ce que naturellement, du seul fait qu’elle exprimerait le sentiment religieux naturel à l’homme : ce serait du pur subjectivisme. Encore faut-il que cette religion s’adresse à l’unique vrai Dieu, ainsi que l’indique saint Thomas en sa question 81 (art. 3). Comment dès lors M. l’abbé de Tanouärn peut-il laisser entendre que les religions convoquées par Benoît XVI répondent à la définition de la religion naturelle, lorsqu’on sait que nombre d’entre elles sont polythéistes, ou bien refusent l’existence de tout Dieu personnel ? Peut-on même dire que la religion musulmane s’adresse effectivement à l’unique vrai Dieu ? Loin d’exercer la vertu naturelle de religion, ces fausses religions la corrompent.
2) De plus, l'argument ne fait pas seulement distinguer l'ordre naturel de l'ordre surnaturel – ce qui est classique – mais il sépare ces deux ordres, ce qui est inacceptable. Il est en effet impossible de poser un acte de vertu de religion qui soit purement naturel, car chaque homme in concreto est placé dans un contexte surnaturel : c'est un fait que l'homme – tout homme –, pécheur en Adam, n'a plus accès à Dieu par lui-même, mais seulement par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est fait notre réconciliation auprès de Dieu (Rm 5, 10-11, 2 Co 5, 18-20 ; Ep 2, 16, Col 1, 20-22 etc.). Dès lors, l'acte de religion purement naturel devient impossible in concreto.
3) Enfin, et là n’est pas le moindre motif, c’est précisément la fausseté de cet argument qui poussa Pie XI, en son encyclique Mortalium animos, à condamner ces réunions interreligieuses :
« De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu'elles s'appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s'égarent en pleine erreur… »
Que M. l’abbé de Tanouärn fasse siens ces arguments ressassés – et condamnés – ne peut qu’inquiéter. Nous avions déjà vu, voici peu, le supérieur de l’Institut du Bon Pasteur estimer convenable l’assistance de ses prêtres aux nouvelles messes célébrées par l’évêque(1). Voici maintenant ce même Institut assumer les arguments condamnés de la nouvelle théologie.
Quousque Domine ? Seigneur, ayez pitié de ces confrères que nous avons aimés.
Abbé Patrick de La Rocque
Extrait de L'Hermine spécial Assise d'octobre 2011

(1) M. l’abbé Laguérie, interview du 30/07/2011 sur le site Disputationes theologicæ (tenu par des prêtres de l’IBP) : « Il est pour eux [les prêtres de l’IBP] notamment convenable, selon les exigences démontrées du bien commun, d'accepter les invitations des évêques à être présent aux moments significatifs de la vie du diocèse, par exemple les messes d’ordinations et chrismales qui réunissent autour de son évêque le presbyterium de l’église locale […] » (IBP, disputationes theologicæ du 30 juillet 2011)

[DICI] Stuttgart : Entretien avec M. l’abbé Niklaus Pfluger

SOURCE - DICI - 29 septembre 2011

M. l’abbé Niklaus Pfluger, premier Assistant général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a répondu le 29 septembre 2011 à quelques questions concernant la réunion du 14 septembre à Rome et les documents remis au Supérieur général de la Fraternité.

On sait qu’il a été remis un Préambule doctrinal d’un grand intérêt. Bien que vous soyez tenu à la confidentialité sur le contenu de ce document, pouvez-vous nous dire comment vous voyez ce texte ?
Le texte proposé admet de notre côté des corrections. Et cela est nécessaire, ne serait-ce que pour clairement et définitivement éliminer la moindre ombre d’ambiguïté ou de malentendu. A présent il nous revient d’apporter à Rome une réponse qui reflète notre position et manifeste sans ambiguïté les préoccupations de la Tradition. Du fait de notre mission de fidélité à la Tradition catholique, nous nous devons de ne pas faire de compromis. Les fidèles, et encore plus les prêtres, savent très bien que les offres romaines faites par le passé aux différentes communautés conservatrices étaient inacceptables. Si maintenant Rome fait une offre à la Fraternité, il faut que ce soit clairement et sans équivoque pour le bien de l’Eglise, et que cela accélère le retour à la Tradition. Nous faisons nôtre la pensée et la manière d’agir de toute l’Eglise catholique. Elle a une mission universelle et ce fut toujours l’ardent désir de notre fondateur que la Tradition refleurisse partout dans le monde. Une reconnaissance canonique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pourrait justement favoriser cela.

Certaines critiques disent que Rome voudrait avec ce préambule tendre un piège à la Fraternité. Une Fraternité légitimement intégrée pourrait certes apporter à l’église moderne son « charisme de Tradition », mais elle devrait aussi accepter d’autres chemins et la pensée conciliaire dans le sens du pluralisme.

Cette critique est entièrement justifiée et à prendre au sérieux. Nous ne pouvons pas exclure l’impression qu’il s’établirait une acceptation silencieuse, menant en effet à cette diversité qui relativise la seule vérité : c’est cela justement la base du modernisme.
Assise III et plus encore cette malheureuse béatification de Jean Paul II, et bien d’autres exemples, montrent clairement que les autorités de l’Eglise ne sont toujours pas prêtes à abandonner les faux principes de Vatican II et leurs conséquences. De sorte que toute offre faite à la Tradition doit nous garantir la liberté à la fois de continuer notre œuvre et notre critique envers « la Rome moderniste ». Et cela semble, pour parler franchement, très, très difficile. Encore une fois, tout compromis faux ou dangereux doit être exclu.
Il est vain de comparer la situation actuelle avec les entretiens de 1988. A cette époque Rome voulait empêcher toute autonomie de la Fraternité Saint-Pie X ; l’évêque qu’on voulait peut-être ou peut-être pas accorder aurait dû en tout cas être dépendant de Rome. Cela apparut à Monseigneur Lefebvre simplement trop incertain. Si Mgr Marcel Lefebvre avait cédé, Rome aurait vraiment pu espérer qu’une Fraternité sans ses « propres » évêques s’orienterait à un moment ou à un autre vers la ligne conciliaire. Aujourd’hui la situation est toute autre. Il y a quatre évêques et 550 prêtres répandus dans le monde, tandis que les structures de l’Eglise officielle s’écroulent de plus en plus et toujours plus vite. Rome ne peut plus traiter la Fraternité comme elle le fit voici plus de 20 ans.
Voyez-vous une chance d’une réponse positive ? Est-ce que la Fraternité Saint-Pie X souscrira au Préambule ?
La diplomatie joue ici un grand rôle. Extérieurement, Rome veut garder la face. Le pape a déjà essuyé beaucoup trop de reproches pour avoir enlevé « l’excommunication » de nos évêques sans préalables. Si cela n’avait tenu qu’à la majorité des évêques allemands, la Fraternité aurait dû avant tout signer une reconnaissance en blanc du concile. Du reste, ils l’exigent toujours. Le Pape Benoît XVI n’a pas fait cela. De même pour la libération de la messe tridentine, qui était l’autre condition que la Fraternité avait présentée. Ainsi Rome a accédé par deux fois aux désirs de la Fraternité. Il est évident que, maintenant, on demande un texte qui puisse être présenté au public. La question se pose de savoir si l’on peut signer ce texte. Dans une semaine, les supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X se rencontreront à Rome pour discuter de ce sujet. Bien sûr, il doit être clair aussi pour le cardinal Levada et la Congrégation de la Doctrine de la foi, qu’ils ne peuvent pas exiger un texte que, de son côté, la Fraternité ne pourrait pas justifier devant ses membres et ses fidèles.
A qui les entretiens donnent-ils le plus grand avantage : à Rome ou à la Fraternité Saint-Pie X ?
C’est un point très important, aussi j’insiste : pour nous il ne s’agit pas d’acquérir un avantage. Nous voulons de nouveau rendre accessible pour toute l’Eglise le trésor que Mgr Lefebvre nous a transmis. Sur ce point, un statut canonique serait un bénéfice pour toute l’Eglise. Par exemple, on peut imaginer qu’un évêque conservateur puisse demander à un prêtre de la Fraternité de venir enseigner dans son séminaire diocésain. De plus, une régulation de notre situation pourrait aussi signifier que des catholiques, qui se laissaient autrefois dissuader par des étiquettes infamantes, osent peut-être alors nous rejoindre. Mais il ne s’agit pas de cela. Depuis 41 ans la Fraternité s’est développée régulièrement, et ceci malgré l’argument massue de « l’excommunication ». Nous nous soucions bien davantage de l’Eglise catholique. Avec Mgr Lefebvre, nous voulons dire aussi ces mots de saint Paul : « Tradidi quod et accepi » –  nous transmettons ce que nous avons nous-mêmes reçu.
Traduction DICI. Entretien complet ici.

28 septembre 2011

[Céline Hoyeau - La Croix] A Poitiers, Mgr Pascal Wintzer demande plus de sérénité

SOURCE - Céline Hoyeau - La  Croix - 28 septembre 2011

Dans un communiqué publié mardi sur le site du diocèse de Poitiers, Mgr Pascal Wintzer, administrateur apostolique, appelle à la sérénité les catholiques inquiets des rumeurs entourant la nomination de leur futur archevêque.

Qui succédera à Mgr Albert Rouet à la tête du diocèse de Poitiers ? Il faut croire que la question agite suffisamment certains forums sur Internet pour que Mgr Pascal Wintzer, administrateur apostolique, ait estimé nécessaire de publier une mise au point, mardi, sur le site du diocèse. « C'est un appel à la sérénité, explique-t-on à l'évêché. Il s'agit simplement de rassurer les diocésains qui pourraient être troublés par des rumeurs sans fondement. »

Le diocèse attend la nomination de son archevêque depuis le 13 février. Et, depuis lors, au regard des impulsions novatrices données par Mgr Rouet à ce « diocèse laboratoire », de nombreux noms circulent sur les blogs et dans la presse. « Si l'on récapitule l'ensemble des propos tenus, une bonne moitié des évêques de France ont déjà été nommés à Poitiers ! » écrit Mgr Wintzer, affirmant que « de tels propos n'engagent que ceux qui les tiennent » .

L'évêque auxiliaire rappelle, sur la forme, que cette situation « n'est pas exceptionnelle ». Certains diocèses ont pu attendre plus d'un an leur nouvel évêque. Sur le fond, l'attente « n'est pas l'absence de vitalité », souligne-t-il, en évoquant les derniers événements de la vie diocésaine.

Sur ce point, Mgr Wintzer reconfirme fermement la ligne pastorale du diocèse, « façonnée par les deux synodes que nous avons célébrés, en 1993 et 2003 ». Synodes qui s'inscrivent dans le droit fil de Vatican II, appuie-t-il. Ces précisions interviennent en effet dans un contexte brouillé par le battage médiatique qui a entouré l'arrivée dans le diocèse, en juillet, de l'abbé Philippe Laguérie. Ce dernier y a installé la maison mère de l'institut traditionaliste du Bon-Pasteur ( La Croix du 14 septembre) . Le prêtre, qui ne s'est vu confier pour l'heure aucune mission dans le diocèse, a célébré dimanche sa première messe en présence des télévisions et des radios locales. De quoi en faire la messe la plus médiatique de l'année à Poitiers… De quoi aussi troubler certains catholiques, inquiets d'un changement de cap dans la ligne pastorale du diocèse. Sur ce point, Mgr Wintzer rappelle que les « propos ou attitudes qui (lui) sont attribués quant à l'arrivée de l'Institut du Bon-Pasteur » sont de la seule responsabilité de leurs auteurs.

Le communiqué répond enfin aux critiques parues dans la presse locale, selon lesquelles la situation économique de Poitiers serait à ce point catastrophique qu'aucun évêque français ne voudrait venir. Ces tensions économiques sont « bien réelles », reconnaît Mgr Wintzer. Le diocèse affichant un déficit de 5 %. Mais elles concernent « l'ensemble de la population ». Le diocèse subit simplement, au même titre, le coup d'« une crise économique qui s'installe ». 

HOYEAU Céline

27 septembre 2011

[Jérôme Poinsu - L'Aisne Nouvelle] « Un malade, on lui demande de se soigner »

SOURCE - Jérôme Poinsu - L'Aisne Nouvelle - 27 septembre 2011

SAINT-QUENTIN - Alors que le pape se rapproche des traditionalistes, un de ses représentants, l’abbé Boivin, exprime ses positions tranchées. En particulier sur l’homosexualité…

Parmi les catholiques, vous êtes un représentant de la branche traditionaliste. Expliquez-nous en quoi cela consiste.
Nous sommes pour une doctrine classique, traditionnelle du catéchisme. Nous n'avons pas renoncé à la messe en latin.
Le latin. C'est vraiment une manière efficace pour attirer les fidèles?
C'est la nouvelle messe qui a vidé les églises. Nous, nous n'avons rien inventé, nous continuons à prodiguer la messe officielle. Il faut se poser la question. Pourquoi les messes en français ne remplissent pas les églises et celles en latin ne la vident pas?
Le pape Benoît XVI a annoncé un rapprochement. Qu'est-ce que cela signifie?
Que Rome reconnaisse que les messes en latin n'ont jamais été interdites et qu'elles sont même autorisées. C'est bien.
Vous pensez que ce rapprochement va vous être favorable, à vous, les traditionalistes?
C'est évident. Cette évolution, le fait que l'on voit davantage de monde, on le voit déjà depuis quelque temps. Après, je ne lis pas dans une boule de cristal, je ne sais pas ce que vont annoncer les autorités de l'Eglise.
Vous reconnaissez l'autorité du pape?
J'y ai encore fait allusion ce matin.
L'Eglise catholique n'est pas très à l'aise avec l'homosexualité. Et vous?
Il ne s'agit pas de condamner les personnes, mais plutôt la chose. C'est une des doctrines les plus classiques de l'Eglise.
Il y a peut-être des homosexuels qui assistent à vos offices...
Nous ne sommes pas dans la condamnation des personnes ; il faut les aider. Il faut exhorter la pratique de ce genre de choses, mais ne pas les (les homosexuels, nldr) rejeter. Quand une personne est malade, on va lui demander de se soigner.
Et votre position sur la contraception?
La contraception, là encore, c'est une doctrine des plus classiques de l'Eglise, de l'Eglise de Rome, celle établie par le Saint-Siège. Pour la contraception, il y a tout simplement la méthode naturelle. Il y a une fausse liberté religieuse, une liberté qui n'est pas celle de la pratique religieuse.
Ces dernières années, l'Eglise a défrayé la chronique avec le scandale des prêtres pédophiles. Chez les traditionalistes, ça existe aussi?
A ma connaissance, non. Il faut faire attention à cela, on ne magnifie pas assez l'action des prêtres fidèles. On ne parle pas assez de tout ce que fait l'Eglise, de toutes les actions auxquelles elle participe.
Concrètement, si vous étiez confronté à un de vos confrères pédophiles, vous feriez quoi?
Dans ces cas-là, il y a des enquêtes, et il y a des sanctions qui sont à appliquer. Mais il ne faut pas parler que des choses mauvaises, même si nous savons bien que nous avons mauvaise presse. Quand il y a des synagogues profanées, on parle d'antisémitisme, quand il y a des mosquées profanées, on parle d'actes anti-musulmans, mais quand cela concerne des églises, on évoque l'acte d'un déséquilibré, c'est la réalité, il ne faut pas se le cacher.
Jérôme POINSU

[Fraternité Saint-Vincent-Ferrier] Le Chapitre Général... a élu comme Supérieur général, pour six ans, le Père Dominique-Marie de Saint Laumer

SOURCE - Fraternité Saint-Vincent-Ferrier - 27 septembre 2011

Fraternité Saint-Vincent Ferrier
Le 27 septembre 2011

Communiqué

Le Chapitre Général de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier a élu comme Supérieur général, pour six ans, le Père Dominique-Marie de Saint Laumer, le mardi 13 septembre 2011. L’élection a été confirmée par le Cardinal William Joseph Levada, Président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, le vendredi 23 septembre.

Le Père Dominique-Marie de Saint Laumer, né en 1957, est diplômé de l’École Polytechnique et maître en philosophie. Entré dans la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier dès sa fondation en 1979, il a reçu l’ordination presbytérale en 1988. Il était jusqu’ici sous-prieur.

fr. Raymond-Marie Puibaraud

fr. Henri-Marie Favelin

Actuaires du Chapitre

26 septembre 2011

[Abbé Philippe Laguérie] Jésus, dans toute sa splendeur !

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie - 26 septembre 2011
Inauguration, ce matin, (25 septembre) de notre modeste chapelle de la Rivardière, la chapelle Sainte-Marie, de la Maison Centrale du Bon-Pasteur. Une centaine de personnes (eh oui), ferventes, sympathiques, enthousiastes. Ah, quand la Foi est vivante, simple et communicative… Nous vous attendons tous les dimanches à 10h30, avec catéchismes pour les enfants comme pour les adultes, chorale, adoration du Saint-Sacrement (La première, programmée par mon secrétaire, le fervent abbé Billot, est pour notre futur Archevêque). Poitiers, c’est parti et bien parti…

Malgré la joie profonde de cette inauguration, qui dépasse en nombre et en qualité toutes nos espérances, ce n’est pas cette émotion que je viens partager avec vous. Mais bien celle de cette page d’Evangile, unique et plus émouvante qu’aucune autre… La résurrection du fils de la veuve.

Jésus ressuscite un mort. Soit. Il le fait trois fois dans l’Evangile, avec une autorité souveraine, sans compter les autres, sans doute bien plus nombreuses aux dires de Saint-Jean, qui ne sont pas rapportées....

Mais il y a quelque chose d’absolument unique dans cette scène. Jésus ne demande rien à celui pour lequel Il fait miséricorde et cela ne Lui ressemble pas du tout. A chaque fois (C’est la moindre des choses, non ?) Il demande et exige même un petit rien, une demande, une soif, une quête, une attente. C’est la nature même du Royaume des Cieux qui l’exige. Dieu donne tout en son Christ. Il exige simplement que nous mesurions cette chance, celle de demander (C’est tout !) pour être comblé. Le minimum vital, en quelque sorte…

Le plus cocasse, dans le genre, est quand même l’aveugle de Jéricho. Il hurle sur le bord du chemin : « Jésus, Fils de David, ayez pitié de moi ». Que veut-il ? Voir, évidemment ! Jésus, pour lui est le Messie, aucun doute. Fils de David est, en Israël, un synonyme de Messie. Sa Foi est donc déjà bien grande…Mais Jésus de lui demander : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ».

Là, j’avoue, qu’un autre m’aurait fait le coup, j’aurais pensé qu’il se moquait ouvertement de moi. Demander à un aveugle ce qu’il veut… Voir, bien sûr ! A un sourd : entendre, évidemment…A un paralytique : marcher, tiens ! Jésus exige toujours ce geste. Nous sommes tous des mendiants, il suffit de le reconnaître. La Sainte vierge le sait depuis le début : « Les affamés, il les comble de biens. Les repus, Il les renvoie les mains vides ». Le Royaume des Cieux est celui d’un roi très riche qui a décidé de combler les pauvres que nous sommes. Une seule condition : reconnaître cette indigence.

Alors cette veuve, qui ne demande rien, qui pleure toutes les larmes de son corps sur un mari aimé et qui n’est plus et sur cette Providence bizarre qui lui a enlevé jusqu’à cette trace de leur amour, le fruit chéri d’une passion sans plus d’objet et d’entrailles inutiles.

Elle devrait hurler ! Sa révolte, au moins. Sa Foi, peut-être ? Mais quelle Foi faut-il avoir pour réclamer une résurrection à un Rabbi qu’on croise sur le chemin ? Autant rêver que son fils n’est pas mort, et son mari tant qu’on y est, et qu’ils vont l’un et l’autre, revenir ce soir au foyer dont la flamme s’est éteinte…

Pourquoi Jésus ne demande rien ? Au contraire, il gère seul, avec une autorité stupéfiante et disproportionnée, le cas de cette petite veuve anonyme, qui ne demande rien, ne sait rien, ne veut rien savoir que son chagrin. Et qu’on ne lui parle pas de Dieu : ce n’est pas le moment ! Les pleureuses professionnelles (Et appointées) et les joueurs de flûte (Idem) sont là pour vous ôter toute réflexion métaphysique et toute idée de blasphème : c’est déjà ça.

Mais Jésus est ailleurs. Il pense à autre chose, à quelqu’un d’autre, à un tout autre scénario.

Fils unique ? Mais n’en est-il pas un, Lui, Jésus de Nazareth ? Et sa mère n’est-elle pas une veuve ? C’est tout comme ; elle n’a pas perdu son mari : elle n’en a jamais eu ! Et s’il arrivait qu’elle perde ce fils unique, ce trésor, que Dieu, sans concours d’un mari, lui a confié ? Quelle raison aurait-elle de supporter encore la vie ? « Mieux vaut la mort qu’une vie amère » dit l’Ecriture. Jésus se sent responsable. Ce jeune-homme est mort parce qu’il devait mourir… Il n’a rien demandé et n’a pas voulu faire souffrir sa mère. Jésus n’est-Il pas bien plus cruel, Qui va livrer sa vie et mettre la « veuve » qui lui a donné le jour au paroxysme de la douleur ? Ma vie, personne ne me la prend, c’est moi qui la donne. Au moins s’est-il juré de ne pas différer trop longtemps le terme du supplice qu’il infligera à sa mère. Ces trois jours, Il les ramènera à un et demi, le strict minimum, qu’on n’aille pas dire qu’Il n’est pas vraiment mort.

Jésus ne supporte pas la souffrance, eh oui ! La douleur de cette pauvre femme Lui fait monter au cœur l’injustice qu’Il va infliger, bien malgré-Lui, à cette autre femme, sa mère, le seul lien qui le rattache à la terre et qui fait de Lui le Sauveur des hommes…

Dès lors, Jésus pense à sa résurrection, à sa mère, à l’innocence qui souffre, à l’injustice de cette souffrance. Aucun miracle de Jésus ne sera aussi péremptoire, déterminé, solitaire et même sauvage. Bouleversé de compassion, Il stoppe les deux convois, commande aux pompes funèbres, ne demande ni ne dit rien à personne. Cette veuve, bien réelle et combien malheureuse est en ambassade de la plus belle des femmes au secours de laquelle se porte la souveraineté de Jésus.

« Jeune-homme, Je te l’ordonne, lève-toi » !

Jésus a-t-Il besoin de tant d’énergie pour faire un miracle, voire même pour ressusciter un mort ? Certes non ! Calmer une tempête ne Lui a pris qu’un geste, sans la moindre parole. Jésus a le miracle facile, Il en est même déconcertant. Saint-Jean les appellera des signes : leur valeur n’est pas tant dans la puissance qu’ils exigent que dans le sens qu’ils imposent. Pourquoi déployer ici une énergie farouche, donner un ordre à ce mort incapable de l’entendre ? Qu’ajoute ce « Je te l’ordonne » à ce « Jeune-homme, lève-toi » qui est déjà un ordre formidable ? Si vraiment Jésus n’a besoin d’aucune démonstration, c’est bien celle de l’Autorité. Dès son premier discours, le sermon sur la montagne, c’est la spontanéité qui jaillit dans les cœurs : aucun homme n’a jamais parlé avec semblable autorité !

Jésus pense évidemment à sa propre résurrection, à cet ordre formidable et gigantesque qu’Il va se donner à Lui-même, en un certain matin de Pâques et qui va changer la face du monde. J’ai le pouvoir de donner ma vie, mais j’ai aussi celui de la reprendre. Il va terrasser la mort et restituer la vie. A tous ceux que la mort afflige, tourmente et désespère, cette pauvre veuve, l’immaculée vierge-Marie et nous tous, pauvres pécheurs, Jésus anticipe avec une puissance inusitée (Je te l’ordonne !) la victoire facile de sa puissance mais combien lourde de sa charité.

Nul doute que cette pauvre veuve a déclenché en Jésus une compassion qui la dépasse complètement et préfigure l’abondance de la rédemption.

« Car il y a auprès du Seigneur une grande miséricorde et une très abondante rédemption ».

[SPO - Abbé Barthe] Sur l’Herméneutique de tradition (II)

SOURCE - SPO - Abbé Barthe - 26 septembre 2011

Avec l’aimable autorisation de Muller Éditions, nous publions, comme je l’avais annoncé, des bonnes feuilles du Carnet de la collection « Hora Decima », Pour une herméneutique de tradition. A propos de l’ecclésiologie de Vatican II, de l’abbé Claude Barthe, à paraître en octobre 2011.

Par l’abbé Claude Barthe :
Introduction : l’essoufflement d’une idéologie

[…] Dans la mesure où Vatican II s’est abstenu d’enseigner de manière absolue, un raz-de-marée dévastateur a recouvert tout le magistère antérieur et postérieur, comme si l’enseignement le plus élevé dans l’Église (c’est-à-dire l’enseignement infaillible sous sa forme de magistère solennel ou bien l’enseignement infaillible sous sa forme de magistère ordinaire et universel) avait cessé d’exister. On pense à la grande querelle autour d’Humanæ vitæ, qui a donné lieu à une montagne de livres, thèses, articles à propos de l’autorité (plus exactement pour démontrer l’absence d’autorité) du magistère suprême. Cette production, dont le point d’orgue est en France le livre de Jean-François Chiron, L’infaillibilité et son objet (Cerf, 1999), remet pratiquement en question toute l’autorité du magistère suprême de l’Église.
Et dans le même temps, l’autorité absolue que Vatican II s’est refusé à revendiquer, s’est transmuée en une autorité bien plus absolue qu’une autorité dogmatique. Il y a d’ailleurs un parallèle frappant avec la liturgie : la nouvelle messe a-rituelle et a-normative est devenue comme par enchantement au maximum obligatoire. Dans le flou et le vague les plus complets, « l’esprit du Concile » en matière doctrinale et en matière liturgique a pris valeur de magistère absolu. Il faudrait « avoir l’esprit du Concile », bien au-delà de sa lettre, c’est-à-dire bien au-delà de ses textes proprement dits. De même, on s’en souvient, jusqu’au Motu Proprio Ecclesia Dei de 1988 et surtout jusqu’au texte libérateur qu’a été le Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007, il était pratiquement obligatoire de tenir la nouvelle liturgie pour obligatoire…
Le cardinal Ratzinger qui avait parlé de « super-dogme » à propos de Vatican II (conférence devant les évêques du Chili, 13 juillet 1988), aurait aussi pu parler de « super-liturgie » à propos de la messe nouvelle. C’est là le grand apport du mouvement actuel permis par l’essoufflement de l’idéologie : il permet de comprendre comment on est passé d’un concile et d’un post-concile non infaillible à un « esprit du Concile » indiscutable. En réalité, ce passage a toutes les caractéristiques bien connues de l’établissement d’une dictature idéologique.
Un face à face apocalyptique : Église/village planétaire
[…] On pourrait soutenir que la pointe de la réflexion théologique et magistérielle contemporaine porte sur cette globalité : la « mondialisation » fait partie de son être surnaturel. En tout cas, deux documents fondamentaux, à vingt ans de distance l’un de l’autre, ont été composés autour de ce sujet : l’encyclique Mysticis corporis (1943) de Pie XII, d’une part, et la constitution Lumen gentium (1964) de Vatican II, d’autre part. Cependant, contrairement à ce que l’on dit habituellement – soit pour s’en réjouir, soit pour le déplorer, soit pour le nier au nom d’une laborieuse herméneutique de continuité qui laisse du coup entendre que la continuité n’est pas évidente du tout – les deux textes n’ont pas exactement la même préoccupation.
Une certaine légitimation de la diversité ecclésiale
[…] L’œcuménisme, doctrine indéterminée, n’est pas conceptualisé comme tel par Lumen gentium, mais il lui est subséquent, et résulte très spécialement de son n. 8. Tout le problème de l’œcuménisme tient au fait que son but n’est pas déterminé. Il ne vise pas, comme l’œcuménisme protestant, celui du Conseil Œcuménique des Églises, à établir une unité dans la diversité des confessions, ce qui serait l’hérésie pure et simple. Mais il est distinct de l’uniatisme traditionnel qui recherche le retour à Rome des communautés qui s’en sont séparées, car alors il n’aurait servi à rien de l’élaborer. Le décret Unitatis redintegratio, fondé sur le n. 8 de Lumen gentium, dessine en fait une indécise troisième voie, sans vraiment l’expliciter, qui semble reposer sur l’idée que les Églises et communautés séparées auraient une certaine ecclésialité (avec un pourcentage plus important pour les orthodoxes que pour les protestants), laquelle procurerait aux chrétiens séparés une « communion imparfaite » (concept aussi étrange que serait celui d’« état de grâce imparfait »).
Et cependant, l’Église comme totalité
[…] L’autre pôle de l’organisation de Lumen gentium est au contraire celui de « totalité », inclinant à affirmer qu’hors de l’Église catholique il n’y a rien, rien d’ecclésial ou, ce qui revient au même, que tout élément d’Église, notamment sacramentel, que l’on trouve hors des frontières visibles du catholicisme, est en fait un élément de l’Église catholique.
Le n. 1 de la Constitution parle de la « sacramentalité » de L’Église de manière analogique : elle est « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». Mais il y a beaucoup plus : le n. 21 contient un enseignement, qui est peut-être le seul donné comme tel, de l’ensemble du corpus de Vatican II, et qui tranche une question doctrinale autrefois débattue : celle de la sacramentalité de l’épiscopat.
Ce qui ne change rien, en définitive, à l’organisme sacramentel tel qu’il était vécu, mais qui manifeste en revanche que la divine constitution de l’Église, essentiellement fondée sur le pape et les évêques, est une constitution à fondation sacramentelle : le successeur de Pierre et les successeurs des Apôtres en sont les pasteurs et les docteurs de droit divin en vertu de leur accès à l’ultime degré du caractère sacerdotal par lequel le Christ fait participer des hommes à sa médiation de souverain prêtre.
Dans l’attente d’un grand retour magistériel
[…] Force est aussi de constater que les deux voies conjuguées utilisées pour surmonter les difficultés de Vatican II laissent un goût d’inachevé, d’attente : la première voie (la non-infaillibilité des points contestés) parce qu’elle est purement négative et ne règle pas le fond du débat ; la seconde (les réinterprétations en forme de précisions orthodoxes de ces passages) parce qu’elle semble relativement artificielle ou qu’elle est en tout cas évidemment a posteriori. Mais cependant, de même que dans la vie spirituelle l’accession aux voies mystiques ne peut faire l’économie des purifications ascétiques, tout le bouillonnement actuel déclenché ou activé par le discours théologique libérateur de 2005 a une valeur préparatoire à long – et sans doute très long terme – indispensable. […]

[Notre Dame de Chrétienté] Un nouvel Aumônier Général à Notre-Dame de Chrétienté ...

SOURCE - Notre Dame de Chrétienté - 26 septembre 2011

Monsieur l'Abbé Denis Coiffet succède à Monsieur l'Abbé Guilhem Le Coq comme aumônier général de Notre Dame de Chrétienté

Un nouvel Aumônier Général à Notre-Dame de Chrétienté ...

Après six ans de dévouement au sein de l’association Notre-Dame de Chrétienté, d’abord comme Aumônier Général adjoint, puis comme Aumônier Général, l’Abbé Guilhem Le Coq passe le flambeau à l’Abbé Denis Coiffet, qui appartient, comme lui, à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre.

L’Abbé Denis Coiffet n’est pas pour nous un inconnu. Pèlerin de la première heure, dès 1983, il fut l’un des fondateurs des "chapitres enfants" dont il assura l’aumônerie pendant plus de vingt ans avec un enthousiasme communicatif dont chacun se souvient.
 
Ancien Supérieur du District de France pour sa Fraternité, il a acquis une expérience très étendue des hommes et des structures ecclésiales.
 
Dans le contexte difficile que nous connaissons et qui risque, pour notre famille de pensée, de s’aggraver, en particulier dans nos rapports avec l’environnement politique et médiatique qui n’entend pas, comme nous, les mots « vie, famille, mariage, laïcité, liberté… », il nous a paru important de faire appel à un prêtre de grande expérience pour prendre la relève de notre Aumônier Général.
 
Nous tenons à exprimer nos plus vifs remerciements à l’Abbé Le Coq pour toutes ces années si bien remplies au sein de l’association Notre-Dame de Chrétienté et adressons tous nos vœux de plein succès aux deux Abbés dans l’exercice des responsabilités qui leurs seront confiées pour les années à venir.

Rappelons que l'Abbé Guilhem Le Coq avait pris la suite, en décembre 2007, de l'Abbé François Pozzetto, qui fut aumônier général de la fondation, en 1983, à 2007.

[La Croix] Les lefebvristes se retrouveront début novembre pour discuter du Préambule doctrinal proposé par Rome

SOURCE - La Croix - 26 septembre 2011

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) a annoncé vendredi 23 septembre que ses responsables se retrouveront les 7 et 8 novembre à Albano, près de Rome, pour discuter des propositions présentées le 14 septembre par le Saint-Siège.

Le supérieur général de la FSSPX, « Mgr Bernard Fellay consultera les responsables de la Fraternité Saint-Pie-X sur le Préambule doctrinal que lui a remis le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi », annonce dans un court communiqué Dici, son organe d’information sur Internet. Cette réunion aura lieu huis clos à la maison du district d’Italie de la FSSPX, à Albano, tout près de la résidence d’été du pape à Castel Gandolfo.

Le 14 septembre dernier, au cours d’une réunion de deux heures et demie au siège de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Levada avait remis à Mgr Fellay un Préambule doctrinal demandant à la FSSPX l’acceptation «des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l’Église et au sentire cum Ecclesia».

Rome a demandé à la FSSPX de se prononcer sur ce document dans un délai «raisonnable» (évalué à « quelques mois » par le P. Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège)

N. S.

[Golias] La balle est dans le camp des Lefebvristes

SOURCE - Golias - 26 septembre 2011

La venue à Rome de Mgr Bernard Fellay, évêque intégriste, sacré en 1988 par le schismatique Marcel Lefebvre, et surtout Supérieur Général de la Fraternité Saint Pie X a été l’occasion d’un nouveau développement dans les relations entre les intégristes et Rome. De sorte que la balle est bel et bien à présent dans le camp des Lefebvristes auxquels le Vatican a fait des propositions scandaleusement bienveillantes comme celle d’ériger une Prélature personnelle traditionaliste à l’instar de l’Opus Dei.

Le cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, a remis un texte de deux pages à l’épiscope Fellay. Contenant la proposition concrète d’ériger la Fraternité et prélature personnelle, ce qui aurait pour effet de lui donner une autonomie totale par rapport aux évêques. De fait, une immense majorité au sein du collège épiscopal ne voit pas d’un très bon oeil - c’est le moins que l’on puisse - la réintégration des intégristes. Selon nos sources, le cardinal Levada, dont les jours sont comptés au Vatican, n’était pas d’accord avec cet excès de complaisance. Le projet serait l’oeuvre de Mgr Guido Pozzo, 59 ans, un « monsignore » italien, Secrétaire de la Commission « Ecclesia Dei » et ultra-ratzingérien.

Levada et Pozzo - mais pas le Pape - ont rencontré Mgr Fellay lors d’une entrevue brève, courtoise mais malgré tout froide. Levada et Pozzo ont insisté sur les deux concessions importantes faites déjà de par le passé par Rome : une libéralisation assez large de la messe tridentine et la levée de l’excommunication des quatre évêques sacrés par le vieux Lefebvre en 1988. Quant à lui, Mgr Fellay aurait insisté sur la crise qui secoue encore l’Eglise. Disciplinaire et surtout doctrinale.

Néanmoins, le texte remis à Mgr Fellay n’évoque pas seulement l’aspect pratique mais trace un horizon doctrinal. Et, à cet égard, il fera certainement vivement débat au sein de la Fraternité. En effet, Rome n’a pas renoncé à exiger une adhésion respectueuse non seulement aux enseignements du Pape mais également du Collège des évêques. Certes à lire à la lumière de l’ensemble de la Tradition, mais dans un esprit d’obéissance, de docilité et de soumission. Le texte dit clairement que la pluralité des interprétations ne justifient pas de refuser l’enseignement du Magistère. En clair, si, selon Rome, Vatican II a pu être mal interprété et l’est toujours quelquefois, cela ne justifie aucunement la défiance à l’endroit des textes eux-mêles et encore moins leur refus. Nous touchons là un point grave de divergence entre Rome et Ecône. Car pour les intégristes, à supposer que Vatican II ne soit pas un mauvais, il demeure tout-de-même l’occasion de mauvaises interprétations. Donc, il les permet, et ce manque de clarté, déjà, justifie au moins sa critique. Un théologien romain de lavieille école, aujourd’hui octogénaire, Mgr Brunero Gherardini, argumentait d’ailleurs en ce sens. Or, à l’évidence, la congrégation pour la doctrine de la foi n’accepte pas ce type d’approche. Certes, le Concile Vatican II n’est ni infaillible, ni parfait. Ce nonobstant, il faut que tout catholique y adhère loyalement (dans la mesure d’une bonne compréhension et d’une interprétation juste) car il s’agit d’un acte pleinement autorisé d’un Magistère dit souvent « assisté » : on ne peut en conscience le refuser comme nocif. L’adhésion respectueuse à ce qu’il dit - sans écarter une certaine critique théologique - n’est donc pas facultative.

Rome ne soumet pas les intégristes à un ultimatum. Mgr Fellay se réserve le temps nécessaire pour consulter les principaux responsables de la Fraternité. Le Père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, insiste sur la prudence de Rome qui ne veut mettre le couteau sous la gorge des intégristes. Une volonté expresse de Benoît XVI.

En soi, cet accord, s’il se réalisait effectivement, serait purement et proprement scandaleux. En effet, il accorderait un privilège canonique rare à des dissidents insolents, qui loin de se repentir et d’aller à Canossa, entendent en réalité tirer profit d’un possible avantage stratégique pour Benoît XVI d’un nouveau renfort du camp réactionnaire contre l’aile d’ouverture (par exemple les prêtres autrichiens en révolte) afin de se voir concéder une reconnaissance de complaisance. C’est tout simplement indigne.

Mais l’affaire n’est pas encore dans le sac. Ce vilain marchandage pourrait déjà échouer en amont. Car parmi les trois évêques intégristes, Mgr Fellay est le seul qui le désire vraiment. Lamenace d’un schisme dans le schisme demeure. Et le jeune dominicain Charles Morerod, que l’on dit sur le point d’évêque nommé évêque de Lausanne et de Fribourg en Suisse, n’aurait pas non plus caché sa déception quant aux résultats de colloques doctrinaux qui, sans conduire à un clash (à cause de la courtoisie et de la patience des théologiens romains) n’ont même accouché de la moindre petite souris ! Les lefebvristes ne mettront pas d’eau dans leur vin. Enfin, la tenue cet automne d’une nouvelle rencontre des religions à Assise tombe singulièrement mal. Et pourrait susciter une nouvelle vague anti-Benoît XVI chez les intégristes.

Soyons francs : un tel accord qui équivaut au reniement total de la dynamique de Vatican II serait un malheur pour l’Eglise. Au ralliement des fanatiques de droite (mais pas de tous car des ultras feraient blocage) correspondrait bien entendu une hémorragie bien plus conséquente à gauche. Hémorragie difficile à évaluer quantitativement car tous ceux qui s’en vont ne constitueront pas un registre.
A long terme, de toute manière, l’hystérie intégriste, même ralliée, finirait par poser de tels problèmes, de telles tensions, qu’il y a fort à parier qu’un nouveau schisme éclaterait et que les ralliés d’un temps redeviendraient les intégristes d’un autre. Avec un éclatement encore plus fort de ce qui resterait encore de la communion catholique.

Mais d’un mal peut aussi sortir un bien. Le retour des intégristes dans le giron pourrait avoir l’effet d’un électrochoc. Et d’un réveil de très nombreux catholiques, peut-être majoritaires, y compris modérés ou même conservateurs, mais qui ne sauraient accepter que le Pape bénisse l’"infâme". Et la réforme entravée d’une Eglise sclérosée pourrait alors devenir révolution. Un Pape qui trahirait ainsi la communion de l’Eglise réelle (peuple de Dieu, assemblée christique)perdrait ainsi sa légitimité. On pourrait exiger la tenue d’un grand Concile pour le destituer. EDt s’il s’y oppose, c’est Benoît XVI lui-même qui deviendrait schismatique.