9 octobre 2011

[APIC] Ils n’ont pas encore décidé s’ils se rallient à Rome

SOURCE - APIC - 9 octobre 2011

Albano: Les traditionalistes examinent la réponse à apporter aux propositions vaticanes 

Ils n’ont pas encore décidé s’ils se rallient à Rome

Albano, 9 octobre 2011 (Apic) Les lefebvristes examinent la réponse à apporter aux propositions vaticanes et n’ont pas encore décidé s’ils se rallient à Rome. Les traditionalistes ont décidé de présenter "dans un délai raisonnable une réponse aux propositions romaines", déclarent-ils à l’issue d’une réunion des responsables de la Fraternité Saint-Pie X s’est tenue à Albano, près de Rome.

Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, a exposé vendredi 7 octobre le contenu du "Préambule doctrinal" que lui a remis le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, lors de leur rencontre au Vatican, le 14 septembre dernier. Le contenu de ce "Préambule doctrinal" demeure toujours confidentiel, précise la Fraternité Saint-Pie X.

Au cours de cette journée, les vingt-huit responsables de la Fraternité Saint-Pie X présents à la réunion – directeurs de séminaire et supérieurs de district du monde entier – ont manifesté "une profonde unité dans la volonté de maintenir la foi dans son intégrité et son intégralité". Ils déclarent dans leur communiqué rester "fidèles à la leçon que leur a laissée, à la suite de saint Paul, Mgr Marcel Lefebvre : tradidi quod et accepi (1 Cor. 15, 3), j’ai transmis ce que j’ai reçu".

Après cette réunion de travail à Albano, l’étude du "Préambule doctrinal" se poursuivra au niveau du Conseil général de la Fraternité Saint-Pie X. Un examen approfondi par le supérieur général et ses deux assistants, l’abbé Niklaus Pfluger et l’abbé Alain-Marc Nély, sera effectué, qui permettra de rendre réponse au Vatican.

Pas de changements possibles sur le fond du "Préambule"

S’il trouve un accord avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le Vatican entend publier le "Préambule doctrinal" sur lequel sera conclu cet accord en vue du retour dans la pleine communion avec Rome de la fraternité traditionaliste séparée depuis le schisme de 1988.

Selon des sources vaticanes autorisées, les responsables lefebvristes devront décider s’ils acceptent ou refusent les principes contenus dans le préambule – qui ne serait qu’un document provisoire, mais ne peut être changé sur le fond - remis la Congrégation pour la doctrine de la foi le 14 septembre dernier. L’acceptation de ce document serait la condition préalable à l’établissement d’une prélature personnelle. (apic/com/be)

[Rome] Interview vidéo de Mgr Pozzo - traduction

SOURCE - Mgr Pozzo - Rome - octobre 2011

Q/- Monseigneur, Vous avez participé au dialogue avec la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Quelle est votre impression personnelle sur ces réunions ? Où en est-on ? Pensez-vous que l'on parviendra bientôt à une réconciliation ?
Mon impression est globalement positive quant au climat cordial dans lequel le dialogue, l'entretien, s'est déroulé, et je dois dire que le dialogue a toujours été très franc, sincère, et par moments vif même, comme on pouvait du reste le comprendre, étant donné la problématique et la thématique de ces discussions. Je pense que nous sommes parvenus à un moment décisif de ce cheminement, -même s'il n'est pas, bien sûr, conclusif-. Celui-ci aura permis de préciser amplement et de manière approfondie les positions respectives de la Fraternité Saint Pie X, d'une part, et des experts de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, de l'autre ; en effet, il s'agit maintenant de passer à un niveau qui concerne plus directement l'évaluation des points de désaccord, afin de vérifier la possibilité concrète de parvenir à un dépassement des difficultés doctrinales et des problèmes doctrinaux qui ont été affrontés.
Q/- Un modus procedendi existe-t-il pour le cas où le Préambule doctrinal ne serait pas signé ?
À l'heure actuelle, le texte du Préambule Doctrinal a été remis à Monseigneur Fellay, aux Supérieurs de la Fraternité, afin qu'ils puissent l'étudier et donner une réponse, dont nous espérons globalement qu'elle sera favorable, positive, affirmative. Il est toujours possible de demander quelques précisions, quelques éclaircissements, que nous donnerons, en ce qui nous concerne, dans des délais raisonnables. Il me semble exclu de poser le problème de ce qui se passera si les difficultés devaient être considérées comme graves, insurmontables. À l'heure actuelle, ce problème ne se pose pas.
Q- La Fraternité n'est pas issue de rien ; mais au contraire elle est comme une réponse à une très grave crise de l'Église, surtout dans des pays comme l'Allemagne, la France ou la Suisse. Cette crise persiste. Pensez-vous qu'après un accord signé avec Rome, la Fraternité pourra cohabiter dans ces pays sous le toit de l'Église institutionnelle ?
Je répondrais simplement que celui qui est vraiment et pleinement Catholique, peut habiter pleinement et dûment dans l'Église catholique, quel que soit l'endroit où l'Église catholique existe et se développe. Et ceci n'est pas seulement une affirmation de principe, c'est une affirmation existentielle qui correspond à la réalité de l'Église catholique. Ce qui bien évidemment ne signifie nullement qu'il n'y ait pas de difficultés, ne serait-ce que la situation critique dans laquelle se trouvent de nombreux Catholiques, dans ces pays, et dans d'autres pays ; cependant, je ne pense pas qu'il n'y ait pas eu déjà des cas semblables dans l'Histoire, et par conséquent la réponse est très simple : celui qui est vraiment et pleinement catholique, non seulement a le droit de vivre dans l'Église catholique, mais encore il vit bien, et il se trouve bien, dans l'Église catholique.
Q- Quelles sont les raisons de l'hostilité de nombreux milieux ecclésiastiques contre une Liturgie que l'Église, et de si nombreux saints, ont célébré pendant une si longue période, Liturgie qui a été l'instrument d'un développement spectaculaire de l'Église ?
C'est une demande complexe, parce que je crois qu'il y a de nombreux facteurs qui interviennent, pour pouvoir comprendre cette idée préconçue contre la Liturgie de la forme extraordinaire du Rite Ancien, qui est tellement répandue. Il faut bien avoir présent à l'esprit que, pendant de nombreuses années, aucune formation liturgique véritablement adaptée et complète n'a été proposée dans l'Église catholique. On a voulu introduire le principe de rupture, d'éloignement, de détachement radical entre la réforme liturgique proposée, instaurée, et promulguée par le Pape Paul VI et la Liturgie traditionnelle. Or, en réalité, les choses sont bien différentes ; parce que il est évident qu'il existe une continuité substantielle dans la Liturgie, dans l'Histoire de la Liturgie ; il y a une croissance, un progrès, un renouvellement : mais pas une rupture, pas une discontinuité ; et par conséquent, ces idées préconçues influent de façon déterminante sur la forma mentis des personnes, des ecclésiastiques, et aussi des fidèles. Il faut parvenir à dépasser cette idée préconçue, il faut donner une formation liturgique complète, authentique ; et bien distinguer, justement, les livres liturgiques de la réforme de Paul VI, des différentes formes de mise en pratique qui, dans tellement de parties du monde catholique ont été réalisées, alors qu'elles sont de véritables abus à l'égard de cette réforme liturgique de Paul VI. Et qu'elles contiennent aussi des erreurs doctrinales, qui doivent être corrigées et rejetées. C'est là ce que le Saint Père Benoît XVI a voulu redire une fois encore, dans le discours qu'il a tenu à la fin du printemps dernier à l'Université Saint Anselme. Les livres liturgiques de la réforme sont une chose, mais les formes concrètes de mise en pratique en sont une autre ; or ces formes se sont malheureusement tellement répandues partout dans le monde ; et elles ne sont pas cohérentes avec les principes qui avaient été fixés et explicités par la Constitution même du Concile Vatican II institulée "Sacrosantum Concilium", qui concerne la Liturgie divine.
Q- Le préambule confidentiel a été remis à Mgr Fellay le 14 septembre. Le jour suivant, Andrea Tornielli en était déjà informé. Comment donc les informations confidentielles du Vatican passent-elles si rapidement à la presse ?
L'habilité des journalistes est bien connue, elle consiste à intercepter les nouvelles, ce qui est, d'une certaine manière, admirable ; mais dans le cas présent, les journalistes, et pas seulement Tornielli, mais d'autres encore, ont repris largement le lendemain même le Communiqué de presse qui informait déjà de certains éléments essentiels du Préambule Doctrinal. Et par conséquent, je dirais que les contenus profonds du Préambule, dans leurs détails, ne sont toujours pas connus, du moins jusqu'à maintenant ils n'ont pas été publiés, et les journalistes n'en ont pas parlé, n'ont pas décrit dans le détail le déroulement et l'élaboration du Préambule Doctrinal ; donc je crois qu'essentiellement la réserve a été respectée. J'espère qu'elle continuera à l'être par la suite.
Q- Avant de faire partie d'Ecclesia Dei, avez-vous eu des expériences personnelles avec la Messe latine ? Comment avez-vous vécu les changements liturgiques dans les années Soixante ?
Je vois là deux questions, et je réponds à la première : avant le motu proprio Summorum Pontificum de 2007, je n'ai eu aucun contact avec la célébration de la Messe selon le rite ancien, et j'ai commencé à célébrer la Messe selon le rite de la forme extraordinaire justement avec le motu proprio Summorum Pontificum, qui a permis que cette Messe puisse être célébrée sous cette forme.
Comment j'ai vécu dans les années Soixante les changements ? Eh bien, je dois dire que, conformément à la formation et à la préparation que j'ai reçues de mes éducateurs au Séminaire, et surtout à l'Université Grégorienne Pontificale de mes professeurs de Théologie, j'ai toujours cherché à comprendre ce que le Magistère proposait à travers la lecture de ses textes, et non pas à travers ce que les théologiens ou un certain pubblicisme catholique attribuait au Magistère même. Donc je n'ai jamais eu de problèmes à accepter la Messe de la réforme liturgique de Paul VI ; mais je me suis rendu compte immédiatement que, à cause de ce grand désordre qui s'est introduit dans l'Église après 1968, la messe de Paul VI avait été déformée et on la célébrait absolument à l'inverse des intentions profondes du législateur, c'est à dire du Souverain Pontife ; par conséquent ce désordre, cet effondrement de la Liturgie dont a parlé celui qui à l'époque était le cardinal Ratzinger, dans certains de ses livres et dans certaines de ses publications sur la Liturgie, moi aussi je l'ai expérimenté de manière assez directe, et j'ai toujours tenu à bien séparer les deux choses : les rites, ainsi que les textes du Missel, sont une chose; mais c'est bien autre chose que la façon dont la Liturgie est, ou a été célébrée dans de si nombreuses circonstances et dans tant d'endroits, surtout sur la base de ce principe de la créativité, une créativité sauvage, qui n'a rien à faire avec l'Esprit Saint, voire, qui est exactement le contraire de ce que veut l'Esprit Saint.
Q- Pourquoi cela vaut-il la peine de promouvoir la Messe en latin ?
Parce que dans la Messe du rite ancien sont rendus explicites, mis en exergue, certaines valeurs, certains aspects fondamentaux de la Liturgie, qui méritent d'être conservés ; et je ne parle pas seulement de la langue latine ou du chant grégorien ; je parle du sens du Mystère, du Sacré, le sens du Sacrifice, de la Messe comme Sacrifice, la Présence réelle et substantielle du Christ dans l'Eucharistie, et du fait qu'il y a de grands moments de recueillement intérieur, qui sont comme une participation intérieure à la Divine Liturgie. Voilà, ce sont là tous les éléments fondamentaux qui sont particulièrement marqués dans la Messe du rite ancien. Je ne dis pas que dans la messe de la réforme de Paul VI ces éléments n'existent pas, mais je dis qu'ils sont plus largement manifestés dans le rite ancien ; et ceci peut enrichir également ceux qui célèbrent, ou ceux qui participent à la Messe dans la forme ordinaire. Rien n'interdit de penser qu'à l'avenir on pourra arriver à une réunification des deux formes, comme des éléments qui s'intègrent l'un l'autre, mais il ne s'agit pas là d'un objectif à atteindre rapidement, ni à atteindre par une décision prise à la va-vite. Cela demande une maturation de tout le peuple chrétien, pour comprendre les deux formes liturgiques du même rite romain.

[La Nef] La Garde : un monastère pour le XXIe siècle

SOURCE - Dom Louis-Marie / Christophe Geffroy - La Nef - octobre 2011

À l’heure de la crise des vocations, le monastère du Barroux a essaimé. Son Père abbé évoque la construction de Notre-Dame de la Garde, et l’actualité de la vie bénédictine traditionnelle.

La Nef – N’est-ce pas paradoxal de construire un nouveau monastère, quand tant d’anciennes abbayes semblent vides, voire abandonnées ?
TRP Dom Louis-Marie – L’idéal aurait été pour nous de trouver une abbaye déjà construite. C’est pourquoi, avant de lancer les travaux, j’ai écrit à un évêque pour lui demander si nous pouvions reprendre une abbaye qui venait d’être entièrement restaurée. Mais ça n’a été ni possible ni souhaitable pour le diocèse. Il ne faut pas oublier que pour fonder dans un diocèse, il faut absolument l’autorisation de l’évêque. Cet accueil, après une longue recherche et de multiples déconvenues, nous l’avions trouvé dans le diocèse d’Agen. Monseigneur Jean-Charles Descubes croyait à la force de la prière des contemplatifs, même s’il n’adoptait pas tout ce qui fait notre charisme propre. Et quant à reprendre un bâtiment historique, je dois rappeler à nos généreux donateurs que la restauration est beaucoup plus coûteuse que la construction
Pourriez-vous nous expliquer le chantier sur lequel vous vous êtes engagés ? Qu’avez-vous à construire, et de quelle aide bénéficiez-vous ?
La communauté de la fondation avait absolument besoin d’aménagements et, pour ne pas faire de travaux au coup par coup, nous avons choisi un architecte qui a dressé un plan d’ensemble. Nous avons commencé par construire les ateliers définitifs, afin de pouvoir restaurer les communs et la grange qui servaient encore en juin dernier d’ateliers provisoires. Nous lançons maintenant un gros chantier, l’hôtellerie future : répartie sur deux bâtiments qui devront être reliés par un « pont », et dont le toit doit entièrement être refait, elle sera composée d’un petit réfectoire, de huit cellules, de sanitaires, d’un grand escalier, et d’un parloir. Nous cherchons pour cette étape 600 000 euros. Quant à l’aide dont nous avons jusqu’ici bénéficié, elle provient d’une part de quelques rares grands bienfaiteurs, et d’autre part, d’une foule de donateurs plus modestes, qui chacun par « l’obole de la veuve », tant louée par Jésus, ajoute son petit ruisseau pour former une rivière plus abondante : tous participent à leur mesure, et c’est cela qui compte pour Dieu. 
Pour beaucoup, le Barroux rime avec Dom Gérard, son fondateur : comment sa présence se manifeste-t-elle aujourd’hui, et que retenez-vous de cette forte personnalité ?
Dom Gérard nous a engendrés à la vie monastique. Nous lui devons notre tradition, notre formation, notre profession religieuse, à laquelle il nous a reçus. Quand je suis arrivé au monastère, il y a vingt ans, je lui ai dit que je recherchais au Barroux l’esprit traditionnel et la fidélité à Rome, et il m’a répondu qu’il y avait tout cela ici. Et puis il y a les trois piliers : d’abord la doctrine traditionnelle, enseignée au moyen de la philosophie thomiste, ensuite les observances monastiques enracinées dans la piété filiale envers nos fondateurs, saint Benoît, le Père Jean-Baptiste Muard, fondateur de la Pierre-qui-Vire, Dom Romain Banquet et Mère Marie Cronier, créateurs des abbayes sœurs d’En-Calcat et Dourgne, enfin la liturgie célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain. Il nous a appris à garder jalousement le trésor des anciens, mais pour en vivre et non pas pour le conserver comme dans une chambre stérile. Un Frère disait que Dom Gérard se réveillait tous les matins neuf comme un enfant, ce qui lui permit de passer à travers beaucoup d’épreuves. Ce pouvoir de rajeunir tous les matins, il le tenait de sa vie intérieure, de sa grande confiance en la Vierge Marie et de son solide attachement à Notre Seigneur Jésus-Christ. Et c’est sur le socle de sa vie intérieure que reposait son combat pour la chrétienté.
Votre abbaye recrute, au point que vous avez été obligé de fonder ailleurs en 2002 ; là aussi, vous êtes à contre-courant car on parle partout de la « crise » des vocations : avez-vous une « recette » ?
Non. Pas de recette. La recette, c’est Dieu, donc ce n’est pas une recette qu’on pourrait sortir du tiroir. La seule chose qui compte pour nous est d’être fidèle à notre vocation, d’y croire, de l’aimer, de vivre dans la piété filiale. Cela dit, les jeunes, c’est évident, cherchent la radicalité que le Saint-Père a rappelée lors des JMJ dans son discours aux religieuses. Ils ont besoin de structures claires et nettes, et non pas d’une recherche indéfinie d’identité en perpétuelle mutation. Ils veulent de véritables maîtres d’oraison et de vie. Et puis nous avons eu le charisme de Dom Gérard, qui a attiré beaucoup de jeunes, et puis, vous le savez bien : les jeunes attirent les jeunes.
Votre abbaye vit de l’esprit de la Congrégation de Subiaco, issue en France du Père Muard, moins connue que celle de Solesmes fondée par Dom Guéranger. Qu’est-ce qui vous différencie des autres obédiences bénédictines ?
Ma réponse aura besoin d’être nuancée, mais, en gros : Solesmes a été fondée en 1833 par Dom Guéranger, homme de Dieu, d’origine canoniale, très cultivé, passionné par la liturgie. Je crois qu’on peut dire que sa restauration bénédictine avait pour but le renouveau liturgique. La Pierre-Qui-Vire, elle, a été fondée en 1850, par le Père Muard, autre homme de Dieu, mais curé de paroisse, puis missionnaire diocésain, d’orientation plus directement apostolique. Il a fondé son monastère afin que le témoignage d’une vie pauvre, humble et mortifiée puisse donner quelques fruits de conversion par des missions. L’observance fut aussi plus ascétique, car le Père Muard avait suivi son noviciat à l’abbaye trappiste d’Aiguebelle, dont l’austérité envoyait d’ailleurs beaucoup de jeunes moines au ciel.
Quoi qu’il en soit, En-Calcat, fondée par la Pierre-qui-Vire en 1890, fut très proche de Solesmes, et les deux abbés respectifs, Dom Romain Banquet et Dom Delatte, pensèrent un moment s’associer. Mère Marie Cronier, fondatrice de l’abbaye Sainte-Scholastique de Dourgne, avait fait son noviciat à Sainte-Cécile de Solesmes, et entretenait une profonde amitié spirituelle avec la Mère Abbesse de Kergonan, fille de Solesmes.
Aujourd’hui les différentes branches se sont diversifiées au point que, quant à la liturgie, à l’orientation doctrinale, notamment philosophique, et aux observances, nous sommes désormais plus proches de Fontgombault et de ses filles, de la Congrégation de Solesmes, que de la Pierre-qui-Vire.
Les monastères ont joué un rôle essentiel dans l’évangélisation de l’Europe. En notre époque de forte déchristianisation, n’êtes-vous pas appelés à jouer à nouveau un rôle « civilisateur » ? Une telle mission est-elle compatible avec une vie cloîtrée ?
Si saint Benoît est devenu le patron de l’Europe avec la Croix, le livre et la charrue, comme l’a proclamé le pape Paul VI, il ne l’a pas fait exprès ; il faut relire la conférence de Benoît XVI aux Bernardins, qui explique très bien comment les moines ont influencé la civilisation chrétienne ; ils n’ont eu qu’un seul et très noble but : chercher Dieu. Et pas au hasard, mais sur le chemin sûr de la Parole de Dieu, lue, méditée, étudiée, contemplée, chantée, vécue, incarnée, incorporée. Pour résumer, je n’ai qu’à citer Dom Gérard lui-même : « Avant d’être des académies de science et des carrefours de civilisation, les monastères sont des doigts silencieux dressés vers le ciel, le rappel obstiné, intraitable, qu’il existe un autre monde dont celui-ci n’est que l’image, qu’il annonce et qu’il préfigure. »
Construire un monastère alors que l’on ne parle que de constructions de mosquées, n’est-ce pas un signe de « résistance », le symbole que le christianisme n’est pas mort dans ce pays ?
C’est vrai que tout monastère a vocation d’être une citadelle spirituelle. La résistance monastique à ce que le Père de Chergé lui-même appelait « l’invasion de l’islam » ne peut être que pacifique et indirecte. Si l’islam prend une telle importance dans l’Occident chrétien, c’est que ce dernier a apostasié sa foi et s’est coupé de ses racines chrétiennes. La mentalité rationaliste et anti-chrétienne de la culture et des politiques occidentaux les rendent absolument démunis face à cette grande vague verte. Le maire d’une grande ville française (située en territoire pourtant concordataire) a bien résumé cette attitude incohérente en déclarant imposer dans les cantines des plats hallal par ouverture, et refuser le poisson le vendredi par laïcité. Mais le problème reste politique et nous dépasse. Il nous reviendra peut-être d’étudier les fondements anti-chrétiens de l’islam et tous les dangers que celui-ci représente pour la liberté, afin d’éclairer les hommes de bonne volonté. Il nous revient plus certainement de proclamer avec force et douceur notre foi chrétienne et de prier, d’alimenter la grande rivière surnaturelle qui parcourt invisiblement les dessous de l’histoire pour lui donner un avenir de lumière.
À propos de « crise » des vocations, n’est-elle pas due, tout simplement, à la diminution du nombre de catholiques pratiquants ? La « solution » n’est-elle donc pas dans la nouvelle évangélisation, notamment de la famille ?
Je crois que pour la nouvelle évangélisation, il vaut mieux suivre l’exemple du Saint-Père aux JMJ. Il s’est adressé d’abord à de jeunes religieuses, à des séminaristes et enfin à des universitaires puis, pour finir, aux jeunes du monde entier. Tout renouveau de l’Église commence par la réforme du clergé et des religieux. Le Saint-Père a exhorté les jeunes religieuses à la radicalité dans la foi, radicalité dans l’attachement au Christ, à l’Église et à leur mission. C’est valable pour les évêques, les prêtres, les diacres. Si l’on veut toucher les familles, il faut renouveler le clergé et les religieux, leur redonner le sens de la radicalité. Il est vrai toutefois que la reconstruction de la famille, si possible nombreuse, est elle aussi une priorité et pour la société, et pour l’éclosion normale des vocations.
Une abbaye comme la vôtre, ayant conservé ses exigences, n’illustre-t-elle pas que toutes les « solutions » à la « crise » qui vont dans le sens du monde, précisément (mariage des prêtres, ordination des femmes, légitimation de l’homosexualité pour le clergé…), sont vouées à l’échec, comme le montrent les exemples anglicans ou protestants ?
La tentation est grande devant une Église malade de désespérer et de se résigner aux soins palliatifs pour l’aider à mourir sans souffrances. Toutes les solutions mondaines et à la mode sont comparables à cette boisson que les soldats ont proposée à Jésus sur la Croix pour qu’Il souffre moins. Mais Jésus l’a refusée. Il n’y a pas de recette, mais nous avons le véritable médicament : la foi surnaturelle en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, sauveur des hommes, qui nous a ouvert les portes du ciel. La vitalité de l’Église n’est pas le produit d’industries humaines mais le fruit de la grâce, reçue principalement dans les sacrements, et de la fidélité à la Parole de Dieu qui nous est parvenue par le Magistère et la Tradition.
Vous êtes attaché à la forme extraordinaire du rite romain : pourquoi ce choix et comment jugez-vous la situation liturgique dans l’Église latine, particulièrement depuis le motu proprio Summorum Pontificum et la récente publication de l’instruction Universae Ecclesiae ?
Le choix de la forme extraordinaire du rite romain remonte à nos origines, à Bédoin, en 1970. Ce choix n’est pas affectif, mais une préférence motivée par des raisons de manifestation plus nette de certaines vérités de la foi : caractère central, sacrificiel et sacré de la messe, présence réelle du Seigneur dans les Saintes Espèces, distinction essentielle du sacerdoce ministériel du prêtre et du sacerdoce baptismal. J’ajoute que la forme extraordinaire manifeste hautement la continuité de l’Église, car l’Église n’accepte pas les ruptures ni les révolutions, elle ne change pas le contenu de sa foi. Et pour finir, l’orientation œcuménique donnée par le concile Vatican II trouve dans la forme extraordinaire un pont avec les Églises orientales et même avec les communautés chrétiennes anglicane et luthérienne, aux formes liturgiques encore anciennes.
La situation liturgique tend à évoluer dans le bon sens. Je le vois par exemple à la messe chrismale du Jeudi Saint à la Métropole d’Avignon. Mais il faudra du temps car, comme disait Dom Gérard, il faut une nuit pour brûler une forêt, et 50 ans pour la faire repousser. En tout cas, le Saint-Père a débloqué une situation. La forme extraordinaire n’est plus considérée par les fidèles comme abolie. Il me semble que le but actuel du Vatican est de diffuser la célébration de cette forme avec tout ce qui va avec (catéchisme, patronages, pèlerinages...) afin, dans un premier temps, d’influencer la célébration correcte de la forme ordinaire. Nous sommes au commencement du commencement. Après, Dieu pourvoira.
Le Barroux s’est illustré par la publication d’études importantes en accord avec le souci du Saint-Père d’une juste « herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité ». Est-ce important pour vous et comment percevez-vous les projets de Benoît XVI en la matière ?
C’est un point fondamental. L’Église n’a pas le pouvoir de se donner de nouvelles constitutions au cours du temps. Elle se doit de rester elle-même, telle qu’elle a été fondée par son Maître. C’est aux pasteurs de cultiver dans la vigne du Seigneur l’esprit de fidélité, de communion avec la Tradition et ses développements fondamentaux, et donc de présenter le concile Vatican II non pas comme une nouveauté absolue, mais comme un développement organique ou une réforme dans la continuité. Les pasteurs qui font autrement auront des comptes à rendre au Seigneur.
Je ne suis pas dans les secrets du Saint-Père, mais je constate que ses allocutions illustrent bien l’urgence de renouer avec notre histoire : depuis 5 ans, il consacre ses audiences générales à présenter les géants de l’histoire de l’Église, depuis les apôtres, en passant par saint Benoît, et pour finir par sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Et, en ce moment, il nous parle de l’homme de prière. Il me semble que son projet est l’enracinement, thème des JMJ, enracinement dans notre foi, dans notre histoire et dans la prière. C’était déjà le projet de Dom Gérard lançant les travaux du Barroux : « Le critère-roi, celui auquel nous désirons tout sacrifier, sera non pas l’émergence mais l’enracinement. » Ce qui promet de bons fruits.
Propos recueillis par Christophe Geffroy

Pour aider la fondation de la Garde, adressez vos dons au Monastère Saint-Marie de la Garde, 47270 Saint-Pierre-de-Clairac (chèque à l’ordre de « Mission de Sainte-Madeleine »). Ou par internet sur www.jeconstruisunmonastere.com

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Rome veut un accord avec les lefebvristes

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 4 octobre 2011

A qui en douterait encore, ou qui se laisserait influencer par la grogne des instances ecclésiales majoritairement opposées à la main tendue par Benoît XVI à la Fraternité Saint Pie X, une interview vidéo - qui est un fait et pas une rumeur - donne exactement l'état d'esprit du Saint-Siège sur ce dossier : Rome veut un accord avec les Lefebvristes.

Mgr Guido Pozzo, l'homme clé de la commission Ecclesia Dei chargée de gérer ce dossier à Rome (sous l'égide de de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi) et dont la fiabilité sur ce sujet est certaine - sans compter la confiance directe du Pape qui suit de près ce sujet -revient sur les négociations en cours.

Dans cette interview accordée à "Gloria.tv" en italien - sous titrée en anglais - il dit explicitement à ce propos : "poser le problème de ce qui arrivera si les difficultés devaient être considérées graves ou insurmontables, me paraît hors de propos : ce problème ne se pose pas en ce moment."

Autrement dit, vu de Rome, la dynamique de rapprochement des disciples de Mgr Lefebvre est positive.

Coté Fraternité Saint Pie X une rencontre importante a lieu, à huis clos, cette fin de semaine non loin de Rome où Mgr Bernard Fellay est censé informer les responsables de la fraternité de l'état de la situation.
Rien ne filtre mais il semblerait qu'aucun décision ne sera annoncée à l'issue de ces deux jours. Un signe d'ailleurs qui ne trompe pas. Le contraire serait plutôt annonciateur de rupture annoncée. Sans le dire la Fraternité Saint Pie X cherche, elle aussi, une voie pour sortir de la séparation.

Il est probable - le Saint-Siège s'y attend - que la Fraternité Saint Pie X va demander des précisions sur le "préambule doctrinal" qui a été remis le 14 septembre dernier à l'issue de leur rencontre par le cardinal Levada, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, à Mgr Bernard Fellay supérieur de la Fraternité.

Il faudra donc encore du temps mais cette interview de Mgr Pozzo a valeur de document pour saisir la façon dont Rome - ses décideurs et non ses rumeurs - voit l'ensemble de la question, dont celle de la liturgie...

[FSSPX, communiqué] Une profonde unité dans la volonté de maintenir la foi dans son intégrité et son intégralité

SOURCE - FSSPX - DICI - Menzingen - 7 octobre 2011
Le 7 octobre 2011, une réunion des responsables de la Fraternité Saint-Pie X s’est tenue à Albano (Italie), au cours de laquelle le Supérieur général, Mgr Bernard Fellay, a exposé le contenu du Préambule doctrinal que lui a remis le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, lors de leur rencontre au Vatican, le 14 septembre dernier.

Au cours de cette journée, les vingt-huit responsables de la Fraternité Saint-Pie X présents à la réunion – directeurs de séminaire et supérieurs de district du monde entier – ont manifesté une profonde unité dans la volonté de maintenir la foi dans son intégrité et son intégralité, fidèles à la leçon que leur a laissée, à la suite de saint Paul, Mgr Marcel Lefebvre : tradidi quod et accepi (1 Cor. 15, 3), j’ai transmis ce que j’ai reçu.

Après cette réunion de travail, l’étude du Préambule doctrinal – dont le contenu demeure toujours confidentiel – se poursuivra au niveau du Conseil général de la Fraternité Saint-Pie X, où un examen approfondi par le Supérieur général et ses deux Assistants, l’abbé Niklaus Pfluger et l’abbé Alain-Marc Nély, permettra de présenter dans un délai raisonnable une réponse aux propositions romaines.

Albano, le 7 octobre 2011

[Ennemond - Fecit] PEB du Forum catholique et l'affaire de Sissonne

SOURCE - Ennemond - Fecit - 8 octobre 2011

Sur le Forum catholique, le "liseur" PEB, sans doute de bonne volonté, tente de défendre un prêtre du diocèse de Soissons, l'abbé Kerjean, pour n'avoir pas accepté les funérailles d'une défunte de l'Aisne auquel on n'a concédé que le caniveau de la ville. Il va jusqu'à s'insurger contre les insinuations que ferait le site de la FSSPX en France contre les prêtres diocésains. Et là, sa bonne foi devient moins convaincante. Car rappelons quelques faits :

1. L'abbé Kerjean a admis lui-même qu'il lui était impossible de faire célébrer une messe de requiem selon le rite traditionnel dans son église. Voici ses termes dans le journal local : "Je me voyais mal revenir en urgence à mes études pour être prêt le jour dit. J'ai un collègue compétent, mais il est âgé et il ne se sentait pas en mesure d'assurer cet office. Nous sommes peu nombreux et dans un moment comme cela, nous n'avons pas de solution pour satisfaire des souhaits qui nous prennent de cours". Ce curé de paroisse refuse d'ouvrir sa porte aux prêtres de la FSSPX. On peut le croire rigoriste. Mais montrer qu'aucun prêtre du diocèse n'est en mesure d'assurer ce service laisse déjà dubitatif. Sans doute l'Aisne est-il un département situé à des millions d'années lumière de Paris, de Lille ou de Reims pour qu'aucun prêtre habitué au rite traditionnel ne soit en mesure de répondre à la demande de cette dame. Cette manière d'envoyer promener l'interlocuteur laisse pantois. Et dans le même temps, l'intervenant "PEB" croit vouloir donner des leçons de "sentire cum Ecclesia".

2. La vérité est que l'abbé Kerjean a manifesté un profond mépris pour le latin et la messe traditionnelle, ainsi que pour le voeu de cette vieille dame, présenté comme une pure incongruité. Jouant sur le fait que le Christ ne parlait pas latin (il ne parlait pas plus français, mais passons), le prêtre prend cette défunte qu'il avoue ne pas connaître pour une illuminée : "Je comprends cette famille et la défunte, que je ne connaissais pas, voyait probablement une dimension magique dans une célébration en latin."

Mais, très honnêtement, comment peut-on mieux fouler aux pieds la bonne foi d'une dame qui  demandait une messe traditionnelle au soir de sa vie ? On croit être revenu au début des années 70 où l'attachement à la messe de saint Pie V était perçu comme une vieille nostalgie de la part de quelques obscurantistes moribonds, condamnés à la disparition. On aurait pu croire l'évêché plus au fait des dernières décisions papales. Mais il n'en fut rien. Le journal local a indiqué : "Le secrétariat et l'assistant de Mgr Giraud, l'évêque du diocèse, ont considéré que le curé de Liesse était « parfaitement à même de répondre à [nos] interrogations »". Comment ne pas se remémorer là l'attitude honteuse d'un préfet de Judée qui un jour de l'an 33 préféra se laver les mains ?

PEB : redescendez sur terre ! Vous faites la leçon à la FSSPX. Eh bien, malgré les divergences, lorsqu'André Figueras est décédé, les supérieurs de la Fraternité ont autorisé son fils, moine du Barroux à célébrer la messe de funérailles sur le maître autel de Saint-Nicolas du Chardonnet car telle était la volonté du défunt. Ils n'ont pas poussé le sectarisme à laisser le corps de celui qui demandait la sépulture de l'Eglise sur le trottoir.

[Abbé Ludovic Girod, sspx - Bulletin 'Sainte Ampoule'] La messe interdite

SOURCE - Abbé Ludovic Girod, sspx - Bulletin 'Sainte Ampoule' - octobre 2011

Les Chinois avaient leur Cité interdite, arpentée aujourd'hui par de nombreux touristes. L'Eglise qui est en France continue à avoir sa messe interdite, à qui le droit de cité est refusé. Seules quelques tolérances sont accordées, et avec quelle parcimonie soupçonneuse. S'agit-il de réprimer les abus, de faire cesser les innovations, de revenir à la norme du missel romain ? Que nenni, ne mettons surtout pas de limites aux nouveautés et aux incongruités d'une révolution liturgique vieille de quarante ans. Il s'agit bien du missel romain antique et vénérable, de la messe de toujours restaurée sous le pontificat du glorieux saint Pie V. Oui aux synaxes « pique-nique », non à la messe « Pie-cinq » !

Quelques quatre années après le Motu Proprio du pape Benoît XVI, reconnaissant enfin après quarante ans de persécution, que la messe tridentine n'avait jamais été abrogée et qu'elle pouvait donc être célébrée par tous les prêtres de rite latin, la situation en France reste inchangée, hormis quelques rares exceptions. Deux faits récents nous l'ont confirmé.

Il s'agit tout d'abord d'une messe d'enterrement à Sissonne, au début du mois de septembre. La défunte, Madame Grégoire, appréciait la messe tridentine et avait rédigé un testament demandant que ce fût cette messe qui fût célébrée lors de ses obsèques dans sa ville. Au passage, je vous encourage à rédiger un testament de ce genre qui manifestera clairement votre volonté et évitera des tensions entre différentes tendances dans la famille au moment d'organiser l'enterrement. La famille entra en contact avec nous. Il me fallait obtenir l'autorisation du curé encore en poste, l'Abbé Etienne Kerjean. Malgré de nombreuses démarches auprès du presbytère et de l'évêché, je ne parvins pas à le joindre. La famille eut plus de chance que moi, mais ce fut pour se voir opposer un refus catégorique. Les enfants ne se démontèrent pas et nous convînmes d'organiser la messe d'enterrement devant l'église, avec l'autorisation du maire. Elle eut lieu le vendredi 9 septembre, devant la porte soigneusement verrouillée, sous une bruine légère et la menace des pigeons habitués du lieu. La cérémonie, suivie par une quarantaine de personnes, se déroula dans le recueillement et la prière, au rythme de la liturgie de toujours.

L'Abbé Kerjean, interrogé par la suite par un journaliste, tint des propos assez surprenants pour justifier son refus. Devant une légitime demande de la famille, prévue par le Motu Proprio de Benoît XVI, il oppose clairement une fin de non recevoir et refuse de trouver un prêtre agréé par le diocèse pour le faire. Ce ne sont pourtant pas de tels prêtres qui manquent dans les communautés Ecclesia Dei, qui acceptent de passer par les fourches caudines des ordinaires du lieu. Mais que les fourches sont étroites ! Il fut un temps par exemple durant lequel l'aumônier du camp militaire de Sissonne célébrait la messe dans la paroisse. Cet arrangement cessa subitement lorsqu'un prêtre de la Fraternité Saint Pierre assura cette charge. Vous voyez bien, de prêtre, il n'y en a point. L'Abbé Kerjean, peu au courant de la manière dont les autorités romaines nous considèrent, toutes imbues qu'elles soient des erreurs du dernier Concile, nous rejette en dehors de l'Eglise catholique, avec en prime cette fois-ci le refus de tout oecuménisme. Nos théologiens célèbrent tranquillement la sainte messe à Saint- Pierre de Rome, mais Sissonne semble bien éloigné de Rome. Voici ses propos : « il m'est impossible en tant que prêtre fidèle à l'église catholique, mais aussi en tant que républicain, puisque l'Eglise est propriété de la commune, d'y laisser entrer des personnes qui ne nous reconnaissent pas ! » (L'Union, jeudi 15 septembre, page 19. Dans un souci d'authenticité, nous avons conservé l'orthographe du journaliste, qui doit être fâché avec le « é » minuscule ou majuscule d'Eglise). Si nous nous adressons à lui pour une telle cérémonie, c'est bien que nous lui reconnaissons sa charge de curé. Quant au caractère anti-républicain d'une messe d'enterrement, je lui laisse l'entière responsabilité de ses propos.

Pour l'Abbé Kerjean, demander une messe tridentine pour un enterrement, c'est chose impossible à réaliser : « Si untel souhaite être incinéré et que ses cendres soient disséminées audessus de la tour Eiffel, on le lui refusera ». Effectivement, la comparaison me semble très probante et ne peut qu'emporter l'adhésion. Je me demande vraiment à quoi pensaient les curés qui enterraient leurs ouailles avant le renouveau de Vatican II, quand chaque église avait son prêtre. La suite est dans le même genre : « A ce moment, je dois ouvrir l'église si des personnes de religion juive veulent célébrer dans notre lieu ? ». L'Abbé Kerjean qui compare les intégristes aux Juifs ! Je le laisse encore une fois se débrouiller avec la Licra et les ligues de vertu. Un tout petit détail a échappé à notre abbé : la messe catholique n'a pas grand-chose a voir avec les rites judaïques. Nous croyons, nous catholiques, que Jésus-Christ, le Messie promis au peuple hébreu, est le seul Sauveur qui nous réconcilie avec Dieu et nous ouvre les portes du Ciel.

L'estocade finale arrive dans les dernières lignes de l'article : « Et puis le latin, entre nous… Je ne me souviens pas que Jésus parlait en latin, non ? […] Je comprends que cette famille et la défunte, que je ne connaissais pas, voyait (sic !) probablement une dimension magique dans une célébration en latin ». Je suppose, en lisant ces lignes, que l'Abbé Kerjean célèbre la liturgie en araméen et je m'incline devant son souci d'authenticité. Je me permets simplement de rappeler que le latin est la langue liturgique de l'Eglise catholique, à laquelle j'appartiens, et que la liturgie rénovée permet simplement la célébration en langue vernaculaire. L'argument de la dimension magique est abracadabrant. Pour le clergé progressiste, la liturgie ne doit plus rien contenir de sacré ou de mystérieux, tout doit être abaissé à la dimension de l'homme, dans une platitude désespérante. Parler latin, c'est entretenir l'illusion d'un pouvoir magique des formules, c'est un reliquat de superstition qui a heureusement été balayé par la nouvelle messe. Une telle conception en dit long sur la perte du sens du sacré qui affecte les officiants de la liturgie nouvelle.

Le deuxième fait suivit de peu. Nous avions demandé et obtenu l'autorisation de célébrer la messe lors de notre pèlerinage de rentrée à Notre- Dame de Liesse le samedi 24 septembre. Cette autorisation, accordée en août, vint d'un vieux prêtre en poste à Liesse et non de l'Abbé Kerjean. Mais Mgr Giraud, évêque de Soissons, l'apprit et m'envoya une semaine avant notre pèlerinage une lettre recommandée avec accusé de réception m'informant que nous ne pouvions pas célébrer la messe dans la basilique. L'évêque s'appuie pour motiver son refus sur la rencontre récente entre Mgr Fellay et le Cardinal Levada. Ainsi, avant cette entrevue, l'utilisation de la basilique était possible, mais plus après. J'ai encore du mal à percevoir la pertinence des arguments invoqués. Dans le même ordre d'idées, un fidèle a écrit une lettre à l'évêque de Verdun pour lui demander si nous pouvions célébrer la messe dans un lieu de pèlerinage. L'évêque refusa également en s'appuyant cette fois-ci sur le communiqué de l'Abbé de Cacqueray dénonçant la nouvelle rencontre interreligieuse d'Assise à la fin du mois. Décidemment, le clergé qui est en France, dans sa majorité, n'apprécie pas la messe tridentine ni le rappel des principes catholiques.

Cette messe de toujours, c'est celle que nous voulons pour la sanctification de nos âmes, cette foi catholique, c'est celle que nous professons pour être à Jésus-Christ. Restons fermes dans ce bon combat de la foi et de la messe. 

Abbé Ludovic Girod

Extrait de la Sainte Ampoule n° 200 d'octobre 2011

8 octobre 2011

[La Croix - Louis de Courcy] La Fraternité Saint-Pie X toujours en réflexion

SOURCE - La Croix - Louis de Courcy - 8 octobre 2011

Ce n’est pas encore ce samedi 8 octobre que les supérieurs de la fraternité Saint-PieX annonceront si oui ou non ils acceptent les conditions de réintégration dans le giron de l’Eglise telle qu’elle se reconnait sous l’autorité pleine et entière du pape Benoît XVI et conforme aux textes officiels du Concile Vatican II.. En effet, une « réunion de travail » s’est tenue samedi à huis clos à Albano, près de Rome, rassemblant les directeurs de séminaires et supérieurs de districts de la fraternité qui se reconnait, elle, dans le mouvement qu’avait lancé Mgr Marcel Lefebvre, lequel en élevant  lui-même des prêtres au rang d’évêques, avait été à l’origine du schisme integriste. De cette réunion d’Albano, il ressort qu’un «examen approfondi… permettra de présenter dans un délai raisonnable une réponse aux propositions romaines ». Ces « propositions » présentée à la mi-septembre par le Saint-Siège visent à inciter les membres de la fraternité Saint-Pie X à accepter, au nom de l’unité de l’Eglise, les grands principes de la doctrine catholique, y compris les orientations prises en matière d’oecuménisme et de liturgie, par exemple.

Toujours fidèles à Mgr Lefebvre

Alors qu’il était prévu que la réunion de travail de la Fraternité devait se prolonger jusqu’à la fin de la journée ce samedi, elle s’est révélée, en fait, bien plus courte, et s’est conclue par la publication d’un communiqué qui ne laisse pas beaucoup à penser qu’un changement d’attitude soit à l’ordre du jour. En effet, selon ce communiqué,  « les vingt-huit responsables présents… ont manifesté une profonde unité dans la volonté de maintenir la foi dans son intégrité et son intégralité, fidèles à la leçon que leur a laissée leur fondateur Mgr Marcel Lefebvre. » Pourtant, le 14 septembre, le Vatican avait accompagné ses propositions de la possibilité d’une « légitime discussion » concernant l’étude de certaines « formulations particulières » du Concile Vatican II. Ce qui constituait une énorme concession faite à la Fraternité. Saura-elle se saisir de cette main tendue ?  Pour l’heure, rien n’est moins sûr. Et beaucoup de catholiques, fidèles à l’Eglise, se demandent s’il était utile d’aller aussi loin vers une tentative de réconciliation, constatant avec dépit que les lefebvristes ne s’empressent pas de saisir cette main tendue.

Louis de Courcy

7 octobre 2011

[Côme Prévigny - Rorate Caeli] Quo vadis Domine ?

SOURCE - Côme Prévigny - Rorate Caeli - 7 octobre 2011

Le 14 septembre, le Siège apostolique a présenté aux autorités de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X un préambule doctrinal et l’esquisse d’une structure canonique. Le premier assistant général, l’abbé Niklaus Pfluger a bien confirmé que le texte – conservé par ailleurs dans un coffre-fort à Rome – était amendable. Quelle sera la réponse de Mgr Fellay ? Nul ne le sait. Elle devrait probablement ne pas être connue ces prochaines semaines comme l’indique un lucide journaliste. Le refus de Rome de revenir à la maladroite méthode de l’ultimatum comme les déplacements exotiques du supérieur général accréditent d’ailleurs l’idée qu’il faut disposer d’un temps raisonnable pour se tourner vers Dieu et considérer les choses de manière surnaturelle pour le bien de l’Église et le salut des âmes. Y aura-t-il plus à gagner en continuant à protéger les âmes que la Providence a mises sur le chemin des prêtres de la Fraternité ou en brisant des barrières qui permettront à de nouvelles âmes de bénéficier des services qu’elle prodigue et de l’appel d’air en faveur de la Tradition qu’elle exerce sur toute l’Église ? Dieu seul le sait. Puisse Mgr Fellay répondre au mieux à sa sainte volonté.

Toujours est-il que la Fraternité va soit accepter que le Saint Siège régularise sa situation, soit préférer maintenir le statu quo d’une situation qui restera, quoi qu’il en soit, extraordinaire, si ses supérieurs considèrent que la confiance réciproque n’est pas assez confirmée pour permettre à l’œuvre fondée par Mgr Lefebvre de perdurer à l’avenir. La ligne de crête qu’elle a adoptée devient soudainement un fil de rasoir et des écueils se profilent, quelle que soit la réponse qu’elle donnera.

Si la Fraternité refuse ce que beaucoup appellent – probablement à dessein – la carte de la dernière chance, la lassitude pourra gagner quelques esprits comme elle a réussi à en éprendre par le passé. C’est un classique : l’histoire ne repasse pas les plats, diront-ils de manière politique. D’autres avaient cru jadis que la FSSPX transigerait sur l’essentiel et sombrerait vers le schisme le plus redoutable, revêtant alors des postures dramatiques. Il n’en fut rien. Pour le coup, l’expérience montre que l’histoire a le génie pour repasser ses plats bien refroidis qui finissent toujours par trouver de nouveaux consommateurs, usés par un combat exigeant et aguerris à une pitance si amère. A l’inverse, si le supérieur estimait qu’une régularisation apporterait plus à la Fraternité qu’elle ne la desservirait, d’autres figures, se croyant tout autant investies d’une mission divine, pourraient être à leur tour victimes de l’esprit de désunion et, dénuées des grâces d’état, invitées à grossir les obstacles et à minimiser les efforts déjà fournis, pour enfourcher d’aussi funestes chevaux de bataille.

Certes, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X n’est pas l’Église mais si ses autorités confirment qu’elles ne transigent pas avec la foi et sa profession, la prudence nous invite à les suivre soit en continuant à maintenir la patience vers laquelle elles nous auront invités, soit à œuvrer aux nouveaux champs d’apostolat qu’elles nous auront indiqués. Le doigt de Dieu a tant agi par l’intermédiaire de l’œuvre fondée par Mgr Lefebvre que tout indique qu’il souhaite continuer à lui donner un rôle fondamental dans la vie de l’Église. Il suffit de considérer son impact sur le monde catholique au regard de ce qu’elle représente numériquement pour comprendre que le bien commun nous demande ardemment de la soutenir, non comme une fin, mais comme un moyen de servir la Sainte Église.

Ceux qui ont un ardent amour de Rome s’activeront encore et toujours à le lui communiquer et ceux qui ont à cœur de maintenir les exigences d’une tradition persécutée continueront à lui insuffler cette rigueur doctrinale, sans nulle concurrence mais en pleine cohérence. Ce n’est pas dans une autre voie que Mgr Lefebvre, par son pragmatisme missionnaire comme son attachement aux principes, nous a engagés. Devant ses séminaristes, il avait mis en garde ceux qui lorsque « le doute s'instaure partout, où les esprits sont troublés, circonstances aussi qui veulent que, étant d'une certaine manière un corps de combat de première ligne, facilement, ceux qui sont en première ligne deviendront des francs-tireurs, croiront avoir une mission particulière. Mais il est dangereux de se constituer en francs-tireurs. On peut non seulement ne pas accomplir la volonté de Dieu, ne pas accomplir la volonté de nos supérieurs, mais on peut aussi détruire involontairement, sans doute, l'œuvre que le Bon Dieu nous demande d'accomplir. » Cette réflexion vaut tant pour les clercs que pour les fidèles.

Confions-nous donc plus que jamais à Notre-Dame du Rosaire !

6 octobre 2011

[Paix Liturgique] Le Pradet (Var): L'application paisible du motu proprio existe, nous l'avions rencontrée

SOURCE - Paix Liturgique n°303 - 6 octobre 2011

Commune de 11 000 habitants, située à 8 km de Toulon, Le Pradet est, à plus d’un titre, le théâtre d’une application exceptionnelle du Motu Proprio Summorum Pontificum. Nous voulons dire : application, de fait, exceptionnelle, mais en réalité exemplaire de ce qui devrait se faire. Il faut bien avouer, en effet, que le nombre de paroisses de France où le Motu Proprio est mis en application librement et spontanément par le curé lui-même et où coexistent pacifiquement les deux formes de l’unique rite romain est extrêmement limité.

À y regarder de plus prêt, l’écrasante majorité des nouveaux lieux de culte traditionnels mis en place depuis l’entrée en vigueur du Motu Proprio de Benoît XVI, l’ont été sur le modèle du Motu Proprio précédent de 1988 : mise en place par l’évêque là où le Motu Proprio de 2007 fait du curé de paroisse la pierre angulaire du nouveau dispositif ; instauration de messes traditionnelles dans des endroits dédiés (vieux concept de la réserve indienne), là où le Motu Proprio de 2007 fait de la paroisse le cadre normal d’application.

De ce premier point de vue, la paroisse du Pradet fait bien, de fait, figure d’exception, alors qu’elle est tout bonnement dans la norme romaine. Les résultats pastoraux fructueux de cette application normale, et de fait exceptionnelle, du Motu Proprio sont eux aussi à l'image de ce qui s'observe dans les autres lieux où celle-ci existe, aux États-Unis notamment.

Auparavant respectivement curé de la paroisse Saint-Georges (Paris 19ème) et vicaire à Notre-Dame-de-Clignancourt (Paris 20ème), les abbés Hubert Blin et Olivier Horovitz sont désormais curés in solidum (co-curés) de la paroisse du Pradet.

À Paris, déjà, ils étaient parmi les rares (les seuls ?) prêtres de l’archidiocèse à avoir appliqué ou tenté d’appliquer librement le Motu Proprio dans leurs paroisses respectives – ce qui, à Paris, veut dire en semaine, l’application au compte-goutte le dimanche étant du domaine réservé des autorités diocésaines.

En raison d’un certain nombre de contraintes, au nombre desquelles celles concernant la liturgie traditionnelle, ils ont préféré offrir leurs services pastoraux au diocèse de Monseigneur Rey (diocèse de Fréjus Toulon), pour œuvrer en se plaçant sous le patronage du Père Antoine Chevrier (voir notre lettre 265). La vie paroissiale reflète le charisme qui anime la communauté des Frères et Sœurs de la Mission dont ils sont les fondateurs : vie religieuse, vie pastorale intense et développement des œuvres de jeunesse par les patronages qui constituent la grande spécificité de leur apostolat. Pour plus d’informations, vous pouvez visiter le site de la paroisse.

Le Pradet est ainsi devenu l'une des rares paroisses françaises naturellement et normalement bi-formaliste. Chaque jour de la semaine, la messe y est célébrée à la fois sous sa forme ordinaire et sous sa forme extraordinaire, réunissant chacune un nombre identique de fidèles… Comme quoi, lorsqu'on donne le choix aux fidèles… Des 50 fidèles qui assistent à la messe chaque jour, la moitié suit la forme ordinaire et l'autre la forme extraordinaire. Une réalité qui confirme les chiffres que nous donnent les cinq derniers sondages que nous avons fait effectuer dans les diocèses de France, à savoir que plus de 50 % des pratiquants très réguliers – ceux qui assistent à la messe chaque dimanche et occasionnellement en semaine – souhaitent vivre leur foi catholique au rythme de la forme extraordinaire.

Chaque dimanche et jour de fête, la paroisse propose trois messes : deux célébrées dans la forme ordinaire et une dans la forme extraordinaire. L'ensemble des trois messes réunit environ 300 fidèles, dont une centaine pour la messe célébrée dans la forme extraordinaire. Un instantané qui confirme le souhait du socle incompressible de 35% des pratiquants – ceux qui vont à la messe au moins une fois par mois – de vivre leur foi au rythme de la forme extraordinaire. Les baptêmes sont également célébrés dans l’une ou l’autre forme du rite romain et un catéchisme adapté à la forme extraordinaire est également proposé depuis la rentrée de septembre.

En quelque sorte laboratoire paroissial de la bonne application du Motu Proprio, le cas du Pradet appelle plusieurs observations.

LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1/ Un tiers des fidèles pratiquants de la paroisse du Pradet assiste à la célébration de la forme extraordinaire. Cette expérience grandeur nature confirme les sondages réalisés par Paix Liturgique : un fidèle sur trois désire vivre sa foi catholique au rythme de la forme extraordinaire.

Les ennemis de la paix peuvent raconter ce qu’ils veulent : preuve est à nouveau faite avec le cas du Pradet que lorsque le curé est bienveillant et tente honnêtement l’expérience du Motu Proprio, les fidèles sont nombreux à souhaiter se sanctifier dans la forme extraordinaire du rite romain.

2/ N'en déplaise aux mauvaises langues, si entre 35% et 50% des paroissiens ont choisi au Pradet de vivre leur foi catholique au rythme de la forme extraordinaire, ce n'est pas parce que les curés y font de la "retape" ou qu'ils y font venir des familles étrangères à la paroisse. Deux paroisses voisines – Hyères et Saint François de Paule à Toulon – offrent en effet la liturgie traditionnelle le dimanche et... continuent à voir croître le nombre de leurs fidèles ! La paroisse du Pradet se situe en effet dans un diocèse où la messe traditionnelle est célébrée dans de nombreux autres églises, diocésaines et non (FSPPX à Toulon et Brignoles). Force est de reconnaître que le diocèse de Mgr Rey connaît un nombre de célébrations extraordinaires plus important que dans la plupart des autres diocèses français. Pourtant, la nouvelle célébration du Pradet ne s’est pas faite au détriment des célébrations extraordinaires préexistantes en ce sens que ce ne sont pas les fidèles de Toulon ou de Hyères qui s’y rendent mais… des fidèles du Pradet. Des fidèles qui, pour l'immense majorité, assistaient avant à la forme ordinaire ou ne pratiquaient plus.

L'exemple du Pradet tord donc le cou à cette idée fausse selon laquelle les fidèles attachés à la forme extraordinaire seraient uniquement ceux qui assistent déjà à la célébration de cette forme liturgique dans les rares endroits existants. Au contraire, les silencieux de l’Église, le tiers des pratiquants qui sont restés dans les paroisses sans rien dire, assistent à la messe traditionnelle quand elle est proposée dans leur paroisse.

Preuve en est également qu’aborder la question de l’application du Motu Proprio uniquement sous l’angle de la demande exprimée ne permet pas de mesurer la réelle attente des fidèles.

3/ Liberté. Voilà un mot qui caractérise cette paroisse. Au Pradet, les co-curés veulent être les prêtres de tous leurs fidèles sans exclusive. Garants de l’unité paroissiale, les curés n’imposent aucune des deux formes liturgiques : chacun a le choix de se rendre à telle ou telle célébration ce qui n’empêche pas les uns et les autres de se retrouver dans le cadre des nombreuses activités paroissiales. Les deux messes ordinaires n’ont pas été supprimées, la messe extraordinaire a juste été proposée en plus.

Cette application du Motu Proprio permet également d’affirmer que là où le prêtre se montre liturgiquement respectueux de chacun, il n’y a pas de querelles des rites. Ici encore – et comme les sondages de Paix Liturgique l'ont maintes fois révélé – preuve est faite que les fidèles ouvertement hostiles à la coexistence des deux formes du rite romain sont largement minoritaires dans les paroisses.

4/ Le Pradet est une illustration exemplaire du respect de la volonté du Pape d'offrir à tous les fidèles les trésors de la liturgie extraordinaire. Le rôle de l’évêque lui-même est exemplaire dans le sens où, selon l’esprit et la lettre du Motu Proprio, il laisse ses curés libres de répondre par eux-mêmes aux demandes des fidèles voire, s'il y a lieu, de les anticiper.

Une paroisse d'avenir

En appliquant de façon normale, c'est-à-dire conforme à la norme établie par Benoît XVI, le Motu Proprio, la paroisse du Pradet ne devrait pas se distinguer des autres paroisses de France. Cependant, dans les faits, illustration concrète de la réalité des aspirations des fidèles, cette paroisse est en avance sur son temps et devrait servir d'exemple aux autres paroisses du pays. Compte tenu de la sociologie du jeune clergé, de l’érosion de l’idéologie post-conciliaire et des souhaits exprimés par les fidèles, on peut dire sans risquer de se tromper que la paroisse du Pradet préfigure ce que sera une paroisse lambda dans 20 ans. Car, et c'est un autre des bienfaits de l'application du Motu Proprio, la désertification religieuse ne menace pas la paroisse.

[La Croix] Rome publiera le Préambule doctrinal en cas d’accord avec les intégristes

[FSSPX - DICI] Communiqué de la Maison Générale de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

SOURCE - FSSPX - DICI - Menzingen - 6 octobre 2011

En ce mois du Rosaire et, plus particulièrement,  à l’occasion de la fête de Notre Dame du Saint Rosaire, ce 7 octobre où les supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X se réuniront pour étudier les récentes propositions  romaines, Mgr Bernard Fellay demande aux prêtres et aux fidèles d’intensifier leur générosité dans la Croisade du Rosaire commencée à Pâques 2011 et qui s’achèvera à la Pentecôte 2012.

Le 29 septembre, dans un entretien à Stuttgart (Allemagne), l’abbé Niklaus Pfluger, Premier Assistant général, a rappelé : «Il ne s’agit pas pour nous d’acquérir un avantage. Nous voulons de nouveau rendre accessible pour toute l’Eglise le trésor que Mgr Lefebvre nous a transmis. (…) Nous nous soucions bien davantage de l’Eglise catholique. Avec Mgr Lefebvre, nous voulons dire aussi ces mots de saint Paul : «Tradidi quod et accepi» –  nous transmettons ce que nous avons nous-mêmes reçu.»

Au cours de la conférence qu’il a donnée le 1er octobre, à  Villepreux (France), Mgr Fellay a déclaré :  «Sœur Lucie a confié au Père Fuentes que la Sainte Vierge a mis dans cette prière une efficacité particulière, telle qu’elle peut résoudre tous les problèmes. Sœur Lucie le dit à Fatima : tous les problèmes. Vous entendez bien : tous ! Il faut le croire. (…)

«Notre Seigneur a dit : si vous aviez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne, va dans la mer, elle s’y jetterait (cf. Mt 17,20 ; Lc 17,6). Demandons cette foi-là, la foi de la taille d’un grain de sénevé.

«Aussi nous comptons sur vous pour intensifier ce rosaire. Il ne faut avoir absolument aucun doute : cette prière de toute une partie de l’Eglise qui s’unit pour demander de grandes grâces, plaît au Bon Dieu, l’honore et honore la Sainte Vierge.

«Donc allons-y ! Faisons cette croisade avec foi et confiance dans le Bon Dieu.»

Menzingen, le 6 octobre 2011

[Natalia Trouiller - La Vie] Fébrilité à Tradiland

SOURCE - Natalia Trouiller - La Vie - 6 octobre 2011

Sur la toile, le Tradiland s'échauffe à l'approche de la réunion à huis clos, à partir de demain, des dirigeants lefebvristes qui doivent décider s'ils acceptent ou non de revenir à la pleine communion avec Rome. Une fébrilité révélatrice des profondes lignes de fractures à l'intérieur même de la Fraternité sacerdotale Saint Pie-X. 

Fébrilité à Tradiland
 
C'est demain que débutera à Albano (Italie) la réunion des instances dirigeantes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, qui devra déterminer si les lefebvristes acceptent ou non le fameux "préambule doctrinal" préalable à la pleine réconciliation avec Rome. Difficile, en l'état, de faire le moindre pronostic. Le fait est que Rome affiche son optimisme, et que la Fraternité n'en finit pas de se faire désirer. En effet, à Rome, c'est de Mgr Pozzo (secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei) que vient l'assurance tranquille d'une réconciliation prochaine: comme le cite Jean-Marie Guénois dans le Religioblog, le prélat indique que "poser le problème de ce qui arrivera si les difficultés devaient être considérées graves ou insurmontables, me paraît hors de propos : ce problème ne se pose pas en ce moment", c'est-à-dire, en langage moins diplomatique, que Rome est confiante.

Du côté de la Fraternité, le son de cloche est bien différent. La Matinale chrétienne s'était fait l'écho des doutes émis par Mgr Fellay à Ruffec dans notre édition du 29 septembre. Par ailleurs, l'abbé Régis de Cacqueray, supérieur du disctrict de France et chef de file d'une aile dure de la FSSPX, multiplie les provocations: le voilà qui réitère ses imprécations contre la rencontre d'Assise, de la façon suivante: "En réparation de la convocation de la célébration de la scandaleuse réunion interreligieuse d’Assise qui aura lieu le 27 octobre prochain et pour obtenir de Dieu que cette réunion n’ait pas lieu, le district de France fera célébrer mille messes. En réparation des 33 représentations blasphématoires contre la Passion de Notre Seigneur dont la programmation a été confirmée dans différentes villes de France et pour obtenir de Dieu qu’elles n’aient pas lieu, le district de France fera célébrer 330 messes. En outre, chaque prieuré du district de France célébrera une messe publique de réparation et chaque prêtre célébrera également une messe de réparation.Nous invitons instamment tous les catholiques à entrer dans cet esprit d’expiation, de pénitence et de réparation de ces terribles péchés publics".

La rencontre d'Assise, un "terrible péché public" au même titre que le Piss Christ ou Golgota Picnic? La comparaison fait bondir l'abbé de Tanoüarn, du Bon Pasteur (traditionalistes rentrés dans le giron de Rome), qui répond sur son blog à l'abbé de Cacqueray: "Attention ! A traiter le pape de scandaleux, selon le bon vieux principe de l'arroseur arrosé, c'est l'insulteur qui devient lui-même un scandale".

Sur le site international de la FSSPX - qui se garde bien de reprendre l'imprécation de l'abbé de Cacqueray, conscient sans doute que cela équivaudrait à rompre immédiatement les négociations - on peut lire en revanche une interview de l'abbé Niklaus Pfluger, premier assistant général de la Fraternité. Un entretien dans lequel le bras droit de Mgr Fellay considère avec des pudeurs de jeune vierge le préambule doctrinal proposé par Rome, mêlant "j'y vais" - "Une reconnaissance canonique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pourrait justement favoriser le refleurissement de la Tradition catholique partout dans le monde" et "j'y vais pas" - "Toute offre faite à la Tradition doit nous garantir la liberté à la fois de continuer notre œuvre et notre critique envers "la Rome moderniste". Et cela semble, pour parler franchement, très, très difficile".

Que conclure de ces multiples sons de cloches? Que du côté de Rome, on s'attache à démontrer publiquement une image d'inépuisable bienveillance, afin que la responsabilité éventuelle d'une rupture soit assumée par la FSSPX seule; que dans la Fraternité, les tenants de la ligne de Mgr Fellay essaient d'afficher une irréprochable rigueur pour ne pas être accusés de brader la Tradition; que l'abbé de Cacqueray et les "durs" de la FSSPX sont prêts à tout pour faire capoter le processus, aspirés qu'ils sont par une tentation sédévacantiste de plus en plus forte. C'est pourquoi la rencontre d'Albano demain devrait probablement déboucher sur une demande d'éclaircissement de plusieurs points, afin de gagner du temps, ce qui semble actuellement la seule issue pour les lefebvristes.

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5 octobre 2011

[Roberto de Mattei - Correspondance Européenne] Assise III : pourquoi s'y opposer

SOURCE - Roberto de Mattei - Correspondance Européenne - octobre 2011

La supplique de certains catholiques italiens à Benoît XVI afin qu’il n’aille pas à Assise en octobre prochain (cf. CE 229/01, 31 janvier 2011), a suscité un vif débat dans lequel, en plus d’appréciations qui font autorité, il y a eu, comme cela était prévisible, des critiques et des commentaires très perplexes.

Il me semble inutile de répondre aux accusations venant du côté progressiste qui voit dans cet événement l’occasion pour relancer un œcuménisme syncrétiste : ces critiques constituent en effet la meilleure confirmation de l’opportunité de notre appel. J’estime par contre qu’il est nécessaire de répondre aux critiques du côté conservateur, lancées par des frères dans la foi qui ont probablement notre même amour pour l’Eglise.

Ces critiques pourraient être résumées en ces termes : la rencontre d’Assise annoncée par Benoît XVI n’a pas à nous plaire ou à nous déplaire ; on ne peut pas critiquer un Pape pour ce qu’il a fait (Jean-Paul II en 1986) ou pour ce qu’il souhaite faire (Benoît XVI en 2011), prétendant lui expliquer ce qui est bon pour l’Eglise. De la part des fidèles, surtout s’ils sont des laïcs, on exige une religieuse approbation de toute initiative et décision du Souverain Pontife.

La réponse à cette critique vient du Catéchisme, de la tradition théologique, de l’histoire de l’Eglise et de l’Enseignement pontifical. Le Catéchisme nous enseigne que le sacrement du Baptême nous incorpore à l’Eglise, en nous faisant partager sa mission (n. 1213), et celui de la Confirmation oblige tous les baptisés « à répandre et à défendre la foi par la parole et par l'action en vrais témoins du Christ » (n. 1285). La promesse de l’assistance divine de l’Esprit Saint, plusieurs fois répétée par le Seigneur aux Apôtres (Jn, 14, 16-17; 26-26) ne se manifeste pas seulement à travers le Magistère, mais aussi à travers le consensus de l’universitas fidelium, comme l’ont expliqué, contre les protestants, le grand théologien dominicain Melchior Cano dans De Locis theologicis et saint Robert Bellarmin dans De ecclesia militante. Les théologiens successifs ont distingué entre l’infallibilitas in docendo et l’infallibilitas in credendo de l’Eglise. Cette dernière repose sur le sens de la foi, c’est-à-dire la capacité du croyant de distinguer ce qui est conforme à la foi de ce qui ne l’est pas, non pas par un raisonnement théologique, mais au moyen d'une sorte de connaissance par co-naturalité. La vertu de la foi (habitus fidei), reçue avec le Baptême, explique en effet saint Thomas d’Aquin, produit une co-naturalité de l’esprit humain avec les mystères révélés, faisant de sorte que l’intellect de tout baptisé soit, comme par instinct, attiré par les vérités surnaturelles et adhère à celles-ci.

Au long de l’histoire de l’Eglise, le sensus fidei des simples fidèles a été parfois plus conforme à la Tradition apostolique qu’à celui des Pasteurs, comme cela arriva pendant la crise arienne du IVème siècle, lorsque la foi fut gardée par une minorité de saints et d’évêques rebelles, tels saint Athanase, Hilaire de Poitiers, Eusèbe de Vercelli et surtout par le peuple fidèle. Ce dernier ne s'associait pas aux diatribes théologiques mais gardait, par un simple instinct surnaturel, la bonne doctrine. Le bienheureux Newman écrit qu’« à cette époque d’immense confusion, le divin dogme de la divinité de Notre Seigneur fut proclamé, inculqué, gardé et (humainement parlant) préservé beaucoup plus par l’Ecclesia docta que par l’Ecclesia docens ».

Le rôle de tout baptisé dans l’histoire de l’Eglise a été évoqué par Benoît XVI dans son discours du 26 janvier 2011. Le Pape a rappelé la mission de « deux jeunes femmes du peuple, laïques et consacrées dans la virginité ; deux mystiques engagées non dans le cloître, mais au milieu de la réalité la plus dramatique de l’Église et du monde de leur temps ». Il s’agit de sainte Catherine de Sienne et sainte Jeanne d’Arc, « peut-être les figures les plus caractéristiques de ces ‘femmes fortes’ qui, à la fin du Moyen Âge, portèrent sans peur la grande lumière de l’Évangile dans les complexes événements de l’histoire. Nous pourrions les rapprocher des saintes femmes qui restèrent au Calvaire, à côté de Jésus crucifié et de Marie sa Mère, tandis que les Apôtres avaient fui et que Pierre lui-même l’avait renié trois fois ». L’Eglise, dans cette période-là, vivait la profonde crise du grand schisme d’Occident, qui a duré presque 40 ans. A cette époque aussi dramatique que la crise arienne, ces deux saintes furent guidées par la lumière de la foi plus que les théologiens et les ecclésiastiques de l’époque. Le Pape adresse à ces deux laïques les mots de Jésus selon lesquels les mystères de Dieu sont révélés à ceux qui ont le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux intelligents qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc. 10, 21).

C’est dans cet esprit que nous avons exprimé toutes nos perplexités et réserves face à cette rencontre interreligieuse d’Assise du 27 octobre 1986, qui ne fut pas un acte magistériel, mais un geste symbolique, dont le message fut confié non pas à des écrits ou à des mots, mais au fait lui-même et à son image. Un hebdomadaire italien en résumait alors le sens avec les mots du père Marie-Dominique Chenu: « C’est le rejet officiel de l’axiome qui était enseigné jadis : hors de l’Eglise, point de salut » (“Panorama”, 2 novembre 1986).

J’étais à Assise ce jour-là et j’ai une documentation photographique de ce qui se passa, par exemple dans l’église Saint-Pierre où à la place du Très-Saint-Sacrement, une petite statue de Buddha fut intronisée sur l’autel qui garde les reliques du martyr Vittorino, alors que sur un étendard situé devant le même autel on lisait « Je me consacre à la loi du Buddha ». En tant que catholique, j’éprouvai et je continue à éprouver répugnance pour cet événement qui ne mérite pas, d’après moi, d’être rappelé sinon pour en prendre les distances. Je suis certain que Benoît XVI ne souhaite pas que les abus de cette époque-là se répètent, mais nous vivons dans une société médiatique et la nouvelle rencontre d’Assise risque d’avoir la même signification qui fut attribuée à la première par les moyens de communication et donc par l’opinion publique mondiale, comme cela est en train de se passer.

Aujourd’hui nous vivons une époque dramatique où tout baptisé doit avoir le courage surnaturel et la franchise apostolique de défendre à voix haute sa propre foi, suivant l’exemple des saints et sans se laisser conditionner par la “raison politique”, comme il se passe très souvent dans le domaine ecclésiastique aussi. Ce n’est que la conscience de notre foi et aucune autre considération qui nous a poussé à refuser Assise I et II et à exprimer au Saint-Père, avec respect, toutes nos préoccupations devant l’annonce d’un prochain Assise III.

(Roberto de Mattei)

[Nicolas Senèze - La Croix] Rome espère une réponse « favorable, positive et affirmative » des lefebvristes

SOURCE - Nicolas Senèze - La Croix - 5 octobre 2011

Le secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei , Mgr Guido Pozzo, a déclaré dans une interview vidéo qu'il espérait une réponse « nettement favorable » de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) au Préambule doctrinal proposé par le Saint-Siège et le mouvement lefebvriste.

Dans un entretien au site de partage vidéo Gloria.tv, le secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei  (en charge du dialogue avec les intégristes), Mgr Guido Pozzo, a souligné combien le Saint-Siège espérait une réponse « nettement favorable, positive et affirmative » au Préambule doctrinal présenté le 14 septembre dernier à Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) par le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

« Qui est vraiment et pleinement catholique ne peut vivre pleinement et réellement dans l’Église catholique que là où l’Église catholique existe et se développe », a rappelé Mgr Pozzo.
Cela signifie-t-il que Rome serait prêt à un accord à tout prix ? « Que le pape désire une réconciliation me paraît évident – c’était clair dans la lettre aux évêques de 2009 – sinon, aucun des événements récents n’aurait eu lieu, a précisé le P. Federico Lombardi à La Croix . Mais, naturellement, formuler le désir ne signifie pas trouver la solution. »

« Cette malheureuse béatification de Jean-Paul II »


« Ce dont nous avons besoin maintenant est précisément de passer à l’évaluation les points controversés afin de vérifier la possibilité concrète de surmonter les difficultés doctrinales et les questions qui ont été abordées », a d’ailleurs souligné Mgr Pozzo.

Sur ce point, et alors que les responsables de la Fraternité doivent se retrouver vendredi 7 et samedi 8 octobre à Albano, près de la résidence estivale du pape de Castel Gandolfo, l’abbé Niklaus Pfluger, premier assistant général de la FSSPX, a reconnu que le Préambule doctrinal « admet de notre côté des corrections ».

Dans un entretien au site Internet du district d’Allemagne de la FSSPX, le « numéro 2 » de la Fraternité n’a pas écarté qu’un éventuel accord serait un moyen de lui faire « accepter d’autres chemins et la pensée conciliaire dans le sens du pluralisme ».

« Assise III et plus encore cette malheureuse béatification de Jean-Paul II, et bien d’autres exemples, montrent clairement que les autorités de l’Église ne sont toujours pas prêtes à abandonner les faux principes de Vatican II et leurs conséquences, explique-t-il. De sorte que toute offre faite à la Tradition doit nous garantir la liberté à la fois de continuer notre œuvre et notre critique envers ‘la Rome moderniste’. Et cela semble, pour parler franchement, très, très difficile. Encore une fois, tout compromis faux ou dangereux doit être exclu. »

1000 messes « en réparation » de la rencontre d’Assise


Dans le même entretien, il souligne aussi les bénéfices que la Fraternité pourrait retirer d’un statut canonique dans l’Église. « Pour nous il ne s’agit pas d’acquérir un avantage, précise-t-il. Nous voulons de nouveau rendre accessible pour toute l’Église le trésor que Mgr Lefebvre nous a transmis. Sur ce point, un statut canonique serait un bénéfice pour toute l’Église. Par exemple, on peut imaginer qu’un évêque conservateur puisse demander à un prêtre de la Fraternité de venir enseigner dans son séminaire diocésain. »

Sur ce sujet, lors d’une rencontre vendredi 30 septembre avec des journalistes, le supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay a prétendu qu’il y avait « de plus en plus d’évêques ayant des relations amicales avec la Fraternité ». À la question de savoir s’il y avait parmi eux des évêques français, il a répondu par l’affirmative, se refusant toutefois à donner des noms, estimant, selon lui, que « donner des noms, ce serait les condamner ».

Par ailleurs, dans un communiqué publié mardi 4 octobre, l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de la FSSPX a annoncé qu’« en réparation de la convocation de la célébration de la scandaleuse réunion interreligieuse d’Assise qui aura lieu le 27 octobre prochain et pour obtenir de Dieu que cette réunion n’ait pas lieu, le district de France fera célébrer mille messes ».

Nicolas Senèze

[APIC] Rome attend une réponse positive suite aux discussions avec les traditionalistes

SOURCE - APIC - 5 octobre 2011

Paris: La Fraternité Saint-Pie X dénonce la "scandaleuse réunion" d’Assise 

Rome attend une réponse positive suite aux discussions avec les traditionalistes

Paris, 5 octobre 2011 (Apic) Alors que le Vatican escompte recevoir une réponse positive de la part des traditionalistes suite à ses discussions avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), cette dernière tire à boulets rouges sur la "scandaleuse" rencontre des religions à Assise, le 27 octobre prochain. Le district de France de la FSSPX entend laver l’affront d’Assise en faisant célébrer "mille messes".

"En réparation de la convocation de la célébration de la scandaleuse réunion interreligieuse d’Assise" et "pour obtenir de Dieu que cette réunion n’ait pas lieu", le district de France de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X déclare qu’il fera célébrer "mille messes". L’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France, dénonçait déjà le 12 septembre le "renouvellement du scandale d’Assise". 

Assise n’apportera pas la paix au monde

Dans un communiqué daté du 4 octobre, il renouvelle ses attaques contre la rencontre d’Assise. "Ce n’est certes pas la paix que la réunion d’Assise apportera au monde", affirme-t-il. Aussi invite-t-il instamment "tous les catholiques à entrer dans cet esprit d’expiation, de pénitence et de réparation de ces terribles péchés publics".

L’abbé de Cacqueray assurait faire sa déclaration du 12 septembre "avec l’approbation de Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X". Il qualifiait alors la rencontre d’Assise de "foire des religions" qui offense gravement le premier commandement, selon lequel "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne rendras de culte qu’à Lui seul".

"Tandis que le pape se prépare à l’un des actes les plus graves de son pontificat, nous clamons vigoureusement et publiquement notre indignation", écrivait-il encore. Rappelons que le pape Benoît XVI a convoqué les dirigeants des différentes religions et "tous les hommes de bonne volonté", le 27 octobre 2011 à Assise, pour une "Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde". Il y a 25 ans, en octobre 1986, Jean Paul II avait organisé la première rencontre interreligieuse dans la ville de saint François. (apic/com/be)

[L'Union] Du hors-contrat « tradi »…

SOURCE - L'Union - 5 octobre 2011
En matière d'écoles hors contrat, on trouve également dans le secteur rémois l'école Saint-Remi à Prunay, établissement confessionnel revendiquant sa référence à la tradition catholique anté-conciliaire. Cet établissement est sous la direction de la fraternité sacerdotale Saint-Pie-X officiellement séparée de l'Eglise de Rome (les lefebvristes). «On y pratique les méthodes d'enseignement très traditionnelles, indique le chef d'établissement, l'abbé Ludovic Girod: méthode syllabique pour la lecture ; pas d'écran d'ordinateur, des cahiers ; pas de QCM, des leçons à apprendre.»

Comme on peut s'y attendre, un enseignement religieux est délivré aux élèves, «sachant qu'on ne leur demande pas d'y croire, insiste le prêtre, mais seulement de suivre les cours, de telle sorte que nous pouvons sans problème accueillir un élève musulman s'il respecte cette condition».

L'école Saint-Remi accueille pour le moment 25 enfants, entre la moyenne section de maternelle jusqu'au CM2, chaque classe étant à double niveau. L'établissement est loin d'afficher complet, sa capacité se montant à une cinquantaine d'élèves. Les prix (qui y sont peut-être pour quelque chose) : 140 euros par mois en primaire, 70 euros par mois pour la maternelle, sachant que les maternelles ne sont accueillis que deux jours par semaine ; la cantine est à 3,50 euros le repas, et il n'y a ni garderie ni étude.

A.P.

1 octobre 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Dixième anniversaire

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 1er octobre 2011

Le dixième anniversaire du 9/11 est venu et passé le 11 Septembre, il y a trois semaines. Apparemment dans les media des USA il y eut un tel torrent de sentimentalité à cette occasion que les pluies torrentielles récentes de la côte Est des Etats Unis ont paru, en comparaison, une simple ondée. Toutefois, avant que le seul fait d'aborder ce sujet ne devienne «antisémite», demandons-nous avec un commentateur américain d'une intelligence et d'une intégrité indiscutables, ce que fut exactement la réalité de cet évènement.

Ce commentateur, le Dr. Paul Craig Roberts, avait annoncé il y a quelques mois qu'il cessait d'écrire. Il était découragé par le manque de lecteurs intéressés par la vérité. Heureusement il n'a pas trop tardé à revenir sur sa décision. C'est un homme qui dit la vérité comme on en rencontre trop peu autour de nous. "Aux Etats Unis le Respect de la Vérité est Mort", tel est le titre de son article du 12 Sept., publié sur infowars.com. Comme il le suggère, la perte de la vérité est le drame réel, aussi bien du 9/11 que des dix années suivantes, non seulement aux USA mais de fait dans le monde entier.      

Le Dr. Roberts possède lui-même une formation scientifique, et comme tel il dit être totalement convaincu par les évidences scientifiques présentées lors de la réunion sur les évènements du 9/11 tenue du 8 au 11 Sept. 2011 à l'Université Ryerson à Toronto, au Canada. Au cours de quatre journées de conférences, des scientifiques, chercheurs, architectes et ingénieurs de renom présentèrent le résultat de leurs recherches sur les évènements du 9/11 (leurs découvertes sont peut-être encore accessibles sur  http://www.ustream.tv/channel/thetorontohearings). Le Dr. Roberts écrit que leurs recherches «ont démontré que dans le cas du bâtiment WTC7 il s'agissait d'une démolition contrôlée classique, et que ce sont des dispositifs incendiaires et explosifs qui ont provoqué l'effondrement des Tours Jumelles. Il n'y a plus aucun doute à ce sujet. Quiconque déclare le contraire ne dispose d'aucune base scientifique pour l'affirmer. Ceux qui croient à la versión officielle croient en un miracle qui défie les lois de la physique".

Le Dr. Roberts fait état de quelques-unes seulement des nombreuses preuves scientifiques présentées au Canada, par exemple la découverte récente de nanothermite -- mélange d'aluminium pulvérisé et d'un oxyde métallique formant un explosif très fort -- dans la poussière produite par l'effondrement des Tours. Mais, écrit-il, «la révélation d'une telle malveillance est si écrasante que la plupart des lecteurs y trouveront un défi à leur force mentale et émotionelle». La propagande du gouvernement et les medias «presstitués» ont une telle emprise sur les esprits que la plupart croient que seuls les «maniaques de la conspiration» peuvent douter de la version officielle des gouvernements. Les faits, la science, et l'évidence ne comptent pour rien (c'est l'expérience de quelqu'un d'autre que je connais!). Le Dr. Roberts cite un professeur de Droit de Chicago et d'Harvard qui a même proposé que ceux qui s'appuient sur les faits pour douter de la propagande du gouvernement, devraient être réduits au silence!

Selon une parole célèbre de G. K. Chesterton, lorsque les gens cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas en rien du tout, ils croiront n'importe quoi. Le plus grave, c'est que parmi les milliards de ceux qui perdent la vérité du 9/11 se trouvent des catholiques qui ne peuvent ou ne veulent pas voir l'évidence que le 9/11 est un travail " fait maison", des catholiques qui ne peuvent ou ne veulent pas voir la dimensión proprement religieuse du triomphe mondial d'un tel lavage de cerveau, d'un tel mensonge que représente la version officielle du 9/11. Que de tels catholiques prennent garde. Cela peut paraître une exagération insensée de dire qu'ils risquent de perdre la Foi, mais n'avons-nous pas l'exemple effrayant de Vatican II ? N'avons- nous pas assez proches de nous les années 1960 au cours desquelles un nombre considérable de catholiques voyaient avec tant de sympathie le monde moderne qu'ils en sont arrivés à penser que leur Eglise devrait s'adapter a lui ? Le Concile Vatican II n'en fut-il pas le résultat ?  Et celui-ci qu'a t-il fait de leur Foi?

Kyrie eleison.

[Abbé Philippe Toulza, fsspx - Fideliter] Les mariages dans la Tradition : valides ou invalides ?

SOURCE - Abbé Philippe Toulza, fsspx - Fideliter - septembre-octobre 2011

Depuis bientôt cinquante ans, dans l'Église, les autorités officielles ne facilitent pas la vie des fidèles qui désirent accéder à la doctrine traditionnelle et recevoir les sacrements comme leurs ancêtres les ont reçus. Non seulement ces autorités ont béni le Concile, mais elles donnent mauvaise conscience à ceux qui y résistent et qui donnent leur confiance aux prêtres voulant « dire comme toujours » et « faire comme toujours ».

L'une des menaces avec lesquelles on effraie ces âmes, c'est la peur d'un mariage invalide. « Si vous vous mariez devant les prêtres de la Fraternité Saint- Pie X, votre mariage sera invalide : vous serez donc non pas mariés mais concubins. » Pour asséner avec la force de l'autorité ces boniments, ceux qui n'ont que le mot « charité » à la bouche manifestent parfois une malveillance et un sectarisme paradoxaux.

Qu'en est-il en vérité ? Les mariages consentis devant les prêtres de la Fraternité sont-ils valides ?

L'argument que l'on oppose à cette validité est tiré du Droit :
« Seuls sont valides les mariages contractés devant le curé, ou l'Ordinaire du lieu, ou un prêtre délégué par l'un ou par l'autre, et devant au moins deux témoins, selon cependant les règles exprimées dans les canons qui suivent, et étant sauves les exceptions prévues aux canons 1098 et 1099. » (Canon 1094 du code de 1917 (1).

Les canons 1095, 1096 et 1097 ajoutent certaines règles qui importent peu quant à la question qui nous occupe (2).

Dans la Fraternité il n'y a pas de curé, ni d'Ordinaire du lieu, et rares sont les prêtres de la Fraternité qui reçoivent délégation d'un curé. Les mariages célébrés dans le cadre de la Fraternité ne peuvent donc pas prétendre à la validité selon la règle générale donnée par le canon 1094, mais il convient de montrer qu'ils le peuvent en vertu des exceptions prévues au canon 1098, cité par le canon 1094, comme on vient de le voir.
Le grave inconvénient
Selon le canon 1098 § 1,
« S'il n'est pas possible de faire venir ou d'aller trouver sans grave inconvénient un curé, ou un Ordinaire, ou un prêtre délégué qui puissent assister au mariage selon les normes des canons 1095 et 1096 :
« 1° En péril de mort, un mariage contracté seulement devant des témoins est valide et licite ; et cela est permis même en dehors d'un péril de mort, à condition que l'on puisse prévoir, en prudence, que cette condition des choses va durer un mois.
« 2° Dans l'un et l'autre cas, si un autre prêtre non qualifié peut être présent à l'échange des consentements, on doit l'appeler et il doit assister au mariage avec les témoins, sans que cette démarche soit requise pour la validité du mariage (3). »

L'alinéa 1° envisage donc deux cas : le péril de mort et l'absence de péril de mort. Laissant le premier cas de côté, relevons le deuxième : il assure que, si les futurs estiment en prudence que l'absence du prêtre habilité (curé, ou Ordinaire du lieu...) ou l'impossibilité d'aller le trouver sans inconvénient grave durera pendant un mois, il leur est permis de se marier uniquement devant les témoins (§ 1°, 2e partie).

Le code de droit canon n'est pas plus précis. Pour en approfondir la pensée, nous recourons à Raoul Naz, dont l'autorité est indiscutable. Dans son Dictionnaire de droit canonique, il commente ce canon à l'article Clandestinité et à l'article Mariage. Il explique qu'en dehors du péril de mort, pour qu'un mariage soit valide (c'est-à-dire vrai), il faut trois conditions cumulées (4) :
a. Le curé, ou l'Ordinaire du lieu... bref, un prêtre ayant les pouvoirs ne peut pas venir et on ne peut pas non plus aller à lui ; soit que le temps fasse matériellement défaut, soit que sa présence entraîne pour lui-même ou pour les fiancés un dommage qui soit grave, matériellement (frais engagés) ou moralement (les italiques sont de notre rédaction).
b. Que l'absence de ce prêtre habilité (ou : « ayant juridiction ») dure au moins un mois. Cette absence peut être d'ailleurs physique (en temps de guerre ou de persécution, de culte interdit, d'épidémie) ou bien morale (le prêtre pourrait être présent physiquement mais ne pourrait qu'avec un grave inconvénient demander ou recevoir le consentement des contractants).
c. Que l'impossibilité de recourir à un prêtre ayant juridiction touche au moins les deux futurs, même si d'autres personnes n'en souffrent pas (impossibilité au moins « personnelle », même si elle n'est pas « commune »).

Ces trois conditions suffisent pour que le mariage soit valide. Pour qu'il soit non seulement valide mais permis (« licite »), il faut que, si un prêtre sans juridiction peut être présent, on l'appelle.
Aller aux faits
Considérons à présent l'une après l'autre ces trois conditions à la lumière de la situation actuelle dans l'Église.

a. Il y a, dans l'Église, des prêtres et des évêques ayant juridiction, sur à peu près toute la planète, mais leur présence au mariage de catholiques de Tradition implique, dans l'immense majorité des cas, un grave dommage moral pour les fiancés. En effet, ces prêtres…
- presque toujours attachent au mariage la célébration d'une messe Paul VI gravement dangereuse pour la foi et responsable de la perte du sens catholique chez un très grand nombre d'âmes ;
- presque toujours, dans leur prédication au moment du mariage et dans la préparation, enseignent la conception du mariage que promeut le code canonique de 1983 et qui a été dénoncée par Pie XII comme une erreur formelle et grave (5) ;
- presque toujours, dans la préparation du mariage et dans leur pastorale, recommandent la régulation naturelle des naissances d'une façon systématique qui contredit les prescriptions de Pie XII et de la morale traditionnelle (6) ;
- parfois même bénissent l'union libre, le « mariage à l'essai (7) », la pratique de la pilule contraceptive, les divorcés remariés (8) et distribuent la communion aux concubins ;
- toujours (9) adoptent à l'égard des graves erreurs diffusées depuis Vatican II une attitude répréhensible, soit qu'ils les diffusent volontiers (clergé ouvertement conciliaire), soit qu'ils se taisent à leur égard, approuvant ainsi plus ou moins implicitement le tour moderne donné au gouvernement de l'Église par les prélats et ses conséquences pour le salut des âmes (clergé d'apparence traditionnelle et approuvé officiellement) (10).

b. Cette absence, non pas physique mais morale (il y a en effet un grave inconvénient à ce que ces prêtres reçoivent le consentement des mariés, pour reprendre les termes de Naz), dure bien plus qu'un mois.

c. Elle entraîne une impossibilité personnelle (et même commune) touchant les futurs mariés qui veulent se marier de façon parfaitement traditionnelle, au regard de la foi, de la morale et de la liturgie.

d. Par ailleurs il peuvent aisément avoir recours à un prêtre traditionnel sans juridiction (parmi ceux de la Fraternité ou bien d'autres). Pour que leur mariage soit non seulement valide, mais licite, ils doivent donc contracter mariage devant ce prêtre qu'ils auront trouvé.
La tradition ou l'absurde
Un mariage ainsi contracté ressemble à tout mariage, en ce qui concerne les contractants : ce sont, dans l'un et l'autre cas, l'homme et la femme qui se donnent le mariage. Mais tandis que, dans la forme canonique usuelle (prévue par le canon 1094), ce mariage se fait devant un témoin (prêtre ou évêque) ayant juridiction, dans la forme exceptionnelle (prévue par le canon 1098 § 1), ce mariage se fait devant un prêtre n'ayant pas juridiction pour le faire.

Un mariage célébré dans le cadre de la Fraternité est certainement valide : d'une part parce que les principes sont certains et affirmés par le droit (« La réponse ne semble pas faire de doute » dit Naz qui est afffirmatif parce qu'il s'appuie sur des décrets de la Commission d'interprétation du code) ; ensuite parce que la situation dans laquelle nous nous trouvons engendre objectivement, pour les fiancés, les graves dommages et inconvénients indiqués par le Droit.

En définitive, la possibilité de se marier sans prêtre ayant juridiction est si certainement et nettement prévue par le Droit, que ceux qui nient la validité des mariages devant les prêtres de la Tradition, ne le peuvent faire qu'à une seule condition : nier aussi l'ampleur de la crise dans l'Eglise. Ou bien l'on ne voit pas dans toute son ampleur cette crise tragique, profonde et durable, et l'on est touché par le doute. Ou bien l'on perçoit la situation telle qu'elle est, et nul argument ne peut empêcher la conclusion qui s'impose, claire et indubitable : tant que la crise durera, les mariages célébrés devant des prêtres de la Tradition seront pleinement valides et licites.
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N. B. Sur ce sujet, on pourra lire Les Mariages dans la Tradition sont-ils valides, Grégoire Celier, éditions Clovis.
Extrait du Fideliter n° 203 de septembre-octobre 2011
Notes
1 - Le canon 1108 § 1 du code de 1983 dit la même chose, en étendant au diacre les pouvoirs du prêtre.
2 - La disposition du canon 1094 date du concile de Trente. Adrien Cance, rappelant que les ministres du sacrement de mariage sont les époux eux-mêmes, explique en effet : « De droit naturel, le mariage est pour tous un contrat, et pour les chrétiens un contrat sacrement ; il consiste essentiellement dans l'échange du mutuel consentement que se donnent en vue de la vie conjugale deux personnes d'ailleurs "habiles" : il existe donc dès que l'homme et la femme ont exprimé et réciproquement accepté leur consentement, même d'une manière clandestine, c'est-à-dire sans la présence d'aucun témoin. Cependant la société religieuse et la société civile sont intéressées à ce que la preuve du mariage puisse être faite et peuvent défendre les mariages clandestins. L'Eglise les avait prohibés avant le Concile de Trente, mais sans les déclarer invalides. [Mais] dans le célèbre décret Tametsi (session XIV, ch. 1), il fut décidé que les mariages devraient, à peine de nullité, être célébrés devant le curé ou un prêtre délégué par le curé ou l'Ordinaire et devant deux ou trois témoins. [Enfin, pour accélérer l'application du concile de Trente], la Congrégation du Concile publia, le 2 août 1907, le décret Ne temere (…) : désormais, quel que soit le domicile ou le quasi-domicile des contractants, le mariage est invalide s'il n'est pas fait devant le curé ou l'Ordinaire du territoire ou devant un prêtre par eux délégué… » (Commentaire du code de droit canonique, Lecoffre, Paris, 1930, § 320) Le prêtre n'est de toute façon jamais ministre du sacrement de mariage. Il est témoin officiellement délégué par l'Église.
3 - Le canon 1116 du code de 1983 ne dit pas autre chose. Sur toute cette matière, il n'y a aucune réelle différence entre les dispositions de l'ancien et du nouveau code.
4 - « En dehors du péril de mort, pour qu'un mariage ne soit pas invalide pour cause de clandestinité il faut : a) le manque de témoin qualifié compétent, b) la prévision d'une absence d'un mois, c) que l'impossibilité soit personnelle et d) autant que possible, s'assurer la présence d'un prêtre non compétent. « a) L'absence du témoin qualifié. (…) Le témoin qualifié ne peut haberi [se rendre au mariage] lorsqu'il est impossible de l'appeler, de le mander par d'autres que les parties, ou si, convoqué pour assister au mariage, il n'est radicalement pas capable de venir à temps. Il ne peut adiri [être accessible] lorsque ceux qui doivent contracter ne sont pas à même de se rendre devant lui pour échanger leur consentement. « L'absence "haberi vel adiri nequeat" est absolue ou relative. Elle est absolue si le temps matériel fait défaut pour que les parties et le témoin qualifié se réunissent ou si les moyens ordinaires tels qu'une lettre ne permettent pas de parer à la situation. (…). L'absence est relative si, pour y obvier, le témoin qualifié ou les contractants doivent subir un grave dommage matériel ou moral. Les dépenses à engager, la fatigue ou les dangers du chemin, la bonne renommée du pénitent, etc., doivent ici être pris en considération. « En toutes ces hypothèses l'impossibilité personnelle suffit : il n'est nullement exigé qu'elle soit également commune. « b) La prévision d'une absence d'un mois. Prudemment on doit prévoir que l'absence du curé, de l'Ordinaire ou de leur délégué durera un mois continu et moralement complet. (…) « Le défaut de témoin qualifié pour assister au mariage se produit surtout en pays de missions, à cause du manque de prêtre. Cependant en temps de guerre ou de persécution, lorsque l'exercice du culte religieux est interdit ou en période d'épidémie, cette situation pourrait également se rencontrer ailleurs, car en ces circonstances il est parfois moralement, sinon physiquement, impossible de trouver un prêtre compétent sans attendre un mois. « Ce passage de l'absence physique à l'absence morale est-il légitime? La réponse ne semble pas faire de doute. Il est vrai que la commission pontificale d'interprétation du Code a décrété le 10 mars 1928 (Acta Apostolicae Sedis, t. xx, p. 120) qu'il fallait entendre le canon 1098 comme se référant exclusivement à l'absence physique du curé ou de l'Ordinaire du lieu, mais le 25 juillet 1931, la même commission donnait une interprétation en sens opposé en répondant affirmativement à la question suivante : An ad physicam parochi et ordinarii absentiam de qua in interpretatione d. 10 mart. 1928 ad canonem 1098 referendus sit etiam casus quo parochus vel ordinarius licet materialiter praesens in loco, ob grave tamen incommodum, celebrationi matrimonii assistere nequeat requirens et excipiens contrahentium consensum ? [Le décret du 10 mars 1928, interprétant le canon 1098, et faisant référence à une absence physique du curé et de l'Ordinaire, doit-on assimiler à cette absence physique également le cas où le curé ou bien l'Ordinaire, bien que matériellement présents dans le lieu, ne peuvent cependant pas, en raison d'un grave inconvénient, assister à la célébration du mariage pour y demander et y recevoir le consentement des parties contractantes ?] (Commission pontificale, 25 juillet 1931, dans AAS, t. xxiii, p. 288). « On peut donc considérer que le curé ou l'Ordinaire compétents sont moralement absents, bien qu'ils soient matériellement présents, lorsque par suite d'un grave inconvénient ils ne peuvent demander et recevoir le consentement matrimonial des contractants (voir J.-A. Couly, « A propos des mariages clandestins », dans Revue catholique des institutions et du droit, juillet-août 1934, p. 340-354). « c) L'impossibilité doit être personnelle. C'est-à- dire résulter du défaut de prêtre, d'une maladie contagieuse, d'un état de persécution, etc. Remarquons-le avec soin dans le cas exceptionnel qui nous occupe, pour éviter que le mariage ne soit clandestin, il faut que l'impossibilité d'avoir ou de trouver un prêtre compétent soit réellement personnelle. L'impossibilité commune ou locale n'est pas requise : celle-ci d'ailleurs ne suffirait pas pour que le mariage puisse être célébré sans le témoin qualifié si elle n'était pas également personnelle et particulière. Quand toutes ces conditions sont réalisées, le mariage contracté sans le témoin qualifié est donc valide. « d) La présence d'un prêtre non compétent. La présence de ce prêtre est obligatoire lorsqu'elle est possible et qu'il n'existe aucune juste cause pour s'en dispenser, mais elle n'est requise que pour la licéité et non pour la validité du mariage.» (article « Clandestiné », Letouzey, 1935, tome iii, colonnes 813-816). « b. Ne sont pas tenus d'observer le can. 1099 : « ?) Ceux qui sont en péril de mort, ou qui sont dans l'impossibilité de s'assurer la présence du curé, de l'Ordinaire, de leur délégué ou même d'un simple prêtre, peuvent délaisser les formes ordinaires du can. 1094 et se marier selon les formes extraordinaires du can. 1098: ils contractent validement mariage en présence de deux témoins, si l'absence du curé doit durer un mois (voir supra, ni, 812). « Plusieurs décisions du S.-Siège donnent les précisions suivantes : le can. 1098 ne doit pas s'entendre seulement de l'impossibilité physique pour le curé, l'Ordinaire ou leur délégué d'être présents. Leur absence peut résulter aussi du grave inconvénient qui s'oppose à leur participation au mariage (Comm. d'interprét. du Code, 25 juill. 1931; AAS, xxv, 388). (…) « Enfin la Commiss. d'interprét. du Code, le 3 mai 1945, a déclaré que l'obstacle prohibitif peut être pris en considération aussi bien quand il concerne les époux ou l'un d'entre eux, que quand il concerne le curé, l'Ordinaire ou leur délégué (AAS, xxxv ir, 149).» (article « Mariage », Letouzey, 1935, tome vi, colonne 772).
5 - La doctrine traditionnelle dit que le mariage a pour fin principale la procréation puis l'éducation des enfants ; le code de 1983 affirme au contraire que la fin principale est le bien des conjoints (c. 1055). L'auteur de ces lignes a vu un jour deux jeunes gens lui demander de commencer une préparation au mariage en parallèle avec une préparation que leur donnait déjà, depuis quelque temps, un prêtre de la communauté Saint-Jean : ces fiancés avaient décelé le personnalisme de sa préparation au mariage et le lui avaient reproché.
6 - La régulation naturelle est bonne si elle est pratiquée dans les conditions définies par Pie XII ; aujourd'hui on réduit à presque rien ces conditions, pour le motif, certes réel mais insuffisant, que la chasteté est rendue plus difficile dans le monde moderne.
7 - J'ai connu une femme d'origine polonaise qui souhaitait se marier dans la loi de Dieu et qui, dans le diocèse de Paris, s'est tournée successivement vers deux ou trois prêtres de paroisse qui lui ont conseillé ou imposé le mariage à l'essai.
8 - Qui n'a pas rencontré des divorcés remariés recevant une sorte de bénédiction nuptiale, ou bien l'absolution sans quitter leur état, ou encore la communion sacramentelle ?
9 - Non de droit, mais de fait. Les exceptions existent peut-être et gagneraient à être rendues publiques.
10 - On peut considérer que, pour des fidèles qui savent la crise extraordinaire que vit l'Église aujourd'hui, et qui peut-être fréquentent habituellement les chapelles desservies par la Fraternité Saint-Pie X, il y a un grave inconvénient à se marier devant un prêtre qui célèbre la messe de Saint-Pie V mais qui jette un injuste et calmonieux discrédit sur Mgr Lefebvre, sur son action pour la vérité et le salut des âmes, et sur la société religieuse qu'il a fondée.