24 octobre 2011

[AFP - La Croix] Romeo Castellucci « pardonne » aux perturbateurs de sa pièce

SOURCE - AFP - La Croix - 24 octobre 2011

Le metteur en scène italien Romeo Castellucci a choisi de « pardonner » aux intégristes catholiques qui ont perturbé les représentations à Paris de sa pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu tandis que l’Église catholique gardait toujours le silence lundi.

« Je leur pardonne car ils ne savent pas ce qu’ils font », a dit Romeo Castellucci, paraphrasant les paroles du Christ, après les perturbations provoquées par des membres de l’institut Civitas, proche de la Fraternité Saint-Pie-X, au Théâtre de la Ville à Paris. « Ils n’ont jamais vu le spectacle ; ils ne savent pas qu’il est spirituel et christique ; c’est-à-dire porteur de l’image du Christ », écrit-il dans un communiqué rendu public dimanche soir.

Interrogée par l’AFP, la Conférence des évêques de France n’avait pas réagi lundi midi 24 octobre à ces incidents, tandis que le ministre de la culture Frédéric Mitterrand avait condamné dès samedi ces « perturbations ». La Ville de Paris et le théâtre ont décidé, pour leur part, de déposer conjointement plainte contre les perturbateurs pour « actes de dégradation du domaine public » et « atteinte à la liberté de création et d’expression artistique ».
La demande d’interdiction du spectacle par voie de justice avait été déboutée le 18 octobre, précise la direction du théâtre qui a dû faire intervenir la police pour évacuer les perturbateurs.

Humanité défigurée

Le directeur du Théâtre de la Ville, Emmanuel Demarcy-Mota, rappelait lundi que le spectacle avait déjà été présenté dans plus d’une dizaine de pays européens sans « susciter la moindre réaction analogue ». « Ces agissements à caractère fascisant sont absolument inadmissibles », ajoutait-il dans un communiqué, affirmant la détermination de tous à ne céder "sous aucun prétexte à ces menaces et à cette intimidation".
Disant « détester la provocation » et ne pouvoir « accepter la caricature et l’effrayante simplification effectuées par les fondamentalistes chrétiens », Romeo Castellucci estime que les perturbateurs « sont dépourvus de la foi catholique même sur le plan doctrinal et dogmatique ». « Ils croient à tort défendre les symboles d’une identité perdue, en brandissant menace et violence… Désolé, mais l’art n’est champion que de la liberté d’expression », assure-t-il.
La pièce met en scène un fils aimant qui nettoie avec patience son père incontinent, sous le regard du Christ. Elle amène le spectateur à se demander jusqu’où peut aller sa propre sollicitude à l’égard d’un proche qui ne contrôle plus son corps et dont l’humanité apparaît défigurée. 

Campagne intégriste
 
Lors d’un entretien avec Jean-Louis Perrier pour le festival d’Avignon, Romeo Castelluci s’expliquait en ces termes : « Dans Sur le concept du visage de Dieu , ce regard du Christ est central et rencontre chaque spectateur, individuellement. Le spectateur est sans cesse observé par le fils de Dieu. Montrer le visage du fils de Dieu, c’est montrer le visage de l’Homme, Ecce Homo saisi au moment de la fragilité qui ouvre à la Passion ».
Depuis plusieurs semaines, les milieux intégristes catholiques (et notamment l’institut Civitas, lié à la Fraternité Saint-Pie-X) ont lancé, dans la foulée de leurs actions très médiatiques contre l’exposition de la photographie Piss Christ à Avignon, une vaste campagne contre la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu , jouant l’amalgame avec la pièce Golgota Picnic de Rodrigo García qui entend, quant à lui, ouvertement attaquer l’iconographie chrétienne, image de la « terreur et de la barbarie ».

AFP

23 octobre 2011

[Henrik Lindell - Témoignage Chrétien] Touche pas à mon missel !

SOURCE - Henrik Lindell - Témoignage Chrétien - 23 octobre 2011

Une nouvelle traduction du missel en anglais entrera en vigueur aux États-Unis le 27 novembre. Elle correspondrait mieux à la version originale en latin. Mais certains catholiques sont mécontents.

Le coup d’envoi a été donné pour le 1er jour de l’Avent. A partir de cette date, le 27 novembre, les 70 millions des catholiques aux États-Unis devront apprendre à dire la messe avec des mots auxquels ils ne sont pas habitués.
Cette nouvelle traduction d’un missel en anglais a été préparée depuis plusieurs années par des dizaines d’évêques, des linguistes et aussi des spécialistes du Vatican. Et comme c’est souvent le cas quand on change un missel (le livre liturgique qui rassemble les textes et les indications rituelles et musicales nécessaires à la célébration de la messe), les esprits catholiques s’échauffent et se divisent en deux camps : les pour et les contre.

Pétition
Les pour, qui rassemblent notamment et par définition les évêques, se félicitent de la nouvelle version parce qu’elle est indiscutablement plus proche des textes originaux du missel latin et des Écritures que la traduction actuellement en cours. Telle était l’intention du Saint-Siège, qui a exigé en 2001 dans l’instruction Liturgiam authenticam, des textes « traduits intégralement et d’une manière aussi exacte que possible, sans omissions ni additions en ce qui concerne le contenu ».
Une décision qui était quasiment une mise en cause directe de l’actuelle traduction anglaise. Faite dans l’enthousiasme en 1970 après le Concile Vatican II et approuvée par les conférences épiscopales américaines, cette dernière est connue pour ses formules souvent éloignées de celles qu’on récitait auparavant en latin.
Un exemple : dans une messe catholique en France, l’assemblée répond souvent « et avec votre esprit ». Cela correspond à la formule latine : « Et cum spiritu tuo. » Aux États-Unis, on dit « and also with you » (« et avec vous » en français). Dans le nouveau missel anglais, on trouve désormais cette expression : « And with your spirit », soit une traduction littérale du latin.
Les contre, eux, sont déçus pour deux raisons : les consultations avec les laïcs et des prêtres « du terrain » ont été sommaires et le Vatican n’a guère écouté les arguments de nombreux théologiens libéraux qui trouvent normal que le missel puisse prendre des libertés avec le texte original latin. C’est la différence entre l’esprit et la lettre, disent-ils.
L’opposition la plus farouche a été menée par des collaborateurs du magazine jésuite America. 22 500 catholiques ont signé une pétition qui exige le retrait de la nouvelle traduction. Le révérend Michael G. Ryan, prêtre à Seattle et un des initiateurs de la pétition, s’en prend à ce retour au latin.
Prenons par exemple cette nouvelle expression sur Jésus : « consubstantiel avec le Père. » Une trouvaille qui remplace l’ancienne formule « Un avec le Père », pourtant très claire !
Pour le Père Ryan, tout cela est contraire à l’esprit de Vatican II. Celui-ci avait d’ailleurs autorisé les conférences épiscopales à choisir les traductions qui leur semblaient les meilleures. « Et si on faisait jouer plutôt la collégialité, le dialogue et la perception réaliste des besoins pastoraux de notre peuple ? » demande-t-il en introduction de l’appel.

Dans les mots

Pour les évêques américains, cette mise en cause est très excessive. Gregory Aymond, archevêque de La Nouvelle-Orléans et président de la Conférence des évê­ques, s’éver­tue à expliquer que « les seuls changements sont dans les mots, pas dans le rite ».
À l’instar de Benoît XVI, il considère aussi que « ce changement nous amène à réfléchir à ce que nous disons vraiment à la messe ». Parmi les exemples mis en avant par les évêques, on trouve aussi le célèbre verset de l’évangile de Matthieu : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés  » (Mt 26.28). Dans le missel anglais des Américains, on dit « répandu pour tous ».

Une idée conforme à l’esprit des Écritures, selon les évêques, mais pas conforme aux mots vraiment utilisés par les évangélistes. Le débat continue…

[abbé Guillaume de Tanoüarn, ibp] Troisième voie ? C'est la voie de garage

SOURCE - Abbé Guillaume de Tanoüarn, ibp - MetaBlog - 23 octobre 2011

La réalité est irrémédiablement dialectique et il nous faut prendre parti : le bien et le mal ; le beau et le laid ; la chair et l'esprit. Plus profondément, tous les dilemmes que la vie nous présente se réduisent, du point de vue chrétien, au choix que nous avons entre notre volonté propre et la volonté de Dieu. La volonté propre... c'est tout ce qui mène l'homme à SE SERVIR. La volonté de Dieu, qu'on la connaisse bien ou qu'on en doute encore, qu'elle nous apparaisse clairement ou dans un brouillard, c'est toujours ce qui nous pousse au SERVICE DE L'AUTRE. Servir ou se servir, il n'y a pas de troisième voie. Saint Thomas nous donne la raison ultime de cette absence de troisième voie : la vie morale suppose toujours une fin ultime unique, à quoi tout peut se rapporter... Et s'appuyant sur Augustin, il décline cette fin ultime de deux façons : le but de notre vie c'est Dieu (disons : l'Infini) ou Soi (le Moi à l'Infini : beurk). On ne peut pas sortir de ce dilemme. Connaître la vie, c'est comprendre que, d'une manière ou d'une autre, qu'on soit croyant ou non, ce dilemme on le subit.

Le propre d'une spiritualité forte est d'affronter toujours l'existence comme un dilemme. Le Christ disait simplement : "Qui n'est pas avec moi est contre moi". Dans cette perspective, il n'y a pas de troisième voie.

Il ne s'agit pourtant pas de s'enfermer soit dans une opposition stérile soit dans une adhésion inconditionnelle, qui seraient tout aussi vaines l'une que l'autre. La dualité, lorsqu'elle est envisagée à ce degré d'universalité, n'a rien à voir avec l'esprit binaire, qui lui n'universalise pas, mais régionalise tous les conflits, en les réglant en base 2 : blanc ou noir, rouge ou brun etc. Cette dualité transcendantale est celle qui permet tous les rapprochements et toutes les analogies puisqu'en rigueur de terme il n'y a que deux positions. C'est pourquoi, après avoir dit "Qui n'est pas avec moi est contre moi", le Christ peut dire aussi, et dans la même perspective foncièrement duelle quoi que non dualiste : "Qui n'est pas contre vous est pour vous". C'est justement aussi parce qu'il 'y a pas de troisième voie que "qui n'est pas contre nous est pour nous". En ce sens le génie duel qui est le fond du christianisme a toujours été un génie assimilateur et inculturationiste. L'absence de troisième voie ne signifie aucun enfermement, mais au contraire une dynamique sans équivalent : celle qu'avait perçue saint Ignace en dressant aux yeux de ses retraitants les deux étendards.

La dualité non dualiste, celle qui nous oblige à prendre parti dans les enjeux infinis de l'existence, n'a rien à voir avec l'intégrisme de toutes les Pensées uniques. Elle n'est pas exclusive, mais inclusive. Concrètement ? Il me semble que le pape disant "Nul n'est de trop dans l'Eglise" a bien compris la dynamique duelle qui fait dire au Christ : "Qui n'est pas avec vous est pour vous". Représentant naturellement une unité transcendantale, il a les moyens de vivre la dualité qu'instaure le choix chrétien comme une dualité inclusive.

Au contraire, les chrétiens de tous bords qui crient "Nous sommes l'Eglise" en se partageant ses dépouilles, excluent leurs frères sans un scrupule. IIs ont une conception régionale de l'Eglise et de l'appartenance à l'Eglise. Cette conception régionale, le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne s'élève pas à l'universel. En ce sens elle n'est pas catholique.

[Dom Romain - cath.ch] Mgr Williamson «pourvoyeur de haine»

SOURCE - Dom Romain - cath.ch - 23 octobre 2011

Chaque semaine Mgr Williamson publie une Newsletter. La dernière, du 15 octobre, au sujet «Les juifs déicides», a placé une nouvelle fois la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X dans une situation embarrassante. Les propos de l’évêque intégriste, ont suscités la réaction de «La Conférence des rabbins européens (CER)», comme le rapporte le journal La Croix. Ils font remarquer, à juste titre, que «des commentaires comme ceux-là nous ramènent des décennies en arrière, aux jours sombres qui ont précédé le dialogue mutuel constructif et respectueux entre juifs et catholiques romains.» Le CER note aussi que le pape «Benoît XVI a montré son engagement en faveur d’un dialogue positif avec les juifs, avant comme pendant son pontificat», et d’inviter l’Eglise à suspendre ses négociations avec les tendances Catholiques extrémistes, «jusqu’à ce qu’il soit clair que ces groupes montrent leur clair engagement à lutter contre l’antisémitisme dans leurs rangs.» En effet, disent-ils encore, «il doit être clairement dit qu’il n’y a pas de place dans l’Église catholique pour les pourvoyeurs de haine.» La distinction faite entre les positions de l’Eglise, exprimées par le pape, et les paroles de l’évêque provocateur, est des plus heureuses. Ces propos provocateurs ont suscité la réaction de deux sites de langue italienne, VATICAN INSIDER titrait «Les lefebvristes mettent en danger le dialogue entre les catholiques et les hébreux» et palazzoapostolico, le blog de Paolo Rodari, «Les lefebvristes risquent de faire ‘sauter’ Assises».

Monseigneur Williamson sera-t-il réduit au silence? Dans une lettre que le supérieur de la Fraternité aurait envoyée le 23 septembre et qui s’est retrouvée sur le net le 13 octobre, Mgr Fellay dit à son subordonné: «Je vous demande donc, une fois encore, de rester silencieux et d’attendre d’autres ordres. Si vous deviez refuser de tenir compte de ces directives, cela signifierait à la fois que vous ne serez pas invité à Albano, mais cela marquerait en outre le début de la procédure visant à vous expulser de la FSSPX» (cf. La Vie). A ce jour, aucun des deux évêques n’a démenti l’envoi ou le contenu de cette lettre. Mgr Williamson a continué de publier son message hebdomadaire, mais il n’a pas participé à la réunion d’Albano. On ne doute pas de l’agacement de Mgr Fellay, mais a-t-il vraiment les moyens de se faire obéir? Quant à la question de son expulsion, la réponse se trouve peut-être dans une paraphrase de Staline: Mgr Williamson, combien de division? Le silence de Mgr Williamson serait une bonne chose pour la Fraternité et pour son supérieur, toujours identifiés à leur membre le plus médiatique. Le protocole d’accord ne pourra certainement pas faire l’impasse sur ce genre de comportement.

Dom Romain

22 octobre 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Les païens vertueux

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 22 octobre 2011

Après avoir lu (EC221) comment la musique de Brahms est la preuve d'une certaine grandeur d'âme, un jeune lecteur brésilien demande si la mèche qui fumait encore en lui ne fumait pas mieux qu'elle ne le fait dans un catholique tiède (cf.Mt.XII, 20). Le contraste tend à mettre en lumière la vertu du païen et à mettre en question la vertu des catholiques tièdes et paresseux. Bien sûr la vertu païenne est digne de louange et la tiédeur catholique est digne de blâme, mais cela soulève une plus grande question: combien au juste est-il important d'être un catholique croyant? Combien importante est la vertu de foi? La réponse ne se laisse pas infléchir : elle est aussi importante que l'éternité est longue.

Que la foi soit une vertu d'une valeur suprême, cela est évident à la lecture des Evangiles. Que de fois Notre Seigneur après avoir opéré un miracle de guérison physique ou spirituelle, dit au miraculé que c'est sa foi qui a obtenu pour lui le miracle, par exemple dans le cas de Marie Madeleine (Lc.VII,50). Toutefois l'Ecriture montre tout aussi clairement que cette foi méritoire est quelque chose de plus profond qu'une connaissance explicite de la vraie religion. Ainsi les centurions Romains peuvent n'avoir connu que peu ou rien de la vraie religion de leur époque, l'Ancien Testament, et cependant de l'un d'eux Notre Seigneur dit qu'il n'avait pas rencontré de foi aussi grande en Israel (Mt.VIII,10), un autre parmi eux reconnaît comme le Fils de Dieu le Jésus crucifié auquel les experts en religion n'ont réservé que moquerie (Mt.XXVII,41), tandis qu'un troisième, Cornélius, marque le chemin pour tous les Gentils qui entreront dans la vraie Eglise (Act.X,XI). Qu'est ce qu'avaient ces centurions païens que les prêtres, les scribes et les anciens n'avaient pas, ou n'avaient plus ?

Du début à la fin de leur vie, tous les hommes sur cette terre, païens aussi bien que non-païens, sont constamment confrontés avec une variété de choses bonnes, toutes venant en dernier ressort de Dieu, et de choses mauvaises, venant de la malice des hommes. Mais Dieu lui-même est invisible tandis que les hommes mauvais sont trop visibles, de telle sorte qu'il n'est que trop facile de ne pas croire dans la bonté ou même dans l'existence de Dieu. Toutefois, les hommes au coeur droit croiront dans la bonté de la vie en ne donnant au mal qu'une importance relative, tandis que les hommes au cœur mauvais déprécieront le bien qui est tout autour d'eux. Les hommes dans l'une catégorie comme dans l'autre peuvent n'avoir aucune connaissance explicite de la religion, mais tandis que les hommes au cœur droit, tels les centurions, s'empareront d'elle aussitôt qu'elle traverse leur chemin, ceux dont le cœur est mauvais la mépriseront, plus ou moins. C'est ainsi que dans leur innocence André et Jean suivirent immédiatement le Messie (Jn.I, 37-40), tandis qu'il fallut plus de temps et d'arguments au lettré Gamaliel (Act.V, 34-39). Disons donc qu'au cœur de la vertu explicite et éclairée de la foi se trouvent une confiance implicite dans la bonté de la vie et le sens d'un certain Etre se trouvant derrière elle, confiance qui peut être minée par une doctrine erronée, ou ébranlée par exemple par le scandale.

[Una Voce] "Voici le dernier ouvrage de chants publié ..."

SOURCE - Una Voce - 22 octobre 2011

MAGNÍFICAT DÓMINUM: Voici le dernier ouvrage de chants publié par l'association Sacra Musica. Il est en vente ici même sur notre boutique en ligne. Il mérite vraiment ses 28 euros. Si vous avez un doute, voici ci-dessous en toute objectivité ce que nous pouvons en dire.

L'ouvrage est sous-titré : « Les chants de toute l'année liturgique pour les fidèles et les chorales ». Son contenu est ainsi clairement annoncé.

C'est le troisième Magníficat qui voit le jour (cf la photo ci-dessus). Le premier, beaucoup plus modeste (493 p.) avait paru en 1998. Le deuxième avait été édité par Clovis en 2004 et s'était enrichi de nouvelles pièces pour atteindre 629 p.

C'est toujours l'infatigable abbé Bernard Lorber qui est à l'origine de ce nouvel opus dont nous nous réjouissons de la parution. Il est excellent. Tout juste pouvons-nous formuler une réserve mineure : dès le début des vêpres du dimanche, l'invocation bien connue Deus in adjutórium meum inténde ne comporte pas d'épisème horizontal sur le meum, ce signe qui fournissait à ce mot une légère nuance d'expression que l'on retrouve dans toutes les interprétations traditionnelles (disques ou vêpres chantées en paroisse, ce qui est hélas bien rare). Ce n'est pas un oubli car la suite, interprétée par les fidèles, se voit également amputée de l'épisème sur le me avant festína.

Tous les paroissiens grégoriens romains traditionnels, « 904 », « 800 », jusqu'au dernier « 804 » réédité récemment par Le Barroux ornent ces deux syllabes du signe de Solesmes, un signe dont on peut contester la présence à cet endroit car la phrase n'est pas achevée. Mais les bénédictins ne voulaient-ils pas mettre précisément en valeur les deux mots qui suivent inténde et festína et rendre ainsi l'appel plus angoissé et pressant ?

Ce qui est sûr, c'est que ce changement peut contribuer à créer le désordre dans une assemblée qui chante ce célèbre ton ordinaire par cœur ou qui suit dans un des ouvrages précités.

Rassurez-vous, il n'y a pas de quoi fouetter un chat et ce ne sont pas deux épisèmes qui ôteront l'enthousiasme que j'ai ressenti en consultant de manuel de chants.

Il revêt même un nombre important d'améliorations. Pour rester dans le domaine des épisèmes horizontaux, nombre de choristes avaient contesté leur manque de netteté dans la version 2004, manifestement volontaire. Ils apparaissent cette fois nettement C'est de nouveau au chef de chœur de veiller à ce que ses chanteurs n'alourdissent point ces signes d'expression et ne les fassent pas doubler la note, ce que l'on constate trop souvent, c'est vrai. Les améliorations sont présentées dans la préface et je les résume ci-dessous :
  • La notation grégorienne a été agrandie afin d'améliorer la lisibilité. (cf. supra pour les épisèmes)
  • Les tournes de pages ont été réduites, spécialement dans le chapitre des cantiques, et agencées d'une façon pratique pour les chanteurs.
  • La numérotation des chants correspond à celle de l'édition 2004. Cette continuité de la numérotation à travers les éditions explique d'éventuels sauts de numéros qui pourraient sembler à priori peu logiques.
  • Afin de distinguer rapidement les ajouts de cette édition, les nouvelles pièces comportent une lettre en plus du numéro.
Ajoutons que le format a été agrandi (146 × 205 mm), ce qui aère avantageusement l'ouvrage.

La comparaison avec la table thématique de l'édition précédente révèle une augmentation sensible du nombre de cantiques en français. Le Temps de l'Avent offre par exemple trois nouveaux chants : Du poids de sa misère. - Seigneur, venez la terre - Jour du Seigneur (que l'on retrouve bien sûr à Noël). Pour la fête de l'Immaculée Conception du 8 décembre, ce sont quatre nouveaux cantiques qui entrent. Ils sont dits harmonisés, c'est-à-dire polyphoniques. C'est au total 80 nouveaux cantiques qui ont été ajoutés et 60 cantiques possèdent une harmonisation à quatre voix.

Les nouveautés sont multiples : prières du chrétien, réception des sacrements...

L'ajout de la couleur rouge dans les textes en facilite la lecture et la rend plus agréable. Nul doute qu'il s'agit là d'un travail éditorial soigné avec une robuste reliure en simili cuir d'une belle couleur bordeaux, ses quatre signets en tissu...

L'ouvrage a été préfacé par le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la Congrégation du culte divin et de la discipline des sacrements. Extrayons-en la conclusion. Le prélat vient de vanter les mérites de la connaissance supérieure, celle qui dépasse la raison et nous conduit à la contemplation.
La musique et le chant liturgique, en particulier le chant grégorien, forment une grande part de cette communication supérieure, et cela même si le texte du chant n'est pas entièrement compris (soit par défaut de connaissance du latin, soit à cause des mélismes, soit de par la structure polyphonique du chant).

Écouter et se joindre au chant liturgique est aussi une forme élevée de participation liturgique. Offrir aux fidèles et aux chantres liturgiques l'accès au répertoire grégorien ainsi qu'aux cantiques de tradition populaire, comme fait l'ouvrage
Magníficat Dóminum, en sa deuxième édition, est une précieuse aide à cette participation, soit pour les fidèles qui souhaitent user de la forme dite « extraordinaire » du Rite romain, soit pour ceux qui vivent la liturgie romaine sous la forme « ordinaire », souhaitant ne pas perdre les trésors du patrimoine musical du Rite romain, et redécouvrir un langage et une forme de communication qui leur permettre encore aujourd'hui d'affermir leur foi, de confirmer leur espérance et de grandir dans la charité.

Avec mes félicitations à l'Association Sacra Musica.
La préface de ce précieux recueil de chants, intitulée « Présentation et notes techniques » est condensée et courte (deux pages). Elle s'achève par ces mots:
Nous avons, dans notre liturgie catholique, un patrimoine riche et conséquent. La valorisation de ce patrimoine suppose néanmoins un effort, au risque sinon de tourner en rond sur quelques chants. Ce livre s'inscrit dans ce travail de renouvellement liturgique par le biais du chant sacré.
Ces mots constituent un appel aux âmes de bonne volonté qu'Una Voce ne pouvait que transmettre tant la tâche est urgente. De nombreux signes encourageants se font jour dans l'Église pour abandonner ces cantiques médiocres qui défigurent notre sainte liturgie.

Saluons l'arrivée de cet ouvrage qui vient à point nommé !

Patrick Banken  

[Institut Mater Boni Consilii] Déclaration concernant les événements qui se tiendront à Assise le 27 octobre 2011

SOURCE - Institut Mater Boni Consilii - 22 octobre 2011

Le 1er janvier dernier, Benoît XVI a annoncé vouloir solenniser le 25ème anniversaire de la rencontre historique qui s’était tenue à Assise le 27 octobre 1986 par la volonté de Jean-Paul II. À cette occasion, Benoît XVI a souhaité convoquer pour le 27 octobre prochain, une “Journée de réflexion, dialogue et prière pour la paix et la justice dans le monde”, qui aura pour thème “Pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix”, invitant à nouveau à s’unir à ce chemin “nos frères chrétiens des diverses confessions” (les hérétiques et les schismatiques), les “représentants des traditions religieuses du monde” (les infidèles) et, “de manière idéale, tous les hommes de bonne volonté” (les athées).

Dans le programme officiel, on affirme que tous les participants – soi-disant pèlerins de la vérité – sont à la recherche de la vérité que tous possèdent de manière diverse, et que personne ne possède pleinement puisque “inépuisable” ; les athées eux-mêmes seraient “inévitablement orientés” vers Dieu Souverain Bien et Souveraine Vérité. C’est pourquoi, eux aussi, dans un idéal et symbolique Parvis des Gentils, font partie du Temple de la religion universelle que l’on veut édifier. Dans le programme officiel de la journée est exclue la célébration de la Messe ainsi que toute prière publique : résultat paradoxal pour une réunion religieuse (mais qui ne connaît pas un seul Seigneur, une seule Foi et un seul baptême).

Andrea Riccardi, responsable de la communauté de Sant’Egidio qui chaque année organise les rencontres interreligieuses selon l’“Esprit d’Assise”, a expliqué que ces rencontres s’inspirent de la “religion universelle” préconisée par le rabbin de Livourne Elia Benamozegh. Le Père Rosario Esposito s.s.p., en dialogue avec les Loges Maçonniques, expliqua à l’époque que la réunion d’Assise reproduisait exactement les travaux des Loges maçonniques, où dans un esprit de fraternité, des hommes de toutes les religions, tout en conservant chacun sa propre croyance (ou non croyance), travaillent ensemble pour le bien (sic) temporel de l’humanité.

L’affirmation selon laquelle on veut éviter le laïcisme, entendu seulement comme exclusion de toute influence religieuse dans la société, ne rassure pas ; en effet, c'est du laïcisme qu'est adopté le principe de la séparation entre l’État et l’Église (l’unique vraie Église : Catholique, Apostolique et Romaine).

L’affirmation selon laquelle on veut éviter le syncrétisme (et le fait que ne soient pas prévues des cérémonies idolâtriques dans les églises catholiques comme il advint lors de la première réunion d’Assise que l’on veut commémorer) ne rassure pas puisque l’on favorise de fait l’indifférentisme, en faisant croire que toutes les religions (et irréligions) sont bonnes, viennent de Dieu et conduisent à Lui.

Les choses étant ainsi, aujourd’hui comme en 1986, notre Institut placé sous le patronage de Notre-Dame du Bon Conseil, et tous ses membres, satisfaisant au devoir de tout baptisé de témoigner publiquement de la foi catholique en la très Sainte Trinité, unique vrai Dieu, de confesser ouvertement N.S. Jésus-Christ (Lc 18, 8) sans rougir de Lui, et d’éviter toute nouveauté profane (I Tim. 6, 20) et tout homme hérétique (Tite 3, 10) :
  • condamne ouvertement la réunion du 27 octobre 2011 comme injurieuse à Dieu, scandaleuse pour les âmes, conduisant objectivement à l’indifférentisme religieux et même à l’athéisme, selon l’enseignement de Sa Sainteté le Pape Pie XI dans sa lettre encyclique Mortalium animos.
  • déclare ne pouvoir être en communion avec tous ceux qui ont organisé ou participé aux dites réunions, de celle de 1986 à celle de cette année, puisque la renonciation pratique à la mission que le Christ confia à l’Église ne peut venir de l’assistance de Jésus-Christ, qui est tous les jours avec l’Église et avec Son Vicaire, et de l’Esprit de Vérité qui procède du Père et du Fils : “allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit”. “Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Celui qui ne croira pas sera condamné” (Matth. 28, 19 ; Mc 16, 16). L’initiative du 27 octobre ne peut venir de l’Église et d’un authentique successeur de Pierre, mais vient plutôt du modernisme condamné par saint Pie X dans l’encyclique Pascendi.
  • invite tous les catholiques à la prière, à la pénitence, et à la réparation, pour l’injure faite à Dieu et le contre témoignage de la réunion d’Assise ; à rejeter les sectes hérétiques et schismatiques, les fausses religions qui ignorent ou nient Jésus-Christ, et l’impiété de l’athéisme ; à prier pour la conversion à la vraie Foi – qui est la Foi Catholique – de ceux qui en sont éloignés.
Que Dieu nous vienne en aide, par l'intercession de la très Sainte Vierge Marie Médiatrice de toute grâce. Verrua Savoia, 22 octobre 2011

20 octobre 2011

[Dom Romain - cath.ch] La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, c’est le village des Schtroumpfs noirs

SOURCE - Dom Romain - cath.ch - 20 octobre 2011

Je l’avoue, j’ai été au ciné voir «Les Schtroumpfs». Mais ce n’est pas ce moment de détente qui a suscité ce post. Depuis quelques temps on parle d’un successeur pour le cardinal Levada, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Un nominé semble sortir du lot: Mgr Gerhard Ludwig Müller, actuellement évêque de Ratisbonne. Golias vient de lui consacrer un article: Vatican: un Allemand à la tête du Saint Office... A l’autre bord de la toile catholique nous avons Fecit, un forum traditionaliste, le plus proche de la Fraternité Saint Pie X. Fecit vient d’annoncer cette possible nomination et parmi les réactions, au fil des interventions, on trouve quelques perles: « Rappelez-vous de Mgr Lefebvre, il recommandait de ne pas se fier au cardinal Ratzinger avec qui il avait été en discussion au sujet de la régularisation de la FSSPX et aussi du sacre des évêques...» «Avec le Vatican depuis quelques temps c`est trois pas en avant vers la Tradition et quatre en arrière.» «On est décidément loin de la sortie de crise... Et tous ces crétins qui piaffent d'impatience de nous voir nous précipiter dans une telle pétaudière... Oremus.» «La lamentable lâcheté du compromis continue de pourrir le Vatican qui n'a toujours pas choisi de restaurer la Foi (…) Qu'ils se le gardent leur préambule. Ils repasseront.» «Le fait qu'un évêque issu de la très progressiste Allemagne soit nommé pour s'occuper du dogme à travers le monde est dramatique.» Il est vrai que le dernier évêque allemand qui a occupé ce poste avait la réputation d’un progressiste acharné. Et la plus belle pour terminer: «C'est comme si on offrait aux schtroumpfs un village tout neuf, mais avec Gargamel pour le gérer... Et on voudrait parler de main tendue?» La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X en village de Schtroumpfs – noirs et pas bleus – c’est bien vu. Venant d’un fidèle lefebvriste, la comparaison vaut post! Petit village, où l’on se demande s’il est vrai que «le Grand Schtroumpf a écrit à Schtroumpf provocateur, pour le menacer de le schtroumpfer du village, s’il continue à schtroumpfer ses idées.» Heureux village où la question liturgique fondamentale est de ne pas oublier de dire à la Schroumpfette de mettre jupe et voilette pour la messe du dimanche. Petit et heureux village, mais hélas village entouré d’abominables  Gargamel, conciliaires et modernistes.

Si vous désirer schtroumpfer les discussions du village des Schtroumpfs noirs, voici le lien vers le post qui ouvre ce fil: «Rome: un fort mauvais présage». Mais si vous avez du temps à perdre, allez plutôt au cinéma pour voir les vrais Stroumpfs.

Dom Romain

[Dom Romain - cath.ch] Les traditionalistes du Concile

SOURCE - Dom Romain - cath.ch - 20 octobre 2011

Isabelle Gaulmyn, dans La Croix, parle des célébrations du 50ème anniversaire du Concile. Comme elle le dit justement: «dans le pays où est née la crise lefebvriste, et où le nombre de fidèles de la Fraternité Saint-Pie-X, opposés au Concile, reste important, l’anniversaire des cinquante ans des textes conciliaires devrait donner lieu à une réflexion approfondie.» Par contre sa proposition de «… relire les textes de Vatican II, à la lumière des cinquante années qui viennent de s’écouler», me semble aller à contre sens de «l’herméneutique de la réforme», clé de lecture donnée par Benoît XVI, dans son discours du 22 décembre 2005. Relire ces textes à la «lumière» (?) des cinquante dernières années de la vie de l’Eglise, c’est s’enfermer dans les conflits et les oppositions que l’auteure rappelle au début de son article. Bien au contraire, il faut retourner à l’enseignement bimillénaire de l’Eglise, pour permettre, non seulement aux jeunes qui ne connaissent pas le concile, mais aussi aux anciens qui croient l’avoir fait, de resituer les textes de Vatican II dans la perspective d’une juste réforme et pas simplement d’un changement de look. De plus le Concile n’est pas une fin en soi! Ce n’est pas pour rien que le Pape nous fait entrer, à l’occasion de cette célébration, dans l’année de la foi. Le Concile est un instrument au service de la foi, comme il en a toujours été dans la vie de l’Eglise. S’arrêter au Concile, c’est risquer de passer à côté de la foi, peut-être même de la perdre… Attention à ne pas devenir les traditionalistes du Concile Vat II.

Par contre, dans la perspective des «demandes de pardon», lors de notre entrée dans le troisième millénaire, on peut envisager une célébration pénitentielle pour les conflits, les oppositions, les condamnations réciproques, les anathèmes qui ont marqués ces 50 dernières années de la vie de l’Eglise. Ces combats, les pères conciliaires et le Saint-Esprit, ne les avaient pas envisagés pour l’Eglise. N’attendons pas un millénaire, pour que d’autres se frappent la coulpe à notre place.
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L’article d’Isabelle Gaulmyn: L’Église de France veut se réapproprier Vatican II

19 octobre 2011

[Disputationes theologicae] Pour une spécifique “troisième voie” même dans la lecture d’ “Assise III”

SOURCE - Disputationes theologicae - Don Stefano Carusi - 19 octobre 2011

"Assise III" est désormais imminente. Nous en avons déjà parlé le 13 avril, au point n. 4 de l’article « La nécessité théologique et ecclésiale d’une troisième voie ni « spirale schismatique » ni « conformisme rallié » (Ière partie). Nous y avons exprimé la position de ce « libre site », dont le directeur « appartient à l’Institut du Bon Pasteur », et qui voit aussi la collaboration de fidèles laïques qui regardent l’Institut avec intérêt.

Nous avons dit:

a - Que nous sommes «fort contraires aux rencontres interreligieuses, c’est notre position, elle est publique et connue par le Saint Père comme par l’Eglise en général ».

b - Que, plus largement, «lorsque l’Osservatore Romano dans un article signé par Renzo Gattegna a dit que l’Eglise devait renoncer à convertir les juifs, notre revue a souscrit une dénonciation publique présentée à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déjà en Décembre 2010 (un mois avant l’annonce d’Assise III), et a ensuite publié un article à ce sujet”.

c - Que « la véritable motivation d’une telle rencontre », plus que purement théologique, pouvait être «liée, bien plus qu’on ne le croit, à l’actuel équilibre international ou à des équilibres internes au monde ecclésiastique ». Et cela à tel point qu’au n. 3 nous avions parlé d’« actes non-infaillibles que l’autorité produit ou subit, propose ou semble proposer ».

d - Que, en tant qu’observateurs, nous voyions une contradiction chez ceux qui affirmaient en même temps « l’indicible gravité de la future rencontre d’Assise III » (au point que nous aurions été, selon leur jugement, trop modérés sur le sujet) et le succès des « colloques théologiques Econe-Rome» (colloques qui, à leurs dires, devaient corriger les principes de la crise et convertir Rome) : « en effet, en raison du caractère « doctrinal » qu’on a voulu donner à de telles rencontres, si ces dernières se passent bien cela signifie que dans les faits, l’actuel œcuménisme ne pose pas de problèmes aux interlocuteurs ».

e - Que «connaissant la pensée du Card. Ratzinger à l’époque et ses affirmations sur l’impact désastreux de ces événements» - ce qui, déjà à ce moment là, nous laissait pressentir qu’il y avait quelque chose d’étrange dans une telle convocation - nous estimions devoir nous distinguer des rapides « commentaires » parus dans certains « sites du milieu traditionnel » sur le Saint-Père, et parfois même des « épithètes », qui lui ont été attribués. Nous avons préféré en conscience dire ce qui est reporté plus haut et« attend(endre) les événements pour mieux voir quelle est, dans la « mens » du Pape, la véritable motivation d’une telle rencontre » et pouvoir ainsi en dire davantage.
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Comme nous l’avions promis à l’époque, nous revenons sur la matière; et nous le faisons maintenant parce qu’un nouvel élément est paru depuis peu (est-ce vraiment un hasard ?), qui a une grande importance pour la compréhension d’un tel évènement : il s’agit d’un texte écrit de la main-même du Saint Père en réponse aux préoccupations sur une telle rencontre, qu’un vieil ami Lui a exprimées, le pasteur luthérien Peter Beyerhaus (l’audace se trouve parfois là où l’y attend le moins…). Examinons donc avec attention la réponse, clairement privée, mais aussi révélatrice, de Benoit XVI :

«Je comprends très bien, votre préoccupation par rapport à ma participation à la rencontre d’Assise. Mais cette commémoration doit être célébrée de toutes façons et après tout, il me semblait que le mieux c’était d’y aller personnellement pour pouvoir essayer de cette manière de déterminer la direction du tout. Cependant je ferai tout pour que soit impossible une interprétation syncrétique de l’évènement et pour que cela reste bien ferme que toujours je croirai et confesserai ce que j’avais rappelé à l’intention de l’Église avec l’encyclique Dominus Iesus»

Ce passage est impressionnant ; il en ressort avec clarté que ce que l’on donne généralement pour obvie, c’est à dire que le Pape détermine la direction des événements dans l’Eglise, n’est pas toujours la réalité : le Pape estime seulement pouvoir « essayer de cette manière de déterminer la direction du tout ». En effet « cette commémoration doit être célébrée de toutes façons ». Pourquoi ? Le Pape ne le spécifie pas, mais que l’on fasse bien attention à l’enchainement du discours : d’abord Il ne nie pas du tout la justesse des préoccupations de son interlocuteur, mais semble bien plutôt les partager. Il décrit ensuite l’acte en question comme inévitable et indépendant de Sa présence: même si Lui ne s’y rend pas, l’évènement aura lieu de toutes façons, et son choix d’y aller personnellement pour réduire les dangers dépend de cela. C’est donc un acte qui, plus que voulu, est subi. C’est l’interprétation, dans une ambiance confidentielle mais par écrit, qui ressort des mots de Benoit XVI en personne.

Nous sommes là face à une interprétation qui contredit toute lecture idéologique de l’évènement, sur les deux fronts.

En effet, contrairement à certains commentaires téméraires des représentants de la “branche dure” du monde traditionnel, le motif n’est pas attribuable à des facteurs principalement théologiques, à une aveugle volonté œcuméniste du Pontife régnant, mais aux conditionnements dans lesquels Il se retrouve.

Une autre attitude – non moins abstraite – se trouve elle aussi contredite, attitude d’un certain monde traditionaliste qui voudrait se montrer rallié même à des actes de ce genre, en voulant par exemple appliquer à tout prix l’herméneutique de la continuité même à Assise III, et par cette voie, en donner une évaluation substantiellement positive (sinon presque de louange). En effet il est clair – même par son livre écrit avec l’ancien président du Senat italien Marcello Pera – que Joseph Ratzinger est enclin à substituer, doucement et diplomatiquement, le dialogue proprement interreligieux avec un dialogue en substance interculturel ; cependant avec un peu de sens de la réalité est aussi clair que de telles rencontres se prêtent dans les faits à de graves dangers. L’intention de corriger Assise I est un aspect réel de la question ; mais il n’en demeure pas moins réel qu’officiellement Assise III est présenté comme « célébration » d’Assise I. Naturellement il reste à voir ce qui précisément sera dit et fait à Assise, cependant de la part de certains évêques et prêtres nous avons déjà entendu des discours hors des voies de l’orthodoxie, discours qui ont pris inspiration de l’événement annoncé.

Relisons le passage de S.S. Benoit XVI, en y réfléchissant, et nous verrons que ce qui en ressort, ce n’est pas l’évaluation d’un bien, mais plutôt d’un dommage que, en estimant qu’on ne peut pas agir autrement, on cherche à réduire. Un servile « traditionalisme » ultra-ratzingerien (craintif et complexé), qui au lieu de se limiter à de justes explications se sentirait obligé même de partager et approuver Assise III, bien qu’il ne s’agisse ni d’un acte magistériel ni d’une loi de l’Eglise, se retrouverait « à gauche » non seulement de Mgr Gherardini et de ses réserves sur l’abus de la notion d’ « herméneutique de la continuité », mais aussi à gauche de Benoit XVI. Rendrait-t-il en agissant ainsi un bon service au Saint Père, alors qu’il se trouve dans des conditions de plus grande liberté que Lui? Quelle raison d’être lui resterait-il?

Don Stefano Carusi

[Paix Liturgique] L'enregistrement mutuel des deux formes liturgiques selon le secrétaire de la Commission Ecclesia Dei

SOURCE - Paix Liturgique n°305 - 19 octobre 2011

Dans un récent entretien vidéo à Gloria TV, Monseigneur Guido Pozzo, Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei a commenté les pourparlers entre Rome et la FSSPX. Au passage, il a témoigné sur son expérience de la réforme liturgique et sa vision de la forme extraordinaire. Ces propos, inédits jusqu’ici de la part du prélat romain en charge de la forme extraordinaire, nous semblent suffisamment importants pour que nous les soumettions à votre attention cette semaine.

I - MONSEIGNEUR POZZO À GLORIA TV (octobre 2011)

Gloria TV –Quelles sont les raisons de l’hostilité de nombreux milieux ecclésiastiques contre une liturgie que l’Église et de si nombreux saints ont célébré pendant une si longue période et qui a été l’instrument d’un développement spectaculaire de l’Église ?
Mgr G Pozzo – C’est une question complexe. Je crois qu’il y a de nombreux facteurs qui interviennent pour comprendre pourquoi cette idée préconçue contre la liturgie de la forme extraordinaire est encore si répandue. Il faut bien avoir présent à l’esprit que, pendant de nombreuses années, aucune formation liturgique véritablement adaptée et complète n’a été proposée dans l’Église catholique. On a voulu introduire un principe de rupture, d’éloignement, de détachement radical entre la réforme liturgique proposée, instaurée, et promulguée par le Pape Paul VI et la liturgie traditionnelle. Or, en réalité, les choses sont bien différentes.

Il est évident qu’il existe une continuité substantielle dans la liturgie, dans l’histoire de la liturgie. Il y a une croissance, un progrès, un renouvellement mais pas une rupture ou une discontinuité.

De fait, cette idée préconçue influe de façon déterminante sur la forma mentis des personnes, des ecclésiastiques comme des fidèles. Il faut parvenir à dépasser ce préjugé. Il faut donner une formation liturgique complète, authentique et bien comprendre, justement, que les livres liturgiques de la réforme de Paul VI sont une chose et que les mises en œuvre qui en ont été faites dans bien des parties du monde catholique en sont une autre.

Dans la pratique, ces mises en œuvre sont d’authentiques abus envers la réforme de Paul VI et contiennent même des erreurs doctrinales qui doivent être corrigées et rejetées. C’est ce que le Saint-Père Benoît XVI a tenu à rappeler encore une fois, à la fin du printemps dernier, lors de son discours à Saint-Anselme [siège de l’Institut liturgique pontifical, NDLR] : les livres liturgiques de la réforme sont une chose mais les mises en œuvre concrètes qui en ont découlé malheureusement en tant d’endroits du monde en sont une autre.
Celles-ci, en effet, ne sont pas cohérentes avec les principes qui avaient été fixés et explicités par Sacrosanctum Concilium elle-même, la Constitution sur la divine liturgie du concile Vatican II.
(...)
Gloria TV – Avant de faire partie d’Ecclesia Dei, avez-vous eu des expériences personnelles avec la messe traditionnelle ? Comment avez-vous vécu les changements liturgiques dans les années soixante ?

Mgr G Pozzo – Je vois là deux questions.
Pour répondre à la première : avant le Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007, je n’ai eu aucun contact avec la célébration de la messe selon l’ancien rite. J’ai commencé à célébrer la messe selon la forme extraordinaire justement avec le Motu Proprio Summorum Pontificum, qui a permis que cette messe puisse être célébrée sous cette forme.
Comment ai-je vécu les changements dans les années 60 et 70 ? En fait, je dois dire que – conformément à la formation et à la préparation reçues de mes éducateurs au séminaire et, surtout, de mes professeurs de théologie à l’Université Grégorienne – j’ai toujours cherché à comprendre ce que le magistère proposait à travers la lecture de ses textes et non pas à travers ce que les théologiens ou une certaine vulgate catholique attribuait au magistère même. Donc, je n’ai jamais eu de problèmes à accepter la messe de la réforme liturgique de Paul VI mais je me suis rendu compte immédiatement que, à cause de ce grand désordre qui s’est introduit dans l’Église après 1968, celle-ci avait été déformée et était célébrée absolument à l’inverse des intentions profondes du législateur, c’est à dire du Souverain Pontife.
De fait, ce désordre, cet effondrement de la liturgie dont a parlé, dans certains de ses livres et dans certaines de ses publications sur la liturgie, celui qui, à l’époque, était le cardinal Ratzinger, je l’ai expérimenté pour ma part de manière assez directe et j’ai toujours tenu à bien séparer les deux choses : d’une part les rites, les textes du Missel ; de l’autre, la façon dont la liturgie est, ou a été, célébrée en tant de circonstances et de lieux, surtout quand elle l’est sur la base du principe de créativité, une créativité sauvage qui n’a rien à faire avec l’Esprit Saint voire, dirais-je, qui est même exactement le contraire de ce que veut l’Esprit Saint.

Gloria TV – Pourquoi cela vaut-il la peine de promouvoir la messe traditionnelle ?

Mgr G Pozzo – Parce que, dans l’ancienne messe, sont explicités, mis en évidence, certains aspects fondamentaux de la liturgie qui méritent d’être conservés. Je ne parle pas seulement de la langue latine ou du chant grégorien. Je parle du sens du mystère, du sacré, du sens du sacrifice, de la messe comme sacrifice, de la présence réelle et substantielle du Christ dans l’Eucharistie, et du fait qu’elle offre de grands moments de recueillement intérieur qui sont comme une participation intérieure à la divine liturgie : oui, voilà tous les éléments fondamentaux qui sont particulièrement mis en évidence dans la messe traditionnelle.
Je ne dis pas que ces éléments n’existent pas dans la messe de Paul VI. Je dis qu’ils sont plus largement manifestés dans la forme extraordinaire et que cela peut enrichir également ceux qui célèbrent, ou qui participent, à la messe dans la forme ordinaire.
Rien n’interdit de penser qu’à l’avenir on pourrait arriver à une réunification des deux formes avec des éléments qui s’intègrent les uns aux autres, mais il ne s’agit pas là d’un objectif à atteindre à court terme et certainement pas par une décision prise sur le papier.
Cela demande une maturation de tout le peuple chrétien, afin que tous comprennent les deux formes liturgiques de l’unique rite romain.
II - RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1 – Les propos du Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei sont encourageants pour les millions de catholiques à travers le monde qui sont attachés à la forme extraordinaire du rite romain. Les sondages successifs commandités par Paix Liturgique confirment – dans le temps et dans l’espace – qu’au moins 1/3 des catholiques pratiquants assisteraient à la messe traditionnelle si elles étaient célébrées dans leur propre paroisse, autrement dit, si le Motu Proprio y était appliqué. Ces sondages nous rappellent que l’immense majorité des fidèles qui souhaitent bénéficier du Motu Proprio (1/3 des pratiquants) ne sont pas les fidèles qui assistent déjà à la messe traditionnelle dans les rares lieux de culte dédiés mais sont restés dans leurs paroisses où force est de constater que, pour l’heure, le Motu Proprio n’a pas droit de cité.
Il est donc très important de savoir et de souligner que le principal personnage de la Curie romaine chargé de la forme extraordinaire ne se veut pas le simple gestionnaire d’une situation existante mais se dit favorable « à une promotion » de la forme extraordinaire. Il s’agit là d’une démarche positive visant à considérer la forme extraordinaire comme un trésor à disposition de toute l’Église et pas simplement comme un vestige que l’on conserverait dans telle ou telle réserve d’initiés.
Cette vision est très encourageante et porteuse d’espoir... Mais, avant d’en arriver là, il faudrait déjà que nos pasteurs commencent par répondre aux centaines de demandes de leurs fidèles qui veulent vivre leur foi catholique au rythme de la forme extraordinaire du rite romain et ne pas en rester seulement à la mise en place de chorales grégoriennes…
Pour pouvoir avoir, demain, une démarche positive visant à promouvoir la forme extraordinaire au titre de laquelle – rêvons un peu – nos évêques proposeront d’eux mêmes la mise en place de célébrations traditionnelles dans leurs diocèses, il faudrait commencer par respecter les fidèles, par ne plus intervenir ici et là pour empêcher tel ou tel prêtre d’appliquer le Motu Proprio ou encore cesser de répéter à Rome qu’il "n’y a pas de problème liturgique en France", ou qu' "il n’ y a pas de demande..."

2 – Il est plus intéressant encore de remarquer que c’est pour des raisons théologiques de fond que Mgr Pozzo pense qu’il est important de promouvoir la forme extraordinaire. Il explique que c’est en raison de sa qualité monstrative, dont on peut dire qu’elle résulte de l’essence de la liturgie (laquelle tout entière, comme les sacrements, mais d’une autre manière, « produit ce qu’elle signifie »). Sous cet aspect, dit le Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, elle est supérieure en ce qui concerne la manifestation du dogme eucharistique lui-même, Présence et Sacrifice : « sens du mystère, du sacré, sens du sacrifice, de la messe comme sacrifice, de la présence réelle et substantielle du Christ dans l’Eucharistie ». En d’autres termes, tout en précisant que la forme ordinaire ne méconnaît pas ces aspects, Mgr Pozzo dit que la forme extraordinaire, en tant que lex orandi, est en plus juste adéquation avec la lex credendi. Implicitement, Mgr Pozzo retourne donc l’argument fondamental des réformateurs de Paul VI, qui ont voulu fabriquer une liturgie plus « pédagogique ». La pédagogie de la foi, dit Mgr Pozzo, la seule qui compte, est plus prégnante dans la liturgie ancienne. Et pour mieux enfoncer le clou de sa démonstration/retournement, il attribue à la liturgie ancienne la qualité suprême que les experts des années 60 et 70 avaient constamment à la bouche : la « participation ». L’usus antiquior, dit Mgr Pozzo « offre de grands moments de recueillement intérieur qui sont comme une participation intérieure à la divine liturgie ».

3 – Les propos de Mgr Pozzo nous éclairent également sur la responsabilité colossale de nos pasteurs dans la débâcle liturgique qui dure depuis 40 ans. L’opposition, hier aux célébrations anciennes qui persistaient, aujourd’hui au Motu Proprio de la plupart des évêques de France – opposition plus ou moins franche ou plus ou moins larvée – n’est que la suite logique de décennies de désobéissance liturgique, catéchétique et doctrinale. En dépit des retouches cosmétiques et des discours plein de bonnes intentions, la réalité demeure celle d’une non-réception massive des demandes d’application du Motu Proprio dans les paroisses. Déjà à l’époque, pour imposer leur vision de la liturgie, les évêques se sont drapés de l’argument de l’autorité et de « l’obéissance à Rome ». Ce petit rappel de Mgr Pozzo tombe à pic lorsque l’on constate qu’en 2011 encore, des pasteurs croient encore possible de rester crédible en continuant à utiliser ces vieux arguments usés...

4 – Et pour finir, Mgr Pozzo rêve à un avenir lointain : « Rien n’interdit de penser qu’à l’avenir on pourrait arriver à une réunification des deux formes avec des éléments qui s’intègrent les uns aux autres, mais il ne s’agit pas là d’un objectif à atteindre à court terme et certainement pas par une décision prise sur le papier ».
Dans l’immédiat, on sait que Mgr Pozzo est un défenseur vigilant de l’intégrité de la forme traditionnelle, y compris dans les « enrichissements » qu’elle pourrait recevoir de la forme ordinaire, et qui se résumeront à l’introduction de mémoires de nouveaux saints et à la possibilité d’user d’autres préfaces que les 16 préfaces du missel traditionnel (de la même manière qu’on peut déjà, dans ce missel, utiliser aussi des préfaces « propres », comme la préface des Saints, la préface du Saint Sacrement, du Saint Patron, de la Dédicace, de l’Avent, etc.).
Faisant suite à ce qu’il vient de dire, on comprend qu’en évoquant cette éventuelle unification future, Mgr Pozzo pense que, par le biais d’une traditionalisation profonde du nouveau rite, il pourrait arriver que des « éléments s’intègrent les uns aux autres ».
Mais à notre humble avis, les livres de la réforme de Bugnini, déjà bien datés aujourd’hui, comme le dit l’épître aux Hébreux à propos des cieux à la fin des temps, « passeront, comme un vieux vêtement, s’useront, comme un vieux manteau qu’on abandonne ».

18 octobre 2011

[Mgr Bernard Fellay, fsspx - Pélerinages de Tradition] Préface du dossier spirituel 2012

SOURCE - Mgr Bernard Fellay, fsspx - Pélerinages de Tradition - 31 août 2011

Chers pèlerins,

Le plan de Dieu pour réaliser le salut des hommes nous remplit d'adoration, de gratitude, d'admiration. Tout d'abord le fait d'avoir permis que son premier dessein soit mis à mal par le péché des hommes : « heureuse faute » qui a mérité un tel et si grand Rédempteur.

Mystère de l'Incarnation d'une Personne divine, le Verbe de Dieu, qui ayant assumé une nature humaine va s'en servir pour racheter les pécheurs et restaurer l'humanité déchue, par sa Passion et sa terrible mort sur la Croix.

Adoration devant l'abîme de la charité infinie de Dieu qui a osé donner aux hommes un tel exemple, un tel signe de sagesse, mais qui n'est pour eux que folie et scandale ! Pourtant Dieu veut pousser encore plus loin son oeuvre salvifique en invitant les créatures elles-mêmes qui, voilà peu, étaient encore pécheresses, à coopérer à l'oeuvre de la rédemption tant pour leur propre salut que pour celui du prochain.

« Il vous a laissé un exemple, afin que vous suiviez ses pas. » (I Pet. 2, 21)

Et ainsi toute l'histoire de l'Église est l'histoire glorieuse de Notre Seigneur et Roi crucifié qui règne depuis la Croix (regnavit a ligno Deus), mais elle est aussi l'histoire de cette myriade d'âmes zélées, qui ont voulu suivre l'exemple de Notre majestueux Seigneur : les saints. À eux aussi et à leur exemple sera liée une grâce salvifique !

C'est le mystère si magnifique et merveilleux de la Communion des Saints. Non seulement ces citoyens du Ciel jouissent de la Béatitude éternelle, mais ils joignent leurs supplications à celle du Médiateur « qui intercède sans cesse pour nous » et l'exemple de leur vie entraîne dans leur sillage une nouvelle foule de ces soldats du Christ qui, membres de l'Église militante, combattent pour l'honneur de Dieu et celui de son Église.

En vous présentant cette année la vie et les vertus de Sainte Jeanne d'Arc, nous constatons avec joie combien en elle et par elle se réalise ce plan merveilleux de Dieu.

Puisse votre étude assidue de ce magnifique et stupéfiant exemple de vie chrétienne vous conduire tout naturellement à l'imiter en ce qu'a d'imitable la vie de Sainte Jeanne d'Arc, présage d'un beau pèlerinage sur lequel nous appelons les grâces et les bénédictions du Ciel.

+ Bernard Fellay
- Menzingen, le 31 août 2011

17 octobre 2011

[La cigüeña de la Torre] Reviendront-ils à l'Église?

SOURCE - La cigüeña de la Torre - texte français par Fecit - 16 octobre 2011

Nous vivons des jours-clés concernant le retour ou non des disciples de Monseigneur Lefebvre

publié aujourd'hui dans La Gaceta

Dans l'impasse que nous vivons ces jours-ci pour savoir si la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X revient à l'Église, ou bien si elle continue son chemin, on ne sait trop si elle est à l'intérieur, ou dehors, ou « demi-pensionnaire ». Témoin ces données trouvées sur son site officiel La Porte Latine. Qui indiquent que cette année, 58 nouveaux séminaristes sont entrés dans ses cinq séminaires, à savoir : Flavigny (France), Winona (États-Unis), Zaitzkofen (Allemagne), La Reja (Argentine) et le séminaire établi en Australie. Répartis ainsi : dix pour l'hémisphère sud, et le reste dans l'hémisphère nord.

http://www.laportelatine.org/communication/presse/2011/entree2012seminaires/seminaires2012.php

Devant le manque de vocations, ce serait un renfort important pour l'Église, du moins si celles-ci s'y réintègrent pleinement. Plus les nombreux prêtres, -plus de cinq cents-, qui exercent déjà leur ministère au sein de la Fraternité. On ne peut rien reprocher à la Fraternité, ni en matière de Doctrine, ni de Morale, ni de zèle sacerdotal. Seules donc ses réserves à l'égard de l'Église, disons « officielle », -puisqu'ils se disent et se veulent être l'Église Catholique-, et à l'égard des derniers Papes, viennent briser la communion. Ce qui est grave. Et dans certains cas, les réserves semblent presque être de la haine.

C'est le pas qu'ils doivent franchir, et pourvu que la plupart d'entre eux le franchissent. Nous le saurons dans les jours qui viennent. Que le Seigneur les éclaire. Les portes leur ont été ouvertes à deux battants. Pour eux, la Messe traditionnelle est absolument libre. Enfin, le mythe du « Concile merveilleux », qu'il fallait suivre au iota près, a été brisé. Il faut suivre le Vatican II dans l'Église et dans la Tradition de l'Église. Le Concile Vatican II n'a pas été un concile fondateur, mais un concile continuateur de tout ce qui est fondamental. Et il n'a rien à voir avec tous les excès qui ont été commis en son nom. Son adaptation aux temps actuels est seulement cela. Une règle pastorale. Et le Concile n'a pas fermé les temps pour toujours. Aujourd'hui déjà, ils sont autres. Et demain, ils seront différents. Et exigeront d'autres manières pastorales. Sans qu'aucune d'entre elles ne soit dogme de foi. Y compris même, que l'Église puisse se tromper dans ces manières pastorales. Et Elle les corrigera par la suite. C'est ce que nous La voyons déjà un peu faire.

Au vu du peu qui a transpiré des discussions qui se sont déroulées, et face à la question de l'acceptation ou du refus de ce que le Pape leur propose, je veux être optimiste et croire qu'une bonne partie des Lefebvristes, et de plus la meilleure, acceptent l'embrassade que Benoît XVI leur offre. Je suis certain que jamais ils ne trouveront un Pontife plus favorable, et que cette triste fracture de l'Église va définitivement se résoudre. Il y aura certainement une minorité qui restera en dehors, mais celle-là fera partie de la typologie des sectes, et mourra seule.

Actuellement, il circule dans les media une lettre de Mgr Fellay adressée à Mgr Williamson. Je ne sais pas si elle est authentique, ou s'il s'agit là d'un hoax d'intoxication. S'il elle émane vraiment de Mgr Fellay, il me semble que c'est encore un argument de plus pour penser que l'embrassade est proche. Et si Mgr Williamson ne l'accepte pas, je pense que ce sera encore mieux. Parce qu'il vaut mieux que des gens comme lui restent à l'extérieur plutôt qu'être à l'intérieur. Dans la maison, ils seraient une source permanente de problèmes.

Il reste à espérer que la réponse de monseigneur Fellay ne tarde pas trop, et que de plus, elle soit dans le sens de la réconciliation finale. Celle du fils qui revient vers les bras ouverts de son Père. Qui se montre tous les jours, en regardant au loin, pour voir s'il arrive.

Ne faisons pas, nous qui sommes toujours restés dans la maison, comme le fils aîné de la Parabole. Fêtons-les avec le veau gras, parce que nos frères étaient malades et ils ont guéri, ils s'étaient perdus et ils ont été retrouvés. Et voilà qu'ils reviennent pour nous donner un coup de main dans la tâche immense de la nouvelle évangélisation.

Dieu fasse qu'il en soit ainsi.

La cigüeña de la torre

[Dom Romain - cath.ch] Mgr Williamson, à deux doigts de l'expulsion de la Fraternité saint Pie X

SOURCE - Dom Romain - cath.ch - 17 octobre 2011

Dans une lettre adressée à l'évêque Williamson par Mgr Fellay, ce dernier fait savoir à son subordonné les conditions dans lesquelles il peut participer à la réunion d'Albano ou recevoir le document que lui a remis le Cardinal Levada. Il lui dit: "Cependant, je me vois obligé d'attacher des conditions à chacun de ces points. Premièrement, comme le texte, je vous demande un serment par écrit que vous n'allez communiquer à personne, soit le texte ou son contenu. Trop souvent dans le passé vous avez manqué de discrétion, donc je suis obligé de vous soumettre à une procédure de ce genre, dont je ne me réjouis pas". Les reproches adressés par Mrg Fellay sont encore plus précis : "Par ailleurs les conséquences de votre attitude sont nocives pour la FSSPX: vous transpirez la méfiance envers  le siège de la FSSPX et le Supérieur Général (...) et vous le faites au nom d'une trahison supposée possible de la part du Supérieur général". Mgr Fellay parle même de Mgr Williamson comme du chef d'un groupe d'infiltrés, voulant faire sécession et quitter la Fraternité Sacerdotale, à un moment où l'issue des discussions avec le Saint-Siège "sera décisive pour notre propre avenir et non sans conséquences pour toute l'Eglise." La lettre se termine par une mise en garde des plus sérieuses: "Si vous deviez refuser de tenir compte de cette directive, cela signifierait à la fois votre désir de ne pas être invité à la réunion Albano et le démarrage de la procédure canonique menant à l'exclusion de la FSSPX."

L'original de la lettre est en anglais et la traduction vient du service en ligne de Google. Il ne reste plus qu'à attendre le communiqué officiel de la Fraternité Sacerdotale, en effet la lettre de Mgr Fellay a été rendue publique sans le consentement de Mgr Williamson, mais ce dernier en a confirmé l'authenticité. Il va sans dire que l'exclusion de L'évêque provocateur, arrangerait le Vatican comme la Fraternité Sacerdotale. Dans un de mes derniers posts, je disais que les oreilles de Mgr Fellay devaient siffler, il semble que j'avais vu juste...

Les deux forums traditionnalistes s'interrogent sur l'authenticité de cette lettre, mais l'attitude de Mgr Williamson pourrait bien conduire Mgr Fellay à rédiger une telle lettre.
Traduction proposée par Le Forum Catholique 

Dom Romain

[Sandro Magister - Chiesa] Concile, chantier ouvert. Mais certains se croisent les bras

SOURCE - Sandro Magister - Chiesa - 17 octobre 2011

Le cardinal Cottier, le juriste Ceccanti, le théologien Cantoni défendent les nouveautés de Vatican II. Mais les lefebvristes ne cèdent pas et les traditionalistes accentuent leurs critiques. Les derniers développements d'une controverse enflammée
ROME, le 17 octobre 2011 – La controverse relative à l'interprétation du concile Vatican II et aux changements dans le magistère de l’Église a connu de nouveaux développements ces dernières semaines, y compris à haut niveau.

Le premier développement est le "Préambule doctrinal" que la congrégation pour la doctrine de la foi a remis, le 14 septembre dernier, aux lefebvristes de la schismatique Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, comme base pour une réconciliation.

Le texte du "Préambule" est secret. Mais, dans le communiqué officiel qui l’accompagnait lorsqu’il a été remis, il est décrit de la manière suivante :

"Ce préambule énonce certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au magistère de l’Église et au “sentire cum Ecclesia”, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du concile Vatican II et du magistère qui a suivi".

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Un second développement est l'intervention du cardinal Georges Cottier (photo) dans la discussion qui est en cours depuis quelques mois sur www.chiesa et sur "Settimo cielo".

Cottier, 89 ans, Suisse, appartenant à l'ordre des dominicains, est théologien émérite de la maison pontificale. Son intervention a été publiée dans le dernier numéro de la revue internationale "30 Jours".

Dans ce texte, il répond à la thèse qui a été soutenue sur www.chiesa par l’historien Enrico Morini, selon laquelle avec le concile Vatican II l’Église a voulu se rattacher à la tradition du premier millénaire.

Le cardinal Cottier met en garde contre l’idée que le deuxième millénaire ait été pour l’Église une période de décadence et d’éloignement par rapport à l’Évangile.

Toutefois il reconnaît, dans le même temps, que Vatican II a eu raison de redonner force à une manière de percevoir l’Église qui a été particulièrement vivante au cours du premier millénaire : non pas comme sujet en soi, mais comme reflet de la lumière du Christ. Et il traite des conséquences concrètes qui découlent de cette perception juste.

Le texte du cardinal Cottier est reproduit intégralement sur cette page, on le trouvera ci-dessous.


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Un troisième développement de la discussion concerne une thèse de Vatican II qui est particulièrement contestée par les traditionalistes : la thèse de la liberté religieuse.

En effet, il y a indiscutablement une rupture entre les affirmations de Vatican II à ce sujet et les précédentes condamnations du libéralisme formulées par les papes du XIXe siècle.

Mais "derrière ces condamnations, il y avait en réalité un libéralisme spécifique, le libéralisme étatiste continental, avec ses prétentions à la souveraineté moniste et absolue, qui était ressenti comme une limitation de l'indépendance nécessaire à la mission de l’Église".

Alors que, au contraire, "la réconciliation concrète qui a été menée à son terme par Vatican II a été réalisée à travers le pluralisme d’un autre modèle libéral, le modèle anglo-saxon, qui relativise de manière radicale les prétentions de l’État, au point de faire de ce dernier non pas le responsable monopoliste du bien commun, mais un ensemble limité de services publics qui sont mis au service de la communauté. À l’opposition entre deux exclusivismes a succédé une rencontre placée sous le signe du pluralisme".

Les citations rapportées ici sont tirées d’un essai que Stefano Ceccanti, professeur de droit public à l'Université de Rome "La Sapienza" et sénateur du Parti Démocratique, s’apprête à publier dans la revue "Quaderni Costituzionali" : Benedetto XVI a Westminster Hall e al Bundestag: l'elogio del costituzionalismo

Dans cet essai, Ceccanti analyse les deux discours importants que Benoît XVI a prononcés le 22 septembre dernier au Bundestag à Berlin et le 17 septembre 2010 à Westminster Hall, pour montrer que ces deux discours "sont en pleine continuité avec cette réconciliation opérée par le concile".

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Un quatrième développement est la parution en Italie du livre suivant :

Pietro Cantoni, "Riforma nella continuità. Vaticano II e anticonciliarismo", [Réforme dans la continuité. Vatican II et l’anticonciliarisme], Sugarco Edizioni, Milan, 2011.

Le livre passe en revue les textes les plus controversés du concile Vatican II pour montrer que, dans ces textes, tout peut être lu et expliqué à la lumière de la tradition et de la grande théologie de l’Église, y compris saint Thomas.

L'auteur, Pietro Cantoni, est un prêtre qui – après avoir passé, dans sa jeunesse, plusieurs années en Suisse dans la communauté lefebvriste d’Écône et en être sorti – s’est formé, à Rome, à l’école de l’un des plus grands maîtres de la théologie thomiste, Mgr Brunero Gherardini.

Mais c’est précisément contre son maître que sont dirigées les critiques contenues dans son livre. Gherardini est l’un des "anticonciliaires" qu’il prend le plus pour cible.

En effet, Mgr Gherardini a formulé dans ses derniers ouvrages de sérieuses réserves quant à la fidélité de certaines affirmations du concile Vatican II à la Tradition : dans la constitution dogmatique "Dei Verbum" à propos des sources de la foi, dans le décret "Unitatis redintegratio" à propos de l'œcuménisme, dans la déclaration "Dignitatis humanae" à propos de la liberté religieuse.

Rendant compte de l’un de ses livres au mois de septembre, "La Civiltà Cattolica", la revue des jésuites de Rome qui est n’imprimée qu’après avoir été contrôlée par la secrétairerie d’état du Vatican, a reconnu à ce vieux théologien qui fait autorité un "sincère attachement à l’Église".

Mais cela n’empêche pas Gherardini d’égratigner de ses critiques Benoît XVI lui-même, coupable à ses yeux d’une exaltation du concile qui "rogne les ailes à l'analyse critique" et "empêche de regarder Vatican II avec des yeux plus pénétrants et moins éblouis".

Cela fait deux ans que Gherardini attend en vain du pape ce qu’il lui a demandé dans une "supplique" publique : qu’il soumette les documents du concile à un réexamen et qu’il clarifie de manière directive et définitive le point de savoir "si, en quel sens et jusqu’à quel point" Vatican II est ou non dans la continuité du précédent magistère de l’Église.

Il a annoncé qu’il publierait en mars 2012, à propos du concile Vatican II, un nouveau livre, dont on prévoit qu’il sera encore plus critique que les précédents.

En ce qui concerne le livre de Pietro Cantoni, on pourra en lire ci-dessous, après l'article du cardinal Cottier, un commentaire dû à Francesco Arzillo.

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Une autre information est que, le 22 octobre prochain, le prix Acqui Storia sera remis à Roberto de Mattei pour son ouvrage "Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta" [Le concile Vatican II. Une histoire jamais écrite], publié aux éditions Lindau et dont www.chiesa a rendu compte en son temps.

Le prix Acqui est l’un des plus prestigieux dans le domaine des études historiques. Le jury qui a pris la décision de le conférer à de Mattei est composé d’universitaires d’orientations diverses, catholiques et non catholiques.

Mais son président, le professeur Guido Pescosolido de l'Université de Rome "La Sapienza", a démissionné de sa charge justement pour se désolidariser de cette décision.

D’après le professeur Pescosolido, le livre de de Mattei serait gâté par un esprit de militantisme anti-conciliaire incompatible avec les canons de l’historiographie scientifique.

Le professeur Pescosolido a reçu, par le biais d’un communiqué, le soutien de la SISSCO, Société Italienne pour l’Étude de l’Histoire Contemporaine, qui est présidée par le professeur Agostino Giovagnoli, représentant bien connu de la communauté de Sant'Egidio, et qui compte parmi ses dirigeants un autre représentant de cette même communauté, le professeur Adriano Roccucci.

Et dans le "Corriere della Sera" le professeur Alberto Melloni – co-auteur d’une autre histoire bien connue de Vatican II, certainement "militante" elle aussi mais du côté progressiste, celle qui a été écrite par "l’école de Bologne" du père Giuseppe Dossetti et de Giuseppe Alberigo et qui a été traduite en plusieurs langues – a carrément maltraité de Mattei. S’il lui a bien reconnu le mérite d’avoir enrichi de documents inédits la reconstitution de l’histoire du concile, il a comparé son livre à "un ramassis d’opuscules anti-conciliaires" ne méritant pas d’être pris en considération.

Par comparaison, le calme avec lequel le professeur de Mattei a supporté de tels affronts a été pour tous une leçon d’élégance.

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Enfin, toujours dans la ligne d’interprétation de Mgr Gherardini et du professeur de Mattei, un autre livre qui distingue déjà dans le concile Vatican II les dysfonctionnements apparus après le concile est sorti en librairie le 7 octobre en Italie :

Alessandro Gnocchi, Mario Palmaro, "La Bella addormentata. Perché col Vaticano II la Chiesa è entrata in crisi. Perché si risveglierà", [La Belle endormie. Pourquoi l’Église est entrée en crise avec Vatican II. Pourquoi elle se réveillera] Vallecchi, Florence, 2011.

Les deux auteurs ne sont ni historiens ni théologiens, mais ils soutiennent leur thèse avec compétence et avec une efficacité communicative, pour un public de lecteurs plus large que celui qu’atteignent les spécialistes.

Du côté opposé aux traditionalistes, le théologien Carlo Molari a lui aussi élargi le cadre de la discussion par une série d’articles qui ont été publiés dans la revue "La Rocca" de l’association Pro Civitate Christiana d’Assise et dans lesquels il a repris et discuté les interventions parues sur www.chiesa et sur "Settimo cielo".

Grâce à eux aussi, on peut donc prévoir que la controverse relative à Vatican II atteindra un vaste public. Et cela justement à la veille du cinquantième anniversaire, en 2012, de l’ouverture de cette grande assemblée.

En vue de cet événement, qui sera célébré du 3 au 6 octobre de l'année prochaine, le Comité Pontifical des Sciences Historiques a mis en chantier un colloque destiné à étudier comment les évêques qui ont participé au concile ont décrit celui-ci dans leurs journaux intimes et dans leurs archives personnelles.

Et le 11 octobre 2012, jour anniversaire de l’ouverture du concile, sera le début d’une "année de la foi" spéciale, qui se terminera le 24 novembre de l'année suivante, en la solennité du Christ Roi de l'Univers. Benoît XVI l’a annoncé le 16 octobre, au cours de l’homélie de la messe qu’il a célébrée à la basilique Saint-Pierre devant plusieurs milliers de responsables prêts à travailler à la "nouvelle évangélisation" : "Porta fidei"

16 octobre 2011

[Rorate Caeli - Forum Catholique] Conférence de Mgr Fellay à Manille

SOURCE - texte original paru en anglais sur Rorate Caeli - version française parue sur le Forum Catholique - 16 octobre 2011

Rorate tient à souligner que la conférence qui suit est basée sur les notes prises par son correspondant. Il n'y a pas d'enregistrements audio ou vidéo encore disponibles de la conférence. Par ailleurs, le discours a apparemment été donné sans notes, et il faut garder à l'esprit que Mgr Fellay pourrait avoir choisi de parler d'une certaine manière, à cette occasion. Caveat lector .

Rapport sur ​​la conférence donnée par SEM Bernard Fellay FSSPX dans l'église Notre-Dame des Victoires , Cubao, Quezon City, Metro Manille, le 16 Octobre, 2011

J'ai assisté à la messe pontificale du Trône (deux diacres et tous les assistants) dans l'église FSSPX dans la région métropolitaine de Manille, le matin d'Octobre 16. La messe a été offerte par Mgr Fellay aidé par les Supérieurs de district pour l'Asie et pour la France. L'église était bondée à craquer grâce à la présence de délégués de la FSSPX- de la Légion de Marie des Philippines. (Cela ne veut pas dire que l'église n'est pas pleine les dimanches ordinaires.)

Au cours de la messe,dans son sermon Mgr Fellay parlé essentiellement sur la nécessité de la confiance en Dieu, et le fait que le Seigneur qui a effectué le miracle décrit dans l'évangile de ce dimanche (le pardon des péchés et la guérison du malade atteint de paralysie) est le même Seigneur qui est dans le tabernacle. Il n'a rien perdu de sa puissance, et nous devons donc avoir recours à Notre Seigneur dans le Très Saint Sacrement avec une confiance totale. Il a aussi raconté l'histoire suivante de Lourdes, qui, selon l'évêque a eu lieu il y a quelques années: il y avait cette petite fille qui était très malade, et qui était allé à Lourdes dans l'espoir d'être guérie. Elle fait la queue pour être bénie avec le Saint Sacrement, comme c'est la pratique dans ce sanctuaire. Toutefois, lorsque le prêtre l' a bénir avec le Saint Sacrement, rien ne s'est passé pour elle. Elle s'est ensuite sournée vers le Saint Sacrement (qui avait alors été amené à une autre personne) et lui a dit: «Je vais le dire à ta mère!". À cet instant, elle a été guérie!
L'évêque n'a pas négligé de parler de la nécessité de prier le chapelet et d'avoir recours confiant à l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie.
Il a fait remarquer que la crise dans l'Eglise était si grande que, humainement parlant,elle ne peut pas être ressuscitée, et seule une intervention divine peut le faire.

Après la messe pontificale, l'évêque a donné une conférence d'une heure (ouverte au public) sur l'état de la relation entre le Vatican et la Fraternité.

L'évêque n'avait aucune note, mais son discours était remarquablement bien organisé.

(Je ne rapporte ici que les parties du discours qui ne sont pas sur l'histoire de la FSSPX avant Benoît XVI et sur d'autres questions relativement peu importantes déjà répétées par ailleurs par l'évêque. L'exposé a été d'une heure , rempli d'informations et, inévitablement, ce rapport ne peut pas reproduire tout ce qu'il dit dans le détail.)

Presque au début de l'exposé, il a décrit la situation dans l'Eglise aujourd'hui comme n'étant pas des meilleures, mais seulement comme «quelque chose qui semble mieux»; il peut y avoir de nouveaux mouvements, a-t-il dit, mais ces nouveaux mouvements sont "étranges", et le Néo-catéchuménal Way en particulier, est «protestant».

Il a relaté toute l'histoire de la relation entre la FSSPX et le Vatican de 1987 à nos jours.Il a raconté La plupart des incidents déjà connus, mais certaines histoires me semblait être nouvelles. Par exemple, il a raconté que quand il a lu le discours sur l'herméneutique de la continuité du Pape (22 Décembre 2005) , il a dit:"je pensais que nous étions condamnés" parce que la FSSPX pense aussi que Vatican II est une rupture avec le passé.

Il a également raconté (comme il l'avait dans les occasions précédentes) la réunion de 2005, où le cardinal Castrillon Hoyos a dit qu'il n'y a aucun problème avec la FSSPX, et qu'il peut lui être donné la reconnaissance canonique. Le pape lui a dit que la FSSPX n'a ​​pas le droit d'invoquer l'état de nécessité, car il - le pape - veut essayer de résoudre les problèmes. Selon Fellay, il s'est dit lui-même, intérieurement, mais pas à l'extérieur : «Merci, Saint Père», parce que le pape, en disant qu'il essaie de résoudre les problèmes dans l'Église, venait d'admettre qu'il fallait faire quelque chose au sujet des problèmes dans l'Eglise, qu'il ya des problèmes dans l'Eglise, et que ces problèmes ne sont pas encore finis, parce que le pape est toujours prêt à les «résoudre» . Le pape a également déclaré que «peut-être" il y a un état de nécessité en France et en Allemagne. Mais mgr Fellay voulait lui demander "mais comment faire dans d'autres pays? En Suisse, Belgique, et partout ailleurs?"

Fellay a alors dit que le problème avec le Vatican, c'est qu'il ne voit pas le problème avec le Concile Vatican II: le Pape, en particulier, veut garder toutes les choses qui est venues du Concile. Le principal problème avec l'herméneutique de la continuité, selon Fellay, est que pour le Vatican, l'Eglise ne peut mal faire, et donc puisque l'Eglise a créé la nouvelle messe et que l'Eglise a admis les enseignements conciliaires,ces choses sont en continuité avec ce que l'Église a fait et enseigné précédemment. Bien sûr, la Société ne peut pas accepter cela. Mgr Fellay demande: «Où est la continuité?"

Fellay décrit Summorum Pontificum comme «un document intéressant" avec des éléments qui sont à la fois bons et mauvais. Par exemple, il affirme que la nouvelle messe et l'ancienne messe sont deux formes du même rite, et c' est "absurde" - selon mgr Fellay - Ce qui est important, cependant, c'est qu'il rétablit l'ancienne messe et la rend disponible à tous les prêtres et à tous les fidèles, et qu'il admet que cette messe ne fut jamais abrogé.

Mgr Fellay a également décrit Ecclesiae Universae comme étant un même mélange de bonnes et mauvaises choses, parmi d'autres observations, il a noté que Ecclesiae Universae qui dit que TLM ne peut pas être demandé par ceux qui remettent en question la légitimité du nouveau rite (et, selon mgr Fellay , la «légitimité» peut signifier beaucoup de choses) et c' est "une attaque contre nous tous les traditionalistes». (Il doit s'être référé au n ° 19 de Ecclesiae Universae.)

(...)

Et puis, Mgr. Fellay en est venu aux pourparlers doctrinaux. Selon lui, les pourparlers ont clairement montré que la doctrine de Rome et celle de la FSSPX sont en désaccord sur tous les sujets traités par les entretiens tels que la liberté religieuse ,l' œcuménisme,et la collégialité.

Fellay a alors parlé sur le Préambule doctrinal. Selon Fellay, le préambule doctrinale ne contient pas un seul mot d'évaluation sur les pourparlers doctrinaux entre Rome et la FSSPX. À la lumière de cela, selon l'évêque, le préambule doctrinal signifie que «les choses reviennent à zéro», il décrit les aller-retour entre Rome et la FSSPX comme "seulement tourner en rond».

Vers la fin, Fellay a dit que:" si la Société n'accepte pas le préambule, Rome «peut» nous déclarer schismatiques, bien que «Rome n'a pas vraiment parlé de cette façon". Fellay a alors dit à ses auditeurs: «Alors, soyez prêts..." Selon lui, "ce n'est pas encore la fin", mais les choses peuvent devenir très difficiles. Si ils doivent passer par "une nouvelle tribulation", alors "gloire à Dieu, et la gloire à la Sainte Vierge!"

Dans le même temps, Fellay a dit qu'ils ont une «information» selon laquelle le Pape pourrait encore "nous donner une place meilleure que ce que nous avons maintenant". (Il n'était pas tout à fait clair sur ce qu'il entendait par là.)

Peu après, la conférence publique a pris fin.

15 octobre 2011

[Christophe Geffroy - La Nef] Rome-Écône : vers un accord ?

SOURCE - Christophe Geffroy - La Nef - octobre 2011

Mgr Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X (FSPX), a été reçu par le cardinal Levada le 14 septembre. Pour la première fois un accord semble vraiment en vue.

La persévérance et la patience du Pape avec la Fraternité Saint-Pie X, son souci de parvenir à un accord qui mette fin à cette situation de nature schismatique forcent l’admiration. Comment, en effet, lui-même ne peut-il pas être agacé ou blessé comme nous le sommes par le ton souvent péremptoire des responsables de la FSPX et par leurs attaques parfois incroyablement violentes contre le Magistère – encore le 12 septembre, l’abbé de Cacqueray, supérieur du district de France de la FSPX, publiait, « avec l’approbation de Mgr Fellay », un communiqué enflammé contre Assise III, sans même parler des critiques acerbes contre la béatification de Jean-Paul II. Mais, dans le même temps, comment ne pas saisir que se joue actuellement une partie vitale pour l’unité de l’Église dont le Saint-Père est le garant ? C’est pourquoi, en cette affaire délicate, il me semble important de mettre de côté ses préférences fort légitimes et faire toute confiance à Benoît XVI – à qui nous apportons ici un entier soutien. Nul ne pouvait aller aussi loin qu’il est allé pour faire revenir à la pleine communion les membres et fidèles de la FSPX : désormais, la balle est entièrement dans le camp de Mgr Fellay, et lui seul a maintenant le pouvoir ou de faire aboutir l’accord ou de le faire capoter.

Jusqu’à maintenant, depuis le contact renoué à l’occasion du Jubilé de l’an 2000, ce dernier n’avait eu de cesse de souffler le chaud et le froid, laissant les observateurs perplexes sur sa volonté d’aboutir à un accord – accord que j’ai toujours espéré de tout cœur mais auquel, je dois l’avouer, je ne croyais guère.

Et puis il y a eu cette réunion du 14 septembre, à Rome, entre Mgr Fellay, ses assistants, et le cardinal Levada, et le communiqué de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. D’octobre 2009 à avril 2011 eurent lieu des colloques doctrinaux entre des experts mandatés par le Pape et ceux de la FSPX : « Ces colloques, explique le communiqué, dont l’objectif était d’exposer et d’approfondir les difficultés doctrinales majeures sur des thèmes controversés, ont atteint leur but, qui était de clarifier les positions respectives et leurs motivations. » L’objectif n’était donc pas de parvenir à des « compromis », mais de mesurer les divergences. À partir de là, le communiqué poursuit : « La Congrégation pour la Doctrine de la Foi prend pour base fondamentale de la pleine réconciliation avec le Siège apostolique l’acceptation du Préambule doctrinal qui a été remis au cours de la rencontre du 14 septembre 2011. Ce préambule énonce certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l’Église et au sentire cum Ecclesia, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du concile Vatican II et du Magistère qui a suivi. »

Ce « préambule doctrinal » n’a pas été publié, mais on peut deviner que Rome a soumis à Mgr Fellay un texte qu’il peut accepter, ce que sa réaction laisse entendre a priori. On ne voit donc plus très bien ce qui pourrait l’empêcher d’accepter la main généreusement tendue par Rome.

Le Pape fait-il trop de concessions, comme on le lit ici ou là ? C’est faire un bien mauvais procès à Benoît XVI que de croire qu’il est prêt à brader les apports magistériels de ces cinquante dernières années, notamment ceux, essentiels, du concile Vatican II. Cette affaire douloureuse aura sans doute le mérite de contribuer à mieux préciser la nature des enseignements récents : sans instituer un « Magistère à la carte », il est utile de cerner les points qui méritent, non pas d’être éliminés ou oubliés, mais d’être mieux éclairés, plus approfondis, pour respecter ce critère de « l’herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité ».

Le Magistère ne peut que gagner à de telles clarifications et quiconque est attaché à l’Église – toujours assistée par l’Esprit Saint – n’a pas à les redouter. Et puis chacun perçoit que si Mgr Fellay ne saisit pas cette occasion, il risque fort de ne pas y en avoir d’autre… Certes, un accord laisse présager des moments difficiles, des incompréhensions entre proches de la FSPX et les autres catholiques. C’est sans doute le prix à payer pour que les générations suivantes aient le bonheur d’avoir évité un schisme. Et puis la grâce de la communion retrouvée ne peut que contribuer à ouvrir les cœurs et donc faire évoluer peu à peu les esprits…

Quant à savoir quelle forme canonique prendra l’accord – une prélature personnelle ? –, je n’ai là-dessus aucune lumière. Mais quand on veut aboutir, il y a toujours une solution juridique.