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6 octobre 2012

[Edward Pentin - NCR] Mgr Müller sur la FSSPX et sur ses écrits controversés

SOURCE - Mgr Müller - ncregister.com - traduction par le blog "Benoit et moi" - 4 octobre 2012

[Benoit et moi: "Dans la deuxième partie de cet entretien avec Mgr Gerhard Ludwig Müller, le nouveau préfet de la CDF discute des derniers efforts pour ramener la Fraternité Saint-Pie X dans la pleine communion avec l'Église, la situation actuelle concernant la LCWR, et répond à ce que certains considèrent comme des polémiques sur plusieurs de ses écrits antérieurs sur la virginité perpétuelle de la Bienheureuse Vierge Marie et l'Eucharistie."]

- À quelle étape en sommes-nous dans le dialogue entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X?
- Je n'appellerais pas cela un dialogue entre deux partenaires dans l'Eglise. Il s'agissait d'un colloque fraternel pour surmonter les difficultés avec une interprétation authentique de la doctrine catholique. Cette interprétation authentique est garantie par le pape. La FSSPX doit accepter le Saint-Père, le Pape, en tant que chef visible de l'Eglise. Ils ont un grand respect pour la Tradition. Ils doivent donc accepter la position du Pape comme indiqué dans le premier concile du Vatican. Ils doivent aussi accepter les prises de position doctrinales apportées depuis le Concile Vatican II, qui ont été autorisés officiellement par le Pape.
 
Une partie du problème est que, après 30 années ou plus de séparation de l'Eglise, certains groupes ou personnes peuvent être très fermés dans leur propre dynamique, dans leurs propres groupes, et très fixés sur ces points. Je crois que ces questions seront résolues dans le long terme.
- La réconciliation est-elle possible avec l'évêque Richard Williamson au sein de la Fraternité?
- Williamson est un problème distinct de ce processus de réconciliation. Il est tout simplement inacceptable qu'un chrétien ou même plus, un évêque - bien sûr, il n'est pas un évêque catholique, puisqu'un évêque n'est catholique que quand il est en pleine communion avec le Pape, Successeur de Pierre, ce que Williamson n'est pas - nie tout ce que les nazis ont fait contre le peuple juif, leur extermination. Comment est-il possible d'être aussi insensible à ce sujet? C'est absolument inacceptable, mais c'est un autre problème.

Ils [la FSSPX] doivent accepter la doctrine complète de l'Église catholique: la confession de foi, le Credo, et également accepter le magistère du Pape, ainsi qu'il est authentiquement interprété. Ceci est nécessaire. Ils doivent aussi accepter certaines formes de développement dans la liturgie. Le Saint-Père a reconnu la validité pérenne de la forme extraordinaire de la liturgie, mais ils doivent aussi accepter que la nouvelle forme ordinaire de la liturgie, mise au point après le Concile, est valide et légitime.
- Certains avancent le Concile Vatican II était simplement pastoral et, par conséquent, pas contraignant. Comment réagissez-vous à cela?
- Le problème ici est l'interprétation du mot «pastoral». Tous les Conciles sont pastoraux, en ce sens qu'ils sont concernés par le travail de l'Eglise - mais cela ne veut pas dire qu'ils ne sont que «poétique» et donc pas contraignant. Vatican II est un concile œcuménique officiel, et tout ce qui a été dit au Concile est donc contraignant pour tout le monde, mais à des niveaux différents. Nous avons des constitutions dogmatiques, et vous êtes bien sûr obligés de les accepter si vous êtes catholiques. Dei Verbum parle la Révélation divine; il parle du Dieu trinitaire se révélant lui-même, et de l'Incarnation, comme enseignement fondamental. Ce ne sont pas seulement des enseignements pastoraux - ce sont des éléments fondamentaux de notre foi catholique.

Certains éléments pratiques contenus dans les différents documents pourraient être modifiés, mais le corps de la doctrine du Concile est contraignant pour tout le monde.
- Compte tenu de tout cela, êtes-vous tout de même confiant et optimiste, qu'il y aura une réconciliation avec la Fraternité Saint-Pie X?
- Je suis toujours confiant dans notre foi, et optimiste. Nous devons prier pour la bonne volonté et pour l'unité dans l'Église. La FSSPX n'est pas le seul groupe séparatiste dans l'Église. Il y a pire de l'autre côté aussi. Ces mouvements sont pires, car ils nient souvent l'essentiel du christianisme. Nous devons travailler pour l'unité, et c'est donc aussi ma tâche d'inviter tous à revenir dans la pleine communion avec l'Église catholique, qui est dirigé par le pasteur suprême, le Pape - qui est le vicaire du Christ.
- S'ils reviennent, quels aspects positifs pourraient-ils apporter à l'Eglise?
- Ils pourraient souligner ce que la Tradition est, mais ils doivent aussi devenir plus large dans leur point de vue, parce que la Tradition apostolique de l'Eglise n'est pas seulement sur quelques éléments. La Tradition de l'Eglise est grande et large. D'autre part, il faut aussi un renouveau dans la célébration de la liturgie, parce que nous avons eu beaucoup d'abus de la liturgie, qui ont endommagé la foi de beaucoup de gens.
- Peut-être pourraient-ils aider à corriger certains abus?
- Ce n'est pas leur tâche, mais la nôtre. Un extrême ne peut pas être l'équivalent de l'autre. Les extrêmes doivent être corrigées par le centre.
- Il y a eu quelques controverses entourant votre nomination, au sujet de vos enseignements précédents sur Marie et l'Eucharistie. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet?
[NDLR: Sur la virginité perpétuelle de la Bienheureuse Vierge Marie, Mgr Müller a écrit que la doctrine n'est «pas tellement préoccupés par certaines propriétés physiologiques dans le processus naturel de la naissance (comme le canal de naissance n'ayant pas été ouvert, l'hymen intact, ou l'absence de douleurs de l'enfantement), mais par l'influence salvatrice de la grâce du Sauveur sur la nature humaine». Sur l'Eucharistie, il a déclaré: «En réalité, le corps et le sang du Christ ne signifient pas les composants matériel de la personne humaine de Jésus pendant sa vie ou dans sa corporalité transfigurée. Ici, le corps et le sang signifie la présence du Christ dans les signes au moyen du pain et du vin».]

- Il ne s'agissait pas tant de critiques que de provocations infondées visant à me discréditer, mais tout le monde peut lire ce que j'ai écrit dans son contexte et de manière systématique. Pourquoi aurais-je nié la doctrine de la transsubstantiation ou la virginité perpétuelle de Marie? J'ai écrit des livres entiers en défense de ces doctrines. En ce qui concerne les miracles, nous devons nous rappeler que l'objet primaire de notre foi, c'est l'action de Dieu; l'objet secondaire est ce que Dieu a fait inclusivement dans la dimension matérielle. Il ne suffit pas de dire que les miracles sont une action inexplicable - quelque chose de tout à fait exceptionnel dans le monde matériel - qui prouve l'existence de Dieu. Au contraire, les miracles accomplis par Jésus révèlent qu'il est notre divin Sauveur qui est venu pour guérir un monde blessé par le péché.

Ainsi, par exemple, lorsque Jésus accomplit un miracle, comme la guérison du malade, le premier aspect à considérer n'est pas la simple suspension de l'ordre naturel. La première priorité est d'examiner le fait que Dieu a guéri de cette personne qui avait besoin d'être guéri; la suspension des lois de la nature est une conséquence de cette intervention divine. Souvent, les gens ne comprennent pas ce point de vue de la foi.
- Certains ont suggéré que vous tentiez de repousser les limites, d'aller jusqu'à de nouvelles idées, comme les chercheurs font souvent. Est-ce que cela a quelque chose à voir avec la polémique?
- Voyez-vous, la base de notre foi, c'est la révélation. Mais nous avons besoin d'explications théologiques, d'interprétations, d'expliquer la vérité historique de la révélation, et de la présenter et la défendre contre les erreurs et les hérésies. Ainsi, par exemple, les dogmes christologiques des premiers conciles étaient absolument nécessaires pour expliquer d'une autre manière les vérités au sujet du Christ témoignées par et contenues dans le Nouveau Testament. Si vous voulez conserver le contenu de la vérité dans d'autres contextes, il faut parfois expliquer dans d'autres catégories.

Dans l'Evangile, Jésus a dit: «Ceci est mon sang, ceci est mon corps». Quel est le sens de cela? Cela se réfère à la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, mais dans le Nouveau Testament, vous ne trouvez pas cette expression - «présence réelle». Il s'agit d'un terme théologique ultérieur pour expliquer la vérité contenue dans l'Evangile. Ensuite, dans le contexte des 12e et 13e siècles, l'Église a dû défendre la doctrine de la Présence Réelle, et elle l'a fait en l'exprimant en termes philosophiques pour expliquer la différence entre la substance et l'apparence. Telle est la doctrine de la transsubstantiation - un mot que vous ne trouverez pas dans le Nouveau Testament, mais qui était nécessaire pour expliquer et défendre ce qui a été révélé dans le Nouveau Testament. Souvent, les gens ne comprennent pas la relation entre révélation et théologie.
- Enfin, quelle est la situation en ce qui concerne la Leadership Conference of Women Religious(LCWR)? La Congrégation a récemment publié une évaluation doctrinale pour un renouvellement de cette organisation américaine. Y-a-t-il un conflit persistant entre la CDF et l'organisation?
- Il n'y a pas de lutte entre le Saint-Siège et cette organisation, mais nous voulons aider la LCWR dans son renouveau de la vie religieuse - précisément en raison de l'importance de la vie religieuse pour l'Eglise. De nos jours, un tel renouveau ne sera possible que s'il y a un engagement renouvelé pour les trois vœux [chasteté, pauvreté et obéissance] et une nouvelle identification avec notre foi et la vie catholique. Nous ne pouvons pas accomplir notre mission si nous sommes divisés, chacun parlant contre l'autre, travaillant contre l'autre, ou d'accepter des idées venant de l'extérieur qui n'appartiennent pas à notre foi. Et nous ne pouvons pas accepter des doctrines sur la sexualité qui ne respectent pas les bases fondamentales de l'anthropologie révélée. Il nous faut donc trouver de nouvelles façons de servir la société d'aujourd'hui, ne pas perdre notre temps en «guerres civiles» à l'intérieur de l'Église catholique. Nous devons travailler ensemble et avoir confiance.

Mais il est important de se rappeler qu'à aucun moment dans l'histoire de l'Eglise, un groupe ou un mouvement dans un pays n'a réussi quand il a pris une attitude contre Rome, quand il a été «anti-Rome». Se placer contre «Rome» n'a jamais apporté de réforme authentique ou de renouvellement de l'Église. Ce n'est que par un engagement renouvelé dans le plein enseignement du Christ et de son Église, et par un esprit renouvelé de collaboration avec le Saint-Père et les évêques en communion avec lui, qu'il y aura un renouvellement et une vie nouvelle dans l'Église catholique et une nouvelle évangélisation de notre société. Prêcher l'Evangile du Christ à un monde fatigué, qui a désespérément besoin de sa vérité libératrice - ce doit être notre priorité.